On

On

d’Hautel, 1808 : Se moquer du qu’en dira-t-on. Braver l’opinion publique ; mépriser tout ce que l’on peut dire sur votre conduite.

On apprend à hurler avec les loups

France, 1907 : Le dicton a deux significations : 1o On prend fatalement les habitudes et les mœurs des gens avec lesquels on vit, on subit malgré soi l’influence du milieu. 2o On apprend à se servir contre les êtres malfaisants de leurs propres armes.
Racine emploie ce dicton dans ce dernier sens à la première scène de sa comédie des Plaideurs :

Un juge, l’an passé, me prit à son service,
Il m’avait fait venir d’Amiens pour être suisse.
Tous ces Normands voulaient se divertir de nous :
On apprend à hurler, dit l’autre, avec les loups.
Tous Picard que j’étais, j’étais un bon apôtre…

On connaît les saints, on les honore (comme)

France, 1907 : On traite les gens selon leurs mérites, ou plutôt leur manque de mérite, car ce dicton ne s’emploie qu’ironiquement. Le peuple emploie à tort le mot adorer. On n’adore pas un saint, on ne fait que l’honorer, et c’est déjà beaucoup, surtout si l’on a affaire à un saint pouilleux comme Labre.

On est un sot

France, 1907 : Proverbe. Les gens qui n’ont pas la pudeur des mots disent, au lieu de sot, un mot également en trois lettres rimant avec on.

On, dit le Dr Grégoire, est le bouc émissaire, le bouclier de la médisance. « On m’a dit cri ou affirmé… » Ah ! il bon dos ce pauvre on.

(Turlutaines)

Dans la Comtesse d’Orgueil, pièce de Th. Corneille, se trouve ceci :

Anselme : Et partout sa vertu lui donne tant de lustre
Que sur ce qu’on en dit…
Le marquis : Monsieur on est un sot.

On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice

France, 1907 : Pour se rendre compte de cette expression proverbiale, il faut savoir que certains bénéfices étaient autrefois attribués aux gradués de l’Université tant qu’ils restaient célibataires. Ce vieil usage a encore cours dans les universités anglaises. Les Italiens disent dans le même sens : « On ne peut avoir sa femme ivre et sa barrique pleine. »

On ne sait s’il est chair ou poisson

France, 1907 : Se dit d’un homme sans caractère, d’opinion indécise, qui, par faiblesse ou stupidité, est toujours de l’avis du dernier qui parle, de sorte qu’on ne sait jamais ce qu’il pense, ni ce qu’il a dans le ventre, si enfin il est chair ou poisson.

On pave !

Delvau, 1866 : Phrase de l’argot des bohèmes, signifiant : « Il ne faut pas passer dans cette rue, dans ce quartier, à cause des créanciers qu’on pourrait y rencontrer. »

Boutmy, 1883 : Exclamation pittoresque qui exprime l’effroi d’un débiteur amené par hasard à passer dans une rue où se trouve un loup. Le typo débiteur fait alors un circuit plus ou moins long pour éviter la rue où l’on pave.

La Rue, 1894 : Exclamation signifiant qu’on n’ose passer dans une rue dans la crainte de rencontrer un créancier.

France, 1907 : « Exclamation pittoresque qui exprime l’effroi d’un débiteur amené par hasard à passer dans la rue où se trouve un loup. Le typo débiteur fait alors un circuit plus ou moins long pour éviter la rue où l’on pave. »

(Eugène Boutmy, L’Argot des typographes)

On perd son temps et sa lessive à laver la tête d’un âne

France, 1907 : C’est peine perdue que d’instruire un sot et d’endoctriner un rustique.

Onanisme

Delvau, 1864 : Masturbation — qui était, comme on sait, le vice d’Onan.

Judas, dit l’Écriture Sainte,
De sa postérité jalousé,
À Thamar, qu’il veut voir enceinte,
Donne ses trois fils pour époux.
Mer s’épuise, Sela s’échine ;
Homme impuissant et sans pitié,
Onan, auprès de sa moitié,
Chaque nuit se branle la pine.
Il est certains ribauds dont les pines glacées
Par un coup de poignet veulent être excitées,
On voit devant un con leur verge se baisser,
Et sous leur propre main aussitôt se dresser.
Pour vous justifier, n’offrez pas à vies yeux
De l’impudique Onan l’exemple vicieux…

(L’Art priapique)

Once

d’Hautel, 1808 : Il ne pèse pas deux onces. Se dit ironiquement d’un homme querelleur et méchant, pour faire entendre qu’il n’est pas bien fort.
Faire une once de bon sens. Passer quelques heures agréables ; se divertir ; rire à gorge déployée.
Il n’a pas une once de sens commun. Se dit d’un homme qui n’a ni jugement, ni pénétration, ni esprit.

Onchets (partie d’)

France, 1907 : Duel ; argot militaire. Onchet est la corruption d’once, oncette, sorte de chat-tigre d’Afrique. Faire une partie d’onchets, c’est s’égratigner, se donner des coups de griffes, le sabre ou l’épée remplaçant la patte du fauve.

Oncle

d’Hautel, 1808 : Des contes à Robert mon oncle. Des contes en l’air, des bourdes, des gausses.

Ansiaume, 1821 : Concierge de prison.

Mon oncle est un lofia : tandis qu’il roupille, on rivauche ma tante.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Concierge de prison. Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l’imagination, s’assimilent aux objets mis en gage. La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ». Au XVIIe siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d’un oncle. — Manger son oncle, manger l’héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l’oncle, calembour par à peu près pour dire qu’il ne reste plus rien de l’héritage avunculaire.

La Rue, 1894 : Guichetier. Usurier.

Virmaître, 1894 : Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison. Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin dos objets déposés (Argot des prisons).

Hayard, 1907 : Guichetier de prison.

France, 1907 : Guichetier.

France, 1907 : Usurier. « Ce mot, dit Balzac, symbolise l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » Il est a noter que les Anglais emploient le même mot pour désigner le prêteur sur gages. Dans l’argot des voleurs, oncle est synonyme de joaillier ; onclesse, femme du joaillier.
Disons en passant que notre institution le Mont-de-Piété n’a aucun rapport avec une montagne, Mont vient de l’italien monte, qui signitie amas, masse, pile de fonds et, par extension, banque, c’est-à-dire, en ce cas, banque de piété, monte di pieta. Le premier mont-de-piété établi à Paris date de 1777. Mais, dès 1468, on établit à Rome des établissements de prêts sur gage pour combattre les prêts usuraires et les honteuses extorsions des juifs. Ils furent appelés monti di pieta. Il existe également en Italie nombre d’endroits où l’on fait des avances de grains et qu’on appelle monti di grano.

Oncle du prêt (mon)

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété, — dans le jargon des ouvriers qui sont fatigués d’appeler « ma tante, ma tante Dumont » cet établissement philanthropique à onze pour cent.

Onclesse

Rigaud, 1881 : Concierge femelle d’une prison, — dans l’argot des voleurs, qui appellent le concierge mâle « leur oncle ».

Ondée de Xantippe

France, 1907 : Aspersion d’urine. Réminiscence de la femme de Socrate dont le caractère intraitable et l’humeur irascible en ont fait le type de la mégère. Un jour que Socrate sortait sans mot dire de chez lui pour éviter ses invectives, elle lui lança sur la tête le contenu d’un vase de nuit. Le philosophe reçut l’ondée… en philosophe, se contentant de dire : « La pluie suit presque toujours les coups de tonnerre. » Dans certaines villes du Midi où la propreté laisse à désirer, les passants attardés sont exposés à recevoir les ondées de Xantippe, heureux quand elles ne contiennent que du liquide.

Ondoyeuse

France, 1907 : Cuvette ; argot des voleurs.

Ondulée

France, 1907 : Fille ou femme de mœurs plus que légères.

Une femme mariée, dans un bon monde, qui passe une notable partie de ses journées à tromper son benoit époux avec des messieurs de poil divers, n’est pas, ce me semble, une personne irréprochable. Est-ce cependant une ondulée, pour me servir du mot à la mode ? Non, si elle ne s’affiche pas en se dépoitraillant jusqu’au nombril, si elle n’est pas cotée et ne mesure pas à a longueur d’une bourse la durée de ses amours.

(Albert Dubrujeaud)

Qu’ont-elles fait du brunissoir,
De l’aiguille, ces ondulées
Qu’on voit passer dans les allées
Du Bois, en coupé, vers le soir ?

(Catulle Mendès)

Ongle

d’Hautel, 1808 : Rogner les ongles à quelqu’un. Lui retrancher de ses revenus, lui diminuer son pouvoir, son emploi, son autorité.
On lui a donné sur les ongles. Pour, on l’a vivement réprimandé ; on lui a fait de grands reproches.
À l’ongle on connoît le lion. Pour dire que l’on juge du talent d’une personne par les moindres productions.

Ongle croche

Delvau, 1866 : s. m. Avare et même voleur, — dans l’argot du peuple, qui suppose avec raison que ce qui est bon à garder pour l’un est bon à prendre pour l’autre. Avoir les ongles croches. Avoir des dispositions pour la tromperie — et même pour la filouterie.

Ongles croches (les avoir)

Virmaître, 1894 : Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un grippe-sous que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne le tomberait pas. Avoir les ongles croches est synonyme de poser zéro et de retenir tout (Argot du peuple).

Ongles croches ou crochus

France, 1907 : On dit d’un avare ou d’un voleur qu’il a les ongles crochus ; métaphore qui s’explique d’elle-même.

Ongles en deuil

Delvau, 1866 : s. m. pl. Ongles noirs, malpropres.

France, 1907 : Ongles sales. Quand on ne se nettoie pas les ongles, ils se couvrent d’une bordure noire.

Ongles en l’air (se tirer les)

France, 1907 : Sortir indemne d’une mauvaise affaire.

L’axiome : À chacun selon ses œuvres, n’a malheureusement rien à voir dans la jurisprudence, et il n’est pas rare de voir, pour des délits identiques, le pauvre diable condamné alors que les gros bonnets se tirent d’affaire, comme dit la populace, les ongles en l’air.
Décidément, Montesquieu avait raison : les lois sont des filets qui arrêtent seulement les petits poissons et laissent passer les autres. Autrement dit, les balances de dame Thémis sont trop souvent de simples balançoires.

(Henri Second)

Onguent

d’Hautel, 1808 : C’est de l’onguent miton mitaine. Se dit d’un remède sans efficacité, qui ne fait ni bien ni mal.
Je vous conseille d’avoir de l’onguent pour la brûlure. Se dit à un méchant homme, pour lui faire entendre qu’il ne peut aller qu’en enfer.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière honnête et joviale de flatter les personnes de petite stature.
Il n’y a point d’onguent qui la puisse guérir. Se dit d’une personne désolée, désespérée, ou qui a un mal incurable.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs, qui savent que l’on guérit tout, ou presque tout, avec cela.

Rigaud, 1881 : Argent, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Argent. Il sert à graisser la patte. Vieil argot.

Oniomanie

France, 1907 : Il y a des personnes, dit le Cosmos, qui ne peuvent s’empêcher d’acheter tout ce qui les tente : l’un, amateur de vieux livres, dépense pour eux le plus clair de ses revenus ; tel autre aimera les bibelots. Telle femme encombrera ses tiroirs de fourrures ou de dentelles. Lorsque le besoin d’acheter devient absolument impérieux, c’est souvent un premier symptôme de folie, et ce genre de délire se nomme l’oniomanie. Ce néologisme est formé du latin noionem, chose unique, et de manie.

Onze gendarme (du)

France, 1907 : Pointure de gants d’excessive largeur.

Ses vastes mains aux doigts écartés, chaussées de gants presque blancs dont la pointure ne devait point être inférieure ce que l’on appelle familièrement du onze gendarme…

(Le Mot d’Ordre)

Onze heures

France, 1907 : Heure intempestive.
On disait autrefois en parlant d’un pique-assiette on écornifleur qui arrivait bien avant l’heure du diner pour se faire inviter : « Il vient chercher midi où il n’y a qu’onze heures », allusion à l’ancien usage de dîner à midi.

Onze heures (bouillon d’)

France, 1907 : Bouillon empoisonné, drogue qui achève le moribond.

C’est de l’Hôtel-Dieu qu’est partie la légende du bouillon d’onze heures. Un malade amené un soir, vers 5 heures, fut couché puis, suivant l’usage, l’interne de service, escorté d’un infirmier, vint pour le questionner et donner les prescriptions urgentes. Le malade, imbu des préjugés qu’on a ordinairement contre l’hôpital, attendait anxieux : il repassait dans sa mémoire toutes les histoires lugubres qu’on débite à tort et à travers ; il se disait : « La salle est pleine, j’arrive le dernier, on va sans doute, pour se débarrasser de moi, me faire mourir. » Il répondit en tremblant aux questions de l’interne. Celui-ci, voyant un homme plein de vie, plus malade du cerveau que du corps, ordonna un bouillon, et ajouta : « Vous donnerez le bouillon d’onze heures. » Dans la nuit, le malade mourut subitement. Depuis cette époque, le bouillon d’onze heures est légendaire dans les hôpitaux, et l’on emploie cette expression pour dire que l’on se débarrasse des gens à volonté.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique