Chier

Chier

d’Hautel, 1808 : Il a chié dans ma malle jusqu’au cadenas. Se dit d’une personne dont on a sujet de se plaindre, et à laquelle on garde rancunes.
On dit bassement d’une personne grossière et mal élevée, qui est sujette à lâcher des vents, qu’elle ne fait que chier.
Bientôt, s’il n’y prend garde, on lui chiera sur le nez.
Locution grossière et exagérée qui signifie qu’un homme est d’une foiblesse impardonnable ; qu’il laisse trop abuser de sa patience et de son autorité.
On dit bassement d’une personne pour laquelle on a le plus grand mépris, que l’on chie sur elle.
Chier sur la besogne.
Dédaigner l’ouvrage dont on est chargé ; le laisser là.

Fustier, 1889 : Mot élégant qu’emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J’ai chié, je n’ai pas attrapé la bille.

Chier (envoyer)

Rigaud, 1881 : Envoyer au diable.

France, 1907 : Éconduire. Faire chier, obséder, importuner. Chier de petites crottes, vivre chichement. Ne pas chier de grosses crottes, même signification. Chier des carottes, des cordes, être constipé ; chier des châsses, pleurer ; chier dur, travailler ferme ; chier dans la main, manquer de parole, prendre trop de liberté ; chier du poivre, manquer au rendez-vous, s’esquiver au moment où l’on a besoin de vous ; chier sur la besogne, renoncer au travail : chier sur quelqu’un, sur quelque chose, sur l’œil, se moquer, mépriser, abandonner.

Faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.

(Vieux proverbe)

Chier dans la vanette, être sans façons ; chier dans le cassetin aux apostrophes, renoncer au métier d’imprimeur ; chier dans les bottes ou dans le panier de quelqu’un (on dit aussi dans le même sens : chier dans la malle), lui déplaire, lui jouer de mauvais tours. Gueuleton à chier partout, ripaille. Mine à chier dessus, figure antipathique.
Peut-être n’est-il pas inutile de donner ici l’étymolosie de ce verbe ordurier. Je l’ai trouvée tout au long dans un livre de « haulte graisse » : Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions, belles-lettres, etc., nouvellement élablie à Troyes en Champagne, et portant le millésime de MDCCLVI, et la donne telle quelle :

Robert et Henry Étienne, ainsi que tous les Hellenistes ont dérivé le mot chier du grec χέζω. Le Duchat le fait venir du flamand schyten. Tous ces sçavans sont dans l’erreur.
Chier vient du latin cadere. Dans son acception primitive, il ne signifioit autre chose que tomber, être assis…
Ce fut d’abord pour exprimer l’acte naturel d’une manière honnête et détournée, qu’on se servit du mot chier ; mais cette signification ayant rendu le terme ignoble dans son acception primitive, pour l’y réhabiliter on en changea la terminaison, et de chier l’on fit choir.
Voilà ce qui a trompé tous les sçavans. Car voyant à ces deux mots une terminaison et une signification différentes, ils ne se sont pas doutés qu’ils eussent la même origine ou plutôt que ce ne fut qu’un même mot.
À la fin du XVIe siècle, chier s’employait encore d’une manière honnête : « Pleurés donc et chiés bien des yeux, vous en pisserés moins », est-il dit dans le Moyen de parvenir : « Histoire du jeune homme fessé. »

Chier (faire)

Rigaud, 1881 : Horripiler quelqu’un à force de stupidités. Mot à mot : débiter des drogues parlées qui procure le dévidement.

Chier (tu me fais)

Virmaître, 1894 : Tu m’ennuies (Argot du peuple).

Chier dans la main

Rigaud, 1881 : Se montrer très familier.

Chier dans la malle ou dans le panier de quelqu’un

Delvau, 1866 : v. n. Lui jouer un tour qu’il ne pardonnera jamais, — dans le même argot [du peuple]. Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu’un : Il a chié dans mon panier jusqu’à l’anse.
L’expression, qu’on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit : « Cettuy-là a fait caca en nos paniers : il a ses desseins à part. »

Chier dans la vanette

Fustier, 1889 : Argot militaire. Être sans gêne.

Chier dans le cassetin aux apostrophes

Delvau, 1866 : v. n. Devenir riche, — dans l’argot des typographes, qui n’ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

Rigaud, 1881 : Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos. On dit aussi : il a chié dans ma malle (Argot du peuple). N.

Boutmy, 1883 : v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Chier dans le panier

La Rue, 1894 : Quitter le métier, avoir assez du métier, — dans le jargon des typographes.

Chier dans mon panier jusqu’à l’anse (il a)

Virmaître, 1894 : Jouer à quelqu’un un tour impardonnable.

Chier dans ses bas

Delvau, 1866 : v. n. Donner des preuves d’insanité d’esprit, — dans l’argot du peuple.

Chier de grosses crottes (ne pas)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir mal dîné, ou n’avoir pas dîné du tout.

Rigaud, 1881 : En présence d’un triste repas, d’une maigre chère, on dit très vulgairement : Nous ne chierons pas de grosses crottes.

Chier de petites crottes

Delvau, 1866 : v. a. Gagner peu d’argent, vivre dans la misère.

Chier debout

Rossignol, 1901 : Nom donné aux chasseurs de Vincennes qui, lors de la formation de leur corps par le duc d’Orléans, avaient comme les enfants le pantalon fendu sur le derrière, de façon qu’ils pussent satisfaire un besoin pressant sans quitter le havresac et le fourniment ; de là le nom de chier debout. Il arrivait parfois aux chasseurs étant en voyage, de jouer au saut de mouton. Souvent ils faisaient exprès de ne pas boutonner le derrière du pantalon et laisser passer le drapeau blanc.

Chier des carottes

Delvau, 1866 : v. a. Se dit de toute personne qui non potest excernere, ou difficillime excernit, ou excernit sanguinem.

Chier des chasses

Delvau, 1866 : Pleurer. Argot des voyous.

Chier des cordes à puits

Virmaître, 1894 : Individu qui est tellement constipé qu’il reste une heure sur la tinette en poussant des soupirs à fendre l’âme (Argot du peuple).

Chier des yeux

Delvau, 1866 : Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Pleurer.

Mais patience passe science, il ne faut pas tant chier des yeux.

(La Comédie des proverbes)

Virmaître, 1894 : Pleurer (Argot du peuple). V. Baver des clignots.

Rossignol, 1901 : Pleurer.

Chier dessus

Rigaud, 1881 : Renoncer par découragement. Abandonner après efforts infructueux.

Chier du poivre

Delvau, 1866 : v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous ; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.

Rigaud, 1881 : Rester sourd à la demande d’un service ; quitter un ami lorsqu’il a besoin de vous.

Virmaître, 1894 : Se sauver des mains des agents. S’en aller sans tambour ni trompette. Synonyme de pisser à l’anglaise (Argot du peuple). N.

Chier dur

Rigaud, 1881 : Travailler avec ardeur. — Prendre une prompte et énergique détermination.

Chier sur l’œil

Delvau, 1866 : v. n. Se moquer tout à fait de quelqu’un.

Chier sur la besogne

Delvau, 1866 : Travailler mollement, et même renoncer au travail.

Chier sur le mastic

Rigaud, 1881 : Envoyer le travail au diable, — dans le jargon du peuple. J’en ai assez du turbin, je chie sur le mastic, à la fin des fins. La variante : Chier sur la besogne a en outre le sens de s’endormir sur le travail, travailler avec nonchalance.

Chier sur quelqu’un ou sur quelque chose

Delvau, 1866 : Témoigner un grand mépris pour elle ou pour lui ; l’abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.

Chierie

Rigaud, 1881 : Grand ennui, dérangement. Quelle chierie ! quel ennui !

Hayard, 1907 : Ennui.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique