Es

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Esbalancer

Vidocq, 1837 : v. a. — Rejeter, renvoyer.

Clémens, 1840 / La Rue, 1894 : Pousser, jeter à terre.

France, 1907 : Jeter, pousser.

Esballonner

La Rue, 1894 : Arrêter, mettre en prison.

France, 1907 : Arrêter, emprisonner.

France, 1907 : S’esquiver ; s’évader.

Esbalonner (s’)

Rigaud, 1881 : S’évader. (L. Larchey)

Esbasi

M.D., 1844 : Mort.

Esbasir

Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.

France, 1907 : Tuer.

Esbatre dans la tigne (s’)

Vidocq, 1837 : v. p. — Chercher à voler dans la foule.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Esbattre dans la tigne (s’)

Rigaud, 1881 : Chercher à voler dans la foule. (Fr. Michel.)

Esbigner

M.D., 1844 : Se sauver.

Esbigner (s’)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Se sauver. Esbignez-vous, les marsoins ! contrebandiers, sauvez-vous !

Halbert, 1849 : S’enfuir, s’en aller.

Larchey, 1865 : S’enfuir.

Et l’amant qui s’sent morveux, Voyant qu’on crie à la garde, S’esbigne en disant : Si j’tarde, Nous la gobons tous les deux.

(Désaugiers)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.

Rigaud, 1881 : Se sauver. Celui qui s’esbigne, se sauve pour ne pas rendre un service, ou pour ne pas être reconnu.

La Rue, 1894 : Partir, s’esquiver. Voler.

Virmaître, 1894 : Se sauver. Dans les faubourgs, quand un voyou sait qu’il va recevoir une maîtresse correction, il s’esbigne (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Se sauver.

France, 1907 : Se sauver, s’esquiver, s’enfuir.

La raclée devait être divisée en douze leçons. Après la troisième, je pris la poudre d’escampette.
Elles devenaient de plus en plus chaudes chaque fois, et commençant à me demander ce que pourrait bien être la douzième, je jugeai préférable de m’esbigner avant l’échéance.

(Hector France, Chez les Indiens)

Plus tard, la chance s’ensuivant,
S’il ne se fait pas prendre avant
Ou ne s’esbigne,
Notre homme, par un coup savant,
Nous supprime le plus souvent…
Comble de guigne !

(Blédort)

Esbigner dans sa boite à puces (s’)

France, 1907 : Rentrer chez soi.

Esbigner dans sa boîte à puces (s’)

Fustier, 1889 : Rentrer chez soi.

Si c’est comme ça qu’on vous reçoit dans le monde chic, des mâches ! J’aime mieux m’esbigner dans ma boîte à puces.

(Mahalin, La patte de fer)

Esbigner en jargue

M.D., 1844 : S’en aller d’un endroit sans payer.

Esbigner, esbignonner

Rigaud, 1881 : Voler, faire disparaître un objet, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire faire partir un objet.

Laronneux, n’crois pas m’esbignonner mon maquereau.

(Le Nouveau Vadé)

Esbigner un porte morningue dans la profonde d’un girondin.

Esblinder

Rigaud, 1881 : Étonner, stupéfier, — dans le jargon des ouvriers.

Inutile de faire le savant pour esblinder le prolétaire.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

France, 1907 : Étonner, stupéfier.

Esbloquant

Delvau, 1866 : adj. Étonnant, ébouriffant, — dans l’argot des soldats, qui songent au bloc plus souvent qu’ils ne le voudraient, et le mettent naturellement à toutes sauces.

France, 1907 : Étonnant.

Esbloquer

Fustier, 1889 : Étonner, stupéfier.

France, 1907 : S’étonner.

Esbloquer (s’)

La Rue, 1894 : Étonner, stupéfier.

Esbrouf (d’)

France, 1907 : Tout de suite, violemment, par surprise.

Estourbir un pante d’esbrouf.

(Vidocq)

Esbroufe (vol à l’)

Rigaud, 1881 : Vol à la bousculade. — Dans la rue, quelqu’un vous heurte fortement et disparaît avec votre montre ou votre porte-monnaie ; vous êtes volé à l’esbroufe. Le vol à l’esbroufe est une variété du vol à la tire.

Esbroufeur

Rigaud, 1881 : Voleur à l’esbroufe. L’esbroufeur exploite de préférence les abords de la Banque de France et des grandes compagnies financières. Quand on vient de toucher de l’argent dans ces parages, il est prudent de se boutonner, de serrer les coudes et de tenir le milieu de la chaussée. Le garçon de recette est le rêve de l’esbroufeur.

Esbrouff (vol à l’)

anon., 1907 : Bousculer quelqu’un pour voler.

Esbrouffant

Delvau, 1866 : adj. Inouï, incroyable, — dans l’argot du peuple.

Esbrouffe

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Air important.

Vidocq, 1837 : s. m. — Embarras, plus de bruit que de besogne.

un détenu, 1846 : Avis vantards, air de grand seigneur.

Larchey, 1865 : Fanfaronnades, étalage de grands airs.

Pas d’esbrouffe ou je repasse du tabac.

(P. Borel, 1833)

Faut pas faire ton esbrouffe, vois-tu ! ça ne prendrait pas.

(Cogniard, 1831)

Vol à l’esbrouffe : V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. f. Embarras, manières, vantardises. Faire de l’esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.

Rigaud, 1881 : Embarras, jactance. Faire de l’esbrouffe, des esbrouffes, son esbrouffe, faire des es, faire des embarras.

Ce Prussien était donc là, le nez en l’air, lorgnant les bombes lumineuses et faisant son esbrouffe.

(É. de La Bédollière)

La Rue, 1894 : Embarras. Vol à l’esbrouffe, vol à la bousculade. Estourbir à l’esbrouffe, assassiner dans la rue.

Hayard, 1907 : Embarras.

Esbrouffe (en faire)

Virmaître, 1894 : Faire des embarras, du vent, de la mousse. Esbrouffe est un vieux mot qui vient d’esbouffer, éclabousser. C’est Théophile Gautier qui a transformé ce mot dans le sens de vent et de mousse. Les escarpes se sont emparés du mot esbrouffer pour désigner un genre de vol assez répandu. Ce vol consiste à bousculer un passant dans la rue, à profiter de sa surprise pour le voler et s’excuser ensuite (Argot des voleurs).

Esbrouffe (faire de l’)

France, 1907 : Faire des embarras, vouloir étonner les imbéciles ou s’en faire admirer. D’après Francisque Michel, se mot viendrait de l’italien sbruffo, gorgée d’eau de vin qu’on rejette ; d’après Charles Nisard, du vieux mot esbouffer, se répandre avec bruit, dérivé lui-même de esbruier, esbrouir, bruire.

Esbrouffé (pesciller d’)

Halbert, 1849 : Prendre de force.

Esbrouffe (vol à l’)

Rossignol, 1901 : Ce vol consiste à bousculer quelqu’un qui sort d’une banque ou d’ailleurs, et profiter de sa stupéfaction pour qu’un complice lui enlève au moment de la bousculade son portefeuille de la poche intérieure de son vêtement quoique boutonné. Le portefeuille est aussitôt repassé à un troisième complice qui s’esquive. Si le volé s’aperçoit de suite de la soustraction, il fait arrêter les deux individus par qui il a été bousculé ; ils se rendent de bonne grâce chez le commissaire, où, comme on ne trouve rien sur eux, ils sont remis en liberté et reçoivent des excuses.

France, 1907 : Genre de vol, dont l’ancien chef de sûreté G. Macé donne l’explication.

L’Allemand est un excellent tireur à l’esbrouffe, genre de vol très ancien, consistant à bousculer violemment une personne, et à profiter de son ahurissement pour lui enlever son porte-monnaie.

Le pante est, en effet, esbrouffé,

Esbrouffer

un détenu, 1846 : Étonner, surprendre, ébahir.

Halbert, 1849 : Effaroucher.

Larchey, 1865 : Intimider, en imposer. — Du vieux mot esbrouffer : éclabousser. V. Du Cange.

Allons ! mouche-lui le quinquet, ça l’esbrouffera.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. a. En imposer ; faire des embarras, des manières, intimider par un étalage de luxé et d’esprit. Signifie aussi Réprimander.

Rigaud, 1881 : Faire des embarras. — Chercher à étonner, à éclipser. Esbrouffer son monde.

Virmaître, 1894 : Dire des sottises à quelqu’un, le secouer vertement (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme d’épater. Dire des sottises à quelqu’un, s’il ne sait que répondre et reste coi, c’est esbrouffer.

Hayard, 1907 : Intimider, brusquer quelqu’un, prendre des grands airs.

France, 1907 : Imposer, intimider.

— Ah ! se dit-il un usurier ?… Ça doit avoir de l’argent ?… de l’argent mignon, sous la main et facile à esbrouffer…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Esbrouffeur

Delvau, 1866 : s. et adj. Gascon de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe, ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du crédit chez les fournisseurs et de l’admiration chez les imbéciles.

Virmaître, 1894 : Qui fait des esbrouffes. Voleur à l’esbrouffe (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Celui qui est fier et fait des manières est un esbrouffeur.

France, 1907 : « Gascon de Paris qui vante sa noblesse apocryphe, ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du crédit chez les fournisseurs et de l’admiration chez les imbéciles. » (Alfred Delvau)
Ce mot a aussi son féminin. Depuis l’envahissement par les femmes de certains emplois dont les hommes s’étaient arrogé jusque la spécialité, certaines administrations sont encombrées de petites pécores impertinentes et esbrouffeuses.

Cette pauv’ petite-là, j’en suis fâché pour elle, ma parole ! C’est bien une des moins esbrouffeuses, des plus bonnes filles du bureau.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

France, 1907 : Voleur à l’esbrouffe.

Esbrouffeur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — Faiseur d’embarras.

Esbrouffeur, esbrouffeuse

Rigaud, 1881 : Faiseur, faiseuse d’embarras.

Esbrouffeuse

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse qui éclabousse d’autres drôlesses, ses rivales, par son luxe insolent, par ses toilettes tapageuses, par le nombre et la qualité de ses amants.

Esbrouffre

Clémens, 1840 : Embarras, fâché.

Escabrante

Virmaître, 1894 : Échelle (Argot des voleurs) V. Montante.

Escaffe

Rigaud, 1881 : Coup de pied au derrière. — Escaffer, donner du pied au derrière.

La Rue, 1894 : Coup de pied au derrière.

France, 1907 : Coup de pied à l’endroit que les Anglais appellent l’innommable.

Escaffer

France, 1907 : Donner des coups de pied au derrière.

Escaffignon, esclot

Rigaud, 1881 : Soulier, — dans le jargon des chiffonniers, qui disent aussi gant, et gant de pied.

Escafignons

Delvau, 1866 : s. m. Souliers, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait ou à peu près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l’inventeur de la Ballade.

De bons harnois, de bons chauçons velus.
D’escafilons, de sollers d’abbaïe.

Les écoliers du temps jadis disaient Escaffer pour Donner un coup de pied « quelque part ». Sentir l’escafignon. Puer des pieds.

France, 1907 : Souliers. Sentier l’escafignon, puer des pieds. Voir Cafignon.
Ce mot signifiait autrefois une chaussure très légère, escarpin ou chausson ; du latin scaphium, bateau. On appelle encore de grands souliers des bateaux.

Escaldunac

France, 1907 : Langue des Ibères.

Escale

France, 1907 : Trois francs.

Escalier

d’Hautel, 1808 : Il a sauté par la fenêtre, peur de salir les escaliers. Manière facétieuse de dire que celui que l’on poursuivoit s’est précipité par la croisée. Voyez Fenêtre.
Faire descendre les escaliers quatre à quatre à quelqu’un. Le mettre à la porte, le chasser honteusement. Vulgairement, et parmi les personnes sans instruction, ce mot devient féminin. On entend fréquemment dire à Paris : Montez par la grande escalier.

Escamoter

d’Hautel, 1808 : Filouter, attraper, tromper avec adresse.

Escamoteur

d’Hautel, 1808 : Filou, homme fin et adroit, charlatan, qui surprend la bonne foi des personnes trop confiantes.

Escamper

d’Hautel, 1808 : Pour, s’esquiver, s’enfuir, mettre la clef sous la porte.

Escampette

d’Hautel, 1808 : Il a pris la poudre d’escampette. Pour dire, qu’un homme, poursuivi par la justice ou par de nombreux créanciers, s’est prudemment enfui.

Escane (à l’)

La Rue, 1894 : Fuyons !

France, 1907 : Sauvons-nous ! Argot des voleurs.

— Comme j’vas pas à la retape et que j’ai pas d’aminche parmi les aiglefins, j’avais levé une brocante dans une boutanche, pour faire cascader une casinette ; v’là-t’y pas une affaire ! Mais y avait un arnache qui m’reluquait, et comme je sortais de la cambuse parce que la camoufle s’estourbait, v’là-t’y pas qu’y m’dévisage… J’crie à l’escane, et je veux baudrouiller, mais j’avais un caillou et j’m’affale.

(Félix Remo, La Tombeuse)

Escaner

Halbert, 1849 : Ôter.

Rigaud, 1881 : Ôter, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Ôter. Fuir.

France, 1907 : Fuir ou, simplement, s’en aller.

Quand j’aperçois ma Fanchonnette,
J’quitt’ mon bonnet, j’prends ma casquette,
J’m’escane sur la port’ d’allé
Pour avoir l’air mieux endrôlé !

(Le Canut amoureux)

France, 1907 : Ôter.

Escanne (à l’)

Rigaud, 1881 : Fuyons. (Fr. Michel.)

Escanner

Delvau, 1866 : v. n. Fuir, — dans l’argot des voleurs. À l’escanne ! Fuyons !

Escap

Ansiaume, 1821 : Assassin.

Il faut que j’escap un messière pour me mettre en carle.

Escapade

d’Hautel, 1808 : Pour fredaines, écarts, tours de jeunesse.
Il fait souvent quelqu’escapade. Pour, il n’a pas une conduite bien régulière.

Escape, escaper

Larchey, 1865 : Corruption d’Escarpe.

Éscapelle

France, 1907 : Sorte de scapulaire dont se servent les paysans du Midi.

Escaper

Ansiaume, 1821 : Assassiner.

Tu vois ce messière hautocher sur son gaillet, je vais l’escaper dans le satou.

Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.

Escaper, escapoucher

France, 1907 : Assassiner.

Escapouche

Ansiaume, 1821 : Assassinat.

Nous sommes gerbés pour une escapouche sur le grand trimard.

Escapouche, escapoucheur

Vidocq, 1837 : s. m. — Assassin. Terme des voleurs du midi.

Escapoucher

Vidocq, 1837 : v. a. — Assassinat. Terme des voleurs du midi.

Escarbillard

d’Hautel, 1808 : Éveillé, finot ; d’une humeur gaie, joviale et enjouée.

Escarbouiller (s’)

France, 1907 : Se forcer, s’abîmer.

Et si tant est seulement qu’il eût une ombre de cœur, il lui dirait au contraire de prendre un peu de bon temps, de ne pas s’escarbouiller le tempérament comme elle faisait, du matin au soir, trimant sur la besogne.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Escarcher

Halbert, 1849 : Regarder.

France, 1907 : Observer ; argot des voleurs.

Escarcher, escracher

Rigaud, 1881 : Regarder, — dans l’ancien argot.

Escare

Delvau, 1866 : s. m. Empêchement, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Contre-temps. — Escarer, empêcher.

France, 1907 : Obstacle, désappointement.

Escarer

Delvau, 1866 : v. a. et n. Empêcher.

La Rue, 1894 : Empocher. Escare, contre-temps.

France, 1907 : Empêcher.

Escareur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui trouve des obstacles à tout.

France, 1907 : Homme pusillanime et hésitant, qui voit partout des empêchements.

Escargot

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vagabond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.

Rigaud, 1881 : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : L’homme et sa tente, en campagne.

La Rue, 1894 : Vagabond, Agent de police.

Virmaître, 1894 : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.

Virmaître, 1894 : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :

Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.

France, 1907 : Lampion que l’on pose le long des plates-bandes des jardins dans les fêtes.

France, 1907 : Lent, paresseux ; rôdeur de grand chemin, vagabond.

Escargot d’hiver

Virmaître, 1894 : Vieillard impuissant. L’allusion est on ne peut mieux trouvée. Comme l’escargot il rentre dans sa coquille (Argot du peuple). N.

Escargot de trottoir

Rigaud, 1881 : Sergent de ville — dans le jargon des voyous.

France, 1907 : Sergent de ville.

Escarpe

Bras-de-Fer, 1829 : Assassinat.

M.D., 1844 : Assassin.

un détenu, 1846 : Assassin pour voler.

Halbert, 1849 : Assassin.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui va jusqu’à l’assassinat pour en arriver à ses fins. — Argot des prisons.
C’était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d’exercer leur verve… singulière. Eh bien, non ! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie ? Je ne dirai pas : Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de l’échafaud ; mais seulement parce qu’il emploie un instrument tranchant aigu, — scarp en allemand. Pourquoi pas ? escarbot vient bien de scarabæus, en vertu d’une épenthèse fréquente dans notre langue. À moins cependant qu’escarpe ne vienne du couteau d’escalpe (du scalp) des sauvages… (V. Les Natchez).
Escarpe-Zézigue. Suicide.

Rigaud, 1881 : Voleur doublé d’un assassin qui travaille en plein air et va en ville. — Nom générique de tous ceux qui assassinent pour voler. Les variantes sont : Escape, escapouche, escapouchon, mais escarpe est plus classique.

La Rue, 1894 : L’homme qui assassine pour voler.

Virmaître, 1894 : Voleur, assassin. A. Delvau pense que cette expression vient de scarp mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau d’escalpe (du scalp des sauvages). C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple. Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, escarpés (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Assassin.

France, 1907 : Voleur et assassin.

Tous les mondes de l’avenir étaient là, depuis l’escarpe qui échouera sur les bancs de la septième chambre, jusqu’au substitut qui requerra la peine et au juge qui l’appliquera ; je les ai connus tous et de telle façon que souvent, je l’avouerai, il m’eût été difficile de trier dans le tas et de pronostiquer entre jugés et juges qui seraient les uns ou qui deviendraient les autres.

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Depuis que les meurtriers
Prenn’ le nom d’escarpe,
On augmente les loyers
Dans la ru’ Contrescarpe !

(Clairville)

Escarpe-zezigue

France, 1907 : Suicide.

Escarpe, escarpe-sezigue

Vidocq, 1837 : s. m. — Assassin, suicide.

Escarpe, scionneur

Larchey, 1865 : « Voleur détournant après minuit sur la voie publique, par violence et quelquefois par assassinat. »

(Canler)

Escarper

Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.

M.D., 1844 : Assassiner.

Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot escharper : mutiler, couper en morceaux (Roquefort). — V. Criblage.

Mais tu veux donc que je t’escarpe (que je te tue).

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, écharper un homme. On disait autrefois Escaper. Escarper un zigue à la capahut. Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.

Rigaud, 1881 : Assassiner pour voler. D’escharper, mettre en pièces.

Rossignol, 1901 / France, 1907 : Tuer.

Escarper à la capahut

Halbert, 1849 : Tuer son complice pour lui voler sa part.

Escarper un zigue à la capahut

Virmaître, 1894 : Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin. Sur les deux mots il y en a un de trop, capahut comme escarpe voulant dire assassin (Argot des voleurs). N.

Escarpin

d’Hautel, 1808 : Lever l’escarpin. S’esquiver, s’échapper, s’enfuir ; faire banqueroute.
Des escarpins à paillettes. Souliers de porteurs d’eau, d’hommes de peine, dont la semelle est ordinairement couverte de clous à large tête.
Escarpin de Limoges. Gros sabots de bois.

Escarpin de cuir de limousin

France, 1907 : Sabot. On dit aussi dans le même sens : escarpin en cuir de brouette. Escarpin renifleur, soulier troué.

Escarpin de Limousin

Rigaud, 1881 : Sabot.

Escarpin en cuir de brouette

Halbert, 1849 : Sabot.

Escarpin renifleur

Rigaud, 1881 : Soulier qui prend l’eau ; et la variante : Gadins qui renâclent.

Escarpiner (s’)

Delvau, 1866 : S’échapper, s’enfuir en courant légèrement, — dans l’argot des faubouriens, qui ne savent pas qu’ils emploient un mot du XVIe siècle.

France, 1907 : S’échapper.

Escarpins de Limousin

Delvau, 1866 : s. m. pl. Sabots, — dans l’argot du peuple, qui sait que les Lémovices n’ont jamais porté d’autre chaussure, si l’on en excepte toutefois des souliers pachydermiques qui ont plus de clous que l’année n’a de semaines. On dit aussi Escarpins en cuir de brouette.

Escarpolette

Delvau, 1866 : s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, interpolation bête ou spirituelle, — dans l’argot des comédiens.

France, 1907 : Interpolation dans le rôle d’un acteur ; argot des coulisses.

Escarrer

France, 1907 : Empêcher.

Escaver

Halbert, 1849 / Fustier, 1889 : Empêcher.

France, 1907 : Empêcher ; argot des voleurs.

Esclandre

d’Hautel, 1808 : Dispute scandaleuse ; affront fait à quelqu’un publiquement.

Esclavage

d’Hautel, 1808 : Chaine ou collier que les femmes portent à leur cou.

Esclave

Larchey, 1865 : Domestique, garçon de restaurant, de café. Le mot date de Ponsard, de Rachel et du temps où l’on inventa de vraies coupes pour boire du champagne.

Cet esclave pourrait dire vrai… Allons, va prendre l’ancien écriteau.

(Labiche)

France, 1907 : Domestique.

Esclop ou esclots

France, 1907 : Sabots. Du roman esclou, chemin.
Droumi coum un esclop, dormir comme un sabot (béarnais).

Ils tirèrent desdites forêts des arbres de haute futaie, des poutres, des chevrons, des lattes et autres matériaux nécessaires à la construction de maisons, de cabanes, de tonneaux, de coffres, d’esclops.

(Ducange)

Esclopade

France, 1907 : Empreinte de sabot.

Esclope

France, 1907 : Sabot dans lequel on met une chaussure de cuir.

Esclopé

France, 1907 : Sabotier.

Escloperre

France, 1907 : Marchand de sabots.

Esclopète

France, 1907 : Sabot de femme.

Esclos

Rossignol, 1901 : Souliers.

Esclot

Vidocq, 1837 : s. m. — Sabot.

Halbert, 1849 : Sabot.

Larchey, 1865 : Sabot (Vidocq). — Mot de langue romane. Roquefort.

Esclotier

France, 1907 : Sabotier.

Esclotier, -ère

Vidocq, 1837 : s. — Sabotier, sabotière.

Esclots

Delvau, 1866 : s. m. pl. Sabots, — dans l’argot du peuple, qui se servait déjà de cette expression du temps de Rabelais.

La Rue, 1894 : Sabots.

Virmaître, 1894 : Sabots (Argot des voleurs).

Escobar

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.

France, 1907 : Jésuite, hypocrite ; du nom du fameux casuiste espagnol Escobar y Mendoza, dont les ouvrages, si vivement critiqués dans les Provinciales de Pascal, prêchent indirectement l’hypocrisie et justifient tous les crimes en les couvrant de la pureté d’intention.

Escoffier

d’Hautel, 1808 : Ce mot a plusieurs significations dans le langage populaire. On l’emploie pour dérober, voler, et souvent aussi pour perdre, tuer, assommer.
C’est autant d’escofié. Pour c’est autant de pris, de volé, de perdu.
On dit d’un homme qui est mort, assommé de coups, qu’il a été escoffié.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tuer, assassiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer, assassiner. Ce terme est devenu populaire.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au provençal escofir.

Rigaud, 1881 : Tuer au moyen d’une arme à feu.

La Rue, 1894 : Tuer d’un coup de feu.

Virmaître, 1894 : Blesser ou tuer quelqu’un. Se dit également au point vue moral.
— Je l’ai rudement escoffié dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tuer.

France, 1907 : Tuer.

Deux Marseillais se promènent dans les environs de la capitale de la Provence.
— Et il est sain, ce village ? demande l’un.
— Je te crois, mon bon. L’an dernier, il a fallu escoffier un habitant pour pouvoir inaugurer le cimetière. Zuze un peu !…

Escoffion

d’Hautel, 1808 : Au propre bonnet ou chapeau de femme ; au figuré, horion, mauvais coup.
Il a reçu son escoffion. Pour il a reçu une volée de coups de bâton

France, 1907 : Foulard dont les paysannes et les filles de fabrique du département du Nord se serrent la tête ; on dit aussi marmotte.

Il avait à peine fait quelques pas qu’il se rencontrait avec une fille de dix-sept à dix-huit ans, brune, des accroche-cœur dépassant le petit escoffion de cotonnette qui lui coupait le front.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Escofier

Larchey, 1865 : Tuer sur le coup. — Usité dès 1808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte à un degré beaucoup plus faible présente encore ce double sens.

Trois sentinelles ont déjà été escofiées

(Cogniard, 1831)

Hayard, 1907 : Tuer, assassiner.

Escogriffe

d’Hautel, 1808 : Un grand escogriffe. Homme d’une grande stature, mal bâti ; flâneur, aux mains duquel il faut prendre garde.

Delvau, 1866 : s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Grand escogriffe — pour avoir l’occasion de faire un pléonasme.

Escole

Virmaître, 1894 : Trois francs (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Trois francs.

Escorte

France, 1907 : Fille ou femme ordinairement âgée ou laide qui accompagne une plus jeune et plus jolie pour la mettre en évidence, lui servir de mère, tante ou chaperon, ou simplement de « repoussoir ».

Rose de Senlis, une grande et superbe fille aux cheveux blonds et aux yeux de velours bleu, avait comme repoussoir une nommée Catherine Bélinaud, dite la Taupe. Elles étaient du même pays, d’un village de l’Oise, et elles arrivèrent toutes deux, très jeunes, très fraîches, très roublardes. Catherine se distinguait ; mais une maladie la courba, la fit laide, et, au sortir de l’hôpital, elle dut accepter de Rose l’emploi d’escorte repoussante et repoussée.

(Dubut de Laforest)

Escouade (parapluie de l’)

Fustier, 1889 : Argot militaire. Envoyer chercher le parapluie de l’escouade : moyen poli de se débarrasser d’un importun. (Ginisty. Manuel du parfait réserviste)

Escouilles

Vidocq, 1837 : s. f. — Oreilles.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Escousse

Delvau, 1866 : s. f. Élan, — dans l’argot des écoliers. Prendre son escousse. Reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en avant.

France, 1907 : Élan. Prendre son escousse, reculer de quelques pas pour s’élancer.

Escoute

Halbert, 1849 : Oreille.

Escoutes

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / France, 1907 : Oreilles.

Escrabouillé

France, 1907 : Écrasé.

Mais i’ gliss’ su’l’ sol mouillé,
Cahin, caha,
Hu’ dia ! Hop là !
Mais i’ gliss’ su’l’ mouillé,
Crac, il est escrabouillé !

(L. Xanrof)

Escrabouiller, escarbouiller

Rigaud, 1881 : Écraser ; aplatir.

Imbibé de petits verres
Je porte une botte aux grands ;
Quand je suis entre deux bières,
J’escarbouille les tyrans !

(L. Festeau, l’Emeutier.)

Escrache

Vidocq, 1837 : s. m. — Passe-port.

Larchey, 1865 : Papiers. — Diminutif d’escrit.

Le curieux a servi ma bille, mais j’ai balancé mes escraches.

(Vidocq)

Escrache tarte : Faux passeport.

Rigaud, 1881 : Papiers ; passe-port. — Escrache tarte, escrache à l’estorgue, faux passe-port. — Escracher, exhiber son passe-port ; montrer ses papiers.

La Rue, 1894 : Papiers, passe-port. Escracher, montrer son passe-port. Signifie aussi injurier, se chamailler et regarder.

Virmaître, 1894 : Passeport, papier. L. L. Escrache veut dire voleur ; c’est le synonyme d’escarpe et de fripouille (Argot du peuple) N.

Rossignol, 1901 : Réprimande.

France, 1907 : Papiers, passeport. Escrache-tarte, faux passeport.

Escrache tarte

Vidocq, 1837 : s. m. — Faux passe-port.

Escracher

Vidocq, 1837 : v. a. — Demander le passe-port à un voyageur.

M.D., 1844 : Chasser.

un détenu, 1846 : Insulter, dire des sottises, reluquer en colère.

Larchey, 1865 : Demander le passe-port, interroger.

En passant le portier vous escrache ; J’étais fargué, mais l’habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache ; Un peu de toupet, et je passe partout.

(Chans. nouv., Dict. Le Bailly)

Hayard, 1907 : Disputer, engueuler.

France, 1907 : Montrer ses papiers.

France, 1907 : S’injurier, se quereller. Regarder.

Escrime

Delvau, 1864 : Combat amoureux, fouterie.

Depuis que’q’temps j’ai l’estime
D’un sapeur pompier,
Qui m’donn’ des leçons d’escrime
En particulier.

(Ch. Colmance)

Percez-moi de tierce et de quarte ;
Songez que c’est pour notre bien,
Fendez-vous bien,
Et tâchez que votre coup parte
Dans le même instant que le mien.

(Ch. Lepage)

Rigaud, 1881 : Employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. C’est une déformation du mot scribe.

France, 1907 : Employé de bureau militaire.

Escrimer

d’Hautel, 1808 : S’escriner, défendre quelque chose avec chaleur, dire des injures à quelqu’un.
S’escrimer des armes de Samson. Remuer les mâchoires, faire honneur à une bonne table ; par une allusion maligne avec Samson qui défit les Phillistins étant armé d’une mâchoire d’âne.

Escrimer du derrière (s’)

Rigaud, 1881 : Sacrifier avec ardeur à Vénus.

Escroc

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux, homme de mauvaise foi, fripon insigne. Voyez Croc.

Escroquer

d’Hautel, 1808 : Voler par surprise, tromper la bonne foi de quelqu’un ; sortir sans payer d’un endroit où l’on a fait quelque dépense.

Esganacer

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Rire.

Rigaud, 1881 : Rire ; de l’italien sganasciare, rire à gorge déployée ; dérivé de ganascia, mâchoire. En terme populaire, une mâchoire, une vieille mâchoire, veut dire une ganache.

France, 1907 : Rire ; argot des voleurs.

Esganacher

M.D., 1844 : Arracher les dents.

Esgard (faire l’)

Vidocq, 1837 : v. p. — Dérober à ses camarades une partie du vol qui vient d’être commis.

Larchey, 1865 : Dérober à ses complices une part de vol (Vidocq). — Mot à mot : garder en dehors (exgarder).

La Rue, 1894 : Dérober une part de vol, frustrer son complice.

France, 1907 : Voler un complice de sa part de butin.

Au flambe ne fais pas d’esgard,
C’est digne d’un capahutard…

(Hogier-Grison)

Esgarer

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Perdre.

Esgaur

Halbert, 1849 : Perdu.

Esgour

France, 1907 : Perdu.

Esgourde

Rigaud, 1881 : Oreille. — Débrider l’esgourde, esgourder, écouter.

La Rue, 1894 : Oreille.

Hayard, 1907 : Oreilles.

Esgourde ou esgourne

France, 1907 : Oreille. Débrider l’esgourde, écouter.

— Je vais te tirer les oreilles, attends !
Mais, agile comme un singe, le gamin s’échappa, zigzaguant derrière les tables.
— De quoi ! cria-t-il, plus souvent que vous me les pincerez mes esgourdes. Mince ! n’avez pas encore les spatules assez longues, hé !

(Paul Pourot, Les Ventres)

Ouvrez vos esgourdes et tenez vos battants…

(Edmond Lepelletier)

Esgourder

Rossignol, 1901 : Écouter.

Hayard, 1907 : Écouter, entendre.

France, 1907 : Écouter.

— Nous sommes au ressort et nous t’esgourdons ! dit Peau-de-Zébi, portant ironiquement la main à sa chéchia comme au temps du bat’ d’Af’ devant le double donnant la consigne.

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

anon., 1907 : Écouter.

Esgourdes

Rossignol, 1901 / anon., 1907 : Oreilles.

Esgourdes ou esgournes

Virmaître, 1894 : Oreilles. Quand elles sont démesurées on dit : Ah ! quelles feuilles de chou. On dit également : plat à barbe. Les voleurs disent : cliquettes.

Esgourne. esgouverne

France, 1907 : Oreille.

Esherber

France, 1907 : Arracher les mauvaises herbes.

Espadon

d’Hautel, 1808 : Espèce de sabre ; on dit habituellement et contre la décision du dictionnaire de l’Académie, espadron, ce qui au jugement de quelques auteurs, est la seule manière de bien prononcer ce mot.

Espadonner ou espadronner

d’Hautel, 1808 : Se battre à l’espadron.

Espadrille

Halbert, 1849 : Soulier.

Espagnol

Rigaud, 1881 : Pou, vermine. Est-ce parce que la vermine abonde en Espagne, que les grands de première classe ont le privilège de rester couverts devant le roi ?

France, 1907 : Pou.

Espalier

Larchey, 1865 : Réunion de figurantes chargées d’animer un décor comme un espalier garnit un mur. — V. Bouisbouis.

Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Figurante, — dans l’argot des coulisses.

Delvau, 1866 : s. m. Galérien, — dans l’ancien argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Figurant, figurante. Celui, celle qui, dans un théâtre, contribue à l’aspect général de la mise en scène. Les chanteuses de cafés-concerts, assises en fer-à-cheval au fond de la scène, s’appellent « espaliers. » — C’était autrefois : espalier d’opéra.

Elle était alors simple espalier d’opéra, c’est-à-dire chanteuse et danseuse de chœurs.

(La Gazette noire, 1789)

Par allusion aux arbres plantés en espalier.

France, 1907 : Figurant, dans l’argot des théâtres. Les jeunes personnes qui remplissent l’emploi de figurantes sont en effet rangées autour de la scène comme des espaliers.

Espatrouillant

Virmaître, 1894 : Cette expression est employée pour exprimer le comble de l’admiration. C’est le mot épaté allongé (Argot du peuple).

Espatrouiller

France, 1907 : Étonner, surprendre.

Ça semble espatrouillant, y a pourtant rien de bien malin : tout le monde sait qu’en vue des anicroches il suffit de poser des pétards pour que le train s’arrête…

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Espèce

d’Hautel, 1808 : Une espèce. Terme de mépris dont les gens de qualité se servent pour désigner un homme de basse extraction, un sot, un imbécile.
On joint souvent ce mot à un substantif et l’on dit dans le sens de l’exemple ci-dessus une espèce d’homme, pour un fort petit homme ; une espèce d’auteur, pour un mauvais auteur, etc.

Delvau, 1864 : Coureuse, libertine ; terme de mépris des grandes dames à l’égard des petites dames.

Si vous connaissez des espèces pareilles, Madame, je suis votre servante.

(La Popelinière)

Une dame de cour,
S’en étant emparée,
Fit languir plus d’un jour
La bourgeoise sevrée,
Disant : C’est bien, ma fille,
Pour ces espèces-là
Qu’est faite la béquille
Du père Barnaba.

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, — dans l’argot méprisant des bourgeoises, héritières des rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur enlèvent leurs fils et leurs maris.

France, 1907 : Nom que les femmes donnent à celles qu’elles n’aiment pas ; personne de mauvaise réputation. C’est également le nom que les grands seigneurs donnent aux petites gens.

Espèce ! disent jadis nos derniers marquis en parlant des petites gens ; mais ils étaient secourables à leurs voisins, les humbles, et trouvaient facilement un écu dans leur bourse. Aujourd’hui on traite l’espèce de bon ami, mais on parque au diable le bon ami et on ne lui serre la main qu’au moment des élections.

(Gonzague Privat)

Espérance

d’Hautel, 1808 : L’espérance fait vivre. C’est à-dire que l’espoir d’un temps heureux fait supporter les désagrémens auxquels la vie humaine est assujettie.
Abbé de St. Espérance. Voy. Abbé.

Espérances

Delvau, 1866 : s. f. pl. Héritage paternel ou maternel que toute jeune fille bien élevée doit apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne craint pas de voir mettre les souliers d’un mort dans la corbeille de mariage. Avoir des espérances. Avoir des grands-parents riches que l’on compte voir mourir bientôt, — façon bourgeoise de « tuer le mandarin ! »

Espérances (avoir des)

France, 1907 : Compter sur la mort de ses parents pour jouir de ce qu’ils peuvent vous laisser. Argument à l’appui de ceux qui prétendent que l’héritage est immoral.

Espiègle

d’Hautel, 1808 : Un grand espiègle. On donne souvent par raillerie ce nom à une personne d’une très grande simplicité d’esprit, qui fait le jouet de la société où il se trouve.

Espigner

Clémens, 1840 : Cacher, sauver.

France, 1907 : Se sauver.

Espigner (s’)

anon., 1827 / Halbert, 1849 : Se sauver.

Espouser la foucandrière

Vidocq, 1837 : v. a. — Terme dont se servaient les anciens coupeurs de bourse, pour désigner l’instant où ils étaient forcés de jeter ce qu’ils avaient pris, dans la crainte d’être saisis avec.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Espouser la veuve

Vidocq, 1837 : v. p. — Être pendu.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Espringoler

d’Hautel, 1808 : S’espringoler. Se tourmenter, s’agiter, se donner beaucoup de peine, beaucoup de mal ; s’épuiser, se rendre malade à force de travailler.
Que le diable t’espringole ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un dans un mouvement d’humeur, et qui équivaut à, que le diable t’emporte ! que le diable te casse le cou !

Esprit

d’Hautel, 1808 : Il a l’esprit où les poules ont l’œuf. Se dit d’une personne extrêmement bornée ; d’une rare bêtise.
Vivent les gens d’esprit ! Exclamation qui se dit toujours en mauvaise part, et pour se moquer de quelqu’un qui croit avoir trouvé un bon expédient.
Avoir l’esprit aux talons. Veut dire, manquer de jugement ; faire des fautes grossières contre le bon sens.
S’alambiquer l’esprit. Voy. Alambiquer.

Esprit des braves

France, 1907 : Eau-de-vie.

Esque (faire l’)

France, 1907 : Voler un complice de sa part de butin.

Esquinancie

d’Hautel, 1808 : Maladie qui fait enfler la gorge.
Le peuple dit, par corruption, esquilancie.
Le barbarisme de ce mot, se fait comme on voit, par le changement de la consonne n en l ; tandis que dans les mots lentille, falbala, etc., il se fait en substituant n à l ; ce qui produit la prononciation vicieuse de nantille, falbana.

Esquine

Virmaître, 1894 : Le temps (Argot des voleurs). V. Boilard.

Esquinte

Vidocq, 1837 : s. m. — Abîme.

Delvau, 1866 : s. m. Abîme, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Abîme, — dans le jargon des voleurs. En effet un abîme est un endroit qui vous esquinte (vous abîme) pour peu qu’on s’y laisse tomber.

La Rue, 1894 : Effraction. Esquinter, abîmer, enfoncer, casser.

France, 1907 : Abime ; argot des voleurs. Vol à l’esquinte, vol avec effraction, c’est-à-dire avec grand danger.

Esquinté

un détenu, 1846 : Malheureux, pauvre, infortuné, infirme.

Virmaître, 1894 : Fatigué, moulu, rompu. L’ouvrier qui travaille mal esquinte son ouvrage. Quand deux individus se battent, le plus fort esquinte son adversaire. Dans une polémique, on esquinte son contradicteur pour avoir raison (Argot du peuple).

Esquintement

Larchey, 1865 : Effraction.

Cambriolle tu maquilleras par carouble et esquintement.

(Vidocq)

Larchey, 1865 : Fatigue extrême, lutte meurtrière.

Rigaud, 1881 : Lassitude. — Effraction.

France, 1907 : Acte d’entrer par effraction dans une maison.

France, 1907 : Grande fatigue.

Esquinter

Vidocq, 1837 : v. a. — Fracturer, briser.

Larchey, 1865 : Battre.

Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m’appelle Bonne-Lame.

(Vidal, 1833)

Larchey, 1865 : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d’esquatir, esquacher, esquisar.

Larchey, 1865 : Harasser.

Que dirais-tu si, au lieu d’avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t’esquinter comme nous a la limonière ?

(Buchon)

Delvau, 1866 : v. a. Éreinter, battre, — dans l’argot du peuple. S’esquinter, v. pron. se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à — n’importe quoi de fatiguant. On dit aussi S’esquinter le tempérament.

Delvau, 1866 : v. a. Fracturer, briser, perdre, abîmer, tuer. Signifie aussi : Tromper, enfoncer quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Harasser. — Abîmer. Enfoncer. Esquinter une lourde, enfoncer une porte. — Battre, donner des coups de bâton. — Esquinter un pante, frapper un particulier. — S’esquinter le tempérament, travailler au-delà de ses forces, se créer des ennuis.

Rossignol, 1901 : Fatigué. On dit aussi d’un individu qui a reçu beaucoup de coups : il a été esquinté.

Hayard, 1907 : Abimer, médire, être affaibli, fatigué.

France, 1907 : Endommager, éreinter, fatiguer. Battre ; tuer ; voler avec effraction.

— Voulez-vous me rendre un service ?
— Pourvu que ça ne soit pas une course… volontiers ! pas pour moi que je dis ça, mais pour Coco qu’est rudement esquinté…

(Jules Lermina, Le Gamin de Paris)

— Oui, reprit-il en se laissant couler à terre et en nouant autour de ses genoux terreux ses mains velues, ne me vendez pas !… Les chiens m’ont dépisté, j’ai quitté mon trou et je m’ensauvais quand vous m’avez mis en joue… J’étais esquinté… Voilà vingt-quatre heures que je n’ai rien mangé.

(André Theuriet)

Esquinter (s’)

Bras-de-Fer, 1829 : Se casser.

Esquinter les tripes (s’)

Rigaud, 1881 : Travailler ferme, — dans le jargon des voyous. C’est une variante de s’esquinter le tempérament.

Les bourgeois, ce sont tous des types
Qui s’lèv’nt jamais avant midi,
Pendant que l’peup’s’esquint’ les tripes ;
Pour eux tous les jours, c’est lundi.

(La petite Lune, 1879)

Esquinteur

Larchey, 1865 : Voleur par effraction.

Esquinteurs de boutogue : Enfonceurs de boutiques.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Voleur avec effraction. Un esquinteur chouette qui vous la met en dedans aux petits oignes. — Vol à l’esquinte, vol avec effraction.

France, 1907 : Voleur avec effraction.

Essai

France, 1907 : Petite bouteille qui sert à donner des échantillons de vin.

Essarter

France, 1907 : Bêcher, piocher.

C’est un dur métier d’essarter la terre,
Sous ce joug forcé, vite on devient vieux.
Aussi barde-toi d’un fort caractère,
Et chauffe en ton cœur le sang des aïeux.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Essayer le tremplin

Delvau, 1866 : Jouer dans un lever de rideau ; être le premier à chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert. On dit aussi Balayer les planches.

France, 1907 : Jouer dans un lever de rideau ou dans une pièce de peu d’importance ; ouvrir dans un café-concert la série des chansons. Argot des coulisses. On dit aussi dans le même sens : balayer les planches.

Essayer un lit

Delvau, 1864 : Tirer un coup dessus.

Sur le lit que j’ai payé
Je ne sais ce qui se passe,
À peine l’ai-je essayé,
Que le bougre me le casse.

(Gustave Nadaud)

Essayer une femme

Delvau, 1864 : Coucher plusieurs fois avec elle pour s’assurer qu’elle baise bien, qu’elle aime vraiment l’homme.

Viens donc m’essayer prompt’ment,
Et si tu m’trouv’s dign’ d’êtr’ ta femme,
Nous f’rons mettr’ dessus notre flamme
Pour quéqu’ sous d’ Saint-Sacrement.

(Parnasse satyrique)

Essayeuse

France, 1907 : Femme employée dans les magasins de modes qui essaye devant les clientes les objets de toilette pour les faire valoir. Il va sans dire que l’essayeuse doit être grande, gracieuse et jolie.

Les femmes sont toujours les femmes, pauvres ou riches, et je ne vois pas pourquoi celles-là abdiqueraient les caprices de leur sexe, sous prétexte qu’elles sont des salariées. Sans compter que ces fanfreluches leur iraient tout aussi bien qu’à nous, et parfois mieux — voyez les essayeuses. Et elles sont condamnées à poser en mannequin, indéfiniment, devant des chipies qui les toisent, les font tourner, retourner, se vengent par la fatigue et l’humiliation de leur fine taille et de leur élégante allure.

(Jacqueline, Gil Blas)

… S’annonçant par des heurts discrets contre la porte, rentraient, étalaient quelque pièces l’étoffe, quelque éblouissante broderie, chuchotaient en hâte quelque question, de petites essayeuses aux cheveux blonds qui moussent au-dessus d’un profil rieur de trottin, aux lignes souples que souligne l’élégante simplicité d’un corsage et d’une robe sombres.

(Champaubert, Le Journal)

Essence de

Rigaud, 1881 : Eau, — dans le jargon du peuple. De l’essence de parapluie, merci, n’en faut pas ; c’enrhume le picton.

Essence de chaussettes

Delvau, 1866 : s. f. Sueur des pieds, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Sueur des pieds (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mauvais café.

France, 1907 : Sueur des pieds.

Essence de parapluie

France, 1907 : Eau.

Essentiel

Fustier, 1889 : « Dans le quart du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d’appeler leur monsieur sérieux. Elles le nomment l’essentiel. »

(Événement, décembre 1886)

Essentiel fait penser à ce que les joueurs de profession appellent leur matérielle. (V. infra ce mot.)

Esses (faire des)

Rigaud, 1881 : Marcher en faisant des zigzags à la manière des ivrognes, comme si l’on traçait des S sur la chaussée.

Essoper

France, 1907 : Renverser quelqu’un d’un seul coup ; corruption du vieux français escopir, battre, dérivé du latin ecopare.

Essoré

France, 1907 : Se dit en parlant du linge qui a été à moitié séché par l’essoreuse.

Essort

France, 1907 : Soupirail de cave.

Essui

France, 1907 : Torchon.

Essuyer les plâtres

Delvau, 1866 : v. a. Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n’ont pas encore eu le temps de sécher. Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

Rigaud, 1881 : Habiter une maison nouvellement construite. Lorsqu’on eût bâti le quartier Saint-Georges, les loyers des maisons y furent cotés à très bas prix, pour attirer les locataires. Les filles plus ou moins entretenues s’y réfugièrent, furent baptisées lorettes et essuyèrent pas mal de plâtres. De cette époque date la locution. Aujourd’hui, l’essuyage des plâtres est plus cher : il s’opère rue Maubeuge avec le concours des lorettes du jour, nommées biches, cocottes, etc… — Essuyer les plâtres signifie encore, en termes galants, obtenir les premières faveurs d’une belle.

France, 1907 : Entrer dans une maison nouvellement construite et dont les murs ne sont pas encore secs. Embrasser une femme dont le visage est maquillé.

Essuyer les spermes

Delvau, 1864 : Baiser une femme qui a été baisée déjà, plusieurs fois dans la journée ou dans la soirée, et n’a pas eu le temps de nouer sa ceinture entre l’amant d’un franc et celui de cent sous.

Il est des spermes qu’on n’essuie pas.

(Bataille)

Essuyeuse de plâtres

Delvau, 1866 : s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l’on consent à l’admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C’est ainsi qu’on fait essayer les ponts aux soldats.

Est modus in rebus

France, 1907 : Chaque chose a ses bornes. Latinisme devenu axiome, tiré de la première satire d’Horace.

Il y a dans toute chose un juste milieu. Est Modus in rebus ; et la classification de l’espèce humaine en fripons d’une part et en dupes de l’autre est par trop brutale. Tout se tient et se ramifie dans la nature, et de même qu’il existe une chaîne non interrompue d’êtres reliant l’homme altier à l’humble mollusque — et la preuve est que souvent l’on traite son prochain d’« huître » et de « moule » — de même, entre la dupe innocente et le parfait filou, il y a d’infinies variétés.

(Hector France, L’Etal aux vérités)

Estable

France, 1907 : Poulet ; argot des voleurs.

Estafe

La Rue, 1894 : Poule. Taloche.

Estaffe

d’Hautel, 1808 : Pour caloche, mornifle, mauvais coup.
Il a reçu son estaffe. Se dit de quelqu’un à qui l’on a donné une volée de coups de bâton, au moment où il ne s’y attendoit pas ; d’un bretteur qui a trouvé son maître ; d’un mauvais garnement qui s’est fait tuer dans une affaire.

Estaffier

Delvau, 1866 : s. m. Sergent de ville, mouchard, — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition.

Estaffion

Delvau, 1866 : s. m. Chat, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Griffard.

Delvau, 1866 : s. m. Taloche, coup de poing léger, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Taloche.

Estaffiou ou estaffion

Virmaître, 1894 : Chat. Estaffiou veut dire aussi dire gifle, baloche (Argot des voleurs).

Estafier

France, 1907 : Chat.

Estafier de saint Martin

France, 1907 : Le diable. Les peintres du moyen âge le représentaient souvent à la suite de ce saint.

Que sçavons nous si l’estaffier de saint Martin nous brasse encore quelque nouvel orage ?

(Rabelais)

Estafilade

d’Hautel, 1808 : Il a reçu une bonne estafilade. Pour, il a été blessé grièvement.

Estafilader

d’Hautel, 1808 : Donner des coups du tranchant d’un sabre ; blesser, emporter la pièce.

Estafiler la frimousse

France, 1907 : Donner un coup de sabre sur la figure ; argot militaire.

Estafion ou estaffion

France, 1907 : Chat ; chapon. Argot des voleurs.

Estafle

France, 1907 : Poule ; gifle.

Estaflion, estaffier

Rigaud, 1881 : Chat, — dans le jargon des voleurs.

Estaflon

La Rue, 1894 : Chat. Chapon. Taloche.

Estafon

anon., 1827 / Halbert, 1849 : Chapon.

Rigaud, 1881 : Chapon, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Chapon.

Estafou

Bras-de-Fer, 1829 : Chapon.

Estamper

La Rue, 1894 : Escroquer. Estampeur, escroc.

Virmaître, 1894 : Tromper quelqu’un. Emprunter de l’argent sans le rendre, c’est estamper le prêteur. Allusion au balancier de machine qui frappe. L’estampeur tape (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : C’est tromper sur une vente. On s’est fait estamper lorsque l’on a été trompé sur la valeur d’un achat ; on s’est fait estamper, lorsque l’on vous a fait un emprunt que l’on ne vous a pas rendu. Estamper veut aussi dire tromper sur la quantité ou la qualité. Une chose qui ne vaut rien ou est de mauvaise qualité est de l’estampe.

Hayard, 1907 : Voler, duper, escroquer.

France, 1907 : Tromper, duper.

Ne me prenez pas d’ailleurs pour un de ces vulgaires philosophes qui cherchent à estamper grossièrement les passants… Je ne vous connais pas, j’ignore si vous avez des moyens, mais je suppose bien que si vous aviez les ressources nécessaires pour aller à Monaco et essayer mon système, vous le feriez, après vous être rendu compte par vous-même de son excellence…

(Edmond Lepelletier)

Estampeur

Virmaître, 1894 : V. Estamper.

Rossignol, 1901 : Celui qui estampe.

France, 1907 : Escroc.

Estampeuse

France, 1907 : Prostituée.

Estampiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Marquer.

Delvau, 1866 : v. a. Marquer du fer rouge, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Souffleter avec force, laisser la marque du soufflet sur la figure. Souffleter avec les poings. Autrefois on estampillait les criminels en les marquant d’un fer rouge à l’épaule. L’estampille y c’était la marque.

La Rue, 1894 : Souffleter avec force ou avec le poing. Marquer du fer rouge.

France, 1907 : Marquer au fer rouge. Gifler ou donner un coup de poing.

Estaphe

Fustier, 1889 : Poule. Jargon des voleurs.

France, 1907 : Claque.

France, 1907 : Oiseau de basse-cour ; argot des voleurs.

Estaphle, estable

Rigaud, 1881 : Poule, — dans le jargon des voleurs.

Estasi

Rigaud, 1881 : Ivre, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire extasié, qui est en extase, que le peuple prononce estase. L’homme estasi est celui qui a l’ivresse contemplative, portée à la rêverie.

Estiffet

d’Hautel, 1808 : Et plus ordinairement Estiflet. Bibus, bagatelle, la moindre chose, presque rien.
Je m’en soucie comme d’un estiflet. Pour, je m’en mets peu en peine.
Je n’en donnerois pas un estiflet. C’est-à-dire, moins que rien.
Cela ne vaut pas un estiflet. Pour, cela ne vaut pas la moindre chose.

Estio

Halbert, 1849 : Esprit.

France, 1907 : Malice.

Estireuse

France, 1907 : Repasseuse.

C’était Naïs, estireuse à l’atelier voisin — ceci veut dire qu’elle gagnait sa vie à repasser le linge.

(Paul Arène)

Estoc

d’Hautel, 1808 : Épée.
Se battre d’estoc et de taille. Pour dire, du tranchant et de la pointe ; à tort et à travers ; de toutes les façons.

d’Hautel, 1808 : Mot équivoque et plaisant qui signifie esprit, perspicacité, intelligence, pénétration.
Tu n’as point d’estoc. Pour, tu es peu industrieux, peu pénétrant.
J’y ai mis tout mon estoc. Pour, tout mon savoir, toute l’étendue de mes facultés, tout mon esprit.

Larchey, 1865 : Esprit, malice (Vidocq). — Acception figurée du mot qui désigne ordinairement une pointe acérée.

Delvau, 1866 : s. m. Esprit, finesse, malice, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là une expression de la langue des honnêtes gens.

La Rue, 1894 : Esprit, malice.

France, 1907 : Malice, esprit ; argot des voleurs. Il a de l’estoc, il est habile.

Estoc, estoque

Rigaud, 1881 : Malice, — dans le jargon des voleurs.

Estocade

d’Hautel, 1808 : Longue épée. S’emploie aussi pour escroquerie, demande d’argent faite par un homme qui n’a pas intention de le rendre.

Estocader

d’Hautel, 1808 : Se battre à coups d’estocade ; se disputer sur des riens, sur des pointes d’aiguilles ; agir de ruse, de supercherie.

Estom

Larchey, 1865 : Estomac. — Abréviation.

Je lui appuie le genou sur l’estom.

(Monselet)

Estomac

d’Hautel, 1808 : Il a un estomac d’autruche, il digéreroit le fer. Se dit d’un gourmand à qui rien ne peut faire mal ; et d’un homme qui a l’estomac bien constitué.

Delvau, 1866 : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :

Quant je voy Barbe en habit bien luisant,
Qui l’estomac blanc et poli desœuvre.

Rigaud, 1881 : Courage, intrépidité, — dans l’argot des joueurs.

Avoir de l’estomac au jeu, c’est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune.

(Les Joueuses, 1868)

Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac !

(Vast-Ricouard, le Tripot, 1880)

Beau joueur, Grandjean, et quel estomac !

(Figaro du 5 mars 1880)

On dit d’un joueur très intrépide qu’il a un estomac d’enfer.

La Rue, 1894 : Courage, audace au jeu.

France, 1907 : Aplomb, audace, sang-froid, effronterie. On dit d’un beau joueur : « Il a de l’estomac. » Se dit aussi d’un politicien roublard et sans vergogne.

Le langage populaire désigne deux sortes d’intrépidité par deux locutions spéciales ; et cette phrase : « Il n’a pas froid aux yeux », ne signifie pas précisément la même chose que : « Il a un rude toupet. » Or nous sommes tellement démoralisés que nous en arrivons à ne plus sentir cette nuance. Combien de fois, devant un coquin qui se carre dans sa mauvaise réputation et porte beau sous l’infamie, n’avez-vous pas entendu dire : « Il est crâne, il a de l’estomac… »

(François Coppée)

Je ne suis certes pas pessimiste, et j’aime la bataille par tempérament, mais j’avoue que le métier de député, accepté d’une certaine manière, est un métier abominablement écœurant.
Il exige, pour quelques-uns, une réelle maîtrise dans la canaillerie familière et dans la roublardise. Il faut de l’estomac, comme on dit, pour bien tenir l’emploi.

(A. Maujan)

Avoir de l’estomac se dit aussi pour avoir une grosse fortune, offrir de sérieuses garanties dans les affaires. « Vous pouvez aller en toute confiance, le patron a de l’estomac. »

Estomac (avoir beaucoup d’)

Fustier, 1889 : Argot des cercles. Jouer gros jeu. — Avoir une grosse fortune ; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C’est une variante de : Avoir les reins solides.

Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.

(De Goncourt, La Faustin)

Estomac (avoir de l’)

Delvau, 1864 : C’est-à-dire de la poitrine, avec de gros tétons. — On dit, en plaisantant, d’une femme qui a de gros tétons, qu’elle est poitrinaire.

Le parrain, vieux païen,
Lorgnant la double loupe,
De Suzon qui boit bien,
Remplit souvent la coupe ;
Et le vaurien, touche en servant la soupe,
D’un doigt fripon, l’estomac de Suzon.

(Ch. Colmance)

Estomaqué

Delvau, 1866 : adj. Étonné, stupéfait, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Stomaqué.

Rigaud, 1881 : Ému au point de ne pouvoir parler. Mot à mot : étouffé par la contraction de l’estomac.

France, 1907 : Étonné, surpris.

Ah ! si des amis m’avaient tenu un tel langage !… Si Maupassant, Huysmans, Céard m’avaient parlé de la sorte publiquement, j’avoue que j’eusse été quelque peu estomaqué !

(Émile Zola)

Estomaquer

d’Hautel, 1808 : S’estomaquer. Pour se fâcher, se dépiter, prendre de l’humeur ; se trouver offensé d’une légère plaisanterie.

France, 1907 : Étonner, confondre.

— Tu veux sérieusement que j’entre dans la rousse ?
— Je le désire.
— Tu en es ?
— Un peu.
— Je n’aurais jamais cru ça de toi.
— Que veux-tu, on se trompe dans la vie.
— Ah ! François ! tu m’estomaques !

(Marc Mario et Louis Launay)

Sans doute, le peuple s’attendait à être berné par les politiciens, il n’avait qu’une médiocre confiance en eux, mais l’événement a surpassé tout ce qu’il pouvait supposer. Après la commune, après la lutte de vingt-trois ans pour fonder la République démocratique et sociale, se réveiller sous le gouvernement du Casimir-Perrier d’Anzin et du Raynal des conventions !… C’est estomaquant tout de même.

(Édouard Drumont)

Estomaquer (s’)

France, 1907 : Trop manger. Devenir trop gros, trop mastoc.

Estome

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Estomac, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Estomac.

Estomirer (s’)

France, 1907 : S’étonner.

J’avoue que le viol surtout m’estomire, comme tous les viols militaires, du reste, dont la belle histoire de l’humanité nous a conservé l’honorable mémoire.

(Émile Bergerat)

Estoque

Vidocq, 1837 : s. m. — Esprit, finesse, malice.

Rossignol, 1901 : Un bijou en faux est de l’estoque.

Estorgue

Vidocq, 1837 : s. f. — Fausseté, méchanceté.

Clémens, 1840 : Mal fait.

Larchey, 1865 : Fausseté. — Chasses à l’estorgue : Yeux louches (Vidocq). — Du vieux mot estor : duel, conflit. V. Roquefort. — Deux yeux louches ont l’air en effet de se contrarier ; et, comme on dit dans le peuple, ils se battent en duel. — Un centre à l’estorgue (faux nom) amène de même un malentendu (estor). V. Dévider.

Delvau, 1866 : s. f. Fausseté, méchanceté, — dans l’argot des voleurs. Centre à l’estorgue. Faux nom. Chasse à l’estorgue. Œil louche, — storto.

Rigaud, 1881 : Fausseté, malice, méchanceté, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Fausseté, mensonge, malice, méchanceté. Mal fait.

France, 1907 : Mensonge, méchanceté, malice. Chasse à l’estorgue, œil louche. Centre à l’estorgue, faux nom.

Estouffer

France, 1907 : Mettre silencieusement la main sur une somme gagnée d’une façon qui quelconque.

Estourbi

Rossignol, 1901 : Tué.

Estourbir

Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel (Roquefort).

En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L’homme que l’on tue au moment où il s’y attend le moins doit être en effet estourbillormé. Signifie aussi Mourir.

Rigaud, 1881 : Étourdir ; assommer à coups de poing, à coups de bâton.

La Rue, 1894 : Tuer.

Virmaître, 1894 : Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Tuer, éteindre une vie ou une chandelle.

Nuitamment, il s’était introduit chez elle sous prétexte de lui procurer la Liste officielle et complète des numéros gagnants des Bons de l’Exposition — et v’lan ! il l’avait estourbie avec un os de gigot.

(George Auriol)

— Allons, amis ! courage ! Empoignez-le, estourbissez-le et qu’il n’en soit plus parlé.

(Marc Mario et Louis Launay)

— Accusé, dit le président, avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
L’accusé, qui a assassiné, à la fois, sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur : Une seule, mon juge, c’est que c’est la première fois que ça m’arrive d’estourbir des femelles : j’espère que vous m’en tiendrez compte et que vous m’appliquerez la loi Bérenger.

Estourbir (s’)

Delvau, 1866 : Disparaître, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens. Par extension : Mourir.

La Rue, 1894 : Disparaître. Mourir.

France, 1907 : Disparaître, mourir.

Estourbisseur de clous de girofle

France, 1907 : Arracheur de dents.

Estrade

France, 1907 : Boulevard, chemin.

Le filant sur l’estrade,
D’esbrouf je l’estourbis.

(Vidocq)

Estrangouillade

Delvau, 1866 : s. f. Action d’étrangler, strangulare, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Étranglement. Mot importé par MM. les Auvergnats, porteurs d’eau.

Estrangouillade, estrangouillement

France, 1907 : Acte d’étrangler.

— Tu as exploité jusqu’à plus soif les pauvres diables ; le moment est venu de dégorger une petiote part de ce que tu leur as barboté… Les conditions suivaient l’estrangouillement des deux morceaux de salé, si le papa ne carmait pas.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Estrangouiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Étrangler.

Larchey, 1865 : Étrangler (Vidocq). — À peu de chose près, c’est le latin strangulare.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Étrangler quelqu’un, étouffer.

Rigaud, 1881 : Étrangler ; du catalan estrangolar.Estrangouiller un litre, boire un litre de vin. Mot à mot : étrangler un litre.

La Rue, 1894 : Étrangler.

France, 1907 : Étrangler, du latin strangulare.

Il est de la famille de cet autre (qu’on a nommé député depuis)… un jour on le pince en train de bouffer un rat ; la queue lui sortait de la gueule, longue d’une aune : « T’as bouffé le rat, qu’on lui fait. — Moi, un rat ? pas vrai, menteurs ! » qu’il braille, à moitié estrangouillé.

(Père Peinard)

Estropier

France, 1907 : Manger ; argot populaire.

Estropier un anchois

Delvau, 1866 : v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit ; faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.

France, 1907 : Se mettre en appétit en mangeant quelque chose de salé.

Estropier un anchois, un hareng

Rigaud, 1881 : Manger un morceau sur le pouce.

Estuc

La Rue, 1894 : Part de vol.

Estuc ou estuque

France, 1907 : Part de butin.

Estuque

Vidocq, 1837 : s. f. — Part dans un vol.

Estuquer

anon., 1827 : Attraper un coup.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Recevoir un coup.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Attraper un coup.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner ou recevoir des coups, — dans l’argot du peuple.

Hayard, 1907 : Partager.

France, 1907 : Battre.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique