d’Hautel, 1808 : Un va cul nu ; un va nu-pied. Pour dire un misérable, un homme de néant, un vaurien.
Nu comme un ver ; nu comme la main ; nu comme il est sorti du ventre de sa mère.
Nu comme un Saint-Jean. Dénué des vêtemens les plus indispensables ; privé de toute ressource ; gueux comme un rat d’église.
Nu
Nu
Nu comme un petit saint-Jean
France, 1907 : Allusion au petit enfant habillé seulement d’une peau de mouton que l’on voyait aux processions de la Fête-Dieu et qui était censé représenter saint Jean dans le désert.
Si on apporte des cartes pour ceux qui aiment à faire une petite partie, qu’ils regardent bien si elles ne viennent pas du Café-Divan, dont Constans était l’heureux tenancier, parce qu’alors ils sortiraient nus comme des petits Saint Jean.
(Henri Rochefort)
Nuage
Fustier, 1889 : C’est, croyons-nous, le mot le plus récent usité dans le langage populaire pour désigner la tournure, cet objet de toilette que portent les femmes autour de leurs reins de façon à faire bouffer la robe. Pourquoi nuage ? me demanderez-vous. Les irrévérencieux vous répondront : Parce qu’il cache la lune.
Virmaître, 1894 : La tournure que portent les femmes ; ainsi nommé parce qu’il cache la lune (Argot du peuple). N.
Nudis verbis
France, 1907 : Paroles crues, non gazées ; locution latine.
Nue
d’Hautel, 1808 : Tomber des nues. Être étonné, ébloui, surpris, embarrassé, hors de soi-même, comme si l’on vivoit dans un pays inconnu.
Faire sauter quelqu’un aux nues. Le mettre en colère ; l’impatienter, le mettre hors de lui même.
Nugis addere pondus
France, 1907 : Accorder de l’importance à des niaiseries ; donner du poids à des bagatelles. Locution latine.
Nuisance, nuisence
France, 1907 : Tort, dommage, préjudice. Vieux mot resté dans les provinces et dans la langue anglaise.
Nuit
d’Hautel, 1808 : Passer une nuit blanche. Pour, ne pas fermer l’œil de la nuit ; être dans une agitation qui empêche de dormir.
Je ne m’en releverai pas la nuit. Pour, cela m’importe peu ; je ne m’en soucie guères.
Il y a autant de différence que du jour à la nuit. Se dit de deux personnes, de deux choses extrêmement dissemblables.
Nuit porte conseil (la)
France, 1907 : C’est dans la nuit qu’on réfléchit le mieux, car on est entouré de silence et de calme. La sagesse des nations a généralement adopté ce proverbe. On le retrouve chez les Latins In noce consillum ; chez les Allemands : Guter Rath kommt über Nacht ; chez les Espagnols : Dormireis sobre ello, y tomareis acuerdo ; chez les Italiens : La notte è la madre di pensieri. « Prenez conseil de votre oreiller, disent les Anglais, les secondes pensées sont les meilleures » (Take counsel of one’s pillow, second thoughts are best), et les Russes : « Le matin est plus sage que le soir. »
Nuit, tous les chats sont gris (la)
France, 1907 : Dans l’obscurité, toutes les femmes, jeunes ou vieilles, belles ou laides, sont les mêmes. Ce dicton fort ancien fait évidemment abstraction du sens du toucher. « La nuit, dit Ovide dans l’Art d’aimer, fait disparaître bien des taches et oublier bien des imperfections. Elle rend toute femme belle. »
— Que voulez-vous ? J’étais dans les vignes du Seigneur. Je me trompai de porte, et au lieu de me fourrer dans le lit de la petite Jeannette, je me glissai dans celui de la vieille dévote. Elle ne protesta pas… Je fus heureux. Elle aussi. La nuit, tous les chats sont gris.
(Les Propos du Commandeur)
Veux-tu, ma Rosinette,
Faire emplette
Du roi des maris ?
Mais la nuit, dans l’ombre,
Je vaux encor mon prix,
Et, quand il fait sombre,
Tous les chats sont gris.
(Beaumarchais, Le Barbier de Séville)
Les Espagnols disent : « La nuit, à la chandelle, l’ânesse semble demoiselle à marier. »
Belle à la chandelle, femme ou fille laide au grand jour.
Nul n’est prophète en son pays
France, 1907 : On croit difficilement au mérite et à la supériorité d’un homme qu’on a connu enfant, avec qui l’on a polissonné et mangé des confitures. « Comment, nous avons joué ensemble, je suis resté un cul de plomb obscur et il est devenu une célébrité. Quel fumiste ! » Cela s’entend tous les jours dans les réunions de ces camarades de collège qui se revoient après une longue absence, constatent par le visage de chacun combien eux-mêmes ont vieilli et, les banales poignées de main échangées et les « te souviens-tu » épuisés, se regardent en chiens de faïence. Un habile filou venu de l’étranger est toujours mieux accueilli qu’un honnête homme natif du lieu : d’où le succès des rastaquouères. Cette locution proverbiale est tirée des Évangiles :
Aucun n’est prophète chez soi.
(La Fontaine)
Nulla dies sine linea
France, 1907 : « Pas de jour sans ligne. » Cette devise de nombre d’écrivains vient, s’il faut s’en rapporter à Pline, du peintre grec Apelle, qui ne passait jamais un jour sans dessiner ou peindre, pratique commune du reste à tout artiste soucieux de son art.
Nulla est sincera voluptas
France, 1907 : Nul plaisir n’est sans mélange ; locution latine.
Nulla nuova, buona nuova
France, 1907 : Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ; dicton italien.
Numéro
d’Hautel, 1808 : C’est du bon numéro. Pour, c’est du bon endroit ; cette marchandise est de bonne qualité, de bon acabit.
Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des agents de police.
Hayard, 1907 : Individu.
France, 1907 : Mauvais tour joué à quelqu’un ; argot de Saint-Cyr.
Le capitaine donna sa démission, jugeant avec sagesse qu’il payerait tôt ou tard les frais de ce petit numéro et qu’il risquait désormais de croupir dans son grade, comme un fiacre que quelque mauvais farceur oublie à la porte d’un passage pendant des heures et des heures.
(René Maizeroy, Le Genêt)
Numéro (connaître le numéro de quelqu’un)
Merlin, 1888 : L’apprécier à sa juste valeur.
Numéro (connaitre le)
France, 1907 : Expression emplovée en mauvaise part pour signifier que l’on est au courant des faits et gestes plus ou moins honorables d’une personne.
Numéro (être d’un bon)
Delvau, 1866 : Être grotesque, ou ennuyeux, — dans l’argot des artistes.
Numéro (fille à)
France, 1907 : Pensionnaire de lupanars.
Il y a trois classes de prostituées : 1o les filles à numéro ou filles de bordel ; 2o les filles en carte ou filles isolées ; 3o les filles insoumises ou les clandestines.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Numéro (gros)
France, 1907 : Lupanar, à cause du numéro de grandes dimensions que sert à le distinguer des maisons voisines.
— Nous arrivons, dit la salutiste, à la place que le gentleman nous avait indiquée. La maison avait une belle apparence et tout à fait respectable, mais tous les volets étaient fermés, sans doute à cause du soleil… C’est extraordinaire comme les Parisiens craignent le grand air et le soleil… Il n’y avait pas écrit sur la porte : « Pension de famille », mais il y avait un très gros numéro qu’on pouvait voir de très loin.
— C’est là ! me dit le révérend Jobson.
Nous sonnons, continua la salutiste, et une servante à la mine effrontée nous ouvre et paraît un peu surprise de nous voir, moi particulièrement ; elle n’avait sans doute jamais vu de salutistes.
— Qu’est-ce que vous désirez ? demanda-t-elle.
— Deux chambres à coucher, répondit le révérend.
L’effrontée nous regarde comme si nous arrivions de la lune et se met à rire, probablement de l’accent de mon compagnon. Les Français sont toujours prêts à se moquer des Anglais et ça me donnait sur les nerfs, les rires de cette méchante fille, parce que je voyais les passants s’arrêter derrière nous et rire aussi comme des imbéciles, peut-être à cause de mon saint uniforme… C’est un peuple si léger ! Et j’entendais derrière moi :
— Elle est bien bonne ! Voici un Angliche et sa femme qui vont chercher une chambre dans un gros numéro !
(Hector France, La Vierge russe)
Numéro (retenir le)
France, 1907 : Expression à l’adresse de quelqu’un qu’on menace. « Je retiens votre numéro, je ne vous oublierai pas, vous aurez de mes nouvelles. »
Numéro 100
Rigaud, 1881 : Lieux d’aisances. Il y a là un de ces jeux de mots qui sont une des plus fines manifestations du vieil esprit gaulois.
Numéro à renouveler
France, 1907 : Malade d’hôpital qui va bientôt mourir et dont par conséquent le numéro sera renouvelé par celui qui prendra sa place dans son lit ; argot des infirmiers.
Si seulement une voix consolante
Me répondait, quand j’ai longtemps gémi ;
Si je pouvais sentir ma main tremblante
Se réchauffer dans la main d’un ami !
Quand Hégésippe Moreau écrivit ces vers, il était déjà très malade ; il sentit qu’il serait bientôt un numéro à renouveler, comme disent les infirmiers.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Numéro cent
Delvau, 1866 : s. m. Watercloset, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.
France, 1907 : Les lieux d’aisances. Jeu de mot sur le verbe sentir. Dans les régiments, les amateurs du jeu de loto appellent les numéros du jeu par des facéties telles que celles-ci : 4, le chapeau du commissaire ; 6, le goupillon de l’aumônier ; 7, la potence où la pipe de l’adjudant ; 8, les lunettes du major ; 9, la queue basse ; 11, les jambes d’un tel ; 20, le vin du cantinier ; 22, les deux cocottes ; 33, les deux bossus ; 44, les deux baraques ; 69, bout-ci bout-là ; 13, Thérèse, ma putain de sœur qui rit quand on la… chatouille ; 71, la potence et le Normand pendu, etc., etc.
Numéro de quelqu’un (connaître le)
Rigaud, 1881 : Connaître la moralité de quelqu’un, savoir à quoi s’en tenir sur le compte de quelqu’un.
Numero deus impare gaudet
France, 1907 : « Le nombre impair est aimé de Dieu. » Locution latine tirée d’une églogue de Virgile, où il est fait allusion aux propriétés mystiques que les anciens Grecs attribuaient aux nombres impairs.
Numéro onze
France, 1907 : Les jambes. « Prendre le train numéro onze », marcher. On dit aussi aller pedibus cum jambis.
Numéro sept
Larchey, 1865 : Crochet de chiffonnier. — Allusion de forme.
France, 1907 : Crochet de chiffonnier.
Les épaules courbées sous le poids de sa hotte, le corps plié en deux, la lanterne d’une main et le numéro sept de l’autre, le pauvre vieil ivrogne s’en allait titubant par les rues désertes.
(Les Propos du Commandeur)
Numéro un
Delvau, 1866 : adj. Très bien, très beau, très grand, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Vêtement, objet de toilette réservé pour les grandes occasions, le meilleur vêtement d’une garde-robe. — Entreteneur, — dans le langage de ces demoiselles.
Ça l’amant d’Amanda — Oui ! Ah ! mais, tu sais, chéri, c’est pas son numéro vin.
(Grévin, Croquis parisiens)
France, 1907 : Première qualité d’une marchandise. « Du cognac numéro un. » C’est aussi l’amant qui entretient une fille.
— Ça l’amant d’Amanda !… Oui ! ah ! mais tu sais, chéri, c’est pas son numéro un.
(Grévin)
Numéro un, premier numéro
Larchey, 1865 : Premier par ordre de mérite.
C’est de la folie à l’état de numéro un.
(Janin)
Une lanterne premier numéro et d’un tel reflet qu’on dirait un phare.
(Deslys)
Numérote tes os !
Delvau, 1866 : C’est la phrase par laquelle les faubouriens commencent une rixe. Ils ajoutent : Je vais te démolir !
Numérotée (être)
Delvau, 1864 : Être inscrite, avoir son nom et son numéro sur les registres de la préfecture, — Être fille publique.
Du beau quartier, plus d’un’ bell’ dame
Qui pour un cach’mire ouvr’ ses draps,
Épous’ d’ultras, nièc’ de prélats,
Tout ça travaille et n’ se numèrot’ pas.
(É. Debraux)
Numéroter ses abatis
France, 1907 : Se préparer à recevoir une forte raclée.
Le grand Jules. — Nini, tu couches avec moi, ce soir ; je te paye une tripe et un petit noir.
Nini. — J’peux pas : la dernière fois que j’ai couché avec Dodolphe, j’ai rien reçu une riche floppée.
Le grand Jules — Ton dab est un muffle, t’y diras ça de ma part.
Nini. — Va-z-y dire toi-même, mais avant fais numéroter tes abatis.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Numéroter ses os
Rigaud, 1881 : Se dit pour appuyer énergiquement la menace d’une volée de coups. — Numérote tes os, que je te démolisse !
Nunc aut nunquam
France, 1907 : Maintenant ou jamais ; locution latine.
Nunc dimittis servum tuum
France, 1907 : « Maintenant congédie ton serviteur. » Ce dicton, qui signifie qu’on peut mourir après avoir vu s’accomplir ses vœux et ses espérances, sont les paroles prononcées par le juif Siméon après avoir vu le Christ.
Nunc est bibendum
France, 1907 : « Maintenant il faut boire », il faut nous réjouir : mots tirés d’une ode d’Horace célébrant la victoire d’Actium.
Nunc scio quid sit amor
France, 1907 : Je sais maintenant ce que c’est que l’amour.
Nunquam non paratus
France, 1907 : Toujours prêt. Locution latine ; littéralement : jamais non préparé.
Du résultat de cette visite dépendait l’avenir du mari, de tous les siens ; aussi, pour séduire le vieux sénateur, déploya-t-elle tous ses artifices. Coquettement vêtue d’un peignoir aux provocatrices transparences, elle le fit asseoir à ses côtés, et, à demi couchée sur l’ottomane, elle prenait les plus troublantes poses.
Il vit bien la manœuvre, mais se contenta de plonger un regard goulu dans l’échancrure du corsage et soupira.
— Eh bien, quoi ? lui demanda-t-elle à la fin, dépitée.
— Hélas ! Madame, si vous saviez le latin, je vous répondrais que le temps est passé où je disais fièrement aux dames : Nunquam non paratus.
— Je ne sais pas de latin, répliqua-t-elle, mais je comprends que vous voulez dire : « Petit bonhomme ne vit plus. »
(Les Propos du Commandeur)
Nursery
France, 1907 : Anglicisme. Lieu où l’on tient et garde les enfants. En Angleterre, dans les familles aisées, les enfants sont tenus à l’écart généralement dans une chambre haute, aux fenêtres grillées pour empêcher les chutes, et n’ayant que le strict indispensable de meubles pour prévenir les heurts. Sous la surveillance d’une gouvernante ou nurse, ils s’y ébattent à leur aise sans gêner les autres membres de la famille.
N’ayez d’autres créatures que vos enfants. Préférez la nursery à l’antichambre ou même au cabinet ministériel.
Soyez grand’mères, mes sœurs. C’est ainsi que, sous vos boucles blanches, vous garderez les roses et les fraîches amours.
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