Mangeur

Mangeur

d’Hautel, 1808 : Mangeur de choux. Lapin nourri avec des choux, et dont la chair est bien inférieure à celle du lapin de garenne.
Mangeur de blanc Homme sans délicatesse, sans honneur, et de mauvaise vie, qui se laisse entretenir par les femmes.
Mangeur de soupe apprêtée. Paresseux, fainéant, oisif, qui veut prendre part aux bénéfices d’une affaire, sans s’y être donné le moindre mal.
Mangeur de chrétien. Procureur, avocat, huissier ; en un mot, tout ce qui tient à la chicane.
Mangeur de charrettes ferrées ; mangeur de petits enfans. Mauvais sujet, sans bravoure ; mauvaise tête ; fanfaron.
Mangeur de pommes. Nom que l’on donne par ironie aux Normands.

M.D., 1844 : Celui qui, faisant partie d’une bande, dénonce les autres.

Larchey, 1865 : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. V. d’Hautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur de bon Dieu, de messes : Dévôt.

Quittez vos tanières, antiques comtesses, mangeuses de mes ses.

(Départ de la Cour, Ch., 1830)

Delvau, 1866 : s. m. Dissipateur, viveur, — dans l’argot du peuple.

Fustier, 1889 : Dénonciateur, espion. Argot des prisons.

Ce sont les révélateurs qu’on appelle les mangeurs, la musique.

(J. Vallès)

Mangeur de blanc

Delvau, 1864 : Souteneur de filles, maquereau qui vit du sperme dépensé par les autres hommes, avec de l’argent, au profit de sa maîtresse, etc.

Mangeons du blanc ! Mangeons du blanc !
Ça vaut mieux que manger du flan !
Mangeons du blanc jusqu’à l’aurore,
Et que Phoebus nous trouve encore
Mangeant du blanc !

(Lemercier de Neuville)

Je voulais tâter du métier de miché, mais je vois que celui de mangeur de blanc est encore le meilleur.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Souteneur de filles.

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution. L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir mac.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique. Dans les maisons de prostitution, on appelle blanc le jeton que la matrone remet à la fille après chaque passe ; ce jeton représente le tarif de la maison, c’est-à-dire la somme versée par le client.

J’arrêtai notamment un individu qui répondait au sobriquet de « Leblanc », sans doute parce qu’il en mangeait, comme on disait dans son monde, et dont la spécialité était de faire l’agent des mœurs.
Il connaissait les misérables de mœurs inavouables qui rôdent le soir aux Champs-Elysées ou sur les boulevards, ces prostitués mâles parmi lesquels se recrutent les plus dangereux bandits.
Leblanc les suivait avec patience, et, dès qu’il les voyait en conversation avec de vieux messieurs bien mis, il intervenait, se disant « agent des mœurs » arrêtait les prétendus délinquants, et ne les relâchait que contre des sommes plus ou moins fortes qu’on lui remettait toujours pour éviter le scandale…

(Mémoires de M. Goron)

Le blanc était une ancienne monnaie qui valait cinq deniers.
Gros-René dit à Marinette dans le Dépit amoureux :

Tiens, encor’ ton couteau. La pièce est riche et rare,
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en fis don.

Mangeur de bon Dieu

Delvau, 1866 : s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l’église que le cabaret. Argot du peuple.

France, 1907 : Dévot qui communie souvent, avale et digère son créateur.

— Et c’est du propre d’aller manger le bon Dieu en guignant les honmnes.

(Émile Zola)

On dit aussi mangeur de messes.

Mangeur de choucroute

Delvau, 1866 : s. m. Allemand.

Mangeur de choux

France, 1907 : Voleur qui travaille seul, pour son propre compte, qui n’appartient à aucune bande.

Mangeur de crucifix

France, 1907 : Bigot, hypocrite. Allusion à l’habitude qu’ont les fanatiques religieux de couvrir de baisers les crucifix, les médailles et autres images.

Mangeur de galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme vénal qui reçoit de l’argent pour trahir ses devoirs.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l’argent.

Rigaud, 1881 : Celui qui bat monnaie au moyen de dénonciations. — Fonctionnaire ami du pot de vin.

France, 1907 : Dénonciateur, mouchard. Galette est, en ce cas, le synonyme de morceau.

Mangeur de petites pattes

France, 1907 : Riche, bourgeois. « Le bourgeois, dit le paysan, recherche les mets délicats, le gibier fin, perdrix, cailles, alouettes, bécasses et autres oiseaux à petites pattes. »

Mangeur de pommes

Delvau, 1866 : s. m. Normand.

Mangeur de prunes

France, 1907 : Tailleur. On dit aussi pique-prunes.

Mangeurs de foin

Merlin, 1888 : Épithète autrefois donnée aux grenadiers, qui, marchant généralement en tête, s’emparaient pour leur campement de tout le foin et de toute la paille des environs. Quand le gros des troupes arrivait, il ne trouvait plus rien ; les grenadiers avaient mangé le foin.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique