Pilier

Pilier

d’Hautel, 1808 : Se frotter au pilier. Prendre les mauvaises habitudes des personnes que l’on fréquente.
Un pilier de cabaret. Ivrogne de profession, qui du matin au soir ne décesse de boire, ne bouge pas du cabaret.
Il a de bons gros piliers. Se dit en plaisantant d’un homme qui a les jambes grosses et massives.

Halbert, 1849 : Maître de maison de femme.

Larchey, 1865 : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne bouge pas plus d’un endroit que si on l’y avait planté. Argot du peuple. Pilier de cabaret. Ivrogne. Pilier d’estaminet. Culotteur de pipes. Pilier de Cour d’assises. Qui a été souvent condamné.

Rigaud, 1881 : Commis. — Pilier de boutanche, commis de magasin. — Pilier de paquelin, commis voyageur. — Pilier du creux, pilier de la boîte, chef de maison, patron d’un établissement.

Rigaud, 1881 : Fidèle habitué d’un endroit. — Pilier de café, pilier de bal public.

La Rue, 1894 : Le mari de la matrone au prostibulum.

Pilier de boutanche

Vidocq, 1837 : s. m. — Commis de magasin. Il faut le dire, puisque l’expérience l’a prouvé, beaucoup de commis volent leur patron, et de mille manières différentes ; Indiquer leurs ruses et les moyens de les combattre, ce sera, du moins je le pense, rendre aux commerçans et aux commis eux-mêmes un important service.
Beaucoup de commis placés aux rayons des grosses marchandises, volent celles des rayons de leurs camarades, et les sortent du magasin soit dans leur chapeau, soit sous leurs vêtemens.
D’autres s’entendent avec des compères auxquels il donnent dix aunes de marchandises lorsqu’ils n’en déclarent que huit à la caisse ; d’autres cachent des foulards, de la dentelle ou d’autres petits articles dans un rouleau d’indienne. S’il est difficile d’acquérir la certitude de la culpabilité des premiers sans s’exposer à blesser la susceptibilité des acheteurs, on peut facilement éclaircir les doutes que les seconds pourraient avoir inspiré. Il ne faudrait, pour cela, que prendre la partie de marchandise qu’ils viendraient de vendre, comme pour la mieux envelopper, et la dérouler sans affectation. Si la personne que l’on croit de connivence avec le commis est une femme, et qu’elle porte un cabas ou un panier, il faut être empressé, complaisant, placer soi-même les paquets dans le cabas ou panier, et laisser à ses yeux le soin d’en inventorier le contenu.
Pour pouvoir accorder une confiance sans réserve aux commis que l’on emploie, il faut connaître leurs fréquentations, leurs habitudes, la fortune de leurs parens, et les sommes qu’ils en reçoivent.
ll est surtout important de savoir s’ils ont des maîtresses, et à quelle classe appartiennent ces femmes, car c’est souvent chez elles que vont s’engloutir les objets volés par les commis. Souvent même elles vendent ce qu’elles ne peuvent employer. Il ne me serait pas difficile de prouver par des faits ce que j’avance ici.
Les marchands de draps ou de soieries et nouveautés envoient souvent chez leurs cliens quelques pièces de marchandises, dans l’espoir de placer quelques articles. Un voleur se donnant la qualité de garçon de magasin, et qui, très-souvent, n’est que l’émissaire de l’homme qui est employé chez le commerçant, se présente le lendemain pour réclamer les marchandises déposées la veille. La plupart du temps on les lui remet sans difficulté.

Delvau, 1866 : s. m. Commis, — dans l’argot des voleurs. Pilier de paclin. Commis voyageur. Pilier du creux. Patron, maître du logis.

France, 1907 : Boutiquier ; argot des voleurs.

Pilier de cabaret

Virmaître, 1894 : Soulard qui ne quille pas le mastroquet. C’est, en effet, une des colonnes de la boutique. Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).

Pilier de cour d’assises

Virmaître, 1894 : Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations. Cheval de retour (Argot du peuple).

Pilier de pacquelin

France, 1907 : Voyageur de commerce ; argot des voleurs.

Pilier de paquelin

La Rue, 1894 : Faux commis-voyageur exploitant les hôtels de province en se faisant donner par le propriétaire des avances sur de prétendus ballots de marchandise qu’il doit recevoir, et qu’il ne reçoit jamais.

Pilier du creux

Vidocq, 1837 : s. m. — Maître du logis.

Larchey, 1865 : Maître du logis. — Même allusion. Pilier nous paraît plutôt une forme de pilleur, pillard dans Pilier de boutanche : Commis de boutique, et Pilier de pacquelin : Commis voyageur. Ces deux derniers volent leurs patrons et leurs hôteliers.

Piliers de pacquelin

Vidocq, 1837 : Commis voyageurs. Les voleurs nomment Piliers de Pacguelins une nouvelle espèce d’escrocs qui exploitent les hôteliers de province, en procédant de la manière que je vais indiquer.
L’un d’eux quitte Paris, muni de tout l’attirail d’un commis voyageur, et arrive dans une petite ville ; il descend à l’hôtel dans lequel logent habituellement ceux dont il se donne la qualité ; il paie exactement sa dépense, et, après deux ou trois jours consacrés à étudier le caractère de ses hôtes, il se fait indiquer les personnes de la ville susceptibles d’acheter quelques-uns des articles qu’il est, dit-il, chargé de placer. L’hôte, comme on le pense bien, s’empresse de faire ce qu’il désire, et à la fin de chaque journée il ne manque pas de lui demander si ses démarches ont été couronnées de succès. L’escroc, qui prend habituellement la qualité de commis voyageur en librairie, lui répond qu’il est très-content de sa tournée, et lui montre grande quantité de bulletins de souscription. Lorsque quelques jours, que l’escroc a employés à courir la ville, sont passés, il annonce à son hôte qu’il va parcourir les villes environnantes. « Il peut se faire que pendant mon absence, qui durera quelques jours, dit-il, il m’arrive une caisse de marchandises contre remboursement. Je ne sais pas positivement ce qu’il faudra payer ; je vais cependant vous laisser 400 francs, si cette somme est trop forte, vous me remettrez l’excédant à mon retour, si elle n’est pas assez forte, vous aurez la bonté d’ajouter ce qui manquera, et je vous en tiendrai compte. » L’escroc laisse en effet 400 fr. à son hôte, et part. Quelques jours après son départ une caisse très-lourde arrive à l’hôtellerie, contre remboursement de 875 francs et quelques centimes ; l’hôte, avant de payer ce qu’on lui demande, hésite bien quelques minutes, mais sa femme, qui a été séduite par les manières gracieuses de l’escroc, lui fait observer qu’il ne risque rien, puisqu’une valeur de 875 francs reste entre ses mains en garantie d’une somme de 475. L’hôte paie, et son argent va joindre à Paris l’expéditeur de la caisse, qui n’est autre que le compère de l’escroc voyageur.
Il est inutile de dire que la caisse ne contient que des pierres et du foin.
Ce truc, dit-on, a été mis en usage il n’y a pas encore long-temps, par un très-jeune homme qui promet d’aller fort loin s’il n’est pas arrêté dans sa course.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique