Puce

Puce

d’Hautel, 1808 : Fort comme une puce. Homme foible et débile, qui ne peut supporter aucune espèce de fatigue, et qui souvent fait le vigoureux, le fanfaron.
Il a autant de caprices qu’un chien a de puces. Voyez Chien.
Secouer les puces à quelqu’un. Le maltraiter, le battre.
Avoir la puce à l’oreille. Être leste, agile, inquiet, et toujours éveillé.

France, 1907 : Injure qu’adressent les théâtreuses à celles de leurs camarades qu’elles n’aiment pas.

— Encore une sale puce ! dirent les petites.
Si le terme de « petits pieds sales » était employé pour désigner ces fillettes, elles, entre elles, n’avaient pas de plus grosse injure que de se traiter de puce, et quand elles disaient « sale puce », c’était l’injure portée à sa suprême puissance.

(Edgar Monteil, La Jambe)

Puce (avoir la)

Rigaud, 1881 : Avoir l’éveil, se tenir sur ses gardes, — dans le jargon des voleurs. C’est mot à mot : avoir la puce à l’oreille, — La rousse a la puce.

Puce à l’oreille (mettre la)

France, 1907 : Éveiller l’attention.

Puce en l’oreille
L’homme réveille.

(Proverbe du XVIe siècle)

Pourtant les confidences que lui avait jadis faites Mme Vasly — mais elle était si mauvaise langue, Mme Vasly ! — les renseignements et avertissements que son beau-frère Gaultry lui avait un jour donnés et qui émanaient du bureau du personnel — mais tous ces bureaux sont si potiniers, et leurs racontars si peu dignes de foi ! — auraient dû, sinon lui dessiller entièrement les yeux, éveiller tout au moins son attention et sa méfiance, lui mettre, comme on dit, la puce à l’oreille.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Puce d’hôpital

France, 1907 : Pou.

Puce de meunier

Virmaître, 1894 : V. Pégoce.

France, 1907 : Pou.

Puce travailleuse

Delvau, 1866 : s. f. Lesbienne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Femme qui en impose matériellement à son sexe.

Virmaître, 1894 : C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femme. C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des voyeurs (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens. Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).

France, 1907 : Lesbienne.

Puceau

d’Hautel, 1808 : Innocent, niais, dont la vertu consiste dans une stérile pudicité.

Delvau, 1864 : Adolescent qui n’a encore connu que la veuve Poignet.

Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.

(L. Protat)

Delvau, 1866 : adj. et s. Naïf, innocent ; peu dégourdi, — plus sot qu’il ne convient.

France, 1907 : Jeune homme naïf.

— Si elle allait s’apercevoir ?… Raconter ensuite à mes camarades qu’elle avait eu affaire avec un novice, s’en vanter ! Car j’étais tombé sur une fille plus rusée que ses pareilles, dont c’était justement la marotte de déniaiser un puceau.

(Oscar Méténier)

À moi la fille pâle et grêle, fleur des fièvres !
Car je veux promener mes ongles et mes lèvres
Sur des corps aux maigreurs de vierge et de puceau.

(Théodore Hannon, Rimes de joie)

Pucelage

Delvau, 1864 : Fardeau pesant dont toute jeune fille qui aspire à devenir femme se débarrasse volontiers tout en faisant sa Sophie — en faveur de la première pine qui passe, la tête haute, le con tendu.

Le roi impatient et ne goûlant pas qu’un autre ait un pucelage qu’il payait.

(Tallemant des Réaux)

Heureux cent fois qui trouve un pucelage !
C’est un grand bien.

(Voltaire)

Enfin dans un petit village
On trouva l’heureux pucelage
Qui près du roi devait coucher.

(Parny)

Avoir dans un bordel perdu son pucelage.

(A. Glatigny)

Je me fous de ce météore
Qui de pucelage a le nom.

(Parnasse satyrique)

Virmaître, 1894 : Petit oiseau qui s’envole quand il lui pousse une queue. On sait que les petits sortent du nid quand cet appendice caudal arrive à point (Argot du peuple). N.

Pucelage (avoir encore son)

Delvau, 1866 : Être un peu neuf dans une affaire ; n’avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier. Les marchandes emploient la même expression pour dire qu’elles n’ont pas étrenné, qu’on ne leur a encore rien acheté de la journée.

Pucelage (avoir son)

Delvau, 1864 : Façon de parler hyperbolique, qui signifie seulement : N’avoir pas fait l’œuvre de chair depuis plus ou moins de temps.

Tu tombes à pique, mon bonhomme : tu vas avoir mon pucelage, car il y a bien trois grands jours que je n’ai cassé une canne.

(A. François)

Pucelage (en avoir le)

France, 1907 : En avoir la primeur, être le premier à trouver une chose.

Et jamais en ce port caché
D’anchre ne s’étoit accroché ;
Énée en eut le pucelage
Et premier foula ce rivage.

(Scarron, Le Virgile travesti)

Pucelette

France, 1907 : Petite fille : diminutif de pucelle.

Tournant la tête, je l’aperçus marchant rapidement, un seau taillé dans le ventre d’une antilope, à la main. J’eus le temps de l’examiner ; petite, grassouillette, treize ans, les traits fins et mignons, en un mot, la plus jolie pucelette du camp.

(Hector France, Chez les Indiens)

Même il fut orateur d’une Loge Écossaise
Toutefois — car sa légitime croit en Dieu —
La petite Benoist, voiles blancs, ruban bleu,
Communia. Ça fait qu’on boit maint litre à seize.
Chez le bistro, parmi les bancs empouacrés,
Le billard somnolent et les garçons vautrés,
Trône la pucelette aux gants de filoselle.
Or Benoist, qui s’émèche et tourne au calotin,
Montre quelque plaisir d’avoir vu, ce matin,
L’hymen du Fils Unique et de sa « demoiselle ».

(Laurent Tailhade)

Pucelle

Delvau, 1864 : Le rara avis des sociétés modernes, qui couronnent des rosières pour faire croire qu’il y en a, — comme si le pucelage était une chose de conserve !

Mademoiselle Charlotte du Tillet ne fut jamais mariée, mais on dit qu’elle n’était plus pucelle pour cela.

(Tallemant des Réaux)

Veuve de huit galants, il la prit pour pucelle ;
Et dans son erreur par ta belle
Apparemment il fut laissé.

(La Fontaine)

— Combien dureront nos amours ?
Dit la pucelle, au clair de lune.
— L’amoureux répond : O ma brune,
Toujours, toujours !

(A. Privat D’Anglemont)

France, 1907 : Sortie de petite alose que l’on trouve principalement dans la Seine et dans la Loire. Il est peu estimé à cause de ses nombreuses arêtes.

Pucelle de Belleville

Delvau, 1864 : Fille galante. Cette expression, tirée d’un roman de Paul de Kock, remplace maintenant celle qu’on employait aux XVIe et XVIIe siècles : pucelles de Marottes.

Pucelle de la rue Maubuée

France, 1907 : Prostituée ; vieille expression. La rue Maubuée étant autrefois peuplée de filles publiques.

— Et toi, qué que t’es ?… une pucelle de la rue Maubuée, une coureuse de garçons.

(Vadé)

Pucelle de Marolles

France, 1907 : Fille de mœurs légères ; vieille expression. Le Marolles dont il est ici question n’est pas le Marolles célèbre par ses fromages, mais un bourg sur la Sambre, près de Landrecies, où se trouvait une grande abbaye de bénédictins. Ces bons moines, grands chasseurs de fauvettes, dépucelaient, parait-il toutes les filles du voisinage, d’où le dicton :

Pucelles qui viennent de Marolle
On les prend à tour de rolle.

Dans ses Contes et Nouvelles, Bonaventure Desperriers, parlant de trois sœurs qui ont vu le loup avant leurs noces, s’exprime ainsi : « Les licts se font, les trois pucelles de Marolles se couchent et les marys après. »

Puces (chercher des)

France, 1907 : Chercher querelle.

Puces (secouer les)

Rigaud, 1881 : Battre. Mot à mot : faire tomber les puces à quelqu’un à grands coups de poing.

France, 1907 : Réprimander, et au besoin battre. Secouer ses puces, sortir du lit.

Puces (trouver des)

Larchey, 1865 : Trouver motif de querelle.

Et pourtant la Giraudeau a trouvé moyen de me trouver des puces.

(La Correctionnelle)

Celui qui cherche querelle saute sur le moindre motif comme celui qui essaie de prendre une puce au bond.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique