Ansiaume, 1821 : Filouterie.
Il est marloux, il fait une tire par mâte.
Halbert, 1849 : Voler.
Rigaud, 1881 : Vol exécuté dans la poche des autres.
Tire
Ansiaume, 1821 : Filouterie.
Il est marloux, il fait une tire par mâte.
Halbert, 1849 : Voler.
Rigaud, 1881 : Vol exécuté dans la poche des autres.
Tire (ça se)
Rigaud, 1881 : Cela tire à sa fin, — dans le jargon des troupiers.
Tire (faire la tire à l’encarde)
Ansiaume, 1821 : Voler dans les églises et les spectacles.
Aujourd’hui nous ferons la tire à l’encarde.
Tire (faire la tire à la décarade)
Ansiaume, 1821 : Voler à la sortie des lieux de rassemblement.
Demain à la sorgue à la décarade à la fourmillante.
Tire (grande)
France, 1907 : Grand’route. Elle est longue à tirer ; argot des vagabonds.
Tire (la)
La Rue, 1894 : Le vol exécuté dans les poches par le pick-pocket.
Tire (vol à la)
France, 1907 : Vol dans les poches ; c’est principalement dans les foules, les rassemblements, les marchés, les grands magasins que s’opère ce vol auquel nombre de femmes à s’adonnent.
Lassé de ce hideux martyre,
Il se fit voleur à la tire,
Encore un travail, celui-là !
Essayez, vous, monsieur l’habile,
Et vous saurez quels flots de bile
En l’exerçant il ravala.
(Jean Richepin)
anon., 1907 : Prendre le porte-monnaie.
Tire à la chicane
Rigaud, 1881 : Vol pratiqué en affectant une pose napoléonienne, les mains derrière le dos. — Vol commis en tournant le dos à celui dont on allège les poches. C’est le summum de l’art du vol à la tire.
Tiré à quatre épingles
France, 1907 : Vêtu avec un soin et une recherche ridicules, comme le font les petites bourgeoises et les paysannes endimanchées qui retiennent leur fichu ou leur châle avec des épingles pour qu’il reste bien symétrique.
La fille à Mathurin, grosse blondasse rougeaude et joufflue, tirée à quatre épingles, s’avançait à petits pas de crainte de rien déranger à sa toilette.
(René de Nancy)
Tiré à quatre épingles (être)
Delvau, 1866 : Être vêtu avec un soin et une recherche remarquables, — dans l’argot des bourgeois, pour qui « avoir l’air de sortir d’une botte » est le dernier mot du dandysme.
Tire jus
Vidocq, 1837 : s. m. — Mouchoir de poche.
Tire qui a peur (jouer à)
France, 1907 : Duel au pistolet dans lequel les adversaires tirent à volonté ; expression militaire.
— Il faut que l’un de nous descende la garde… mais comme nous avons tous les deux la vie dure, et qu’avec nos sabres nous aurions de la peine à en finir, nous nous trouverons demain matin hors du camp, avec nos deux pieds de cochon, et alors, ma vieille, nous jouerons à tire qui a peur.
(Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est)
Tire-au-flanc
France, 1907 : Fainéant, individu qui esquive les exercices, les corvées ; argot militaire.
— Le chef et moi, nous rappliquons à l’hôpital. Il y avait là tous les tire-au-flanc de l’escadron.
(Georges Courteline)
Tire-bogue
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a la spécialité des montres.
Rigaud, 1881 : Filou qui a un faible pour les montres.
Virmaître, 1894 : Voleur à la tire qui a la spécialité de faire les montres (Argot des voleurs).
Tire-bogues
France, 1907 : Voleur de montres ; argot des voleurs.
Tire-bouchon américain
Delvau, 1864 : C’est la tocade de toutes les grisettes, Elles font asseoir l’homme sur une chaise, mettent son bouchon au vent ; puis, s’asseyant à cheval sur lui et s’appuyant sur le dos de la chaise, elles se font entrer le dit bouchon dans le con tant qu’elles peuvent, le tirent, se renfoncent dessus, jouissent comme des carpes pâmées, et s’en donnent ainsi jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait échinées.
Quoique Cornélie soit partie, le plaisir n’est pas parti avec elle ; monte chez moi, je serai bien aimable, et je te ferai le tire-bouchon américain.
(Fantaisiste, I, 179)
Tire-braise
France, 1907 : Fantassin ; argot populaire.
Tire-branle
France, 1907 : Fouet ; argot populaire.
Tire-enfants
France, 1907 : Sage-femme ; argot populaire.
Elle avait plein le dos de l’existence avec sa mère… l’ouvrage du bazar était trop abimant… elle ne voulait pas devenir une tire-enfants…
(Edmond de Goncourt, La Fille Élisa)
Tire-fiacre
Rigaud, 1881 : Viande aussi coriace que de la viande de cheval.
Rossignol, 1901 : Viande de cheval.
N’allons pas chez ce gargotier, c’est du tire-fiacre qu’il vend pour du bœuf.
France, 1907 : Bœuf bouilli ; viande coriace ; allusion à la viande de cheval. Argot populaire.
Tire-gosse, tire-môme
Rigaud, 1881 : Sage-femme.
Tire-jus
d’Hautel, 1808 : Mot burlesque et trivial, qui signifie mouchoir à moucher.
Larchey, 1865 : Mouchoir. — Mot imagé. Usité dès 1808.
Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir de poche, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tire-mœlle.
Rigaud, 1881 : Mouchoir, — Tire-juter, se moucher.
Merlin, 1888 : Mouchoir, — de l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Mouchoir.
Virmaître, 1894 : Mouchoir. Le mot n’est pas ragoûtant, mais il exprime bien le fait de tirer le jus des narines (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Mouchoir.
France, 1907 : Mouchoir de poche.
Sur la réputation qu’il avait de se moucher dans ses doigts, comme tous les républicains avancés, il reçut, une fois, la visites de quatre Chinois et de trois Japonais qui venaient l’interviewer sur l’usage bizarre du mouchoir. Il se contenta, pour toute réponse, d’ouvrir son armoire à glace et de leur montrer les douze piles de tire-jus qui y pyramidaient dans le benjoin, le thym et la verveine. Les Orientaux, en dégringolant l’escalier, se disaient : « Nous nous sommes trompés d’étage ! »
(Émile Bergerat)
On dit aussi tire-moelle, tire-molard.
anon., 1907 : Mouchoir de poche.
Tire-larigot
d’Hautel, 1808 : Boire à tire-larigot. Pour dire à grand trait, excessivement.
Les uns prétendent qu’il faudroit écrire tire la Rigaud, du nom d’un sonneur de Rouen, qui buvoit d’une manière excessive. Les autres font remonter plus haut cette étymologie, et veulent persuader que les Goths, dans une émeute, ayant tué leur roi Alaric, mirent sa tête au haut d’une pique, et, l’ayant plantée au milieu de leur camp, ils se mirent à boire et à danser autour, en proférant ces mots, ti Alaric Got, dont, par la suite, on a fait tire-larigot.
France, 1907 : Boire à tire-larigot. On a déjà donné une explication de cette locution. En voici d’autres. « Un glossaire de Rabelais, dit le comte Jaubert dans son Glossaire du centre de la France, fait dériver ce mot de larynx. Suivant une autre édition du même auteur : « Aucuns tirent ce mot d’Alaric roi des Goths, qui fut défait près de Poitiers par Clovis ; lors les soldats joyeux, lorsqu’ils beuvoient, se disoient les uns aux autres : Je bé à ti, ré Alaric Goth. » — Enfin, il y en a qui, non sans quelque vraisemblance, expliquent cette locution populaire par : Boire jusqu’à tirer l’arigot (l’ergot, équivalent burlesque de la jambe, comme dans cette autre locution familière : se tenir sur ses ergots). Arigot, èrigot, pour ergot, existent dans plusieurs patois notamment en Normandie. »
On dit aussi tourner à tire larigot, pour tourner vite, tourner tant qu’on peut sur ses ergots, ce qui appuierait cette dernière explication.
Accourez en chœur, jeunes filles,
Avec les vieilles du quartier,
Pour esquisser de fous quadrilles
Autour de cet ardent brasier.
Venez sauter, brunes et blondes,
Au-dessus du rouge fagot ;
Vous, jeunes gens, amis des rondes,
Tournez à tire-larigot.
(A. Capdeville, Rouge et Noir)
Enfin, pour donner satisfaction à tous, P. Borel, conseiller et médecin ordinaire du roi, dans le Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françaises (Paris, 1655) donne la version suivante aussi plausible que les premières :
Tirelarigot peut venir du mot de Languedoc s’arrigoula, prendre tout son saoul de quelque chose ; Et ce mot ayant esté ouï dire par quelque français, il le retint mal ; et, le travestissant ainsi, lui a donné cours…
Tire-larigot (à)
Delvau, 1866 : adv. Abondamment, beaucoup, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Rabelais. Si j’étymologisais un peu ?
Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte, Arigot ; d’autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c’était, c’est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes. On a étendu le sens de cette expression : on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.
Tire-liard
Delvau, 1866 : s. m. Avare.
Tire-ligne
France, 1907 : Élève architecte.
Tire-lire
La Rue, 1894 : Le postérieur. La tête. L’estomac. La prison. Le gagne-pain des prostituées.
Tire-moelle
Rossignol, 1901 : Mouchoir.
Tire-molard
Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.
Tire-môme, momière
Larchey, 1865 : Sage-femme.
Tire-mômes
France, 1907 : Sage-femme.
Tire-monde
d’Hautel, 1808 : Madame tire-monde. Mot baroque et singulièrement burlesque, qui signifie sage-femme ; celle qui assiste les femmes dans leurs couches.
France, 1907 : Sage-femme ; ancien argot populaire.
Cependant la crise définitive approchait. La main de la tire-monde ayant fouillé dans sa maternité toute vive, Rinette alors avait poussé le grand cri.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Tire-monde (madame)
Virmaître, 1894 : V. Guette au trou.
Tire-pied
France, 1907 : Instruments astronomiques dont les officiers de marine se servent, tels que sextant, octant, cercle de Borda ; argot des matelots.
— Votre commandant n’est donc pas un marin ?
— Ah ! si fait, dam, et un vrai ! mais d’autre sorte, quoi !… qui fusille le soleil avec son tire-pied, connait sa carte comme sa poche…
(G. de La Landelle, Les Gens de mer)
Tire-point
France, 1907 : Alène de cordonnier.
Tire-poire
France, 1907 : Photographe.
Tirebouchonné
France, 1907 : Roulé en forme de tire-bouchon.
Les cheveux tirebouchonnés, piqués de fleurs en papier et de papillons de métal, elles se tiennent accoudées, les bras et les seins nus dans des percales claires des prostituées d’Espagne ; toutes ont le maquillage rose qu’aiment les hommes du Midi et, à la lueur crue des lampes à pétrole, c’est comme une vision de grandes marionnettes appuyées au rebord de quelque fantastique Guignol : c’est l’étal.
(Jean Lorrain)
Tirée
France, 1907 : Ce qui sort du pressoir.
Les gens de Sermoise adoraient leur curé, qui depuis dix ans vivait au milieu d’eux, et ils le comblaient à l’envi de prévenances et de cadeaux. On n’eût pas tué un cochon dans une ferme sans lui porter aussitôt son aune de boudin et sa part d’andouille, pas mis en perce le moindre tonneau de cidre sans lui réserver quelques bouteilles de la première tirée.
(Jean Richepin)
Tireflûter (se)
France, 1907 : S’esquiver, littéralement se tirer les flûtes.
Ça se passait dans la rue la plus fréquentée de Carmaux : il y avait là 300 prolos et vingt-cinq gendarmes, — et « l’assassin » s’est éclipsé, évanoui, sans que, ni prolos ni gendarmes, l’aient vu se tireflûter.
(La Sociale)
Tireflûter par la tangente (se)
France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.
Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !
(Le Père Peinard)
Tirejuter (se)
Delvau, 1866 : Se moucher.
Tireli
France, 1907 : Gazouillement des oiseaux ; onomatopée.
Dans les taillis et les fouillis
De fleurs, pinsons et merles.
Égrenaient leurs gais tirelis
Comme un collier de perles.
(Raoul Ponchon)
Tirelire
Delvau, 1866 : s. f. La tête, — où se mettent les économies de l’Étude et de l’Expérience. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Le podex, — dans l’argot ironique des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Derrière.
S’il a envie de se faire coller un atout dans la tirelire.
(Tam-Tam du 6 juin 1880)
Rigaud, 1881 : Gagne-pain des filles de joie.
Virmaître, 1894 : La tête. Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une tirelire. Tirelire veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Toutes les filles publiques mettent l’argent que les michés leur donnent pour leurs gants, dans leurs bas. Leurs bas sont des tirelires (Argot des souteneurs). N.
Rossignol, 1901 : Visage.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Estomac. S’emplir la tirelire, boire ou manger.
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud.
Vous avez beau dire.
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud,
J’m’emplis la tir’lire.
Du cidre il faut,
Tire, tire,
Du cidre il faut,
Larigot.
(Jean Richepin, La Chanson des gueux)
France, 1907 : Le derrière ou le devant, ce que Rigaud appelle le gagne-pain des files de joie. Coller un atout dans la tirelire, donner un coup de pied au derrière. Mettre dans la tirelire, coïter. Expressions populaires.
France, 1907 : Prison.
On l’a fourré dans la tirelire
Avec les pègres d’Pelago.
(Jean Richepin)
France, 1907 : Tête. Vieille tirelire, vieux détraqué.
anon., 1907 : Cervelle.
Tirelire (briser sa)
Delvau, 1864 : Perdre son pucelage, — ce trésor que les mères veulent forcer les filles à garder pendant seize ou dix-huit ans.
Maman, apprenez qu’un voleur
M’a pris la pièce qu’on admire ;
Mais ce qui me met en fureur,
C’est qu’en brisant ma tirelire,
Tout haut chantait le sacripant,
Zi zi pan pan
(L. Festeau)
Tiremirettes
Hayard, 1907 : Bazar.
Tirer
d’Hautel, 1808 : Tirer la latte, la ligousse. Pour dire se battre à coup de sabre ou avec une arme quelconque.
Faire tirer bouteille Aller au cabaret, se faire apporter une bouteille de vin.
Tirer sa révérence. Se retirer d’un lieu.
On dit dans le même sens, rengaîner son compliment.
Tirer au mur. Expression basse et triviale, qui signifie être obligé de se passer d’une chose sur laquelle on faisoit fonds, comme lorsqu’on a été oublié dans une distribution.
Tirer son pied. Marcher avec peine, être fatigué.
Tirer le poil. Pour dire, faire financer quelqu’un, lui excroquer de l’argent.
Cette comparaison est tirée aux cheveux. Pour dire n’est pas naturelle, est forcée.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Pour, être continuellement en querelle, avoir de l’animosité contre lui.
Delvau, 1864 : Baiser une femme.
Et dans les bois, je savait la tirer.
(É. Debraux)
Aimes tu mieux en gamine
Tirer le coup du macaron ?
(Saunière)
Montrez à ma mère
Tout votre savoir,
Elle va vous faire
Tirer dans le noir.
(Les Archers de l’amour.)
À ce prix-là, dans toute la boutique
De faire un choix j’eus la permission,
Et je montai pour tirer une chique…
(Chanson anonyme moderne)
— Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chiqué,
Dit un futur Gerbier.
(L. Protat)
Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.
(A. Glatigny)
J’ vois que vous y prenez goût.
Mais je n’ tir’ jamais qu’un coup.
(F. De Calonne)
Delvau, 1866 : v. a. Peindre, spécialement le portrait, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot : tirer à la fin du service militaire.
Rigaud, 1881 : Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tires-tu de longes ?
Rigaud, 1881 : Tirer à la conscription, — dans le jargon du peuple.
Rigaud, 1881 : Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.
Rigaud, 1881 : Voler à la tire.
Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l’opération nécessitée par l’impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l’imprimeur tire, en effet, le barreau.
Hayard, 1907 : Faire, (se) partir.
France, 1907 : Faire.
M. Lucien Descaves, qui a tiré cinq ans, comme on dit, a souffert de la vie de caserne jusqu’au plus intime de lui-même et il a exhalé, dans un livre douloureux, grave à la manière noire, ses colères, ses rancunes et ses rancœurs longtemps comprimées.
(Georges Forgues, La Nation)
À tirer, à faire. Temps à tirer, temps à faire.
Les images guerrières, chromolithographies ou souvenirs des derniers Salons, habillaient ses évocations de leurs réminiscences signées de Neuville, signées Detaille. Toutefois il s’en voulait, se jugeait bête. Qu’est-ce que cela lui faisait ? Il allait s’emballer, pas vrai, trouver ça empoignant ? Oh ! l’imbécile !… Et ses cinq ans à tirer ?… Cinq ans !
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
Se tirer, se passer, s’accomplir.
Ainsi, douc’ment le congé se tire ;
Il passe ensuit’ sergent-major,
Son successeur, pas b’soin d’le dire,
Ratiboisera plus encor.
(Griolet)
France, 1907 : Photographier ; argot populaire.
Le festin s’fit chez l’pèr’ Latrouilles,
Un restaurant des mieux notés ;
On a mangé vingt-cinq andouilles,
Autant d’andouill’s que d’invités.
Après l’repas, le photographe
Nous tire en groupe… Ah ! quel tableau !
À sa vue on s’tord, on s’esclaffe ;
Ah ! Minc’ que’c’était rigolo !
(Jeanne Bloch)
Se faire tirer, se faire photographier. Les ouvriers et les campagnards emploient cette expression pour toute espèce de portraits.
Jean-Yves portait an cou, avec son scapulaire, un portrait de Maria. C’était une de ces photographies larges comme deux ongles que des opérateurs forains exécutent à la minute sur des petites plaques de métal. Maria s’était fait tirer le jour du Pardon.
(Hugues le Roux)
Tirer (ça s’ tire !)
Merlin, 1888 : Se dit de tout ce qui touche à sa fin. Une garde, une punition, le congé militaire se tirent.
Tirer (se la)
Delvau, 1866 : v. réfl. Fuir.
Tirer (se)
France, 1907 : S’en aller. On dit aussi se la tirer.
Les hommes, c’est d’la mauvais graine,
C’est à peu près comme l’melon,
Faudrait en avoir six douzaines
Pour en trouver un de bon
Fuyez Léon, Paul, Anatole
Vous que j’eus le tort d’adorer.
Maintenant qu’j’ai soupé d’vot’ fiole.
Vous pouvez vraiment vous tirer.
(René Esse)
Se tirer des flûtes, s’en aller.
Aux Buttes-Chaumont.
La grande sœur. — Où est Mimile ?
Le petit frère. — I’ vient d’f… le camp.
— Tu sais bien qu’on t’a défendu de dire des gros mots.
— Comment qu’i’ faut dire, alors ?
— Il faut dire : il a décanillé, il s’est esbigné, ou mieux il s’est tiré les flûtes.
Se tirer à la douce, s’esquiver rapidement et sans bruit.
À ce moment, un coup de sifflet retentit au dehors.
Tous tressaillirent.
— Attention ! dit Mille-Pattes, c’est ma femme qui avertit… et, vous savez, elle à le nez creux, la Sardine…
— C’est les fliques !… dit Peau-de-Zébi, qui avait entr’ouvert la porte… Ils n’osent pas avancer… tirons-nous à la douce par le jardin…
(Edmond Lepelletier)
Se tirer des pattes, s’en aller, se sauver.
Deux amis de collège, qui ne se sont pas vus depuis le bahut, se rencontrent, en wagon, sur la ligne du Nord.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis dans le commerce… Je me tire d’affaire, Et toi ?
— Moi, je suis dans la finance, et je me tire des pattes.
Se tirer des pieds, même sens.
Dans l’musée qu’était solitaire,
Soudain, j’dis à Pascal tout bas :
Regard’ donc cett’ Vénus en pierre,
Comment qu’ça s’fait qu’a n’a pas de bras ?
Il m’fait : Ça c’est une sale histoire,
Mon vieux, faut nous tirer des pieds.
Si on nous voit là, on va croire
Qu’c’est nous qui les avons cassés.
(Eugène Rimbault)
Tirer à boulets rouges sur quelqu’un
Delvau, 1866 : v. n. Le poursuivre inexorablement, lui envoyer des monceaux de papier timbré, — dans l’argot des bourgeois, qui deviennent corsaires avec les flibustiers. On dit aussi Poursuivre à boulets rouges.
France, 1907 : Ne pas le ménager, le poursuivre par tous les moyens.
Tirer à hue et à dia
France, 1907 : Tirer à droite et à gauche ; conduire en tous sens.
J’ai froid au cœur en me rappelant ce qu’elle en disait, de ce père et de cette mère inconscients qui la tiraient de hue et de dia comme des rapaces qui se disputent une proie, qui, au lieu de profiter des rares instants où elle leur appartenait pour la cajoler et l’apprivoiser, l’initiaient, la mêlaient à leurs querelles, l’empoisonnaient de leur amertume, s’accusaient et se donnaient mutuellement tous les torts, étouffaient sous une couche de fiel l’amour filial, le respect instinctif de l’enfant envers les siens.
(René Maizeroy)
Tirer à la ligne
Delvau, 1866 : v. n. Écrire des phrases inutiles, abuser du dialogue pour allonger un article ou un roman payé à tant la ligne, — dans l’argot des gens de lettres, qui n’y tireront jamais avec autant d’art, d’esprit et d’aplomb qu’Alexandre Dumas, le roi du genre.
Rigaud, 1881 : Délayer un article de journal, l’allonger, non plus avec des alinéas et des blancs comme pour le choufliquage, mais avec des épithètes, des synonymes, des périphrases.
France, 1907 : Allonger ses phrases par des mots inutiles ; délayer un dialogue afin d’augmenter le nombre de lignes d’un article, d’une chronique ou d’un roman payé à tant la ligne. Argot des gens de lettres. Alexandre Dumas père excellait dans ce genre de besogne et s’en tirait toujours avec une grande habileté. Depuis, il eut nombre d’imitateurs, sinon en qualité, du moins en quantité. Le roman-feuilleton n’est qu’une suite de tirages à la ligne, et, chose digne de remarque, ce qui n’est pas tiré à la ligne, c’est-à-dire ce qui offre quelques qualités littéraires, le public ordinaire de ces rapsodies ne le lit pas.
L’auditoire est attentif, dès le début ; après quelques répliques piquantes où les protagonistes affirment leur personnalité et dévoilent leur état d’âme, tout le monde sent venir la grande scène dite des révélations : la scène à faire ! Jusqu’ici, toutes les règles de l’art des préparations ont été sagement observées ! Mais le procureur s’est nourri de la moelle des feuilletonistes ; Montépin, Boisgobey n’ont plus de secret pour lui ; il tire à la ligne sans pudeur, fait rebondir la scène avec l’adresse d’un jongleur japonais !
(Le Journal)
Tirer à la rencontre
Ansiaume, 1821 : Voler une montre.
Je fais aussi une tire à la rencontre.
Tirer au c…
Merlin, 1888 : Se soustraire à un service.
Tirer au cul
La Rue, 1894 : User de prétextes pour ne pas travailler.
France, 1907 : S’esquiver d’un travail, d’une corvée, d’un exercice ; argot militaire.
— Ah ! tu tires au cul, mon salaud, tu ne veux pas en foutre un coup : tu veux nous laisser crever tous à c’te nuit pendant que tu resteras au chaud ; hé bien ! attends voir un peu, tu verras ce que ça te coûte.
(Georges Courteline, Les Gaités de l’escadron)
Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ d’exercice
Et tout l’fourbi.
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.
(Aristide Bruant)
Tirer au flanc
Rigaud, 1881 : Manquer à sa parole, ne pas tenir ce qu’on a promis, — dans le jargon du régiment.
France, 1907 : Esquiver ou essayer d’esquiver le service ; argot militaire.
— T’arriveras là-bas, tu passeras la visite, on saura que tu tires au flanc, et on te renverra illico au quartier avec quinze jours de prison.
(G. Courteline, Les Gaités de l’escadron)
Pour passer mon congé heureux,
Je tire au flanc tant que je peux ;
Dans les dragons, au dix-huitième,
Je tir’ ma flemme !
(Suireau)
Tirer au grenadier
La Rue, 1894 : Laisser sa part de travail retomber sur d’autres.
Tirer au mur
Rigaud, 1881 : Se passer de, se priver, — dans le jargon des soldats. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Se passer, se priver.
France, 1907 : Travailler sans résultat ; allusion à un exercice d’escrime de ce nom.
Tirer au renard
Rigaud, 1881 : Pour un cheval, c’est lever le nez en l’air, quand on le tient par la bride ou qu’il est attaché au râtelier, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Tirer au vent, c’est quand le cheval portant son cavalier lève la tête. Il n’y a pas moyen d’arrêter un cheval emballé qui tire au vent.
France, 1907 : Esquiver un exercice, une corvée ; argot militaire.
Vienne le temps des grandes manœuvres et vous verrez les fainéants tirer au renard. L’un feindra des coliques ; cet autre se déclarera atteint de rhumatismes…
(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)
Adieu le major, la visite,
Où je conviens que, pour ma part,
Les jours de flemme, j’allais vite
Afin de tirer au renard,
Adieu l’infirmier qui vous place
En rang d’oignons dans le couloir ;
V’là que nous sommes de la classe
Et que la classe part ce soir !…
(Griolet)
Tirer aux chevrotins
France, 1907 : Expression vieillie signifiant vomir.
Tirer aux grenadiers
Larchey, 1865 : Carroter le service, militairement parlant. Comme les compagnies d’élite sont exemptes de corvées, tirer aux grenadiers, c’est s’attribuer indûment leurs privilèges. — Tirer une dent : Escroquer (Vidocq). — V. Carotte.
Delvau, 1866 : v. n. Emprunter de l’argent à quelqu’un en inventant une histoire quelconque, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Forger une histoire pour emprunter de l’argent.
France, 1907 : Esquiver le service, laisser le travail aux camarades ; allusion aux anciennes compagnies de grenadiers où les soldats étaient exempts de certaines corvées.
Tirer d’épaisseur (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se tirer d’un mauvais pas, — dans l’argot des ouvriers. Signifie aussi diminuer, — en parlant d’une besogne commencée.
Rigaud, 1881 : Sortir d’un mauvais pas.
France, 1907 : Diminuer. La besogne se tire d’épaisseur, elle est bientôt terminée. Se dit aussi pour se tirer d’une fâcheuse affaire.
Tirer de la cellule
France, 1907 : Faire de la prison ; argot militaire.
— Oui, c’est comme ça, je tire de la cellule avant que je me tire moi-même.
(Georges Courteline)
Tirer de la droite
France, 1907 : Boiter de la jambe droite, signe auquel la police reconnaît les anciens forçats.
— Ce n’est pas un sanglier, c’est un cheval de retour. Vois comme il tire de la droite ! — Il est nécessaire d’expliquer ici que chaque forçat est accouplé à un autre (toujours un vieux et un jeune ensemble) par une chaîne. Le poids de cette chaîne rivée à un anneau au-dessus de la cheville, est tel, qu’il donne, au bout d’une année, un vice de marche éternel au forçat… En termes de police, il tire de la droite.
(Balzac)
Tirer de la marne
France, 1907 : Travailler ; argot faubourien, de marner, travailler dur.
Pendant qu’j’allais tirer d’la marne,
Mam’zelle s’allongeait dans l’milieu
D’mon poussier… a faisait sa carne…
(Aristide Bruant)
Tirer de longueur (se)
Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot des faubouriens — d’une chose qui tarde à venir, d’une affaire qui a de la peine à aboutir, d’une histoire qui n’en finit pas.
Tirer des balladoires (se)
Rigaud, 1881 : Se sauver ; c’est-à-dire : se tirer des jambes. Les balladoires, ce sont les jambes, qui servent à la ballade.
Tirer des berges à la ronde
France, 1907 : Faire des années de détention à la prison centrale.
Tirer des bordées
France, 1907 : Expression militaire venue de la marine. S’amuser au lieu d’être à son service ; faire la noce. Être en bordée, être absent du quartier sans permission et pour s’ébaudir.
À l’infirmerie et à la salle de police, il s’était lié avec toutes les fortes têtes du régiment et lui-même, désormais, était cité comme une pratique, véritable gibier de biribi. Il découchait et tirait des bordées.
(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)
Tirer des longes
Halbert, 1849 : Faire plusieurs années de prison.
Tirer des pieds (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller, s’enfuir.
Tirer des plans de longueur
France, 1907 :
Les bons bougres savent quelle foultitude d’employés la Ville entretient : c’est rigolo de reluquer les allées et venues de toute cette séquelle pour la moindre babiole, — comme qui dirait boucher un trou sur un trottoir, avec un seau de bitume.
Mince de procession d’employés ! ll s’en amène une dizaine qui restent trois quarts d’heure, en rond, à tirer des plans de longueur, crayon et calepin aux pattes.
(Le Père Peinard)
Tirer des plans sur la comète
France, 1907 : Faire des projets irréalisables.
Tirer du flan
France, 1907 : Subir un emprisonnement ; argot des voleurs.
Tirer l’échelle
La Rue, 1894 : Ne pas aller plus loin.
France, 1907 : Terminer. « Après cela, il faut tirer l’échelle. » Il n’y a plus rien à dire.
Et le turbin d’assainissement devient de moins en moins cotonneux : après la fournée d’ambitieux qui se prépare à s’asseoir autour de l’assiette au beurre, y aura plus qu’à tirer l’échelle.
(Père Peinard)
Quel chef-d’œuvre ! Il falloit tirer l’échelle après,
Le Bouclier d’Achille étoit guenille auprès.
(Nicolas R. de Grandval)
Tirer l’œil
France, 1907 : Attirer l’attention, se faire remarquer.
Avocat, médecin, architecte, négociant, tant que vous vous teniez, comme les gens d’autrefois, dans votre cercle natal, vous pouviez suffire ; bien ou mal, on vous évaluait ; bonne ou mauvaise, dans le monde et l’opinion, vous aviez votre place ; à Paris, vous n’en avez point, on ne vous connait pas : vous êtes, comme à l’hôtel garni, le numéro tant, c’est-à-dire un paletot et un chapeau qui sortent le matin et rentrent le soir. De ces chapeaux et paletots, il y en a vingt mille. Quelle marque ou cocarde trouver pour se faire reconnaître ? Quelle couleur assez voyante, quel signe assez singulier vous distinguera entre les vingt mille signes et les vingt mille couleurs ? Il faut tirer l’œil ; hors de là, point de salut.
(H. Taine, Notes sur Paris)
Tirer l’oreille à Thomas
France, 1907 : Vider le baquet de la salle de police. Voir Thomas.
C’qu’est dégoûtant dans l’mélétaire,
C’est d’tirer l’oreille à Thomas !
Thomas c’est un’manièr’ de tonne
Ousqu’un chacun met ses fricots ;
C’est formidabl’ c’que ça poisonne
Quand c’est un jour à z’haricots !
Tirer la bourre
Rossignol, 1901 : Se battre.
Tirer la droite
Delvau, 1866 : v. a. Traîner la jambe droite par habitude de la manicle qu’elle a portée au bagne, — dans l’argot des agents de police, qui se servent de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.
Tirer la ficelle
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Onan.
France, 1907 : Terminer.
Tirer la langue
Delvau, 1866 : v. a. Être extrêmement pauvre, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Tirer la langue d’un pied.
Virmaître, 1894 : Courir à en perdre haleine. Faire tirer la langue à un débiteur en lui promettant de l’argent. Tirer la langue : avoir faim, attendre après quelque chose qui ne vient jamais (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Avoir envie ou besoin d’une chose qu’on ne vous donne pas.
Je suis sans argent, mes parents ne m’en envoient pas, ils me font tirer la langue.
France, 1907 : Attendre longtemps et vainement.
— Ah ! petite coquine, voici deux mois bientôt que tu me bernes, que tu me fais tirer la langue, mais gare à toi, tu y passeras quand même.
(Les Propos du Commandeur)
Tirer la langue d’une aune
Rigaud, 1881 : Être très altéré. — Être misérable.
Tirer le canon
Delvau, 1866 : v. a. Conjuguer le verbe pedere, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Tirer le canon d’alarme.
Tirer le chausson
Delvau, 1866 : v. a. S’enfuir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi se battre.
Rigaud, 1881 : Décamper.
Tirer le diable par la queue
Delvau, 1866 : v. a. Mener une vie besogneuse d’où les billets de banque sont absents, remplacés qu’ils sont par des billets impayés. Argot des bohèmes. On dit aussi Tirer la Ficelle ou la corde.
Virmaître, 1894 : Il y en a (la moitié de Paris) qui passent leur temps à cette besogne, sans être jamais avancés un jour plus que l’autre. La misère ne les lâche pas. Ce pauvre diable, depuis le temps que l’on la lui tire, n’en devrait plus avoir (Argot du peuple).
France, 1907 : Vivre misérablement, être à court d’argent, ne savoir comment joindre les deux bouts ; travailler beaucoup pour gagner peu. « Que d’écrivains tirent le diable par la queue ! Cette expression s’explique, die S. Dauny, dans l’Écho du Public, par de vieilles images, très populaires autrefois, où l’on voyait toutes sortes de gens tirant par la queue le grand diable d’argent, lequel distribuait de l’argent de son sac. »
— Tirez de diable par la queue si vous y êtes forcée, mais ne l’avouez jamais ; qu’on ne le sache pas si vous ne voulez être délaissée par les uns et méprisée par les autres. Personne parmi nous ne l’ignore, et c’est ce qui explique la somme considérable d’efforts que l’on fait pour paraître. J’ai même tort de limiter ces efforts à notre monde ; ils sont inhérents à la société française et, dans des limites à déterminer, à la société humaine. Donc, il faut paraître, paraître à n’importe quel prix, à Paris plus que partout ailleurs. Dès lors, il faut s’ingénier, tâcher de vivre.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
Tirer le dig-dig
France, 1907 : Tirer le cordon, sonner.
Tirer le pied de biche
France, 1907 : Mendier ; allusion aux mendiants qui vont de porte en porte tirer la sonnette.
Tirer les pattes (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’ennuyer, — dans l’argot des typographes, à qui il répugne probablement de s’étirer les bras.
Rigaud, 1881 : Bâiller en allongeant les bras au-dessus de la tête.
Tirer les vers du nez
France, 1907 : Arracher par persuasion les secrets de quelqu’un. Cette expression telle qu’elle est comprise n’aurait aucun sens, comme d’ailleurs nombre d’autres dont on se sert sans s’en rendre compte, le diable au vert, par exemple, s’il s’agissait de l’incommode et dégoûtant animal qui chez l’homme habite les intestins et non le nez. Mais la locution proverbiale fait allusion aux vérités, en vieux français vères, et ainsi la locution à un sens. Tirer les vers du nez. C’est arracher les vérités à quelqu’un.
Tirer sa coupe
Delvau, 1866 : S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Nager : expression populaire. Se promener ; argot des marins.
D’temps en temps nous tirons not’ coupe
Su’l’grand boul’vard. Des vrais chatons
Quand nous naviguons l’vent en poupe.
(Jean Richepin)
Tirer sa coupe sur le grand flanche
France, 1907 : Être transporté dans une colonie pénitentiaire.
Tirer sa crampe
France, 1907 : Coïter.
France, 1907 : S’échapper de prison ; argot des malfaiteurs.
Tirer sa crampe avec la veuve
France, 1907 : Être guillotiné.
Tandis qu’il tient amoureusement la donzelle, il lui pose des questions :
— Ta mère, qu’est-ce qu’elle fait ?
— Elle fait des ménages.
— Et ton frère ?
— Il fait rien.
— Et ton père ?
— Mon père ?… Y a longtemps qu’il a tiré sa crampe avec la veuve.
Cette réponse le refroidit.
(Les Joyeusetés du régiment)
Tirer sa flemme
France, 1907 : Se reposer au lieu de travailler.
C’est à peu prés sûr qu’il regrette
L’heureux temps où, simple lascar,
Il guignait l’heur’ de la retraite
En arpentant le boulevard.
Il ne peut plus tirer sa flème
Comm’ tout le mond’, c’est immoral,
Et ce n’est plus un homme même…
Y a quatr’ homm’s et un caporal !
Tirer sa longe
Delvau, 1866 : v. a. Marcher avec difficulté par fatigue ou par vieillesse, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Traîner la jambe. — Expression primitivement appliquée à la démarche des forçats libérés.
La Rue, 1894 : Traîner la jambe.
Tirer ses guêtres
Delvau, 1866 : v. a. S’en aller de quelque part, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tirer ses grègues.
France, 1907 : S’esquiver, s’enfuir. Expression militaire.
Beaucoup découchaient, se faufilant entre les sentinelles trop espacées sur l’immense front de bandière, ou se tirant des guêtres par les fossés.
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
Tirer ses guêtres, sa coupe, son chausson; se tirer des flûtes, des pieds
La Rue, 1894 : Se sauver.
Tirer ses guêtres, se la tirer
Rigaud, 1881 : Se sauver, partir. Variantes : Tirer sa coupe, se tirer des pattes.
Tirer son épingle du jeu
France, 1907 : Se tirer adroitement d’affaire, sauver ses intérêts au moment où ils allaient être compromis ; allusion à un jeu de petites filles qui, au moyen d’une balle lancée contre un mur, font sortir des épingles d’un rond.
Sous l’apparence de se dévouer à tous, d’être complaisant jusqu’à l’abus, de ne refuser aucun service, de dépenser sa vie pour les uns et les autres, il s’entend à miracle à tirer son épingle du jeu, à faire fructifier ses revenus, à prendre sa part des bonnes aubaines.
(Colombine, Gil Blas)
Les Saints et des Diables ensemble,
Eurent toujours maille à partir ;
Et ce qui doit nous avertir
Qu’il faut que chacun de nous tremble,
C’est que le Serviteur de Dieu
N’a pas toujours, avec le Diable,
Tiré son épingle du jeu,
Ou la Légende est une fable.
(Grécourt)
Tirer son plan
Delvau, 1866 : Faire son temps de prison ou de bagne, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Subir un emprisonnement.
La Rue, 1894 : Faire son temps de peine.
Tirer sur sa longe
France, 1907 : Traîner la jambe, marcher péniblement.
Tirer un bouchon
Virmaître, 1894 : Voleur qui fait dix ans du prison (Argot des voleurs).
Tirer un congé à la maz
France, 1907 : Se disait, avant la démolition de Mazas, pour : être emprisonné.
Moi, j’ai besoin que ma Louise turbine,
Sans ça j’tire encor un congé
À la Maz ! Gare à la surbine !
J’deviens grinch’ quand j’ai pas mangé.
(Jean Richepin)
Tirer un gerbement, un sapement
France, 1907 : Purger une condamnation ; argot des voleurs.
Tirer une botte
France, 1907 : Faire un assaut à la salle d’armes et, par extension, donner un coup d’épée.
— Pour lors, nous allâmes sur le terrain avec nos témoins. Aussitôt alignés, je lui tire une botte ; mon particulier tombe à moitié évanoui.
— Sapristi ! sergent, si vous aviez encore tiré la seconde, pour sûr il serait resté asphyxié.
Tirer une carotte
France, 1907 : Mentir, tromper pour obtenir des subsides. Il arrive que les gouvernements tirent des carottes comme de simples pioupious.
On dit, mais ce n’est pas certain,
Que le roi d’Hollande
Veut venir jusqu’à Pantin
Avec toute sa bande ;
Qu’il vienne pour nous escoffier,
Mais qu’il prenne garde de se faire pincer ;
Encore une carotte qu’on veut nous tirer.
(Chanson du siège d’Anvers, 1832)
Tirer une chose de longueur
France, 1907 : Employer tous les moyens pour la faire réussir ; entreprendre longtemps à l’avance une opération.
— Par exemple, nous visons le Prix Bérenger, troisième réunion d’été, 50.000 fr., et nous voulons que Panama ait une grosse cote. Eh bien ! il faut tirer la chose de longueur. Nous le faisons partir au printemps dans une petite course, le Prix du Préau si vous voulez. Je le monte pour gagner ou pour la place. Bien. Une seconde fois, la même chose. Le cheval est classé, on a confiance. La troisième fois, on le fait courir avec des animaux d’ordre un peu supérieur. Cette fois, il ne fait rien, il n’est nulle part.
(Maurice Donnay, Les Affaires)
Tirer une coupe sur le grand fleuche
Rigaud, 1881 : Aller à la Nouvelle-Calédonie, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Aller à la Nouvelle Calédonie.
Tirer une d’épaisseur (en)
Rigaud, 1881 : Mot à mot : tirer une énorme carotte. — En tirer une de longueur, même signification.
Tirer une dent
Vidocq, 1837 : Induire quelqu’un en erreur, et lui escroquer de l’argent en lui racontant une histoire.
Delvau, 1866 : v. a. Escroquer de l’argent à quelqu’un en lui contant une histoire.
Rigaud, 1881 : Soutirer de l’argent sous un faux prétexte.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Escroquer de l’argent.
Tirer une épine de pied
France, 1907 : Sortir de difficulté, d’embarras.
Tirer une râpée
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon du régiment.
France, 1907 : Coïter.
Tiretaine
France, 1907 : Voleur de campagne.
Tiretaine, tireur de campagne
Rigaud, 1881 : Voleur à la tire qui fait un peu de villégiature. C’est dans les foires de village que le tiretaine fait de bonnes récoltes.
Tiretarrière
France, 1907 : Gifle, soufflet ; argot des marins ; littéralement tire-t’arrière, « tire-toi en arrière ».
Belle femme, ce qu’on appelle à la campagne un beau corps de femme, grande, plantureuse, tétonnière et fessue, elle faisait certainement loucher plus d’un gabelou ; mais il ne fallait pas renifler de trop près son âcre parfum de grosse brune. Autrement, v’lan ! une tiretarrière !
(Jean Richepin)
Tireur
Ansiaume, 1821 : Filoux.
Il y a là deux tireurs qui nous entravent, décarrons de rif.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Filou.
Vidocq, 1837 : Le vol à la Tire est très-ancien, et a été exercé par de très-nobles personnages, c’est sans doute pour cela que les Tireurs se regardent comme faisant partie de l’aristocratie des voleurs et membres de la Haute Pègre, qualité que personne au reste ne cherche à leur refuser.
Le Pont-Neuf était autrefois le rendez-vous des Tireurs de laine ou manteaux, et des coupeurs de bourse, qu’à cette époque les habitans de Paris portaient suspendue à la ceinture de cuir qui entourait leur corps. Ces messieurs, qui alors étaient nommés Mions de Boulles, ont compté dans leurs rangs le frère du roi Louis XIII, Gaston d’Orléans ; le poète Villon, le chevalier de Rieux ; le comte de Rochefort ; le comte d’Harcourt, et plusieurs gentishommes des premières familles de la cour ; ils exerçaient leur industrie à la face du soleil, et sous les yeux du guet qui ne pouvait rien y faire. C’était le bon temps ! Mais maintenant les grands seigneurs qui peuvent puiser à leur aise dans la caisse des fonds secrets, ce qui est moins chanceux et surtout plus productif que de voler quelques manteaux rapés ou quelques bourses étiques, ont laissé le métier aux manans ; et, à l’heure qu’il est, grâce à l’agent Gody, ces derniers sont très-souvent envoyés en prison par leurs compagnons d’autrefois.
Les Tireurs sont toujours bien vêtus, quoique par nécessité ils ne portent jamais ni cannes ni gants à la main droite ; ils cherchent à imiter les manières et le langage des hommes de bonne compagnie, ce à quoi quelques-uns d’entre eux réussissent parfaitement. Les Tireurs, lorsqu’ils travaillent, sont trois ou quelquefois même quatre ensemble ; ils fréquentent les bals, concerts, spectacles, enfin tous les lieux où ils espèrent rencontrer la foule. Aux spectacles, leur poste de prédilection est le bureau des cannes et des parapluies, parce qu’au moment de la sortie il y a toujours là grande affluence ; ils ont des relations avec presque tous les escamoteurs et chanteurs des rues qui participent aux bénéfices de la Tire.
Rien n’est plus facile que de reconnaître un Tireur, il ne peut rester en place, il va et vient, il laisse aller ses mains de manière cependant à ce qu’elles frappent sur les poches ou le gousset dont il veut connaître approximativement le contenu. S’il suppose qu’il vaille la peine d’être volé, deux compères que le Tireur nomme ses Nonnes ou Nonneurs, se mettent chacun à leur poste, c’est-à-dire près de la personne qui doit être dévalisée. Ils la poussent, la serrent, jusqu’à ce que l’opérateur ait achevé son entreprise. L’objet volé passe entre les mains d’un troisième affidé, le Coqueur, qui s’éloigne le plus vite possible, mais, cependant sans affectation.
Il y a parmi les Tireurs des prestidigitateurs assez habiles pour en remontrer au célèbre Bosco, et les grands hommes de la corporation sont doués d’un sang-froid vraiment admirable. Qu’à ce sujet l’on me permette de rapporter une anecdote bien ancienne, bien connue, mais qui, cependant, est ici à sa véritable place.
Toute la cour de Louis XIV était assemblée dans la chapelle du château de Versailles ; la messe venait d’être achevée, et le grand roi, en se levant, aperçut un seigneur qui tirait de la poche de celui qui était placé devant lui une tabatière d’or enrichie de diamans. Ce seigneur, qui avait aperçu les regards du roi attachés sur lui, lui adressa, accompagné d’un sourire, un signe de la main pour l’engager à se taire. Le roi, qui crut qu’il s’agissait seulement d’une plaisanterie, lui répondit par une inclination de tête qui pouvait se traduire ainsi : Bon ! Bon ! Quelques instans après, celui qui avait été volé se plaignit ; on chercha l’autre seigneur, mais ce fut en vain. « Eh ! bon Dieu, dit enfin le roi, c’est moi qui ai de servi de compère au voleur. »
Il y avait entre les Tireurs du moyen-âge beaucoup plus d’union qu’entre ceux de notre époque. Ils avaient, pour n’être point exposés à se trouver en trop grand nombre dans les lieux où ils devaient opérer, imaginé un singulier expédient. Le premier arrivé mettait dans une cachette convenue, un dé qu’il posait sur le numéro un, le second posait le dé sur le numéro deux, et ainsi de suite jusqu’à ce que le nombre fût complet. Bussi Rabutin, qui rapporte ce fait dans ses Mémoires secrets, ajoute que plusieurs fois il lui arriva de retourner le dé qui était sur le numéro un, pour le mettre sur le numéro six, ce qui, dit-il, empêcha que beaucoup de personnes fussent volées.
Méfiez-vous, lecteurs, de ces individus qui, lorsque tout le monde sort de l’église ou du spectacle, cherchent à y entrer ; tordez le gousset de votre montre, n’ayez jamais de bourse, une bourse est le meuble le plus inutile qu’il soit possible d’imaginer, on peut perdre sa bourse et par contre tout ce qu’elle contient ; si, au contraire, vos poches sont bonnes vous ne perdrez rien, et dans tous les cas la chute d’une pièce de monnaie peut vous avertir du danger que courent ses compagnes. Ne mettez rien dans les poches de votre gilet, que votre tabatière, que votre portefeuille soient dans une poche fermée par un bouton, que votre foulard soit dans votre chapeau, et marchez sans craindre les Tireurs.
Clémens, 1840 : Voleur de bourse.
Larchey, 1865 : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Pick-pocket.
Rigaud, 1881 : Voleur à la tire.
La Rue, 1894 : Voleur à la tire, pick-pocket.
France, 1907 : Voleur à la tire.
Tireur au cul
France, 1907 : Actuellement, le mot fricotteur peut être considéré comme synonyme de tireur au cul, mais on sait qu’il n’est pas de synonymes absolus, et, en effet, entre fricotteur et tireur au cul il y a des nuances.
L’un et l’autre sont des gaillards carottant ou cherchant à carotter le service, mais avec des visées différentes. Le premier, intelligent et dégourdi, levant le coude, levant la jambe, pourvu d’une ou de plusieurs particulières, tâche de toutes façons à s’amuser, à se divertir. Le second est un paresseux dont la préoccupation constante est de ne rien faire ou tout au moins de travailler fort peu. Il est souvent malade, atteint de boiteries singulières et d’écorchures incongrues et ne connaît pas de plus vif plaisir que d’astiquer sa plaque de couche ou de couler des heures de parfait farniente à l’infirmerie ou à l’hôpital. Le tireur au cul, carottier lymphatique, au physique comme au moral, est inférieur au fricotteur.
Tireur au flanc
France, 1907 : Même sens que tireur au cul. Tous les tireurs au flanc connaissent l’air de la sonnerie des malades :
Les tireurs au cul sont reconnus,
Les tireurs du flanc sont foutus dedans.
Tireur de couverture
France, 1907 : Acteur qui coupe les effets de ses camarades ; argot théâtral.
Tireuse
France, 1907 : Spécialité de voleuse qui tire les objets des poches.
Tireuse de vinaigre
Delvau, 1866 : s. f. Femme de mauvaises mœurs ; drôlesse, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Prostituée.
France, 1907 : Prostituée. Cette expression que donne Le Roux dans son Dictionnaire, est tombée en désuétude.
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