Rup

Rup

Delvau, 1866 : adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant, — dans l’argot des faubouriens et des filles. Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais rup et de l’indoustan rupa, argent, — d’où roupie. Pendant qu’il y était, pourquoi n’a-t-il pas fait descendre ce mot d’un rocher (rupes) ou d’une falaise (rupina) quelconque ? On dit aussi Rupart.

France, 1907 : Riche, généreux. Abréviation de rupin.

— Dans ma petite jugeotte, un monsieur qui traite son cocher d’imbécile et qui lui donne dix francs pour une course d’un quart d’heure, ça doit être un banquier qui lève le pied, ou quelque chose d’approchant, un mangeur de grenouilles, enfin ! À part ça, j’ai rien à lui reprocher. Pour un client rup, c’est un client rup. Huit francs cinquante de pourboire ! Je trouve pas ça tous les jours sous le sabot de Cocotte !

(Odysse Barrot, Le Mari de la princesse)

Rup, rupart, rupin

Larchey, 1865 : Seigneur, élégant, riche.

Madame, en v’là un rup ! il m’a dit de garder la monnaie pour moi.

(Jaime)

Pour enfoncer un rupiné, Je sers d’exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné.

(Mouret, Ch., 1846)

V. Rebâtir, Bigorne, Caloquet. Se prend adjectivement.

tu étais dans une société assez rup.

(Montépin)

faisons un petit bout de toilette que chacun soit rupin.

(Chenu)

Rupe, rupin

Rigaud, 1881 : Riche ; élégant, comme il faut. Homme rupe, femme rupe.

Rupin

anon., 1827 : Gentilhomme.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Noble, gentilhomme.

Bras-de-Fer, 1829 : Gentilhomme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Gentilhomme.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Élégant, bien mis.

un détenu, 1846 : Riche, bien mis, bien habillé.

Halbert, 1849 : Fameux, beau.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme riche ; fashionable, mis à la dernière mode, — ou plutôt à la prochaine mode. C’est le superatif de Rup.

Le rupin même a l’trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci !

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin. On dit aussi Rupiné.

Rigaud, 1881 : Malin.

Boutmy, 1883 : adj. Distingué, coquet, bien mis. N’est pas particulier à l’argot typographique. Quelques-uns diront rupinos.

La Rue, 1894 : Riche, élégant. Malin.

Virmaître, 1894 : Homme riche, calé, cossu. Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic. Les souteneurs disent à leur marmite :
— Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Riche, bien mis.

Hayard, 1907 : Riche.

France, 1907 : Riche, élégant, beau. Ce mot est dérivé du bohémien rup, venant lui-même de l’indoustani rupa, roupie, argent.

Il suffit d’une rosse pour faire tort à des centaines de pauvres bougres. Ainsi, avant-hier, aux Halles, un monsieur très rupin payait des soupes à tout le monde. Il en a fait distribuer plus de deux cents ; seulement, quand la marmite a été vide, tout le monde n’en avait pas eu. Alors les derniers arrivés se sont mis à engueuler le monsieur ; ils ont ramassé des trognons de choux et les lui ont jetés sur sa fourrure et sur son haut de forme. Si jamais on l’y repince, celui-là, à payer des soupes aux Halles !…

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Le mot est employé comme substantif :

Ya des chouett’s gens
Qu’a des argents
Et d’la bedaine ;
Ya pas d’lapins,
Ya qu’des rupins,
À la Madd’leine.

(A. Bruant)

Féminin : rupine.
On dit aussi rupard, ruparde et rupiné.

Rupine

anon., 1827 : Dame.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dame comme il faut.

Bras-de-Fer, 1829 : Dame.

Halbert, 1849 : Dame bien mise.

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de manières.

Rupinskoff

France, 1907 : Très bien, excellent.

En province, c’est un peu comme à Paris : les souteneurs de l’autorité ont l’habitude d’assommer — le plus qu’ils peuvent — tous les pauvres diables d’ouvriers et de trimardeurs qui leur tombent sous la coupe.
Aussi, en province comme à Paris, le populo a-t-il dans le nez toute l’engeance policière.
Et même, nom de Dieu ! ce qui est rupinskoff, c’est que ce sentiment de répulsion pour la pestaille paraît être international.

(Le Père Peinard)

Rupiole

France, 1907 : Demoiselle.

Ruppin

anon., 1907 : Être riche.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique