Sa

Sa

France, 1907 : Apocope de Satan, mot que les villageois du Centre craignent de prononcer.

Sa femme (baptisé au nom de)

France, 1907 : Homme plus connu sous le nom de sa femme que sous le sien. Mari d’une femme célèbre ; expression des provinces du Centre.

Sabache

Rigaud, 1881 : Simple, naïf.

Sabache, saboche

France, 1907 : Imbécile, maladroit ; déformation de sabot, même sens.

Cette vieille sabache me poursuivait partout de ses propositions lubrique.

(Les Propos du Commandeur)

Sabbat

d’Hautel, 1808 : Faire sabbat. Pour dire du bruit, du tapage ; faire vacarme, charivari ; gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.

Sabir

Virmaître, 1894 : Bois, forêt. Quelques-uns écrivent : sabri. C’est la finale retournée (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Forêt.

France, 1907 : Jargon hétéroclite des soldats et colons d’Algérie, composé d’arabe, de français, d’italien, d’espagnol, de maltais ; de l’espagnol saber, savoir. On dit généralement petit sabir.

Il nous amusa pendant plus d’une heure avec son comique petit sabir où les chouias, les besefs, les macache bono et les kifkif bourrico se trouvaient en profusion.

(Hector France)

Sable

d’Hautel, 1808 : Avoir du sable dans les yeux. Métaphore qui signifie avoir les paupières lourdes et pesantes ; avoir envie de dormir.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Misère. Être sur le sable, être dans la misère.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bois à brûler.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Estomac.

France, 1907 : Bois à brûler.

France, 1907 : Estomac ; vieux français, d’où sabler, boire. Jeter en sable un verre de vin, le boire d’un trait.

France, 1907 : Sucre.

Sablé

France, 1907 : Sorte de gâteau normand.

Sable (être sur le)

Rigaud, 1881 : Être en disponibilité, dans le régiment des souteneurs. Allusion aux poissons qui ne sont pas précisément à leur aise sur le sable.

La Rue, 1894 : Être dans la misère. Se dit aussi du souteneur qui a perdu sa marmite.

France, 1907 : Être dans la misère ; même sens qu’être dans le lac ; argot des souteneurs.

Sable a passé (le marchand de)

Rigaud, 1881 : Locution à l’adresse des enfants qui marquent leur envie de dormir en se frottant les yeux.

Sable blanc

Delvau, 1866 : s. m. Sel, — dans l’argot des francs-maçons. Sable jaune. Poivre.

France, 1907 : Sel ; argot des francs-maçons.

Sable jaune

France, 1907 : Poivre ; même argot [des francs-maçons].

Sablenaut

France, 1907 : Cordonnier, pour sabrenot.

Sabler

d’Hautel, 1808 : Sabler un verre de vin. Pour dire, boire avec avidité ; avaler à grands traits.

Vidocq, 1837 : v. — Ce terme n’est employé que par les assassins du midi de la France, qui ont l’habitude de remplir de sable une peau d’anguille avec laquelle ils assomment les voyageurs. Ce moyen les dispense de porter des armes capables de les compromettre ; sitôt le crime commis, la peau est détachée, le sable répandu, et tout disparaît ; ils frappent aussi de cet instrument, les traîtres, s’il s’en trouve parmi eux. Les voleurs bordelais se sont long-temps servi de la peau d’anguille remplie de sable, avec laquelle ils ont assommé plusieurs agens de police.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer avec une peau remplie de sable, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tuer, étourdir au moyen d’une peau d’anguille remplie de sable ; procédé employé, paraît-il, du temps de Vidocq. Aujourd’hui MM. les voleurs aveuglent quelquefois leurs victimes en les sablant au tabac, avant de les dépouiller.

La Rue, 1894 : Assommer avec une peau d’anguille remplie de sable.

Virmaître, 1894 : Il est des voleurs qui se servent d’un os de mouton, arme dangereuse, pour estourbir le pante. Cela laisse des traces très faciles à constater. Un autre moyen a été imaginé. On remplit de sable fin, ou de grès pulvérisé, un sac en peau, et on assomme le client avec. Quand on le relève, on le déclare mort d’une congestion ou d’une attaque d’apoplexie (Argot des voleurs).

France, 1907 : Assommer avec une peau pleine de sable.

Sables

France, 1907 : Cellules de prison ; elles sont sèches et arides comme les sables du désert.

Sables d’Étampes

France, 1907 : Sobriquet donne autrefois aux arquebusiers de cette ville. On disait aussi écrevisses d’Étampes.

Sableur, sableuse

France, 1907 : Homme ou femme qui boit beaucoup.

Sablon

Delvau, 1866 : s. m. Cassonade, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Cassonade.

La Rue, 1894 : Cassonnade.

France, 1907 : Cassonnade ; argot populaire.

Saboche

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite, — dans l’argot du peuple.

La Rue, 1894 : Mauvais ouvrier. Homme déplaisant. Niais.

France, 1907 : Imbécile ; mauvais ouvrier ; déformation de sabot.

Saboche (la)

Halbert, 1849 : Homme qui déplaît : terme de mépris employé particulièrement en prison.

Sabocher

Delvau, 1866 : v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.

France, 1907 : Travailler mal ; faire de mauvaise besogne.

Sabord (cour de)

France, 1907 : Examen d’un travail, contrôle ; argot des marins. Le sabord d’un navire en est l’œil ; le coup de sabord, c’est l’œil du maître.

Sabord (jeter un coup de)

Rigaud, 1881 : Vérifier l’ouvrage, — dans le jargon des ouvriers opticiens.

Saborder

France, 1907 : Effaroucher, battre ; argot des marins.

Sabot

d’Hautel, 1808 : On appelle par plaisanterie des sabots, des escarpins de Limoges.
Sabot.
Pour, vaisseau.
Aller dans le sabot. S’embarquer ; s’enrôler sur mer ; partir pour les îles ; prendre la profession de marin.
Elle a cassé son sabot. Se dit d’une fille qui a perdu son honneur ; qui s’est laissé séduire.
Il est venu à Paris en sabots. Se dit d’un homme de basse extraction qui, de pauvre qu’il étoit, est devenu très-riche.

Larchey, 1865 : Navire.

Aller dans le sabot : S’embarquer.

(Vidocq)

V. Sapin. — Allusion de forme.
Sabot : Violon.

Jeune homme ! emparez-vous de ce sabot.

(Dumersan et Varin)

Delvau, 1866 : s. m. Canot, barque, — dans l’argot des voleurs. Aller au sabot. S’embarquer.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime à dormir.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais billard. Signifie aussi Mauvais violon.

Delvau, 1866 : s. m. Toupie plate, — dans l’argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Petit bateau. — Mauvais violon. — Vieille voiture. En général tout vieux meuble, tout objet meublant démodé. — Matériel hors de service.

Rigaud, 1881 : Terme d’imprimerie. Boîte destinée à recevoir les lettres usées qui passeront à la refonte.

Boutmy, 1883 : s. m. Boîte dans laquelle les compositeurs jettent les lettres usées et destinées à être refondues. Par extension, mauvais ouvrier. Dans un autre sens, petit chariot qui sert à transporter les formes.

La Rue, 1894 : Nez. Petit bateau. Voiture. Violon mauvais. Ouvrier maladroit. En général tout ce qui est mauvais.

Virmaître, 1894 : Barque.
— Nous allons embarquer dans le sabot pour la Nouvelle, disent les voleurs.
Dans le peuple on dit d’un homme qu’un coup de canon ne réveillerait pas :
— Il dort comme un sabot.
Allusion à la toupie que les enfants nomment sabot, laquelle ronfle comme un tuyau d’orgue (Argot des voleurs et du peuple).

Rossignol, 1901 : Navire. Le condamné que l’on embarque à l’Île de Ré, pour la Nouvelle-Calédonie, met le pied dans le sabot.

Hayard, 1907 : Bateau.

France, 1907 : Blé mal venu ou dont le grain a été attaqué par les insectes.

France, 1907 : Boîte dans laquelle on apporte les cartes dans les maisons de jeu. Voir Servir un potage.

France, 1907 : Mauvais ouvrier, maladroit.

France, 1907 : Mauvais violon, mauvais billard. Jouer comme un sabot, mal jouer.

France, 1907 : Vaisseau de guerre ou des messageries ; le mot est pris en mauvaise part.

Le médecin voulut l’emmener. Elle refusa et s’assit dans la cambuse parmi les tonneaux. Elle ne bougerait plus de là. Il l’avait assez promenée. Nom de Dieu ! elle le connaissait maintenant, son sacré sabot, mieux que n’importe quel homme du bord. L’avait-elle assez parcouru ! sa robe et ses jupons en témoignent.

(P. Bonnetain, Une femme à bord)

Sabot (casser son)

France, 1907 : Perdre sa virginité ; expression populaire. Dans les provinces du Centre, on dit également d’une femme qui a trompé son mari, qu’elle a cassé son sabot. Changer de sabot se dit aussi ironiquement pour avoir couché avec quelqu’un. En se trompant le matin, on change de sabots. Il faut que la commère ait le pied joliment développé pour prendre les sabots du voisin pour les siens. « Pendant que soun homme est sur les routes pour son commarce, la Michelle a changé de sabots avec son voisin. »

(Comte Jaubert)

Sabot de Vénus

France, 1907 : Espèce d’orchidée. On dit aussi sabot de la Vierge.

Sabot, sabourin

Rigaud, 1881 : Maladroit ; mauvais ouvrier.

Sabotage

France, 1907 : Travail mal exécuté, sans conscience. Nombre d’ouvriers mal payés ne font que du sabotage.

J’ai déjà eu l’occase d’expliquer aux bons bougres ce qu’est le sabotage : c’est le tirage à cul conscient, c’est le ratage d’un boulot, c’est le coulage du patron… Tout ça pratiqué en douce, sans faire de magnes, ni d’épates.
Le sabotage est le petit-cousin du boycottage. Et foutre, dans une kyrielle de cas où la grève est impossible, il peut rendre de sacrés services aux prolos.

(Père Peinard)

Saboter

d’Hautel, 1808 : Faire du bruit avec des sabots ; et, figurément, sabouler, bousiller ; faire quelque chose grossièrement et à la hâte.

Delvau, 1866 : v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Boire à pleins verres, à grandes rasades, — dans le jargon des buveurs. (Blavignac, Hist. des enseignes d’hôtelleries, 1878)

Rigaud, 1881 : Travailler sans goût, abîmer l’ouvrage. Mot à mot : travailler comme un fabricant de sabots.

Virmaître, 1894 : Ouvrage mal fait, gâché. Allusion au sabotier, qui travaille son bois à grands coups de sabre pour l’équarrir. Un ouvrage saboté est bien près d’être un loup (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mal faire un travail est le saboter.

France, 1907 : Travailler sans soin ; gâcher son ouvrage. Argot populaire.

Saboteur

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux que l’on donne à un mauvais ouvrier, qui fait tout à la hâte, et malproprement.

France, 1907 : Ouvrier maladroit.

Sabots (branle des)

France, 1907 : Danse populaire de l’Auvergne où tous les danseurs frappent du pied en même temps. Chaque province avait son branle ; le branle gai était une sorte de ronde dans laquelle les danseurs avaient continuellement un pied en l’air. Le brante des lavandières comprenait à un certain moment un battement de mains imitant le bruit des battoirs des laveuses. La farandole était le branle du Midi, et dans le Morvan c’était la bourrée.

Saboulade

d’Hautel, 1808 : Mercuriale, gronde, gourmade, mauvais traitement en paroles ; propos injurieux et offensant.

Sabouler

d’Hautel, 1808 : Malmener, gronder, brusquer, tourmenter, houspiller quelqu’un ; le maltraiter soit en paroles, soit en actions.
Sabouler de l’ouvrage. Le faire aller grand train ; ne donner aucun soin à son exécution.

anon., 1827 : Incommoder, ou cirer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Frapper.

Bras-de-Fer, 1829 : Incommoder, décroter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Décrotter.

Halbert, 1849 : Incommoder ou crier.

Larchey, 1865 : Battre, cogner. — Vieux mot. V. Roquefort.

Vous me saboulez la tête avec vos mains pesantes.

(Molière, Comtesse d’Escarbagnas)

Je te tanne le casaquin, je te saboule.

(Paillet)

Sabouler : Décrotter. — Sabouleur : Décrotteur (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Décrotter, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple. Signifie aussi : Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne. L’expression a des chevrons :

De ton épé’ tranchante
Perce mon tendre cœur,
Saboule ton amante,
Ou rends-lui son honneur,

dit Vadé dans sa chanson des Gardes françaises.

Rigaud, 1881 : Maltraiter. — Décrotter. — Sabouleur, décrotteur.

La Rue, 1894 : Maltraiter. Décrotter. Laver. Crier.

Virmaître, 1894 : Décrotter. A. D. Sabouler veut dire chasser.
— Je l’ai saboulé de la piaule avec perte et fracas.
On saboule un ouvrier qui ne fait pas l’affaire (ne sait pas travailler) (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Laver son linge est le sabouler. Ce mot veut aussi dire vendre ; vendre un objet qui vous appartient est le sabouler, synonyme de laver.

France, 1907 : Décrotter ; argot populaire.

France, 1907 : Gronder, fouailler, donner des verges au naturel et au figuré ; vieux français.

De ton épée tranchante
Perce mon tendre cœur ;
Saboule ton amante
Ou rends-lui son honneur.

(Vadé)

Saboulette

Virmaître, 1894 : Table de toilette. Elle supporte le savon et les brosses qui saboulent la crasse. C’est ainsi que les voleurs nomment les lavabos communs qui leur servent dans les prisons (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Table de toilette, lavabo de prison. On s’y saboule.

Sabouleur

Delvau, 1866 : s. m. Décrotteur.

France, 1907 : Décrotteur.

Sabouleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — Décrotteur, décrotteuse.

Sabouleux

anon., 1827 : Ceux qui tombent du haut-mal.

Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui tombent du haut mal.

Vidocq, 1837 : Ancien sujet du grand Coësré, qui se mettait un morceau de savon dans la bouche pour simuler celui qui est attaqué d’épilepsie ; on les nomme aujourd’hui Batteurs de dig-dig.

Halbert, 1849 : Ceux qui tombent du mal caduc.

France, 1907 : Faux épileptique ; du vieux provençal sabo, savon, à cause du morceau de savon que ces mendiants imposteurs se mettent dans la bouche pour simuler l’écume de l’épilepsie, Le mot date du XVIIe siècle.

Sabouleux, sabouleuse

Rigaud, 1881 : Faux épileptique, fausse épileptique.

Sabourin

France, 1907 : Maladroit, mauvais ouvrier ; dérivé de sabot.

Sabre

d’Hautel, 1808 : Sabre de bois ! Interjection badine et populaire ; juron dont on se sert pour intimider ou faire peur aux enfans ; ou leur faire croire que l’on est irrité contre eux.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Un bâton.

Larchey, 1865 : Bâton. — Sabri : Forêt. — V. Rebâtir.

Delvau, 1866 : s. m. Bâton, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bâton, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Bâton.

Virmaître, 1894 : Bâton. Sabre : être gris. A. D. C’est sas qu’il faudrait dire. Être sas, être blindé, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.
— Quitte-nous le coude, t’es sas comme une bourrique (Argot du peuple).

France, 1907 : Bâton.

Sabre (avoir un)

Delvau, 1866 : Être gris, — dans l’argot des faubouriens.

Sabre (coup de)

France, 1907 : Grande bouche.

— La gosseline est gentille, mais elle a un fameux coup de sabre, et tu sais le dicton : « Grande bouche, grand… »
— Compris !

(Les Joyeusetés du régiment)

Sabre (joli coup de)

Rigaud, 1881 : Grande bouche.

Sabrée

Vidocq, 1837 : s. f. — Aune.

Sabrenas

d’Hautel, 1808 : Un sabrenas. Pour dire, un mauvais ouvrier ; un gâcheur ; un artisan qui travaille malproprement ; qui ne sait pas son métier. Ce sobriquet s’applique particulièrement aux cordonniers, aux savetiers.

Delvau, 1866 : s. m. Savetier, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Mauvais ouvrier, bousilleur.

La Rue, 1894 : Savetier. Mauvais ouvrier.

Sabrenas, sabreneux

France, 1907 : Propre à rien, gâcheur.

Sabrenas, sabrenot, salbrenaud

Rigaud, 1881 : Savetier, dans le jargon des voleurs. — Mauvais ouvrier.

Sabrenasser

Delvau, 1866 : v. n. et a. Travailler sans goût, bousiller l’ouvrage. On dit aussi Sabrenauder.

Sabrenauder

France, 1907 : Travailler grossièrement ; vieux français.

Sabrenauder et sabrenasser

d’Hautel, 1808 : Gâter, savater de l’ouvrage ; travailler grossièrement, et sans propreté ; faire quelque chose tout de travers.

Sabrenot

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Cordonnier, savetier.

France, 1907 : Savetier ; allusion à son tranchet comparé à un petit sabre. Voir Saberneau.

Sabrer

d’Hautel, 1808 : Sabrer une affaire. La pousser vivement ; la dépêcher sans examen ni précaution.

Halbert, 1849 : Auner.

Delvau, 1866 : v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.

France, 1907 : Remplir une tâche précipitamment et sans soin, comme si on la taillait à coups de sabre.

Sabrer quelqu’un

Merlin, 1888 : Malmener quelqu’un.

Sabreur

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux. En terme militaire, un officier à qui la hardiesse, l’audace et l’emportement tiennent lieu des sages combinaisons du génie ; qui bouleverse impitoyablement tout ce qui se rencontre sur son passage. C’est aussi le nom qu’on donnoit, dans les troubles de la révolution, à ces furieux dont les discours et les mesures ne tendoient qu’à frapper, renverser, détruire.

Halbert, 1849 : Auneur.

Delvau, 1866 : s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.

Delvau, 1866 : s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille vite et mal.

France, 1907 : Militaire agressif et fanfaron.

France, 1907 : Ouvrier maladroit.

Sabreur, traîneur de sabre

Larchey, 1865 : Militaire bruyant, Fanfaron.

Vous me faites pitié, tout sabreur que vous êtes.

(P. Borel, 1833)

Sabri

Ansiaume, 1821 : Bois de chauffage.

C’est un pautre, il tortille avec des louches de sabri.

Vidocq, 1837 : s. — Forêt, bois.

Clémens, 1840 : Bois.

Delvau, 1866 : s. m. Bois, forêt, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Bois, forêt. Voir Sabir. Déformation d’abri ; on s’y abrite ; argot des voleurs.

Sabri, satou

Rigaud, 1881 : Forêt, bois, — dans l’ancien argot. — Sabrieux, voleur de bois.

La Rue, 1894 : Bois. Forêt. Sabrieux, voleur des bois ou brigand des grands chemins.

Sabrieu

Delvau, 1866 : s. m. Voleur de bois.

Sabrieux

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Voleur de bois.

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur des bois.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 / France, 1907 : Voleur de bois.

Sac

d’Hautel, 1808 : Il a pris son sac et ses quilles. Pour dire, il s’en est allé ; il n’a pas demandé son reste ; il a décampé au plus vite.
On dit aussi d’un homme que l’on a congédié, qu’on lui a donné son sac.
Il ne peut rien sortir de bon d’un sac à charbon.
Pour dire que d’un rustre, d’un butor, d’un grossier personnage, il ne faut attendre ni politesse, ni civilité.
Votre affaire est dans le sac. Pour dire, est faite, a réussi, est bâclée.
Un sac à vin. Un ivrogne de profession, un homme qui se laisse abrutir par le vin.
Voir le fond du sac. Pénétrer le secret d’une affaire.
C’est un sac percé. Pour dire, un dissipateur, un dépensier, un prodigue.
Autant pêche celui qui tient le sac que celui qui met dedans. Signifie que les receleurs méritent le même châtiment que les voleurs.

Delvau, 1864 : Le ventre. — On dit d’une femme enceinte : Elle en a plein son sac.

La jeune garce en eut plein son sac.

(Marguerite de Navarre)

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu. Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l’argent. Homme au sac. Homme qui vient d’hériter.

Delvau, 1866 : s. m. Renvoi, congé, — dans l’argot des ouvriers. Avoir son sac. Être renvoyé d’un atelier. Donner son sac. Remercier un patron.

Rigaud, 1881 : Ventre. — Avoir le sac plein, avoir le ventre plein.

La Rue, 1894 : Argent. Congre. Éternuer dans le sac, être guillotiné. Avoir son sac, être ivre.

Virmaître, 1894 : L’affaire est dans le sac, elle est conclue. Être pris en flagrant délit de vol, c’est avoir son affaire dans le sac. Être laide ou jolie, c’est être ou n’être pas dans le sac. Il y a une vieille chanson là-dessus :

Ell’ n’est pas mal
Pour foutre dans l’canal.
Elle est encore mieux
Pour foutr’ dans les lieux. (Argot du peuple).

France, 1907 : Cent francs.

Sac (affaire dans le)

France, 1907 : Affaire faite.

Sac (avoir dans son)

Delvau, 1866 : Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple. N’avoir rien dans son sac. N’avoir pas de ressources d’esprit ; être sans imagination, sans talent. Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d’une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

Sac (avoir le)

Larchey, 1865 : Avoir de l’argent.

A-t-elle le sac ? — Cela veut dire en langage des halles : A-t-elle de l’argent ?

(G. de Nerval)

Donner le sac : Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.
En avoir plein le sac : Être complètement ivre.

Laissons-le reposer, il en a plein son sac.

(Chenu)

Mettre dans son sac : Dévorer un affront sans pouvoir le venger. — V. Raccourcir.

Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac.

(E. Sue)

Sac-à-papier : « À l’ouvrage, messieurs ! Sac-à-papier ! on ne fait rien ici. » — Balzac.
Juron bon pour exprimer l’ennui d’être dans une situation embrouillée. Un sac-à-papier se disait autrefois de la réunion de toutes les pièces d’un procès celles-ci se plaçaient dans un sac de toile.

Rigaud, 1881 : Avoir de l’argent. C’est le contenant pris pour le contenu. On dit également : Être au sac.

Virmaître, 1894 : Posséder beaucoup d’argent.
— Il a un fort sac.
— Il est au sac.
Avoir un sac dans lequel il y a une mauvaise pierre, c’est être condamné par les médecins (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Être riche.

France, 1907 : Être riche ; posséder un bon sac d’écus.

— Sont-ils tout de même assez veinards, ces fils du Prophète, d’avoir le sac, qui leur permet de s’embarrasser de plusieurs femmes, et puis aussi — et surtout — d’avoir encore le sac qui leur permet de s’en débarrasser !

(Henri Second)

Sac (avoir le) ou être saqué

Boutmy, 1883 : v. Avoir de l’argent, être riche. On dit encore dans le même sens : être au sac.

Sac (cracher dans le)

France, 1907 : Être guillotiné.

Sac (déployer son)

Merlin, 1888 : Raconter des balivernes.

Sac (donner à quelqu’un son)

Rigaud, 1881 : Renvoyer quelqu’un. Pour donner plus de force à l’expression les ouvriers ajoutent : Avec une forte paire de bretelles.Avoir son sac, être renvoyé de l’atelier. On disait autrefois : donner à quelqu’un son sac et ses quilles, pour congédier, casser aux gages.

Si je n’obéis point, j’ai mon sac et mes quilles.

(Boursault, Poésies)

Sac (en avoir son)

Fustier, 1889 : Ne plus pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose.

Entre nous, le mari d’Emma ! j’en ai mon sac !

(Cadol, La colonie étrangère)

France, 1907 : En avoir assez, en être las, comme quelqu’un qui porte un sac trop lourd.

J’en ai mon sac, moi, d’mon épouse ;
Mince d’crampon ; j’y trouv’ des ch’veux,
C’est rien de l’dire. C’que j’me fais vieux !
Par là-d’sus Madame est jalouse !

(André Gill, La Muse à Bibi)

Sac (en avoir un)

Rossignol, 1901 : Être bête est en avoir un sac.

Sac (éternuer dans le)

Rigaud, 1881 : Être guillotiné. — Variante : Cracher dans le sac.

Sac (être dans le)

Rigaud, 1881 : Avoir perdu à un jeu quelconque. Il faut payer, vous êtes dans le sac. — Signifie encore avoir fait de mauvaises spéculations, s’être ruiné. — Une affaire est dans le sac, lorsqu’elle est terminée bien ou mal, lorsqu’on n’en parle plus.

France, 1907 : Se dit d’une femme laide, bonne à mettre dans un sac.

Sac (être ou n’être pas dans le)

Delvau, 1866 : Être laide ou jolie. Argot des faubouriens. Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille :

Ell’ n’est pas mal
Pour foutr’ dans l’canal.

Sac (mettre dans son)

France, 1907 : Dévorer un affront.

Sac (n’être pas dans son)

France, 1907 : Être mal dans ses affaires, se mal porter. « Je ne suis pas dans mon sac aujourd’hui. »

Sac (un)

Rossignol, 1901 : 1000 francs.

anon., 1907 : Mille francs.

Sac à charbon

Fustier, 1889 : Prêtre, — dans l’argot des voyous.

Le prêtre qui tout à l’heure leur a lit entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique, ils le rencontrent ; du coin d’un carrefour, ils crieront : couac, l’appelleront corbeau ou, d’un mot plus à la mode en ce moment : sac à charbon.

(Figaro, août 1884)

Rossignol, 1901 : Celui qui porte une Soutane.

Sac à malice

Merlin, 1888 : Sac renfermant les brosses, la patience, le fil, les aiguilles, etc.

France, 1907 : Trousse, petit sac du troupier contenant les objets et ustensiles nécessaires à la propreté et à l’entretien de ses effets.

Le capitaine s’attachait surtout aux sacs à malice ; il en passait l’inspection au moins deux fois par semaine ! « Sans trousse complète, disait-il souvent, pas de bon soldat possible, pas de hussard ficelé ! »

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)

Sac à merde

Virmaître, 1894 : Le ventre. L’image n’est pas propre, mais elle exprime bien le fait. On se souvient de ce général du premier Empire à qui Napoléon avait recommandé le plus grand silence à un grand dîner. Le général se tint coi, comme il l’avait promis, mais au dessert il ne put résister, il frappa sur le ventre de son voisin, un archiduc, en lui disant :
— Eh bien ! mon vieux, maintenant que t’as bien mangé, y en a beaucoup là-dedans ? (Argot du peuple).

France, 1907 : Le ventre.

Sac à olives

France, 1907 : Testicules.

Sac à os

Rigaud, 1881 : Individu très maigre.

Virmaître, 1894 : Femme maigre. On dit dans le peuple : — On peut lire son journal au travers. Il y eut longtemps, il y a une trentaine d’années, une femme diaphane qui se faisait voir dans une baraque à la foire aux pains d’épices. Le pitre pour exciter la foule à entrer, disait :
— Avec une chandelle, on peut lui compter les côtes (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme maigre.

Sac à plâtre

Rossignol, 1901 : Un enfant au maillot ; c’est la taille et la forme d’un sac à plâtre.

Sac à puces

Rigaud, 1881 : Chien. Les puces font élection de domicile sur les chiens.

anon., 1907 : Lit.

Sac à tripes

France, 1907 : Ventre.

Sac à viande

Merlin, 1888 : Définition réaliste de la chemise.

Rossignol, 1901 : Chemise.

Sac à vin

Virmaître, 1894 : Ivrogne pour qui toutes les boissons sont bonnes. Mot à mot : il engloutit tous les liquides dans son sac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui en boit beaucoup.

France, 1907 : Ivrogne. C’était autrefois le sobriquet des Angevins.

En avants deux ! Ô vous qu’on nomme
Chair à canon et sac à vin ;
Va-nu-pieds et bêtes de somme,
Traîne-misère et meurt-de-faim,
En avant deux et que tout danse
Pour équilibrer la balance.

(J.-B. Clément)

Sac au dos

Rossignol, 1901 : Bossu.

Sac au lard

Delvau, 1866 : s. m. Chemise, — dans l’argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais : flesh-bag, disent ceux-ci.

France, 1907 : Chemise.

Sac d’os

Rossignol, 1901 : Personne maigre qui n’a que les os.

Hayard, 1907 : Personne maigre.

Sac de pommes de terre

France, 1907 : Protubérance musculaire sur le biceps.

Un jeune homme frêle et charmant dans une veste de chasse dont le coutil laissait apercevoir aux biceps le sac de pommes de terre du savetier.

(Edmond de Goncourt, La Fille Élisa)

Sac et de corde (homme de)

France, 1907 : Homme méprisable, capable de tous les forfaits. An moyen âge, l’on enfermait les malfaiteurs ou les ennemis du pouvoir dans un sac lié par le haut et on les jetait dans la rivière avec ces mots écrits sur de sac : « Laissez passer la justice du roi. » Les moins coupables étaient pendus. De là l’expression : être digne du sac ou de la corde.

Sac mouillé (se couvrir d’un)

France, 1907 : Ne pas avouer ses torts, se servir d’excuses frivoles pour cacher ses fautes, comme si, dit un vieil auteur, l’on se mettait un sac mouillé sur la tête pour se garantir de la pluie.

Sac plein

France, 1907 : Ventre garni d’un enfant.

Sac plein (avoir le)

Delvau, 1866 : Être complètement ivre. Se dit aussi à propos d’une Femme enceinte.

Virmaître, 1894 : Être ivre. A. D. Avoir le sac plein se dit d’une femme sur le point d’accoucher (Argot du peuple). N.

Sac-à-papier !

Delvau, 1866 : Juron bourgeois, qui marque l’ennui qu’on éprouve, l’embarras dans lequel on se trouve.

Sac-à-vin

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot du peuple. C’est le guzzle anglais.

Rigaud, 1881 : Ivrogne incorrigible. Ordinairement la femme du sac-à-vin est une paillasse à coups de poing.

Sac-au-dos

France, 1907 : Séminariste. Cette expression date de l’époque où les élèves des séminaires durent subir la loi militaire.

Le Capitaine. — Pourquoi tu ne sors jamais le dimanche ?
Varon. — Parce que… mon…
Le Capitaine. — C’est un vœu ?
Varon. — Non, mon cap…
Le Capitaine. — Alors ? T’as donc pas une Jeannette en ville ?
Varon. — Non, non cap’taine…
Le Capitaine — Non ? T’es une emplâtre, un navet ! Je te fais pas mes compliments. Et pourquoi ça t’as pas de bonne amie ?
Varon, — Parce que, mon cap…
Le Capitaine. — Hé ?
Varon. — Ça m’est défendu !
Le Capitaine. — Défendu ? T’es pas malade ?
Varon. — Non, mon capitaine. C’est pas pour ça.
Le Capitaine. — Pourquoi ? Allons ! Avoue. Je sens qu’il y a une saleté là-dessous.
Varon, fermement. — Je suis séminariste, mon capitaine.
Le Capitaine, abasourdi. — Ah… tu… oh !… Ah ! tu es sémina… Tiens… tiens… (Un silence.) Ainsi, vous êtes un sac-au-dos ?…
Varon. — Oui, mon capitaine.

(Henri Lavedan)

Sac-au-lard

Rigaud, 1881 : Chemise.

Sacard

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme à son aise, ayant le sac.

France, 1907 : Individu qui a le sac, qui est riche ; argot populaire.

France, 1907 : Nom donné autrefois en Bourgogne à des gens de sac et de corde, qui en temps de peste s’offraient pour enterrer les pestiférés et qui volaient tout ce qui leur tombait sous la main dans les maisons où ils pénétraient.

Saccade (avoir la)

France, 1907 : Se disait autrefois d’une femme accolée par un homme.

Et les moines, quelle chère font-ils ? Le cor Dieu, ils biscotent vos femmes ce pendant qu’estes en romivage (pélerinage). — Hin hen, je n’ai pas paour de la mienne, car qui la voirra de jour, ne se rompra ja le col pour l’aller visiter la nuict. — C’est, dist le moine, bien rentré de piques. Elle pourroit être aussi laide que Proserpine, elle aura par Dieu saccade puis qu’il y a moines autour.

(Rabelais, Gargantua)

Saccagné

France, 1907 : Petit canif très effilé et à pointe recourbée dont se servent les pickpockets pour couper du même coup le vêtement et la poche de la personne qu’ils veulent voler.

Sachet

Fustier, 1889 : Bas, chaussette.

Sachets

France, 1907 : Bas, chaussettes. Euphémisme faisant allusion à l’odeur.

Sachette

France, 1907 : Évaporée ; provincialisme.

C’est une folle, une sachette
Qui court par la rue en chausson
Et qui vous prépare en cachette
Quelques bons tours de sa façon.

(Jacques Rédelsperger)

Sachot

France, 1907 : Petit sac en toile dont se servent les pâtres des campagnes du Centre pour emporter leur goûter.

Sacoche à jeun

France, 1907 : Bourse vide.

Sacoulère

France, 1907 : Femme dont les poches sont toujours bourrées de différents objets.

Sacqualalignette

France, 1907 : Sobriquet des cordonniers en Bretagne ; littéralement, sacquer de ligneul. On les y surnomme aussi bouifs et cupécés.

Sacqué

Rigaud, 1881 : Chiffonnier qui se sert d’un sac en guise de hotte.

Sacqué (être)

Delvau, 1866 : Avoir de l’argent.

France, 1907 : Être riche, avoir le sac.

Sacquer

Delvau, 1866 : v. a. Congédier, renvoyer, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Donner le sac. Sacquer un bœuf. Renvoyer un ouvrier, — dans l’argot des tailleurs.

Rigaud, 1881 : Congédier. — Réprimander avec menace de perte d’emploi.

Si vous continuez à me houspiller de la sorte, je vous ferai sacquer par le patron.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Voir Saquer.

Sacre

anon., 1827 : Argent.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Sergent.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Argent.

Halbert, 1849 : Sergent.

France, 1907 : Agent de police ; argot des voleurs.

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

Sacré

d’Hautel, 1808 : Le peuple joint souvent cet adjectif à un substantif, pour lui donner plus de force, et par manière de jurement, d’imprécation et de mépris.
Ainsi, pour désigner un lâdre, un avare, un égoïste, un crasseux au dernier degré, il dit : C’est un sacré vilain.
Du sacré chien tout pur.
Pour dire, du fil en trois, de l’eau-de-vie piquante et d’un degré très élevé.
On désigne aussi cette liqueur sous le nom de rude ; et lorsqu’on invite quelqu’un à prendre un petit verre, on lui demande, préalablement s’il désire, du rude ou du doux ; ce dernier mot ne s’applique qu’aux liqueurs huileuses, sucrées et agréables à boire.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sergent d’armes, archer du moyen-âge.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Sacré chien

Larchey, 1865 : Eau-de-vie.

Vous nous râperez le gosier avec le trois-six et le sacré chien dans toute sa pureté.

(Th. Gautier, 1833)

Les voilà parties chez Caplaine où elles demandent un demi-septier de sacré chien.

(Vadé, 1788)

Avoir le sacré chien : Avoir le génie, l’esprit de son art. — Équivoque sur le mot précédent. — V. Chien.

Delvau, 1866 : s. m. Feu sacré, — dans l’argot des rapins et des cabotins. Avoir le sacré chien. Jouer d’inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple. On dit aussi Sacré chien tout pur.

Sacré lien

France, 1907 : Le mariage, les nœuds de l’hyménée ; pour beaucoup, c’est un sacré lien ; ne pas confondre avec lien sacré.

Une femme est toujours aimable
Tant qu’on n’est pas uni par le sacré lien ;
L’usufruit en est agréable,
La propriété n’en vaut rien.

Sacré-chien

Larchey, 1865 : Eau-de-vie. — Dans le monde artistique le sacré-chien, c’est le sentiment de l’art, c’est le feu sacré. — On dit dans le même sens : Il a du chien. Allusion à l’eau-de-vie.

France, 1907 : Eau-de-vie très forte, autrement dit tord-boyaux.

Vous vous râperez le gosier avec du rhum et du rack, avec le trois-six et le sacré-chien dans toute sa pureté, tandis qu’ils se l’humecteront avec les onctueuses liqueurs des îles.

(Théophile Gautier)

Sacré-matin

France, 1907 : Sobriquet que les verriers donnent aux bourgeois et en général aux gens étrangers à l’art de la verrerie, sans doute à cause de cette exclamation sacré matin ! constamment répétée par les visiteurs qui assistent aux dangereux et durs travaux des verriers.

Il plumait sans remords un sacré-matin à l’écarté ou prenait sans vergogne la femme d’autrui ; mais il était pitoyable aux faibles et aux malheureux, doux aux petits ; on ne faisait jamais en vain appel à sa bonté, et il se serait tué plutôt que manquer à une parole donnée.

(André Theuriet)

Sacrebleu !

d’Hautel, 1808 : Sacredié ! Sacrelote ! Sacristie ! Saprebleu ! Sapristie ! Interjections basses et vulgaires ; espèce de juremens qui expriment la surprise l’étonnement, le regret, le dépit, le mécontente ment ; et qui équivalent à morbleu ! tubleu ! tu dieu, etc.

Sacrécœurer

France, 1907 :

Mais on était chouette en c’temps-là,
On n’sacrécœuroit pas sur la
Butt’ déserte.
E’j’ faisais la Cour à Nini,
Nini qui voulait fair’ son nid
À Montmerte !

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Sacrement

Larchey, 1865 : Sacrement du mariage.

Oscar m’offrit le sacrement.

(Festeau)

Delvau, 1866 : s. m. Le mariage, — dans l’argot du peuple. Offrir le sacrement. Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.

Sacrer

Delvau, 1866 : v. n. et a. Affirmer.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Affirmer.

Sacrifice

Delvau, 1864 : Fouterie désintéressée et — toujours intéressante.

La compagnie qui, pendant notre sacrifice, avait gardé un profond silence, me complimenta de l’hommage que mes charmes avaient reçu par la double décharge que j’avais subie dans une seule jonction.

(Mémoires de miss Fanny)

J’étais trop jeune encore pour multiplier les plus doux sacrifices.

(Pigault-Lebrun)

Sacristain

Vidocq, 1837 : s. m. — Mari ou amant d’une Macquecée.

Larchey, 1865 : Mari de maquerelle (Vidocq). V. Marlou.

Delvau, 1866 : s. m. Mari de l’abbesse du couvent des S’offre-à-tous, — dans l’argot des filles.

Rigaud, 1881 : Mari, amant d’une matrone de maison de tolérance, — dans l’ancien jargon du peuple.

La Rue, 1894 : L’homme de la matrone d’une maison autorisée.

Virmaître, 1894 : Maître d’une maison de tolérance. Mot à mot : il est le sacristain de l’abbaye dont sa femme est l’abbesse, puisque c’est elle qui, d’après le règlement, est la propriétaire du livre (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Tenancier d’un lupanar.

Sacristi !

Delvau, 1866 : Juron de l’argot du peuple. Il dit aussi Cristi ! Les bourgeois, eux, disent Sapristi ! — ce qui les éloigne un peu de l’étymologie (sacrarium.)

Sacristie

Rigaud, 1881 : Lieux d’aisances, dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Lieux d’aisances ; argot populaire.

Sacristie (pou de)

France, 1907 : Dévot, cagot. Le dévot est le pou, la dévote est la punaise… quand elle est vieille, s’entend. Tant qu’elle est jeune et jolie, c’est une colombe ou une douce brebis du Seigneur.

Les poux de sacristie ont trouvé une sorte de plaisanterie extra-topique. Quand ils ont un surcroit d’absinthe sur la conscience (c’est-à-dire l’estomac), ils cultivent un brin de poésie. Ils s’amusent à fabriquer des chansons atroces, épouvantables ; puis ils prétendent les avoir reçues par la poste et les publient pour terroriser les deux douzaines de gâteux auxquels ils envoient leur journal gratis.

(L’Évènement, nov. 1877)

Sacs à charbonnier, l’un gâte l’autre

France, 1907 : Les sens sales se salissent mutuellement, les vicieux se communiquent leurs vices.

Saffre

Ansiaume, 1821 : Gourmand.

C’est un saffre qui tortilleroit le diable.

France, 1907 : Gourmand ; argot populaire. Vieux français.

Saffrerie

Ansiaume, 1821 : Gourmandise.

Il a eu la saffrerie de tortiller un jésuite.

Safran

Delvau, 1866 : s. m. Jaunisse conjugale, — dans l’argot des bourgeois. Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d’un autre homme, ou sa femme en faveur d’une autre. On dit aussi Vouer au jaune.

Virmaître, 1894 : Mari trompé, voué au jonquille comme on voue les enfants au bleu. On dit aussi d’un mari dans ce cas :
— Il a la jaunisse toute l’année (Argot du peuple).

France, 1907 : Jaunisse. Accommoder son mari au safran, le cocufier ; allusion à la couleur jaune du safran. Avoir mangé du safran, rire souvent à propos de rien, allusions à une croyance populaire attribuant au safran la propriété de dilater le cœur et d’obliger à ouvrir la bouche pour respirer.

Safran (accommoder au)

Larchey, 1865 : Faire une infidélité conjugale. Le safran est jaune et cette couleur passe pour celle du cocuage. — V. Rebâtir.

Je ne suis pas fâché qu’elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV.

(E. Augier)

Safran (aller au)

Rigaud, 1881 : Dissiper sa fortune.

La Rue, 1894 : Dissiper son bien.

Safran (John)

France, 1907 : Sobriquet donné aux Chinois par les Américains.

Les Chinois, « créatures à queue de cochon », ainsi qu’ils les qualifient, ils ne se contentent pas de les maltraiter ; à l’occasion, ils les massacrent pour les voler et les dépouiller, et les tribunaux absolvent toujours ces assassins.
« Le Chinois — John Safran, la peste Jaune — ne doit pas être considéré comme un être humain, mais comme de la vermine. » Voilà encore un de leurs principes et de leurs axiomes.

(Albert Cim, Émancipées)

Safraner

d’Hautel, 1808 : Avoir le visage safrané. C’est à-dire, jaune comme du safran.

Safranier

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux, pour dire, homme de néant, malotru, misérable, vaurien ; qui est dans la plus grande indigence, dans un état pitoyable.

France, 1907 : Homme ruiné.

Safre

d’Hautel, 1808 : Pour, avide, goulu, glouton, vorace.

Sage

d’Hautel, 1808 : Sage comme une image. Se dit par plaisanterie en parlant d’un enfant qui, contre son ordinaire, se tient tranquille et paisible.

Sage comme une image

Delvau, 1866 : adj. Extrêmement sage, — c’est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.

Sagouin

d’Hautel, 1808 : Pour, dégoûtant, malpropre, crasseux, saligaud.
On dit aussi sagouine, au féminin, et dans le même sens.

Delvau, 1866 : s. m. Homme malpropre, grossier, — dans l’argot du peuple, qui calomnie les callitriches. Vilain sagouin. Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fichent pas le moins du monde.

Sagouin, sagouine

France, 1907 : Homme ou femme malpropre, allusion au singe de ce nom.

J’ai de féroces besoins
D’aller embrasser sa femme,
Fût-elle entre les sagouins
Les plus immondes, infâme.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Saigne-nez

France, 1907 : Mille-feuille, appelée ainsi par les petits campagnards qui se fourrent des feuilles de cette plante dans le nez et se frappent les mains jusqu’à ce que le sang coule.

Saignée

d’Hautel, 1808 : Selon le bras la saignée. Signifie qu’il faut proportionner ses dépenses à ses recettes ; et que, quand on établit une taxe, un emprunt, il faut avoir égard à la fortune de ceux qu’on impose.

Saignement de nez

Rigaud, 1881 : Interrogatoire. — Faire saigner du nez, interroger.

La Rue, 1894 : Interrogatoire.

France, 1907 : Comparution d’un prisonnier devant un magistrat. Faire saigner du nez, interroger ; argot des malfaiteurs.

Saigner

d’Hautel, 1808 : Saigner du nez. Manquer de résolution, de courage, quand il s’agit d’exécuter quelque chose que l’on s’étoit vanté de faire.
Se saigner. Faire de grands sacrifices pour quel qu’un.

Delvau, 1866 : v. a. Blesser quelqu’un volontairement, le tuer même, — dans l’argot des prisons.

Delvau, 1866 : v. a. Emprunter de l’argent, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée. Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte. On dit aussi Faire une saignée blanche.

La Rue, 1894 : Assassiner.

Virmaître, 1894 : Emprunter de l’argent à quelqu’un. Mot à mot : faire une saignée à son porte-monnaie ou à son coffre-fort. Faire une saignée blanche : ce n’est pas un médecin qui est chargé de faire cette opération à moins que ce ne soit une doctoresse (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Synonyme de buter. Cette expression est généralement employée par les bouchers qui conservent dans la vie les habitudes de l’abattoir (Argot des bouchers).

Rossignol, 1901 : Avoir de la peine.

J’ai dit à Jules que sa femme le trompait, je l’ai fait saigner.

Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Assassiner.

Saigner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Donner de l’argent, — qu’on en doive ou non. Se saigner à blanc. S’épuiser pour fournir aux dépenses d’un enfant ou d’une maîtresse.

Saigner aux quatre veines (se)

France, 1907 : S’imposer des privations pour quelqu’un. C’est l’habitude des mères de se saigner aux quatre veines pour leurs fils qui les payent parfois en ingratitude.

Toute pâlotte en sa robe noire, ses cheveux blonds décolorés par l’anémie des miséreux, mais frisottés sur le front et noués bas sur la nuque, elle inspira un goût à son chef de rayon, qui se l’offrit.
On me se défend pas longtemps quand il faut garder sa place pour manger.
Lorsqu’il la vit enceinte, le chef la remplaça. C’est à l’hospice qu’elle mit au monde un misérable gosse à moitié déformé par le buse du corset désespérément serré pour dissimuler la grossesse interdite.
Puis, elle se saigna aux quatre veines — comme dit le peuple en ses locutions imagées — pour envoyer son petit en nourrice à la campagne, proche Paris.

(Marco, Le Journal)

Saigner du nez

Halbert, 1849 : Abandonner.

Larchey, 1865 : Rester sans combattre. — Mot à mot : saigner du nez au lieu de saigner du bras.

Sa grande colère de voir que les sans-culottes saignent du nez quand il faut frapper.

(1793, Hébert)

France, 1907 : Avoir peur, manquer de courage. Quand il s’agit de marcher à l’ennemi les poltrons trouvent quelque prétexte pour rester en arrière, tel qu’un subit saignement de nez.

Quand quelqu’un a l’âme poltronne,
À tout bruit il tremble et s’étonne,
À tout coup il saigne du nez.

(Scarron)

Sain

d’Hautel, 1808 : Sain comme l’œil à Picolet. Se dit par raillerie d’un homme qui est rempli d’humeurs et d’infirmités.
Cette année, les maladies ne sont pas saines. Se dit pour se moquer de ceux qui s’efforcent de prouver une chose évidente, et que l’on ne leur conteste pas.

Saindhomme

La Rue, 1894 : Tabac. Refiler un saindhomme, frapper.

Saindom

France, 1907 : Tabac. Voir Saint-Dome.

Saint

d’Hautel, 1808 : Découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul. Ôter à l’un pour donner à l’autre ; commettre une injustice.
Faire la Sainte n’y touche. Faire l’hypocrite ; le tartuffe.
On dit, dans le même sens, C’est un petit saint de bois.
Saint-Crépin.
Tout ce qui constitue les outils d’un cordonnier ; comme on appelle Saint-Jean les outils d’un imprimeur ; tel que le composteur le tablier, la pointe, le visorium, le marteau, etc., etc. Figurément, le patrimoine d’un pauvre homme ; tout ce qu’il possède, synonymes de Saint-Frusquin, Voy. Frusquin.
Il ne sait plus à quel saint se vouer. Pour il ne sait plus quel parti prendre ; quel remède apporter à un mal.
On dit par ironie de deux personnes qui sont toujours ensemble, que c’est Saint-Roch et son chien.

Saint (lever l’offrande à un)

France, 1907 : Expression des campagnes du Centre venant de la coutume encore existante dans nombre de villages de porter l’argent d’une messe, pour une personne en danger de mort, à un saint qui passe pour guérir la maladie dont est atteint le moribond. Quand l’église où la chapelle du saint miraculeux n’est pas dans la localité où se trouve dans une localité trop éloignée, on lève l’offrande au saint, c’est-à-dire qu’on donne à un pauvre l’argent qu’on destinait à l’église, ce qui ne fait pas rire M. le curé.
Les dictons sur les saints sont très nombreux : en voici quelques-uns :

À chaque saint sa chandelle.
Il n’est si petit saint qui ne veuille sa chandelle.
À petit saint, petite offrande.
Comme on connait les saints, on les honore.
Ne savoir à quel saint se vouer.
Quand Dieu le veut, le saint ne peut.
Tel saint, tel miracle.
Le saint de la ville n’est point adoré (Nul n’est prophète en son pays).
Un saint de carême (Un homme qui se cache).

Saint (manger le)

France, 1907 : Faire la fête gastronomique en l’honneur d’un saint, ce qu’on appelle en Lorraine la fête du pot. Quand celle-ci tombe un jour de la semaine, on mange le saint le dimanche suivant. À l’exception de saint Nicolas, on ne fête aucun saint en semaine.

Saint Antoine (compagnon de)

France, 1907 : Cochon.

Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.

(Semiane)

Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.

Saint Barnabé

France, 1907 : Ce saint a la spécialité des pluies. Soit avant sa fête, soit après, il amène les fortes ondées. Son camarade céleste Michel détient la même spécialité. Voir Saint Michel.

Saint Bélitrou

France, 1907 : Saint imaginaire du Midi dont la fête tombe le lendemain de toute fête locale, pour donner raison au proverbe : « Pas de fête sans lendemain. »

Saint Colomban (avoir l’haleine de)

France, 1907 : Posséder de vigoureux poumons. Ce dicton tombé en désuétude fait allusion à une légende que voici. Ce pieux personnage convoqua à un sermon les habitants de Zurich, sur les bords du lac de ce nom. Les Zurichois, prévoyant sans doute que ce serait long et ennuyeux, apportèrent de grandes cuves pleines de bière, afin d’écouter plus patiemment le sermon. Colomban indigné enfla ses joues et souffla sur les cuves qui éclatèrent aussitôt comme des bulles de savon !

Saint Cosme (boutique de)

France, 1907 : Officine de médecin. Saint Cosme exerçait la médecine et l’on disait de ceux qui allaient chez le médecin qu’ils heurtaient à la boutique de saint Cosme. Ce dicton est tombé en désuétude.

Saint de carême

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.

Saint Denaille

Delvau, 1866 : n. de l. Saint-Denis, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Saint Denis.

Saint Dome

Rigaud, 1881 : Tabac à fumer, — dans le jargon des ouvriers. C’est une abréviation de Saint-Domingue, la patrie du tabac.

Saint Hareng

France, 1907 : Surnom donné autrefois au hareng. Dans le XVe siècle, il parut un petit poème sur la vie de saint Hareng, glorieux martyr, où, sous le voile d’une assimilation très hardie pour époque, où y donne des détails culinaires assez curieux sur le parti qu’on tirait alors de ce poisson :

Entre Boulogne et l’Angleterre
Fut pris le corps de saint Hareng
Qui souffrit plus que saint Laurent,
À Dieppe son corps fut porté,
Puis il fut mis en la fumée,
Pendu en guise de larron,
Et depuis mangé au cresson,
Au vinaigre, à la moutarde.
Tout est gracieux et courtois,
Qu’on le mange avec des pois ;
Et les bonnes gens de village
En font souvent de bon potage ;
C’est grand pêché que saint Hareng
Soit martyr aussi souvent.

(Aulagnier, Dict. des aliments et des boissons)

Saint Hubert (médaille de)

France, 1907 : Pièce de cinq francs.

Saint Jean (être de la)

France, 1907 : Être de mauvaise qualité. C’est de la saint Jean, ça ne vaut rien ; allusion à l’état lamentable dans lequel se trouvait saint Jean-Baptiste.

Saint Jean Bouche-d’or

Delvau, 1866 : s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.

Saint Jean le Rond

Delvau, 1866 : s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

Saint Jean-Baptiste

Delvau, 1866 : s. m. Cabaretier, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion à l’eau baptismale que l’on ajoute au vin pour le rendre digne d’être bu par des chrétiens.

Saint Jean-bouche d’or

France, 1907 : Homme éloquent, insinuant, flatteur, doreur de pilules ; allusion à saint Jean Chrysostome, en grec Bouche d’or.

Saint Lâche

Delvau, 1866 : s. m. Le patron des paresseux.

Saint Laze

Delvau, 1866 : Apocope de Saint-Lazare, prison de femmes, — dans l’argot des voyous.

Saint Luc

France, 1907 : Voir Oiseau.

Saint Mathurin (colique de)

France, 1907 : Folie. Saint Mathurin est devenu le patron des fous parce que l’on fait dériver son nom du grec mataios, qui signifie fou. « Il est fol, il doit une belle chandelle à saint Mathurin », dit Cyrano de Bergerac, dans le Pédant joué. Envoyer quelqu’un à saint Mathurin avait la même signification que l’expression moderne envoyer à Charenton, et l’on disait ironiquement que les fous étaient atteints de la colique de saint Mathurin.

Saint Michel (traquenard de)

France, 1907 : Le diable. Être monté sur le traquenard de saint Michel, c’est être emporté par le diable ; allusion au diable que l’archange de ce nom tient sous ses pieds. Saint Michel est préposé aux pluies, de concert avec Barnabé : « Pluye de saint Michel, soit devant, soit derrière, ne demeure au ciel », dit un vieux dicton. Voir Saint Barnabé. Autre dicton sur saint Michel :

À la Saint-Michel,
La bécasse tombe du ciel.

(Fin septembre viennent les bécasses.)

Saint Pansard

France, 1907 : Patron imaginaire des goinfres. Il était connu de Rabelais : « Aulcuns enfloyent par le ventre, et leur ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne. Et de cette race nasquit saint Pansard. » Dans le Midi, on appelle Saint Pansard au mannequin représentant le carnaval et qu’on va noyer le mercredi des Cendres. C’est aussi le sobriquet qu’on applique aux ventrus.

Saint Père

Delvau, 1866 : s. m. Tabac à fumer, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Saint Pierre (hardi comme un)

France, 1907 : Poltron. Allusion à la conduite de cet apôtre de Jésus qui renia trois fois son maître devant une servante.

Saint Pierre (oiseau de)

France, 1907 : Le coq. Il chante trois fois après le reniement du disciple couard.

Saint Rabouni

France, 1907 : Protecteur des épouses malheureuses et maltraitées, car il est doué par le Père Éternel de la vertu de rabounir, radoucir les maris cruels, jaloux, brutaux. Ce saint est fort invoqué par les vigneronnes des provinces du Centre dont les maris ne sont pas, paraît-il, des modèles de patience et de douceur.

On sait l’histoire plaisante de celle qui s’était bornée à prier saint Rabouny d’amender le sien, n’osant laisser aller son vœu plus loin. Comme elle vit mourir ce mauvais garnement peu de temps après, elle s’écria en pleurant… de joie : « Oh ! le bon saint ! le bon saint ! il accorde plus qu’on ne lui demande. »

(M. Guitard, Proverbes sur les femmes)

Saint Roch et son chien

France, 1907 : Se dit de deux personnes qu’on voit toujours ensemble, de deux amis inséparables. On sait que saint Roch est représenté avec un chien,

Saint Sacrement (et tout le)

Delvau, 1866 : C’est l’et cætera de l’argot du peuple : Il comprend tout — et une foule d’autres choses.

Saint Taupat

France, 1907 : Plaisanterie des catholiques sur les protestants : les premiers supposent que ceux-ci, assemblés un jour près d’un cimetière, voient une tête de mort rouler d’elle-même sur le sol ; ils crièrent : miracle ! une taupe en sortit. Alors le ministre aurait dit « Mes frères, nous n’avions pas de saints ; en voici un : ce sera saint Taupat. »

(P. Jonain, Dictionnaire du patois saintongeais)

Saint Thibaud de la loupe qui ne maudit ni n’absoud

France, 1907 : La Loupe est un bourg du département d’Eure-et-Loir qui jouit, ou du moins jouissait de cette singulière particularité que les miracles y sont inconnus. Le patron est saint Thibaud, et du 1er janvier à la Saint-Sylvestre il y chôme. On ne hui adresse point de vœux pour être heureux ou pour éviter d’être malheureux, parce que, de mémoire de paysans, il n’a jamais manifesté ni en bien ni en mal son influence dans la paroisse. De là naquit dans le Perche ce dicton appliqué à tous ceux qui ne peuvent être ni utiles ni nuisibles : Ils sont comme saint Thibaud de la Loupe, ils ne maudissent ni n’absoudent.

Saint Trottin

France, 1907 : Patron imaginaire que l’on donne dans le Midi aux excursionnistes.

Saint-Ambroise (mal)

France, 1907 : Jambes torses ou cagneuses ; on va présenter dans une chapelle dédiée à ce saint les enfants atteints de cette infirmité. Superstition du Béarn.

Saint-André (rêve de la)

France, 1907 : C’est une croyance populaire qui existe en Alsace et dans presque toute l’Allemagne que le 29 novembre, fête de saint André, la jeune fille verra pendant la nuit, en rêve, l’homme qu’elle doit épouser, si, avant de se mettre au lit, elle récite consciencieusement les versets suivants :

Aujourd’hui Saint-André
Dorment tous les gens,
Tous les gens vivant
Entre le ciel et la terre,
À l’exception de l’homme
Qui devra m’épouser.

 

Dans quelques provinces, la demoiselle pétrit un gâteau de farine, lui donne la forme humaine et le mange. Sa prière est pressante dans les vers qui suivent :
   Je vais entrer au lit,
   Saint André, je te prie,
   Laisse-moi voir mon bien-aimé,
   Qu’il soit jeune ou vieux,
   Laisse-moi le voir.
Nul doute qu’encouragée par son rêve, la jouvencelle n’aide à sa réalisation dans la mesure de ses moyens.

(Félix Regnault, Folklore)

On dit dans le Midi : À la Saint-André, tue le porc, attache de bœuf.

Saint-Breneux

France, 1907 : Homme malpropre.

Saint-Christophe de Pâques-fleuries

France, 1907 : Sobriquet que l’on donnait autrefois aux ânes, à cause du nom Christophe, qui signifie en grec Porte-Christ, On sait que Jésus fit son entrée triomphale à Jérusalem monté sur un âne, jour que l’Église célèbre par la fête des Rameaux ou Pâques fleuries.

Saint-ciboire

Rigaud, 1881 : Cœur, — dans le jargon des voyous.

Saint-Crépin

Delvau, 1866 : s. m. Économies, peculium, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.

Rigaud, 1881 : Argent économisé. — Se prend souvent dans le sens de Saint-Frusquin. Porter tout son Saint-Crépin, porter tout ce qu’on possède.

Lorsque les garçons cordonniers vont de ville, en ville pour travailler, ce qu’ils appellent entre eux battre ta semelle, ils portent tous les instruments nécessaires à leur métier ; ils appellent cela porter tout leur Saint-Crépin.

(Fleury de Bellingen, Étymologie des Proverbes français)

La Rue, 1894 : Économies. Outils. Prendre la voiture de Saint-Crépin, marcher.

France, 1907 : Bagage des ouvriers cordonniers qui, allant d’une ville a l’autre, portent leurs outils dans un sac de cuir. Le sac et le contenu sont appelés ainsi du nom du patron de la profession. Au figuré, le saint-crépin est tout le bien d’un cheminot, d’un pauvre homme qu’il porte au bout d’un bâton dans un mouchoir. On dit aussi dans le même sens le saint-frusquin. Voir ce mot.
Prendre la voiture de saint Crépin, aller à pied. Prison de saint Crépin, chaussures trop étroites. Voir Offre de Saint-Crépin.

France, 1907 : Économies ; biens. Même sens que saint-frusquin.

… Ils firent battre en ruine
Le château de Monsieur de Luyne,
Lesigny, qui le lendemain
Fut pris et tout son saint-crespin.

(Saint Julien)

Saint-Difficile

Delvau, 1866 : s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d’autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.

Saint-Dome

Hayard, 1907 : Tabac.

France, 1907 : Tabac ; abréviation de saint Dominique d’où le tabac nous est venu. On l’appelle aussi, mais à tort, Saindom.

Saint-domingue

Virmaître, 1894 : Tabac. Dans les prisons, par abréviation, on dit : Saint-Dome. Saint-Domingue, allusion au pays où prospèrent les plantations de tabac (Argot des voleurs). N.

Saint-Épissoir

France, 1907 : Fête des gabiers célébrée dans toute la flotte dans les premiers jours de janvier. L’épissoir est un petit poinçon dont se servent les gabiers pour aller à des hauteurs vertigineuses et par tous les temps larguer ou carguer les voiles. Ayant vainement cherché dans le calendrier un saint de leur profession pour célébrer sa fête, ils imaginèrent la Saint-Épissoir. D’après Paul Dhormois, ce seraient les gabiers de la Pénélope, frégate alors à l’ancre dans la rade de Fort-de-France (Martinique), qui, jaloux de voir les canonniers fêter la Sainte Barbe, eurent l’idée géniale de se donner un saint.

— Ah çà ! s’écria tout à coup Languidie, le plus ancien des quartiers-maîtres, pourquoi que nous n’aurions pas aussi notre fête, nous autres gabiers, qui sommes, sans nous vanter, un peu autre chose que de simples canonniers ?
— Est-ce que tu t’imagines qu’il y a un saint Épissoir, comme il y a une sainte Barbe ? répondit le chef de timonerie.
— Pourquoi pas ? Ce serait violent, par exemple, que l’épissoir ne pût pas avoir un patron aussi bien que le refouloir ou l’écouvillon ! Crois-tu que lorsque les saints du Paradis ont pris chacun un état sous leur protection, ils ont oublié le plus noble de tous, celui de gabier ?

(Paul Dhormois, Sous les Tropiques)

Saint-Étienne (miche de)

France, 1907 : Pierre, caillou, moellon ; allusion à la lapidation de ce saint.

Saint-Étui

France, 1907 : Nom que les dévotes donnent à la culotte de leur évêque.

La vieille dévote, lunettes au nez et aiguille en main, examinait gravement une vieille culotte de soie noire, dont la trame usée annonçait un grand service. Elle la maniait avec d’infinies précautions comme si elle touchait à un objet fragile et de haute valeur.
— Eh ! ma tante, lui dis-je, qu’est-ce que c’est que ça ?
— Ça ! — répliqua-t-elle avec indignation — Ça !… C’est le saint-étui de Monseigneur.

(Hector France)

Saint-Frusquin

Virmaître, 1894 : Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tout ce que l’on possède.

Pour déménager, j’ai mis tout mon Saint-Frusquin dans une voiture à bras.

France, 1907 : Vêtements, nippes et par suite avoir, fortune ; de frusques.

Le lendemain dans l’après-midi, la mère, accompagnée d’une autre de ses filles, amena ma squaw à mon tepee avec trois chevaux et son saint-frusquin. Elles nous préparèrent un lit en osier, mirent tout en ordre et se retirèrent. En ce moment, au dehors, avec quelques jeunes trappeurs, je trouvais à mon retour, à ma grande surprise, ma femme installée an logis.

(Hector France, Chez les Indiens)

Manger son saint-frusquin, dépenser son avoir.

J’étais, ma foi, trop bête
D’aimer ce libertin
Qui venait tête à tête
Manger mon saint-frusquin.
S’il me trouvait gentille,
D’autres aussi verront
Que je suis brave fille
Qui ne veut pas d’affront.

(Vadé)

Saint-Garbot (mal)

France, 1907 : Diarrhée. Cette expression vient d’une antique légende cauchoise où un évêque du nom de Garbot, en butte à la furieuse luxure d’une grande dame de l’époque, fut faussement accusé par ladite dame, dont les avances avaient été repoussées, d’avoir attenté à sa vertu. Le prélat fut mis à mort, mais pour se venger il donna la foire non seulement au mari de la nouvelle Putiphar, mais à tous les gens de Bayeux qui avaient applaudi à son exécution, d’où foireux de Bayeux.

Hé dea ! J’ai le mau Saint-Garbot ;
Suis-je des foireux de Bayeux ?
Les playes Dieu ! Qu’esse qui s’ataque
À men cul ?…

(La Farce de Pathelin)

Saint-Genou (mal)

France, 1907 : La goutte. Voir Mal Saint-François.

Saint-Georges

France, 1907 : Cavalier où tireur d’épée accompli. Allusion au combat que ce saint eut à soutenir contre un dragon qui désolait la Libye… à l’époque fabuleuse où il y avait des dragons !

Saint-Hubert

France, 1907 : Grand parapluie de coton, parapluie campagnard et familial, appelé ainsi dans les campagnes du Centre parce qu’il ressemble aux immenses parapluies rouges sous lesquels s’abritent dans les marchés les marchands de bibeloterie religieuse, appelés Saint-Hubert.

France, 1907 : Nom donné dans les campagnes du Centre aux charlatans qui promènent dans les foires, les marchés, des images de saint Hubert, et vendent en même temps des bagues, des médailles et des chapelets qui ont la vertu de préserver de la rage, la guérison de la rage étant, comme chacun le sait, la spécialité du patron des chasseurs. On dit indifféremment des Saint-Hubert ou des marchands de Saint-Hubert. Être de la confrérie de Saint-Hubert, c’est dire des mensonges, des hâbleries, les chasseurs étant accusés de dire rarement la vérité au sujet de leurs exploits cynégétiques. « Il est de la confrérie de Saint-Hubert, dit-on, il n’enrage pas pour mentir. »

Saint-Jacques (aller à)

France, 1907 : Faire une coquille ; argot des typographes qui font allusion à la coquille de ce nom. Prendre son saint-jacques, c’est, dans le même argot, demander son compte, quitter l’atelier. Voir Saint-Jean.

Saint-Jamais (à la)

France, 1907 : Formule de refus. Saint que l’on célèbre dans la semaine des quatre jeudis.

Saint-Jean

Delvau, 1866 : s. m. Outils, vêtements, affaires, — dans l’argot des typographes. Emporter son Saint-Jean. S’en aller d’une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.

Delvau, 1866 : s. m. Signal, — dans l’argot des voleurs. Faire le Saint-Jean. Lever l’index et le médium pour avertir un complice.

Rigaud, 1881 : Effets. — Outils ; c’est un synonyme de Saint-Frusquin.

Boutmy, 1883 : s. m. Ensemble des outils d’un compositeur. Ces outils, d’ailleurs peu nombreux, sont : le composteur de fer et le composteur de bois, les pinces, la pointe, aujourd’hui presque abandonnée, le visorium et la boîte à corrections. Prendre son saint-jean, quitter l’atelier.

Virmaître, 1894 : Signal convenu entre les voleurs pour avertir un complice. Ce signal consiste à lever l’index et le médium. On dit aussi d’un individu qui n’est pas à la hauteur pour faire quelque chose :
— Il est de la Saint-Jean (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir Duce ou Envoyer le duce.

France, 1907 : Nom que les ouvriers typographes donnent à l’ensemble de leurs outils. Prendre son saint-jean, s’en aller, demander son compte, quitter l’atelier.

Saint-Jean (faire son petit)

France, 1907 : Faire l’innocent. Allusion au petit enfant qui figurait et figure encore en certains pays catholiques dans les processions de la Fête-Dieu. Faire le saint Jean,

Saint-Jean (mal)

France, 1907 : Mal caduc. Voir Mal Saint-François.

Saint-Jean porte-latine

France, 1907 : Fête des typographes. Elle n’est plus guère chômée, étant généralement et hebdomadairement remplacée par la Saint-Lundi.

Saint-Jean-Baptiste

France, 1907 : Marchand de vin qui baptise ses liquides.

Saint-Jean-le-Rond

France, 1907 : Le derrière.

— Je parie que tu ne me fouetteras pas, dit ma petite cousine, et, se tournant, elle troussa ses jupes et m’étala Saint-Jean-le-Rond.

(Les Propos du Commandeur)

Saint-Jean-Porte-Latine

Boutmy, 1883 : s. f. Fête des typographes. Elle tombe le 6 mai ; mais elle n’est plus guère chômée.

Saint-Joseph (mariage de la)

France, 1907 : La sotte avec le sot. Dicton du Béarn. « On marie ordinairement à la Saint-Joseph les filles qui ont eu la faiblesse de céder aux douces séductions de l’amour ; de là vient naturellement un préjugé défavorable contre toutes les femmes, même les plus vertueuses, qui se marient à une époque si redoutable pour leur réputation. » (V. Lespy et P. Raymond) On sait que le digne époux de la vierge Marie est le patron des cocus.

Saint-Jules

Hayard, 1907 : Partir sans payer.

Saint-Lâche

France, 1907 : Paresseux. Réciter la prière de saint Lâche, dormir.

Saint-Lago

Virmaître, 1894 : Abréviation de Saint-Lazare ; les filles disent également Saint-Laz. Quand elles sont dans cette prison, elles disent qu’elles sont à la campagne.
— Tiens, voilà six mois que l’on ne te voit plus ?
— J’étais en villégiature, je sors de ma campagne.
On sait ce que cela veut dire (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Abréviation de Saint-Lazare, prison pour femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis, 107.

Hayard, 1907 : Saint-Lazare.

Saint-Lago, Saint-Lague

France, 1907 : Prison de Saint-Lazare.

Cette prison lamentable comporte plusieurs catégories de détenues et cependant la promiscuité y est générale.
Les grandes criminelles, avorteuses, empoisonneuses, voleuses y sont placées à côté de la jeune fille qu’une rafle a surprise.
Les vieilles prostituées, aux cyniques enseignements, y font la leçon aux recrues du vice. Il y a aussi à Saint-Lazare, et ce n’est pas le moins lamentable spectacle qu’offre cette sentine parisienne, une crèche avec des berceaux d’où partent des cris d’enfants.
La statistique révèle qu’il nait chaque année cinquante ou soixante enfants dans cet enfer.
La promiscuité si fâcheuse des diverses catégories de prisonnières se retrouve encore à l’hôpital. Les doyennes de la débauche, les femelles hideuses marquées de tous les stigmates de la maladie redoutée, s’y trouvent côte à côte avec des apprenties de la prostitution et des novices du dispensaire.

(Edmond Lepelletier)

Voir Saint-Laze.

Saint-Lambert

France, 1907 : Un vieux dicton est attaché au nom de ce saint :

C’est aujourd’hui la Saint-Lambert,
Qui quitte sa place la perd.

« Cela se dit, écrit Oudin dans ses Curiosités françaises, en se mettant à la place d’un qui se lève de dessus sa chaise. »

Saint-Laze (confrérie de)

France, 1907 : Monde de la prostitution.

Saint-Longin

France, 1907 : Nonchalant. Voir Longis.

Saint-Lou

France, 1907 : Saint Leu dont la fête tombe le 1er septembre, temps où commencent les veillées dans les campagnes, d’où le dicton villageois :

À la Saint-Lou
La lampe au clou.

Saint-Lundi

Delvau, 1866 : s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire « bouillir la marmite ». Fêter la Saint-Lundi. Se griser — et même se soûler.

France, 1907 : Saint que l’on fête au cabaret, surtout lorsqu’on a déjà fêté le dimanche.

Saint-Main (demoiselle de)

France, 1907 : Galeuse.

Saint-Malo (revenir de)

France, 1907 : N’avoir pas de mollets. Voici le fait qui a donné lieu à ce dicton. À une certaine époque, sans doute pour économiser la dépense des chevaliers du guet, les échevins faisaient lâcher pendant la nuit de gros chiens qui se chargeaient de la police de la ville, en mordant les mollets des noctambules ou des attardés. Une cloche prévenait les habitants, et les honnêtes bourgeois et les gens paisibles n’avaient qu’à rester chez eux. On connait la chanson de Désaugiers sur Monsieur Dumollet.

Bon voyage. Monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, Monsieur Dumollet,
Et revenez si le pays vous plait.

Saint-Marceaux

Delvau, 1866 : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux, riche viticulteur d’Épernay.

Saint-Martin (à chaque porc sa)

France, 1907 : La mort vient pour tout le monde : allusion à l’usage de tuer les cochons à la Saint-Martin, époque où ils sont suffisamment engraissés. Voici quelques dictons sur la fête de ce saint qui tombe en novembre :

Saint Martin boit le bon vin
Et laisse l’eau courre au moulin.
  À la Saint-Martin,
  L’hiver en chemin.

À la Saint-Martin,
Faut gouster le vin,
Nostre Dame après,
Pour boire il est près.

Il résulte de ces vieux dictons que saint Martin est devenu le patron des ivrognes. Voir Mal Saint-Martin.
Un proverbe rural dit : L’arc-en-ciel à la Saint-Martin vaut mieux le soir que le matin.

Saint-Mathieu

France, 1907 :

À la Saint-Mathieu,
Le pinson dit adieu.

(Dicton campagnard)

Saint-Nicolas de village (faire le)

France, 1907 : Se parer de ses plus beaux atours. On sait que c’est le patron des enfants qui, dans les provinces de l’Est spécialement, attendent de lui des jouets, le 6 décembre, jour de sa fête, comme ils en attendent à Noël.

Saint Nicolas, bon vieillard à face rose et à barbe blanche, s’en est allé, cette nuit, par les grand’routes, suivi de son âne docile qui ploie sous une lourde charge de jouets et de bonbons. Saint Nicolas est vêtu d’or et de soie, une mitre incrustée de pierres précieuses enserre ses cheveux gris, et sa main gantée de violet et baguée d’émeraude tient ferme encore une crosse de bois précieusement sculptée… Il est très beau, saint Nicolas.

(Clément Vautel, L’Événement)

Saint-pair

un détenu, 1846 : Tabac.

Saint-Père

Virmaître, 1894 : Tabac à fumer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tabac.

Saint-Petit

France, 1907 : En donner sur ou par le Saint-Petit, n’en donner que très peu. On dit aussi le Saint-Peu. Expression du Centre.

Saint-Pierre-aux-Bœufs (paroissien de)

France, 1907 : Homme grossier, paltoquet.

Saint-Prix (confrérie de)

France, 1907 : Clan des hommes mariés. Jeu de mot sur pris.

Saint-Quentin (beyeurs de)

France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants de cette localité ; beyeur signifie curieux.

Saint-Rémi, perdreaux sont perdrix (à la)

France, 1907 : Cette fête tombe le 1er octobre, par conséquent les perdreaux qui éclosent généralement vers le milieu de mai sont devenus perdrix.

Saint-Sacrement (porter en)

France, 1907 : Tenir quelque chose raide et droit.

Une grande gaillarde d’une trentaine d’années, blonde et grasse, dont le visage régulier gardait quelque finesse sous l’empâtement des traits, bombait un buste opulent, sanglé dans une cuirasse de satin noir, et portait en saint-sacrement, coiffée comme d’un casque d’une forêt de cheveux roux rutilants, une tête encore jolie…

(André Desroches, L’Éternelle Illusion)

Saint-Sévère (anglais de)

France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants de cette ville de l’Indre, depuis qu’ils firent cause commune avec les Anglais au XIVe siècle.

Saint-Vincent-de-Paul

Virmaître, 1894 : Les ramasseurs de mégots. Ils sont les Saint-Vincent-de-Paul des orphelins qui traînent devant les terrasses des cafés (Argot du peuple).

Sainte (herbe)

France, 1907 : Absinthe, dont herbe sainte est la corruption. « Les Berrichons, dit le comte Jaubert, ont de la tendance à sanctifier les herbes qu’ils supposent douées de quelque vertu ; ainsi ils disent la sainte Oseille pour la centaurée ; le sainfoin est pour eux le saint Foin ; l’absinthe l’herbe sainte, etc. »

Sainte Ange (cheveux de la)

France, 1907 : Filandres qui voltigent dans l’air à l’automne. On les nomme aussi fils de la Vierge ou jetons de Marie.

Sainte blessure

France, 1907 : Nom donné par les âmes poétiques et tendres aux menstrues.

Toutes ces honnestes dames et candides Agnès qui, chaque mois, pour peu qu’il y eût du retard dans l’éclosion de leur sainte blessure, étaient saisies de terreurs folles et se precipitaient de çà de là, par bandes furtives et tremblantes théories, chez tous les médecins et toutes les matrones de la capitale.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

On dit aussi, pour qu’il n’y ait pas de méprise : sainte blessure féminine.

Et voilà que soudain une inquiétude, vague d’abord, puis obsédante et terrible, surgissait dans son esprit, une épouvante folle s’emparait d’elle : cinq semaines, six semaines, deux mois s’écoulaient, aucune gouttelette rouge n’apparaissait, la sainte blessure féminine s’entrebâillait et ne transsudait point.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Sainte Canaille

France, 1907 : Le peuple.

Ancien ministre des travaux publics et toujours habile financier, celui-ci, depuis un quart de siècle au moins, volait tel qu’un vautour et plumait tous les oisillons qui lui tombaient entre les serres et sous le bec : à présent sénateur, ce pillard, ce goulu, ce brigand, siégeait au palais du Luxembourg, au milieu des Pères conscrits, et celui-là, naguère marchand de vins et déclaré plusieurs fois en faillite, ayant été depuis, nonobstant, décoré de la Légion d’honneur et même élu député, tempêtait à la chambre basse, composée de non moins de nullités et de fripons que la haute, et dirigeait trois ou quatre feuilles vénales vendues successivement à tous les chefs de parti : radicaux, opportunistes et réactionnaires.
Sans cesse ils me soupiraient la même litanie en m’offrant, avec une louable émulation, un des millions qu’ils avaient extorqués à la sainte canaille.

(Léon Cladel, La Juive errante)

Sainte Catherine

France, 1907 : Patronne des vieilles filles.

De nombreuses saintes Catherine objets de la vénération des fidèles, aucune n’ayant eu d’époux sur la terre, c’était, naturellement, aux jeunes filles qu’était dévolu le soin de coiffer les images de ces vierges saintes, et par une petite altération de la logique, en prenant l’effet pour la cause, car ce n’est pas parce que l’on coiffe sainte Catherine que l’on ne se marie pas, mais bien parce que l’on n’est pas mariée qu’on la coiffe.

Voir Coiffer.

Sainte Chiette

France, 1907 : Propre à rien, personne incapable de rien faire. S’applique aux deux sexes.

Sainte Espérance

Delvau, 1866 : s. f. La veille de la Sainte Touche.

France, 1907 : Veille de la Sainte touche.

Sainte Mousseline

Delvau, 1866 : s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (La Famille Benoiton), et qu’invoquent aujourd’hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes… de la Mode. Voici donc l’oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes : « Ah ! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t’ont reniée pour leurs enfants ! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles ! » Amen !

France, 1907 : Robe en mousseline blanche.

Sainte Nitouche

France, 1907 : Fausse prude, femme ou fille qui fait la discrète, la réservée, la sage, qui s’effarouche du mot et se complait à la chose ; littéralement, sainte n’y touche.

La petite dévote n’en pouvait mais. Elle versait dans tous les coins toutes les larmes de son corps, d’autant qu’en fille qui veut rattraper le temps perdu elle avait, dès la première semaine, fait son choix parmi les plus ardents postulants. Une douzaine pour le moins se trouvaient à son goût, et elle aspirait malgré ses airs de sainte nitouche, friande des seules sucreries apostoliques, à croquer à l’occasion de plus succulentes dragées.

(Hector France)

Sainte Patience

France, 1907 : Jeu de mot employé par ceux qui ont affaire à un fâcheux, un importun, un bavard qui s’empare de leur personne et de leur temps. Quand le sang-froid va les abandonner, ils s’écrient : Sainte Patience, priez pour moi !

Sainte Solange (cousin de)

France, 1907 : Nom donné dans le Berry aux pèlerins de la grande solennité religieuse qui se fait annuellement à la chapelle de sainte Solange, près de Bourges. Comme ces estimables crétins prétendent obtenir de la sainte ce qu’ils lui demandent, on dit qu’ils sont ses cousins. « Saint Janvier de Naples, observe le comte Jaubert, a aussi ses parentes, vieilles femmes du peuple qui le gourmandent quand le prétendu miracle annuel de ce saint se fait trop attendre. » La superstition et la bêtise sont de tous les pays. C’est le vrai cosmopolitisme.

Sainte Touche

France, 1907 : Le jour des appointements, de la paye, des gages, Argot populaire.

À toutes les fins de mois régulièrement, tous les jours de Sainte Touche, on apercevait, à la sortie du bureau, Mme Varney, embusquée au tournant de la rue, ou devant la façade du Crédit, ou même jusque sous la voûte de la grand’-porte, et prête, comme une tigresse à l’affût de sa proie, à se précipiter sur sa fille, l’entraîner bien vite à l’écart et lui explorer les poches.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est Saint’ Touche, ô brave ouevrier,
Viv’ment approche, on va t’payer :
— Y a pas gras, — L’gringale, l’loyer,
L’épicière… I’s’tape l’fruitier !
Et pour aller chez l’cordonnier,
Les pauv’ loupiots pourront s’fouiller.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

Sainte-Nitouche

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui « fait sa sucrée » ou « sa Sophie », — dans l’argot du peuple, qui sait à quoi s’en tenir sur les « giries » des bégueules. Les ouvriers anglais disent de même : to sham abram (jouer l’innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée). Cette expression s’est employée jadis en parlant d’un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose :

Il estoit ferme de roignons.
Non comme ces petits mignons
Qui font la Saincte Nitouche,

dit Mathurin Régnier.

Sainte-Plaque

Rossignol, 1901 : Voir plaquer.

Sainte-Touche

Delvau, 1866 : s. f. La fin du mois, — dans l’argot des employés. La fin de la quinzaine, — dans l’argot des ouvriers.

Boutmy, 1883 : s. f. Jour de la banque. Cette expression, usitée presque exclusivement parmi les personnes attachées au Bureau, n’est pas particulière aux typographes ; elle appartient plutôt au langage des employés.

Merlin, 1888 : Le prêt.

Rossignol, 1901 : Jour de la paye. Le samedi est Sainte-Touche pour les ouvriers.

Hayard, 1907 : La paye.

Sainte-Touche (le jour de la)

Virmaître, 1894 : La paye de chaque semaine ou de fin du mois. La Sainte Espérance est la veille de la Sainte-Touche. C’est une sainte bien fêtée par les ouvriers (Argot du peuple).

Saints (vomir les diables et manger les)

France, 1907 : Vieux dicton appliqué aux dévotes qui, anges à l’église, sont généralement furies à la maison ; après avoir mangé le saint en compagnie de M. le curé, elles vomissent le diable sur la tête le leur mari.

Saints de glace

France, 1907 : On appelle ainsi saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais dont les fêtes tombent les 11, 12 et 13 mai, jours auxquels il se fait spécialement dans le centre de la France et en Allemagne des froids qui ne sont pas de saison.
Les météorologistes expliquent ainsi les intempéries dans cette période lunaire qui commence en avril et finit en mai :

Chaque année la terre, dans le parcours de son vaste orbite autour du soleil, passe par deux points critiques : les saints de glace et l’été de la Saint-Martin (novembre-décembre et avril-mai).
Lorsque la terre est à l’extrémité de cet axe oblique correspondant à l’été de la Saint-Martin, elle reçoit, comme le ferait un réflecteur, toutes les tiédeurs du rayonnement solaire.
Mais quand elle est à l’autre extrémité, là où demeurent les saints de glace légendaires, par une combinaison céleste spéciale, il se rencontre entre la terre et le soleil un paquet de pulvéries, de nébuleuses, de quelque matière cosmique, d’astéroïdes, peut-être, qui forme écran entre notre planète et notre grand calorifère. Alors ce sont, dès que le ciel est clair, les abaissements de température, les gelées nocturnes, les accidents variés, que redoutent si fort, et à si juste titre, les agriculteurs, et dont on dit, faute de mieux, afin de tâcher d’en prendre son parti : « C’est la lune rousse ! »

Saisissement

Delvau, 1866 : s. m. Les liens dont l’exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette.

Rigaud, 1881 : Les liens dont l’exécuteur lie les bras et les jambes des condamnés à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette. (A. Delvau)

Virmaître, 1894 : Terme employé par les voleurs pour désigner les liens qui servent pour ligotter le condamné à mort au moment de la toilette. Il y a de quoi en effet être saisi (Argot des voleurs).

France, 1907 : Appareil de courroies qui tient les bras et les jambes d’un condamné que l’on conduit à la guillotine.

Saison

Delvau, 1866 : s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l’on passe dans les villes d’eaux par ordonnance de médecin. Faire une saison. Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.

Salade

d’Hautel, 1808 : Camarade à la salade, compagnon à coups de bâton. Bouts rimés populaires dont on se sert pour exprimer que plusieurs personnes réunies ne vivent pas en bonne intelligence ; qu’elles ne se portent mutuellement aucune estime, aucune amitié ; qu’elles vivent comme chien et chat.
Salade. Pour, gronde, réprimande, correction.
Donner une salade à quelqu’un. Pour dire, le tancer ; le réprimander ; lui chanter game.

Vidocq, 1837 : s. m. — Pêle-mêle.

Larchey, 1865 : Réponse. — Calembour. — La réponse est une espèce de salade.

Voilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Raiponce à une question, — dans l’argot des voleurs, facétieux à leurs heures.

Rigaud, 1881 : Fouet. — Donner la salade, fouetter, en terme d’écolier ; l’expression et le mot sont vieux et démodés.

Rigaud, 1881 : Pêle-mêle ; gâchis.

La Rue, 1894 : Réponse. Rixe. Pêle-mêle. Mettre en salade, enfouir, cacher.

France, 1907 : Fouet.

France, 1907 : Pêle-mêle, méli-mélo, et, par extension, battage de cartes, d’où salader, battre un jeu de cartes.

Méfiez-vous d’un croupier qui en saladant, en mélangeant les cartes, ne les mêle pas jusqu’à ce qu’on voie le tapis. En les mêlant ainsi, ne les désenchevêtre pas les unes des autres, puis relevant les cartes, comme s’il relevait une galette ou un éventail, elles reviennent alors à leur place primitive. La « séquence » préparée n’est pas dérangée et cependant les cartes ont été battues, saladées !

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

France, 1907 : Rixe.

Salade (du rôti et de la)

Vidocq, 1837 : Fouetté et marqué.

Salade (faire la)

Rigaud, 1881 : « Ils remuent le jeu de la manière dont on remue les dominos pour les mêler, les deux mains étendues sur le tapis et imprimant aux cartes un mouvement de rotation. »

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu)

Salade (mettre en)

France, 1907 : Enfouir, cacher ; argot des voleurs.

Salade de bottes

France, 1907 : Genre de brimade de l’École polytechnique où les anciens enlèvent perdant la nuit les bottes des conscrits et les jettent par la fenêtre dans la cour ou sur les toits, formant ainsi une immense salade où le conscrit ahuri a du mal à retrouver son bien. Quelquefois, c’est pendant la récréation, quelques minutes avant la rentrée des études, que les anciens font retirer leurs hottes aux nouveaux pour se livrer à cette aimable plaisanterie !

Salade de cotret

France, 1907 : Coups de trique.

Je me souviens qu’ils me menèrent chez trois ou quatre capitaines qui leur dirent qu’ils leur ficheroient une salade de cotret.

(Dialogue sur les affaires du temps)

Salade de Gascon

Delvau, 1866 : s. f. Corde, ficelle, dans l’argot du peuple. A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

Rigaud, 1881 : Corde, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Corde, cordons. Vieille expression tombée en désuétude.

Saladeur

France, 1907 : Joueur qui, s’étant aperçu ou douté que les cartes étaient préparées par un grec, les bat longuement, de façon à déranger les séquences.

Chagriné par un saladeur,
Gave donc vite ce mangeur.

(Hogier-Grison)

Saladier

Delvau, 1866 : s. m. Bol de vin sucré, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Vin chaud sucré servi dans un saladier. C’est le vin à la Française dont on fait une grande consommation dans les bals de barrière.

France, 1907 : Vin sucré servi dans un saladier.

Saladier (fêler son)

France, 1907 : Voir renverser son saladier.

Salaire

Rigaud, 1881 : Soulier, — dans le jargon des rôdeurs de barrière ; déformation de soulier.

Salamalec

d’Hautel, 1808 : Salutation humble, plus servile que respectueuse ; courbette ; terme arabe qui signifie la paix.
Faire des salamalecs à quelqu’un. Lui donner des preuves d’une grande soumission ; d’un respect servile.

France, 1907 : Salutation cérémonieuse ; allusion aux salutations et aux compliments interminables que se font les Arabes, littéralement Salam alek, le salut sur toi, phrase par laquelle ils débutent. Faire des salamalecs.

Salamalecs

Delvau, 1866 : s. m. pl. Politesse exagérée, — dans l’argot du peuple, qui ne pratique pas précisément la Civilité puérile et honnête.

Salamandre (incombustible comme)

France, 1907 : Encore un dicton basé sur une croyance ridicule.
Les salamandres, reptiles amphibies assez semblables aux lézards, ont la faculté de faire sortir de leur corps une substance gluante d’une odeur forte et d’une saveur âcre, lorsqu’on les jette dans le feu. Cette substance les isole quelques instants de la chaleur, ce qui a fait croire qu’elles pouvaient vivre dans le feu. Le savant Maupertuis, l’ennemi de Voltaire, qui avait voulu juger par lui-même de la véracité du proverbe, jeta plusieurs salamandres dans le feu, où elles grillèrent comme de simples lézards. Les expériences le Spallanzani, célèbre naturaliste du XVIIIe siècle, ont démontré suffisamment du reste que, loin d’être incombustible, la salamandre est peut-être de tous les animaux celui qui résiste le moins à l’excès de chaleur.
Les poètes firent de la salamandre le symbole de la valeur et l’emblème de l’amour. On sait que François Ier avait pris une salamandre au milieu des flammes pour devise, avec cette légende : Nutrio et exstinguo (J’y vis et l’éteins). Une dame espagnole d’un tempérament contraire à celui de l’amant de Diane de Poitiers avait pris la même devise, mais avec une autre légende : Mas gelo que fuego (Glacée au milieu des flammes). Il n’y avait pas de quoi s’enorgueillir d’un vice de l’organisme.
On croit généralement dans les campagnes que la salamandre est un animal venimeux. Elle n’est pas plus venimeuse qu’elle n’est incombustible.

Salamanque (médecin de)

France, 1907 : Mauvais médecin, charlatan. Dicton du Languedoc, allusion à l’université de Salamanque qui inondait l’Espagne de prétendus docteurs. Voici le dicton en entier :

Médecin de Salamanque
Guérit l’un et l’autre manque.

cas, il faut le reconnaître, qui n’est pas particulier aux médecins de la Vieille-Castille.

Salaud

d’Hautel, 1808 : Pour, malpropre, sagouin ; il se dit plus particulièrement des enfans.
C’est un terme fort injurieux, quand on l’applique à une femme. Salaude équivaut à femme sans mœurs, sans pudeur.

Delvau, 1866 : adj. et s. Enfant malpropre ; homme ordurier.

Salauderie

France, 1907 : Saleté, malpropreté. L’Académie a adopté salaud, mais pas salauderie. Pourquoi ? Les académiciens eux-mêmes n’ont jamais pu le savoir.

Il se plaisait à raconter devant les deux gamines de la cantinière quelque salauderie impudique qu’elles répétaient sans comprendre, à la grande joie des troupiers en état d’ébriété.

(Les Joyeusetés du régiment)

Salbin

Halbert, 1849 / La Rue, 1894 : Serment.

France, 1907 : Serment ; argot des voleurs.

Salbiner

Halbert, 1849 / France, 1907 : Prêter serment.

Salbinet

Fustier, 1889 : Argot de l’École Polytechnique. « Salbinet ! » crie un tambour, en ouvrant la porte d’une salle où travaillent une dizaine d’élèves. Cela veut dire : Le capitaine prie le sergent de la salle de passer au cabinet du chef de service pour y entendre une communication du commandant de l’école et la transmettre à ses camarades.

Salblenant

Vidocq, 1837 : s. m. — Cordonnier.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Salbrenaud

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais cordonnier ; savetier, — dans l’argot des voleurs.

Sale

d’Hautel, 1808 : Sale comme un peigne. Se dit d’une personne malpropre ; qui a une mauvaise tenue ; qui n’a aucun soin de sa personne.
Son cas est sale. Se dit de quelqu’un qui s’est attiré de méchantes affaires ; qui a pris part à une mauvaise action, et se trouve dans l’embarras.
Il est curieux de linge sale. Se dit par ironie d’un homme malpropre, et qui ne change pas souvent de linge.

Halbert, 1849 : Gris.

Delvau, 1866 : adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple. Sale intérêt. Intérêt sordide. Sale monsieur. Individu d’une moralité équivoque ou d’un caractère insociable. Sale pâtissier. Homme qui n’est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d’une lessive. On dit aussi Sale bête.

Salé

d’Hautel, 1808 : Terme typographique ; payement anticipé ; avance que les ouvriers prennent le samedi sur l’ouvrage qu’ils ont entre les mains, et qu’ils n’ont pu achever dans la semaine ; ce qui les rend débiteurs de leurs bourgeois. Voy. Dessaler.
Bourguignon salé. Sobriquet que l’on donne aux habitans de la Bourgogne, à cause, dit-on, des différends, des procès, que leurs salines leur ont occasionnés.

Delvau, 1866 : s. m. Travail payé d’avance, — dans l’argot des typographes. Morceau de salé. Acompte. Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d’un Enfant venu avant le mariage. Les ouvriers anglais disent : to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).

Rigaud, 1881 : Avance d’argent, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Bonne amie, connaissance, — dans l’argot des marins.

Oùs’que tu démarres comme ça, avec ton salé ?

Boutmy, 1883 : s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n’est pas terminé. Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages. Le salé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, parce qu’il n’encourage pas à travailler, et rien n’est plus juste ; en effet, le compagnon, sachant qu’il n’aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n’a pas de courage à la besogne. Loin d’être dans son dur, il a la flème : de là de fréquentes sorties ; de là aussi l’adage.

Fustier, 1889 : Mordant, violent.

Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.

(Armand Silvestre)

Rossignol, 1901 : Jeune enfant.

France, 1907 : Avance de salaire faite à un ouvrier typographe sur un travail à venir. Prendre du salé.

Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages.

(Eug. Boutmy)

France, 1907 : Cher. « Un compte salé ; une addition salée. »

Rodolphe et sa femme ont diné au restaurant avant d’aller au spectacle :
— Mon Dieu ! quelle soif ! fait Madame pendant un entracte. Qu’est-ce qui a pu ainsi m’altérer ?
— La note, répond Rodolphe avec un soupir… Elle était salée !

France, 1907 : Égrillard. En dire, en écrire, en faire de salés.

Il faut savoir que la comtesse Diane n’était pas du tout une femme de notre époque, mais une femme du siècle dernier. Non pas par l’âge, car elle était à peine sexagénaire ; mais par les façons, l’esprit libre, même libertin, le goût des anecdotes salées, les retroussés impudents (jusqu’à l’impudicité parfois) de son papotage, l’outrageuse hardiesse de ses confessions toujours prêtes à se dévêtir en public, et enfin et surtout par son absolu manque de sens moral pour tout ce qui touche, comme elle disait si gentiment, aux choses de la galanterie.
C’est à tel point que, si on lui eût conté, sous forme d’aventure contemporaine, l’histoire de Loth ou celle d’Œdipe, volontiers elle se fût écriée à l’étourdie, sans insister davantage :
— Se sont-ils bien amusés ?

(Jean Richepin, Le Journal)

France, 1907 : Nouveau-né. Pondre un salé, accoucher.

Quelques semaines plus tard, elle s’aperçut qu’elle était enceinte. La mère Dupuis, qui s’en aperçut aussi, lui administra une nouvelle volée. — Qu’est-ce que nous allons faire de ton salé ? dit-elle, tout en cognant ; y avait donc pas assez de misère ici ? Tu vas aller crever à l’hôpital, sale peau de lapin !

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Salé (bourguignon)

France, 1907 : L’ancien dicton s’exprime ainsi :

Bourguignon salé,
L’épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon !

D’où vient ce singulier dicton ? Les opinions sont partagées. Suivant de Serre dans son Inventaire de l’Histoire de France, règne de Charles VII, les habitants d’Aigues-Mortes ayant massacré la garnison bourguignonne placée dans leur ville par le prince d’Orange, enfouirent les cadavres dans une grande fosse, mais comme l’odeur fétide se répandait dans la ville, ils couvrirent le charnier de sel.
Pasquier, dans ses Recherches, prétend que le mot salé date de l’époque où les Bourguignons, résidant au delà du Rhin, se querellaient constamment avec les Allemands au sujet de leurs salines.
Leroux de Lincy donne de son côté la version de Leduchat comme la meilleure et que je reproduis ici : « Bourguignon salé est une allusion au petit casque, appelé salade, que portait la milice bourguignonne. De là l’équivoque. » Voici quelques autres dictons concernant les Bourguignons :

Il a passé par la Bourgogne,
Il a perdu toute vergogne.

Les plus renieurs sont en Bourgogne qui disent : « Je renie Dieu si je ne dis la vérité. »

Bonnes toiles sont en Bourgogne.

Salé (le grand)

Rigaud, 1881 : La mer.

Salé (morceau de)

Rigaud, 1881 : Enfant en bas âge.

Salé à la banque (en demander)

Virmaître, 1894 : Demander au metteur en pages ou au prote une avance sur la semaine. Salé : travail payé d’avance. Saler une note : additionner le numéro du cabinet avec la carte (Argot d’imprimerie).

Sale coup pour la fanfare

Rigaud, 1881 : Mauvaise situation, mauvaise affaire.

France, 1907 : Cette expression, fort usée dans les régiments, signifie qu’une chose désagréable ou fâcheuse vient d’arriver.

Des prolos se sont groupés, pour éliminer les intermédiaires, ont monté une coopérative où ils ont quantité de bricoles, frusques et boustifaille, quasiment au prix de revient ; sale coup pour la fanfare du petit négoce !

(Le Père Peinard)

Salé trichineux (morceau de)

Rigaud, 1881 : Petit enfant laid et malsain.

Salebreux

France, 1907 : Raboteux, rocailleux ; du latin salebrosus, même sens.

Salée (la)

Virmaître, 1894 : La mer (Argot des voleurs).

Salée (le grand)

France, 1907 : La mer. On dit aussi la grande salée.

Saler

d’Hautel, 1808 : Saler une marchandise. La mettre à un prix élevé, exorbitant.
Se saler. Terme d’imprimeur ; prendre du salé ; compter à la banque plus d’ouvrage que l’on n’en a réellement fait. Voy. Salé.

Larchey, 1865 : Tancer vertement, faire payer trop cher.

Delvau, 1866 : v. a. Adresser de violents reproches à quelqu’un, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. a. Faire payer trop cher. Saler une note. En exagérer les prix. On dit aussi Répandre la salière dessus.

Rigaud, 1881 : Vendre cher. — Réprimander. — Vous allez dîner dans ce gargot ? c’est mauvais et salé.

La Rue, 1894 : Faire payer trop cher. Réprimander. Donner la syphilis.

France, 1907 : Communiquer la syphilis.

France, 1907 : Gronder. Surfaire un prix. Assommer.

— C’est pas qu’on ait le taf : on est moelleux, et on ne craint personne ; mais des roussins qui vous tombent sur vous à l’« improvisse », comme la grêle sur le pauvre monde, ou des ballots qui se mettent à quatre pour saler un gonce, y a-t-il moyen d’parler à ces gens-là ?

(Jean Lorrain)

On dit aussi : saler la gueule.

— Plus souvent qu’on irait s’exposer entre le viaduc et le pont de Sèvres, pour se faire lever par les vaches à Lépine ou saler la gueule par les feignants de Javel-les-Bains, un tas de brutaux qui manient le fer aux usines toute la semaine, et ne font le coup de poing que le lundi et le dimanche !

(Jean Lorrain)

Saler (se faire)

Fustier, 1889 : Contracter une maladie vénérienne.

Salerne (mires de)

France, 1907 : Nom donné autrefois aux bons médecins, à cause de l’École de Salerne qui, fondée an commencement du XIe siècle, a joui pendant tout le moyen âge d’une grande célébrité. Les aphorismes de l’école de Salerne ont été souvent traduits et imités dans les langues de l’Europe.

Saleté

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d’improbité que de boue, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leur sluttery. Faire des saletés. Faire des tours de coquin, d’escroc.

Saletés (dire des)

Delvau, 1864 : Tenir des propos de « haulte gresse » et de grande salacité, pour provoquer, les idées libertines et pousser à la consommation de la femme par l’homme et de l’homme par la femme. — Faire des saletés. Peloter une femme ou un homme, sucer ou gamahucher, branler ou faire postillon, etc., etc., — toutes les choses aimables de la fouterie.

Tu me disais alors que pour te plaire,
Une femme devait et dire et savoir faire
Toutes tes saletés et toutes les horreurs.

(L. Protat)

Salière

d’Hautel, 1808 : Il ouvre les yeux grands comme des salières. Se dit par plaisanterie d’un homme qui ouvre les yeux plus que de coutume ; qui est tout ébahi.
On appelle aussi salière les creux que les femmes maigres ont au haut de la gorge.

Rigaud, 1881 : Cavité plus ou moins profonde de la clavicule chez les femmes, suivant le degré de maigreur. — Avoir des salières à y fourrer le poing, se dit d’une femme très maigre qui n’a pas reculé devant une toilette décolletée.

Salières

Larchey, 1865 : Cavités pectorales. On dit d’une femme maigre trop décolletée qu’elle montre ses salières. — Usité dès 1808.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Cavités de la clavicule, — dans l’argot du peuple. Montrer ses salières. Se dit d’une Femme maigre qui se décollète trop.

Virmaître, 1894 : Une femme qui a la poitrine creuse, a des salières, c’est-à-dire des trous en guise de seins. On dit également qu’elle a les tétons dans le dos (Argot du peuple).

France, 1907 : Poitrine creuse, trous en guise de seins, cavités pectorales ressemblant à des salières.
Elle a deux salières et cinq plats, se dit d’une femme maigre qui n’a ni gorge, ni ventre, ni fesses.

— Je crois que vous « me voulez », en effet. Mais vous voulez également toutes les femmes qui passent à votre portée… mettons toutes les jeunes filles. Jusqu’à cette pauvre Jeanne, si plate, si fagotée, dont vous regardiez les salières avec des yeux brillants !

(Marcel Prévost, Les Demi-Vierges)

Salières (avoir des)

Delvau, 1864 : Se dit des femmes maigres qui n’ont que des trous où il faudrait des bosses ; derrière les clavicules, par exemple. Elle a deux salières et cinq plats (sein plat). Vieux dicton qui s’emploie pour désigner une femme maigre qui n’a ni cul ni tétons.

Saligaud

d’Hautel, 1808 : Un saligaud. Un homme mal propre et sans tenue ; il n’est guères d’usage qu’au masculin.

Saligaud, e

Delvau, 1866 : s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leur slut.

Salin

Halbert, 1849 : Jaune.

France, 1907 : Jaune. Saloir.

Salir

d’Hautel, 1808 : Salir la réputation de quelqu’un. Y porter atteinte par de mauvais propos, par des commérages, de noires médisances.

Vidocq, 1837 : v. a. — Vendre des objets volés.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Salir le nez (se)

Fustier, 1889 : Se griser.

France, 1907 : S’enivrer.

Salisson

d’Hautel, 1808 : Petite fille sale et malpropre qui n’a aucun soin de sa personne.

Saliver

France, 1907 : Parler avec abondance, bavarder à en baver, comme maints orateurs de réunions publiques.

Vous pouvez, ô suaves crapules, saliver, baver, calomnier à gueule que veux-tu. Vous n’aurez jamais autant de haine que j’ai de mépris.

(A. Maujan)

Salivergne

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Écuelle.

Halbert, 1849 : Écuelle ou salade.

Saliverne

Vidocq, 1837 : s. f. — Salade.

Delvau, 1866 : s. f. Écuelle, gamelle, — dans l’argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur salive pour dégoûter les camarades. Ils disaient autrefois Crolle.

Rigaud, 1881 : Tasse, gamelle, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Gamelle ou écuelle qui sert dans les hôpitaux aux malades pour cracher. Ils salivent dedans (Argot des voleurs).

France, 1907 : Écuelle qui sert de crachoir dans les hôpitaux.

Saliverne (en)

France, 1907 : Pêle-mêle.

Salle

La Rue, 1894 : Enfant.

Salle à manger

Delvau, 1866 : s. f. La bouche, — dans l’argot des faubouriens. N’avoir plus de chaises dans sa salle à manger. N’avoir plus de dents.

Rigaud, 1881 : Bouche. — N’avoir plus que trois ou quatre chaises dans la salle à manger, n’avoir plus que trois ou quatre dents. — La salle à manger se démeuble, se dit quand on perd ses dents.

Virmaître, 1894 : La bouche. Pour indiquer qu’un individu n’a pas de dents, on dit dans le peuple :
— Il n’a plus de tabourets dans la salle à manger (Argot du peuple).

France, 1907 : Bouche. Manquer de tabourets dans la salle à manger, être édenté.

Salle de danse

Rigaud, 1881 : Derrière, — dans le jargon des souteneurs qui, dans leurs démêlés avec leurs maîtresses, les font danser à grands coups de pied au derrière.

France, 1907 : Le derrière.

Salle de papier

Rigaud, 1881 : Salle de théâtre où la plupart des spectateurs sont entrés avec des billets donnés.

France, 1907 : Salle de spectacle remplie à l’aide de billets de faveur ; argot des théâtres.

Sallir à la poigne

Clémens, 1840 : Vendre à la main, courir les foires.

Salliverne

Clémens, 1840 : Salade.

Saloirs

France, 1907 : Chaussures.

Salonnier

Delvau, 1866 : s. m. Critique d’art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes. Le mot est de création récente.

France, 1907 : Journaliste qui fait la critique des expositions d’art, les salons.

Des poètes, des salonniers ; poètes camarades des peintres, la race en existe ! braves garçons cherchant le chef-d’œuvre, et, d’un rêve sympathique, complétant l’œuvre parfois incomplète de l’ami ; salonniers inquiets rêvant des formules souples, molles — fonds vibrants, horizons ressentis, gris savoureux, que sais-je encore ? — aptes à envelopper, comme on enveloppe de papier d’argent une dragée, leur idée toujours simple au fond et pareille à l’idée de tout le monde : « Tel tableau est bon ou mauvais, il me plaît ou ne me plaît pas. »

(Paul Arène)

Salope

d’Hautel, 1808 : Pour sale, malpropre.
Une salope. Terme injurieux que l’on ne donne qu’à une femme sans mœurs ; à une prostituée.

Delvau, 1864 : Femme galante, de haut, ou de bas étage.

Je vous aime ainsi, divine salope.

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de drabs dans Winter’s Tale, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.

Saloper

d’Hautel, 1808 : Hanter des femmes de mauvaise vie ; se plonger dans la dissolution, dans le vice le plus bas et le plus crapuleux.

Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’école des Beaux-Arts.

La seule chose qui soit interdite, c’est de saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c’est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l’école) met son nom au bas d’un avis dans lequel on lit : Il est formellement interdit de saloper avant tel jour. Qu’est-ce donc que saloper ? C’est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son appréciation sur l’œuvre du voisin.

(Liberté, août 1883)

France, 1907 : Travailler mal.

Saloperie

d’Hautel, 1808 : Au propre saleté, malpropreté.
Dire ou faire des saloperies. Tenir des propos obscènes ; faire des petitesses, des vilenies.

Delvau, 1866 : s. f. Ordure, — au propre et au figuré, spucritia et obscenitas. Dire des saloperies. Employer un langage ordurier. Faire des saloperies. Se conduire en goujat.

Delvau, 1866 : s. f. Vilain tour, lésinerie, crasse.

Salopète

Rigaud, 1881 : Il (le canotier de la Seine) porte la salopète, cotillon de grosse toile à torchon ; la salopète ne se lave pas, chaque tache lui est un honneur.

(E. Briffault, Paris dans l’eau, 1844)

Salopette

France, 1907 : Petit tablier ; blouse de travail ; pantalon de travail.

Salopiat, salopiaud

France, 1907 : Salaud ; individu malpropre au moral ou au physique ; de salop, venant lui-même de l’anglais sloppy, même sens.

Salopiat, salopiot, saligot

Rigaud, 1881 : Malpropre, vaurien.

Puis ne voilà-t-il pas qu’un sacré polisson de salopiat de singe, ne le voilà-t-il pas, à la fin des fins, il vous pisse par une fente sur les mignons.

(E. de Goncourt)

Salopiaud

Delvau, 1866 : s. m. Homme malpropre d’esprit et de costume, en actions et en paroles. Au féminin, Salopiaude.

Salopise

France, 1907 : Vilain tour.

Pas de danger qu’un campluchard dénonçât leur gite. Au contraire, il leur faisait signe quand la maréchaussée manigançait une salopise contre eux.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Salpêtre

d’Hautel, 1808 : Il est pétri de salpêtre. Pour dire il est d’une turbulence, d’une vivacité, d’un emportement extraordinaire.

Salpicon

France, 1907 : Sorte de ragoût composé de plusieurs espèces de viandes coupées menu et mélangées à des champignons, des truffes ou des culs d’artichaut.

Salsifis

Rigaud, 1881 : Doigt.

J’ai un amour d’homme qui ne porte pas des culottes mûres et se met des gants sur ses salsifis.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Rossignol, 1901 : Voir bogue.

France, 1907 : Doigts.

Salsifis (les)

Hayard, 1907 : Les doigts.

Salsifits

Virmaître, 1894 : Doigts. Les voyous disent :
— Je vais te coller une poignée de salsifits sur la hure (Argot du peuple).

Saltarelle

France, 1907 : Danse méridionale ; de l’italien saltarella.

Saltimbe

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Saltimbanque, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Abréviation de saltimbanque.

Saluade

d’Hautel, 1808 : Une grande saluade. Pour dire une révérence profonde et affectée.

Salue femme barbue, bâton à la main

France, 1907 : Vieux dicton indiquait la terreur qu’avaient nos pères pour les femmes ayant poil aux lèvres ou au menton et qu’ils considéraient comme des sorcières.

Saluer

Rigaud, 1881 : Baisser la tête sous le feu des projectiles. (L. Larchey)

Saluer le public

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des comédiens, ces gladiateurs de l’Art. C’est un ressouvenir de l’Ave, Cæsar, morituri te salutant.

France, 1907 : Mourir.

Salus populi suprema lex esto

France, 1907 : Que le salut du peuple soit la suprême loi. Maxime du droit public dans l’ancienne Rome.

Salutations à ciel ouvert

France, 1907 : Saluts exagérés, tête basse et dos voûté.

Salutations à cul ouvert

Rigaud, 1881 : Salutations prolongées, salutations cérémonieuses.

Salutiste

France, 1907 : Sectaire appartenant à l’armée du Salut, fondée à Londres en 1860 par un ancien ouvrier tailleur, William Booth, qui s’intitule le « général ». L’effectif de l’armée en Angleterre, en avril 1899, comprenait 200 000 soldats, 40 000 sous-officiers, 13 000 officiers, le tout dirigé par le fameux général Booth qui a donné à son épouse le titre de maréchale.

Donnez des maris à vos salutistes,
Anges de maigreur vendant des journaux
Qui, sous leurs chapeaux informes, sont tristes
Et leurs yeux luiront de bonheurs nouveaux.

(Gringoire)

Salve Regina

France, 1907 : Antienne à la Vierge, littéralement : Salut, Reine. C’était autrefois la coutume de chanter cette antienne à l’exécution des criminels, aussi disait-on chanter le Salve en parlant de quelqu’un qui était perdu sans aucun espoir.

Sam (oncle)

France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants des États-Unis de l’Amérique ; personnification du gouvernement fédéral. D’après Joliet, ce nom, qui s’écrit en anglais uncle Sam, serait une traduction populaire de U.S. AM, abréviation d’United States (of) America. D’un autre côté, Émile Tandel, dans l’Intermédiaire du 10 novembre 1898, donne, d’après l’éditeur des œuvres de Fenimore Couper, une explication qui confirmerait celle de Joliet :

Les troupes des États-Unis portent sur leur havresac Les initiales U. S. (United States). On dit qu’un plaisant du pays, voyant passer un soldat dont le havresac portait les lettres U. S. L. D., c’est-à-dire United States light dragons, États-Unis, dragons légers, s’est écrié : Uncle Sam’s lazy dogs, chiens fainéants d’oncle Sam. Peut-être n’en a-t-il pas fallu davantage pour que le sobriquet en soit resté au gouvernement. Les Indiens rapprochés des villes, ceux qui voient le plus de soldats en uniforme, appellent souvent le président des Etats-Unis (U. S.) Uncle Sam.

Enfin, troisième version donnée par le Reader’s Handbook of references, Londres 1890 :

Uncle Sam vient de Samuel Wilson qui était un des inspecteurs des provisions pendant la guerre de l’indépendance aux États-Unis. Samuel Wilson fut appelé, par ses employés et autres, Uncle Sam. On voyait sur les marchandises qui lui étaient consignées la marque de l’entrepreneur E. A. U. S. (signifiant Elbert Anderson, United States) qu’on interprétait Elbert Anderson et Uncle Sam. Le jeu de mots était trop bon pour disparaître et Uncle Sam est devenu synonyme de U. S. (United States).

Samaritaine (frère de la)

France, 1907 : Filou, coupeur de bourses. Ce nom vient d’une machine hydraulique placée autrefois sur le Pont-Neuf, et destinée à fournir de l’eau aux Tuileries et au Louvre. Sur la façade, on voyait un groupe de figures en bronze doré, représentant Jésus-Christ et la Samaritaine auprès du puits de Jacob, d’où est venue l’appellation de Samaritaine du Pont-Neuf. Cet endroit fut longtemps le rendez-vous des filous et des vide-goussets.

Sambue

France, 1907 : Ancienne selle à l’usage des femmes, consistant en un siège entre les arçons avec une planchette pour reposer les pieds.
Ce fut Catherine de Médicis qui fit supprimer la sambue et la remplaça par la selle actuelle :

Elle était, dit Brantôme, fort bien à cheval et hardie et s’y tenoit de fort bonne grâce, ayant esté la première qui avoit mis la jambe sur l’arçon, d’autant que la grâce y estoit bien plus belle et apparoissante que sur la planchette.

Samedi aux deux besaces

France, 1907 : « C’est ainsi que l’on appelle, dans les environs de la Châtre le samedi qui précède le carnaval, parce que marché se tenant dans cette ville le samedi, on y va ce jour-là avec deux besaces, pour mettre dans l’une la provision de viande qui doit se manger pendant les jours gras, dans l’autre la provision de maigre que l’on doit consommer pendant le carême. »

(Jaubert, Glossaire du Centre de la France)

Samer

France, 1907 : Fermer violemment une porte.

Samovar

France, 1907 : Bouillotte russe, servant à faire le thé.

Dans la maison coquettement parée, où l’on avait rallumé les cierges de la Noël, autour du samovar étincelant, sur un large plateau de cuivre qui semblait de l’or, les gâteaux étaient amoncelés, saupoudrés comme si une neige très légère était tombée dessus.

(Armand Silvestre)

Samson (armes de)

France, 1907 : Les mâchoires. S’escrimer des armes de Samson, bien manger, jouer vaillamment des mâchoires ; allusion à la mâchoire d’âne avec laquelle ce héros juif défit à lui seul six mille Philistins !

Sancerre (pistolets de)

France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants de cette ville et dont l’origine fort honorable remonte au siège qu’en fit Le maréchal de La Chastre en 1573, siège qui dura neuf mois et livra la ville à une horrible famine.

Les assiégés, dit Fleury de Bellingen, se défendirent avec beaucoup de valeur. Cent cinquante vignerons, entre autres, causèrent avec leurs frondes un tel désordre dans le camp des catholiques, que ceux-ci les nommèrent les pistolets de Sancerre, comme si les pierres que jetoient ces paysans eussent produit le même effet que les balles de pistolet. Ce nom est demeuré jusqu’à présent, et est encore aujourd’hui commun dans tout le voisinage de Sancerre.

Sancho Pansa

France, 1907 : Juge de paix.

Sancta simplicitas (ô) !

France, 1907 : Ô sainte simplicité !

Et vous vous figurez que le mâle ira se passer de… Ô sancta simplicitas ! Il saura bien en trouver, des femmes… quitte à aller les chercher au centre de l’Afrique ou au fin fond de l’Australie, quitte à prendre de force celles qu’il auras sous la griffe et qui feront leurs mijaurées…

(Albert Cim, Émancipées)

Sanctus

France, 1907 : Marque, cachet, sceau ; mot tombé en désuétude.

L’officier l’y a foutu son sanctus que le manche de son épée l’y faisoit emplâtre.

(Journal de la Rapée)

Sanctus sanctorum

France, 1907 : Le saint des saints. C’était, chez les Juifs, le lieu sacré du temple.

Le Sanctus sanctorum de l’arche, c’est l’ouvrier. J’ai dit, poussé par l’ange de l’évidence, que de tous les tenants du pacte social, l’artisan était le plus favorisé par la République, ou, si l’on veut, le moins malheureux. Cela est mon opinion, mon opinion bien personnelle, mis si ce n’est pas vrai, qu’on me pende.

(Émile Bergerat)

Sandales

Halbert, 1849 : Souliers.

Sandwich

Fustier, 1889 : Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l’une sur la poitrine et l’autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n’étaient hâves et déguenillés et ne rappelaient qu’approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu’aimait si fort le comte Sandwich.

On s’amusa d’abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.

(Dix-neuvième siècle, décembre 1886)

France, 1907 : Homme-réclame emprisonné entre deux affiches collées sur des planches suspendues à son cou : ce qui le fait ressembler à la tranche de jambon mise entre deux tartines de beurre appelée par les Anglais sandwich.

Sang

d’Hautel, 1808 : Qui perd son bien perd son sang. Signifie que perdre sa fortune, c’est en ce bas monde, perdre estime, considération amitié ; enfin tout ce qui peut rendre la vie agréable.
Avoir du sang aux ongles. Pour, avoir du courage, de la bravoure de l’honneur.

Sang (bon)

France, 1907 : Expression employée dans le sens de mauvais, désagréable.

— T’es solide et tout ce qu’il faut. je n’dis point ! Je t’ai fait avec ta mère de mon mieux que j’ai su ! Mais ça n’empêche point que tu vas dans un bon sang de pays où y a pis que des puces !

(Henri Lavedan)

Sang (coup de)

Rigaud, 1881 : Coup de cent points au piquet lorsqu’on compte cent avant de jouer ou en jouant la première carte. Calembour à la portée des joueurs.

Sang (se faire du)

Rigaud, 1881 : C’est-à-dire se faire du mauvais sang, s’inquiéter.

Sang (tirer son)

France, 1907 : Formule de serment des paysans des campagnes du Centre. « J’en tire mon sang » disent-ils, en se pinçant avec le pouce et l’index la peau du cou au-dessus de la pomme d’Adam. Bien entendu, ils ne s’en tirent pas plus le sang qu’ils ne tiennent leur serment.

Sang bleu

France, 1907 : Nobles : ils sont censés avoir le sang d’une autre nuance que le commun des mortels.

À vrai dire, ce que nous appelons vertu chez la femme, ne se rencontre guère : il n’y a que des tempéraments. C’est comme le fond de toutes les convictions politiques, religieuses, sociales. Fouillez tout cela, vous trouvez l’intérêt. Combien de nos plus farouches républicains seraient pus royalistes que le roy si les chroniques du canton relataient que le vidame de leur village a violé la gardeuse d’oies, leur trisaïeule, et que peut-être coulent dans leurs roturières veines quelques parcelles de sang bleu ; de même, combien de vieilles filles portées en terre, dignes de ceindre la couronne d’oranger, parce qu’elles ont manqué du sixième sens ou de l’occasion larronnesse, ou encore résisté vaillamment à l’attaque à cause de la lune nouvelle.

(Hector France)

Sang de bœuf

Fustier, 1889 : Saladier de vin chaud. Argot du peuple.

Assise à une table graisseuse, vis-à-vis d’un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums grossiers d’un saladier de vin chaud, d’un sang de bœuf, comme cela s’appelle là-bas.

(Événement, septembre 1885)

La Rue, 1894 : Saladier de vin chaud.

France, 1907 : Saladier de vin chaud ; argot des souteneurs.

Sang de navet

Virmaître, 1894 : Homme sans courage, qui n’a pas de sang dans les veines. On dit également :
— Il a les foies blancs (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui n’est pas brave à du sang de navet ou le foie blanc.

Sang de poisson

Vidocq, 1837 : s. f. — Huile.

Delvau, 1866 : s. m. Huile, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Huile, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Huile.

France, 1907 : Huile

Sang-de-navet

France, 1907 : Personne sans énergie, sans courage. Expression populaire.

Sang-gris

France, 1907 : Boisson en usage dans les Antilles, composée de vin, de jus de citron, de muscade et de cannelle.

Sangle

d’Hautel, 1808 : Un négociant marchand de sangles. Expression dérisoire pour dire un portefaix, un artisan qui vit à la sueur de son corps ; un courtier qui fait toutes sortes de commerces sans avoir un pouce de marchandise.

Sanglé

Delvau, 1866 : adj. À court d’argent.

France, 1907 : À court d’argent.

Sangler

d’Hautel, 1808 : Serrer quelqu’un avec une sangle ; le comprimer à lui faire perdre la respiration. Signifie aussi flanquer, appliquer.
Sangler des coups de fouet à quelqu’un. Le fustiger violemment.
On dit aussi d’un homme qui a perdu son procès, ou qui a essuyé quelque grand dommage, qu’Il a été sanglé d’importance.

Delvau, 1866 : v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Sauter.

Delvau, 1866 : v. a. Réprimander vertement, et même Battre.

France, 1907 : Punir ; argot militaire. Sangler serré, punir sévèrement.

Le colonel aime à se dire le père du soldat, sans prétendre que « qui aime bien châtie bien ». Il a les punitions en horreur et exècre les punisseurs. Il punit rarement lui-même, mais alors il sangle serré.

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)

Sangler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu’un, par exemple, se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une maîtresse.

Sangler une femme

Delvau, 1864 : La baiser, la frapper à coups de queue sans qu’elle s’en fâche.

Il demande grâce pour avoir sanglé cette fille.

(St Amand)

Sanglier

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Confesseur, celui qui accompagne le condamné à l’échafaud.

Bras-de-Fer, 1829 : Confesseur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Prêtre.

Larchey, 1865 : Prêtre. — Calembour. — C’est le sans-glier, le sans-diable (Glier représente le diable dans le vieil argot. V. Vidocq). Allusion à la mission divine du prêtre qui est de réconcilier les condamnés avec le ciel. V. Hariadan, Cuisinier.

Delvau, 1866 : s. m. Prêtre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prêtre. Le sanglier est sauvage ; le prêtre vit retiré du monde comme le sanglier au fond des forêts.

La Rue, 1894 : Prêtre.

Virmaître, 1894 : Le prêtre. Pourquoi ? Le prêtre n’a pourtant rien du sanglier, ni les allures, ni la rudesse, car il ne tient pas tête à ceux qui le combattent (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prêtre ; c’est-à-dire sans glier. Voir ce mot.

Sanglier (le)

Halbert, 1849 : Le prêtre.

Sanglion (être à son dernier)

France, 1907 : Être aux approches de la mort, au bout de son rouleau, de sa sangle.

Sangsue

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités ; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.

Sangsue (poser une)

Rigaud, 1881 : Corriger sur le marbre pour un compagnon absent, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : Corriger sur le marbre pour un compagnon absent. Cette locution pittoresque rappelle la faculté que possède cette hirudinée de se fixer, de se coller à la peau de l’homme ou des animaux. Peut-être encore vient-elle de ce que certains corrigeurs comptent à leurs camarades plus de temps qu’ils n’en ont passé et jouent alors à l’égard de ceux-ci le rôle de sangsues.

France, 1907 : Corriger sur le marbre pour un camarade absent. « Peut-être cette expression vient-elle de ce que certains corrigeurs comptent à leurs camarades plus de temps qu’ils n’en ont passé et jouent alors à l’égard de ceux-ci le rôle de sangsues. »

(Eug. Boutmy)

Sangsurer

Delvau, 1866 : v. a. Faire de nombreuses saignées à la bourse de quelqu’un, — dans l’argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues. Se sangsurer. Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.

Sanguin

France, 1907 : Homme de peine employé aux abattoirs pour ramasser le sang.

Les ramasseurs de sang qu’aux abattoirs on a baptisés les sanguins sont de bons fieux chargés, après chaque tuée, de ramasser le sang des bêtes sacrifiées et de le coller dans des tonneaux. Ils sont quatre-vingts.

(Le Père Peinard)

Sans

d’Hautel, 1808 : Cela s’en va sans dire. Locution vicieuse et barbare, pour dire cela est évident, ne souffre nulle difficulté.

Sans beurre

Rigaud, 1881 : Chiffonnier aristocrate.

Sans beurre ou chiffonniers aristocrates

Vidocq, 1837 : Le cabaret du Pot blanc, situé à proximité de la barrière de Fontainebleau, est le rendez-vous de ces hommes qui parcourent les rues de Paris le crochet à la main, la hotte sur le dos, et qui quelquefois sont munis d’une lanterne, non pas comme Diogène pour chercher un homme qu’ils ne trouveraient pas dans la rue de la moderne Babylone, mais pour chercher, calembourg à part, des loques à terre.
Les mœurs de ces individus sont de nature à être peintes. Malgré leur amour pour l’égalité des rangs, et la liberté, ils n’en sont pas moins de véritables despotes, des aristocrates s’il en fût.
Les chiffonniers se sont classés suivant leur rang, leur fortune, et le genre qu’ils ont adopté. Ceux qui possèdent un hoteriot en bon état, un crochet dont le manche est propre et luisant forment la première classe ; ceux qui appartiennent à la seconde n’ont qu’un mannequin assez propre ; ceux qui appartiennent à la troisième ne possèdent qu’une vieille serpillère dans laquelle ils mettent ce qu’ils ramassent.
Ce n’est pas seulement dans l’exercice des fonctions que la distinction a lieu, elle existe aussi au Pot blanc, et pour ne point mettre leur hoteriot en contact avec les mannequins et les serpillières, les chiffonniers de la première classe se sont emparés de la plus belle, ou plutôt de la moins vilaine pièce du Pot blanc : elle leur appartient exclusivement, et pour bien indiquer sa destination, ils l’ont nommée la Chambre des Pairs. Les porteurs de mannequins, à leur exemple, se sont emparés d’une autre pièce qu’ils ont nommée la Chambre des Députés. Les membres de la troisième classe ont donc été forcés de se contenter de celle dont n’ont point voulu les deux autres, el ils l’ont nommée : la Réunion des vrais Prolétaires.
L’étiquette étant ainsi réglée, les membres d’une chambre n’oseraient entrer dans celle destinée à une catégorie à laquelle ils n’appartiennent pas ; ils sont très-retenus, et par conséquent très-sévères envers celui qui pénètre dans le sanctuaire sans y être appelé.
À l’entrée de chaque salle sont rangés les hoteriots, les mannequins, et les serpillières ; les crocs ont aussi leur place.
Le vin qu’on boit au Pot blanc n’a pas été composé avec le jus de la treille ; mais, tel qu’il est, il paraît fort bon aux habitués ; il est servi dans un pot de terre que ces Messieurs nomment petit père noir, et extrait d’un broc omnibus auquel ils ont donné le nom de Moricot. Des filles d’une tournure toute particulière servent une gibelotte équivoque, du bœuf à la mode, ou d’autres mets de cette espèce, mais elles en exigent la valeur avant même de déposer le plat sur la table. On voit souvent les consommateurs venir rendre au comptoir les brocs, pots et verres, et boire jusqu’à concurrence de la somme déposée en garantie de ces objets ; le comptoir est un lieu franc où fraternisent les membres des trois catégories.

Sans blague

Virmaître, 1894 : C’est vrai, je ne mens pas (Argot du peuple).

Sans camelotte ou solliceur de zif

Vidocq, 1837 : Quelqu’un sonne à la porte d’une bonne ménagère ; la servante s’empresse d’aller ouvrir, et introduit auprès de sa maîtresse un Monsieur très-bien couvert, qui ne cesse de s’incliner que lorsqu’on l’a prié de s’asseoir, et qui témoigne le désir d’entretenir sans témoin le maître ou la maîtresse de la maison. La ménagère fait un signe à la servante qui sort aussitôt ; et le Monsieur, après avoir pris la peine de regarder si la porte est bien fermée, s’exprime en ces termes :
« Il n’y a pas, dans un ménage bien organisé, de petites économies ; c’est pour cela, Madame, que j’ai osé prendre la liberté de venir vous proposer le nouveau produit d’une fabrique hollandaise destiné à remplacer très-avantageusement le sucre, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré. Les fondateurs de la fabrique hollandaise dont j’ai l’honneur de vous parler ont trouvé les moyens d’épurer, par la vapeur, les résidus de sucre de canne et de betterave qui, jusqu’à ce jour, n’avaient pas été utilement employés, et d’en extraire une composition aussi blanche, aussi dure que le plus beau sucre royal, et qui possède toutes ses propriétés. Voici, du reste, un échantillon de ce nouveau produit, auquel on a donné le nom de zif, mot grec qui signifie parfait. Cet échantillon, je l’espère, vous prouvera mieux que tous les discours possibles la vérité de ce que j’ai eu l’honneur de vous dire. »
Le fripon, en achevant cette première partie de son discours, tire un petit paquet de sa poche, et remet à la dame qui, depuis un quartd’heure, l’écoute avec la plus sérieuse attention, un morceau de sucre royal.
« Mais c’est du sucre, Monsieur, dit la dame.
— Du tout, Madame, c’est du zif, composition extraite des résidus de sucre de canne et de betterave épurés par la vapeur, destinée à remplacer avantageusement le sucre royal première qualité, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré. »
La dame ne peut se lasser d’examiner le zif ; elle admire son éclat, sa blancheur. Enfin, elle se détermine à appeler son mari, qui arrive le menton savonné et le rasoir à la main.
« Qu’est-ce que cela, dit-elle ? — Eh ! parbleu, c’est du sucre, répond le mari. — Non, mon ami, c’est du zif. — Du zif, ajoute le mari, et à quoi cela sert-il ? » Ici le Solliceur recommence son boniment, que le mari écoute les yeux fixes et la bouche béante.
« Que de choses l’on fait avec la vapeur, dit-il ; et combien vendez-vous ce Zif ? — Quatorze sous la livre. — Mais il faut en prendre une certaine quantité, Poupoule, peut-être que plus tard nous ne pourrons pas nous en procurer au même prix.
— Un instant, Monsieur, dit la dame, qui est douée d’une grande perspicacité, et qui veut connaître par l’expérience les propriétés de ce que son mari est déjà déterminé à acheter ; vous êtes bien pressé de terminer, le zif de Monsieur est très-blanc et très-dur, mais sucre-t-il ? voilà le point capital. »
Cette observation lumineuse impose silence au mari, qui se contente de répéter les dernières paroles de sa chaste moitié, le zif sucre-t-il ?
« J’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, répond le Solliceur, le zif est destiné à remplacer avantageusement le sucre royal première qualité ; et, si je ne me trompe, la première qualité de ce sucre est de sucrer ; si madame veut bien avoir l’extrême complaisance de faire venir un verre d’eau nous y mettrons un morceau de zif, et si madame n’est pas satisfaite de l’expérience, je consens à perdre tout ce que Madame voudra. »
Une proposition aussi raisonnable ne peut être refusée, la servante apporte un verre d’eau dans lequel la dame met un morceau de zif.
« Le zif sucre, dit-elle après avoir bu, mais cependant pas autant que le sucre.
— Vous m’étonnez, Madame, jamais avant vous on ne s’était plaint de mon zif.
— Mon cher Poulot, dit la dame à l’oreille de son mari, le zif sucre parfaitement, ce que j’en dis n’est que pour l’avoir à douze sols la livre. Quoique votre zif ne vaille pas à beaucoup près le sucre de seconde qualité, continue la dame en s’adressant au Solliceur, je veux bien cependant en prendre quelques pains, à la condition que vous me le laisserez à douze sols.
— Vous ne voulez rien me laisser gagner, Madame, cependant comme c’est la première affaire que j’ai l’honneur de faire avec vous, je ne veux pas vous refuser. Si avec votre zif vous voulez que je vous envoie des cafés Bourbon et Martinique fins verts, première qualité, je suis mieux que tout autre en mesure de vous satisfaire » ; le Solliceur montre alors des échantillons de cafés de qualités supérieures, qu’il ne vend pas, mais qu’il donne.
La dame fait une commande plus ou moins forte de zif et de café, et le Solliceur, après l’avoir remerciée, se dispose à sortir lorsqu’il se ravise tout à coup.
« Je m’adresse à d’honnêtes gens, incapables de nuire à un père de famille ? — Sans doute, Monsieur, répondent en chœur la dame et son mari. — Vous devez bien penser, continue le Solliceur après avoir regardé autour de lui et s’être assuré que le nombre de ses auditeurs ne s’est pas augmenté, que si je puis vous livrer à des prix modérés mon zif et mes cafés, c’est qu’ils ne m’arrivent pas par les voies ordinaires. Avec mon zif je fais passer en contrebande d’autres marchandises : de magnifiques foulards de l’Inde, de superbes madras, des châles de l’Inde, des draps de Ségovie admirables ; permettez-moi de vous faire voir quelques échantillons de ces produits merveilleux des fabriques étrangères. » Et le Solliceur, sans attendre une réponse qui ne serait peut-être pas favorable, fait un signal, et la servante introduit dans l’appartement un compère qui porte sous son bras un assez volumineux paquet de marchandises. « Voyez, Madame, dit le premier en déployant une pièce de foulards, le grain de ce tissu, l’éclat et l’heureux mélange de ces couleurs, 18 fr. la demi-douzaine. Admirez, Monsieur, la finesse, la force et le luisant de ce drap, le roi n’en porte pas de plus beau, 28 fr. l’aune, ce qui coûte ordinairement 60 francs. Voici des madras de l’Inde, tout ce qu’il y a de plus beau. » Le Solliceur vante ses marchandises, dont l’aspect du reste ne laisse vraiment rien à désirer ; avec une telle assurance, il est si persuasif, si engageant, qu’il parvient à vendre à ses auditeurs, qui croient faire avec lui d’excellentes affaires, une partie notable de ce que contient le ballot que porte son compagnon.
Les foulards de l’Inde ne sont que de mauvais foulards de Lyon parfumés d’une légère odeur de goudron ; le drap de Ségovie du drap de Verviers, et les madras des mouchoirs de Chollet apprêtés et calandrés.
« Madame, dit le Solliceur après avoir reçu le prix des marchandises vendues, si vous désirez recevoir promptement votre zif et votre café, il faut que vous vous déterminiez à me rendre un léger service. On vient de me saisir à la barrière pour 24,000 francs de marchandises ; pour faire honneur à divers engagemens, j’ai été obligé de laisser toutes celles qui me restaient entre les mains d’une personne qui a bien voulu me prêter quelques billets de mille francs, et maintenant je suis obligé de remettre à cette personne une somme égale à la valeur des marchandises que je lui demande. Ainsi, Madame, ayez donc la bonté de me payer d’avance la commande que vous avez eu la bonté de me faire, cette obligeance me procurera les moyens de vous servir plus tôt. Il est bien entendu que je vous laisserai en garantie ce paquet de marchandises que vous ne me rendrez que si le zif et le café qui vous seront livrés sont conformes aux échantillons que voici. »
La dame, qui est impatiente de montrer à ses voisines le zif et le café en question, satisfait presque toujours le Solliceur qui part les poches pleines et ne revient plus. On vend de cette manière toutes sortes de marchandises.

Rigaud, 1881 : Escroc qui se fait avancer de l’argent sur une marchandise imaginaire, sur une marchandise qu’il ne livrera jamais.

Sans canne (être)

Delvau, 1866 : En rupture de ban, — dans le même argot [des voleurs].

Sans chagrin ou batteur de dig-dig

Vidocq, 1837 : Des fripons ont jeté leur dévolu sur un joaillier, un bijoutier, un horloger, un marchand de diamans ou de tous autres objets de grande valeur ; ils cherchent à acquérir une parfaite connaissance des êtres de la maison, ils s’attachent à connaître le maître de la maison afin de pouvoir le suivre le jour fixé pour commettre le vol. Les voies bien préparées, un affidé se présente au magasin soi-disant pour faire une emplette importante. Il est, dit-il, de la province, et tantôt il se fait passer pour un domestique, tantôt pour un homme chargé de commissions ; il se fait présenter des marchandises qu’il examine attentivement, qui paraissent lui convenir sous tous les rapports, mais que cependant il n’achète pas, car il reviendra, dit-il, avec son maître ou la personne dont il n’est que le mandataire. Après cette première visite, le fripon rend à ses complices un compte exact de tout ce qu’il a vu, et peu de jours après les voleurs qui doivent opérer se présentent à leur tour chez le marchand qui doit être volé ; ils se font présenter des marchandises, montres, bijoux ou diamans, qu’ils examinent avec attention. Tout-à-coup l’un d’eux affecte de se trouver mal, il demande une chaise, et prie qu’on ouvre les fenêtres afin de renouveler l’air. Les femmes ou les commis qui se trouvent dans la boutique s’empressent d’obéir, ils préparent un verre d’eau sucrée que le malade accepte avec la plus vive reconnaissance, mais qui cependant ne calme point les souffrances qu’il éprouve. Le Batteur de Dig Dig dit qu’il ne peut calmer ces crises, auxquelles il est très-sujet, qu’avec de l’absinthe ; une des personnes du magasin va chercher ce qu’il désire. Le fripon, qui n’a pas plus besoin d’absinthe que d’autre chose, n’en demande pas davantage ; pendant ce temps tout le monde s’occupe autour de lui, les voleurs, de leur côté, ne perdent pas leur temps, et tandis que personne ne les remarque, ils font main basse sur tous les objets qui se trouvent à leur portée ; lorsque le vol a été consommé, le Batteur de Dig Dig, qui a été averti par un signe de ses camarades, et qui malgré les soins qui lui ont été prodigués ne va pas mieux, dit qu’il a besoin pour se remettre d’aller faire un tour et qu’il reviendra ; puis il disparaît accompagné de ses compagnons, et, comme on le pense bien, il ne revient plus.
Tandis que les voleurs dont je viens de parler opèrent, celui qui est venu la première fois marchander des objets qu’il n’a pas achetés, file le malheureux qu’on doit voler, et s’il le voyait revenir du côté de son domicile, il ferait en sorte de l’accoster pour le retenir quelques instans, ou bien, il prendrait les devans afin de prévenir ses compagnons par un grand coup de sonnette.
Dans le courant du mois de novembre dernier, M. Keffer, marchand horloger, rue Jean-Jacques Rousseau, no 18, vint me trouver après avoir été victime d’un vol commis par des Batteurs de Dig Dig, et accompagné de toutes les circonstances détaillées plus haut. Deux jours après la visite du sieur Keffer, j’étais parvenu à découvrir les coupables, qui furent mis immédiatement entre les mains de la justice.
Il est malheureux d’être forcé de recommander de ne se montrer humain qu’à bon escient. Mais les Batteurs de Dig Dig sont en même temps si adroits et si audacieux, qu’on ne saurait prendre de trop minutieuses précautions pour se mettre à l’abri de leurs atteintes.

Sans chasses

Larchey, 1865 : Aveugle. — Sans condé : Clandestinement, sans permission du condé. — Sans-cœur : Usurier. Sans-culotte : Républicain de 1793, dont les jambes dédaignaient les culottes courtes pour se perdre dans un large pantalon.

Allez-vous encore me traiter de sans-culotte ?

(H. Monnier)

Vous voyez comme il méprise la sans-culotterie.

(C. Desmoulins, 1790)

Sans-dos : Tabouret. — Sans gêne : Indiscret.

Malvina trouva d’abord que ce monsieur était un sans-gêne.

(L. Reybaud)

Sans-loches : Sourd. — Sans-le-sou : Pauvre.

Farnèse fit un mouvement de rien, elle avait senti le sans-le-sou.

(Jaime)

Sans cœur

Vidocq, 1837 : s. m. — Usurier des bagnes et des prisons.
Il y a dans toutes les corporations d’hommes, quelque misérables qu’elles soient, des individus qui savent toujours tirer leur épingle du jeu, et mener bonne et joyeuse vie lorsque leurs compagnons meurent de faim. Les Sans Cœur sont de ceux-là. Soit au bagne, soit dans une maison centrale, leurs poches sont toujours très-bien garnies ; tous sortent du bagne ou de la prison plus riches qu’ils n’y sont entrés ; quelques-uns même y acquièrent une jolie fortune, et parmi ceux-là je dois citer un individu nommé Pantaraga, qui habitait au bagne de Toulon la salle no 3.
Cet homme joignait au métier d’usurier celui de restaurateur des forçats, et quoiqu’il fût obligé, pour conserver son privilège, de traiter gratis et bien MM. les comes, sous-comes et argousins, il sortit du bagne, après y avoir fait un séjour de 24 ans, avec un capital de 40,000 francs.
Pantaraga, il est vrai, avait plus d’une corde à son arc. Les forçats, quelles que soient les sommes qu’ils reçoivent de leur famille, ne peuvent, dans aucun cas, toucher plus de dix francs par mois, Pantaraga, restaurateur breveté du bagne, se chargeait volontiers d’aller toucher une plus forte somme au bureau du commissaire du bagne ; le forçat lui faisait, par exemple, un bon de 20 francs pour nourriture fournie, Pantaraga lui en remettait dix et en gardait dix pour lui. De cette manière le forçat pouvait jouer ou s’énivrer à loisir.
Il n’y a pas de petits métiers en prison, et l’on peut dire avec raison des Sans-Cœur, qu’ils savent mieux que personne ce que peut rapporter par minute un écu bien placé. Dans toutes les prisons, et notamment dans les prisons de la Seine, les Sans-Cœur exercent paisiblement leur infâme métier sous les yeux des agens de l’autorité ; ils prêtèrent par exemple 6 francs à celui qui aura dissipé en un seul jour ce que ses parens ou ses amis lui auront remis pour une semaine, à la charge par ce dernier de rendre 6 francs à l’époque convenue, et de laisser pour servir de nantissement sa redingotte ou son habit entre leurs mains.
Dans les maisons centrales, les Sans-Cœur avancent aux travailleurs, le dimanche, moitié du prix du travail de la semaine suivante, et touchent le prix total à leur lieu et place.
L’industrie des Sans-Cœur ne sert qu’à favoriser toutes les passions mauvaises, l’intempérance, le jeu, etc., etc. ; elle ne rend aucun service aux malheureux détenus, aussi l’autorité ne saurait employer, pour la réduire à néant, des mesures trop énergiques.
Je ne sais si je ne dois pas classer dans la catégorie des Sans Cœur les princes, les ducs et les barons de la volerie, ceux qui méritent à tous égards le titre d’Archi-Suppôt de la Haute Pègre ; en un mot, ceux que la loi n’atteint jamais. Plus adroits que leurs rivaux, ils jouissent du fruit des Chopins qu’ils ont maquillé sans crainte de la Raille des Quarts d’Œil, et des Gerbiers. Ils sont à la vérité trop haut placés pour qu’on puisse les atteindre.
J’ai promis, il est vrai, au public, de faire connaître à mes lecteurs tous les trucs et tous les voleurs. Mais puis-je raisonnablement me permettre de débiner les Grinches titrés et chamarrés de rubans de toutes les couleurs ? Je ne le crois pas. Ces Messieurs sont assez riches, et par conséquent assez puissans pour m’enflaquer à la Lorcefée si je me permettais de jaspiner sur l’orgue ; et s’il en était ainsi, les voleurs roturiers, qui du reste ne m’aiment guère, pourraient bien me tomber sur l’andosse, et me coquer du tabac pour me punir de les avoir compromis avec des hommes indignes de leur être comparés. Je crois déjà les entendre me crier aux oreilles : « Nous sommes voleurs, c’est vrai, mais nous ne sommes point dépourvus d’entrailles ; hors le métier, nous sommes quelquefois humains, généreux, bons pères, bons époux, bons amis, pourquoi donc établir une comparaison entre nous et les fripons qui pullulent dans les salons du grand monde. »
Je me contenterai donc d’avoir vu et entendu. Chacun au reste peut en faire autant que moi.

Sans comparaison du saint baptême

France, 1907 : Expression employée par les paysans du Centre lorsqu’il comparent un animal à un homme et qui équivaut au sauf vot’ respect usité ailleurs.

— Bah ! ce serait la première fois qu’elle prierait le bon Dieu, car sans comparaison du saint baptême, jamais je ne vis jument si peu dévote.

(George Sand, François Le Champi)

On dit aussi réserve du batême.

Sans Condé

Rigaud, 1881 : Clandestinement, sans autorisation, sans permission. Pour tenir un jeu dans une foire, il est besoin d’une permission, d’un condé, ainsi nommée parce qu’elle émane ordinairement du préfet de police, le Grand-Condé, ou du maire, Condé.

Sans dos

Delvau, 1866 : s. m. Tabouret, — dans l’argot des faubouriens.

Sans feuille

Rigaud, 1881 : Gibet, — dans l’ancien argot.

Sans secousse

Rossignol, 1901 : Celui qui ne se, presse jamais ou qui ne fait jamais un mouvement plus vite qu’un autre est un sans secousse.

Sans tambour ni trompette

France, 1907 : Sans bruit.

Elle leva le pied un beau matin sans tambour ni trompette, laissant au lit son mari qui ronflait.

(Les Propos du Commandeur)

Sans vert (pris)

France, 1907 : Pris au dépourvu.

La coutume existait vers les XIIIe, XIVe et XVe siècles de porter dans les premiers jours de mai, sans doute pour célébrer le retour du printemps, une branche ou un feuillage quelconque. Ceux qui sortaient sans cet appendice étaient exposés à recevoir sur la tête un seau d’eau, accompagné de ces mots : « Je vous prends sans vert. »

Le chapitre se tint dans une autre carrière,
Nous en changions souvent, c’est la bonne manière ;
On est, faisant ainsi, rarement découvert ;
Nous faillîmes pourtant d’être tous pris sans vert.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Sans-beurre

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Chiffonnier en gros.

France, 1907 : Chiffonnier en gros ; beurre est ici pour berri, hotte, le chiffonnier en gros ne portant pas la hotte.

Sans-bout

Vidocq, 1837 : s. m. — Cerceau.

Delvau, 1866 : s. m. Cerceau, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Cerveau ; argot faubourien.

Sans-camelotte

France, 1907 : Escroc qui se fait avancer de l’argent sur des marchandises fictives.

Sans-chagrin

France, 1907 : Voleur.

Sans-chasses

Delvau, 1866 : s. m. Aveugle.

Sans-châsses

Vidocq, 1837 : s. — Aveugle.

France, 1907 : Aveugle.

Sans-cœur

Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille.

Rigaud, 1881 : Usurier, Gobseck de prison.

Sans-condé

Vidocq, 1837 : ad. — Clandestinement.

Sans-croûtes

France, 1907 : Misérable.

Dans la rue où souffle l’hiver,
La nuit, en passant, je me hâte,
Quand le geindre, nu comme un ver,
Dans son fournil brasse la pâte ;
Derrière la chanson du pain.
Je perçois la plainte émouvante
Des sans-croûtes, quand ils ont faim,
Et des sans-taudis, lorsqu’il vente !

(Jules Jouy)

Sans-culotte

Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.

France, 1907 : Sobriquet donné aux républicains de 93, la plupart vêtus de haillons. La sans-culotterie est l’opinion des sans-culottes et le sans-culottisme le nom de leur parti.

Discussion politique dans le salon de la marquise de R…
— Vraiment, mon cher député, on ne peut pas vous prendre au sérieux comme homme politique… Je vous ai connu bonapartiste, puis républicain modéré. Maintenant vous êtes monarchiste. Je ne désespère pas de vous voir un jour sans-culotte.
— Cela dépend de vous, Madame la marquise, et dès que vous voudrez bien me le permettre…

(Gil Blas)

Sans-culotterie

Delvau, 1866 : s. f. Doctrine des sans-culottes. Le mot est de Camille Desmoulins. On dit aussi Sans-culottisme.

Rigaud, 1881 : Secte des sans-culottes, patriotes terroristes.

Trop heureux si ma mort pouvait être utile à la sans-culotterie.

(Père Duchêne)

Sans-dabe

France, 1907 : Orphelin.

Sans-dos

Vidocq, 1837 : s. m. — Tabouret.

France, 1907 : Tabouret.

Sans-fade

Vidocq, 1837 : ad. — Sans partage.

France, 1907 : Sans le sou.

Sans-feuille

Delvau, 1866 : s. f. Potence, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : La potence (Argot des voleurs).

Sans-feuille (l’arbre)

France, 1907 : La potence.

Sans-gêne

Delvau, 1866 : s. m. Homme indiscret, mal élevé, — dans l’argot des bourgeois.

Virmaître, 1894 : Indiscret, mal élevé. Cracher par terre dans un salon, ôter ses bottes dans un wagon, se moucher avec ses doigts (Argot du peuple).

Sans-le-sou

Delvau, 1866 : s. m. Artiste, ou Homme de lettres, — dans l’argot des petites dames.

Sans-loches

Vidocq, 1837 : s. m. — Sourd.

France, 1907 : Sourd.

Sans-mirettes

France, 1907 : Aveugle.

Sans-rigole

Vidocq, 1837 : ad. — Sérieusement.

Sansonnet

Rigaud, 1881 : Mentula, — dans le jargon des barrières.

Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des rôdeurs de barrière.

La Rue, 1894 : Gendarme.

France, 1907 : Enfant naturel dont la mère n’a pas osé faire sonner le baptême ; expression de la Meuse. Jeu de mot signifiant sans-sonné.

France, 1907 : Gendarme, allusion aux bufileteries jaunes que ces militaires portaient autrefois.

France, 1907 : La verge. On dit aussi rossignol.

Sansouires

France, 1907 : « Nom donné dans la Camargue à des efflorescences salines dues au séjour ancien de la mer. Les sansouires sont très préjudiciables à la culture. »

(E. Peiffer, Recherches sur l’origine et la signification des noms de lieux)

Santache

Rigaud, 1881 : Santé, — dans l’argot des voleurs. — Et cette santache, comment que ça boulotte ? Et cette santé, comment va-t-elle ?

France, 1907 : Santé.

Santaille

France, 1907 : Prison de la Santé.

Santarelle (faire une)

Fustier, 1889 : Argot des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que possible afin de pouvoir jeter un coup d’œil en dessous, ce qui permet de les voir et de jouer en conséquence.

France, 1907 : Donner les cartes à son partenaire de façon à les voir ; argot des grecs.

Santé

d’Hautel, 1808 : Il jouit d’une parfaite santé. Locution équivoque et satirique, pour dire qu’un homme est simple d’esprit ; qu’il est dénué d’intelligence, de finesse, qu’il n’a pas même le sens commun.

Santé (avoir une)

France, 1907 : Avoir de l’aplomb, de l’audace.

Il habite à Neuilly, avec deux magnifiques Circassiennes, dont il a fait emplette à son retour de Khiva : une grande et forte brune et une blonde mince, une blonde merveilleuse !
— Il en a une santé, celui-là, pour aller s’approvisionner de femmes à l’étranger !

(Albert Cim, Émancipées)

Ah ! que fichu métier
D’exercer sa loquèle,
Sur la chose actuelle !
En faut de la santé.

(Raoul Ponchon)

Santer

La Rue, 1894 : Puer. Dérober, filouter. Voler son complice.

Santificetur

France, 1907 : Sobriquet donné dans les campagnes du Centre aux gens à l’air béat ; corruption de sanctificatus, sanctifié.

Santo (campo)

France, 1907 : Cimetière. Italianisme, littéralement champ saint.

Autrefois, la Toussaint était, pour les théâtres, un jour de recettes, et les ouvreuses trouvèrent, une fois, parmi les objets perdus d’ordinaire — mouchoirs ou lorgnettes— une couronne d’immortelles jaunes, qu’on ne sait quel spectateur avait laissée au fond d’une loge, ayant oublié de l’emporter au cimetière. Depuis quelques années, au contraire, les jours des morts, la foule ne va guère qu’au campo santo.

(Jules Claretie)

Santoche

France, 1907 : Santé, prison de la Santé ; argot des voleurs.

— Ah ! les vaches, on les pendra, nom de Dieu ! Mort aux tantes et aux bourgeois ! Et youp-ohu ! Courage ! on est sorti de la Santoche !

(Michel Morphy)

Santon

France, 1907 : Petite figurine en terre grossière coloriée, représentant les principaux saints du calendrier, que l’on fabrique en Provence 8t dont où sc scri comme cadeaux de Noël. Chaque année on célèbre à Marseille la fête des Santons. Ce nom vient évidemment de certains moines mahométans appelés ainsi.

Santre

Clémens, 1840 : Nom.

Santu

anon., 1827 : Santé.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Santé

Bras-de-Fer, 1829 / Rigaud, 1881 : Santé.

France, 1907 : Santé ; argot faubourien.

Saoul comme la bourrique à Robespierre

France, 1907 : Cette singulière expression date de la Révolution et fait allusion au fameux « général » Henriot, âme damnée du célèbre conventionnel, que son peu d’intelligence avait fait surnommer la bourrique et qui était presque toujours en état d’ébriété.

Saoul comme un Polonais

France, 1907 : Complétement ivre. L’Écho du Public donne deux versions de ce dicton dont la première me parait être la bonne.

« Saoul comme un Polonais » ne s’explique pas, car on ne boit pas plus en Pologne que partout ailleurs. En Russie et en Norvège, on boit beaucoup plus qu’en Pologne. Il faudrait en chercher l’explication dans le passé. Les rois de Pologne de la dynastie saxonne buvaient beaucoup, surtout Auguste le Fort ; son fils, le roi Auguste III, buvait moins, mais cependant il buvait ferme. Les courtisans, pour plaire aux maîtres, faisaient comme eux. — Boire, disons même s’enivrer, était devenu à la mode, et comme cette mode n’avait rien que d’agréable, elle s’est maintenue pendant longtemps ; elle a passé depuis. D’ailleurs, dans les climats du Nord, cela n’a pas la même importance, et l’emploi du vin et des spiritueux y est un besoin d’hygiène absolu.

 

Je tiens de mon père, dit le second correspondant, émigré polonais de 1831, l’explication suivante de l’expression « saoul comme un Polonais » :
Au cours de la guerre d’Espagne, en 1808, un détachement mi-français, mi-polonais, ayant, à la suite d’une longue étape, campé dans un village de la zone ennemie, les Français burent plus que de raison, alors que leurs compagnons s’abstinrent de suivre leur exemple, pour la raison fort simple, qu’habitués dans leur pays à n’user, comme boissons fermentées, que de bière et surtout d’hydromel, le vin, à cette époque, leur offrait peu d’attraits.
Attaqués à l’improviste, au milieu de la nuit, par les partisans espagnols, les Polonais, qui « ne dormaient que d’un œil », sautèrent sur leurs armes et, après un combat de courte durée, mirent en fuite l’ennemi, sauvant ainsi la vie à leurs compagnons d’armes.
L’empereur, instruit du fait, félicita, dit-on, publiquement les Polonais et, s’adressant aux autres soldats, s’écria : « Saoulez-vous, si bon vous semble, mais que ce soit dorénavant comme des Polonais ! »

On donne aussi comme origine à cette expression, malencontreuse ainsi que tant d’autres, le fameux vers de Frédéric II :

Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre.

Saoul comme une grive

France, 1907 : La grive est fort friande de raisins : c’est surtout en automne qu’on la rencontre dans les régions vinicoles. Elle se gorge à tel point dans les vignes que souvent elle ne peut plus s’envoler quand arrive le chasseur.

Saoulle (la)

Halbert, 1849 : Homme qui déplaît : terme de mépris employé particulièrement en prison.

Sap

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Sapin, cercueil, — dans l’argot des voyous. Taper dans le sap. Être mort et enterré, — dormir du dernier somme. M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au Sap :

Avant d’être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.

France, 1907 : Cercueil ; abréviation de sapin. Taper dans le sapin, être mort.

Sapajou

Delvau, 1866 : s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris, — dans l’argot des harengères, qui sont plus « fortes en gueule » qu’en histoire naturelle.

Sapajou (vieux)

Rigaud, 1881 : Vieux libertin, vieillard aussi obscène qu’un singe.

Sapé

Virmaître, 1894 : Condamné. Allusion au bûcheron qui, de sa cognée, sape un arbre (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Condamne.

Hayard, 1907 : Condamné.

Sapement

Rigaud, 1881 : Condamnation. — dans le jargon des voleurs. — Sapement à cinq longes de dure, condamnation à cinq ans de travaux forcés.

Virmaître, 1894 : Jugement (Argot des voleurs). V. Sapé.

Rossignol, 1901 : Condamnation.

Hayard, 1907 : Jugement.

France, 1907 : Condamnation ; argot des voleurs.

Magnette était huit fois descendu à la Tour, Magnette avait huit sapements variant de quinze jours à treize mois, mais toujours, — et les juges n’avaient pas hésité à le reconnaître la dernière fois qu’il avait comparu devant eux, — toujours, et il s’en glorifiait hautement, ç’avait été pour des motifs honorables : des rixes, des batailles avec la rousse, quelques coups de couteau distribués par-ci, par-là, à des gens mal endurants ou dont la figure déplaisait, — jamais pour vol.

(Oscar Méténier)

Saper

Rigaud, 1881 : Condamner. — Saper au glaive, condamner à mort.

La Rue, 1894 : Condamner. Sapement, condamnation. Sapeur, juge.

France, 1907 : Condamner. Saper au glaive, condamner à mort.

— Je ne suis pas plus nière que vous… vous ne savez donc pas que j’ai sapé avant vous !… mais je ne veux pas que vous entriez ici en l’absence du patron… vous êtes cinq, vous ne me faites pas peur…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Sapeur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne respecte rien, — dans l’argot des bourgeoises, qui n’aiment pas les gens barbus. D’où la fameuse chanson à la mode :

Rien n’est sa…a…cré pour un sapeur !

Rigaud, 1881 : Cigare presque entier, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : V. As de pique.

France, 1907 : Cigare en partie fumé ; argot populaire.

France, 1907 : Juge ; argot des voleurs ; de saper, condamner.

France, 1907 : La toison des parties sexuelles de la femme.

France, 1907 : Ouvrier des champs travaillant seul avec une sape.

Saphisme

France, 1907 : Vice hors nature, auquel se livrent certaines femmes dépravées, et auquel s’adonnait, dit-on, la poétesse Sapho, à l’exemple des Lesbiennes en général.

Sapin

d’Hautel, 1808 : Cela sent le sapin. Se dit par plaisanterie d’une personne foible et cacochyme, que le rhume fait beaucoup tousser ; pour faire entendre qu’elle menace ruine, qu’elle approche de sa fin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Garde-chasse, garde-forestier.

Bras-de-Fer, 1829 : Gendarme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat. Terme des voleurs provençaux.

Larchey, 1865 : Fiacre. — Sa caisse est en bois. — Le mot n’est pas nouveau. Nous le trouvons dans un pamphlet légitimiste de la révolution de 89 (l’Apocalypse).

M. Desmoulins, l’abbé Noël, MM. de Beaumont et Keralio avaient loué pour toute la soirée un sapin national pour se faire voir dans la promenade.

Sapin, sap : Cercueil de sapin.

Avant d’être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.

(Festeau)

Sentir le sapin : Faire pressentir une mort prochaine. On dit : Voilà une toux qui sent le sapin. — Usité dès 1808. — V. Claquer.

Delvau, 1866 : s. m. Cercueil de pauvre. Sentir le sapin. Être atteint d’une maladie mortelle.

Delvau, 1866 : s. m. Fiacre, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.

Delvau, 1866 : s. m. Plancher ; grenier, — dans l’argot des voleurs. Sapin de muron. Grenier à sel. Sapin des cornants. La terre, — plancher des vaches.

La Rue, 1894 : Fiacre. Cercueil. Plancher. Grenier.

Virmaître, 1894 : Sentir le sapin. Être sur le point de mourir. Sapin : cercueil. Sapin : plancher (Argot du peuple et argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Fiacre.

France, 1907 : Fiacre.

Amanda n’a qu’un défaut,
C’est d’aimer trop la friture,
Mabille, Valentino,
Et les courses en voiture.
À Passy, seuls en sapin,
Si nous nous faisons conduire,
Sa joie éclate en chemin…

(Émile Carré)

France, 1907 : Plancher. Sapin des cornauts, plancher des vaches, c’est-à-dire terre. Redingote de sapin, cercueil.

Sapin (redingote de)

Rigaud, 1881 : Cercueil. Il est sorti de chez lui, les pieds devant, dans une bonne redingote de sapin.

Sapin (sentir le)

France, 1907 : Être très malade ; allusion aux cercueils faits généralement en bois de sapin.

Qu’importe qu’Henner s’imagine
Être très fort parce qu’il peint
Avec des tubes de morphine
Des gens qui sentaient le sapin ?

(Jacques Rédelsperger)

On dit d’un mauvais rhume qu’il sonne le sapin.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(Émile Zola)

Sapin (sonner le, sentir le)

Rigaud, 1881 : Être bien malade. Mot à mot : sentir le bois avec lequel on fait les cercueils du pauvre.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(É. Zola)

Sapin des cornants

Rigaud, 1881 : Pré, champ, — dans l’ancien argot ; c’est le mouchoir à bœufs de nos jours.

Sapin, sap

Rigaud, 1881 : Fiacre, voiture de place.

Sapinière

Delvau, 1866 : s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de sapin. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Fosse commune.

Sapins

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Planches.

Sapins du muron

Halbert, 1849 : Grenier à sel.

Saqué

Virmaître, 1894 : On m’a dit de passer au bureau pour y régler mon compte. L’expression vient des corporations où les ouvriers fournissent leurs outils ; ils les mettent généralement dans un sac ; quand ils quittent l’atelier, ils les remportent ; ils reprennent leur sac ; de là, saqué (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Renvoyé. L’employé ou ouvrier renvoyé de chez son patron a été saqué. Une femme qui a renvoyé son amant, l’a saqué.

Saquebute

France, 1907 : Lance à crochet en usage au moyen âge pour démonter les cavaliers ennemis.

Saquée

France, 1907 : Sac de bêtises.

Mais, foutre, il faut opérer nous-mêmes et ne compter que sur notre poigne. Je l’ai assez jacassé pour n’avoir pas besoin d’y revenir : il faut en avoir une saquée pour espérer que l’État — gendarme des capitalos — nous aidera à museler ces charognes.

(Le Père Peinard)

Saquer

France, 1907 : Chasser, renvoyer ; littéralement, donner à quelqu’un son sac.

À Saint-André, un petit patelin près de Lille, il y a un nom de dieu d’animal, proprio, patron, conseiller et tout ce qui s’en suit… Ce salop-là avait pour bonne une pauvrette, naturellement plus gironde et plus jeune que sa guenon de femme, — il en a profité et l’a fichue enceinte.
La patronne ayant fait un boucan monstre, la petite bonne a été saquée.

 

Quand une bonne engrossée par le papa ou par le fils à papa, a été saquée par le patron… quand, pour une raison quelconque, une gosseline est sur le pavé… les dames patronnesses racolent les pauvrettes et leur jabotent : « À tout péché miséricorde ! Il ne vous faut que du travail pour vous relever… on vous en procurera ! »
Et on enferme la malheureuse…

(La Sociale)

Dans le patois de la Meuse, saquer signifie hâter le pas, fuir.

Saquet

Delvau, 1866 : s. m. Secousse, — dans l’argot du peuple. Le vieux français avait Saquer, tirer l’épée.

France, 1907 : Coup, choc.

Sardin

France, 1907 : Nom donné au hareng par les paysans du Centre qui s’imagiment que ce poisson est le mâle de la sardine.

Sardine

Rigaud, 1881 : Galon de caporal, galon de sergent.

Merlin, 1888 : Galon d’or pour sous-officiers.

France, 1907 : Galon d’or ou d’argent sur la manche des sous-officiers.

Sur la manche de la tunique
Il a la fin’ sardine d’or :
Pour l’élégance, il est unique
Quand, le dimanche, il prend l’essor.

Arroser la sardine, payer à boire à ses camarades lorsque l’on vient d’être promu sous-officier.

Avancement, anniversaire,
Tout est motif au régiment
Pour vider un bon petit verre
Et faire un diner succulent.
Quand on arroser la sardine
D’un fourrier ou bien d’un sergent,
Faut voir alors comment on dine
À la cantine !

(Griolet)

Sardiné

France, 1907 : Sous-officier.

Sardines

Larchey, 1865 : Galons du grade de sous-officier. — Allusion de forme et d’éclat.

L’un portait la sardine blanche, L’autre le jaune baudrier.

(Nadaud)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Galons de laine ou d’or aux manches de l’uniforme, — dans l’argot des soldats. Sardines blanches. Galons de gendarme, ou d’infirmier militaire.

La Rue, 1894 : Galons de sous-officier. Doigts.

Sardines (serrer les cinq)

Rigaud, 1881 : Serrer la main.

Sarrasin

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes. On dit aussi Faux frère.

Rigaud, 1881 : Gâte-métier, — dans le jargon des typographes ; ouvrier qui travaille à prix réduit, ouvrier qui ne fait pas partie de la société des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier qui travaille en mise-bas, et, par extension, compositeur qui ne fait pas partie de la Société typographique. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidèles.

France, 1907 : Nom sous lequel on désigne les ouvriers typographes qui travaillent au-dessous du tarif, et aussi ceux qui ne font pas partie de la Société typographique. Cette expression, dit Eugène Boutmy, vient sans doute de ce que les sarrasins sont des infidèles.

L’ouvrier a raison de mettre à l’index tout patron qui emploie des sarrasins ou des sarrasines, je suis le premier à le reconnaître. Mais, si un imprimeur emploie, pour la composition typographique, des femmes au même tarif que celui des hommes, ceux-ci, je le demande à tout typographe de bonne foi, ne chercheront-ils pas à créer des difficultés à cet imprimeur ?

(Léo Taxil)

Sarrasinage

Boutmy, 1883 : s. m. Action de sarrasiner.

France, 1907 : Action de sarrasiner, de faire le sarrasin.

Sarrasiner

Boutmy, 1883 : v. intr. Faire le sarrasin.

Sarrasineur

France, 1907 : Ouvrier typographe qui passe d’un atelier dans un autre, sans se fixer nulle part.

Sarrazin

Virmaître, 1894 : Les ouvriers typographes qui travaillent au-dessous du tarif réglé par la Société et qui sont souvent la proie du syndicat, lequel les considère misérablement (Argot d’imprimerie).

Sarrazineur

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui va d’un atelier à un autre, suivant sa fantaisie ou les exigences du travail (Argot d’imprimerie).

Sarreau

Halbert, 1849 : Chemise de prison.

Sas

d’Hautel, 1808 : Passer au gros sas. Pour dire faire quelque chose avec peu de soin, grossièrement et sans délicatesse.

France, 1907 : Bâton. Ce mot vient évidemment de sasse, sorte de pelle creuse qui sert à jeter l’eau hors des petites embarcations, telles que les galères où ramaient les forçats.

Je sais, mon doux ami, le sujet qui t’ameine,
Ta venue en ce lieu n’aura pas été vaine,
Le bruit de mon savoir ne t’a point imposé ;
Je sais rendre tout neuf un pucelage usé ;
Je fais tourner le sas, jai l’enfer dans ma manche,
Je possède, en un mot, magie et noire et blanche.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Sat cito, si fat bene

France, 1907 : Assez tôt se fait, si c’est bien fait. Locution latine à l’usage des lambins.

Satin

La Rue, 1894 : Tribade. V. Gougnotte.

France, 1907 : Lesbienne. Ce néologisme d’ailleurs peu usité est tiré d’un roman d’Émile Zola, Nana, où une tribade porte le nom de Satin.

Satisfaire (se)

Fustier, 1889 : Aller à la selle. — Copulare.

Sa faim charnelle lui permettait d’accepter les rebuts de l’amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou, et par conséquent sans espoir de se satisfaire…

(Huysmans, À vau-l’eau)

Satisfaire son gout

Delvau, 1864 : Baiser une femme, ou enculer un homme, selon qu’on est conformiste ou non conformiste en amour.

Il aime par-dessus tout,
La volupté roturière…
Pour satisfaire son goût
Il faut une couturière.

(Ém. de La Bédollière)

Satisfaire un homme

Delvau, 1864 : Le branler, ou se laissent baiser par lui — ce qui, en effet, le comble de satisfaction.

Chez ce libertin cagot
Qu’j’ai tant d’ mal à satisfaire,
Je suis entré pour tout faire ;
Aussi j’y fais mon magot.

(J. Poincloud)

Satisfaire une femme

Delvau, 1864 : La baiser de façon qu’elle ne réclame pas, — à moins qu’elle ne soit trop gourmande.

Des houris toujours belles,
Qu’on satisfera bien,
Et qui, toujours pucelles,
N’arrêteront sur rien.

(Collé)

Satisfait

Larchey, 1865 : Député conservateur, satisfait de l’ordre de choses.

Delvau, 1866 : s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment — et des gouvernements avenir. Argot des journalistes.

Satou

anon., 1827 : Bois, forêt.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bois.

Bras-de-Fer, 1829 : Bois, forêt.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bois.

un détenu, 1846 : Bois, bâton.

Halbert, 1849 : Bois, forêt, bâton.

Larchey, 1865 : Bois. — Satousier : Menuisier (Vidocq). Du vieux mot Satou : Bâton. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Bois débité, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Bâton.

Rigaud, 1881 : Matériel de saltimbanque : décors, planches, toiles, etc.

Virmaître, 1894 : Bâton (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Bois.

France, 1907 : Bois, forêt et, par extension, bâton ; argot des voleurs, vieux français.

Satou (un)

Ansiaume, 1821 : Un bois, une forêt.

J’ai planqué la blanquette du messière dans le satou.

Satousier

Vidocq, 1837 : s. — Menuisier.

Delvau, 1866 : s. m. Menuisier.

France, 1907 : Menuisier ; argot des voleurs.

Satout

M.D., 1844 : Baton.

Satte

France, 1907 : Bâton, bois, forêt. Voir Satou.

Satte, satou

La Rue, 1894 : Bois. Satousier, menuisier.

Saturnien

France, 1907 : Flegmatique. En chiromancie, Saturne représente la fatalité. Le fatalisme se laisse aller sans lutte et sans effort, subissant flegmatiquement ce qu’il croit ne pouvoir empêcher.

Satyriasis (le)

Delvau, 1864 : L’hystérie des hommes, comme l’hystérie est le Satyriasis des femmes, c’est-à-dire que ceux et celles qui en sont possédés ne font autre chose dans la vie que de baiser ou d’essayer de baiser.

Ces abbés poupins et débauchés, ces fléaux de la virginité, seront condamnés à un satyriasis éternel.

(A. Dulaurens)

Sauçaille

France, 1907 : Mauvaise sauce. Dans le Midi, sauciole.

Il n’y a de bonne cuisine que la cuisine française, Pourtant, l’on va quelquefois dîner dans des restaurants italiens, hongrois, espagnols. On espère, de l’exotisme des piments, la résurrection des appétits défunts. Mais une colère vous prend et l’on prémédite de ne pas donner de pourboire au garçon lorsqu’on s’aperçoit, — cela ne tarde pas, — que toute cette cuisine étrangère est faite de vieilles viandes et de sauçailles dont vous dégoûtèrent depuis longtemps les Bouillons parisiens.

(Catulle Mendès)

Sauce

d’Hautel, 1808 : Gâte-sauce. Mauvais traiteur, mauvais cuisinier.
Donner une sauce à quelqu’un. Pour le gronder, le gourmander, lui faire de vifs reproches.
Mettre quelqu’un à toute sauce. Le faire passer des plus grands emplois aux plus petits ; l’employer de toutes sortes de manières.
Il n’est sauce que d’appétit. Pour dire que le bon appétit fait le bon cuisinier ; que tout semble bon lorsqu’on a faim.
On ne sait à quelle sauce le mettre. Se dit en parlant d’un homme qui n’est propre à rien ; qu’on ne sait à quoi employer

Delvau, 1866 : s. f. Correction ou simplement Réprimande, — dans l’argot du peuple. Gare à ta sauce ! Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux. Gober la sauce ! Être puni pour les autres ; recevoir la correction, la réprimande méritée par d’autres.

Rigaud, 1881 : Réprimande. — Sauce poivrade, très forte semonce.

La Rue, 1894 : Correction. Forte pluie. Clique, bande.

France, 1907 : Bande, clique, association.

France, 1907 : Réprimande, attrapage, bourrade, raclée. Gare à la sauce, Faites attention. Gober la sauce, être gourmandé ou puni pour le méfait d’un autre. Accommoder à la sauce piquante, donner une raclée. Donner la sauce, communiquer le mal vénérien. Cette dernière expression est tombée en désuétude. Sauce poivrade, forte correction.

Saucé

Larchey, 1865 : Mouillé jusqu’aux os. — Donner une sauce : Gronder. — Connus dès 1808.

Sauce (allonger la)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’eau dans le pot-au-feu, dans un ragoût.

Saucé (être)

Delvau, 1866 : Recevoir la pluie. On dit aussi Être rincé et Être trempé.

Sauce aux cailloux (bouffer des briques à la)

France, 1907 : N’avoir rien à se mettre sous la dent.

Sauce d’amour

Delvau, 1864 : Le sperme.

Il lui faut un gros vit, et lequel soit toujours
Bien roide et bien fourni de la sauce d’amour.

(Théophile)

Sauce de chien à chair de loup, sauce de loup à chair de chien

France, 1907 : Faire les choses à contresens. Agir maladroitement.

Sauce tomate

Rigaud, 1881 : Menstrues, — dans le jargon des filles.

France, 1907 : Menstrues.

Sauce-là, on mangerait son père (à cette)

Rigaud, 1881 : Sauce succulente. Expression des gastronomes pour qui rien n’est sacré hormis la bonne chère.

Sauce, saucée

Rigaud, 1881 : Pluie, forte pluie, — dans le jargon du peuple. — Il va tomber de la sauce.

Saucée

France, 1907 : Averse.

Saucer

d’Hautel, 1808 : Être saucé. Pour mouillé, traversé par la pluie, surpris par un orage.
Saucer quelqu’un dans la boue, dans le ruisseau. Pour, le trainer dans la boue, dans le ruisseau ; le traiter durement, avec le plus grand mépris.

d’Hautel, 1808 : Saucer quelqu’un. Pour dire le gronder, lui donner une mercuriale ; le réprimander d’une manière vive et sensible.

Delvau, 1866 : v. a. Réprimander. On disait autrefois Faire la sauce à quelqu’un.

Rossignol, 1901 : Voir rouscailler.

Saucier

Rigaud, 1881 : Cuisinier chargé de la confection des sauces dans les grands restaurants.

Celui-là est l’artiste de la maison.

(Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867)

France, 1907 : Marmiton de restaurant chargé spécialement de la confection des sauces.

Saucisse

Delvau, 1864 : Le membre viril.

N’est-ce pas user d’artifice
Pour avoir un plaisir plus cher,
À Margot d’avoir la saucisse
Et le vit du fils d’un boucher ?

(Théophile)

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Saucisse plate, fille publique très maigre.

La Rue, 1894 : Fille publique (fille de la sauce ou clique).

Rossignol, 1901 : Naïf.

Que tu es saucisse de croire toutes ces naïvetés.

France, 1907 : Fille publique ; elle appartient à la sauce, à la clique.

Saucisse municipale

Delvau, 1866 : s. f. Viande empoisonnée que l’on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.

Rigaud, 1881 : Boulettes empoisonnées que la municipalité faisait jeter dans les rues de Paris pendant les grandes chaleurs pour détruire les chiens errants. Les boulettes municipales ont disparu du jour où est né l’impôt sur les chiens. Aujourd’hui ces intéressants quadrupèdes sont, en raison de leur qualité de contribuables, bien mieux vus que beaucoup de gens qui ne payent aucune espèce de contributions.

Saucisse plate

Rossignol, 1901 : Une femme mince qui a peu de formes ressemble à une saucisse plate.

Saucisson

France, 1907 : Plomb de toiture volé. Les voleurs le roulent pour l’emporter plus aisément en forme de saucisson. Porter du saucisson au moulin, porter du plomb volé chez le recéleur. Voir Gras-double.

Saucisson à pattes

France, 1907 : Personne petite et grasse.

Saucisson de Bologne

Rigaud, 1881 : Personne courte et grosse. La variante donne : Saucisson à pattes.

Saucisson ficelé

France, 1907 : Individu de mauvaise tournure, qui ne sait que faire de ses bras ni de ses jambes.

Saucissonner

France, 1907 : Manger du saucisson spécialement le vendredi saint, pour narguer les dévots. Les dîners au saucisson inventés par Léo Taxil ont été pendant quelques années fort en vogue.

C’est aujourd’hui vendredi saint,
Le poisson me paraît peu sain :
Dans une fraternelle agape
Gobichonnons,
Saucissonnons
Et fichons-nous du pape.

(É. Blédort)

Sauf

d’Hautel, 1808 : Sauf le respect de la compagnie ; sauf votre respect ; sauf le respect que je vous dois. Ces locutions sont fort usitées parmi le vulgaire pour excuser quelque paroles sales ou déshonnêtes, que l’on se permet en parlant à quelqu’un d’un rang distingué.

Sauge (donner un bouquet de)

France, 1907 : On donnait jadis un bouquet de sauge à l’amoureux qui avait perdu l’occasion d’épouser sa maîtresse, parce que la sauge à la vertu de cicatriser les plaies. Dans les provinces de l’Est, donner un bouquet de sauge à un amoureux, c’était lui signifier un refus. L’usage du bouquet a cessé, mais l’expression est restée. Voir Romarin.
Au lieu de bouquait, on donnait, en manière de consolation ou de raillerie, un chapeau de sauge.

Le comte de Sault, de la Provence, est destiné à épouser Mlle de Scepeaux ; se désiste de cette alliance par ordre du roi. La jeunesse de la cour lui offre un chapeau de sauge.

(Mémoires de Vieilleville, cités par La Maison Forte, — Intermédiaire)

Saumâtre

France, 1907 : Mauvais.

— Il ne fallait pas se battre avec cet ultra, ou bien il fallait le tuer. Une fois debout il parlera, car il doit en avoir appris sur vous de saumâtres.

(Georges d’Esparbès, Les Demi-solde)

Saumon

Rigaud, 1881 : Personne riche décédée, — dans le jargon des croque-morts qui appellent merlans les trépassés de peu d’importance.

Virmaître, 1894 : Homme riche.
— Emballons le saumon avec précaution ; il y a du pèze (Argot des croquemorts).

Hayard, 1907 : Personne riche.

France, 1907 : Richard qu’on enterre ; croque-mort. « Heureux comme le saumon dans la gave », dicton des Landes indiquant qu’on jouit de la fortune et du bien-être.

Saumurien

Fustier, 1889 : Élève de l’École de Saumur.

Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro, l’Union et la Gazette de France.

(Nos farces à Saumur)

France, 1907 : Élève de l’École de cavalerie de Saumur ; ne pas confondre avec Saumurois, l’habitant.

Depuis trois semaines environ, Saumurois et Saumuriens étaient en guerre… Assurément, il n’y avait pas de quoi fouetter le plus maigre chat, mais, comme toujours, on avait si bien embrouillé les choses que c’était devenu une affaire politique.

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

Saupoudrer

d’Hautel, 1808 : Poudrer de sel ou de poudre ; et non soupoudrer, comme on le dit habituellement.

Sauret

France, 1907 : Hareng saur, de saur, brun, le hareng devenant saur par la fumée.

Saut

d’Hautel, 1808 : Prendre quelqu’un au saut du lit. Pour dire au sortir du lit.

Saut (faire le)

France, 1907 : Franchir un obstacle, triompher d’une difficulté et, au figuré, s’abandonner aux caresses d’un homme, perdre sa virginité.

Dans une ville de garnison, c’est bien difficile de rester sage quand on est jolie et pas surveillée ; aussi la petite Nanette ne tarda guère à faire le saut.

(Hector France)

Saut de cou

Virmaître, 1894 : Foulard (Argot des voleurs).

Saut de puce

France, 1907 : Petite distance.

Si elle n’a pas envoyé de troubades, c’est uniquement parce qu’il y en a des foultitudes casernées à un saut de puce et, qu’avec le chemin de fer, on peut faire radiner en quelques quarts d’heure.

(Le Père Peinard)

Saut du cou

France, 1907 : Foulard ; argot des malfaiteurs.

Saut du lit

France, 1907 : Veston d’appartement que l’on met au saut du lit.

Sautage

Ansiaume, 1821 : Manière de voler.

C’est deux pègres qui travaillent aux roulans.

Sautage (faire le)

Ansiaume, 1821 : Voler et sauter à terre.

Ils font le sautage sur le grand trimard pendant la sorgue.

Saute Bourguignon

France, 1907 : Cette expression date du XVIIe siècle et remonte à la guerre d’environ soixante ans dans laquelle les Lorrains combattaient pour leur indépendance :

Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble,
S’avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

Voir Bourguignon salé.

Saute dessus (le prendre au)

France, 1907 : Terme de souteneurs de filles, de pédérastes et d’agents signifiant qu’on intervertit tout à coup les rôles, qu’on saute enfin dessus celui qui vous poursuit, qui vous sollicite ou qui s’est laissé entraîner à des sollicitations à la débauche. C’est une façon de chantage fort usitée chez les pédérastes.

Quelques pédérastes réunissent à la fois le double rôle de leveur et de chanteur. Après avoir provoqué à la débauche celui qui a eu le malheur de les aborder, ils changent tout à coup de ton, le prennent, comme ils disent, au saute dessus, et, se donnant pour des agents de l’autorité, le menacent d’une arrestation qu’ils consentent à grand’peine à ne pas faire, si leur discrétion n’est largement rétribuée.

(Ambroise Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs)

Saute en bas

France, 1907 : Veston de canotage.

Saute la branche

France, 1907 : Homme sans parole, sans consistance ; sauteur. Expression méridionale.

Saute-au-krack

Virmaître, 1894 : Surnom donné aux filles publiques audacieuses (Argot des souteneurs).

Saute-au-poil

France, 1907 : Personne emportée, irascible, toujours prête à sauter sur vous comme un chat en colère. Expression méridionale.

Saute-aux-prunes

France, 1907 : Fille grande et niaise. Expression des provinces du Centre. On dit généralement grande saute-aux-prunes, comme on dit au masculin grand dépendeur d’andouilles.

Saute-buisson

France, 1907 : Nom donné dans les localités voisines des frontières de l’est au tabac de contrebande.

Saute-coin

France, 1907 : L’un des coups du jeu de quilles.

Saute-foin

France, 1907 : Sauterelle des prés.

Saute-mouton

Delvau, 1866 : s. m. Jeu d’enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres. On dit aussi Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.

Saute-mouton (coup du)

France, 1907 : Genre de vol des tripoteurs de bourse dont Charles Virmaître donne ainsi qu’il suit l’explication : « Ce sont les remisiers pour dames (les tripoteuses) du marché des pieds humides qui le pratiquent. La joueuse vend mille francs de rente. Le remisier pour dames exécute cet ordre : il vend immédiatement, mais il attend la fermeture de la Bourse pour en informer sa cliente. S’il y a baisse, comme il a vendu ferme, il encaisse tranquillement la différence. Sa la rente reste au même taux, il lui raconte qu’il y a écart de deux ou trois centimes ; dans tous les cas, elle est volée. »

Saute-mouton (le coup du)

Virmaître, 1894 : Ce sont les remisiers pour dames (les tripoteuses du marché des pieds humides) qui le pratiquent. La joueuse vend mille francs de rente. Le remisier pour dames exécute cet ordre ; il vend immédiatement, mais il attend la fermeture de la Bourse pour en informer sa cliente. S’il y a baisse, comme il a vendu ferme, il encaisse tranquillement la différence ; si la rente reste au même taux, il lui raconte qu’il y a écart de deux ou trois centimes ; dans tous les cas elle est volée (Argot des boursiers). N.

Saute-rondelles

Virmaître, 1894 : V. Fafioleur.

France, 1907 : Banquier.

Saute-rondolles

Halbert, 1849 : Agent de change, banquier.

La Rue, 1894 : Banquier.

Saute-ruisseau

Delvau, 1866 : s. m. Petit clerc. C’est le trottin de l’avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.

Virmaître, 1894 : Petit clerc d’huissier ou de notaire qui porte à domicile les pièces de l’étude (Argot du peuple).

Sauter

d’Hautel, 1808 : Faire sauter les miettes. Manger avec un grand appétit, avec avidité, mettre les morceaux doubles.
Reculer pour mieux sauter. Temporiser, éviter momentanément un malheur qu’on ne peut fuir, et dont tôt ou tard on doit être victime.
Cela le fera sauter au plancher, le fera sauter comme un crapaud. Pour exprimer le mécontentement que quelqu’un manifestera, en apprenant une nouvelle.
Faire sauter quelqu’un. Pour dire le supplanter, lui ravir son emploi, ou le bénéfice qu’il attendoit ; son salaire.

anon., 1827 : v. a. Voler.

anon., 1827 : v. n. Puer.

Bras-de-Fer, 1829 : v. a. Voler.

Bras-de-Fer, 1829 : v. n. Puer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Cacher à ses camarades une partie du vol qui vient d’être commis. Lorsque les voleurs se disposent à commettre un vol d’une certaine importance, ceux d’entre eux qui doivent rester en gafe, c’est-à-dire veiller, afin que ceux qui opèrent ne soient pas inquiétés, doivent craindre que ceux qui entolent (qui entrent), ne gardent pour eux la plus grande partie des objets précieux ; aussi ils se fouillent mutuellement après la consommation du vol, quelquefois cependant des billets de banque, des pierres précieuses, cachés dans le collet d’un habit ou dans quelqu’autre lieu secret, échappent aux plus minutieuses recherches ; c’est ce que les voleurs appellent faire le Saut.
Un vol, indiqué par la femme de chambre, devait être commis dans une maison sise place des Italiens. ; les voleurs convinrent entre eux que pour que l’esgard ne fût pas fait, les vêtemens de tous les opérateurs seraient brûlés aussitôt après la consommation du vol, ce qui fut exécuté ; cependant un individu nommé Dubois, ancien marinier, esgara vingt billets de 1,000 francs, en les cachant dans sa queue.
On a vu souvent des Tireurs voler une montre d’or et ne passer au Coqueur qu’une montre de crisocal.

Halbert, 1849 : v. a. Voler.

Halbert, 1849 : v. n. Puer.

Larchey, 1865 : Cacher un produit de vol à ses complices. — Sauter à la capahut : Assassiner un complice pour enlever sa part (Vidocq). V. Capahuter, Pas.
Sauterelle : Puce (id.). — Ses sauts sont connus.

Delvau, 1866 : v. n. Cacher le produit d’un vol à ses complices, — dans l’argot des prisons. Sauter à la capahut. Assassiner un complice pour lui enlever son fade.

Rigaud, 1881 : Sentir mauvais.

France, 1907 : Coïter.

France, 1907 : Sentir mauvais, augmentatif de danser.

Sauter (faire)

Delvau, 1866 : Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens. D’où Faire sauter la coupe au jeu.

Sauter à la capahut

Vidocq, 1837 : Assassiner son complice pour lui enlever sa part de butin. L’origine de ce terme est assez curieuse. Un voleur, nommé Capahut, qui a désolé fort long-temps Paris et les environs, et qui a terminé sa carrière sur la place de l’Hôtel-de-Ville, avait l’habitude de ne jamais voyager qu’à cheval.
Lorsqu’il revenait du travail (de voler), et qu’il était accompagné d’un de ses complices, malheur à celui-ci si les partages étaient faits ; lorsque Capahut et son complice étaient arrivés dans un lieu écarté, le premier laissait tomber quelque chose sur la route, puis il piquait son cheval de manière à le faire caracoler, ce qui le mettait dans l’impossibilité de ramasser l’objet qu’il avait fait tomber ; son camarade se baissait pour lui éviter la peine de descendre de cheval, Capahut saisissait un pistolet, et son complice avait cessé de vivre ; l’assassin s’emparaît de tout ce qu’il avait sur lui ; puis, s’il en avait la possibilité, il jetait le corps dans la rivière.

Virmaître, 1894 : Tuer un complice pour ne pas lui donner sa part de vol. C’est un fait assez rare, car chez les voleurs il existe une sorte de probité que l’on ne trouve pas chez certains qui se disent honnêtes gens (Argot des voleurs).

Sauter à la perche

Delvau, 1866 : v. n. Ne pas savoir où manger, — dans l’argot des faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l’extrémité d’un bâton.

Virmaître, 1894 : Avoir très faim. En ce cas on est plus léger que de coutume et on peut sauter facilement. Synonyme de : je m’enlève (Argot du peuple). N.

Sauter la banque (faire)

Rigaud, 1881 : Gagner l’enjeu qui constitue la banque, soit au baccarat, soit à la roulette ou au trente-et-quarante ; c’est le rêve de tous les joueurs.

Sauter la cervelle (se faire)

Virmaître, 1894 : V. Bataille des jésuites.

Sauter la cervelle au plafond (se faire)

Rigaud, 1881 : Se livrer à l’onanisme.

Sauter le bas-flanc

Rigaud, 1881 : Sauter le mur de la caserne pour aller passer la nuit en ville, — dans le jargon des régiments de cavalerie.

Sauter le caisson (se faire)

France, 1907 : Se brûler la cervelle.

On traîne de cabaret en cabaret, on lézarde à cœur de jour faute d’avoir de la besogne, et on ne peut plus trouver une minute de courage pour se faire sauter le caisson.

(Charles Mérouvel)

Sauter le fossé

France, 1907 : Se marier.

Sauter le pas

Delvau, 1866 : v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu, — en parlant d’une jeune fille qui se laisse séduire. On dit aussi La sauter.

Delvau, 1866 : v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.

La Rue, 1894 : Faire faillite. Mourir. Dire adieu à la vertu.

France, 1907 : Mourir.

Cadet Roussell’ ne mourra pas,
Car avant de sauter le pas,
On dit qu’il apprend l’orthographe
Pour fair’ lui-mêm’ son épitaphe,
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment
Cadet Rousselle est bon enfant.

(Vieille chanson)

France, 1907 : Perdre sa virginité.

Le drôle ! En lui, tout criait sa victoire si difficilement remportée, et je lus clairement en ses prunelles gouailleuses tout ce qu’il pensait et n’osait dire : « Elle a sauté le pas, enfin, et demain, sinon aujourd’hui, c’est elle qui me harcèlera. Ses contusions, elle ne s’en ressentira plus bientôt, et quand les égratignures que je lui fis seront cicatrisées, elle me suppliera de lui en faire d’autres plus profondes. »

(Léon Cladel, La Juive errante)

Sauter le pas, faire le saut

Rigaud, 1881 : Faire faillite. — S’enfuir. — Mourir.

Sauter sur le casaquin

Rigaud, 1881 : Tomber à l’improviste à coups de poing sur quelqu’un.

Sauter, faire le saut

Rigaud, 1881 : Faire danser l’anse du panier au vol, — dans le jargon des voleurs. — S’approprier les droits d’auteur d’un vol fait en collaboration. — Filouter ; l’expression, prise dans ce dernier sens, date du XVIIe siècle. — Pour une jeune fille, faire le saut, c’est sauter à pieds joints sur la vertu, c’est prendre un amant ; allusion au saut de Leucade d’où s’élançaient les femmes tourmentées par l’amour.

Sauterelle

Vidocq, 1837 : s. f. — Puce.

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame, — dans l’argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan. C’est un des plus heureux qu’on ait inventés jusqu’ici pour désigner ces femmes maigres qui s’abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

Delvau, 1866 : s. f. Puce, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi (dans les magasins de nouveautés) les femmes qui font plier et déplier vingt ballots sans acheter. » (L. Noir.) — Exécuter une sauterelle, se débarrasser d’une femme qui n’a envie de rien acheter.

Rigaud, 1881 : Sauteuse. Puce.

Merlin, 1888 : Caleçon.

France, 1907 : Femme qui va dans les magasins, fait plier et déplier quantité de ballots sans rien acheter ; argot des commis de nouveautés. Exécuter une sauterelle, se débarrasser d’une façon quelconque de la dite cliente.

France, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Puce ; argot des voleurs.

Sauterelle dans la guitare (avoir une)

France, 1907 : Même sens qu’avoir une araignée dans le plafond, être un peu toqué.

Sauterie

Delvau, 1866 : s. f. Danse, — dans l’argot du peuple.

Sauteron

Rigaud, 1881 : Banquier, changeur, — dans le jargon des voleurs qui savent que certains banquiers, certains changeurs, exécutent des sauts prodigieux sur la route de Belgique.

Sauteronds, sauterolle, sauterondolles

France, 1907 : Banquier, changeur ; argot des voleurs.

Sauteur

d’Hautel, 1808 : C’est un habile sauteur. Se dit par ironie d’un fanfaron qui se vante de tout ce qu’il est incapable d’exécuter.

Clémens, 1840 : Fripon.

Larchey, 1865 : Voir Paillasse — Sauteuse : Danseuse de théâtre. — Pris en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Filou.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple. Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

Rigaud, 1881 : Personnage politique dont les opinions sautent tantôt au nord, tantôt au sud, tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, — Individu sur la parole duquel on ne peut se fier. — Drôle à qui la bonne foi est complètement inconnue.

France, 1907 : Individu sans parole, fumiste sur lequel on ne peut compter. Le boulevard est rempli de sauteurs.

Sauteuse

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Puce.

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse.

Rigaud, 1881 : Drôlesse, voleuse.

La Rue, 1894 : Puce.

Virmaître, 1894 : Puce. Elle saute, en effet, sans cesse (Argot du peuple).

France, 1907 : Prostituée, fille de mœurs équivoques.

Sauteuses (des)

M.D., 1844 : Des puces.

Sautu

Halbert, 1849 : Santé.

Sauvage

d’Hautel, 1808 : Un feu sauvage. Éruption boutonneuse qui se porte au visage des enfans.

Larchey, 1865 : Nu.

Tu ne sais pas encore que s’habiller en sauvage, c’est vendre sa chemise.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870 — dans l’argot des faubouriens.

Sauvage (habillé en)

Rigaud, 1881 : Habillé comme un sauvage qui n’est pas habillé du tout.

France, 1907 : Nu. Expression populaire.

Sauvage (s’habiller en)

Virmaître, 1894 : Être dans un costume primitif, n’avoir pas même la feuille de vigne si chère à M. Bérenger, le Caton moderne (Argot du peuple).

Sauvage (se mettre en)

Delvau, 1864 : S’habiller tout nu, c’est-à-dire : se déshabiller ou ne pas s’habiller du tout.

Sauver

d’Hautel, 1808 : Sauve qui peut ! Espèce d’exclamation, pour dire, se tire du péril qui pourra.

Sauver bien (se)

Delvau, 1866 : Bien courir, — dans l’argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu’ils essayent.

Sauver la caisse

Larchey, 1865 : S’enfuir avec les fonds dont on est dépositaire. — Fort à la mode depuis le fameux mot de Bilboquet : Sauvons la caisse !

Delvau, 1866 : v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien, — par allusion au mot d’Odry dans les Saltimbanques.

Sauver la mise à quelqu’un

Delvau, 1866 : Lui éviter une humiliation, un ennui ; lui prêter à temps de l’argent. Argot du peuple.

Sauver sa mise

France, 1907 : Se tirer d’affaire, sortir de difficulté ; allusion à un terme de jeu.

Sauver son haricot

France, 1907 : Sauver sa tête.

Bien heureux, si j’en réchappe
En sauvant mon haricot,
De trouver à l’autre étape,
Pour lui, Jeannette ou Margot,
Au lieu des filles du pape !

(Jean Richepin)

Sauvette

Delvau, 1866 : s. f. Jeu d’enfants qui consiste à se sauver et ne pas se laisser attraper. On dit aussi Sauvinette.

Delvau, 1866 : s. f. Mannette d’osier, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Petit panier à chiffons, — dans le langage des chiffonniers.

Fustier, 1889 : Argent.

France, 1907 : Épargne, argent mis de côté.

France, 1907 : Petite hotte de chiffonnier.

Sauveur

d’Hautel, 1808 : Après son Dieu, c’est son sauveur. Se dit par ironie de l’amitié, de la tendresse d’une personne pour une autre ; ou du penchant, de l’inclination que l’on a pour quelque chose : telle la passion qu’un joueur a pour le jeu, et un ivrogne pour le vin.

Savante en amour (être)

Delvau, 1864 : Se dit de toute fille ou femme qui connaît les préceptes les plus secrets et les secrets les plus précieux de l’art d’aimer, et qui serait plutôt capable d’en enseigner à un homme que d’en apprendre de lui.

Une autre fille de son quartier, plus expérimentée que l’autre et qui, pour être un peu moins belle, n’en était pas moins savante et spirituelle en amour.

(Mililot)

Savate

Larchey, 1865 : « La savate, que l’on appelle aujourd’hui chausson par euphémisme, est la boxe française, avec cette différence que la savate se travaille avec les pieds, et la boxe avec les poings. » — Th. Gautier, 1845. — V. Arsouille.
Savate : « Correction militaire appliquée par les soldats entre eux pour certains délits non justiciables d’un conseil. Le patient est étendu sur un banc, la chemise retroussée, et chaque soldat de la compagnie lui applique trois coups d’un soulier neuf et bien ferré. » La Caserne, par Vidal et Delmare, 1833.

Delvau, 1866 : s. f. Boxe française, — « avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings. » (V. Chausson.)

Delvau, 1866 : s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n’a rien à voir là dedans : c’est une petite justice de famille et de caserne.

Delvau, 1866 : s. f. Ouvrage mal fait ; chose abîmée, gâchée, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Joueur malhabile. — Mauvais ouvrier. — Jouer comme une savate, jouer mal à un jeu d’adresse, jouer mal aux cartes. — Jouer comme une paire de savates, jouer très mal.

France, 1907 : Correction militaire d’un caractère tout privé infligée par les soldats à l’un d’entre eux qui se conduit en mauvais camarade ou qui a forfait à l’honneur, et qu’on ne veut pas livrer an châtiment trop sévère des chefs. Les hommes de la chambrée se mettent sur deux rangs après avoir au préalable prévenu le chef de chambrée qui s’absente pour ne pas être témoin de cette exécution antiréglementaire. Chacun s’arme d’un soulier ou d’une savate, et le coupable nu doit passer au milieu, recevant sur le dos, les reins et le bas du dos, autant de coups de savate qu’il y a d’hommes dans la chambrée. S’il est récalcitrant, on l’attache sur un banc fesses en l’air, et c’est alors trois coups par tête qu’il reçoit au lieu d’un. Passer à la savate, recevoir cette correction. Ceux qui avaient l’habitude de faire suisse, c’est-à-dire de boire seuls, passaient à la savate.

France, 1907 : Mauvais ouvrier. Travailler comme une savate, ne rien faire de bon.

Savate (trainer la)

France, 1907 : Être dans la misère.

Savate (traîner la)

Rigaud, 1881 : Traîner la misère. Variante : Traîner la groule.

Savate premier brin

France, 1907 : Rhum de première qualité. Le bon rhum, dit-on, doit sentir la savate.

Et le tafia du coup de la fin, du jus de bottes, ne plus ne moins, de la savate premier brin ! Comme c’était bon, chez les frères, de se suiffer ainsi l’estomac.

(Jean Richepin)

Savater

Delvau, 1866 : v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte. On dit aussi Saveter.

France, 1907 : Travailler mal et sans goût ; gâter un ouvrage.

Savatte

d’Hautel, 1808 : Coup de savatte. Pour coups de pieds.
Se battre à coups de savatte. C’est-à-dire à coup de pied, à la manière des crocheteurs et des porteurs d’eau.

Saveter

d’Hautel, 1808 : Sabouler, bousiller, gâter, machurer un ouvrage ; le faire malproprement et en dépit du sens commun.

Savetier

d’Hautel, 1808 : C’est un véritable savetier. Se dit par mépris d’un mauvais ouvrier, d’un gâcheur d’ouvrage, d’un machurat ; d’un homme qui ne sait pas son métier.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais ouvrier ; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.

Saveurs

France, 1907 : On nomme ainsi en certaines provinces les légumes que l’on met dans le pot-au-feu, pour lui donner du goût, de la saveur.

Savez-vous

France, 1907 : Sobriquet donné aux Belges à cause de la fréquence de ces deux mots dans leur conversation.

Il nous arrive un tas de farceurs affublés de la croix de Genève, qui feraient bien meilleure figure avec un mousquet à la main. À part quelques Luxembourgeois réellement dévoués, il y a des Anglais qui viennent voir et des Belges « savez-vous » qui font du commerce ; autant de bouches inutiles qu’un vrai commandant de place enverrait flâner ailleurs.

(Lieut.-col. Meyret, Les Batailles sous Metz)

Savoir

d’Hautel, 1808 : Il sait plus que son pain manger. Pour dire, il a de l’expérience, il connoît l’usage du monde.
Il ne sait rien de rien. Pour, il n’a aucune connoissance de ce qui se passe.
Il ne sait ni a ni b. Se dit de quelqu’un qui est fort ignorant.
C’est un je ne sais qui. Se dit par mépris d’un homme obscur et de néant, d’un malôtru, d’un vaurien.
On dit également d’un objet quelconque dont on ne peut trouver le nom, c’est un je ne sais quoi.

Savoir (tu ne veux plus rien)

La Rue, 1894 : Tu ne me connais plus (parce que tu es dans une position supérieure à la mienne).

Savoir ce que quelqu’un a dans le ventre

Delvau, 1866 : Découvrir ses sentiments, ses projets ; connaître le faible et le fort de son caractère Argot des bourgeois.

Savoir de quoi il retourne

Delvau, 1866 : Connaître l’état financier d’une maison, la situation morale d’une famille ; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot [des bourgeois].

Savoir des poses

Delvau, 1864 : Être experte dans l’art d’allumer les désirs libertins des hommes.

Il n’est poses qu’elle ne sache,
En débauche elle a de Carrache.
L’invention.

(H. Raisson)

Savoir hurler avec les loups

France, 1907 : S’accoutumer aux habitudes, aux mœurs des gens avec lesquels on vit ; ne pas heurter leurs usages, suivant le précepte de Corneille :

Une vertu parfaite a besoin de prudence
Et doit considérer, pour son propre intérêt,
Et les temps où l’on vit et les lieux où l’on est.

Cette locution signifie aussi savoir se servir contre les méchants de leurs propres armes.

Tous ces Normands voulaient se divertir de nous ;
On apprend à hurler, dit l’autre, avec les loups !

(Racine, Les Plaideurs)

Savoir le qu’en vaut l’aune

France, 1907 : Connaître le bon et le mauvais côté des choses ; avoir acquis de l’expérience à ses dépens.

Savoir lire

Vidocq, 1837 : v. a. — Connaître les diverses ruses du métier de voleur.

Larchey, 1865 : Connaître toutes les ruses (Vidocq).

Delvau, 1866 : Connaître toutes les ruses du métier, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bien connaître le métier de voleur, avoir été reçu docteur ès-filouteries.

La Rue, 1894 : Être habile, roué. Être un bon voleur.

Virmaître, 1894 : Être au courant de toutes les ruses du métier. Connaître tous les trucs pour voler (Argot des voleurs).

France, 1907 : Être au courant de toutes les ruses, de tous les trucs d’un métier.

Savoir se tenir

France, 1907 : Savoir se conduire non seulement en société, mais dans tous les détails de la vie… suivant les snobs.

Savoir se tenir est un grand art à notre époque ; à ceux qui le possèdent, on passe beaucoup d’imperfections, de défauts et même de vices.
Un homme du monde qui sait se tenir a des vêtements élégants, des chemises artistement repassées, des bottines toujours irréprochables.
Pour un empire, il ne sortirait pas à pied en chapeau rond, dans les rues de Paris, même au mois d’août. Il ne se permettrait pas de monter dans une voiture de place ; il n’oserait porter à la main le plus léger paquet. Il aura dix maîtresses, il se ruinera pour elles et compromettra par la même occasion l’avenir de sa femme et de ses enfants, mais il évitera de se montrer en première loge à l’Opéra, au Bois en voiture découverte, avec la moins compromettante de ses dix maîtresses.
Il lui arrivera de ne jamais payer ses fournisseurs, mais il sera d’une régularité exemplaire quand il s’agira d’une différence de bourse, d’un pari fait aux courses ou d’une dette de jeu.

(Adolphe Belot, Le Drame de la rue de la Paix)

Savon

Larchey, 1865 : Réprimande sévère. On dit de même laver la tête pour réprimander quelqu’un.
Savonné : Blanc. — Ce qui est savonné est blanchi. — Pivois savonné : Vin blanc. V. Douille, Larton.

Delvau, 1866 : s. m. Réprimande, — dans l’argot des domestiques malpropres. Foutre un savon. Gronder, objurguer quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Semonce. — Recevoir un savon, être réprimandé. — Flanquer un savon, réprimander.

France, 1907 : Argent payé à l’avocat pour vous blanchir ; argot des voleurs.

France, 1907 : Réprimande.

Savonnade

d’Hautel, 1808 : Pour grande remontrance, correction,

Savonnage

France, 1907 : Plaidoirie.

France, 1907 : Truc de certains lutteurs forains, principalement des lutteurs américains, qui consiste à se savonner le corps de façon que l’adversaire n’ait pas de prise.

L’Américain s’est savonné le torse à la dernière lutte, Sur cette panse de lard, les mains n’ont aucune prise. Si on ne tombe pas au bout de cinq minutes, on n’arrive à rien. Il était « maquillé » de sueur et de savon…

Savonné

Halbert, 1849 : Blanc.

Rigaud, 1881 : Blanc. — Artie savonné, pain blanc ; pivois savonné, vin blanc, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Blanc. Larton savonné, pain blanc ; argot des voleurs.

Savonner

d’Hautel, 1808 : Gourmander, houspiller, secouer, vespériser quelqu’un.

Delvau, 1866 : v. a. Réprimander — et même Battre.

Rigaud, 1881 : Tourmenter, taquiner, — dans le jargon du peuple. — Allusion au linge tourmenté par le savonnage. — La bourgeoise me savonne depuis hier que j’en suis bleu, ma femme me tourmente tellement depuis hier que j’en suis ahuri.

Rigaud, 1881 : Voler. — Pavillon savonné, linge volé. — Savonner une cambuse, voler dans une chambre.

Fustier, 1889 : Argot de chanteurs. Faire des ports de voix.

Mademoiselle S… a de l’habileté quoiqu’elle ait savonné certains traits.

(Liberté, 1882)

La Rue, 1894 : Voler. Tourmenter, taquiner. Réprimander fortement. Savonné, blanc.

France, 1907 : « Se dit d’un apprenti ménétrier qui, en jouant, promène son archet sur la touche de son instrument à cordes, imitant ainsi le mouvement de va-et-vient des lavandières promenant leur savon sur la planche à laver. (Argot des professeurs). »

(Émile Gouget, L’Argot musical)

France, 1907 : Abuser des ports de voix ; argot des chanteurs.

Peut-être cet argotisme moderne, dit Émile Gouget, désignant ces sortes de glissades de sons, dérive-t-il du savon appelé glissant dans la langue bigorne. À moins qu’on n’ait voulu faire allusion au barbier qui a l’habitude de savonner son public avant de le raser.

France, 1907 : Réprinander fortement, tourmenter ; argot populaire,

Savonner une femme

Delvau, 1864 : La baiser, parce qu’ici le sperme sert de savon, ce qui fait qu’elles sont plus blanches que les hommes, au dire de Tabarin.

Et je lui donnerai une savonnade à laquelle son mari ne l’a pas habituée.

(Seigneurgens)

Savonnette

d’Hautel, 1808 : Une savonnette à vilain. On appeloit ainsi dans l’ancien régime, la charge par l’achat de laquelle un roturier se faisoit gentilhomme.

Savonnette à vilains

France, 1907 : On appelait ainsi par dérision certaines charges qui, sous l’ancien régime, octroyaient la noblesse à celui qui les achetait et qui, de cette façon peu glorieuse, se décrassait de la roture.

Dans les pays d’aristocratie, le lit est la meilleure savonnette à vilains. Partager le sommeil d’un fils d’empereur équivaut à la plus haute action d’éclat et Blanche des Tilleuls, à son tour, aurait pu écarteler son blason récent d’accessoires de toilette rivaux du pal et de l’écu de ceux-là qui opposèrent la croix de leurs épées au cimeterre des compagnons de Saladin.

(Ed. Lepelletier)

On dit aussi quelque fois que la femme est une savonnette à vilains, en ce sens qu’en nombre de cas elle décrasse son mari, le dégrossit, lui enlève ses manières de rustre.

Savoyard

Larchey, 1865 : Rustre.

En 1813, avec ces savoyards d’alliés.

(Ricard)

Savoyarde : Malle (Vidocq). — Le commissionnaire chargé de la porter est ordinairement Savoyard.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mal élevé, brutal, — dans l’argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.

Rigaud, 1881 : Grossier personnage ; mal-appris.

Savoyarde

Vidocq, 1837 : s. f. — Malle.

Delvau, 1866 : s. f. Malle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Malle. — Faire la savoyarde, voler les malles sur les voitures, dans les gares.

La Rue, 1894 : Malle.

Virmaître, 1894 : Malle. Allusion aux commissionnaires, tous savoyards pour la plupart, qui transportent les malles sur leur dos (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Malle.

France, 1907 : Malle ; allusion aux commissionnaires pour la plupart natifs de la Savoie.

Saxe (le mulet du maréchal de)

France, 1907 :

Quand le général Changarnier, à cheval, à la tête de sa brigade, vit l’ennemi s’engouffrer dans les ravins, jugeant le moment venu d’attaquer, il se jeta sur lui vigoureusement, lui fit subir des pertes cruelles et le mit en fuite dans le plus grand désordre, mais sans attendre le signal des trois coups de canon. Le général Bugeaud aimait à faire sur le terrain même une sorte de conférence aux généraux et aux chefs de corps pour leur faire comprendre sa pensée, lorsqu’il s’agissait d’entreprendre une opération délicate, ou pour juger une manœuvre quand elle était exécutée. Nous croyons bonnement avoir emprunté aux Allemands la critique après les manœuvres, tandis qu’elle est au contraire, chez eux, une importation toute française. Le soir de cette affaire, il réunit ses officiers au bivouac pour faire devant eux l’examen de la journée. « Nous avons, dit-il, infligé à ces Kabyles un traitement dont ils se souviendront ; mais notre succès eût été plus complet si la brigade, postée en embuscade, avait attendu le signal que je devais donner. De la place que j’occupais, j’embrassais tout le théâtre de l’action, et j’étais mieux à même que personne de juger quand il convenait d’attaquer.
— Mais, mon général, s’écria aussitôt le général Changarnier, c’est moi qui commandais cette brigade. C’est par mon ordre qu’elle a attaqué avec une fougue et une impétuosité dont vous avez pu juger les résultats.
— Eh bien, si c’est vous qui avez commis la faute, c’est à vous que s’adresse mon observation.
— Il y a six ans, mon général, que je fais la guerre en Afrique sans interruption. Je crois y avoir acquis quelque expérience, et jamais on ne m’a adressé un pareil reproche. »
Le général Bugeaud, émoustillé par le ton que prenait la conversation, lança alors cette réplique célèbre dont il ne calculait pas la portée : « Qu’est-ce que cela fait ? Le mulet du maréchal de Saxe avait fait la guerre vingt ans, et il était toujours un mulet. »
Il est facile de s’imaginer l’effet que produisirent ces paroles sur les assistants et surtout sur un interlocuteur dont l’excès de modestie n’était pas le défaut saillant, qui avait au contraire conscience de son incomparable valeur et dont l’amour-propre était encore excité par les éloges qu’on lui avait justement prodigués.

(Général du Barail, Mes Souvenirs)

Saxophone

France, 1907 : Surveillant ; argot des élèves de Saint-Cyr.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique