Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute

Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute

France, 1907 : Il faut se résigner à son sort. Ce dicton, inventé par les satisfaits à l’usage des déshérités, est de vieille date. C’est la pensée qu’exprimait Horace en ce distique :

Melius fit patientia
Quid id corrigere est nefas.

« La résignation fait supporter ce qu’on ne peut améliorer. » Toutes les religions recommandent la patience et la résignation aux misérables en leur promettant un bien-être futur pour les dédommager de leurs maux présents. Ils crèvent ainsi à la peine dans l’espoir des célestes récompenses. Cette philosophie aurait sans doute du bon s’il n’y avait pas de remède aux misères, mais il est prouvé, au contraire, qu’il y en a un bien simple : une juste répartition des richesses sociales, la libre disposition pour chacun des instruments de travail, l’abolition de toute tyrannie et de toute pression gouvernementale. Dans ce dicton l’on compare le non satisfait à une chèvres attachée dans un pré et qui ne peut brouter au-delà de la corde qui la retient. Ainsi le prolétaire est retenu dans le cercle où il se débat par le collier de misère qui l’empêche d’en sortir, mais ceux qui le dirigent le consolent en affirmant qu’après la pluie vient le beau temps, et qu’à force de mal aller tout ira bien.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique