Pour

Pour

d’Hautel, 1808 : Et pour cause. C’est-à-dire, sans rien ajouter, sans en dire davantage.
Pour ce qui est de vous ; pour ce qui est de moi. C’est-à-dire, quant à vous, quant à moi.

Vidocq, 1837 : adv. — Peut-être, le contraire de ce qu’on avance.

Delvau, 1866 : adv. Peut-être, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Peut-être, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Peut-être. Au contraire.

Pour amitié garder, parois entreposer

France, 1907 : La trop grande fréquentation, la vie en commun engendrent les heurts, les froissements, d’où les disputes et les haines ; c’est pourquoi le mariage est si souvent le tombeau de l’amour. D’où il s’ensuit que pour s’aimer il ne faut pas se voir trop souvent. « Un peu d’absence fait grand bien », dit un autre vieux dicton. On trouve cet aphorisme chez tous les peuples. « Rare visite, aimable convive », disent les Russes. Les Anglais : « Amis s’accordent mieux de loin » ; les Allemands : « Une haie conserve verte l’amitié ; aimez votre voisin, mais ne renversez pas la clôture. » « Je préfère que mon ami me trouve oublieux que fâcheux », disent les Écossais. Les Espagnols ; « Gardez vous d’aller tous les jours chez votre frère » ; « Un convive et un poisson sentent le troisième jour. »

Pour chiquer !

Fustier, 1889 : Allons donc ! Plaisanterie ! argot du bagne.

Pour de vrai

Delvau, 1866 : adv. Véritablement, sérieusement, — dans l’argot du peuple. Femme pour de vrai. Femme légitime. Ami pour de vrai. Ami sûr. On dit aussi Pour de bon.

Pour le roi de Prusse (travailler)

France, 1907 : Perdre son temps, travailler pour rien. Cette expression est attribuée à Voltaire, furieux de l’avarice de Frédéric II qui, l’ayant sollicité, en 1750, de se rendre à la cour de Berlin, lui fit subir quantité de petites avanies. Le roi lui avait promis des appointements de ministre, un appartement au château, le chauffage, deux bougies par jour, sucre, thé, café, chocolat à discrétion. Mais le thé et le chocolat étaient de mauvaise qualité, le café était avarié, le sucre en quantité dérisoire, l’éclairage insuffisant. Sur les plaintes de Voltaire, Frédéric répondit qu’il allait chasser ses canailles de valets qui n’exécutaient pas ses ordres. Il ne chassa personne et rien ne fut changé. Sur de nouvelles plaintes, il répondit :
— Comment, mon cher monsieur de Voltaire, est-il possible que vous vous laissiez distraire de vos idées poétiques par de pareilles misères ?… Ah ! je vous en prie, n’employons pas à ces simples bagatelles les moments que nous pouvons donner aux muses et à l’amitié !… voyons, n’en parlons plus…
C’est ainsi que Frédéric apaisa les réclamations du poète grincheux qui n’oublia pas, à son retour à Paris, de révéler la parcimonie de son royal ami.
— J’ai perdu temps et peine, disait-il, à travailler pour de roi de Prusse.

Pour les bas

Rigaud, 1881 : Pourboire des filles de maison, qui font de leurs bas une tirelire.

France, 1907 : Gratuité donnée aux filles des maisons de tolérance, en plus du tarif, et qu’elles glissent dans leurs bas. On dit plus poliment « pour les gants ».

Pour-compte

Delvau, 1866 : s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas, — dans l’argot des tailleurs. Armoire aux Pour-compte. C’est le carton aux ours chez les vaudevillistes.

Pouraille

France, 1907 : Vieux mot pour canaille, de poure, devenu paure, paovre, et enfin pauvre. Poure était un terme de mépris pour désigner les petites gens, les manants.

Pourceau (ne pas oindre le cul à gros)

France, 1907 : Il ne faut rien donner aux gens riches comblés de biens et d’honneurs ; dicton du XVe siècle. Il est un autre dicton de la même époque, synonyme de ne pas jeter des perles aux cochons, le « margaritas ante porcos » des Latins : Reliques sont bien perdues entre pieds de pourceaux.

Pourceauterie

France, 1907 : Libertinage ; argot des bourgeoises.

Pourchas

France, 1907 : Poursuite, action de suivre, de pourchasser. Vieux mot.

Quand je connus Sainte-Beuve, une vague aspiration vers l’Académie le contenait déjà dans ses vagabondages poétiquement amoureux.
Je dis poétiquement, car la première venue lui inspirait les hémistiches bleus, quoiqu’il aimât le terre-à-terre. Il était toujours au pourchas de quelque fillette du pays latin, une désœuvrée ou une boutiquière, ce qui ne l’empêchait pas de jeter d’autres hémistiches plus endiamantés chez les femmes du monde soutachées de littérature ; mais le pur bas-bleu, il ne l’aimait pas.

(Arsène Houssaye, Souvenirs de jeunesse)

Pourchasser

d’Hautel, 1808 : Poursuivre, solliciter, chercher ou demander quelque chose avec obstination.

Pourfendeur

d’Hautel, 1808 : Fanfaron, hâbleur, crâne, bretteur, mauvais sujet.

Pourfendre

d’Hautel, 1808 : Fendre un homme de haut en bas d’un coup de sabre.

Pourliche

Fustier, 1889 : Pourboire. Jargon du peuple.

Pourpoint

d’Hautel, 1808 : Il y a un sot dans son pourpoint. Pour dire qu’un homme est un sot.
On lui a donné un pourpoint de pierre de taille. Pour dire on l’a incarcéré, mis en prison.
Il faut sauver le moule du pourpoint. Pour dire, sauver son corps, se retirer d’une batterie, d’une fâcheuse affaire.
Mettre un homme en pourpoint. Pour dire le dépouiller de ses biens.
Emplir son pourpoint. Ribotter, faire débauche de bonne chère et de vin.

Pourrat

France, 1907 : Pot à eau ; argot des polytechniciens, du nom du général Pourrat qui introduisit cet ustensile de toilette, les élèves n’ayant autrefois que la cuvette.

Pourri

Larchey, 1865 : Vénal, corrompu.

Or, dans le cas où M. de la Baudraye serait acquis au gouvernement, Sancerre devenait, plus que jamais, le bourg pourri de la doctrine.

(Balzac)

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme vénal, corrompu, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l’égoïsme.

France, 1907 : Plein. « Pourri de chic. » Argot populaire.

Pourri de chic

Larchey, 1865 : Rempli d’élégance.

Delvau, 1866 : adj. À la dernière mode et de la première élégance, — dans l’argot des gandins et des petites dames.

Pourrir

d’Hautel, 1808 : Crache pourri, la langue et les dents, t’auras la gueule nette. Locution basse et triviale qui se dit à quelqu’un fort enrhumé lorsqu’il tousse.
Il ne pourrira pas dans cette place. Se dit d’un homme léger et inconstant, qui ne peut rester long-tems dans le même emploi, qui en change continuellement.
Faire pourrir de cuire quelque chose. Le faire cuire excessivement.
Un cœur pourri. Un cœur bas, vil et corrompu.
Cela n’est pas pourri. Se dit par raillerie d’une histoire faite à plaisir, d’un conte en l’air, de quelque chose dénué de ressemblance.
Pourri. Le vulgaire fait un barbarisme du féminin de ce mot, et dit d’une poire ou d’une pomme qu’elle est pourrite ; au lieu de pourrie. Il en est de même de presque tous les adjectifs, ainsi terminés au féminin, tels que finie, guérie.

Pourriturisme

Delvau, 1866 : s. m. État des esprits et des consciences à Paris, ville où l’on s’effémine trop facilement, — dans l’argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinence isme.

Pourvoir

d’Hautel, 1808 : Il est pourvu de fil et d’aiguille. Se dit d’un homme qui a toutes les choses nécessaires pour réussir dans une affaire.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique