Graisser la patte

Graisser la patte

Larchey, 1865 : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.

Delvau, 1866 : v. a. Acheter la discrétion de quelqu’un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets. On dit aussi graisser le marteau, — mais plus spécialement en parlant des concierges.

France, 1907 : Donner de l’argent à quelqu’un pour le gagner, le mettre dans ses intérêts. Cette expression remonte au moyen âge : on la trouve dans un fabliau du XIIIe siècle, mais elle doit dater de beaucoup plus haut, de l’époque où le clergé s arrogea le droit de percevoir la dîme sur le produit de la vente des chairs de porc. Afin de rendre les agents du clergé moins rigides, les marchands de cochons leur mettaient dans la main un morceau de lard qui, naturellement, la leur graissait. Mais le lard étant pièce à conviction compromettante, on le remplaça par de l’argent. C’était pour percevoir plus facilement cette redevance que la foire aux jambons se tint longtemps sur le parvis Notre-Dame.

Au diable même il faut graisser la patte.

(Béranger)

« – Au galop, cocher ! » Et celui-ci dont la patte avait été préalablement graissée, fouetta. Vingt-cinq minutes plus tard, ayant débarqué dans un lit inaccessible aux bêtes de proies ailées ou non, ils y roucoulaient, ces deux pigeons, à l’abri des loups et des renards, des milans et des buses de la race humaine.

(Léon Cladel, Tragi-comédies)

Le directeur de la colonie était alors un raté de la politique, qui, jadis au quartier Latin, avait bu d’innombrables bocks avec deux ou trois futurs ministres. Ils l’avaient plus tard placé là, comme dans une sinécure. Ce fruit sec était un peu fripon. Il se laissa graisser la patte par les soumissionnaires des travaux exécutés à la colonie, et aussi par les fournisseurs. Les enfants mangèrent de la carne, ce dont personne ne se soucia ; mais l’État fut par trop volé et finit par s’en émouvoir.

(François Coppée, Le Coupable)

L’expression graisser le marteau est plus récente. C’est donner de l’argent an portier d’une maison pour s’en faciliter l’entrée.
Racine, dans les Plaideurs, fait dire à Petit-Jean :

Ma foi ! j’étais un franc portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait point chez nous sans graisser le marteau,
Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique