Tomber

Tomber

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

Ansiaume, 1821 : Être arrêté.

C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.

Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.

Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…

(Félix Remo, La Tombeuse)

Tomber à pic

Delvau, 1866 : v. n. Arriver à propos, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression aussi bien à propos des gens que des choses.

Virmaître, 1894 : On va se mettre à table, vous tombez à pic. Mot à mot : Vous arrivez bien.
— J’étais dans la purée, ma tante vient de claquer à pic (Argot du peuple).

France, 1907 : Arriver au moment opportun ; expression familière.

Tomber au collège

Ansiaume, 1821 : Emprisonné (être).

Quand j’ai tombé au collège, j’avais encore 200 balles.

Tomber au plan

Larchey, 1865 : Être mis en prison.

Tu voudrais que je grinchisse sans tracquer de tomber au plan.

(Vidocq)

V. Manger.

Tomber dans la dèche

Fustier, 1889 : V. Delvau au mot Dèche.

Certains naïfs libidineux se laissent duper par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons jeunes gens tout ce qu’il y a de mieux en fait de femmes du monde tombées dans la dèche.

(Figaro, mars 1887)

Tomber dans le bœuf

Delvau, 1866 : v. n. Devenir pauvre, misérable, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Être réduit à la misère.

France, 1907 : Tomber dans la gêne ; en être réduit, après avoir fait bombance, au simple ordinaire, la soupe et le bœuf.

Tomber dans le troisième dessous

France, 1907 : Tomber dans une extrême misère. Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous la scène des grands théâtres.

Tomber de Charybde en Scylla

France, 1907 : Vouloir échapper d’un mal pour tomber dans un pire. Allusion à un tourbillon et à un rocher dangereux du détroit de Sicile. Les vaisseaux des anciens, d’une manœuvre difficile, n’échappaient au gouffre que pour se briser sur le rocher, ou vice versa.

Nous sommes, sortant de Sicile,
De Charybde tombés en Scylle,
C’est tomber de fièvre en chaud mal.

(Scarron, Virgile travesti)

Tomber de la poêle dans la braise

Delvau, 1866 : v. n. N’éviter un petit ennui que pour tomber dans un plus grand ; n’avoir pas de chance. Argot du peuple. C’est l’Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim des lettrés.

Tomber dessus

Larchey, 1865 : Maltraiter en paroles ou en actions.

Que demain je lâche ma place ! on me tomberait fièrement dessus.

(De Goncourt)

Delvau, 1866 : v. n. Maltraiter en paroles ou en action.

Tomber en cannelle

France, 1907 : Être ahuri.

Tomber en figure

Clémens, 1840 : Entrer en scène.

Delvau, 1866 : Se trouver face à face avec un individu qu’on cherche à éviter, ennemi ou créancier.

Rigaud, 1881 : Faire une fâcheuse rencontre, se rencontrer nez à nez avec un importun, avec un créancier, avec une ancienne maîtresse.

France, 1907 : Entrer en scène ; argot théâtral.

Tomber en frime

France, 1907 : Se rencontrer face à face ; argot des voleurs.

— Ah ! ce n’est pas pour manger le morceau, tu le sais bien ; mais cela me servira à te protéger, à te garer des embûches, à empêcher les revenants de tomber en frime avec toi…

(Hector France, La Vierge russe)

Tomber en litharge

Rigaud, 1881 : Être au secret, par corruption pour : tomber en léthargie.

Tomber malade

Vidocq, 1837 : v. p. — Être arrêté.

Delvau, 1866 : v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Être arrêté, alors qu’on se croyait en sûreté. Si l’arrestation a lieu à la rencontre, c’est-à-dire si on rencontre fortuitement l’agent qui vous recherchait, on dit : tomber le nez dessus (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être arrêté ; argot des voleurs.

Tomber pile

Delvau, 1866 : v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Tomber sur le cul. Les ouvriers typographes disent :
— Il est tombé sur le côté de deux (Argot du peuple).

France, 1907 : Tomber sur le dos ; expression familière.

Tomber sous la coupe de quelqu’un

Delvau, 1866 : v. n. Être à sa merci ; vivre sous sa dépendance.

Tomber sur le dos

Delvau, 1864 : Se faire baiser.

Tiens ! v’là Victoire qui roule sa bosse.
— Pauvre fille ! si gentille, si sage… car enfin elle ne sort jamais.
— Parbleu ! elle sera tombée dans l’escalier ; c’est là qu’elle aura attrapé ça.

(Souvenirs de carnaval)

Mais aussi qui ne tombe pas
Au premier mot qu’on lui dise.

(Bussy-Rabutin)

Ce sont filets et pièges pour donner le saut et faire tomber à la renverse les femmes et les filles.

(Noël du Fail)

Tomber sur le dos et se casser le nez

Delvau, 1866 : Se dit d’un homme à qui rien ne réussit.

France, 1907 : N’avoir pas de chance ; ne réussir en rien. Synonyme de se noyer dans un crachat.

Tomber sur le dos et se faire une bosse au ventre

Delvau, 1866 : Se dit d’une jeune fille qui, comme Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois.

Rigaud, 1881 : Faire une chute amoureuse qui entraîne une grossesse.

Virmaître, 1894 : Cela paraît être un fait extraordinaire ; pourtant rien n’est plus commun. C’est la secousse qui est cause de ce phénomène qui dure neuf mois (Argot du peuple).

France, 1907 : Se laisser séduire et gagner la maladie de neuf mois.

Tomber sur un coup de poing

Delvau, 1866 : Recevoir un coup de poing sur le visage et mettre les avaries qui en résultent sur le compte d’une chute.

Tomber une bouteille

Delvau, 1866 : La vider, la boire.

Tomber une femme

France, 1907 : La séduire ; la vaincre par persuasion ou par violence.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique