Tourner

Tourner

d’Hautel, 1808 : Tourner le nez du côté de la marmite. Se disposer à aller dîner ; à se mettre à table.
Tourner casaque. Lâcher pied, tourner le dos, changer de parti.
Tourner autour du pot. Biaiser, ne pas aller, droit au but.
Il tourne comme une girouette. Se dit d’un homme inconstant et léger, sans caractère, sans volonté déterminée.

France, 1907 : Châtrer par torsion des testicules.

Tourner (faire)

anon., 1827 : Attraper.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper, mystifier.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Attraper.

Rigaud, 1881 : Mystifier, se moquer.

Tourner au sur

France, 1907 : Mourir lentement.

Tourner autour du pot

Delvau, 1866 : v. n. N’oser parler franchement d’une chose ; hésiter avant de demander une grâce, un service.

France, 1907 : Hésiter.

Tourner casaque

France, 1907 : Abandonner son parti passer à l’ennemi, trahir.
Le duc de Savoie Charles-Emmanuel, dit le Grand, prenait pendant les guerres de la France et de l’Espagne sous le règne de Henri IV, tantôt le parti de l’une, tantôt celui de l’autre. Il avait un justaucorps ou casaque d’un côté blanc, de l’autre rouge. Quand il combattait avec la France, il mettait le côté blanc, avec l’Espagne le côté rouge. Ce prince peu fidèle dans ses amitiés était bossu, et comme il possédait le Piémont, pays montagneux, on fit sur lui le quatrain suivant :

Si le bossu mal à propos
Quitte la France pour l’Espagne,
On lui laissera de montagne
Que celle qu’il a sur le dos.

Profitant des troubles religieux de la France, il s’empara du marquisat de Saluces et reçut des ligueurs le titre de comte de Provence (1590). Henri IV, après une invasion en Savoie et en Piémont, le força de lui céder en échange de l’inutile marquisat la Bresse, le Bugey, le Valromey, le pays de Gex, c’est-à-dire tout le territoire de Lyon à Genève.
L’habitude de tourner la casaque était du reste celle de tous les déserteurs d’alors. On dit encore pour exprimer la versatilité politique ou la trahison : Vive le roi ! Vive la Ligue ! allusions aux guerres civiles de la Ligue sous Henri III et Henri IV, où nombre de gens passaient du côté du roi pour revenir aux ligueurs et vice versa.

Tourner de l’œil

Delvau, 1864 : Tourner La prunelle, Montrer le blanc des yeux en jouissant.

Tu tournes la prunelle…
Tu vas jouir… ma belle…

(Marc Constantin)

Larchey, 1865 : S’assoupir, mourir.

Trois ou quatre méchantes chopines… et ça tourne l’œil.

(Gavarni)

Du poison !… Allons, bois… tu vas tourner de l’œil tout de suite.

(Chenu)

Delvau, 1866 : S’endormir. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Delvau, 1866 : Se pâmer, s’évanouir de plaisir.

Rigaud, 1881 : Mourir.

La Rue, 1894 : Dormir. Mourir. Se pâmer de plaisir.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

Entre disciples d’Esculape :
— Comment faites-vous, cher confrère, pour être payé intégralement ?
— Je ne soigne que les belles-mères. Si elles en réchappent, leurs filles me payent bien ; si elles tournent de l’œil, leurs gendres me payent mieux.

Tourner en bourrique (faire)

France, 1907 : Affoler quelqu’un, le rendre idiot à force d’obsessions.

Le commandant est le gendre de la plus acariâtre des femmes. Oh ! cette irascible belle-mère ! Quel crampon, quelle calamité … Et on parle de la peste ! Mais, positivement, ce n’est là qu’un fléau bénin quand on lui compare l’insupportable, l’intolérable vieille dame en question.
« Il serait si heureux, son foyer serait si calme, si tranquille, sans Mme Dutromblon. Bavarde comme une pie, têtue comme un baudet, fourrant le nez partout, faisant de la morale en veux-tu en voilà, elle lasserait la patience de tous les saints du calendrier. Elle est tannante, assommante, rasante… Bref, elle le fait tourner en bourrique. »

(Le Régiment illustré)

La chose est problématique,
Obscure, étrange, mystique
Et fait tourner en bourrique
Plus d’un ecclésiastique.

(Grosclaude)

Tourner en eau de boudin

Delvau, 1866 : v. n. Se dit d’une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d’une entreprise qui avorte, d’une promesse qu’on ne tient pas. Faire tourner quelqu’un en eau de boudin. Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.

Tourner l’œil

Rigaud, 1881 : Avoir envie de dormir.

Tourner la vis

Delvau, 1866 : v. a. Tordre le cou à quelqu’un.

France, 1907 : Étrangler.

Tourner le cadran

France, 1907 : Tourner le derrière.

Madame est fort amoureuse,
Mais près d’son époux, la nuit,
Ell’ se montre très boudeuse,
N’ayant pas d’attrait pour lui.
S’il veut tailler une bavette,
Elle lui tourne le cadran,
En s’écriant : « Tu m’embêtes,
J’ai bien assez d’mes amants. »

(A. Poupay)

Tourner le ciboulot

France, 1907 : Tourner la tôle, affoler.

Hélas ! dans quel art on la traîne,
Jehanne, la bonne Lorraine !
Et que les Français sont… Français !
Pendant des siècles ils l’ignorent,
Et puis tout à coup ils l’arborent,
Tombant dans un contraire excès.
Ils ne jurent plus que par elles :
Cette héroïque pastourelle
Leur à tourné le ciboulot,
Ils l’appliquent sur leur détresse
Et sur leur âme pécheresse
Ni plus ni moins qu’un rigolot.
Au moment où le pays sombre
Loin de son honneur ancien,
Ils croient que cette vierge sage
Va leur refaire un pucelage,
Si j’ose dire, avec le sien.

(Raoul Ponchon)

Tourner le cul à la mangeoire

France, 1907 : Refuser de profiter d’une bonne occasion ; expression des campagnes du Centre. On dit aussi tourner le cul au pain.

Tourner le feuillet

Rigaud, 1881 : Retourner aux fastes de Sodome.

France, 1907 : Se livrer à la pédérastie.

Tourner les pouces en rond

France, 1907 : Ne rien faire.

Nous, on veut pus se l’laisser mettre,
Vaut mieux s’tourner les pouc’s en rond :
Quand un larbin y parvient maitre,
L’est cor pus muff’ que son patron !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tourner midi

France, 1907 : Manger avant midi ; expression des campagnes du Centre faisant allusion aux fiancés qui n’ont pas attendu la consécration du mariage pour se donner les plaisirs conjugaux, ce qui en d’autres termes s’appelle prendre un pain sur la fournée.

Tourner rond

France, 1907 : Manquer d’argent.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique