Planté

Planté

France, 1907 : Beaucoup, abondance d’une chose. A planté, abondamment. Provincialisme ; vieux français.

Point ne compte bourdes ne gloses ;
Je ne parle que par raison ;
Il y pert pour planté de choses.
De preuves j’offre grant foyson.

(G. de Colvé des Jardins, Les Oberliques)

Planter

d’Hautel, 1808 : S’il est bien planté, il reviendra. Se dit d’une personne dont on fait peu de cas, et qui s’en est allée avec humeur.
Il est allé planter ses choux. Se dit par raillerie d’un homme qui s’est retiré à la campagne.
Planter là quelqu’un. L’abandonner, le quitter, lui retirer son amitié, sa protection, ses secours.
Arrive qui plante. Locution adverbiale qui marque la résolution dans laquelle on est, de ne pas changer d’idée quelque chose qu’il arrive.
Il m’a planté-là pour reverdir. Pour, il m’a abandonné subitement ; il m’a fait croquer le marmot.

Halbert, 1849 : Laisser.

Fustier, 1889 / La Rue, 1894 : Coïre.

France, 1907 : Sacrifier à Venus.

Planter des cornes

Delvau, 1864 : Introduire son membre dans le vagin d’une femme mariée à un autre homme, — ce qui fait pousser des cornes à celui-ci et quelquefois un enfant à celle-là.

Planter là quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu’il vous ennuie, soit parce qu’on est pressé. C’est l’ancienne expression : Planter là quelqu’un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.

France, 1907 : Le quitter brusquement ; le lâcher. « Planter là quelqu’un pour qu’il reverdisse. »

Planter le harpon

Delvau, 1866 : v. a. Lancer une idée, avancer une proposition, — dans l’argot des marins.

France, 1907 : Faire une proposition, exprimer une idée ; argot des marins.

Planter ses choux

France, 1907 : Se retirer des affaires ; aller vivre à la campagne dans une retraite modeste après une vie de travail ou d’agitation. Un fonctionnaire qui prend sa retraite à la campagne, un notaire, un homme d’affaires ou de commerce qui se retirent en quelque coin de province ou de banlieue, vont planter leurs choux. Allusion à l’empereur Dioclétien qui, après les fatigues de la guerre et les soucis du pouvoir, abdiqua pour se retirer à Salone, sa ville natale, et ne s’occupa plus que de cultiver les légumes, choux et laitues, de son jardin.

Planter son poireau

Delvau, 1866 : v. a. Attendre quelqu’un qui ne vient pas, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Attendre ; synonyme de faire le pied de grue ; argot populaire.

Pendant huit jours consécutifs la petite diablesse me fit planter mon poireau à la sortie de son atelier, lorsque j’appris qu’elle se payait ma poire, et se tirait les flûtes par une porte de derrière.

(Les Joyeusetés du régiment)

Se dit aussi pour coïter.

Planter un acte

Rigaud, 1881 : Veut dire que le mouvement général et les positions en sont fixés. On dit planter la décoration dans le même sens. (A. Bouchard.) Planter un comparse. Le faire grimer, le placer, lui dessiner la marche à suivre et lui donner les indications nécessaires. (Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse)

France, 1907 : S’occuper des détails scéniques de cet acte ; argot des coulisses.

Planter un chou

Fustier, 1889 : Tromper indignement.

Mon ci-devant m’a planté un chou colossal.

(Réveil, 1882)

Planter un comparse

France, 1907 : Donner des instructions à un acteur novice sur les mouvements et les jeux scéniques.

Planter un drapeau

Virmaître, 1894 : Autrefois on disait faire un puff. Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur ; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.
— Pourquoi ne passes-tu pas par-là ?
— J’ai planté un drapeau.
Allusion au drapeau planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Faire une dette chez un marchand de vin ; on dit aussi faire un pouf.

France, 1907 : Contracter une dette dans un cabaret ou un restaurant. L’on n’ose plus passer dans la rue, qui dès lors est barrée comme lorsque le service de la voirie y fait poser un petit drapeau ronge pour indiquer qu’elle est en réparation et que la circulation y est interdite.

Planter un homme

Delvau, 1864 : Baiser une femme.

Que fais-tu donc là ? demandait un passant à Diogène, qui, en sa qualité de cynique, n’avait pas craint de trousser une fille en plein Agora et était en train de besogner avec elle, — Tu le vois ; je plante un homme, répondit-il.

(A. François)

Plantes

France, 1907 : Pieds ; argot populaire.

— Eh bien, vous êtes de la jolie fripouille, cria-t-il, j’ai usé mes plantes pendant trois heures sur la route, même qu’un gendarme m’a demandé mes papiers.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Plantes (user ses)

Rigaud, 1881 : Marcher beaucoup. Mot à mot : user les plantes de ses pieds.

Planteur

d’Hautel, 1808 : Un planteur de choux. Se dit par ironie d’un gentilhomme, ou d’un homme de distinction qui s’est retiré à la campagne.

France, 1907 : Paillard ; libertin.

Planteuse de bois

Virmaître, 1894 : Femme qui fait son mari cocu. Mot à mot : elle lui plante du bois sur la tête (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Femme qui trompe son mari, qui lui met au front les appendices du cerf.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique