Cochon

Cochon

d’Hautel, 1808 : Il ne savoit pas si c’étoit du lard ou du cochon. Manière basse et triviale de dire qu’un homme a été surpris par quelqu’événement fâcheux ; qu’il en est resté interdit et stupéfait.
Des yeux de cochon. Expression grossière, pour dire de fort petits yeux.
C’est un cochon à l’auge. Se dit par mépris d’un homme malpropre et dégoûtant.
Bête comme un cochon. Épithète fort incivile, pour dire que quelqu’un est d’une grande stupidité.
Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Espèce de réprimande qu’un supérieur fait à son inférieur, lorsque ce dernier s’est permis de le tutoyer, ou de manquer envers lui aux égards et aux bienséances.
Il faut mourir, petits cochons, il n’y a plus d’orge. Se dit à ceux qui ont perdu leurs protecteurs, leur fortune, et à qui il ne reste plus de ressource.
Un gros cochon. Nom que l’on donne à un homme gras et trapu, et pour lequel on n’a ni estime ni considération.
Vivre comme un cochon. C’est-à-dire, en égoïste ; ne s’occuper qu’à boire, manger et dormir.
De cochon. Brocard bas et populaire, que l’on ajoute au dernier mot de la conversation d’une personne qui parle directement de soi. Par exemple, si quelqu’un vient à dire qu’Il s’est lavé les pieds, une autre répond aussitôt : de cochon.

Rigaud, 1881 : Avare. — « C’est un cochon », dit une femme en parlant d’un homme dont elle a à se plaindre sous le rapport de la générosité.

Rigaud, 1881 : Libre dans ses propos, raffiné en lubricité. — Elle n’est pas jolie, jolie, mais elle est si cochonne.

France, 1907 : Ladre, avaricieux. Se conduire comme un cochon, se conduire en avare, en homme méprisable. Ce n’est pas trop cochon, ce n’est pas trop mauvais. C’est pas cochon du tout, c’est très bien. Mon pauvre cochon, je ne te dis que cela ! Mon pauvre ami, te voilà dans de beaux draps.

France, 1907 : Libertin, passionné.

— C’est un cochon ! disait-elle.
Et comme un des personnages d’une fameuse comédie politique de Sardou, elle ajoutait :
— J’appelle un cochon, cochon ! et si je savais un mot plus cochon que cochon, je me ferais honneur de m’en servir !…

(Le Journal)

Guy de Maupassant a écrit une amusante nouvelle sous le titre : Ce cochon de Morin !

France, 1907 : Se dit d’un mauvais tour.

— C’est cochon, cela ! s’écria Marthe, d’amener une femme pour la faire prendre ! M’sieu le commissaire, il ne m’avait pas dit qu’il était marié, vous savez !

(Oscar Méténier, Gil Blas)

Cochon (costume)

Rigaud, 1881 : Costume dont l’indécence voulue doit exciter les désirs des amateurs. Les costumes des féeries sont d’autant plus réussis qu’ils sont plus cochons.

Cochon (être)

Delvau, 1864 : Savoir bien besogner de l’outil, que la nature a eu l’obligeance de placer au bas du ventre de l’homme ; baiser fort et longtemps.

Ce n’est pas cela, mon, cher, qui m’amuse.
Sois moins poète et beaucoup plus cochon.

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1864 : Se dit aussi des choses obscènes, des discours qui provoquent l’érection, — des cochonneries en un mot.

Antoine, c’est un joli nom,
Un peu cochon.

(Parnasse satyrique)

Cochon (gros)

Rigaud, 1881 : Homme gros et bouffi de graisse, bien renté et sans souci.

À bas les Bourbons, et ce gros cochon de Louis XVIII !

(V. Hugo, Les Misérables)

Cochon (soigner son)

Rigaud, 1881 : Soigner son corps sous le rapport de la nourriture.

Cochon de payant

France, 1907 : Nom que donnent les auteurs et les artistes au public qui paie. Au sujet d’une pièce qu’il préparait pour le Gymnase, M. Alphonse Daudet s’est exprimé ainsi sur le compte de ce bon gogo de public qui ne sollicite point de billets de faveur, et qui paie sa place, lorsqu’il veut voir la pièce à la mode. Le morceau est trop curieux pour qu’on ne le cite pas en entier.

Ce que je ne puis sentir, c’est de public lui-même, ce cochon de payant, comme on l’appelle en argot de coulisses.

Cochon malade

Rigaud, 1881 : Personne malpropre et malsaine.

Cochon vendu

France, 1907 : Sobriquet qu’on donnait aux remplaçants militaires, qui faisaient cependant le plus souvent d’excellents soldats.

Descendras-tu,
Cochon vendu !
T’avais d’l’argent,
Tu n’en as plus !

(Sonnerie des consignés sous l’Empire)

Cochonaille

d’Hautel, 1808 : Basse charcuterie ; débris, réjouissance du porc ; et, par extension, toutes choses viles et dénuées de valeur.

Delvau, 1866 : s. f. Charcuterie, — dans l’argot des ouvriers, — qui ne redoutent pas les trichines. On dit aussi Cochonnerie.

France, 1907 : Charcuterie.

Cochonnaille, cochonnaillerie

Rigaud, 1881 : Charcuterie, la base de la cuisine des pauvres gens.

Cochonne

France, 1907 : Femme malpropre, on encore femme passionnée. C’est la qualité dont se parent les jeunes ou vieilles personnes qui arrêtent les passants.

Cochonne (être)

Delvau, 1864 : Connaître une foule de petits secrets pour arriver à faite bander les pines les plus réfractaires et jouir les hommes les plus indifférents.

Cochonner

d’Hautel, 1808 : Faire salement et grossièrement un ouvrage ; le bousiller.

Delvau, 1866 : v. a. Travailler sans soin, malproprement, — dans l’argot des bourgeois.

Cochonnerie

d’Hautel, 1808 : Malpropreté.
Dire des cochonneries. Signifie, au figuré, tenir des propos sales, déshonnêtes et obscènes.
Faire des cochonneries. Manquer aux lois de l’honneur et de la délicatesse ; montrer un intérêt sordide et de la petitesse dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. f. Besogne mal faite ; marchandise de qualité inférieure ; nourriture avariée ou mal préparée. — Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum. — Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Vilain tour, trahison, manque d’amitié.

Rigaud, 1881 : Ratatouille. Aliments de mauvaise qualité, salement préparés et mal servis. — Dire des cochonneries, tenir des propos très libres. — Faire des cochonneries, passer des paroles à l’action.

France, 1907 : Même sens que cochonaille. Se dit aussi d’aliments malpropres où mauvais, de vilains tours joués à son prochain, d’actes de trahison, etc.

Cochonneries

Delvau, 1864 : Exercices amoureux : gamahuchage, branlage, suçage, postillon, feuille de rose, patte d’araignée, — en un mot, tout ce qu’ignorent les femmes honnêtes et que savent si bien les femmes galantes. — Le libertinage a emprunté beaucoup de termes à la charcuterie (V. langue fourrée, boudin, andouille, saucisse, vessie, etc.), et cela se comprend de reste, χοίρος signifiant à la fois cochon et con.

Cochonneries (dire des)

Delvau, 1864 : Avoir un langage de « haulte gresse, » appeler les choses par leur nom, dire pine au lieu de machin ; foutre au lieu d’aimer, enfin raconter prouesses concubitales.

Cochonneries (dire ou faire des)

France, 1907 : Dire ou faire des actions indécentes ou graveleuses. Écrire des cochonneries.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique