Franc

Franc

d’Hautel, 1808 : Il est franc comme l’osier. Pour, il est sans détour d’une sincérité à toute épreuve.
Être franc du collier. Être exempt de payer sa part dans un écot. Cela s’entend aussi d’un homme sans malice ; qui va tout à la bonne.
Prendre ses coudées franches. Se mettre à son aise ; ne se gêner en rien.
Franc et le féminin franche, se joignent souvent à une épithète injurieuse pour lui donner plus de force : c’est un franc libertin, une franche bégueule ; pour dire un libertin avéré, une femme décidément bégueule.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faux. Franc mitou, faux malade.

Clémens, 1840 : Celui qui voit tout, et ne dit rien.

Halbert, 1849 : Bas.

Delvau, 1866 : s. m. Complice, — dans l’argot des voleurs. Franc bourgeois. Escroc du grand monde. Franc de maison. Receleur d’objets volés — et même de voleurs.

Rigaud, 1881 : Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis franc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d’aller aux renseignements, à la découverte des affaires.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Bon, agréable. Pas d’exercice, demain ! cest franc ! (Ginisty : Manuel du parfait réserviste)

La Rue, 1894 : Bas, sans préjugé. Complice. Mensonge. Voleur sûr, éprouvé ou affilié à une bande. Tapis-franc, lieu hanté par les affranchis (voleurs). C’est franc, c’est silencieux (ce n’est pas suspect).

France, 1907 : Complice sur qui l’on peut se fier.

Richelot. — C’est Jean-Louis, un bon enfant ; sois tranquille, il est franc.
Le locataire. — Tant mieux ! il y a aujourd’hui tant de railles cuisiniers, qu’il n’y a plus de fiat du tout.
Lapierre. — Calme ! calme ! J’en réponds comme de moi. C’est un ami et un français.
Le locataire. — Puisque c’est comme ça, je m’en rapporte… Là-dessus, buvons la goutte.

(Marc Mario et Louis Launay)

Franc (être)

Ansiaume, 1821 : Ne jamais révéler.

Quand il seroit butté, il ne mangera pas sur moi, il est franc.

Franc carreau

Virmaître, 1894 : Quand un prisonnier est incorrigible il est mis au cachot. On lui enlève sa literie, il couche alors sur le franc carreau (Argot des voleurs). N.

Franc de campagne

La Rue, 1894 : Affilié de voleur.

France, 1907 : Affilié de voleurs.

Franc de collier

Virmaître, 1894 : Cheval qui remplit sa besogne en conscience. Homme franc, ouvert, loyal.
— Il est franc du collier (Argot du peuple). N.

Franc de maison

Rigaud, 1881 : Logeur de voleurs. C’est un recéleur qui tient une sorte de bureau de placement à l’usage des filous et des escarpes. Dans les grandes occasions, il met la main à la pâte et va travailler avec ses pensionnaires.

France, 1907 : Receleur.

Franc du collier

Delvau, 1866 : adj. Homme ouvert, loyal, comme on n’en fait plus assez. Argot du peuple.

France, 1907 : Homme ouvert, loyal. Personne toujours prête à obliger, à agir, comme un bon cheval de voiture qui tire de lui-même sans avoir besoin du fouet.

Franc-bourgeois

Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les hautes classes de la société.

France, 1907 : Escroc, mendiant de profession qui se fait des rentes en volant les vrais pauvres.

Les faux mendiants, à Paris, sont plus de cent mille : on les appelle, dans les cours des Miracles, des francs-bourgeois ou des drogueurs de la haute ; on évalue à plus de six millions la somme qu’ils enlèvent chaque année aux gens charitables.

(Jehan des Ruelles)

Franc-carreau

Hayard, 1907 : La cellule de correction en prison.

Franc-carreau (coucher au)

France, 1907 : Coucher par terre, sur les briques, sur le plancher.

Franc-fileur

Rigaud, 1881 : Nom donné à celui qui, pour échapper au siège, avait quitté Paris pendant la guerre de 1870. Par opposition à franc-tireur.

France, 1907 : Sobriquet donné en 1870 à ceux qui, à l’approche des Prussiens, gagnèrent prudemment l’étranger.

À la veille de l’investissement, avant le 17 septembre, où (les conservateurs) avait déjà commis le crime de lèse-patrie en s’organisant en corps de francs-fileurs. Il y a eu d’honorables et illustres exceptions, mais les exceptions confirment la règle.

(Philibert Audebrand, Histoire intime de la Révolution du 18 mars)

Franc-mijou ou mitou

Halbert, 1849 : Faux malade.

Franc-mitou

France, 1907 : Mendiant ou vagabond affectant une infirmité qu’il n’a pas ou couvert d’une plaie factice.

Français

d’Hautel, 1808 : Parler français comme une vache espagnole. N’avoir aucune idée des élémens de cette langue ; pécher continuellement contre la grammaire et Vaugelas.

France qui pleure (cheveux à la)

Rigaud, 1881 : Coilfure adoptée par les femmes après la guerre de 1870-71 : cheveux coupés de manière à couvrir presque entièrement le front, en figurant la calotte.

Franche

Clémens, 1840 : Femme qui se laisser aller.

Halbert, 1849 : Basse.

Franchie

La Rue, 1894 / France, 1907 : Baiser.

Franchir

Halbert, 1849 : Baiser.

Francillon

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Français.

Vidocq, 1837 : s. m. — Français.

Halbert, 1849 : Français.

Delvau, 1866 : s. m. Français, — dans l’argot des voleurs. Les Belges nous appellent Fransquillons.

Rigaud, 1881 : Français ; francillonne, française.

Francillon, fransquillon

France, 1907 : Sobriquet que les Belges donnent aux Français.

Francs mitoux

anon., 1827 : Faux malades.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mendians de l’ancien Paris ; ils entouraient leur front d’un mouchoir sale, et marchaient appuyés sur un bâton ; ils se liaient aussi les artères, et savaient si bien prendre les apparences d’hommes malades, que les médecins les plus expérimentés se laissaient tromper par eux.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Francs-bourgeois ou drogueurs de la haute

Vidocq, 1837 : s. m. — Les pauvres diables que l’on rencontre sur la voie publique, sales et éclopés, accroupis les genoux dans la boue au coin d’une borne, et auxquels on jette un sol sans seulement daigner laisser tomber sur eux un regard de commisération, ne sont pas les seuls mendians que renferme la bonne ville de Paris. Il y a des mendians là où on ne croit trouver que des gens possédant pignon sur rue, ou une inscription sur le grand livre ; au café de Paris, au concert Musard, par exemple, quelquefois même au balcon de l’opéra, assis entre un diplomate qui lorgne les tibias de Fanny Essler, ou un banquier qui se pâme aux roulades de Mlle Falcon. Ces mendians, il est vrai, ne sont pas couverts de haillons, ils ne sont ni tristes, ni souffreteux ; bien au contraire, leur linge est d’une blancheur éblouissante, leurs gants d’une extrême fraîcheur, le reste à l’avenant ; leur teint est fleuri et leur regard fixe.

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable,

a dit quelque part le régent du Parnasse, et jamais ce vers ne fut cité plus à propos. Comment ! me direz-vous, ce jeune dandy, cette petite maîtresse pimpante et minaudière, ce vieillard à cheveux blancs qui porte à sa boutonnière une brochette de décorations, tous ces individus qui paraissent si gais, si contens, si insoucieux du temps qui passe, sont des mendians ? Eh ! mon Dieu oui ! Prenez seulement la peine de lire cet article, vous connaîtrez tous les mystères de leur existence ; et si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous avez rompu avec tous les nobles sentimens, vous pourrez suivre leur exemple, et mener bonne et joyeuse vie sans vous donner beaucoup de peine.
C’est un agent de police, dit-on de l’homme qui mène, dans la moderne Babylone, la vie d’un sybarite, et auquel on ne connaît ni revenus ni industrie. Quelle profonde erreur ! Quelqu’élevé que soit le chiffre des fonds secrets, le nombre des agens soldés du ministère de l’intérieur, de la préfecture de police et de l’état-major de la place des Tuileries, du Palais-Royal, est trop considérable pour que chacun d’eux puisse recevoir mensuellement une bien forte somme ; l’individu dont l’existence paraît un problème insoluble, est tout simplement un Franc Bourgeois, ou Drogueur de la Haute, et voici comment il procède.
L’Almanach du Commerce, l’Almanach Royal, celui des vingt-cinq mille adresses, sont les mines qu’il exploite, et dans lesquelles il trouve tous les jours quelques nouveaux filons. Après avoir choisi une certaine quantité d’adresses, il se met en course et bientôt il arrive chez un personnage de haute volée ; il a décliné au valet-de-chambre de Monsieur ou à la camériste de Madame un nom bien sonore, toujours précédé de la particule aristocratique ; et, comme il serait malséant de faire faire antichambre à un noble personnage, on l’a immédiatement introduit près de la personne qu’il désire voir ; c’est ici que la comédie commence. Je vais prendre pour type certain personnage très-connu dans Paris, qui se dit le dernier rejeton d’une ancienne famille de la basse Normandie, famille si ancienne en effet qu’il serait vraiment impossible à tous les d’Hozier de l’époque de découvrir son écusson.
Monsieur le Baron, monsieur le Comte, monsieur le Duc (le Drogueur de la haute ressemble beaucoup au tailleur du Bourgeois Gentilhomme, il n’oublie jamais les titres de celui auquel il s’adresse, et, s’il savait que cela dût lui faire plaisir, il lui dirait très-volontiers votre majesté), je n’ai point l’honneur d’être connu de vous, et cependant je viens vous prier de me rendre un important service ; mais tout le monde sait que vous êtes bon, généreux, c’est pour cela que je me suis adressé à vous, ici il parle de ses aïeux : s’il s’adresse à un des partisans de la famille déchue, ce sont de vieux bretons, son père qui était un des compagnons de Sombreuil, est mort à Quiberon ; s’il s’adresse à un des coryphées du juste-milieu, il se donne pour le neveu ou le cousin de l’un des 221 ; s’il veut captiver les bonnes grâces d’un républicain, son père, conventionnel pur, est mort sur la terre étrangère, son frère a été tué le 6 juin 1832 à la barricade Saint-Merry. Après avoir fait l’histoire de sa famille, le Drogueur de la haute passe à la sienne, venu à Paris pour la première fois, dit-il, j’ai donné tête baissée dans tous les pièges qui se sont trouvés sur mes pas : j’ai été dépouillé par d’adroits fripons, il ne me reste rien, absolument rien, je ne veux pas demeurer plus longtemps dans la capitale, et je viens, Monsieur, vous prier de vouloir bien me prêter seulement la somme nécessaire pour payer ma place à la diligence, plus quelques sous pour manger du pain durant la route, cela me suffira ; je dois supporter les conséquences de ma conduite, et sitôt mon arrivée, mon premier soin sera de m’acquitter envers vous. J’aurais pu, pour obtenir ce que je sollicite de votre obligeance, m’adresser à monsieur le Comte, à monsieur le Marquis un tel, intime ami de ma famille ; mais j’ai craint qu’il ne jugeât convenable de l’instruire de mes erreurs.
Il est peu d’hommes riches qui osent refuser une somme modique à un gentilhomme qui s’exprime avec autant d’élégance. Au reste, si sur dix tentatives deux seulement réussissent, ce qu’elles produisent est plus que suffisant pour vivre au large pendant plusieurs jours. Quelquefois, et ici le cas est beaucoup plus grave, ce n’est point pour leur compte que les Drogueurs de la haute mendient, c’est pour une famille ruinée par un incendie, pour un patriote condamné à une forte amende. Sous la restauration, ils quêtaient pour les braves du Texas, pour les Grecs ; ils ont, à cette époque reçu d’assez fortes sommes, et les compagnons du général Lefebvre Desnouettes ou d’Ypsilanti n’en virent jamais la plus petite parcelle.
Il vaut mieux, sans doute, lorsque l’on est riche, donner quelques pièces de vingt francs à un fripon que de refuser un solliciteur dont la misère peut-être n’est que trop réelle, aussi je n’ai point écrit cet article pour engager mes lecteurs à repousser impitoyablement tous ceux qui viendront les implorer, mais seulement pour leur faire sentir la nécessité de ne point donner à l’aveuglette, et sans avoir préalablement pris quelques renseignemens, et surtout pour les engager à ne point perdre un instant de vue ceux de ces adroits et audacieux solliciteurs qui sauront leur inspirer le plus de confiance ; car les événemens qui peuvent résulter de leur visite sont plus graves qu’on ne le pense ; plusieurs d’entre eux sont liés avec des voleurs de toutes les corporations, auxquels ils servent d’éclaireurs ; il leur est facile de savoir si les concierges sont attentifs, si les domestiques se tiennent à leur poste, si les clés dont, à l’aide de la Boîte de Pandore, ils chercheront à prendre les empreintes, restent sur les portes ; s’ils ont remarqué un endroit vulnérable, ils pourront l’indiquer à un voleur praticien du genre qu’ils auront jugé le plus facile à exécuter, et au premier jour on sera volé avec des circonstances telles, que l’on sera pour ainsi dire forcé de croire que le vol a été commis par des habitans de la maison.
Que conclure de ce qui précède ? Qu’il ne faut recevoir personne, et ne point soulager l’infortune ? Non, sans doute, ce serait se priver du plus doux de tous les plaisirs ; mais on peut sans inconvénient avoir continuellement l’œil ouvert, et ses portes constamment fermées.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique