Cor

Cor

d’Hautel, 1808 : Appeler quelqu’un à cor et à cri. C’est à-dire, à tue tête ; le chercher partout en l’appelant.

Coram populo

France, 1907 : En public ; latinisme.

Corbeau

d’Hautel, 1808 : On donne ordinairement ce nom à ceux qui ont charge d’enterrer les morts ; et généralement aux personnes qui, par état, sont obligées d’être vêtues en noir.
Les corbeaux étoient ce matin chez lui. Pour dire les huissiers, les sergens, etc.

Larchey, 1865 : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Delvau, 1866 : s. m. Employé des pompes funèbres, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. m. Frère de la Doctrine chrétienne, — dans l’argot des faubouriens, qui ont été frappés de l’analogie d’allures qu’il y a entre ces honnêtes instituteurs de l’enfance et l’oiseau du prophète Elie.

Rigaud, 1881 : « On appelait, autrefois, de ce nom ceux qui, en temps de peste, cherchaient les corps morts pour les enterrer, qui ensuite nettoyaient les maisons infectées de cette maladie. » (Le Roux, Dict. comique.) Aujourd’hui les porteurs des pompes funèbres ont hérité de ce sobriquet.

Rigaud, 1881 : Prêtre. — Allusion à la couleur noire de la robe.

Virmaître, 1894 : Frère ignorantin. Quand les gamins rencontrent un frère, ils crient : Couac ! Couac ! imitant le croassement du corbeau (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Frère ignorantin.

France, 1907 : Frère de la Dioctrine chrétienne, prêtre, tout ce qui porte soutane. Ce sobriquet est également donné aux croque-morts.

Corbeau (le)

Merlin, 1888 : L’aumônier.

Corbèterie

France, 1907 : Étable.

Corbette

France, 1907 : Vache.

Corbillard

Virmaître, 1894 : On écrivait autrefois corbeillard, parce que ce mot désignait le coche d’eau qui faisait le service entre Paris et Corbeil. On a écrit également corbillas et corbillat. Gouffé a chanté la lugubre voilure :

Que j’aime à voir un corbillard ;
Ce goùt-là vous étonne ?
Mais il faut partir tôt ou tard,
Le sort ainsi l’ordonne
Et loin de craindre l’avenir,
Moi de cette aventure
Je n’aperçois que le plaisir
D’aller en voiture.

L’expression de corbillard date de 1793, époque de la création de ces voitures (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Pupitre double où s’assoient les clercs de notaire, d’avoué, etc.

L’étude était une étude comme toutes les autres, ornée de cartons étiquetés et tapissée de liasses poussiéreuses, humide et obscure. On y respirait une atmosphère moisie, à laquelle semblaient habitués les cinq ou six clercs attablés au grand pupitre double, peint en noir, que dans ces officines on appelle un corbillard.

(Gustave Graux, Les Amours d’un jésuite)

Corbillard à deux roues

Rigaud, 1881 : Personne triste.

Dis donc, ma fille, quitte donc ce corbillard à deux roues et viens avec nous, qui sommes de francs loupeurs !

(Philibert Audebrand)

Corbillard à nœuds

Rigaud, 1881 : Prostituée ignoble et malsaine, — dans le jargon des voyous.

France, 1907 : Prostituée de bas étage. Jeu de mots trop expressif pour qu’il ait besoin d’explication.

Corbillard de loucherbem

Fustier, 1889 : « Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l’immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée. »

(Richepin)

France, 1907 : Voiture qui ramasse, dans les boucheries, la viande gâtée. Loucherbem signifie, en largonji, boucher. Cet argot consiste à substituer la lettre l à la première consonne qu’on transporte à la fin du mot suivi de la désinence em.

Corbillon

d’Hautel, 1808 : Petite corbeille.
Changement de corbillon fait trouver le vin bon. Pour dire que le plus petit changement fait souvent trouver les choses meilleures.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Là, près de la jeune Thémire.
À l’œil vif, au teint vermillon,
Qui rougît, et qui n’ose dire
Ce qu’il faut dans son corbillon.

(É. Debraux)

Corbuche

Halbert, 1849 : Ulcère.

Delvau, 1866 : s. f. Ulcère, — dans l’argot des voleurs. Corbuche-lof. Ulcère factice.

Rigaud, 1881 : Plaie, ulcère, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Ulcère.

Corbuche loff

Virmaître, 1894 : Faux ulcère. Les mendiants, pour exciter la charité publique, employent toutes sortes de moyens ; ils se font manchots, culs-de-jatte, boiteux, etc. Le truc le plus usité est celui des faux ulcères ; une simple mouche de Milan suflit pour produire une plaie artificielle qui peut disparaître par un simple lavage. Les troupiers carottiers pratiquent ce moyen pour aller à l’infirmerie (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Ulcère factice fait à l’aide d’ingrédients.

Corbuche-lophe

Halbert, 1849 : Ulcère faux.

Corcifé

Virmaître, 1894 : La prison de la Conciergerie (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prison de la Conciergerie.

Corcifé (le)

Hayard, 1907 : La Conciergerie.

Corde

d’Hautel, 1808 : Il fait des cordes. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui est très-long dans ses opérations naturelles.
On dit d’un homme qui réussit dans toutes ses entreprises, qu’Il a de la corde de pendu.
Gens de sac et de corde.
Misérables ; mauvais garnemens qui méritent d’être pendus.
Il ne faut point parler de corde devant un pendu. Signifie qu’il faut se garder de parler d’une chose qui puisse blesser secrètement quelqu’un.
Filer sa corde. Mener une vie infâme et ignominieuse, qui, tôt ou tard, doit être préjudiciable.
Friser la corde. Courir un grand danger ; être sur le point d’y succomber.
Toucher la grosse corde. En venir au point le plus épineux, le plus chanceux d’une affaire.
Mettre la corde au coude quelqu’un. Le ruiner ; le perdre d’une manière quelconque.
Montrer la corde. Faire voir sa pauvreté, sa misère.
On dit aussi d’un habit usé jusqu’à la trame, qu’Il montre la corde.
Il a plusieurs cordes à son arc. Se dit d’un homme industrieux, intrigant, qui, quelqu’événement qu’il arrive, sait se tirer d’embarras.

Corde (avoir la ou tenir la)

France, 1907 : Argot des courses ; le cheval qui est du côté de la corde à un avantage sur les autres, d’où, métaphoriquement, trouver la note qui plait au public, avoir la vogue.

Corde (dormir à la)

France, 1907 : C’est coucher dans un de ces taudis misérables où une corde sert d’oreiller.

Corde (tenir la)

Larchey, 1865 : Avoir la vogue.

Qui est-ce qui tient la corde en ce moment dans le monde dramatique ?

(Figaro)

Corde de pendu (avoir de la)

Rigaud, 1881 : Réussir dans tout ce que l’on entreprend. — Le peuple dit, en parlant de quelqu’un qui a beaucoup de chance, qu’il a de la corde de pendu. Une très vieille superstition populaire attache à la corde de pendu la propriété de porter bonheur à ceux qui en possèdent un fragment. Pour que son efficacité soit réelle, il faut qu’elle provienne d’un pendu par autorité de justice. L’autre, celle des pendus par conviction, ne vaut rien. Faute de mieux, pourtant bien des vieilles femmes s’en contentent, et lorsqu’il y a un pendu dans une maison, c’est à qui s’arrachera un bout de la corde. Tout le monde ne peut as être en relation avec le bourreau de Londres.

Corde sensible (la)

Delvau, 1864 : C’est, chez l’homme, son membre, chez la femme, son clitoris : on n’y toucha jamais en vain.

Il n’est de femmes froides que pour les hommesqui ne sont pas chauds et qui ne savent pas toucher leur corde sensible.

(Léon Sermet)

Cordelette

Virmaître, 1894 : Chaîne de montre (Argot des voleurs). V. Cadenne.

France, 1907 : Chaîne de montre.

Cordelier

d’Hautel, 1808 : Il a la conscience large comme les manches d’un cordelier. Se dit d’un homme peu délicat, peu scrupuleux.
Gris comme un cordelier. Ivre à ne pouvoir plus se soutenir, par allusion à l’habit que portoient ces religieux, et qui étoit de couleur grise.

Corder

Delvau, 1866 : v. n. Fraterniser, vivre avec quelqu’un toto corde, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : S’accorder ; par abréviation.

La Rue, 1894 : S’accorder. Donner des coups de corde.

France, 1907 : Fraterniser ; abréviation de s’accorder.

Corder la peau

France, 1907 : Donner des coups de corde.

Cordes (faire des)

France, 1907 : Être constipé.

Cordes, câbles (faire des)

Rigaud, 1881 : Faire un séjour prolongé aux lieux d’aisances.

Cordon

France, 1907 : Nom donnée aux fractions de la chaîne des condamnés au bagne, dirigés sur Brest ou sur Toulon.

Pour économiser à son profit les frais de transport, le capitaine faisait presque toujours voyager à pied un des cordons.
Or, ce cordon était toujours celui des plus robustes, c’est-à-dire des plus turbulents des condamnés.
Malheur aux femmes qu’ils rencontraient, aux boutiques qui se trouvaient sur leur passage ! Les créatures du sexe aimable étaient houspillées de la manière la plus brutale ; quant aux boutiques, elles se trouvaient dévalisées en un clin d’œil.

(Marc Mario et Louis Lansay, Vidocq)

Cordon bleu

Delvau, 1866 : s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.

France, 1907 : On appelle ainsi les bonnes cuisinières. L’ordre du Cordon Bleu ou du Saint Esprit, créé par Henri III en 1578, aboli en 1791, rétabli en 1816, et bien qu’il n’ait pas été supprimé en 1830, cesse d’être conféré à partir de cette époque. Il n’était donné qu’aux grands seigneurs, aux princes, aux généraux, aux prélats, tous amis de la bonne chère, ou, du moins, obligés par état d’avoir une table bien servie. On disait donc d’un excellent cuisinier : « Il est digne d’entrer chez un cordon bleu », puis, par abréviation, on finit par désigner le cuisinier lui-même ou la cuisinière du nom de cordon bleu.

Les jeunes filles de notre pays devraient bien prendre exemple sur celles du Nord et ne pas dédaigner de s’initier à l’art des fourneaux. Elles y trouveraient profit, une fois mariées. Une bonne table, en effet, est souvent la meilleure garantie de la paix et du bonheur du ménage, et l’on ne s’y trompe pas dans les foyers in partibus. Que de maris ne déserteraient pas la salle à manger conjugale pour celle du cercle, si leurs femmes s’entendaient mieux à garnir leur assiette, à leur offrir des plats choisis flattant leurs goûts et leurs manies ! Que de maîtresses de maison ne passeraient point leur vie à crier après leurs cuisinières et à réclamer les tabliers d’icelles, si elles savaient mettre la main à la pâte et, au besoin, apprendre à leur cordon bleu la façon de préparer le plat dont la mauvaise conception les désole et les exaspère !…

(Santillane, Gil Blas)

Cordonnier

France, 1907 : Apprenti tailleur.

Cordonnier (bec-figue de)

France, 1907 : Oie.

Coriace

d’Hautel, 1808 : Un coriace. Avare ; homme d’une humeur noire, grondeuse et mécontente.

Corio

Fustier, 1889 : Fontaine. Argot des élèves de l’École Polytechnique. C’est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l’École.

France, 1907 : Fontaine ; argot de l’École Polytechnique, du nom d’un directeur des études, Coriolis, qui, en 1838, fit installer dans les salles de petites fontaines.

Le corio fournit de l’eau filtrée, médiocre comme boisson, très bonne pour le dessin au lavis, excellente pour remplir les bombes dont on asperge les camarades, parfaite pour détremper les bottes des conscrits.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Cornage

Vidocq, 1837 : s. f. — Puanteur.

France, 1907 : Mauvaise odeur, respiration difficile.

Cornant

Ansiaume, 1821 : Bœuf.

Nous sommes quatre, il faut dix plombes de cornant.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bœuf.

Rigaud, 1881 : Bœuf. — Cornante, vache. — Cornichon, veau.

La Rue, 1894 : Bœuf.

Cornant, cornante

France, 1907 : Bœuf, vache.

Cornante

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Vache.

Vidocq, 1837 : s. f. — Vache.

Larchey, 1865 : Bête à cornes (Vidocq)

Cornante (une)

M.D., 1844 : Une vâche.

Cornard

Delvau, 1864 : Cocu, porteur de cornes.

Ça fait toujours plaisir, lorsque l’on est cornard,
D’avoir des compagnons d’infortune…

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard

Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard.

(De la Barre)

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante, — dans l’argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.

Rigaud, 1881 : Mari infortuné qui est coiffé d’une paire de cornes. Pour donner une idée de la hauteur de certaines cornes, on dit de celui qui en est orné : Il ne passerait pas sous la porte Saint-Denis.

Sans pitié, sans regret me ferais-tu cornard ?

(Belle-Isle. Mariage de la reine de Monome)

Cornard fait allusion aux cornes du bouc, animal qui ne se formalise jamais des assiduités d’un autre bouc auprès d’une chèvre commune. Les Grecs désignaient sous le nom de fils de chèvre les enfants illégitimes. Le Videanus corneus es Latins n’était autre que notre cornard.

Virmaître, 1894 : Vient de cornette, de la cornette des femmes. Autrefois, un mari qui se laissait tromper par sa femme était appelé porteur de cornette (Argot du peuple).

France, 1907 : Mari trompé, comparé à une bête à cornes, par conséquent un sot. C’était la signification première du mot qui est vieux, car on le trouve dans une pièce, à la suite du Roman de la Rose :

Est-il cornart et deceu
Qui de tail créance est meu !

demande l’auteur, parlant de ceux qui croient aux conjurations et à la magie noire.

Et il vous daubait sur les pauvres cornards comme s’il eût espéré abattre des noix en leur secouant les cornes.

(Armand Silvestre)

Ceux qui voudront blasmer les femmes aimables
Qui font secrètement leurs bons marys cornards,
Les blasment à grand tort, et ne sont que bavardd ;
Car elles font l’aumosne et sont fort charitables,
En gardant bien la loy à l’aumosne donner,
Ne faut en hypocrit la trompette sonner !

Cornard (faire un)

France, 1907 : Prélever sur son dîner de quoi goûter, ou sur son souper de quoi déjeuner le lendemain. Argot de Saint-Cyr, où l’on ne donne au déjeuner et au goûter que du pain sec, comme au Prytanée de La Flèche. Dans le même argot, faire cornard, c’est tenir conciliabule dans un coin. Coin se dit, en anglais, corner.

Cornard (faire)

Rigaud, 1881 : Faire bande à part, en terme d’école militaire.

Cornard, coquardeau

La Rue, 1894 : Cocu.

Cornaut

Halbert, 1849 : Bœuf.

Cornaute

Halbert, 1849 : Vache.

Corne

d’Hautel, 1808 : Elle baiseroit une chèvre entre deux cornes. Manière exagérée de dire qu’une personne est d’une maigreur extrême ; que sa santé est dans un dépérissement affreux.
Entendre corne. Entendre de travers ; se méprendre sur ce que l’on vous adresse.
Faire les cornes à quelqu’un. Faire le signe d’une corne avec les deux doigts de la main, à dessein de se moquer de quelqu’un, de lui causer du dépit.
Montrer les cornes. Montrer de la résistance ; se mettre en état de défense.
Porter des cornes. Avoir pour femme une infidèle, qui se fait un jeu.de, violer les lois sacrées de l’hymen.
Dur comme, de la corne. Se dit d’une viande qui n’est pas assez mortifiée, qui est dure et coriace.
Il n’a pas besoin d’un coup de corne pour avoir de l’appétit. Manière plaisante d’exprimer qu’un homme mange avidement, et avec un grand appétit.
On dit d’un homme mordant et satirique qui a choqué quelqu’un, qu’Il lui a donné un coup de corne.
On prend les hommes par les paroles, et les bêtes par les cornes.
Se dit à ceux qui commettent quelqu’indiscrétion.
Il est aussi étonné que si les cornes lui venoient à la tête. Pour exprimer l’étonnement et la surprise qu’un homme manifeste en apprenant une nouvelle.

Larchey, 1865 : Puanteur. — Corner : Puer (Vidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen âge coreux : répugnant, écœurant. V. Roquefort.

France, 1907 : Estomac ; petit pain appelé croissant.

Corneau

Delvau, 1866 : s. m. Bœuf, — dans l’argot des voleurs. Corneaude. Vache.

Corneau, corneaude

France, 1907 : Autre forme de cornant, cornante, bœuf, vache.

Corneille

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme qui fait quelque chose avec une ardeur démesurée, et avec plus de force que d’adresse, qu’Il y va de cul et de tête, comme une corneille qui abat des noix.

Cornemuse

d’Hautel, 1808 : Quand la cornemuse est pleine, on chante mieux. Pour dire que quand on a fait bonne chère, on chante mieux, on cause plus volontiers.

Cornemuse (se rincer la)

Rigaud, 1881 : Boire. La cornemuse a le sens de gosier.

Corner

d’Hautel, 1808 : Crier à tue tête ; parler d’une manière peu décente aux oreilles de quelqu’un : il n’a fait que me corner cela aux oreilles.
Il faut lui corner les choses pour qu’il les entende.
Se dit par humeur d’un homme qui a l’habitude de faire répéter plusieurs fois, quoique fort souvent il ait bien entendu ce qu’on lui a dit.
Les oreilles doivent lui corner. Pour dire, doivent lui tinter. On croit vulgairement que lorsqu’une personne éprouve un tintement d’oreilles, c’est un signe certain que l’on s’entretient sur son compte.
Corner. Crier avec importunité ; publier quelque chose avec éclat.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Puer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Puer.

Halbert, 1849 : Puer.

Delvau, 1866 : v. a. Publier une chose avec éclat ; répéter une nouvelle, fausse ou vraie, — dans l’argot du peuple. Corner une chose aux oreilles de quelqu’un. La lui répéter de façon a lui être désagréable.

Delvau, 1866 : v. n. Puer, — dans l’argot des faubouriens, qui font probablement allusion à l’odeur insupportable qu’exhale la corne brûlée.

Rigaud, 1881 : Puer, — dans le jargon du peuple. — Cornage, puanteur.

La Rue, 1894 : Puer.

France, 1907 : Puer, sentir comme la corne brûlée dont l’odeur est détestable.

Assez joli garçon, pas dépourvu de chic… l’embêtant est qu’il puait des goussets et des arpions ; bref, il cornait comme un vieux bouc.

(Les Joyeusetés du régiment)

Cornes

Delvau, 1864 : Attributs invisibles du cocu.

C’est bien le meilleur petit homme
Que Vulcain ait dans sa séquelle :
Il rit des cornes qu’on lui met ;
Lui-même il vous fait voir la belle.

(Théophile)

Cornet

Larchey, 1865 : Estomac.

Je n’suis pas fâché de m’mettre quelque chose dans le cornet.

(H. Monnier)

Rincer le cornet : Donner à boire.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans le même argot [des faubouriens]. Se mettre quelque chose dans le cornet. Manger. N’avoir rien dans le cornet. Être à jeun.

La Rue, 1894 : Gosier. Estomac.

France, 1907 : Estomac. Se coller quelque chose dans le cornet, manger. N’avoir rien dans le cornet, être à jeun.

Cornet d’épice

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Capucin.

Cornet d’épices

Vidocq, 1837 : s. m. — Capucin.

Halbert, 1849 : Pères capucins.

Larchey, 1865 : Capucin (Vidocq). — Allusion au capuchon brun que représente assez bien un grand cornet d’épicier.

Delvau, 1866 : s. m. Capucin, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Capucin, en raison du capuchon et de la couleur de la robe.

Cornets d’épices

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Pères capucins.

Cornette

France, 1907 : Femme trompée ; féminin de cornette.

Mari qui trompe
Et femme qui pète,
Ça fait cornette.

Corniche

Delvau, 1866 : s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : École de Saint-Cyr.

Cornicherie, cornichonnerie

France, 1907 : Niaiserie, bêtise.

Cornichon

d’Hautel, 1808 : Petit concombre propre à confire. On dit ironiquement, bassement et figurément d’un homme niais, inepte, inhabile à faire quelque chose : C’est un cornichon, il a l’air d’un cornichon, il est bête comme un cornichon.

Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel les femmes aiment à accommoder leur viande.

Larchey, 1865 : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (d’Hautel, 1808).

Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne.

(Gavarni)

Cornichon : Élève de l’École militaire.

Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences.

(Institutions de Paris, 1858)

Delvau, 1866 : s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes, — dans l’argot de Breda-Street ; parfois imbécile, — dans l’argot du peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.

Delvau, 1866 : s. m. Veau. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.

France, 1907 : Niais, nigaud ; argot populaire.

Vous me disiez qu’il y a je ne sais combien de siècles, un vieux c…ornichon, qui faisait de la menuiserie, et qui s’appelait Joseph, avait épousé une petite brune… et que la petite brune avait fait la connaissance d’un pigeon, qui était le Saint-Esprit… et qu’à la suite de cette affaire votre idiot de menuisier était devenu pa ju d’un petit Jésus, sans avoir eu à en prendre la peine… et que la petite brune était restée demoiselle comme avant.

(Léo Taxil, Le Sacrement du Curé)

France, 1907 : Sobriquet donné par les potaches aux candidats à l’École de Saint-Cyr.

Le monôme des candidats à Saint-Cyr, autrefois dit le monôme des cornichons, a eu lien comme d’habitude. Plus de neuf cents jeunes gens y ont pris part. Les cornichons s’étaient réunis place du Panthéon. Ils se sont mis en marche à quatre heures et demie, précédés et flanqués de nombreux gardiens de la paix. En tête, un candidat portait un magnifique drapeau en soie frangé d’or, sur lequel on lisait : « Les candidats de Saint-Cyr — 1893. »

(Gaulois)

Cornière

Halbert, 1849 : Étable.

Delvau, 1866 : s. f. Étable.

France, 1907 : Étable.

Cornificetur

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante et qui le regrette tous les jours.

France, 1907 : Cocu.

Cornu

d’Hautel, 1808 : À mal enfourner, on fait les pains cornus. Signifie que le mauvais succès d’une affaire vient souvent de ce qu’on s’y est mal pris ; que pour bien exécuter, il faut bien concevoir.
Un avis cornu. C’est-à-dire, mauvais, téméraire, déraisonnable.

Corps

d’Hautel, 1808 : Il se fait du corps. Se dit d’un homme qui a grand soin de sa personne ; qui boit de bon vin et prend des alimens succulens.
C’est un drôle de corps. Pour c’est un plaisant original.
Il fait tout ce qu’il veut de son corps. Se dit d’un hypocrite, d’un homme qui joue tous les rôles, qui sait prendre tous les tons.
Se jeter à corps perdu dans une affaire. Pour dire avec chaleur, avec toute l’ardeur possible.
À son corps défendant. Pour, malgré soi, avec contrainte.
Faire un corps neuf. Se purger, se médicamenter, se nettoyer.
On dit d’une personne froide et indifférente qui ne montre ni esprit ni sentiment : C’est un corps sans ame.
Avoir le diable au corps.
Être extrême dans ses mouvemens et dans sa conduite ; se porter à des folies, à des extravagances.
Répondre corps pour corps. Se porter pour caution, s’engager pour un autre.
On l’a enlevé comme un corps saint. Se dit d’une personne qu’on a enlevée avec violence, pour la mettre en prison.
On disoit originairement, cahors saint, parce qu’on avoit fait enlever dans une nuit les usuriers dont la plupart étoient venus de Cahors à Paris, sous le pontificat de Jean XXII. ACAD.
Se tuer le corps et l’ame. Travailler péniblement ; se donner beaucoup de mal pour un petit salaire.
Il n’est pas traître.à son corps. Se dit d’un homme recherché et sensuel, qui ne se refuse rien.
Il faut voir ce que cet homme a dans le corps. C’est-à-dire, pénétrer ses desseins ; voir ce dont il est capable.

Corps de pompe

Fustier, 1889 : L’ensemble des professeurs de l’École de Saint-Cyr.

Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.

(Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)

France, 1907 : État-major de l’École de Saint-Cyr et de l’École de cavalerie de Saumur.

Corps-de grives

Larchey, 1865 : Corps-de-garde. — Harnais de grives : Équipement militaire. — On sait qu’au moyen âge, harnais signifiait armure.

Corpulence

d’Hautel, 1808 : du latin corpus, l’étendue, le volume d’un corps. C’est ainsi qu’il faut dire, d’après l’autorité de l’Académie, et non corporence, comme un grand nombre de personnes le disent ordinairement.

Correcteur

Fustier, 1889 : Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d’exercer une surveillance sur ses camarades.

France, 1907 : Condamné chargé d’appliquer le fouet aux condamnés, où détenu charge de surveiller les prisonniers.

Le correcteur était un grand diable d’Arabe, à la poigne solide, nerveux et méchant, nommé Mohammed-ben-Chéli. Sa jouissance était excessive à frapper les chiens de chrétiens. Il avait été condamné pour assassinat et viol. Sa force et sa férocité l’avaient désigné comme correcteur au choix de la chiourme.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Correspondance

France, 1907 : Petit verre pris sur le comptoir en attendant l’omnibus, ou collation chez le marchand de vin.

Corridor

d’Hautel, 1808 : Le peuple de Paris prononce colidor ; et, par une contradiction assez singulière, il dit porichinel, au lieu de polichinel.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Astiquer le corridor, manger et boire. Le peuple prononce généralement colidor.

France, 1907 : Gosier. Se rincer de corridor, boire.

Corridor d’amour

Delvau, 1864 : La nature de la femme, que l’on enfile volontiers lorsqu’on veut aller au Paradis.

Alors elle mit un genou en terre pour considérer plus attentivement la blancheur et le contour du ventre de Zaïrette, la rondeur de ses cuisses et surtout l’ouverture et l’entrée du corridor d’amour.

(La Popelinière)

Corriger la chance

France, 1907 : Terme poli par lequel les joueurs désignent l’art de combattre le hasard en trichant.

Corsaire à corsaire

France, 1907 : Rien à gagner. Cette expression proverbiale remonte au XVIe siècle. Elle est citée dans les Capitaines étrangers de Brantôme. André Doria, l’un des plus grands hommes de mer du XVIe siècle, entre au service de Charles-Quint pour combattre les Turcs, négligea l’occasion de détruire la flotte de Baba-Aroun, autrement dit : Barberousse. Cette négligence laissa supposer une secrète entente entre l’amiral turc et l’amiral génois, et ce dicton courut parmi les Italiens : « Corsario a corsario me ay, que gannar que los barillos d’aqua » (De corsaire à corsaire, on ne peut gagner que des barils d’eau) ; d’où les vieux dictons :

Corsaires contre corsaires
Font rarement leurs affaires…

et :

À corsaire, corsaire et demi.

Corser

Delvau, 1866 : v. a. Multiplier les péripéties, — dans l’argot des gens de lettres ; augmenter la force d’un liquide, — dans l’argot des marchands de vin.

France, 1907 : Augmenter la force d’un liquide en y ajoutant de l’eau-de-vie.

France, 1907 : Mettre de l’action dans une œuvre littéraire, article, roman où pièce de théâtre. L’affaire se corse, c’est-à-dire elle se complique, devient intéressante.

Quant au gamin, c’était l’gavroche
Qui parcourt Paris en tous sens,
Et qui, sans peur et sans reproche,
Flân’, rigole, et blagu’ les passants.
Or, un jour qu’aux Tuil’ri’s (mazette !
Ça se corse comm’ du Montepin !)
Il était planté d’vant l’bassin,
Précisément pass’ la levrette…

(Blédort)

Mais ton bouquin, ma toute bonne,
A des passages si corsé
Qu’ils feraient rougir une bonne,
Et, ma foi, je les ai passés.

(Jacques Redelsperger)

Corser (se)

Delvau, 1866 : Se compliquer, devenir grave. Argot des gens de lettres.

Corserie

France, 1907 : On appelait ainsi, sous le second Empire, un groupe choisi d’agents de police corses, attaché spécialement à la personne de Napoléon III.

Corset

Rigaud, 1881 : Nom que le peuple avait donné aux assignats pendant la Révolution ; du nom d’un des signataires des assignats.

Corvée

France, 1907 : Travail professionnel. Aller à la corvée, raccrocher les hommes. Faire passer une fille à la corvée, la traiter de gré ou de force en prostituée.

Corvée (aller à la)

Rigaud, 1881 : Se livrer au travail professionnel, — dans le jargon des filles de maison.

Corvette

Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune sodomite. Terme usité au bagne.

Delvau, 1866 : s. f. L’Héphestion des Alexandres populaciers, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Complaisant d’un pédéraste.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique