Pigeon

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

(Ant. Watripon)

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris)

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

France, 1907 :

Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.

(Vieux dicton)

France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.

Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.

(Aladin, Germinal)

France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.

Pigeon (ailes de)

France, 1907 : Genre de coiffure qui fut à la mode autrefois et qui figurait au moyen de la frisure d’une touffe de cheveux une aile de chaque côté de la figure.

Adieu ma gloire ! Adieu mes honoraires !
Tout est perdu. Nos indignes enfants
Ont méconnus les leçons de leurs pères
Et de notre art sapé les fondements,
La cacatois s’est hélas ! écroulée,
On a coupé les ailes de pigeons,
Et du boudoir la pommade exilée
Se réfugie au dos des postillons.

(Scribe, Le Coiffeur et le Perruquier)

Pigeon voyageur

Rigaud, 1881 : Fille publique qui choisit les trains de banlieue pour exercer son industrie. — Le pigeon voyageur va se réfugier de préférence dans un wagon occupé par un monsieur seul… À la première station, le pigeon passe dans un autre wagon, et ainsi de suite. Il y en a qui poussent de la sorte jusqu’à Versailles.

France, 1907 : Prostituée qui exploite les trains de banlieue et opère dans les compartiments où elle se trouve seule avec un homme.

Pigeonnage

France, 1907 : Cloison de plâtre.

Pigeonner

Larchey, 1865 : Duper. Le mot est vieux ; la chose est toujours nouvelle.

Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner.

(Dialogues de Tahureau, 1585)

Delvau, 1866 : v. a. Tromper.

Rigaud, 1881 : Tromper.

France, 1907 : Duper ; argot populaire.

Ce n’est plus moi qui pige, c’est moi qui suis pigeonné.

(Mémoires de M. Claude)

Pigeonnier

Rigaud, 1881 : Le boudoir d’une femme galante.

France, 1907 : Boudoir d’une cocottte ; on y attire les pigeons pour les plumer vifs.

Pigeons (élever des)

Rigaud, 1881 : Gagner au jeu l’argent des dupes, vulgo : pigeons, — dans l’argot des grecs. C’est encore tenir une table d’hôte où les imbéciles tombent victimes de leur passion pour le jeu.

Pigeons (faire des)

Vidocq, 1837 : La passion du jeu domine presque tous les voleurs, et c’est en prison, plus que partout ailleurs, qu’ils éprouvent le besoin de jouer. Pour acquérir les moyens de satisfaire cette fatale passion, ils ne reculent devant aucun sacrifice ; aussi, ceux qui n’ont pas d’argent vendent leur pain, et si la fortune ne les favorise pas, ils se trouvent bientôt réduits à ne vivre que d’un potage à la Rumfort. Plusieurs jeunes gens qui avaient vendu leur pain sont morts de faim au dépôt de Saint-Denis.
Lorsqu’un malheureux a vendu la moitié de sa portion pour la rendre entière le lendemain, il est au trois quarts perdu.
Les prisonniers qui font des Pigeons, c’est à dire qui achètent.à l’avance la ration de leurs camarades, exercent cet infâme trafic sous les yeux des employés, qui ne s’y opposent pas. L’autoritè ne devrait-elle pas veiller à ce que des abus aussi scandaleux ne se renouvellent pas ?


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique