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P

P

d’Hautel, 1808 : Il faut mettre un P à cette créance. Se dit d’une mauvaise créance, d’un débiteur insolvable.

France, 1907 : Lettre au moyen de laquelle les écrivains pudibonds, ou craignant d’offenser les oreilles pudibondes, désignent les prêtresses de Cythère. Les demoiselles chastes lisent P, mais prononcent putain tout bas… et la pudeur est sauve. Ô sainte imbécillité !

Les potins scandaleux allaient leur train et les bonnes bourgeoises, mises an courant par un « ami » complaisant, disaient d’un ton dédaigneux : — Ces grandes actrices, toutes p… !

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

P (faire le)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire mauvaise mine.

France, 1907 : Paraître de mauvaise humeur. P est sans doute ici pour pet, qui a le sens d’une chose désagréable. Il y a du pet, il y a du bruit ou du danger. Voir ce mot.

P (il y a du)

Larchey, 1865 : Il y a du danger, la police est proche (Dict. d’argot, 1844). — On a probablement pris la première lettre du mot Police. — Faire le P : Faire mauvaise mine (Grandval, 1827).

P plus Q

France, 1907 : « Expression algébrique qu’on introduit à l’École polytechnique dans le langage courant et qui signifie un grand nombre. Exemple : J’ai déjà attrapé P + Q consignes. »

(Argot de l’X)

Pacant

d’Hautel, 1808 : Un pacant, un lourdaud, homme sans intelligence, sans pénétration, d’un sens et d’un esprit très-bornés.

anon., 1827 : Un passant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Passant.

Bras-de-Fer, 1829 : Un passant.

Delvau, 1866 : s. m. Paysan, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Palot.

Rigaud, 1881 : Paysan, — dans le jargon des voleurs. — Intrus, maladroit, lourdaud.

Mais ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac, Pierre Grassou.)

France, 1907 : Paysan, individu grossier, lourd, butor, et, par extension, un intrus ; argot des voleurs ; vieux français, du latin paganus.

— Ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac)

Se dit aussi pour passant.

Pacant, pâlot

La Rue, 1894 : Paysan.

Pacaut ou palot

Halbert, 1849 : Homme de campagne.

Paccin

Rigaud, 1881 : Paquet, — dans l’ancien argot.

Paccin, pacmou

France, 1907 : Paquet ; argot des voleurs.

Vidocq, faisant sonner le louis sur la table, s’écria :
— Voilà ce qui s’appelle une largue et une bonne.
— Parbleu ! il n’y a qu’à lui bloquir les paccins.

(Marc Mario et Louis Launay)

Pacha

France, 1907 : Capitaine de vaisseau ; argot des élèves de l’École navale.

France, 1907 : Homme riche, gros dignitaire. « Mener une vie de pacha », vivre largement et voluptueusement.

Pacha à trois queues

France, 1907 : Cette expression, fort usitée autrefois, l’est encore en certaines provinces pour désigner un riche oisif qui passe sa vie dans une douce mollesse, comme l’on représente les pachas de l’Orient. La queue de cheval est le signe distinctif des pachas, qui la font porter devant eux au bout d’une hampe surmontée d’un croissant. C’est le fanion de nos généraux commandant un corps d’armée. Le dignitaire le plus élevé dans la hiérarchie militaire de l’empire turc est le pacha à trois queues. C’est pour célébrer une victoire remportée grâce à une queue de cheval que le général turc fit attacher à une lance en signe de ralliement, alors que ses troupes étaient en pleine déroute, que cet appendice est devenu un signe d’honneur parant les étendards. Un journal comique relate cette petite scène conjugale :

Le mari au lit, lisant son journal :
Dis donc, Lolotte, le pacha de Trébizonde qui a six cents femmes. C’est un pacha à trois queues.
La femme : Oh ! mon pauvre Joseph, quel triste pacha tu ferais !

Pachalesquement

Delvau, 1866 : adv. Voluptueusement, — dans l’argot des romantiques. Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le pseudonyme de Philotée O’Neddy.

France, 1907 : Voluptueusement, comme un pacha.

Packet

Delvau, 1866 : s. m. Paquebot, — dans l’argot des anglomanes et des créoles.

Paclin ou Pasquelin

Delvau, 1866 : s. m. Pays natal, — dans l’argot des voleurs. Pasquelin du Rabouin. L’enfer, pays du diable.

Paclin ou patelin

Halbert, 1849 : Pays. On dit aussi pasquelin.

Paclinage ou Pasquelinage

Delvau, 1866 : s. m. Voyage.

Pacliner

Delvau, 1866 : v. n. Voyager.

Paclineur

Delvau, 1866 : s. m. Voyageur.

Pacmon

Halbert, 1849 : Paquet ou ballot.

Pacquecin

France, 1907 : Paquet ; argot des voleurs. Voir Paccin.

Pacquelin

Rigaud, 1881 : Pays. — Brème de pacquelin, carte de géographie. — Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.

Boutmy, 1883 : s. m. Pays natal. Mot emprunté à l’argot des voleurs.

Un suage est à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin… — Un coup est à faire, la nuit dans la maison du curé du pays…

(Lettre d’un assassin à ses complices.)

C’est donc à tort que quelques-uns disent patelin.

La Rue, 1894 : Pays. Ville.

France, 1907 : Pays natal ; argot des voleurs. On dit communément et à tort patelin, puisque pacquelin est une dérivation du latin pagus, village. Brême de pacquelin, carte géographique ; le pacquelin du raboin, le pays du diable, l’enfer.

Pacquelin, linage, lineur, liner

Larchey, 1865 : Ces quatre mots répondent en argot à Pays, Voyage, Voyageur et Voyager (Vidocq). — On trouve dans Bailly les formes Paclin, Patelin, Pasquelin.

Pacquelinage

Rigaud, 1881 : Voyage. — Pacqueliner, voyager. — Pacquelineur, voyageur.

France, 1907 : Voyage.

Pacqueliner

La Rue, 1894 : Voyager. Pacquelinage, voyage. Pacquelineur, voyageur.

France, 1907 : Voyager.

Pacquelineur

France, 1907 : Voyageur.

Pacsin

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Paquet.

Pacte

d’Hautel, 1808 : Je crois qu’il a fait un pacte avec le diable. Se dit en plaisantant d’un homme qui réussit sur les choses les plus hasardeuses, les plus difficiles, ou pour lequel il n’y a rien d’impossible.

Paddock

France, 1907 : Terme de courses désignant l’endroit situé dans l’enceinte du pesage et réservé à la promenade des chevaux. Anglicisme.

Paddy

France, 1907 : Surnom que les Anglais donnent aux Irlandais. Ce mot signifie bouffi.

Padoue

Delvau, 1866 : s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.

France, 1907 : Cordonnet avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons. Padoue est renommée pour ses filatures de soie.

Paf

Larchey, 1865 : Ivre. Abréviation de Paffé.

Vous avez été joliment paf hier.

Balzac.

Delvau, 1866 : adj. Gris, ivre, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Ivre. — Ivrogne gai.

La Rue, 1894 : Ivre. Soulier.

Virmaître, 1894 : Celle expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme. Ce sont les voyous qui ont inventé le mot. Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf : Pene erexit domum (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Si vous dites à un voyou : « Je vais t’astiquer les côtes », et qu’il vous réponde : « Tu astiqueras mon paf », il n’est pas poli.

Rossignol, 1901 : Ivre.

Hayard, 1907 : Être ivre.

France, 1907 : Membre viril ; argot des voyous.

Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf : Pene erexit domum.

(Ch. Virmaître)

France, 1907 : Ivre. Syncope du patois lillois épaffe, ahuri, saisi, épouvanté. Quelques étymologistes en font un anagramme de l’anglais fap, ivre. Paf d’ailleurs se disait et se dit encore pour eau-de-vie ; de la cause on a fait l’effet :

— Sans vous commander, not’ voisin,
Lâchez-nous, s’il vous plaît, chopine
De paf, en magnièr’ d’eau divine…
— Allons, bijou, mettez-vous là.
Babet ! verse à Monsieur. Aimez-vous l’eau-de-vie ?
— Non, je ne bois point de cela…

(J. Vadé, Œuvres poissardes)

Paf (être)

Virmaître, 1894 : Être gris.
— Je me suis paffé hier soir que c’en est dégoûtant.
— Paf, ça y est.
Chose accomplie. Synonyme de : J’en ai mon pied. (Argot du peuple).

Paf, paffe

Rigaud, 1881 : Soulier. De paffut, passut, tranchet. Le mot paffut remonte au XIVe siècle.

Paff

un détenu, 1846 : Un Ivrogne. Être paff : être ivre.

France, 1907 : Eau-de-vie.

On l’attire dans la chambre, et le brigadier, à qui sa payse venait de faire parvenir un litre de mêlé-cassis, lui en fit boire une telle lampée, qu’elle se mit à débiter toutes sortes de gaudrioles, et à lever la jambe d’une façon si drôlette que tout le monde se tenait les côtes. Quand elle rentra au logis, elle tenait à peine sur ses quilles. Sa mère, éberluée, l’apostropha : « Comment, salope, est-il Dieu possible ! Tu as donc liché ? Tu as donc bu du paff ? »

(Les Joyeusetés du régiment)

Paffe

un détenu, 1846 : Souliers.

Halbert, 1849 : Soulier.

Larchey, 1865 : Soulier. V. Gouêpeur, Empaffe. — Dans le dictionnaire du Cartouche de 1827, nous trouvons : Passans, passifs : Souliers. — Le second mot est un diminutif. Le premier semble faire allusion à la mission voyageuse du soulier. Paffe ne serait-il pas une abréviations de passif ?

France, 1907 : Soufflet, gifle. Onomatopée.

Paffé

France, 1907 : Étonné, surpris, ahuri comme un homme ivre ou qui vient de recevoir une paffe.

Paffer

Rigaud, 1881 : Enivrer. Rendre paf.

Paffer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Boire avec excès.

France, 1907 : S’enivrer. On dit aussi s’empaffer.

Paffer, empaffer

Larchey, 1865 : Enivrer.

Au milieu de cette plèbe bariolée qui se paffe de vin bleu.

Delvau.

Nous allons à la Courtille nous fourrer du vin sous le nez, quand nous sommes bien empaffés.

Vidal, 1838

Viennent de Paf qui représentait au dix-huitième siècle la goutte d’aujourd’hui ; comme elle, paf s’appliquait surtout à l’eau-de-vie. En voici de nombreux exemples.

Viens plutôt d’amitié boire nous trois un coup de paffe.

Vadé, 1758.

Voulez-vous boire une goutte de paf. — J’voulons bien. — Saint-Jean, va nous chercher d’misequier d’rogome.

1756, l’Écluse.

Il m’proposit le paf. Ça me parlit au cœur si bien, que j’y allis… dans une tabagie de la rue des Boucheries, où que j’bure du ratafia après le coco.

Rétif, 1778, Contemp., 1783.

Il doit y avoir parenté entre le paf du dix-huitième siècle et l’eau d’aff de l’argot moderne.

Tu vas me payer l’eau d’aff ou je te fais danser.

E. Sue.

Paffs

Virmaître, 1894 : Souliers. C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur en frappant le sol du pied. C’est une image : paff ! Paff ! (Argot du peuple).

France, 1907 : Souliers.

Pafs

Delvau, 1866 : s. m. pl. Chaussures, neuves ou d’occasion.

Pagaie (mettre en)

Rigaud, 1881 : Farce qu’au régiment les anciens font aux conscrits, qui trouvent leurs lits arrangés en bascule ; d’où des culbutes et des occasions de se divertir aux dépens des bleus. C’est-à-dire mettre un camarade aux prises avec une plaisanterie qui n’est pas gaie pour lui.

Pagane (en)

France, 1907 : En désordre, à l’abandon, en désarroi. Du latin paganus, paysan ; comme si l’on disait : à la paysanne. On dira d’une voiture renversée, embourbée : « Elle est restée en pagane. » Patois du Centre. Voir Pagale.

En terme de marine, en pagane et, par corruption, en pagale signifie précipitamment. Jeter les objets en pagale dans la cale d’un navire, c’est les jeter en désordre, au hasard.
On dit aussi en pagaye :

— Mon fils, qui l’a tapé plus souvent qu’à son tour, assure qu’il laisse chez lui l’or, l’argent, les billets de banque, des bijoux d’une valeur énorme, n’importe où, en pagaye.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Page blanche

Delvau, 1866 : s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état, — dans l’argot des typographes. Être page blanche en tout. Ne se mêler jamais des affaires des autres ; être bon camarade et bon ouvrier.

Rigaud, 1881 : Innocent. — Ouvrier instruit et travailleur, — dans le jargon des typographes.

France, 1907 : Bon ouvrier ; argot des typographes. Être page blanche, c’est être innocent de ce qui s’est fait. « Cette locution, dit Eug. Boutmy, s’emploie le plus souvent avec la négation : « Dans cette affaire, dit le prote, vous n’êtes pas page blanche », c’est-à-dire « vous êtes complice » où « vous y avez participé en quelque chose ».

Page blanche (être)

Boutmy, 1883 : v. Être innocent de ce qui s’est fait. Cette locution s’emploie le plus souvent avec la négation : Dans cette affaire, dit le prote, vous n’êtes pas page blanche, c’est-à-dire vous êtes complice, ou vous y avez participé en quelque chose.

Page d’Alphand

Fustier, 1889 : Égoutier, au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le directeur.

France, 1907 : Égoutier, du nom d’un ancien ingénieur en chef de Paris.

Pagne

un détenu, 1846 : Assistance, secours que se portent les voleurs entre eux.

Larchey, 1865 : Secours envoyé à un détenu par un ami. (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors et qu’on lui porte ordinairement dans un panier. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Don en argent ou en nature fait à un détenu.

La Rue, 1894 : Lit. Don fait à un détenu, argent ou provisions.

Virmaître, 1894 : Provision.

On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche,
Y en a toujours qui sont paumés marrons,
Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche,
On leur envoie le pagne au violon.
(Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Lit. Allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages ; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Lit.

Hayard, 1907 : Lit.

France, 1907 : Provisions ; de italien pagnotta, pain.

— J’ai un bon cœur ; tu l’as vu lorsque je lui portais le pagne à la Force.

(Mémoires de Vidocq)

C’est aussi, par extension, un prêt d’argent à un voleur arrêté.

France, 1907 : Lit. Abréviation de panier ; le pagne à puces. Voir Paillot.

Pendant qu’t’étais à la campagne
En train d’te fair’ cautériser,
Au lieur ed’ rester dans mon pagne,
Moi, j’m’ai mis à dévaliser ;
Mais un jour, dans la rue d’Provence,
J’me suis fait fair’ marron su l’tas,
Et maint’nant j’tir’ de la prévence ME
À Mazas.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Pagne (le)

Halbert, 1849 : Provision que le prisonnier reçoit du dehors.

Pagnoter

Fustier, 1889 : Coucher. Pagnoter avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.

Rossignol, 1901 : Se coucher.

France, 1907 : Coucher ; de pagne, lit.

Pagnoter (se)

La Rue, 1894 : Se coucher.

Virmaître, 1894 : Se coucher. Malgré le double emploi, ou dit dans le peuple :
— Je vais me pagnoter dans mon pieu avec mes dardants (Argot du peuple).

Pagnoterie

France, 1907 : Poltronnerie, bévue, balourdise.

Pagnotter

Hayard, 1907 : Se coucher.

Pagode

d’Hautel, 1808 : Petite figure de porcelaine qui a la tête mobile.
Faire la pagode ; remuer la tête comme une pagode. Se dit de ceux qui secouent souvent la tête ; ou dont la tête est toujours en mouvement.
Ce n’est qu’une pagode. Se dit de quelqu’un qui fait continuellement des gestes, des exclamations insignifiantes.

Paie (bonne)

Delvau, 1866 : s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa signature, — dans l’argot des bourgeois. Mauvaise paie. Débiteur de mauvaise foi. Il faut prononcer paye, à la vieille mode.

Païen

d’Hautel, 1808 : Jurer comme un païen. N’avoir que des juremens à la bouche ; en mêler dans tous ses discours.

Delvau, 1866 : s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable, — dans l’argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers temps de notre langue.

Paies (c’est tout ce que tu) ?

Rigaud, 1881 : Tu n’as pas quelque chose de plus agréable à dire ? — Et puis, après ça ? — Expression dont abusent les voyous quand on leur fait de la morale à gosier sec.

Prenez garde, mon fils ! la pente du vice est glissante ; tel qui commence par une peccadille peut finir sur l’échafaud ! — C’est tout ce que tu paies ?

(Randon.)

Paillard

d’Hautel, 1808 : Un franc paillard. Libertin, homme impudique, qui s’adonne à la luxure.

Delvau, 1864 : Libertin, homme qui aime la femme, et qui s’amuse avec elle, non comme un bourgeois qui obéit aux commandements de Dieu et à l’habitude, mais comme un gourmet qui se plaît à manger l’amour a toutes les sauces.

Vente, gresle, gelle, j’ai mon pain cuit ;
Je suis paillard, la paillarde me duit.

F. Villon.

Le paillard ! il y prenait donc bien du plaisir !

Mililot.

Le paillard, friand de donzelles,
S’était fait un vaste sérail.

J. Cabassol.

France, 1907 : Fainéant, capon. Il se couche ou se cache dans la paille.

Paillarde

Delvau, 1864 : Femme qui ne voit dans les hommes, quels qu’ils soient, ni des amants, ni des maris, mais des pines, et qui s’en sert avec une gloutonnerie à s’en donner des indigestions.

Tant que le bon ton durera.
Les honnêtes femmes paillardes
S’en tiendront aux soldats aux gardes.

Collé.

Paillarder

d’Hautel, 1808 : Libertiner, s’adonner à la lubricité.

Delvau, 1864 : Baiser une femme, ou seulement la peloter.

Il fut surpris paillardant derrière le grand autel.

B. Estienne.

Elle ne faisoit tout le jour que paillarder avec lui.

Brantôme.

Paillardise

d’Hautel, 1808 : Impudicité, débauche lubrique.

Delvau, 1864 : Libertinage, lubricité.

En fait de paillardise, nous l’entendons au suprême, et les dames du monde ne sont que des bêtes auprès de nous.

La Popelinière.

Paillasse

d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier.)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.

Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.

(Émile Bergerat)

France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »

France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.

Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Paillasse (bourrer la)

Rigaud, 1881 : Manger. — N’avoir rien à fourrer dans la paillasse, n’avoir rien à manger.

Paillasse (brûler la)

France, 1907 : Partir de chez une fille sans la payer.

Paillasse (brûler)

Rigaud, 1881 : Partir en oubliant de déposer son offrande sur le coin de la cheminée d’une Vénus ambulante.

Paillasse (crever la)

Rigaud, 1881 : Porter des coups de pied dans le ventre de quelqu’un. — Se faire crever la paillasse, se faire assommer à coups de pied dans le ventre.

Paillasse (manger sa)

Rigaud, 1881 : S’agenouiller pour prier au pied de son lit, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Réciter ses prières à l’instar de beaucoup de dévotes, agenouillé devant son lit et la tête appuyée sur les matelas.

Paillasse à coups de poing

Rigaud, 1881 : Femme d’ivrogne.

Paillasse à soldat

Virmaître, 1894 : Femme sur laquelle tout un régiment couche. Mot à mot : qui sert de paillasse (Argot du peuple). N.

Paillasse à soldats

Rigaud, 1881 : Fille à soldats. — Prostituée sans prétention qui rôdaille autour des casernes, quœrens quem devoret.

Merlin, 1888 : Fille publique.

Hayard, 1907 : Fille de garnison.

Paillasse de corps-de-garde

Larchey, 1865 : Prostituée de dernier ordre. Comme les paillasses de corps-de-garde, elles changent continuellement de coucheurs. De là, le nom de paillasson donné aux hommes qui fréquentent les filles publiques, sans néanmoins être leurs souteneurs.

Chaque soir sur l’boul’vart, ma p’tite femm’ fait son trimar. mais, si el’s’porte s’l’paillasson, j’lui coup’la respiration. j’suis poisson.

Ancienne chanson d’argot.

Paillasson

Delvau, 1864 : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.

J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.

(Chanson anonyme moderne.)

Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :

Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !

Rigaud, 1881 : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.

Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson.)

Rigaud, 1881 : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.

Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.

(Paris-vivant, La Fille. 1858.)

La Rue, 1894 : Libertin. Amant de cœur.

France, 1907 : Petite pièce en un acte donnée avant une grande, autrement dit : lever de rideau.

France, 1907 : Chevelure. N’avoir plus de paillasson à la porte, être chauve.

— Eh ben ! en v’là un vieux gâteux avec son crâne à l’encaustique ! S’il avait des cheveux, il serait encore assez réussi. Mais il n’a plus de fil sur la bobine, plus de crin sur la brosse, plus de gazon sur le pré ; il a le caillou déplumé, quoi ! Enfin, n’y a plus de paillasson à la porte.

(Beaumaine et Blondelet)

France, 1907 : Amant d’une fille publique, d’une paillasse.

C’est d’nature, on a ça dans l’sang :
J’suis paillasson ! c’est pas d’ma faute,
Je m’fais pas plus marioll’ qu’un aut’e,
Mon pèr l’était ; l’Emp’reur autant !

(André Gill, La Muse à Bibi)

Paillassonner

Delvau, 1864 : Courir les gueuses.

Rossignol, 1901 : Faire des paillons.

Paille

d’Hautel, 1808 : Cela se vend comme de la paille. Manière exagérée de dire qu’une marchandise a un grand débit, une grande vogue ; qu’on l’enlève.
Lorsqu’un auteur traite de son manuscrit avec un libraire, il ne cesse de répéter à ce dernier : monsieur, mon ouvrage est unique en son genre ; il se vendra, s’enlèvera comme de la paille ; imprimez, tirez à grand nombre… Mais malheur au trop crédule libraire qui se laisse aller à ces prophéties présomptueuses que l’on voit si rarement se réaliser.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Se dit pour montrer la supériorité de l’homme sur la femme.
À la paille. Terme de soldat qui se dit quand l’exercice est fini, et qui équivaut à, allez vous-en ; allez vous reposer.
Il est dans la paille jusqu’au ventre. Se dit de quelqu’un qui est dans un lieu où il a toutes ses commodités, tout en abondance.
On dit dans le même sens, Ils sont comme rats en paille.
Tirer à la courte-paille.
Se dit d’une chose que l’on tire au sort pour savoir à qui elle appartiendra.
Il a bien mis de la paille dans ses souliers. Se dit de quelqu’un qui s’est enrichi en fort peu de temps, et d’une manière illicite.
Il mourra sur la paille. Se dit d’un homme qui se ruine, qui dépense plus que sa fortune le lui permet.
Elle tire la paille. Se dit pour donner de la valeur à une chose quelconque, pour exprimer qu’elle est excellente, et par allusion à l’ambre, qui a la vertu de lever la paille.
Jeter la paille au vent. Ne savoir de quel côté on dirigera ses pas ; abandonner au hasard la marche d’une affaire.

Larchey, 1865 : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.

Delvau, 1866 : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. (Argot des grecs). Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.

France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs.

France, 1907 : Bagatelle ; le mot est employé dans un sens ironique, signifiant justement le contraire. « Huit jours de clou ! Une paille à tirer ! »

France, 1907 : Tricherie au jeu de cartes, consistant à en onduler une et à la placer de façon à la reconnaitre, d’où l’expression couper dans la paille. C’est la même filouterie que le pont : « couper dans le pont. »

Paille (avoir ou prendre une)

France, 1907 : Avoir un commencement d’ivresse. « Tu es encore saoul, salaud ? – Oh ! je n’ai pris qu’une paille. »

Paille (c’est une)

Virmaître, 1894 : Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter : C’est une paille que de porter ça là bas (Argot du peuple). N.

Paille (c’est une) !

Delvau, 1866 : Ce n’est rien ! Argot du peuple. L’expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de celui qui l’emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.

Paille (croix de)

France, 1907 : Formule qui annonce la rupture d’un pacte, d’une convention dans un cas déterminé, prévu.

— Si tu ne me payes pas à la Saint-Jean, croix de paille, rien de fait.

Paille (feu de)

France, 1907 : Ardeur de courte durée. « Et ce grand amour ne fut qu’un feu de paille. »

Paille (homme de)

Rigaud, 1881 : Prête-nom. Individu qui assume sur lui la responsabilité d’une affaire. En général l’homme de paille touche des appointements fixes et fait tout ce qui concerne son état : des dettes, des dupes et de la prison.

France, 1907 : Prête-nom. Se dit aussi d’un homme sans énergie, sans valeur.

Paille (rompre la)

France, 1907 : Se brouiller ; rompre un accord, un marché.

Il faut rompre la paille. Une paille rompue,
Rend entres gens d’honneur une affaire conclue.

(Molière, Le Dépit Amoureux)

Paille au cul

France, 1907 : Vagabond, cheminot ; patois du Centre. « Avoir l’air d’un paille au cul, être minable, malpropre, déguenillé comme les vagabonds qui couchent dans les chenils ou les tas de paille et dont les guenilles gardent des traces de leur « lit ». Partir la paille au cul, être chassé, mis en réforme ; quitter le régiment étant puni de prison ou de salle de police.

Paille au cul (avoir la)

Larchey, 1865 : Être mis à la réforme. On sait qu’on expose, après y avoir attaché un bouchon de paille, les objets dont on veut se défaire isolément.

La paille au cul, repassez la frontière, Cafards Bourbons.

La Paille au cul, ch., 1832.

Delvau, 1866 : Être réformé, congédié ; mis hors de service, par allusion au bouchon de paille qu’on met aux chevaux à vendre.

Rigaud, 1881 : Être vendu ou à vendre comme homme politique. Le journaliste qui vend sa plume, le député qui trafique de son vote, ont la paille au cul. Allusion au bouchon de paille que les maquignons mettent au derrière des chevaux qui sont à vendre.

Virmaître, 1894 : Être mis à la réforme. L. L. S’en aller la paille au cul, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire. Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). N.

Hayard, 1907 : Quitter le régiment en sortant de prison.

Paille au vent (jeter la)

France, 1907 : Se dit lorsque, étant incertain de sa route, l’on jette une paille au vent pour savoir d’où il souffle ; procédé qui, nous semble-t-il, n’indique pas beaucoup le chemin.

Paille de fer

Larchey, 1865 : Dans le récit d’un combat, H. Monnier fait dire à un vieux sergent :

À toi, à moi la paille de fer.

Allusion singulièrement pittoresque au hasard qui expose chaque combattant à un coup mortel. N’est-ce pas un vrai jeu de courte-paille ? — Seulement, les fétus sont des pointes meurtrières.

Delvau, 1866 : s. f. Baïonnette, — dans l’argot des troupiers. Signifie aussi : Fleuret, Epée.

Merlin, 1888 : Baïonnette.

France, 1907 : Baïonnette, fleuret, épée.

Paille de fer (atoi, z’ à moi la)

Rigaud, 1881 : Chacun à notre tour. Expression dont on se sert pour se stimuler. Deux ouvriers attelés à la même besogne, deux forgerons, principalement, qui frappent à tour de rôle sur le fer sortant de la forge, s’excitent au cri de : À toi, à moi la paille de fer ! La paille de fer c’est la barre de fer.

Tout d’un coup le drapeau tombe. On se jette dessus… À toi z’ à moi la paille de fer !

(Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques.)

Paille sur le tabouret (ne plus avoir de)

Rigaud, 1881 : « On dit à présent en parlant d’un monsieur chauve comme un œuf : Il n’a plus de paille sur le tabouret. » (Tam-Tam, 1880.)

Paille-en-cul

France, 1907 : Nom vulgaire du Trichiurus lepturus, poisson qui vit dans les eaux douces de l’Amérique méridionale, des Indes et de la Chine. Il est fort mince et ressemble à une lame de sabre ou à une grande paille, car il atteint souvent une longueur d’un mètre.

Pailler

d’Hautel, 1808 : Il est fort sur son pailler. Signifie qu’un homme a de l’autorité, de la puissance chez lui ; qu’il sait se faire obéir dans sa maison.

Rigaud, 1881 : Préparer une paille en battant les cartes. (L. Larchey)

France, 1907 : Disposer d’avance les cartes d’un jeu ; argot des grecs.

Pailler, paillier

France, 1907 : Tas de paille, meule de foin. Chenil. Grange, basse-cour d’une métairie où il y a de la paille, du foin. Hangar formé de perches recouvertes de paille. Mauvais lit.
C’est un coq sur son pailler, c’est un individu qui se sent chez lui et qui par conséquent parle et agit en maître. On dit aussi être sur son pailler.
Il est bien fort, bien fier sur son pailler,
il est fort, fier, dans le lieu qu’il habite près de ceux qui peuvent prendre son parti, le soutenir. Voltaire, parlant des juges qui ont condamné La Barre, Calas, Sirven, s’exprime ainsi :

Je voudrais que les gens qui sont si fiers et si rogues sur leurs paillers voyageassent un peu dans l’Europe, qu’ils entendissent ce que l’on dit d’eux, qu’ils vissent au moins les lettres que les princes éclairés écrivent sur leur conduite.

(Glossaire du Centre)

Paillès

France, 1907 : Boucles de cheveux en tire-bouchon que les juifs polonais laissent croitre sur leurs tempes.

Les cheveux sont presque toujours coupés ras, sauf les paillès que le fer ne doit jamais toucher, pas plus que la barbe dont l’hirsute virginité est un hommage au Créateur.

Pailletée

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse du boulevard, — dans l’argot des voyous, qui sont souvent les premiers a fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu’en 1866 les femmes du monde interlope portaient des paillettes d’or partout, sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie. J’ai entendu aussi un voyou s’écrier, en voyant passer dans le faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser l’or qu’elles ne gagnent pas : Ohé ! la Dantzick.

France, 1907 : On appelait ainsi vers 1866 les filles et femmes de mœurs légères qui portaient des paillettes d’or ou de clinquant sur leur voilette, leur corsage, et jusque dans leurs cheveux. Ce mot, d’après Alfred Delvau, aurait été employé la première fois en littérature par Jules Claretie.

Paillette

d’Hautel, 1808 : Des souliers à paillettes. Souliers où il y a beaucoup de clous, comme le sont ceux des porte-faix, des porteurs d’eau, et généralement de tous les hommes de peine.

Paillon

Larchey, 1865 : Cuivre (Vidocq). — Allusion de couleur.

Rossignol, 1901 : Infidélité. Une fille publique fait un paillon lorsqu’elle se donne à un homme et que ça ne lui rapporte rien.

France, 1907 : Infidèle ; irréligieux. Corruption de parpaillot.

Paillot

Delvau, 1866 : s. m. Paillasson à essuyer les pieds, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Paillasson. — Plaquer la tournante sous le paillot, mettre la clé sous le paillasson.

France, 1907 : Paillasse d’enfant, remplie de menue paille.

France, 1907 : Paillasson. « Plaquer la tournante sous le paillot », cacher la clef sous le paillasson.

France, 1907 : Lit, vieux mot ; évidemment dérivé de paille.

Paillotte

France, 1907 : Toiture de feuillage soutenue par quatre piquets dont les troupes se servent au Sénégal pour se mettre à l’abri des ardeurs du soleil.

Pain

d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.

Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.

Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.

La Rue, 1894 : Coup au visage.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.

France, 1907 : Coup de poing sur le visage.

Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.

(Catulle Mendès)

Pain ? (et du)

Larchey, 1865 : As-tu ou Ai-je de quoi manger ? — Donnez des conseils à un malheureux affamé, il vous ramène à la question par ces mots qui en résument toute l’immédiativité : Et du pain ? — Gavarni montre un masque abordant avec ces mots un domino femelle, qui l’attend, binocle sur les yeux :

Pus qu’ça de lorgnon… Et du pain ?

La question déchire d’un seul coup les faux dehors de cette femme élégante qui n’a peut-être pas dîné pour acheter des gants.

Pain (et du) !

Delvau, 1866 : Exclamation ironique de l’argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de gens prétentieux. Ainsi : « As-tu cent sous à me prêter ? — Cent sous ! Et du pain ? » Ou bien à propos d’un gandin qui passe, stick à la bouche, pince-nez sur l’œil : « Plus que ça de col ! Et du pain ? » etc.

Pain (et du) ?

Rigaud, 1881 : Et le nécessaire ? Expression à l’adresse des gens qui font des dépenses peu en rapport avec leur position. — Réplique à une proposition extravagante sous le rapport de la dépense. — Demandez à un ouvrier convalescent pourquoi il ne mange pas, à tous ses repas, de bons biftecks saignants arrosés de bon vin de Bordeaux. Il répondra : Et du pain ?

Pain (faire perdre le goût du)

Rigaud, 1881 : Tuer. — Je te ferai perdre le gout du pain.

Pain (ton, son)

Rigaud, 1881 : Réplique qui, au régiment, équivaut à : « Rien du tout ». — Je vais t’étriller si tu m’em… bêtes. — Tu nés pas le diable ; tu étrilleras ton pain. — Le brigadier a dit qu’il te ficherait à Cours. — Il y f… son pain ; ici, toi, tu commandes ton pain.

Pain à 36 trous

Merlin, 1888 : Biscuit de troupe.

Pain à cacheter

Rigaud, 1881 : Hostie. — Tortorer le pain à cacheter, communier, — dans le jargon du peuple.

Rigaud, 1881 : Entêté, — dans le jargon des voyous. L’homme entêté tient à son idée, comme le pain à cacheter tient au papier.

France, 1907 : L’hostie. Elle affecte la forme et elle est de même pâte que les pains à cacheter. Torturer le pain à cacheter, communier.

Sont-ils d’avis que le mariage est un sacrement et non un contrat civil et que, pour être valable et respectable, l’union de deux jeunes gens doit être formellement consacrée par un homme habillé en femme, qui lève les mains sur des rondelles de pain à cacheter en chantant trois fois : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus !

(Edmond Lepelletier, Mot d’ordre)

Pain à cacheter (le)

Rigaud, 1881 : La pleine lune.

Pain à chanter

France, 1907 : Pain bénit, corruption de pain enchanté, qui est lui-même une corruption de pain en chantel ou en chanteau, fraction de pain, le pain bénit étant distribué aux fidèles en petites fractions. Les boulangers appellent encore chanteau le morceau de pain qu’ils ajoutent pour parfaire le poids.

Pain à deux couteaux ne fut jamais ni bon ni beau

France, 1907 : On appelle pain à deux couteaux celui qui, étant trop humide ou mal cuit, laisse le couteau si pâteux après qu’on l’a coupé que si l’on en veut couper une seconde fois, il faut se servir d’un autre couteau.

Pain à trente-six trous

France, 1907 : Biscuit de troupe ; tout le contraire du pain de chapitre ; argot des troupiers qui sont rarement satisfaits de ce qu’on leur donne. Le pain à trente-six trous est excellent lorsqu’il n’est pas trop vieux.

Pain bénit

France, 1907 : Punition méritée.

— En a-t-il fait des fredaines ! En a-t-il trompé de pauvres filles ! Maintenant le voilà cocu… C’est pain bénit !

(Les Propos du Commandeur)

Pain bénit (c’est)

Delvau, 1866 : Ce n’est que justice, c’est bien fait.

Pain cuit

Rossignol, 1901 : Ne plus avoir longtemps à vivre.

Pain cuit (avoir son)

Rigaud, 1881 : Avoir des rentes suffisantes pour vivre. Mot à mot : avoir sur la planche du pain cuit pour le restant de ses jours. — Être condamné à mort. Mot a mot : avoir du pain cuit sur la planche de la guillotine.

France, 1907 : Se dit d’une personne en train de partir pour l’autre monde. On dit aussi : avoir assez de pain de cuit.

Pain d’alouette

France, 1907 : Le fruit de l’aubépine. Pain que la bergère a de reste de son goûter et qu’elle rapporte des champs aux enfants de la maison, comme on fait du pain bénit. Patois du Centre.

Pain de chapitre

France, 1907 : Pain de première qualité. Le chapitre est l’assemblée où les chanoines traitent de leurs affaires : l’on a donné par extension ce nom à toute assemblée de moines ; on sait que ceux-ci avaient l’habitude de se bien traiter et consommaient tout ce qu’il y avait de meilleur. « Quand il est question d’exprimer en un mot un vin bon par excellence, et fus-ce pour la bouche d’un roi, il faut venir au vin théologal ; pareillement s’il est question de parler d’un pain ayant toutes les qualités d’un bon et bien friand pain…, ne faut-il pas venir au pain du chapitre ? » (Satire Ménippée). Un proverbe dit : Communautés commencent par bastir leur cuisine.

Pain de hanneton

France, 1907 : Grappe de boutons que produit le marronnier avant d’être en fleurs et dont les hannetons sont très friands.

…J’aime sous les charmilles
Dans le parc Saint-Fargeau, voir les petites filles
Emplir leurs tabliers de pain de hannetons.

(Théophile Gautier)

Dans les départements du Centre, on appelle pain de hanneton le fruit de l’orme.

Pain de la bouche (ôter le)

Rigaud, 1881 : Empêcher quelqu’un d’obtenir un emploi, lui faire perdre sa place.

Pain de noix

France, 1907 : Tourteau ; résidu de la fabrication de l’huile de noix.

Pain ni pate (n’avoir)

France, 1907 : Être dépourvu de tout. Provincialisme.

Pain polka

Rigaud, 1881 : Pain long et plat de 4 livres, — dans le jargon des boulangers.

Pain quotidien (le)

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qu’un mari et une femme, ou plutôt un amant et une maîtresse accomplissent volontiers chaque jour, matin et soir, sans y manquer, — de peur de laisser mourir leur amour d’inanition.

Le mari et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur pain quotidien.

Mililot.

La plus aimable des comtesses,
Ne refusez pas votre bien ;
Tous les jours quatre politesses
Seront votre pain quotidien.

Collé.

Pain raté

Rigaud, 1881 : Pain entamé par les rats, pain trop dur. — Pain ars, pain brûlé. — Pain métourné, pain trop petit, — dans le jargon des boulangers. Pain à grigne, pain fendu.

Pain rouge (manger du)

Halbert, 1849 : Vivre d’assassinats.

France, 1907 : Vivre d’assassinats.

Paris, comme toutes les grandes villes, donne asile à quantité de repris de justice, parmi lesquels des assassins de la pire espèce qui mangent du pain rouge parfois pendant plusieurs années sans jamais être pris.

Pain sur l’ais (avoir du)

France, 1907 : Avoir sa subsistance assurée. « Que de pauvres gens voudraient avoir du pain sur l’ais pour le restant de leurs jours ! » Patois du Centre. On dit aussi : avoir du pain cuit, du pain sur la planche.

Pain sur la fournée (prendre un)

La Rue, 1894 : Prendre des arrhes sur le mariage.

France, 1907 : Avoir des relations intimes avec une fille avant le mariage.

— Laisse-toi faire, va, puisque nous nous marions dans huit jours, c’est un pain pris sur la fournée, voilà tout.
— Non, non. Il ne serait pas cuit et tu ne pourrais le digérer. Il faut que Monsieur le maire allume le four.

Pain sur la planche (avoir du)

Merlin, 1888 : Avoir une collection de punitions.

Pain-là (ne pas manger de ce)

Rigaud, 1881 : Repousser une proposition, un gain indignes d’un honnête homme.

Paing

France, 1907 : Poing. « Passer chez paing », battre. « Rapplique un peu, j’vas te passer chez paing. »
C’est aussi un coup de poing.

…Mais pas pègre à la mi’d’pain :
Pègre d’naissanc’, d’autor et d’riffe,
Pègre d’la haute j’colle un paing,
Au pantrio, quand i’se r’biffe.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Pains (faire des petits)

La Rue, 1894 : Amadouer.

Pains (passer chez)

La Rue, 1894 : Battre à coups de poing.

Pains au lait

France, 1907 : Seins de femme.

Que j’aime la tournure
Des petits pains au lait
Que la simple nature
A mis dans ton corset !

(Chevalier de Boufflers)

Paire

d’Hautel, 1808 : Être ensemble comme une paire d’amis. Vivre en bonne intelligence et en familiarité.
Une paire de soufflets. Pour dire deux soufflets appliqués à la fois et de la même main.
Les deux font la paire. Se dit en mauvaise part de deux personnes de mêmes inclinations, qui font société ensemble ; pour exprimer qu’elles se ressemblent parfaitement ; qu’elles sont bien appariées ; ou qu’elles ne valent pas mieux l’une que l’autre.

Paire (se faire la)

Hayard, 1907 : Se sauver.

France, 1907 : Se sauver, courir. Jambes est sous-entendu : se faire la paire de jambes. On dit également se faire la paire de mains courantes.

— Oùs qu’est ma menesse ? Veux-tu calter, Pamela… Non, mais n’s’fera pas la paire… C’est-y cruche une marmotte !

(A. Bruant, Les Bas-Fonds de Paris)

Diner à la paire, se sauver sans payer après le repas.

J’ai connu à la Roquette un peintre en bâtiments ; depuis cinq à six ans, tous les hivers, il rappliquait passer sa saison. Il avait environ trois mois à tirer pour un coutumier dîner à la paire.

(La Sociale)

Paire de cymbales

Delvau, 1866 : s. f. Pièce de dix francs, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

France, 1907 : Pièces de dix francs : argot des faubouriens.

Paire de manches (autre)

France, 1907 : C’est une autre affaire, ce n’est pas la même chose. D’après C. de Méry, cette locution daterait du règne de Charles V. Il était de mode alors de porter une espèce de tunique serrée à la taille et qu’on nommait cotte-hardie ; elle montait jusqu’au cou, descendait jusqu’aux pieds et avait la queue trainante pour les personnes de distinction seulement. Les manches en étaient fort étroites, mais on y adapta une autre paire de manches très larges, dites à la bombarde, sans doute à cause des voiles carrées des petits navires marchands de la Méditerranée appelés de ce nom, dont elles imitaient la forme, flottant à vide jusqu’à terre. Ces secondes manches, qui ne servaient absolument à rien, coûtaient beaucoup plus cher que les véritables. « Oui, mais ce n’était pas la même chose, c’était une autre paire de manches », disait-on. Ces cottes-hardies étaient fort luxueuses, mais moins cependant que les cottes d’armes qui n’avaient pas de manches et ne tombaient que jusqu’aux genoux. Les princes et les chevaliers seuls avaient le droit de s’en revêtir. Quand on relevait les morts sur le champ de bataille, il suffisait de compter les cottes de mailles pour avoir le nombre des princes et chevaliers tués. Le luxe des costumes militaires était tel qu’il fit dire à Martin Dubellay à l’occasion du camp du Drap d’or (1520) où se rencontrèrent Henri VIII et François Ier : « Maints seigneurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules. » Cependant il parait que sous Louis XI l’usage de la cotte de mailles commençait à se perdre, car l’on sait que Charles le Téméraire, tué à la bataille de Nancy (1477), ne portait pas cet insigne de haute chevalerie. Mais, c’est une autre paire de manches.
M. Quitard donne une tout autre explication de cette locution dans ses Proverbes sur les femmes. D’après lui, elle rappellerait un usage pratiqué au XIIe siècle par des personnes de sexe différent qui voulaient former une tendre liaison. « Ils échangeaient, dit-il, une paire de manches comme gage du don naturel qu’ils se faisaient de leur cœur, et ils se les passaient au bras en promettant de n’avoir plus désormais de plus chère parure, ainsi qu’on le voit dans une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun, où il est parlé de deux amants qui se jurèrent de porter manches et anneaux l’un de l’autre. Ces enseignes on livrées d’amour, destinées à être le signe de la fidélité, devinrent presque en même temps celui de l’infidélité : car, toutes les fois qu’on changeait d’amour, on changeait aussi de manches… Aussi tel ou telle qu’on s’était flatté de tenir dans sa manche s’en débarrassaient au plus vite sans le moindre scrupule, et, en définitive, c’était toujours une autre paire de manches. » D’où le dicton : On fait l’amour, et quand l’amour est fait, c’est une autre paire de manches.

Paire de manches (c’est une autre)

Rigaud, 1881 : C’est bien différent.

Paître

d’Hautel, 1808 : Qu’il aille paître. Se dit, pour se débarrasser de quelqu’un qui importune par ses demandes continuelles, et équivaut à, qu’il aille se promener ; qu’il aille au diable.

Paix

d’Hautel, 1808 : Dieu lui fasse paix. Se dit en parlant d’une personne morte, pour exprimer qu’on lui pardonne tout le mal qu’elle a fait de son vivant.

Paix-là

Rigaud, 1881 : Huissier-audiencier. Le cri de l’homme pour l’homme même.

Palabre

Delvau, 1866 : s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux marins, qui l’avaient emprunté à la langue espagnole, où, en effet, palabra signifie parole.

Virmaître, 1894 : Discours ennuyeux, prudhommesque. Palabra, en langue espagnole, signifie parole, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire. Palabre trembleuse : figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit. Palabre signifie figure :
— Le biffard a tellement la frousse que sa palabre défargue (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Discours ennuyeux.

France, 1907 : Paroles oiseuses, discours longs, pompeux, inutile ; de l’espagnol palabra, parole. On appelle palabre une conférence avec un roi nègre où l’on dépense inutilement beaucoup de paroles. C’est aussi les présents que les commerçants offrent à ces chefs de villages que nous appelons rois, pour les amadouer et se maintenir en bonne intelligence avec eux.

Écoutez-les : les mots sont changés, mais foutre, grattez l’écorce des palabres et, au-dessous, vous dégotterez la substance léthargique et vénéneuse que, de tous temps, ont utilisé les prêtres et les gouvernants de tout poil.

(Le Père Peinard)

Palabrer

France, 1907 : Parler, bavarder.

Paladier

anon., 1827 : Un pré.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Prairie.

Bras-de-Fer, 1829 : Pré.

Halbert, 1849 : Un pré.

Paladin

d’Hautel, 1808 : Faire le paladin. Faire l’important, le fat ; se faire passer pour quelque chose.

Palais

Virmaître, 1894 : Pièce de cinq francs. Allusion à la forme plate du palais qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). V. Tune.

France, 1907 : Pièce de cinq francs, pour palet.

Palais (courrier du)

France, 1907 : Voiture cellulaire appelée aussi panier à salade. Les Anglais la désignent sous le nom de Noire Maria.

Palais du four

Delvau, 1866 : s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le Figaro, en l’honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l’art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d’admiration, n’ont fait qu’une œuvre digne de risée.

Palantin

d’Hautel, 1808 : Nigaud, lambin, niais, badaud, janot, musard, fainéant, paresseux.

Palantiner

d’Hautel, 1808 : Niaiser, lambiner, muser ; être toujours en extase ; bayer aux corneilles, fainéantiser.

Palas

France, 1907 : Beau, joli ; argot des voleurs.

Pale

Delvau, 1866 : s. m. As et deux, — dans l’argot des joueurs de dominos. Asinet. As tout seul.

Pâle

France, 1907 : Le blanc, au jeu de dominos.

Pâle (du)

Rigaud, 1881 : La couleur blanche au jeu de dominos. — Les professeurs de dominos disent également la blancheur en ajoutant le nom d’une dame blonde de leur connaissance, délicat hommage à la beauté.

Palefrenier

d’Hautel, 1808 : Valet qui panse les chevaux ; et non palefermier, comme le disent les personnes sans éducation.

Paleron

France, 1907 : Pied ; argot des voleurs.

Palet

Fustier, 1889 : Argent.

La Rue, 1894 : Pièce de 5 francs.

Palet, paletin

France, 1907 : Pièce de monnaie ; tire ce nom de l’emploi qu’on en fait au jeu de palet.

Palete

France, 1907 : Omoplate du porc.

Paletot

Delvau, 1866 : s. m. Cercueil, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Cercueil, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)

France, 1907 : Cercueil.

Paletot court

Fustier, 1889 : Une des dernières incarnations du gommeux.

Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n’étaient en somme que des gommeux déguisés ; ils n’eurent aucun succès. A présent, nous avons les paletots courts.

(La Comédie moderne, journal, 1882.)

Paletot de sapin

La Rue, 1894 : Cercueil.

Paletot sans manche

Rossignol, 1901 : Cercueil.

Palette

d’Hautel, 1808 : Cela sent la palette. Se dit d’un tableau fait par un peintre médiocre dont le défaut consiste à mal éteindre ses couleurs, ce qui rend les touches trop crues.

Delvau, 1866 : s. f. Guitare, — dans l’argot des musiciens ambulants.

Rigaud, 1881 : Grande et large dent. — Guitare de musicien ambulant.

France, 1907 : Main.

— Le diable m’enlève si je me sauve ! Les palettes et les paturons ligotés !

(Mémoires de Vidocq)

France, 1907 : Dent.

« Des palettes, pas de gigot ; quand vient le gigot, plus de palettes. » Jeune, on n’a pas le sou, et quand on devient riche, on est trop vieux pour jouir de sa fortune.

France, 1907 : Pièce de cinq francs.

France, 1907 : Guitare.

Palette de l’épaule

France, 1907 : Omoplate.

Palichon

France, 1907 : Double blanc, au jeu de dominos.

Pâlichon

Delvau, 1866 : s. m. Double blanc, — dans l’argot des joueurs de dominos. Ils disent aussi Blanchinet.

Pâlir

La Rue, 1894 : Tuer.

France, 1907 : Tuer. On fait pâlir, en effet, la personne qu’on tue.

Palladier

Rigaud, 1881 : Pré, — dans l’ancien argot.

Pallas

Delvau, 1866 : s. m. Discours, bavardage, — dans l’argot des typographes et des voleurs. Faire pallas. Faire beaucoup d’embarras à propos de peu de chose.

Rigaud, 1881 : Harangue de banquiste.

Ensuite il commence tout à coup son pallas d’une voix sourde et vibrante à la fois.

(V. Fournel, Ce qu’on voit dans les rues de Paris.)

Rigaud, 1881 : Beau, joli, — dans l’argot des barrières. Déformation de « pas laid ».

Boutmy, 1883 : s. m. Discours emphatique ou plutôt amphigourique. C’est sans doute par une réminiscence classique qu’on a emprunté ironiquement pour désigner ce genre de discours l’un des noms de la sage Minerve, déesse de l’éloquence. Que de pallas finissent par des mastics !

La Rue, 1894 : Beau, joli. Boniment du banquiste. Faire pallas, faire des manières.

Virmaître, 1894 : Discours.
— Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton pallas à dormir debout.
— Viens-tu entendre le bénisseur, il va pallasser sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Ce mot à deux significations : comme substantif il veut dire : discours, boniment ; comme adjectif il signifie : beau superbe.

France, 1907 : Discours, boniment. Dans l’argot des typographes, c’est un discours embrouillé. « Pousser son pallas », parler. « Terme des camelots et des saltimbanques, dit F. Michel, emprunté à l’ancienne germania espagnole, où « hacer pala » se disait quand un voleur se plaçait devant la personne qu’il s’agissait de voler, dans le but d’occuper ses yeux. »

Son pallas ne variait jamais : Voulez-vous, disait-il, vous amuser en société ? achetez ma poudre ; c’est un secret que m’a légué un de mes aïeux. Marin, son navire fit naufrage ; il échoua dans une île sauvage, la fille du roi devint amoureuse de lui et elle lui proposa de choisir entre l’épouser ou être mangé à une sauce quelconque. Il épousa.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

En opposition à l’explication de F. Michel, Boutmy donne comme origine l’un des noms de la sage Minerve, déesse de l’éloquence. Mais nous adopterions plutôt l’opinion de Lorédan Larchey qui fait de ce mot une abréviation de parlasser.

Pallas (faire)

Larchey, 1865 : Faire des façons, des embarras. — L’argot paraît s’être piqué là de certaines connaissances mythologiques, car Minerve faisait parfois la renchérie.

Au pré finira ton histoire, et là l’on n’y fait plus pallas.

Vidocq.

Rigaud, 1881 : Faire des embarras, prendre de grands airs comme en prennent les saltimbanques en débitant leurs boniments.

France, 1907 : Faire des manières ; c’est-à-dire, par ampliation, vouloir imiter Minerve, déesse de la sagesse, par conséquent de la pruderie.

— Au pré finira ton histoire et là l’on n’y fait plus pallus.

(Mémoires de Vidocq)

Faut que j’te d’mande encor quèqu’chose,
Ça s’rait qu’t’aill’s voir un peu mes vieux,
Vas-y, dis, j’t’en pri’, ma p’tit’ Rose,
Malgré qu’t’es pas ben avec eux,
Je n’sais rien de c’qui leur arrive…
Vrai, c’est pas pour fair’ du pallas,
Mais j’voudrais ben qu’moman m’écrive
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Pallas (faiseur de)

Rigaud, 1881 : Faiseur d’embarras. — Saltimbanque débitant son boniment.

Pallasser

Boutmy, 1883 : v. intr. Faire des phrases, discourir avec emphase.

France, 1907 : Parler avec emphase, débiter pompeusement des lieux communs, comme la plupart des orateurs de réunions publiques ; corruption de parlasser.

Pallasseur

Delvau, 1866 : s. m. Faiseur de discours, bavard.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui a l’habitude de faire des phrases, des pallas.

La Rue, 1894 : Faiseur de belles phrases, de pallas.

Virmaître, 1894 : Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
— Gare aux inondations ! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).

France, 1907 : Beau discoureur, débiteur de panacée universelle.

Palleron

France, 1907 : Petite pelle.

Pallide

France, 1907 : Pâle ; vieux mot.

L’aurore, vierge moult timide,
Vestue d’un tixu legier,
Va boyre au resveil sans dangier
Les larmes de la fleur humide,
Quand se lève, bien sait changier
L’ombre espaisse en lueur pallide…

(G. de Calvé des Jardins, Les Oberliques)

Pallot

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Paysan.

Halbert, 1849 : Paysan.

Larchey, 1865 : Paysan (Vidocq). — Au moyen âge, palot signifiait bêche. V. Roquefort.

Pallot, pallotte

France, 1907 : Paysan, paysanne : ils manient la pelle. Vieux mot.

Pallots

anon., 1827 : Paysans.

Bras-de-Fer, 1829 : Paysans.

Pallotte

France, 1907 : Lune ; argot des voleurs.

Palmarès

Rigaud, 1881 : Liste des récompenses accordées aux lycéens, le jour de la distribution des prix à la Sorbonne. De palma, palme.

Palmé

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme bête comme une oie, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Imbécile, niais, digne d’avoir pour pieds des pattes palmées comme celles des oies.

Palmé (être)

Fustier, 1889 : Avoir les palmes d’officier d’Académie. Locution ironique et plus que familière.

Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban violet, il est palmé.

(Illustration, juillet 1885.)

France, 1907 : Avoir les palmes académiques, être décoré du ruban violet.
Le ruban violet, le ruban des palmes académiques, n’a sa couleur actuelle que depuis 1866.
Jusque-là, insigne d’officier d’Académie était passé par toute une série de transformations, depuis le décret du 17 mars 1808 en vertu duquel la double palme des universitaires devait être brodée au revers de l’habit en soie blanche et bleue, jusqu’au 24 novembre 1852 où un nouveau décret y substituait la soie violette et d’argent.
Puis, de décisions en décisions, l’insigne brodé gagna la boutonnière où les titulaires devaient le porter en un ruban de soie noire moirée sur lequel était brochée la double palme d’argent.
Le ruban violet moiré actuel est dû à l’initiative de Victor Duruy, ministre de l’instruction publique sous le second empire.

Palmipède

France, 1907 : Imbécile. Même sens que palmé.

Palois

France, 1907 : Habitant de la ville de Pau.

Palot

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, un rustre, un lourdaud ; homme brusque et grossier, sans principes ni instruction.

Pâlot

La Rue, 1894 : Paysan.

Pâlot, pâlotte

Rigaud, 1881 : Paysan, paysanne ; de palea, paille.

Pâlote

La Rue, 1894 : Lune.

Pâlotte (la)

Rigaud, 1881 : La lune, — dans le jargon des voleurs.

Palper

d’Hautel, 1808 : Palper les écus. Aller recevoir de l’argent ; aimer à toucher, à compter des écus.

Larchey, 1865 : Toucher de l’argent (d’Hautel, 1808).

Delvau, 1866 : v. a. et n. Toucher de l’argent, — dans l’argot des employés.

Rigaud, 1881 : Recevoir de l’argent, toucher ses appointements, — en terme de bureaucrate.

Rossignol, 1901 : Toucher. — « Laisse-moi te palper, voir si tu n’as pas mon tabac. » — « j’ai palpe mes appointements. »

France, 1907 : Recevoir, toucher de l’argent. « Palper de la galette, des monacos. » Argot populaire ; en béarnais, palpar.

Palper (pouvoir se)

Fustier, 1889 : Ne pas obtenir ce que l’on désire. C’est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire.)

C’est pour ça que vous m’avez fait monter ? Ah bien ! Vous pouvez vous palper, par exemple !

(Événement, octobre 1885.)

Palpeur

Virmaître, 1894 : Juge d’instruction. Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer. Cette expression est plus jolie que l’ancienne : curieux (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Juge d’instruction. Il palpe en tous sens, au figuré, l’accusé. Argot des voleurs.

Palpitant

anon., 1827 : Cœur.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cœur.

Bras-de-Fer, 1829 : Cœur.

Halbert, 1849 : Cœur.

Larchey, 1865 : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cœur, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Cœur.

Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.

France, 1907 : Le cœur.

— Nous l’avons échappé belle. J’en ai encore le palpitant qui bat la générale.

(Mémoires de Vidocq)

Une extase, vague et sans bornes,
Dilate tous les palpitants…
Bien des fronts sont dotés de cornes…
C’est le printemps ! C’est le printemps !

(Grammont)

Palpitant (le)

Hayard, 1907 : Le cœur.

Paltoquet

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, homme grossier, lourd et épais ; un rustre, un iroquois.

Delvau, 1866 : s. m. Drôle, intrus, balourd, — dans l’argot des bourgeois.

Paludier

France, 1907 : Ouvrier qui travaille dans les marais salants.

Pâmer

d’Hautel, 1808 : Se pâmer de rire. Rire à gorge déployée ; comme un fou.
Faire la carpe pâmée. Feindre de se trouver mal ; faire la bégueule, la dégoûtée, la dédaigneuse ; ainsi que le pratiquent les petites maîtresses et les damoiseaux.

Pâmer (se)

Delvau, 1864 : S’évanouir agréablement en jouissant, soit lorsqu’on se branle, soit lorsqu’on est femme et qu’on sent besogner vigoureusement le mâle.

La nature entière se pâme
Sous le vit du plus beau des dieux.

Anonyme.

Pameur

Delvau, 1866 : s. m. Poisson, — dans l’argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.

Pâmeur

Rigaud, 1881 : Poisson, — dans le jargon des voleurs. Hors de l’eau, il se pâme.

La Rue, 1894 : Poisson.

France, 1907 : Poisson.

Pâmeuse

France, 1907 : Prostituée.

Tout Cythère est venu assister à cet émouvant et passionnant spectacle, à cette grande course. Pas une horizontale, pas une tendresse, pas une pâmeuse, pas une minette même ne manquait à cette fête.

(Gil Blas)

Pâmoisir

d’Hautel, 1808 : Terme des halles, pour tomber en pâmoison, en défaillance, en foiblesse.

Pampeluche

France, 1907 : Paris ; argot des voleurs. Ils disent aussi Pantruche.

Pampine

d’Hautel, 1808 : Terme bas et trivial, surnom que l’on donne parmi le peuple à une fille de mauvaise vie, qui fréquente les lieux de débauche ; équivaut à coureuse, barbotteuse, crapule, etc.

Rigaud, 1881 : Sœur de Charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Viande de basse qualité.

Virmaître, 1894 : Sœur de charité (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Viande de basse qualité (terme de boucher).

Hayard, 1907 : Sœur, béguine, nonne.

France, 1907 : Viande de mauvaise qualité ; argot des bouchers.

France, 1907 : Vilaine figure ; argot des voleurs.

France, 1907 : Religieuse ; argot des voleurs ; du provençal pampa, poupée.

Pamure

Delvau, 1866 : s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit, — dans l’argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.

Rigaud, 1881 : Soufflet bien appliqué.

La Rue, 1894 : Violent soufflet.

Pâmure

France, 1907 : Coup sur l’oreille, vigoureux soufflet. Il fait « pâmer » celui qui le reçoit.

Pan

d’Hautel, 1808 : Pan ! le voilà tombé. Mimologisme qui exprime le bruit que fait une chose qui tombe ou s’écroule subitement.

Pana

Rigaud, 1881 : Chapeau de paille ; pour panama, — dans le jargon des voyous. — Pana patriotique, chapeau de paille tricolore.

France, 1907 : Vieil avare ; du vieux français panne, haillons, guenilles ; en l’ancien auvergnat, pana signifie voler.

Pana, panailleux

Larchey, 1865 : « Vieux pana se dit d’un homme avare, Laid et âgé, qui se laisse difficilement ruiner par les lorettes. Les panas s’emploient dans le Dictionnaire de la Curiosité comme exemple de tessons, de loques, de débris de toutes sortes, et ceux qui les vendent sont des panailleux. » — Champfleury. — Pana est une forme de panné. — Panailleux viendrait plutôt du vieux mot penaille : guenille.

Panache

France, 1907 : Grandeurs, hautes situations, surtout celles décoratives. Allusion au panache des généraux. Se donner du panache, se glorifier, obtenir des honneurs.

Ce qui épouvante à juste titre sont les gâte-sauce tapageurs, d’un côté, et les solennels, de l’autre ; le panache et la lévite.

(Henry Bauer)

Panaché

d’Hautel, 1808 : Ma petite parole panachée. Locution ridicule qui a été long-temps très à la mode parmi les petits-maîtres de Paris, qui s’en servoient continuellement dans un sens affirmatif, pour persuader que ce qu’ils disoient étoit digne de foi, qu’on devoit les en croire sur parole.

Fustier, 1889 : Plat de haricots verts et de flageolets mélangés.

Dans l’estomac de la victime on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait de ces deux légumes, un panaché, comme on dit…

(Figaro, 1882.)

Panache (avoir le)

Rigaud, 1881 : Être gris.

Panache (avoir son)

France, 1907 : Être gris.

Panache (faire)

France, 1907 : Passer par-dessus la tête de son cheval en tombant. Un cheval au trot on au galop qui s’arrête brusquement expose le cavalier maladroit à faire panache. On dit aussi qu’un cheval fait panache, lorsqu’il culbute à l’obstacle la tête la première.

Panachée (conversation)

Rigaud, 1881 : Conversation variée. Allusion aux glaces panachées, fruit et crème.

Panacher

Delvau, 1866 : v. a. Mélanger, mêler, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.

France, 1907 : Mélanger ; argot populaire.

Panade

Larchey, 1865 : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom.

Notre gouvernement est joliment panade !

Ricard.

Larchey, 1865 : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

Delvau, 1866 : s. et adj. Chose molle, de peu de valeur ; femme laide. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut. En un mot tout ce qui est panne : homme, femme ou chose.

La Rue, 1894 : Personne laide ou misérable, vannée. Objet de rebut. Misère.

Virmaître, 1894 : Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux. Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans, la misère. Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Être dans la misère.

France, 1907 : Misère, embarras, détresse ; synonyme de purée.

Le chicanous, muni de bons tuyaux, convoquait les types et leur expliquait qu’ils se trouvaient dans une sale panade et allaient sûrement être fichus à Mazas. Puis, après leur avoir mis la peur au ventre, la bourrique devenait patelin et peloteur et faisait entrevoir qu’un bon graissage de pattes rendrait Madame Justice coulante… et clairvoyante !

(Le Père Peinard)

Du peuple c’est la promenade,
L’attraction :
Ceux-là qui sont dans la panade,
L’inaction,
Aussi bien qu’ceux qui, tout’ la s’maine,
Turbin’nt captifs,
L’dimanch’, tout monde se promène
Sur les fortifs !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

France, 1907 : Personne laide, dénuée ; objet de rebut.

Panader

d’Hautel, 1808 : Se panader. Se mitonner, se dorlotter, se délicater ; faire le hautain, l’orgueilleux ; se carrer, marcher avec ostentation.

Panailleux

Rigaud, 1881 : Marchand de verres cassés, misérable, dénué de tout.

France, 1907 : Petit brocanteur, marchand de chiffons et de ferrailles.

Panais

Virmaître, 1894 : Pan de chemise. Être en panais, être en chemise. Dans le peuple, panais est employé comme négation.
— Veux-tu me prêter cent sous ?
— Des panais, tu le fouterais de ma fiole (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Chemise ; pan de chemise.

Panais (des) !

Rigaud, 1881 : Formule négative, équivalente à non, jamais. On dit en allongeant : Des panais, Rosalie !

Panais (en)

La Rue, 1894 : En chemise.

France, 1907 : En chemise ; du vieux mot panne, haillon, lambeau. Voir Panaïe, Pané.

Panais (être en)

Delvau, 1866 : Être en chemise, sans aucun pantalon.

Rigaud, 1881 : Être en chemise.

Panama

Larchey, 1865 : Chapeau tressé avec des joncs que nos fabriques vont chercher à Panama.

J’ai dû chanter contre la crinoline et m’égayer aux frais du panama.

J. Choux.

De 1858 à 1860, le panama fut à la mode. Une société dite des Moyabambines se forma pour l’exploiter, ce qu’il faut savoir pour comprendre cet exemple :

Que de coquins coiffés de moyambines (sic).

Id.

Delvau, 1866 : s. m. Gandin, — dans l’argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants. Le mot s’applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.

Delvau, 1866 : s. m. Écorce d’arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.

Rigaud, 1881 : Bévue énorme, dans la composition, l’imposition ou le tirage. (Jargon des typographes, Boutmy.) Allusion aux larges bords des chapeaux dits panama.

Boutmy, 1883 : s. m. Bévue énorme dans la composition, l’imposition ou le tirage, et qui nécessite un carton ou un nouveau tirage, ce qui occasionne une perte plus ou moins considérable. D’où chez le patron, bœuf pyramidal qui se propage quelquefois de proche en proche jusqu’à l’apprenti.

France, 1907 : Grossière erreur dans la composition, l’imposition ou le tirage ; argot des typographes.

France, 1907 : Dandy, petit jeune homme tiré à quatre épingles. Cette expression s’est employée au moment où les chapeaux tressés avec des joncs et fabriqués à Panama commencèrent à être à la mode et portés par la jeunesse prétentieuse. C’était vers 1860, où le prix des vrais panamas était hors de la portée des bourses moyennes.

Panamiste

Virmaître, 1894 : Cette expression date de 1892. Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du Panama qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Qui a touché de l’argent dans l’affaire du Panama. (Ce mot est usuel).

France, 1907 : Individu qui a tripoté dans les affaires du Panama, et, par extension, tripoteur, monteur d’affaires véreuses. L’expression date de 1892, après les dénonciations faites à la Chambre par M. Andrieux contre 104 députés accusés d’avoir reçu des chèques pour payer leur vote eu faveur des opérations frauduleuses du Panama.

Ces gens-là ne savent se mettre d’accord que pour tromper le pays et lui jouer quelque mauvaise farce. L’année dernière, ils ont voté par acclamation l’affichage du fameux appel à la vertu de M. Cavaignac, et, quelques semaines après, ils validaient à tour de bras tous les panamistes et les rétablissaient dans leurs charges et dignités.

 

L’aventure des panamistes, montre du scandale parlementaire qu’elle procure à la très bourgeoisante troisième République, restera comme l’illustration la plus démonstrative, la plus saisissante de l’évolution de notre système économique et financier depuis la Révolution française, tout particulièrement depuis cette journée de Waterloo qui, mettant fin à la sanglante épopée impériale, donna à la classe qui avait envahi le pouvoir la possibilité de s’occuper avec plus de sécurité du soin de ses affaires.
Elle est là pour établir avec quelle audace, quelle ténacité, quelle subtilité dans les procédes, quelle absence de scrupules, se montent toutes ces grandes entreprises dont le but est l’accaparement au profit de quelques-uns de tous les fruits du travail de la grande majorité, soit par une exploitation réglée, systématique de ceux qui peinent à la tâche, soit par le drainage, sous toutes les formes, des capitaux et de l’épargne.

(John Labusquière, La Petite République)

Panamitard

France, 1907 : Panamiste.

Un de nos collaborateurs racontait de quelle façon, en Chine, on puni les concussionnaires. Le châtiment infligé aux panamitards de l’Empire du Milieu est bien fait pour dégoûter à jamais ces tripoteurs de toute compromission véreuse.
Cent bons coups de trique sous la plante des pieds, il n’y a encore rien de tel pour rendre délicats les plus éhontés coquins.
La pente du vice est rapide, disent les moralistes, et les chutes sont fréquentes ; d’accord ! Mais lorsqu’on songe qu’au bas de ladite pente se tient un grand Kalmouk armé d’un imposant bambou bien sec et bien solide, on regarde à deux fois avant de se lasser choir.

(Mot d’Ordre)

Et tous les panamitards de l’aquarium de battre les nageoires en signe d’approbation aux paroles du grand dispensateur des fonds secrets.

(La Révolte)

Panaris

Rigaud, 1881 : Belle-mère. Un panaris fait beaucoup souffrir, une belle-mère aussi.

Panaris crevé. Prendre train de plaisir, 11 heures 45.

(Tam-Tam, du 16 mai 1880.)

Rossignol, 1901 : Femme méchante, mauvaise.

France, 1907 : Belle-mère ; allusion au mal irritant causé par le panaris.

Panas

Rigaud, 1881 : Épaves d’objets de toilette, vieilleries en tous genres.

Pancart

d’Hautel, 1808 : Saint-Pancart. Le jour de mardi gras. On dit aussi d’un homme extrêmement gros et large, d’un embonpoint volumineux, qu’Il ressemble à Saint-Pancart.

Pancarte (se faire aligner sur la)

France, 1907 : Être puni ; argot militaire.

Pancrace

d’Hautel, 1808 : Le docteur Pancrace. Sobriquet dérisoire et comique que l’on donne à un médecin dont les cures ne sont pas merveilleuses.

Pandore

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.

France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :

Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.

Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.

(Le Père Peinard)

Pandore (boîte de)

France, 1907 : On dit d’un présent fait dans une intention perfide que c’est la boîte de Pandore, allusion à une fable de l’antiquité par laquelle Jupiter, irrité contre le sculpteur Prométhée qui avait ravi le feu du ciel pour animer sa statue, dont il devint amoureux, lui envoya par une ravissante jeune femme, Pandore, un coffret d’où s’échappèrent tous les maux de l’humanité, mais au fond du coffret resta l’espérance

Pane

un détenu, 1846 : Misère.

Pané

France, 1907 : Nécessiteux, misérable ; du vieux français panne, haillons. Voir Panné.

— Tous des panés, mon cher ! Pas un n’a coupé dans le pont. Me mènes-tu boulotter au bouillon Duval ?

(Paul Mahalin)

On devrait écrire pannée.

Panée

France, 1907 : Panade.

Paneil

France, 1907 : Fil dont le tisserand se sert pour rattacher ceux qui se rompent.

Panem et circenses

France, 1907 : « Du pain et des jeux, » Locution tirée de la Xe Satire de Juvénal ou il exprimait son mépris pour les Romains de la décadence qui, pourvu qu’on leur distribuât du blé au Forum et qu’on leur donnât des spectacles gratuits, me demandaient rien de plus. Que de Français seraient Romaine en ce sens !

Panet

Rossignol, 1901 : Pan de chemise.

Paneton

France, 1907 : Corbeille à pain.

Pangloss, panglossien

France, 1907 : Optimiste qui trouve que tout va bien, et qui est satisfait de tout, du gouvernement comme du reste et dont la maxime peut se résumer ainsi : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. »
C’est Voltaire qui, dans son roman Candide, dont un des principaux personnages est le Dr Pangloss, l’homme éternellement satisfait, donna naissance à cette locution. Il avait en vue de ridiculiser le système philosophique de Leibniz. Ce célèbre philosophe allemand était un polyglotte érudit. Par le nom de Pangloss qui signifie en grec polyglotte. Voltaire le désignait ainsi clairement à ses contemporains.

Panier

d’Hautel, 1808 : Il est resté sot comme un panier percé. Se dit d’un homme que l’on prend en faute, et qui, stupéfait, embarrassé, ne peut rien alléguer pour sa défense.
C’est un panier percé. Pour dire, un dépensier, un prodigue, un dissipateur ; un sot, un ignorant, un homme dont la mémoire est courte et infidèle.
Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans un panier. Pour, il ne faut pas engager tout son avoir dans une seule entreprise ; ou fonder toutes ses espérances sur un seul objet.
L’anse du panier ; le ferrement de mule. Vol, exaction des domestiques sur les achats qu’ils font pour leurs maîtres.

Larchey, 1865 : Voiture basse en osier, à la mode vers 1860.

Ange ! tu m’as transporté. Si une calvitie invétérée ne te fait pas peur, je suis homme à mettre à tes pieds un panier en pur osier.

Les Pieds qui r’muent, 1864.

Virmaître, 1894 : Lit.
— Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de panier, tu verras comme je suis… aimable (Argot des filles).

Hayard, 1907 : Lit.

Panier (recevoir le)

Rigaud, 1881 : C’est, dans le langage des filles en traitement à Saint-Lazare, recevoir des aliments ou des friandises apportés du dehors. Mot à mot : recevoir le panier aux provisions.

Panier à Charlot

France, 1907 : Panier destiné à recevoir la tête du guillotiné quand le couperet la sépare du tronc.

À l’autre extrémité de la salle, un groupe de détraqués dévisagent une fille qui a été la maîtresse d’un guillotiné… Ils aiment l’odeur du panier à Charlot.

(Louise Michel)

Panier à crottes

Rossignol, 1901 : Le derrière.

France, 1907 : Les jupons. Remuer ou secouer son panier à crottes, danser.

Pas de clarinette pour secouer le panier à crottes des dames.

(Émile Zola)

Panier à deux anses

Larchey, 1865 : Voir anses.

Virmaître, 1894 : Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).

Panier à deux anses (faire le)

France, 1907 : Avoir une femme à chaque bras.

Panier à pain

France, 1907 : Ventre. Avoir chié dans le panier au pain de quelqu’un jusqu’à l’anse, s’être très mal conduit à son égard ; argot faubourien. En argot militaire, on dit : avoir chié dans les bottes.

Je l’ajustai alors et lui plantai une prune dans son panier à pain. Il sauta, leva les bras au ciel, tomba à la renverse avec un grognement, tandis que je lui présentais toutes mes excuses.

(Hector France, Chez les Indiens)

Panier à salade

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voiture destinée à transporter les prisonniers.

M.D., 1844 : Voiture dans laquelle on transfère les détenus.

Halbert, 1849 : Voiture des prisons.

Larchey, 1865 : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade… Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé… Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.

Delvau, 1866 : s. m. Voiture affectée au service des prisonniers, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Souricière.

Delvau, 1866 : s. m. Petite voiture en osier à l’usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.

Rigaud, 1881 : Fourgon destiné au transport des prisonniers. Le panier à salade va, deux fois par jour, chercher aux différents postes de police le contingent déclaré bon pour le dépôt de la préfecture. Le nom de panier à salade est dû aux cahots que procure ce véhicule mal suspendu. Les prisonniers auxquels le gouvernement ne peut pas fournir des huit-ressorts y sont secoués comme la salade dans un panier.

La Rue, 1894 : Fourgon cellulaire.

Virmaître, 1894 : Voilure cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Voiture spéciale que l’on fait prendre aux détenus pour les conduire des postes de police au dépôt, ou encore d’une prison préventive à l’instruction ou au tribunal correctionnel.

Hayard, 1907 : Voiture servant à transporter les gens en prévention et les condamnés.

France, 1907 : Voiture cellulaire appelée ainsi parce qu’on y est secoué comme la salade qu’on égoutte dans le panier de ce nom. Ce sont de grands omnibus d’un vert sombre, clos et grillagés à l’extrémité où l’on aperçoit la silhouette d’un garde de Paris ; tombereaux — dit Edmond Lepelletier — où l’on entasse pêle-mêle, détritus de la grande ville, le crime, l’infamie, la honte, la misère, la faiblesse et aussi la vertu.

Le panier à salade se compose d’une allée centrale et de deux rangées de huit ou dix compartiments très exigus dans chacun desquels on enferme un prisonnier.
Dans ces sortes de boîtes formant armoires, on éprouve une sensation de malaise instinctif ; ceux qui ont passé par là, — et ça cube, à Paris — pourraient en témoigner.
Je ne sais quelle crainte vague et indéfinissable vous prend lorsqu’on se sent ainsi calfeutré, ramassé sur soi-même, assis, tassé, resserré, sans pouvoir se remuer… Chaque cahot de la rude guimbarde sans ressorts plaque les « voyageurs » contre les parois en bois et en tôle.
On est assis, bien entendu, dans le sens du cocher. On ne voit personne, puisque le compartiment est entièrement fermé et bouclé. C’est à peine s’il y a, par-ci par-là, quelques petits ajours pour laisser passer l’air.
On sort de ce trou — si l’on n’est pas une frappe et une pratique, ce qui est la majorité des cas, — moulu, brisé, démoralisé, avec des larmes de honte et de désespoir qui vous brûlent les yeux.

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Panier au pain

Delvau, 1866 : s. m. L’estomac. Les ouvriers anglais ont la même expression : bread basket, disent-ils.

Rigaud, 1881 : Ventre.

Au premier atout dans le panier au pain, faut pas caner.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Panier aux crottes

Delvau, 1866 : s. m. Le podex et ses environs, — dans l’argot du peuple. Remuer le panier aux crottes. Danser.

Rigaud, 1881 : Derrière.

Et pas de musique au dessert, bien sûr pas de clarinette pour secouer le panier aux crottes des dames.

(L’Assommoir.)

C’est une variante moderne de l’ancien « pot aux crottes ».

Jamais on ne vid si bien remuer le pot aux crottes ny secouerle jarret.

(Le facétieux réveille-malin des esprits mélancholiques, 1654.)

Panier aux ordures

Delvau, 1866 : s. m. Le lit, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Partie d’un journal réservée aux citations d’une feuille d’opinion adverse ; on dit aussi plus communément boîte aux ordures. « Après s’être bien injuriés dans leurs feuilles, s’être traités de gredins, de crapules et d’escrocs, les folliculaires vont ensuite boire ensemble des bocks, plaisantant de leur respectif panier aux ordures. »

France, 1907 : Lit.

Panier percé

Delvau, 1866 : s. m. Prodigue, dépensier, — dans l’argot des bourgeois.

Virmaître, 1894 : Homme qui n’a rien à lui. Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Homme qui dépense tout.

Panier, panier aux ordures

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon du peuple.

Paniers, vendanges sont faites (adieu) !

France, 1907 : La saison de faire une chose est passée. Trop tard, petit bonhomme ne vit plus. Brantôme donne une explication de ce dicton. Le grand prieur de Lorraine, François de Guise, envoya en course, du côté du Levant, deux de ses galères sous le commandement du capitaine de Beaulieu, brave et vaillant homme. Vers l’Archipel, il rencontra un grand navire vénitien et se mit à le canonner. Mais celui-ci lui répliqua si vigoureusement qu’il lui emporta à la première volée deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant du nom de Panier, bon compagnon, dit Brantôme, qui n’eut que le temps de dire ce seul mot : « Adieu, Panier, vendanges sont faites ! » Il y a tout lieu de supposer que ce dicton existait déjà dans la langue avant ledit Panier et que cet officier des chiourmes n’a fait qu’un jeu de mot sur son nom. C’est, du reste, un débris de chanson, dont Édouard Fournier donne l’histoire dans son livre des Chansons populaires.

Panioter

France, 1907 : Mettre au lit.

Paniotter (se)

Rigaud, 1881 : Se mettre au lit, — dans le jargon du peuple ; c’est-à-dire se mettre dans le panier. L’expression est également usitée au régiment.

Panique

d’Hautel, 1808 : Une terreur panique. Fausse alarme ; frayeur subite et sans fondement.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Peur. Avoir la panique, ou se paniquer, avoir peur, se tenir sur ses gardes.

Paniquer (se)

Rigaud, 1881 : Avoir peur, avoir la panique. (Mémoires d’un forçat, 1829.)

Panka

France, 1907 : Grand éventail indien.

Panmuflisme, panmufliste

France, 1907 : Le muflisme général, universel. Néologisme.

Dans la platitude de l’heure, dans le conflit panmufliste des intérêts, Morès offrant sa personne et tombant au loin pour une inspiration hardie, vient à souhait établir que ce n’en est point fait des ressorts de la race, et à cet intrépide, pour qui l’effort n’avait de repos que dans un effort nouveau, il faut garder quand même un souvenir.

(Alexandre Herr)

Panna

Delvau, 1866 : s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.

France, 1907 : Chose du nulle valeur.

Pannanesse

France, 1907 : Prostituée de bas étage. Souillon, rôdeuse de nuit ; du grec panos, haillon.

Panne

d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.

Larchey, 1865 : Misère.

Il est dans la panne et la maladie.

Ricard.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.

Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.

Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.

Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.

Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.

Ed. et J. de Goncourt.

Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.

É. de la Bédollière, Les Industriels.

En terme de théâtre, bout de rôle.

Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.

J. Pelcoq, Petit journal amusant.

Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…

P. de Kock, Le Sentier aux prunes.

En terme d’atelier, mauvais tableau.

Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.

J. Noriac, Têtes d’artistes.

La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.

France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.

Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.

Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.

(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)

France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.

Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.

(Pierre Wolff)

France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :

Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.

France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »

— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.

(Jean Richepin, La Glu)

France, 1907 : Fanon du bœuf.

Panné

Larchey, 1865 : Misérable.

Ça marche sur ses tiges, ben sûr ! Pas pus de braise que dans mon œil. Ohé ! panné ! panné !

Ricard.

Du vieux verbe pannir : priver, retrancher, voler. V. Roquefort.

Rigaud, 1881 : Ruiné, misérable.

Et puis ces marchands font les pannés ; mais il ne faut pas les croire.

(P. d’Ariglemont.)

France, 1907 : Nécessiteux, pauvre, À observer que le vieux français dépané signifiait déchiré, dépenaillé.

Il tombe de la neige.
Un vidangeur conduit son tonneau, grelottant sur son siège.
Passe un gavroche qui interpelle en ces termes le travailleur de nuit : — Hé ! Panné !… T’as donc pas six sous pour entrer dans l’intérieur ?…

Panné comme la Hollande

Rigaud, 1881 : Très pauvre, très misérable d’aspect.

Panneau

d’Hautel, 1808 : Crever dans ses panneaux. Éprouver un dépit intérieur et secret, qu’on ne peut manifester ; être hors de soi.
Donner dans le panneau. Tomber dans un piège, se laisser entraîner par de belles paroles.

Panneauteur

France, 1907 : Braconnier, maraudeur : de panneau.
On écrit à tort panoteur.

Pannequet

France, 1907 : Pâtisserie anglaise dont la véritable orthographe est pan-cake. Sorte de crêpe.

Panner

Delvau, 1866 : v. a. Gagner au jeu, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Gagner au jeu, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Gagner au jeu.

France, 1907 : Gagner au jeu.

Pannesard, parmezard

La Rue, 1894 : Pauvre.

Pannezard

France, 1907 : Pauvre, miséreux.

Panoteur

Rigaud, 1881 : Braconnier.

La Rue, 1894 : Braconnier.

Panoufle

Larchey, 1865 : Perruque (Vidocq). — Du vieux mot panufle : guenille. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu’on mettait encore, il y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois. Signifie aussi Perruque.

Rigaud, 1881 : Perruque ; de panufle — chausson. En effet la perruque ne chausse-t-elle pas la tête ?

La Rue, 1894 : Perruque. Vieille femme.

Panse

d’Hautel, 1808 : Il s’est fait crever la panse. Pour, il s’est fait tuer, il est mort dans un duel, dans une bataille.
Avoir la panse pleine. Pour avoir le ventre rempli. Voyez Après.

France, 1907 : Mot irrespectueux dont on désigne le ventre : « La panse de la grosse Maria. ».

À ces mots l’ardent Énéas,
Faisant briller son coutelas,
Lui fit avec irrévérence
Un grand trou dans sa vaste panse ;
Par où son âme ayant pris vent,
Elle s’envola dans l’instant.

(Scarron, Le Virgile travesti)

Pansé

d’Hautel, 1808 : Cet homme est bien pansé. Pour, il a bien bu, bien mangé ; il est rassasié.

Panser de la main

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups, — dans le même argot [du peuple].

Panseux

France, 1907 : Qui panse, qui soigne, garde-malade.

Panspermie

France, 1907 : Le monde des microbes, les bactéries, des germes innombrables dont le travail incessant produit toute transformation, et qu’a découvert Pasteur.

Mais Dieu ! le voilà réduit au rôle de garçon de laboratoire… la panspermie mène tout droit au panthéisme ; il n’y a d’autre Dieu que la nature, s’organisant et se combinant par sa propre force… Alors le pape n’est plus bon à rien et le denier de saint Pierre est un fonds d’escroquerie.

(Jules Lermina, Le Radical)

Pansu

d’Hautel, 1808 : Qui a une grosse panse ; synonyme de ventre.

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé par le peuple ; pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une panse arrondie. Pansu : égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). N.

Pantalon

d’Hautel, 1808 : Bouffon, batteleur, qui amusé les autres par des farces et des plaisanteries.
À la barbe de pantalon. Pour dire au nez, à la barbe, en présence et en dépit de celui que la chose intéresse le plus.

Fustier, 1889 : Faire pantalon, dans le langage des écrivains, c’est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.

France, 1907 : Sobriquet donné aux Vénitiens à cause de saint Pantalone ou Pantaleone qu’ils ont en grande vénération. Le grotesque vêtement en usage depuis près d’un siècle est ainsi appelé parce que la mode nous en vient des Vénitiens. ll existait chez les Gaulois sous le nom de braies.

Pantalon (boutonnière en)

France, 1907 : Ouvrière qui se livre le soir à la prostitution.

Pantalon garance (donner dans le)

Rigaud, 1881 : Aimer les militaires, avoir un ou plusieurs amoureux parmi les officiers.

Pantalon rouge

Delvau, 1866 : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Pantalon garance.

Pantalonnade

d’Hautel, 1808 : Bouffonnerie ; fausse démonstration d’amitié ; joie feinte ; subterfuge, simagrées, grimaces pour se tirer d’embarras.
Je suis au fait de toutes ses pantalonnades. Pour dire de toutes ses simagrées, de toutes ses farces.

Pantalonner

Rigaud, 1881 : Tendre à la force du poignet le pantalon de tricot d’une danseuse.

M. Pointe pantalonne la volumineuse Delaquit.

(Charles de Boigne.)

Pantalonner une pipe

Delvau, 1866 : v. a. La fumer jusqu’à ce qu’elle ait acquis cette belle couleur bistrée chère aux fumeurs. Je n’ai pas besoin d’ajouter que c’est le même verbe que culotter, mais un peu plus décent, — pas beaucoup.

France, 1907 : Jeu de mot sur culotter.

Pantalons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui sans cette précaution s’apercevraient par les portes ou les fenêtres du fond et nuiraient à l’illusion de la mise en scène.

France, 1907 : En argot des théâtres, on appelle ainsi de petits rideaux destinés à dérober au publie la nudité des coulisses, qui, sans cette précaution, montreraient leurs laideurs aux spectateurs.

Pantalzar

Delvau, 1866 : s. m. Pantalon, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Pantalon ; argot populaire.

Pante

Clémens, 1840 : Dupe.

Delvau, 1866 : s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs, — volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds. Pante argoté. Imbécile parfait. Pante arnau. Dupe qui s’aperçoit qu’on la trompe et qui renaude. Pante désargoté. Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes, s’en va chercher un état civil à ce mot jusqu’au fond du moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme dont on fait ce qu’on veut), ou de Pantin (Paris) ? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie ! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j’en ai une autre en réserve : ponte. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s’expose à payer souvent. Pourquoi pas ? Dollar vient bien de thaler.

Virmaître, 1894 : Imbécile qui se laisse facilement duper. Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin : gens de Paris (Argot des voleurs).

France, 1907 : Dupe, individu à voler, à exploiter ; de Pantin, synonyme de Paris ; le Parisien ayant à tort ou à raison la réputation de badaud, de gogo, de dupe.

Il y a un mot terrible, l’excuse du corrompu qui court l’usine, qu’on échange dans les tripots, qui monte dans les mansardes et qui pétrifie les cœurs : c’est assez faire le pante, l’imbécile, le souffre-douleur, le forçat ! Jouissons !

(E. Chauvière)

Refroidir un pante, assassiner.

— Si ne s’agissait que de refroidir un pante et une couple de largues, il nous aurait emmenées pour sûr. Que diable ! il sait bien qu’au besoin nous ne boudons pas sur la besogne…

(Paul Mahalin, Le Megg)

On dit aussi pantre, pantruchois.

anon., 1907 : Victime (dégringoler le pante).

Pante (faire le)

Rigaud, 1881 : Payer pour un autre, — dans le jargon des voyous. Mot à mot : faire acte d’imbécile.

Pante, pantre

Rigaud, 1881 : Particulier à l’air bête. — Tout individu dont la figure, les manières ou les procédés déplaisent, est un pante pour le peuple. — Dans le jargon des cochers, un pante est un voyageur qui a donné un bon pourboire ; c’est celui qu’ils appellent tout haut « patron ou bourgeois ». — Autrefois « pante, pantre » — dans l’argot des voleurs et des camelots, signifiait dupe. Le pantre arnau, était un imbécile qui jetait les hauts cris dès qu’il s’apercevait qu’il était grugé ; le pantre argoté, une dupe de bonne composition et le pantre désargoté, un particulier difficile à duper. Aujourd’hui les voleurs et les camelots emploient très peu le mot « pante » qu’ils ont remplacé, les premiers, par client, les seconds, par girondin.

La Rue, 1894 : Homme, dupe. Pante argoté, niais. Pante désargoté, homme malin.

Hayard, 1907 : Victime, individu.

Hayard, 1907 : Bourgeois qui se laisse duper.

Pante, pantre, pantinois

Larchey, 1865 : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c’est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruche (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — V. Lever.

J’ai reniflé des pantes rupins.

Paillet.

Pantélégraphie

France, 1907 : Transmission au moyen de l’électricité du fac-similé de toute écriture. Le pantélégraphe fut inventé par l’abbé Caselli.

Pantes (boîte à)

France, 1907 : Lupanar.

Panthe (pousser sa)

Rigaud, 1881 : Abréviation de pousser sa panthère, c’est-à-dire se promener d’un côté, de l’autre, dans l’atelier ; courir une bordée de marchand de vin en marchand de vin. La variante est : Faire sa panthère ; par allusion à la panthère du Jardin-des-Plantes qui n’a d’autre occupation que d’arpenter sa cage.

Panthère

Fustier, 1889 : Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d’anarchistes fondée à Paris sous ce titre : La Panthère des Batignolles.

Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.

(Figaro, mars 1887.)

France, 1907 : Nom donné vers 1840 aux beautés à la mode. « C’était, dit Lorédan Larchey, une race inférieure à celle de la lionne, qui florissait vers le même temps, mais elle était plus carnassière, plus mangeuse d’hommes. »

Panthère (faire sa)

France, 1907 : Rôder de droite et de gauche en se dandinant ; argot faubourien.

Pantière

Rigaud, 1881 : Bouche, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Bouche ; corruption de pannetière, panier à pain.

Pantin

M.D., 1844 : Paris.

un détenu, 1846 : Paris.

Larchey, 1865 : « Pantin, c’est le Paris obscur, quelques-uns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s’appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — étymologie incertaine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d’un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, — dans l’argot du peuple oui sait que nous sommes cousus de fils à l’aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.

Delvau, 1866 : n. de l. Paris, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pampeluche et Pantruche. « Pantin, dit Gérard de Nerval, c’est le Paris obscur. Pantruche, c’est le Paris canaille. » Dans le goût de Pantin. Très bien, à la dernière mode.

Rigaud, 1881 : Paris, la ville des pantes. Et les variantes moins usitées : Pantruche, pampeluche.

Virmaître, 1894 : Paris.

Quand on a bien billanché pour son compte,
On defourage et renquille à Pantin.
L’long du trimard, bequillant son décompte,
De gueule en gueule on pique un gai refrain.

Pantin : Argot du peuple.
Pantruche : Argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Paris. Que vous soyez d’Aubervilliers ou de Vincennes, vous êtes toujours Pantinois de Pantin.

France, 1907 : Paris ; argot des faubouriens ; la ville des pantes.

Pantin, la capitale des stupéfactions parce que celle des étrangetés.

(Alfred Delvau)

On dit aussi Pampeluche et Pantruche.

France, 1907 : Homme sans caractère, sans énergie, que l’on fait mouvoir et agir à sa volonté.

L’ignorance, au gré des scrutins,
Fait mentir les temps où nous sommes ;
Hélas ! on nomme des pantins,
Quand il faudrait nommer des hommes.

(Clovis Hugues)

Pantin ou pantruche

Halbert, 1849 : Paris.

Pantin, pantinois

Hayard, 1907 : Paris, parisien.

Pantin, Pantruche

anon., 1907 : Paris.

Pantin, Pantruche, Pampeluche

La Rue, 1894 : Paris. Pantinois, pantruchois : Parisien.

Pantinois

Halbert, 1849 : Parisiens.

Delvau, 1866 : s. m. Parisien.

Rigaud, 1881 : Parisien.

Rossignol, 1901 : Parisien.

France, 1907 : Habitant de Paris, Parisien.

Pantoiser, pantinoiser

Rigaud, 1881 : Payer pour un autre, être dupe. C’est-à-dire faire acte de pante, — dans l’argot des barrières.

Pantomime

d’Hautel, 1808 : Le peuple change la terminaison me, en ne, et dit, Pantomine. Il dit de même enclune, pour enclume.

Pantonnière

France, 1907 : Prostituée.

Pantouflard

France, 1907 : Imbécile ; de l’expression populaire « raisonner comme une pantoufle » ou du vieux mot pantoufler.

Le populo a tellement été accoutumé à l’inaction qu’il ne peut s’en dépêtrer ; il voudrait que la ritournelle du passé continue, — que d’autres fassent toujours sa besogne !
Pourtant, faut tout dire : petit à petit il se dessale ! Il est déjà moins pantouflard : la clairvoyance lui vient. Il a la compréhension qu’un sacré coup de trafalgar est indispensable pour que les choses aillent mieux.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Bourgeois ; individu qui aime ses aises. Pendant le siège de Paris en 1871, l’on donna ce sobriquet à la garde nationale sédentaire, dont le service consistait à monter la garde dans l’intérieur de la ville.
C’est aussi le nom que donnent les élèves de l’École polytechnique à ceux d’entre eux qui démissionnent soit après le classement de sortie, soit après le cours de l’École d’application de Fontainebleau.
Le mot parait remonter à 1830, où les Jeune-France traitaient les bourgeois de pantouflards ou de philistins.

Théophile Gautier, disent MM. A. Lévy et G. Pinet, eut un jour avec l’École un démêlé comique, à la suite duquel il fut traité de pantouflard. C’était au moment de l’inauguration du fronton du Panthéon : critiquant le bas-relief où David a représenté d’un côté un élève de l’École normale, de l’autre un élève de l’École polytechnique, il s’était moqué de « ces deux embryons d’immortalité ». Les promotions lui dépêchèrent deux anciens qui le trouvèrent en pantoufles, en robe de chambre et coiffé d’une calotte grecque et qui s’en revinrent dire à leurs camarades : « Il n’y a rien à faire avec ce pantouflard ! » Le Charivari prétendit que Gautier était fort peu rassuré et n’osait plus sortir de chez lui.

Pantoufle

d’Hautel, 1808 : Cet homme raisonne comme une pantoufle. Pour, il parle à tort et à travers ; il ne sait ce qu’il dit.
On iroit en pantoufle. Se dit pour exagérer la proximité d’un lieu ou la beauté d’un chemin, et pour marquer la commodité qu’on a d’y aller.
Il a mis son soulier en pantoufle. Se dit par raillerie de quelqu’un qui croit s’être bien déguisé, et que l’on reconnoit au premier abord.

Delvau, 1866 : Mot que le peuple ajoute ordinairement à Et cœtera, comme pour mieux marquer son dédain d’une énumération fastidieuse. Sert aussi de terme de comparaison péjorative. Bête comme ma pantoufle. Très bête. Raisonner comme une pantoufle. Très mal.

Pantouflé

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier tailleur, — dans l’argot des faubouriens, qui ont remarqué que ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.

France, 1907 : Ouvrier tailleur, appelé ainsi parce qu’il travaille en pantoufles.

Pantoufle (et cœtera)

Larchey, 1865 : Injure peu traduisible. Pour la comprendre, il faut savoir qu’on appelle aussi c-n pantoufle un homme nul, sans énergie, qui n’a rien de viril.

L’animal le traitait alors de fainéant, de poule mouillée et d’et cœtera pantoufle.

L. Desnoyer.

Et cœtera pantoufle : Quolibet dont on se sert lorsqu’un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé.

d’Hautel, 1808.

Pantoufle (et cœtera) !

France, 1907 : Cette expression est employée pour terminer une énumération fastidieuse. Le Voltaire en donne l’explication suivante :

Et cœtera… pantoufle ! Que signifie cette expression employée dans le langage populaire ? Lorédan Larchey, répond le Courrier de Vaugelas, déclare cette locution peu traduisible et dit que le peuple s’en sert comme d’un temps d’arrêt dans une énumération qui menace de devenir malhonnête. Elle est même tout à fait intraduisible si l’on ne considère que le mot français en lui-même et sa signification vulgaire de chaussure de chambre. À ce point de vue étroit, il est impossible de saisir la corrélation existant entre cette pantoufle et un discours dont on veut taire la fin, ou plutôt qu’on n’achève pas parce que la conclusion est trop connue. Le français, qui souvent s’est taillé un vêtement dans la chlamyde des Grecs, n’a pas dédaigné non plus de s’introduire dans leurs pantoufles. Nous disons : Et cœtera pantoufle. Les Grecs entendaient par là : Et les autres choses, toutes de même sorte. Nous sommes en France des traducteurs si serviles, nous avons serré le grec de si près que nous nous sommes confondus avec lui, nous avons traduit le mot grec par pantoufle ! Mais d’où nous est venue cette bizarre expression ? Comment a-t-elle passé dans notre langue ? M. Ch. Toubin pense qu’elle nous est vraisemblablement arrivée par Marseille. C’est possible, mais nous aimons mieux croire que les écoliers du moyen âge, élevés dans le jardin des racines grecques, ont été frappés de la consonnance de pantoufle avec l’expression grecque et l’ont adoptée en la francisant, à la façon plaisante des écoliers.

Pantoufler

France, 1907 : Donner sa démission, entrer dans les pantouflards ; argot des polytechniciens.

Pantouflerie

France, 1907 : Bêtise, veulerie, lâcheté.

On devrait foutre la pierre aux fausses couches qui se laissent mettre le grappin sur le râble et, au lieu de les plaindre, leur dire :
— « Si vos poings n’étaient pas assez durs pour résister à l’ennemi que n’avez-vous aiguisé vos griffes et ramassé les cailloux du chemin ? Aussi fort et si puissant que fût votre antagoniste, y avait mèche de rétablir l’équilibre et de l’empêcher de vous dévorer !…
Puisque, au lieu d’agir, vous avez courbé l’échine, supportez-en les conséquences !… »
Mais foutre, les bons bougres n’ont pas cette rigidité de raisonnement : ils comprennent que la pantouflerie du populo résulte beaucoup de la masturbation séculaire que, de génération en génération, lui font endurer les grosses légumes.

(Le Père Peinard)

Pantre

M.D., 1844 : Paysan.

un détenu, 1846 : Un bourgeois, un individu qui se laisse duper.

Halbert, 1849 : Bête, simple.

Rossignol, 1901 : Innocent, bête, honnête homme.

France, 1907 : Dupe. Abréviation de Pantruchon, Parisien.

— Eh ! oui, buvons ! Qui paiera ? — Les pantres !

(Mémoires de Vidocq)

Le chien, la maîtresse et l’amant
S’en vont tous trois fièrement,
Et haut le ventre,
À la conquête de celui
Qui sera ce soir le mari,
Disons le pantre !

(Chanson du Père Lunette)

Pantre argoté

Halbert, 1849 : Type de la stupidité.

Virmaître, 1894 : Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds ; être facile à tromper (Argot des voleurs).

France, 1907 : Imbécile facile à duper.

Pantre arnau

Halbert, 1849 : Qui s’aperçoit qu’il est volé.

Virmaître, 1894 : Mot à mot : individu qui renaude, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).

France, 1907 : Dupe qui se plaint, fait tapage, renaude enfin quand elle s’aperçoit qu’elle est volée.

Pantre désargoté

Halbert, 1849 : Homme malin.

France, 1907 : Individu difficile à tromper.

Pantresse

M.D., 1844 : Paysanne.

Pantriot

France, 1907 : Payeur, patron ; argot populaire. Jeune niais.

Pantriote

France, 1907 : Sotte.

— N’allez pas, dit la grosse boulotte, me vendre, pantriotes que vous êtes.

(Louise Michel)

Pantrouillard

France, 1907 : Synonyme de pantre, gonce, chêne, type, etc.

Pantruche

un détenu, 1846 : Paris.

Rossignol, 1901 : Paris.

Hayard, 1907 : Paris.

France, 1907 : Déformation argotique de Pantin, Paris.

Pantin, c’est le Paris obscur ; Pantruche, c’est le Paris canaille.

(Gérard de Nerval)

Pantume

Halbert, 1849 : Catin.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot des voleurs. Quelques lexicographes de Clairvaux disent Panturne.

Pantume, panturne

Rigaud, 1881 : Femme dévergondée, — dans l’ancien argot.

Panturne

anon., 1827 : Catin.

Bras-de-Fer, 1829 : Catin.

Larchey, 1865 : Fille de mauvaises mœurs. — Grandval.

La Rue, 1894 : Fille de mauvaise vie.

France, 1907 : Prostituée, de l’argot italien.

Les souteneurs, dans leur argot, disent : gaupe, marmite, dabe, largue, ouvrière, guenippe, ponante, ponisse, panturne, panuche, bourre de soie.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

On dit aussi pantume.

Panturne ou Ponisse

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Femme de mauvaise vie.

Panuche

Rigaud, 1881 : Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles. À Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de l’insoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. « Madame » s’intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et friandises. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste ?

La Rue, 1894 : Femme bien mise. Femme de maison.

Virmaître, 1894 : Femme élégamment mise, L. L. Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.

Hayard, 1907 : Femme élégante.

France, 1907 : Prostituée, argot des souteneurs, ou maîtresse de lupanar.

Panufe

Rigaud, 1881 : Chausson ; chaussette, un objet de luxe pour MM. les voleurs.

Panure

France, 1907 : Débris de pain que ramassent les chiffonniers et qu’ils revendent aux charcutiers pour en faire de la chapelure.

Paon

d’Hautel, 1808 : Il est dans une colère de paon. Se dit de quelqu’un qui est irrité, ou dont l’orgueil est très-offensé.
Orgueuilleux comme un paon. Hautain, fier et glorieux à l’excès. Voyez Août.

Paonner

France, 1907 : Étaler ses avantages physiques à l’instar des paons qui font la roue.

Papa

d’Hautel, 1808 : Mot d’enfant, que l’on conserve cependant dans un âge plus avancé, par amitié ; pour dire père.
Papa, beau-Père,
expression comique et burlesque dont on se sert en parlant à un homme avec lequel on est en grande familiarité.
On dit aussi papa, en adressant la parole à un homme d’un âge mûr.
À la papa. Façon de parler adverbiale, tirée d’une chanson populaire pour dire à l’aise, sans gêne, sans contrariété, sans peine, sans embarras.
Vivre à la papa. Pour dire tranquillement et avec, aisance.
Faire quelque chose à la papa. C’est-à-dire, sans se gêner, sans se presser le moins du monde. Cette locution est fort à la mode parmi le peuple de Paris.

Delvau, 1866 : s. m. Père, — dans l’argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement. Bon-papa. Grand-père.

Rigaud, 1881 : Cocher de tramway, — dans le jargon des voyous, qui sont assez mélomanes pour s’être aperçus que la trompe dont jouent les cochers de tramway avec leurs pieds produit une série de pa pa pa pa.

Papa (à la)

Larchey, 1865 : Supérieurement. — Le père est maître au logis.

On nous aura requinqués à la papa… Tu riras là mais j’dis à la papa… Ou sinon d’ça j’te brosse à la papa…

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

Il va nous juger ça à la papa.

Désaugiers, 1813.

Delvau, 1866 : adv. Avec bonhomie, tranquillement, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression avec une nuance d’ironie.

Rigaud, 1881 : Sans façon.

France, 1907 : Tranquillement, sans se hâter. « Faire une chose à la papa. »

Papabile

France, 1907 : Papable, candidat à la papauté, admissible à la tiare pontificale ; italianisme. Les cardinaux qui concourent à l’élection d’un pape se nomment papifiants.

Papavoiner

Delvau, 1866 : v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants dont il paya la vie de sa tête. L’expression, qui a eu cours il y a une trentaine d’années, a été employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.

Pape

d’Hautel, 1808 : On dit, lorsque deux personnes expriment en même temps la même pensée, qu’elles ont fait un pape.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Imbécile, — dans le jargon des voleurs. C’est une variante très altérée de pante.

La Rue, 1894 : Imbécile. Verre de rhum.

France, 1907 : Le commandant de l’école navale ; argot du Borda.

France, 1907 : Imbécile ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Verre de rhum ou de bitter.

Au Quartier latin, l’absinthe s’appelle une purée, l’eau-de-vie un pétrole, le bock un cercueil, le bitter un pape.

(Mémoires de M. Claude)

On appelle ainsi et plus exactement un verre de rhum en jouant sur les mots Rome et pape.

Pape (soldat du)

Larchey, 1865 : Mauvais soldat.

Soldats du pape, méchantes troupes. Machiavel a dit que les compagnies de l’église sont le déshonneur de la gendarmerie.

Le Duchat, 1738.

Le terme remonterait donc au seizième siècle.

Vous êtes bien des soldats du pape. Est-ce que par hasard un jupon vous ferait peur ?

L. Reybaud.

Pape (un)

Rigaud, 1881 : Un verre de rhum. Le mot pape implique l’idée de Rome, et Rome fournit l’occasion d’un déplorable jeu de mots.

Pape Colas

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à se prélasser, — dans l’argot du peuple.

Papegot

France, 1907 : Individu soumis au pape, dévot, hypocrite ; altération du vieux français papegaut.

Allons, enfants de la croustille,
Le jour de boire est arrivé !
C’est pour nous que le boudin grille,
C’est pour nous qu’il est préparé.
Entendez-vous dans la cuisine
Bouillir les marmites, les pots ?
Ah ! ne serions-nous pas bien sots
Si nous leur faisions triste mine ?
À table, papegots ! Vidons tous ces flacons !
Buvons, buvons !
Qu’un nectar pur abreuve nos poumons !

(La Marseillaise des curés)

Papelard

d’Hautel, 1808 : Fourbe, hypocrite, faux dévot.

Halbert, 1849 : Papier.

Larchey, 1865 : Papier (Vidocq). Corruption de mot.

Delvau, 1866 : s. m. Papier, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au papel espagnol.

Rigaud, 1881 : Papier ; de l’espagnol papel.

La Rue, 1894 : Papier. Tout papier imprimé vendu par le camelot dans la rue.

Rossignol, 1901 : Marchand de journaux.

Hayard, 1907 : Papier.

France, 1907 : Papier ; argot des voleurs. « Maquiller le papelard », écrire. Tout papier imprimé vendu par les camelots dans la rue est appelé papelard.

anon., 1907 : Papier.

Paper-hunt

France, 1907 : Chasse au papier. Anglicisme et de nom et de chose. C’est une sorte de steeple-chase (course au clocher), où un cavalier part en avant, muni d’un sac plein de petits morceaux de papier qu’il sème sur sa route en franchissant tous les obstacles qu’il rencontre, murs, haies, fosses. Les autres, cavaliers et amazones, qui partent dix ou quinze minutes après lui, doivent suivre ses traces.

Paperasser

d’Hautel, 1808 : Feuilleter de vieilles paperasses, remuer de vieux papiers.

Paperassier

d’Hautel, 1808 : Mauvais écrivain, auteur verbeux ; celui qui, pour se donner de l’importance, aime à ramasser, à conserver des papiers inutiles.

Papier

d’Hautel, 1808 : Le papier souffre tout. Se dit lors qu’une personne rédige seule un acte où il y a plusieurs intéressés ; et qu’il n’y met que ce qu’il lui plait.
Un barbouilleur de papier. Un mauvais écrivain, un mauvais imprimeur.
Rayez cela de vos papiers. Pour dire ne comptez pas là-dessus.
Le parchemin est plus fort que le papier. Pour dire que les titres sur parchemin durent plus que sur du simple papier.

Rigaud, 1881 : Billet de banque, — coupon détaché d’un titre de Bourse.

Papier à chandelle

Rigaud, 1881 : Mauvais petit ou grand journal. Mot à mot : papier bon à envelopper de la chandelle.

France, 1907 : Journal insignifiant et éphémère, autrement dit feuille de chou.

Papier à douleur

La Rue, 1894 : Billet protesté, quittance de loyer.

France, 1907 : Billet protesté ; quittance de loyer.

Papier Joseph

Delvau, 1866 : s. m. Billet de banque, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Papier de soie.

Papier Joseph ou de soie

France, 1907 : Billet de banque.

Papier public

Delvau, 1866 : s. m. Journal, — dans l’argot des paysans de la banlieue.

Papillon

d’Hautel, 1808 : Courir, voler après les papillons. Voltiger d’objets en objets ; courir après des bagatelles ; avoir l’esprit léger.
Il s’est allé brûler à la chandelle comme le papillon. Se dit d’un homme qui se laisse tromper par des apparences flatteuses, et qui s’engage dans une affaire qui lui devient préjudiciable.

Larchey, 1865 : Blanchisseur (id.). — Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu’il porte sur le dos.

Delvau, 1866 : s. m. Blanchisseur, — dans l’argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l’épithète qui conviendrait à l’objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.

Rigaud, 1881 : Blanchisseur. — Linge.

La Rue, 1894 : Blanchisseur. Inconstant.

Virmaître, 1894 : Vol à la marque. Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et contient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

France, 1907 : Garçon de lavoir ; blanchisseur. Argot des voleurs.

Papillon d’auberge

Rigaud, 1881 : Linge, vaisselle, batterie de cuisine. — M. Fr. Michel ne donne pas à cette expression de signification normale. M. Ch. Nisard traduit par coups de poing, soufflet, s’appuyant sur l’autorité de quatre vers également cités par M. Fr. Michel et tirés des Porcherons, ch. III. (Amusemens rapsodi-poêtiques, 1773.)

Bientôt, au défaut de flamberges
Volent les « papillons d’auberges » ;
On s’accueille à grands coups de poing
Sur le nez et sur le grouin.

M. Ch. Nisard a pu mal interpréter l’expression « papillon d’auberge » en lui donnant le sens de soufflet, coups de poing. En argot papillon correspond à linge. Papillon d’auberge serait donc linge d’auberge et, par extension, tout ce qui se rapporte à la table.

La Rue, 1894 : Assiette.

France, 1907 : Assiette ; appelée ainsi parce que, dans les disputes d’auberge, elles volent à la tête des convives.

Bientôt, à défaut de flamberges,
Volent les papillons d’auberges ;
On s’accueille à grands coups de poing
Sur le nez et sur le grouin.

(Les Porcherons)

On appelle aussi de ce nom le linge de table.

Papillon de l’amour

Delvau, 1864 : Vulgo morpion. Petit insecte qui, voyageant de vit en con et de couille en cul, se cramponne à l’un ou à l’autre, dans un but de colonisation.

Ma maîtresse, l’autre jour.
Se grattait, fallait voir comme…
Ainsi que se gratte un homme,
Je me grattais à mon tour.
Or, Suzon me déculotte.
Je la trousse sans détour :
Nous étions pleins, vit et motte,
De papillons de l’amour.

Hip. Chatelin.

Papillonne

Delvau, 1866 : s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d’amour, — dans l’argot des fouriéristes. On dit aussi Alternante.

Papillonne (la)

France, 1907 : Mot créé par Paul Fourier. C’est la passion du changement, le papillon voltige de fleur en fleur, comme le volage d’amourette en amourette. Il n’est guère homme qui, au temps de sa prime jeunesse, n’ait été plus ou moins atteint de la papillonne.

Papillonner

d’Hautel, 1808 : Être inconstant, léger ; voltiger d’objets en objets à la manière des papillons.

Delvau, 1866 : v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur, — dans l’argot du peuple. Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d’Ussel, fille de Vauban : « Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige. » Fourier n’a inventé ni le nom ni la chose.

Rigaud, 1881 : Voler du linge.

France, 1907 : Voler du linge dans les voitures de blanchisseuses.

Papillonneur

Larchey, 1865 : Voleur exploitant les voitures des blanchisseurs qui apportent le linge à Paris (id.).

Rigaud, 1881 : Voleur de linge, voleur qui exploite les voitures de blanchisseurs.

La Rue, 1894 : Voleur de linge dans les voitures de blanchisseurs.

France, 1907 : Voleur qui rôde autour des voitures de blanchisseuses arrêtées sur la voie publique et guette l’occasion de les dévaliser.

Papillons noirs

France, 1907 : Idées tristes.

Papillotage

d’Hautel, 1808 : Faux brillant ; paroles pompeuses, mais dénuées de sens.

Papillote

d’Hautel, 1808 : Il a les yeux en papillotte. Se dit d’un homme qui a bu plus que de coutume, et à qui le besoin de dormir fait fermer les yeux.

Papilloter

d’Hautel, 1808 : Babiller avec facilité ; se servir de grands mots pour de petits sujets.

Papillotes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Billets de banque, — dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu’ils offrent aux petites dames.

France, 1907 : Billets de banque, allusion à la finesse du papier semblable à celui avec lequel les femmes se font des papillotes.

Papotage

Delvau, 1866 : s. m. Causerie familière ; bavardage d’enfants ou d’amoureux. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : Bavardage ; bruit de vaines paroles.

La voici près de lui, assise, d’une cuisse, au bord du petit lit de fer qui plie un peu, sous son poids. Et ce sont des confidences d’amoureux ; des papotages puérils, le trop-plein qui déborde, des câlineries et des tendresses, tandis qu’au dehors la pluie redouble.

(Georges Courteline)

Papoter

Delvau, 1866 : v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.

France, 1907 : Bavarder. Dans le patois du Centre, c’est parler entre ses dents.

Quiconque n’a pas traversé les jardins où ce vieux petit peuple tient ses assises, se groupe par affinités de tempérament ou de profession ; papote, jacasse, avec des voix fragiles, comme fêlées et déjà lointaines ; discute sur l’avenir (ou sur la soupe) ; débat les plus ardus problèmes de philosophie, ou la conduite d’une nonagénaire « qui, décidément, flirte trop », n’a pas contemplé un des spectacles les plus touchants et les plus caractéristiques qu’il soit possible d’observer.

(Séverine)

Papyrolithe

France, 1907 : Papier-pierre. Néologisme. Aux États-Unis, l’on construit des maisons entières en papier. Ce papier est réduit en pâte, puis comprimé. Un inventeur allemand préconise le papyrolithe pour la confection de planchers qui, ne présentant pas de rainures, seraient exempts de poussière et par conséquent de microbes. Il existe déjà depuis quelques années dans les services auxiliaires de l’armée française des ambulances de campagne démontables, en carton comprimé, d’une étanchéité et d’une solidité absolues. Du reste, un constructeur américain proposait récemment de bâtir une cathédrale en papyrolithe.

Paquecin

Larchey, 1865 : « Ne faut-il pas que baluchons et pacquecins (paquets) disparaissent subitement comme dans une féerie ? Personne n’égale le cambrioleur dans l’art de déménager sans bruit. » — A. Monnier.

Paquecin, paquemon

La Rue, 1894 : Paquet.

Paquelin

anon., 1827 : L’enfer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Enfer.

Bras-de-Fer, 1829 : L’enfer.

un détenu, 1846 : Pays.

Halbert, 1849 : Flatteur ou l’enfer.

La Rue, 1894 : Flatteur. Paqueliner, flatter.

France, 1907 : Flatteur ; corruption de patelin. Argot des voleurs.

Paqueliner

France, 1907 : Flatter.

Paquemon

Delvau, 1866 : s. m. Paquet ou ballot, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Paquecin.

France, 1907 : Paquet. Voir Paccin.

Pâquerettes de cimetière

France, 1907 : On désigne ainsi ces excroissances, ces verrues couvertes de poils blancs qu’on remarque sur la figure de quelques vieilles gens. C’est aussi les premiers poils blancs.

Il n’est plus bien jeune non plus et sa barbe est fleurie déjà de ces petites fleurs blanches que le poète appelle des pâquerettes de cimetière…

(Colombine, Gil Blas)

Pâques

d’Hautel, 1808 : Il est en train comme un lundi de pâques. Se dit de quelqu’un qui est distrait dans son travail ; qui n’a pas envie de travailler ; qui est enclin à la débauche.
À pâques on s’en passe, à la pentecôte quoi qu’il en coûte. Cela s’entend des habits d’été qui ne sont nécessaires qu’en ce temps-là.

Pâques ou à la Trinité (à)

France, 1907 : Ce dicton fort ancien remonte au XIIIe siècle où, par certaines ordonnances, les rois de France promettaient à leurs créanciers de les rembourser soit à Pâques, soit cinquante-six jours plus tard, à la Trinité. Bien entendu, la Trinité se passa sens qu’on vit revenir l’argent, pas plus que ne revint Malbrough.

Paquet

d’Hautel, 1808 : Pour gausse, mensonge, hâblerie, contes en l’air, subterfuge, gasconnade.
Ne nous donnez plus de ces paquets-là. Pour, ne nous faites plus de pareils contes.
Paquet, signifie aussi brocard, lardon, paroles malignes et piquantes.
Donner dans un paquet. Être pris pour dupe ; être attrapé.
Donner à chacun son paquet. Faire des réprimandes à tous ceux que l’on trouve en faute.
On dit aussi, donner à quelqu’un son paquet, pour faire taire quelqu’un par des réponses vives, mordantes et ingénieuses.

d’Hautel, 1808 : Il ne remue pas plus qu’un paquet de linge sale. Se dit d’un homme insouciant, paresseux et sans activité, qui a de la peine à se mouvoir pour ses propres affaires.
On dit d’une demoiselle, dont le corsage s’est épaissi, et à qui l’embonpoint a fait perdre de ses graces, qu’Elle est devenue un peu paquet.
Des paquets.
On donne cette épithète incivile à des personnes âgées qui, dans un bal, ne font plus que regarder danser.
Risquer le paquet. S’engager dans une affaire douteuse ; hasarder une demande au risque d’être refusé.
Įl a fait son paquet. Pour, il s’en est allé ; il a quitté cette maison.
Il porte son paquet avec lui. Se dit par raillerie d’un bossu, pour lui reprocher son infirmité.

Delvau, 1864 : Ornement naturel de la culotte de l’homme, qui monte si fort la tête aux femmes ; ornement postiche, parce qu’exagéré, de la culotte des danseurs espagnols, nécessaire pour donner de la verve à leurs danseuses.

T’as un beau paquet, mon chéri !

Lemercier de Neuville.

Sur cet insolent paquet,
Je lâche un vigoureux pet.

(Parnasse satyrique.)

Delvau, 1866 : s. m. Compte, — dans l’argot du peuple. Avoir son paquet. Être complètement ivre. Recevoir son paquet. Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême onctionné par un prêtre. Faire son paquet. Faire son testament. Risquer le taquet. S’aventurer, oser dire ou taire quelque chose.

Rigaud, 1881 : Femme habillée sans goût.

Fustier, 1889 : Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d’imbécile.

Tout à coup deux… braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l’un d’eux, sur un air connu, en fixant Joseph : Oh ! regarde-moi donc ce paquet !

(Gazette des Tribunaux, 1882.)

La Rue, 1894 : Compte. Recevoir son paquet. Ivresse.

Virmaître, 1894 : Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bête, imbécile.

Hayard, 1907 : Homme ou femme, épais et naïf.

France, 1907 : Personne lourde, gênante qui pèse comme un paquet dans une réunion. Femme habillée d’une façon ridicule. Injure que s’adressent les voyous.

Un simple racleur de guitare,
Moi, si tu veux, dare dare
Peut te rabattre ton caquet,
Et te mettre dans les ordures,
Sans préjudice des futures
Représailles, ton nez, paquet !

(Raoul Ponchon)

Paquet (avoir son)

France, 1907 : Être ivre. Risquer le paquet, s’aventurer ; faire ou préparer le paquet, arranger un jeu de cartes pour tricher ; attraper son paquet, être réprimandé, tancé ; recevoir son paquet, être renvoyé ; faire son paquet, se préparer à la mort ; lâcher de paquet, avouer.

Les faux amours, l’hypocrisie,
Il met tout au même baquet :
Le Faubourg et la Bourgeoisie,
Chacun attrape son paquet.

(Jacques Rédelsperger)

Paquet (faire le)

Fustier, 1889 : Argot de grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.

Paquet (lâcher le)

Rigaud, 1881 : Tout révéler, faire des aveux.

Paquet (recevoir son)

Rigaud, 1881 : Recevoir son congé, être renvoyé.

Paquet de couenne

Rigaud, 1881 : Garde national. Allusion au laisser-aller des couennes à l’étalage du tripier. Le garde national n’a jamais brillé par la correction de sa tenue.

Paquet de couennes

France, 1907 : La garde nationale, c’est-à-dire tas d’imbéciles, de maladroits ; d’où le singulier nom paquet de couennes donné aux membres de cette institution.

— Est-ce que tu ne t’aboulais pas me voir, toi, la vieille, quand j’étais paquet de couennes au rempart pendant le siège ?

(Serge Basset)

Paquetier

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui ne fait que des lignes qu’il met ensuite en paquets. Paquetier d’honneur, c’est, dans certaines maisons, le premier paquetier d’un metteur en pages. Il ne manque jamais de copie, et participe largement aux honneurs le jour où l’on arrose une réglette.

France, 1907 : Compositeur qui ne fuit que des lignes qu’il met ensuite en paquets. Paquetier d’honneur, premier paquetier d’un metteur en pages. Metteurs en pages et paquetiers se coufondent sous la dénomination commune de typographes.

Au point de vue de la hiérarchie, les typographes peuvent être rangés sous trois catégories : le prote, le metteur en pages et le paquetier ; mais ces distinctions sont, à vrai dire, à peu près fictives : un prote peut perdre son emploi et redevenir metteur en pages… il n’est pas rare de voir un metteur en pages reprendre la casse et lever la lettre comme à ses débuts.

(Eugène Boutmy)

Paquets

Delvau, 1866 : s. m. pl. Médisance, ragots. Faire des paquets. Médire et même calomnier.

Paquets (faire des)

Larchey, 1865 : Médire, Tricher en interpolant des cartes préparées dans son jeu.

La Rue, 1894 : Commérer, médire.

France, 1907 : Commérer, médire, faire marcher sa langue, comme les commères groupées sur le pas de leurs portes et qui habillent de belle sorte toutes les femmes qui passent.

Paquets (faire ses petits)

Rigaud, 1881 : Agoniser. Allusion aux mouvements des moribonds qui ramènent à eux leurs couvertures.

Par ma fine !

d’Hautel, 1808 : Interjection usitée parmi les paysans, et qui équivaut à, par ma foi !

Par pari refertur

France, 1907 : Locution latine signifiant : on rend la pareille. La loi mosaïque œil pour œil, dent pour dent, etc., procède par pari refertur.

Le quartier de… n’étant point enclos de murailles, il est on ne peut plus facile aux cavaliers de franchir à volonté les petits fossés dont il est entouré, et qui ont à peine trois ou quatre pieds de profondeur.
Des factionnaires sont, il est vrai, espacés autour de cette enceinte.
Mais tout en ignorant pour la plupart l’axiome latin : par pari refertur, les hommes du régiment ne se gênent nullement pour le mettre en pratique.
« Si je le laisse découcher aujourd’hui, il me laissera découcher demain, donc… va ton train, mon petit bonhomme. »

(Charles Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est à cheval)

Par-dessus

d’Hautel, 1808 : J’en ai cent pied par-dessus la tête. Pour exprimer que l’on est dégoûté de quelque chose, ou que l’on est sur le point de perdre patience.
Tu l’auras par-dessus l’épaule. C’est-à-dire, jamais.

Para, parar

France, 1907 : Apprêter, embellir, parer, disposer. « Ourbi la bousse e para l’esquie », ouvrir la bourse et tendre l’échine (payer l’impôt et tout subir).

Parabole

France, 1907 : Paradis ; argot des voleurs.

Paraches

France, 1907 : Paroles inutiles, exagération de langage. « Quel tas de paraches à propos de rien ! »

Parade

Boutmy, 1883 : s. f. Synonyme de postiche.

France, 1907 : Plaisanterie d’atelier bonne ou mauvaise ; argot des typographes. Voir Postiche.

Parade (bénédiction de)

France, 1907 : Coups de pied au derrière ; allusion aux coups de pied que se donnent les paillasses et les clowns sur les parades foraines. Argot populaire.

Parade (défiler la)

Larchey, 1865 : Mourir.

Alors tout l’monde défile à c’te parade d’où l’on ne revient pas sur ses pieds.

Balzac.

Rigaud, 1881 : Mourir, — dans le jargon des troupiers.

Merlin, 1888 : S’en aller, disparaître, mourir.

France, 1907 : Mourir ; argot militaire.

Parade (faire la)

Rigaud, 1881 : C’est commencer le spectacle par une petite pièce sans importance, en attendant le public. (Petit dict. des coulisses.)

Parade (une)

Hayard, 1907 : Une observation, garantie.

Paradis

d’Hautel, 1808 : Les riches ont leur paradis en ce monde. Pour dire, qu’ils y ont toutes leur commodités, qu’ils y goûtent toutes les jouissances de la vie.
Il a heurté à la porte du paradis. Se dit d’un homme qui a été dangereusement malade.
C’est le chemin du paradis, on n’y va qu’un à un. Se dit en plaisantant d’un chemin difficile et fort étroit, où l’on est obligé de passer l’un après l’autre.
Paris est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, et l’enfer des chevaux. Jamais proverbe ne fut d’une plus exacte vérité.
Il croit être en paradis. Se dit de quelqu’un qui passe tout d’un coup d’un emploi pénible et turbulent à une condition douce et paisible, ou qui est dans la joie et l’ivresse.

Delvau, 1866 : s. m. La fosse commune, — dans l’argot ironique des marbriers de cimetière.

Delvau, 1866 : s. m. Amphithéâtre des quatrièmes, — dans l’argot des coulisses.

France, 1907 : Amphithéâtre des quatrièmes, les places lus plus élevées d’un théâtre.

À l’orchestre d’un théâtre du boulevard, un spectateur demande à son voisin en levant les yeux vers les dernières places :
— Pourquoi diable appelle-t-on cela le Paradis ?
— Sans doute parce que c’est le ciel relativement au parterre, répond celui qu’on interroge.
— Du tout ! s’écrie Dumas fils, c’est parce qu’on y mange des pommes.

(Eugène de Mirecourt)

France, 1907 : Jeu de marelle, à cause du nom donné au point gagnant ; patois meusien.

Paradis (ne pas porter en)

France, 1907 : Ne pas mourir sans avoir expié un méfait. « Tu as mis un polichinelle dans le tiroir de la pauvre Alice, tu ne le porteras pas en paradis. — Naturellement, mais en nourrice. »

Paradis (porter en)

Larchey, 1865 : « Vous voulez parler du coup de poing. — Oui ; oh ! Le beau jeune homme ne portera pas cela en paradis, allez ! » — Ricard. — C’est-à-dire : Il me le paiera avant sa mort.

Paradis de Mahomet (le)

Delvau, 1864 : Le seul auquel les vrais croyants doivent croire, parce qu’il est « pavé de pucelages, » au lieu d’être, pavé de bonnes intentions, comme l’autre.

Paradouze

Delvau, 1866 : s. f. Paradis, — dans l’argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du Roman du Renart :

Li sainz Esperiz
De la seue ame s’entremete
Tant qu’en paradouse la mete,
Deux lieues outre Paradiz,
Où nus n’est povre ne maudis.

Rigaud, 1881 : Paradis ; changement de la dernière syllabe pour obtenir un jeu de mots sur dix et douze.

France, 1907 : Jeu de mot faubourien sur paradis.

Paralance

Larchey, 1865 : Parapluie. V. Lance.

Rigaud, 1881 : Parapluie.

France, 1907 : Parapluie ; il pare la lance (pluie). Argot populaire.

Paralysie de la queue

Delvau, 1864 : Impuissance ; insensibilité du membre viril — qui a été trop sensible.

Paramour

France, 1907 : Soutien, défenseur des beautés faciles.

Parangonner

Boutmy, 1883 : v. intr. Allier des caractères de force différente, de façon qu’ils s’alignent ensemble. Au figuré, se parangonner, c’est se consolider en s’appuyant ; s’arranger de façon à ne pas tomber lorsqu’on se sent peu solide sur ses jambes.

Virmaître, 1894 : Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : « Allier des caractères de force différente, de façon qu’ils s’alignent ensemble. Au figuré, se parangonner, c’est se consolider en s’appuyant ; s’arranger de façon à ne pas tomber lorsqu’on se sent peu solide sur ses jambes. »

(Eug. Boutmy, Argot des typographes)

Parapet

d’Hautel, 1808 : Beaucoup disent, par corruption, parapel.

Paraphe

Delvau, 1866 : s. m. Soufflet, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la joue de ses adversaires. Détacher un paraphe. Donner un soufflet.

France, 1907 : Coup au visage, soufflet ; argot populaire. Détacher un paraphe.

Paraphe (en détacher un)

Virmaître, 1894 : Donner un soufflet à quelqu’un. On dit aussi :
— Je vais te poser un cachet.
Détacher un paraphe
est rarement employé, c’est trop long ; bègne vaut mieux (Argot du peuple).

Parapher, détacher un paraphe

Rigaud, 1881 : Signer son nom avec la main sur la joue de quelqu’un.

Parapluie

La Rue, 1894 : Mari.

France, 1907 : Niais. Il sert à couvrir les fredaines de son épouse en vertu de cet axiome : « Le pavillon couvre la marchandise. »

Parapluie de l’escouade

Merlin, 1888 : Au bleu, au conscrit naïf, les loustics font croire que chaque escouade possède un gigantesque parapluie, que le dernier arrivant est chargé de porter aux exercices, manœuvres, marches militaires et revues.

Paravent

d’Hautel, 1808 : Un chinois de paravent. Un petit homme laid, difforme, mal bâti ; un maussade, original ; par allusion à ces figures chinoises que l’on met comme ornement sur les paravens.

Parbleu !

d’Hautel, 1808 : Espèce d’interjection qui marque l’affirmation.
Parbleu ! je le crois bien capable de cela. Pour assurément, en vérité.

Parc

France, 1907 : Théâtre.

Parc aux huîtres

Virmaître, 1894 : Mouchoir. L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Mouchoir.

Hayard, 1907 : Mouchoir.

France, 1907 : Mouchoir de poche.

Parcere personis, dicere de vitiis

France, 1907 : Dire tout des vices, épargner les personnes. Locution latine tirée du poète Martial et dont l’Année littéraire fit son épigraphe. Chamfort raconte que quelqu’un ayant rappelé ce vers au satirique anglais John Doune, qui ne ménageait personne, en lui disant : « Tonnez sur les vices, mais ménagez les vicieux », Doune répondit : « C’est cela ! Condamner les cartes et pardonner aux escrocs ! »

Parcere subjectis et debellare superbos

France, 1907 : Pardonner aux vaincus, combattre les superbes. Locution latine tirée de l’Énéide de Virgile.

Parchemin

d’Hautel, 1808 : Allonger le parchemin. Pour, multiplier les écritures sans nécessité ; faire des frais de chicane inutiles.

Pardine, pardienne, par dieu !

d’Hautel, 1808 : Espèce d’interjections vulgaires qui marquent la certitude, l’affirmation et la plainte.
Pardine ou pardienne, s’il m’avoit aidé, je ne serois pas dans l’embarras. Pour assurément, certainement.

Pardonner

d’Hautel, 1808 : Péché caché est à demi pardonné. Mauvaise maxime dont il ne faut pas se prévaloir, et qui signifie, que quand le scandale n’est pas joint au péché, la faute en est beaucoup plus excusable.
Dieu me pardonne. Pour dire en vérité.

Paré

Rossignol, 1901 : Avoir un alibi, c’est être pari. Un médecin militaire disait à un malade qui était maître d’armes : « Je vous mets à la diète parez-moi ce coup-là. » — Le maître d’armes sortit de sa table de nuit un énorme morceau de pain et lui répondit : « Je suis paré, Monsieur le docteur. »

Hayard, 1907 : À l’abri du besoin.

Paré (être)

Delvau, 1866 : Avoir subi la « fatale toilette » et être prêt pour la guillotine, — dans l’argot des prisons. Les bouchers emploient la même expression lorsqu’ils viennent de faire un mouton.

Rigaud, 1881 : Avoir été coiffé et attifé par ce terrible perruquier-barbier qui répond au nom du bourreau ; c’est être préparé pour l’échafaud.

France, 1907 : Être prêt pour l’exécution. On sait que le condamné est soumis à une sorte de préparation qu’on appelle la toilette.

Pare-à-lance

Delvau, 1866 : s. m. Parapluie, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. On dit aussi En-tous-cas. Cette dernière expression, dit Vidocq, — et cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l’emploient de confiance, lui croyant une origine honnête, — cette dernière expression a été trouvée par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.

Pareatis

France, 1907 : Obéissez. On appelait de cette formule latine la requête qu’un huissier présentait à un juge pour obtenir dans l’étendue de sa juridiction la sentence prononcée par le juge d’une autre juridiction.

Paréchème

France, 1907 : Défaut de langage ou de style par lequel on place à côté l’une de l’autre deux syllabes du même son ; du grec para, à côté, et chein, retentir. Peu d’écrivains évitent le paréchème.

Parée comme une épousée de village

France, 1907 : Avoir une mise prétentieuse et ridicule. Les paysannes, on le sait, n’ont pas l’apanage du bon goût ; plus elles se parent, plus elles paraissent grotesques et gauches, Telle fille, jolie en sa simple coiffe de village, devient laideron sous un chapeau de ville.

Pareil (être)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Être d’accord.

France, 1907 : Agir de concert ; argot des voleurs.

Pareil au même (du)

Delvau, 1866 : La même chose ou le même individu, — dans l’argot des faubouriens.

Parent

d’Hautel, 1808 : Il est son parent du côté d’Adam. Se dit par raillerie de quelqu’un qui se dit parent d’un autre dans un degré fort éloigné.
Quand on est riche on a beaucoup de parens. Signifie que tout le monde se dispute l’honneur d’être de votre famille, ce qui n’arrive pas lorsqu’on est pauvre et ignoré.

Halbert, 1849 : Paroissien.

France, 1907 : Paroissien ; argot des voleurs.

Parent de la côte d’Adam

France, 1907 : Petit cousin, parent à un degré très éloigné. « Nous sommes tous parents par la côte d’Adam », dit un vieux dicton.

Parentèle

France, 1907 : Parents ; vieux français.

Parer

d’Hautel, 1808 : Paré comme un autel, comme une chasse. C’est-à-dire, d’une manière ridicule ; surchargé d’ornemens.

Rigaud, 1881 : « À chaque morceau réclamé par ses collègues, le chef du garde-manger découpe à même la pièce et pare la viande. Parer un morceau, c’est en enlever la parure, c’est-à-dire l’excédant de graisse. Le boucher reprend à 75 cent, le kilo la parure (graisse crue), qu’il revend au fondeur pour faire des chandelles. » (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)

La Rue, 1894 : Remplir. La parer, secourir.

France, 1907 : Remplir ; vieil argot.

France, 1907 : C’est, en terme de boucherie, ôter les peaux et les graisses superflues d’un morceau de viande pour le rendre plus présentable, et aussi sculpter sur une bête dépouillée des dessins dignes des impressionnistes.

Au côté, en bandoulière, il était flanqué d’une gaine de bois d’où émergeaient les manches de ses couteaux. L’étui enfermait cinq ou six lames bien affilées et une lancette pour parer, c’est-à-dire pour sculpter dans la graisse badigeonnée de sang frais ces arabesques étranges, palmes et fleurs, qui font de la boucherie fine une section originale des arts décoratifs.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Parer (la)

Rigaud, 1881 : Secourir. — La rien parer à un aminche, venir en toute hâte au secours d’un ami ; c’est-à-dire parer la botte portée à un ami.

Parer la coque

Delvau, 1866 : v. a. Échapper par la fuite à un châtiment mérité ; parer habilement aux inconvénients d’une situation, dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

France, 1907 : Échapper par la fuite à une punition ; argot faubourien.

Parer sa côtelette

France, 1907 : Se bien vêtir, soigner sa mise.

— Les demoiselles dégotent un boucher dans l’art de parer leurs côtelettes.

(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)

Paresse

d’Hautel, 1808 : On le relèvera du péché de paresse. Signifie qu’on avisera au moyen d’empêcher qu’une personne sur laquelle on a de l’autorité, s’accoutume à manquer par paresse à son devoir.

Parfait

d’Hautel, 1808 : C’est parfait. Pour, c’est excellent, c’est le mieux du monde.

Parfait amour

Delvau, 1866 : s. m. Liqueur de dames, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Crème de cocu.

France, 1907 : Liqueur pour dames. On dit aussi crème de cocu. Parfait amour de chiffonnier, eau-de-vie commune.

Parfait amour de chiffonnier

Delvau, 1866 : Eau-de-vie d’une qualité au-dessous de l’inférieure.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie mauvaise.

Virmaître, 1894 : Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

Parfaite égalité

Fustier, 1889 : Sorte de jeu de hasard.

Parfond

anon., 1827 : Pâté.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pâté.

Bras-de-Fer, 1829 : Pâté.

Halbert, 1849 : Pâté.

France, 1907 : Pâté, pour profond ; allusion au creux des anciens pâtés.

Au matin, quand nous nous levons,
J’aime la croûte de parfond,
Dans les entonnes trimardons,
Ou aux creux de ces ratichons
J’aime la croûte de parfond.

(Chanson de l’argot)

Parfond n’est pas, comme l’écrivent certains argotiers, une corruption de profond, c’est le contraire qui existe, parfond étant le vieux mot.

Triste me sens, m’amour, m’amye ;
En mon cueur croist et le morfond
Ung mal meschant, un mal parfont,
Ung mal noir que l’on ne voit mye.

(G. Calvé des Jardins, Les Oberliques)

Parfonde

anon., 1827 : Cave.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cave. J’ai du pivois dans la parfonde, j’ai du vin en cave.

Bras-de-Fer, 1829 : Cave.

Halbert, 1849 : Cave.

Rigaud, 1881 : Cave. Variantes : Profonde, prophète. — Pive en parfonde, vin en cave.

France, 1907 : Poche, cave ; vieux mot pour profonde.

Parfumeur

Virmaître, 1894 : Avocat. Mot à mot : il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). V. Blanchisseur.

France, 1907 : Avocat. Il encense son client.

Parigo, parigot

France, 1907 : Sobriquet que les provinciaux donnent aux Parisiens.

Pour lors, dans la nuit du 17 au 18 mars, ce charognard bas-du-cul (Thiers) fit envahir par une chiée de troubades, afin de désarmer le populo pendant qu’il roupillait.
Il restait des canons et une quantité énorme de flingots.
Turellement, les Parigots ne voulurent rien lâcher, sachant bien qu’une fois désarmés, les bandits de la haute les feraient virevolter à leur gré, kif-kif une toupie hollandaise.

(Le Père Peinard)

Parigo, quoi !… des Batigneule,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y fout’ du pain.
El’travail, c’est ça qui nous crève,
Mêm’les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi que j’m’ai mis en grève.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Parigot

Fustier, 1889 : « C’est le surnom qu’on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l’Assistance publique. »

(Bibliothèque universelle, novembre 1887.)

Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre : Parigot.

La Rue, 1894 : Parisien, dans l’argot des paysans.

Paris

France, 1907 : Sobriquet donné dans les départements du centre aux enfants confiés aux soins des nourrices des campagnes par les hospices de Paris.

Parisianisme

France, 1907 : Habitude, état d’esprit, manière de penser ou d’agir des Parisiens.

Consultez-les, les magnats de la publicité ; s’ils daignent répondre, ils vous affirmeront d’abord qu’ « on ne peut écrire qu’à Paris ». Est-ce qu’on pense, est-ce qu’on parle français en province ? Y connait-on l’esprit parisien, le parisianisme, comme d’aucuns disent, cette qualité maîtresse, qui figure au nombre des grandes découvertes de ce siècle ?

(Est Républicain)

Il est atteint d’une infirmité : c’est une variété du snobisme, que l’on pourrait appeler le parisianisme aigu.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Parisien

Larchey, 1865 : Matelot indiscipliné et négligent.

Ah ! mille noms ! faut-il être Parisien ! j’ai oublié l’ampoulette !

Phys. du Matelot, 1843.

Delvau, 1866 : s. m. Vieux cheval invendable, — dans l’argot des maquignons.

Delvau, 1866 : s. m. Niais, novice, — dans l’argot des marins.

Delvau, 1866 : s. m. Homme déluré, inventif, loustic, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Rosse caractérisée ; cheval bon pour l’abattoir, — dans le jargon des maquignons.

Rigaud, 1881 : Quelles que soient sa nationalité et sa condition sociale, tout être humain qui fait de la villégiature, soit pendant un jour, soit pendant six mois est un Parisien, c’est-à-dire un imbécile bon à duper, — dans le jargon des paysans des environs de Paris, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui vient de la ville. Œufs frais de deux mois, volailles étiques, asperges à grosses épaulettes, fruits pourris, tout ça c’est « bon pour les Parisiens ». Et le Parisien paye tout cela très cher, trouve tout cela exquis et appelle le paysan « nature simple et primitive ». Parisien. Sottise la plus grande, la plus injurieuse à un matelot. Désignation, dans les bâtiments, d’un pauvre sujet et quelquefois d’un mauvais sujet. (Villaumez, Dict. de marine.)

Rigaud, 1881 : Petite tricherie aux dominos, pose d’un domino non correspondant au précédent ; par exemple : du quatre sur du cinq, du trois sur du deux. Quelquefois comme « le premier pas » le parisien se fait sans qu’on y pense.

La Rue, 1894 : Vieux cheval pour l’abatage.

France, 1907 : Épithète injurieuse donnée autrefois dans les régiments aux mauvais soldats, aux tireurs de carottes, aux fortes têtes, à ceux qui esquivent le service. Il serait curieux de rechercher l’origine de cette appellation, qui ne remonte pas, comme quelques-uns l’ont prétendu, aux événements de juin 1848 où la troupe eut maille à partir avec les Parisiens, car on trouve dans Vadé à l’adresse de ceux-ci une appréciation fort injurieuse. Dans un Extrait de l’inventaire des meubles et des effets trouvés dans le magasin d’une des harengères de la Halle, il donne ironiquement, sous forme de qualités, la nomenclature des défauts reprochés à différents peuples ou différentes provinces de la France :

Plusieurs autres grands traités sur divers sujets, en un petit volume, savoir :
De la constance des Français dans la manière de s’habiller !
De la bonne foi des Italiens.
De l’humanité des Espagnols et des Gascons.
De la sobriété des Allemands et des Polonais.
De la fidélité des Anglais.
De la propreté des Hybernois.
De la politesse des Suisses et des Flamands.
De la probité des Normands.
De la simplicité des Manceaux.
De la subtilité d’esprit des Champenois.
Des ruses des Picards.
De la bravoure des Parisiens.

 

— Un marin, c’est celui-là, voyez-vous, qui n’est ni pioupiou, ni Parisien, sauf votre respect ; un homme comme moi, quoi !

(G. de La Landelle, Les Gens de mer)

France, 1907 : Cheval bon pour l’abattoir ; sans doute une allusion au surmenage des chevaux de Paris qui sont vite fourbus

Parisien à gros bec

Virmaître, 1894 : Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit : nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond :
— Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Provincial fraîchement débarqué à Paris.

Parisienne

France, 1907 : « Vergue placée à une petite hauteur au-dessus du pont, et sur laquelle sont d’abord exercés les fistots, incapables naturellement de manœuvrer sur les vergues ordinaires, avant d’avoir pris de l’aplomb et s’être débarrassés du vertige.
Ce nom de Parisienne vient de la piètre estime dans laquelle tout matelot tient les recrues nées à Paris, loin de la mer, et qui sont considérées comme peu aptes à faire de bons gabiers.

(Un ancien officier, Histoire de l’École navale)

France, 1907 : Pantalon de grosse toile que les ouvriers passent par-dessus leur pantalon ordinaire pour le garantir pendant le travail.

Parisine

France, 1907 : Mot inventé par Nestor Roqueplan, qui prétendait que l’atmosphère de Paris, l’air qu’on y respire, « son ambiance », suivant l’expression d’aujourd’hui, étaient imprégnés à haute dose, saturés d’un relent spécial qui donnait une sorte de vernis d’esprit même aux nombreux imbéciles qu’on rencontre à chaque pas dans la Ville-Lumière. Ce vernis d’esprit, dénommé avant lui bagout parisien, il l’a baptisé du nom de parisine.
Certains provinciaux de bon sens affirment que la parisine n’est qu’un composé d’ignorance, de j’m’enfoutisme et de hâblerie !

Parlage

d’Hautel, 1808 : Pour bavardage, abondance de paroles inutiles, et qui n’ont le plus souvent ni rime ni raison.

France, 1907 : Paroles inutiles et sans portée. Discours funéraire.

Parlement

d’Hautel, 1808 : C’est un parlement sans vacances. Se dit par mépris d’un homme qui ne décesse de parler, d’un grand babillard, d’un par leur éternel.

Rigaud, 1881 : Langue. — Ouvrir le parlement, faire l’ouverture du parlement, parler.

France, 1907 : Bavardage. Parlement sans vacances, bavard insupportable. Ouvrir le parlement, commencer à bavarder. « Dès que la vieille ouvre le parlement, elle n’en finit plus. »

Parlement n’a presque jamais dansé sans viole

France, 1907 : Vieux dicton dont Gaignères donne ainsi l’explication.

La famille de Violle est assez ancienne dans le Parlement de Paris, et il y eu jusqu’à dix ou douze conseillers en divers temps. Depuis l’an 1506 que Jean Viole y fut reçu, Pierre en 1522, Jacques en 1543, Guillaume en 1550, Claude en 1553, Jacques en 1574, Nicolas en 1575, Nicolas en 1596, Jacques en 1604, Pierre en 1625, Pierre en 1642, et autres, ce qui, par allusion au nom de Viole, a fait dire que le Parlement n’a presque jamais dansé sans Viole, à cause qu’il y en a eu beaucoup dans cette cour.

Parlementage

d’Hautel, 1808 : Pour propos, commérage, bavardage ; discussion, conversation frivole, qui ne peut qu’être nuisible.

Rigaud, 1881 : Discours, conversation. (1824.)

France, 1907 : Bavardage.

Un méchant bailli de malheur
S’avisi de rendre eun’ sentence…
Mais si j’savions l’parlementage,
Tous ces messieurs qui ont d’l’honneur
Auriont réparé not’ malheur,
En empêchant toutes leux malices
Par la bonté de leux justice.

(Les Citrons de Javotte)

Parlementer

d’Hautel, 1808 : Entrer en composition ; chercher à s’entendre, à s’accorder.
Ville qui parlemente est à demi-rendue. Pour dire que quand on en vient à parlementer, c’est un signe que l’on ne peut plus se défendre.

Parler

d’Hautel, 1808 : Parler à une femme. Pour dire la courtiser ; faire le galant auprès d’elle ; lui conter fleurettes.
Parler comme saint Paul la bouche ouverte. C’est-à-dire, parler à haute et intelligible voix ; de manière à être entendu de tous ceux qui sont présens.
Voilà ce qui s’appelle parler. Se dit lorsque quelqu’un fait des propositions beaucoup plus avantageuses que celles auxquelles on avoit droit de s’at tendre.
C’est parler français. Pour dire c’est s’expliquer clairement.
Vous parlez ďor. Pour, votre avis est excellent. Parler de la pluie et du beau temps. Discourir sur des objets frivoles ; s’entretenir de choses indifférentes.
Faire parler quelqu’un. Ajouter aux paroles de quelqu’un ; y donner un autre sens que le véritable.
Quand les ânes parleront latin. Pour dire que quelque chose n’arrivera jamais.
Il vaudroit autant parler à un sourd. Se dit d’une personne qui ne veut point entendre ce qu’on lui dit, ou qui feint de ne pas comprendre.
Parler le cœur dans la main. Pour dire sincèrement ; avec franchise.
Trouver à qui parler. Rencontrer quelqu’un capable de tenir tête.
Parler des grosses dents. Maltraiter quelqu’un en paroles ; l’apostropher avec vigueur ; s’emporter, se mettre en colère.
Parler d’une affaire à bâtons rompus. En parler à plusieurs reprises, sans suite et sans amener de résultat.
Parler en l’air. Sans aucun dessein ; sans vue particulière, d’une manière indifférente.
Il parle pour parler. Locution vicieuse et explétive qui se dit d’un homme dont les discours n’ont aucun sens.
Il parle comme un perroquet.
Pour, il répète ce qu’il a entendu dire ; sans savoir ce qu’il dit.
Parler à cheval à quelqu’un. Lui parler avec hauteur, et d’un ton dur.
Il faut laisser parler le monde. Pour dire, il ne faut pas s’inquiéter des propos publics.
Cela ne vaut pas la peine d’en parler. Se dit de quelque chose de peu de valeur, ou d’un service peu considérable, dont on ne veut pas accepter de remercîment.
Parler à son bonnet. Parler à soi-même ; parler tout seul.
Parler des yeux. Faire des signes ; être d’intelligence.
Les murailles parlent. Pour dire qu’il se trouve souvent des témoins dans les choses que l’on croit les plus cachées.
Parler par compas et par mesure. Parler d’une manière affectée et ridicule.

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Il parla à la belle cordonnière dessous sa robe à part.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Parlez toujours, voyez combien
Je me plais à votre entretien.

Collé.

France, 1907 : Euphémisme qu’emploient les bourgeoises pour copuler. « Mon mari me parle tous les matins, dit une prude, — Oh ! répond son amie jalouse, le mien n’est pas aussi bavard. »

Parler à son bonnet

France, 1907 : Se parler à soi-même.

Parler boutique

Delvau, 1866 : v. n. Ne s’entretenir que des choses de l’état qu’on exerce, de l’emploi qu’on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent qu’on s’occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot du peuple.

France, 1907 : Ne s’entretenir que du métier ou de la profession qu’on exerce, ce qui assomme généralement ceux qui sont étrangers à cette profession.

Parler chrétien

Delvau, 1866 : v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s’y trompe.

France, 1907 : Parler clairement, nettement, raisonnablement. Dicton de dévot devenu populaire, le christianisme étant pour les fidèles la seule religion raisonnable et sensée. De même on disait d’une jolie femme : C’est une belle chrétienne.

Parler comme le diable toujours en l’Évangile

France, 1907 : Se dit des escrocs et des filous qui parlent sans cesse de leur probité.

Parler comme Sénèque de la pauvreté

France, 1907 : Mentir à ses théories, afficher des principes que l’on ne met pas en pratique, être faux sage, faux vertueux. La prétendue sagesse de Sénèque consistait à ne pas manger de viande et à ne pas boire de vin, suivant les préceptes de Pythagore ; mais, à part ces vertus négatives, il cultivait tous les vices. Il séduisit la femme de Domitius, son bienfaiteur, fut exilé en Corse, puis chassé de Corse pour ses mauvaises mœurs, car il n’aimait pas la viande des animaux morts, il aimait la chair vivante des fillettes et des petite garçons. S’il dédaignait les plaisirs de la table, il ne se refusait aucun des autres. Il professait le mépris des richesses et sa maison était la plus somptueusement meublée de Rome. Il se fardait. portait des vêtements efféminés et écrivit sur un pupitre d’or massif ses plus éloquentes pages sur la pauvreté. Tel est celui dont « Rome estimait les vertus ». Combien, dans le monde, de vertueux comme Sénèque ! Méfions-nous des stoïques et des purs !

Parler comme une nouvelle mariée

France, 1907 : Parler inconsidérément, à tort et à travers.
À Rome, les nouveaux époux donnaient à leurs amis un grand repas le lendemain des noces. La mariée y présidait avec son mari sur le lit nuptial et le traitait publiquement, dit C. de Méry, avec une familiarité excessive. Elle mettait ordinairement si peu de réserve dans sa conversation que lorsque, dans d’autres circonstances, une femme parlait inconsidérément, on disait : « Elle parle comme une nouvelle mariée. »

Parler du puits

France, 1907 : Perdre son temps en propos inutiles, et pour une chose qui ne vaut pas la peine qu’on s’en occupe. Cette expression est employée par les gens de théâtre et en voici, d’après Joachim Duflot, l’origine :

Bouffé est un artiste très consciencieux, mais surtout très méthodique ; il ne se laisse pas guider par l’inspiration, tout doit être convenu à l’avance : paroles, gestes et pas. Dans un vaudeville dont nous tairons le titre, Bouffé devait descendre dans un puits. Dès le premier jour, il s’inquiéta de quel côté il descendrait dans le puits, et cette question donna lieu à une discussion fort longue. L’heure accordée passa, et la répétition fut remise au lendemain. Le lendemain, Bouffé crut s’apercevoir que la margelle du puits n’était pas assez large. Grande discussion à propos de la margelle. – « On ne peut se risquer à entrer dans ce puits avec une margelle aussi étroite. Qu’on fasse une autre margelle et je descendrai. » Le jour suivant, on essaie la nouvelle margelle : elle est d’une largeur ridicule, elle rend le puits trop étroit, on ne peut s’y mouvoir. — «  Gardez la margelle si vous voulez, mais élargissez le puits. » On défait, on refait, puis on démolit, puis on recommence, puis chaque jour une heure se passe à parler du puits, — c’est-à-dire d’une chose qui ne mérite pas tant de salive. Bouffé sera mort depuis longtemps qu’on parlera encore du puits.

Parler en bas-relief

Delvau, 1866 : v. n. À voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.

France, 1907 : Parler à voix basse ; argot des sculpteurs.

Parler français comme une vache espagnole

France, 1907 : Telle qu’elle est écrite et répétée, cette expression n’a aucun sens. C’est parler le français comme un Basque l’espagnol qu’il faut dire. L’erreur vient de la confusion que font les Espagnols entre le b et le v. De basque, en latin vasco (gascon), on a fait vache. Et le proverbe est resté ainsi. La langue basque, langue celtique, n’a aucune similitude avec l’espagnol, pas plus qu’avec le français. Aussi dit-on d’un personne qui écorche notre langue qu’elle la parle aussi mal qu’un Basque parle l’espagnol.

Parler frelu

France, 1907 : Cette expression a deux significations dans le patois du Centre : 1o parler avec affectation, avec recherche, comme les beaux messieurs de la ville, les freluquets, dont frelu est l’apocope ; 2o parler argot, frelu signifiant autrefois vaurien, larron, voleur de grand chemin.

Parler gras

Delvau, 1864 : Tenir des propos gaillards ; appeler les choses par leur véritable nom, et non par les ridicules périphrases dont les habille la pudeur de mauvais aloi des bourgeois et des bégueules.

Parler landsman

Delvau, 1866 : v. n. Parler la langue allemande, — dans l’argot des ouvriers.

France, 1907 : Parler allemand ; argot des faubouriens.

Parler latin aux bêtes

France, 1907 : Donner des explications à des imbéciles, tenir à des sots des conversations qu’ils sont incapables de comprendre ou qu’ils entendent de travers.

Le valet du comédien Valeran le Picard se plaignoit que le latin de son maistre les feroit mourir tous deux de faim, car un pauvre lui ayant prié de demander à son maistre s’il lui vouloit rien donner, et Valeran lui ayant répondu : Nolo, nolo, le valet, entendant nos lots, nos lots, bailla le lot plein de vin au pauvre. Peu après, un autre mendiant s’estant présenté au mesme valet, et prié de dire à son maistre s’il pouvoit luy donner quelque chose, qu’il le fist, Valeran ayant répondu : Non possum, non possum, le valet pensant qu’il dist nos poissons, donna les deux poissons qu’il avoit apprestés pour le diner de Valeran. Ces équivoques font trouver le proverbe véritable qu’il ne faut pas parler latin aux bestes.

(Bigarrures du Seigneur des Accords)

Parler latin devant des cordeliers ou devant des clercs

France, 1907 : Parler de choses devant des personnes qui les savent mieux que vous. Les cordeliers, en leur qualité de moines, savaient le latin ; et l’on appelait clerc tout étudiant ayant fait ses humanités, c’est-à-dire sachant le latin et le grec.

Parler papier

Larchey, 1865 : Écrire.

C’est lui qui parle papier pour moi à mon oncle.

Vidal, 1833.

Delvau, 1866 : v. n. Écrire, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Écrire ; argot des faubouriens.

Parler vougri

France, 1907 : Parler auvergnat, ainsi appelé à cause du mot vougri, corruption de bougre, qui, ainsi que fouchtra, se présente continuellement dans la conversation des charbonniers natifs de l’Auvergne.

Et quand il le vit bien allumé, il lui lâcha sa petite histoire : comme quoi il y avait une certaine charbonnière qui et que, mais avec laquelle on n’arrivait à lutter que par ruse ; qu’il fallait, pour s‘introduire dans l’arrière-boutique, que le baron se camouflât en gars de Saint-Flour et parlât vougri et fouchtra, et usât alors quasi de violence.

(Jean Richepin)

Parler ze-ze

Delvau, 1866 : v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l’s au g, ou le z à l’s. Argot du peuple.

France, 1907 : Substituer une consonne faible à une consonne forte, zézayer comme font les petits enfants ; argot populaire.

Parlère

France, 1907 : Parlerie, babil, abondance de paroles oiseuses et inutiles.

Parlerie

d’Hautel, 1808 : Bavardage, propos, commérage, caquetage.

Parleur

d’Hautel, 1808 : Faire le beau parleur. Affecter un langage précieux et ridicule.

Parleux

France, 1907 : Causeur, bavard.

Parloir des singes

Delvau, 1866 : s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Parloir à double grillage, — dans le jargon des prisons.

Virmaître, 1894 : Parloir des prisons. Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).

France, 1907 : Salle où l’on permet aux prisonniers de voir leurs visiteurs, dont ils sont séparés par une double grille.

Parlotte

Larchey, 1865 : Lieu où l’on commère.

La Chambre des députés n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte.

Alph. Karr.

Delvau, 1866 : s. f. Lieu où l’on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet ; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse. Plus spécialement l’endroit où se réunissent les avocats.

France, 1907 : Bavardage. On dit aussi parlotterie.

Bellac, ce soir-là, semblait un robinet de fontaine et sa parlotte coulait, coulait, blanche, terne, exaspérante, à endormir tous ceux qui l’écoutaient.

(Mora, Gil Blas)

France, 1907 : Lieu où l’on parle. « La Chambre des députés, disait Alphonse Karr, n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte. »

Parlotter

Delvau, 1866 : v. n. Bavarder.

France, 1907 : Bavarder.

Parlotterie

Delvau, 1866 : s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d’idées. L’expression est d’Honoré de Balzac.

Parlottes

France, 1907 : On appelait ainsi, sons la restauration, des salles de conférences oû venaient s’exercer aux luttes de la tribune les jeunes sens qui se destinaient à la vie politique.

Parlotteur

Delvau, 1866 : s. m. Bavard.

France, 1907 : Bavard ; orateur de réunions publiques ; débiteur de lieux communs.

Le système néo-chrétien de Tolstoï ne serait vrai que s’il réunissait un jour l’unanimité des suffrages, et ce jour-là est aussi loin que la Jérusalem céleste, et que tous les paradis promis. En attenant, il faut vivre avec les loups en leur résistant et en les refoulant le plus possible ; il faut faire valoir son droit à la force du poignet ; il faut toujours être prêts à se rebiffer contre l’exploiteur. Et si jamais la guerre devient impossible, si l’autorité croule et s’effondre, ce sera seulement quand le peuple conscient de sa force aura chassé tous les loups dévorants et ne consentira plus à servir les dirigeants, à nourrir les possédants. Nous, qui ne voyons pas plus l’histoire contemporaine et l’ensemble du mouvement actuel qu’un nageur sur le dos ne voit le mouvement des flots, nous ne savons pas trop si nous avançons ou si nous reculons ; et peut-être que, dans cinquante ans d’ici, quand nous serons tous claqués ou bien près, on dira des hommes de la fin du XIXe siècle que c’étaient des avachis, des parlotteurs et des imbéciles.

(Le Père Peinard)

Parmentière

France, 1907 : Nom donné primitivement à la pomme de terre, à cause du célèbre agronome Parmentier qui l’introduisit du Hanovre en France

Parmesard

Delvau, 1866 : s. m. Pauvre diable à l’habit râpé comme parmesan, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

France, 1907 : Pauvre diable dont les vêtements sont râpés et montrent la corde. Jeu de mot sur parmesan ; en d’autres termes : râpé comme du parmesan.

Parmezard

Rigaud, 1881 : Pauvre ; pour parmesan, c’est-à-dire râpé comme du parmesan, — dans le jargon des voleurs.

Parnassien

France, 1907 : Nom donné à une réunion de jeunes poètes qui, vers 1860, se proposèrent de réagir contre l’influence de Lamartine et d’Alfred de Musset, raillant la fausse sentimentalité et les négligences de la forme, proclamant la souveraineté du style. Ils prirent comme axiome cette strophe de Théophile Gautier :

Point de contraintes fausses !
Mais que, pour marcher droit,
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Cette pléïade compta nombre de poètes devenus célèbres depuis : Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, Armand Silvestre, Catulle Mendés, François Coppée.
Catulle Mendès a publié un volume ou il donne l’histoire du Parnasse.

Parnelliste

France, 1907 : Partisan de la politique de Parnell, patriote irlandais, c’est-à-dire partisan de la séparation et de l’indépendance de l’Irlande.

Paroisse

d’Hautel, 1808 : Un habit de trente-six paroisses. Pour dire, un habit composé de plusieurs étoffes, de différentes couleurs.
C’est le coq de sa paroisse. Pour dire, le plus hupé, le plus riche.

Paroisse de Saint-Pierre-aux-Bœufs (être de la)

France, 1907 : Se disait autrefois et se dit encore en certains coins de province d’un homme lourd, grossier, stupide.

Paroissien

d’Hautel, 1808 : Il a affaire au curé et aux paroissiens. Pour dire, il a à contenter des personnes qui ont des intérêts très opposés.

Larchey, 1865 : Individu.

Que de paroissiens fameux dont il ne serait plus question par ici, si un homme de talent n’était là pour leur y tailler une couronne de n’importe quoi sur la mémoire !

Gavarni.

Delvau, 1866 : s. m. Individu suspect, — dans l’argot du peuple. Drôle de paroissien. Homme singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.

Rigaud, 1881 : Inconnu de mauvaise mine. Paroissien de Saint-Pierre-aux-Bœufs, niais.

France, 1907 : Individu quelconque ; s’emploie en mauvaise part. « Qu’est-ce que c’est encore que ce paroissien-là ? » « Fourrez-moi ce paroissien au bloc. »

Paroissien de saint Pierre aux bœufs

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui sait que ce saint est le patron des grosses bêtes.

Paroitre

d’Hautel, 1808 : Il n’y a rien qu’il y paroisse. Pour dire, cela est encore très-visible, frappe les yeux.

Parole

d’Hautel, 1808 : Il n’a pas deux paroles dans le ventre. Se dit d’un idiot, d’un homme ignorant et stupide dont on ne peut tirer une parole satisfaisante ; qui n’a point de conversation.
À grand seigneur peu de paroles. Pour dire, qu’il ne faut pas abuser de leur audience.
Les paroles ne puent pas. Trivialité dont on se sert pour excuser des propos sales et obscènes.
Les paroles du matin ne ressemblent pas à celles du soir. Pour dire que les hommes sont sujets à changer d’avis.
La parole vaut le jeu. Se dit lorsqu’on joue une somme quelconque, sans la mettre effectivement au jeu.
On lui fera rentrer les paroles dans le ventre. Se dit par menace à quelqu’un qui s’est permis de dire des paroles choquantes ; de tenir de mauvais propos.

Parole d’angelot, ongle de diabletot

France, 1907 : Méfiez-vous des gens à parole mielleuse.

Parole est argent, silence est d’or

France, 1907 : Sage maxime que nombre de parlementaires devraient suivre. « Assez sçait qui sçait vivre et se taire », disait encore un vieux proverbe, renouvelé du latin : Sapit qui vivere et silere novit.

Paroler

France, 1907 : Bavarder, dire des paroles inutiles et oiseuses comme les commères qui vont jacasser de porte en porte ; patois picard. En patois normand, c’est parler avec emphase, affectation.

Paroli

d’Hautel, 1808 : Faire paroli. Signifie, tenir tête, vouloir égaler quelqu’un d’un mérite supérieur, renchérir sur ce qu’il a dit ou fait.

Parolier

France, 1907 : Auteur collaborant avec le compositeur pour écrire le livret d’un opéra ou le texte d’une romance.

Paron

Delvau, 1866 : s. m. Palier de maison, carré, — dans l’argot facétieux des voleurs.

Rigaud, 1881 : Carré, palier d’étage ; jeu de mots : pas rond.

La Rue, 1894 : Palier d’étage. Carré.

France, 1907 : Carré, palier d’étage ; argot des voleurs ; littéralement, pas rond.

Parouflard

France, 1907 : Paroissien.

Paroufle

Halbert, 1849 : Paroisse.

Virmaître, 1894 : La paroisse. C’est un sale parouflard ; pour sale paroissien (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Paroisse.

France, 1907 : Paroisse.

Paroxiste

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l’invraisemblance et de l’extravagance dans le roman. Le mot est de Charles Monselet.

Parpaillot

France, 1907 : Vieux sobriquet donné aux protestants. Il s’est conservé dans les localités où il existe encore un antagonisme entre les deux communions chrétiennes.
Le Duchat donne de ce mot, qui n’est guère employé que par les protestants de la Provence et du Languedoc, l’étymologie suivante : « François-Fabrice Sorbellon, parent du pape, ayant fait décapiter à Avignon messire Jean Perrin, seigneur de Parpaille, président à Orange, le 8 août 1562, c’est de là qu’est venu le nom de parpaillot qui fut renouvelé au siège de Montauban. »

Parque (la)

Delvau, 1866 : La Mort, — dans l’argot des académiciens.

Parrain

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Témoin. Faire suer les parrains, assassiner les témoins d’un crime.

Bras-de-Fer, 1829 : Témoin.

Clémens, 1840 : Plaignant.

un détenu, 1846 : Avocat d’un accusé.

Halbert, 1849 : Juge assistant le président.

Larchey, 1865 : Témoin. — Allusion à la fonction du parrainage qui consiste à donner votre nom, à faire constater votre identité. — Parrain fargueur : Témoin à charge. — Parrain d’altèque : Témoin à décharge. — V. Estourbir.

Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon, au moment du grinchissage.

Vidocq.

Delvau, 1866 : s. m. Avocat d’office, dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Témoin. Parrain fargueur. Témoin à charge. Parrain d’altèque. Témoin à décharge.

Rigaud, 1881 : Témoin, dans l’ancien argot. — Parrain fargueur, témoin à charge. — Parrain d’altèque, témoin à décharge. — Parrainage, témoignage.

La Rue, 1894 : Témoin. Avocat. Juge assistant le président.

Virmaître, 1894 : Avocat. Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux en cour d’assises (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Plaignant d’un vol.

Rossignol, 1901 : Avocat.

France, 1907 : Témoin ; argot des voleurs. « Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconnobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon au moment du grinchissage. »

(Mémoires de Vidocq)

Le parrain d’altèque est le témoin à décharge ; le parrain fargueur, le témoin à charge. Parrain à la manque, faux témoin.

Parrain bêcheur

France, 1907 : Procureur de la République.

Parrainage

France, 1907 : Déposition.

Part

d’Hautel, 1808 : Il a fait son pot à part. Se dit d’un homme qui, sous l’apparence de la réserve et de la discrétion, ne s’est point oublié dans une affaire.
On vous en garde dans un petit pot à part. Se dit ironiquement pour faire entendre à quelqu’un qu’il n’y a rien à espérer pour lui dans une distribution.
Part à nous deux. On se sert de cette locution quand quelqu’un avec lequel on va de compagnie, fait une trouvaille quelconque, pour dire qu’on en retient sa part ; qu’on espère en avoir sa part.
Avoir part au gâteau. Être intéressé dans les bénéfices d’une entreprise, ou dans une succession.

Part à douze

France, 1907 : Paradis ; argot militaire. Jeu de mot sur part à dix.

— Ah ! nom d’une soupe à l’oignon, ils ne le porteront pas en part à douze…

(Ch. Dubois de Gennes)

Part aux chiens (ne pas donner sa)

France, 1907 : Ne pas abandonner ce à quoi l’on a droit.

Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe,
Du diable si j’en vais donner ma part aux chiens.

(Paul Déroulède, Chants du soldat)

Part du capitaine

France, 1907 : La plus belle part d’un butin : la plus jolie fille de la place prise d’assaut.

Partagas

Rigaud, 1881 : Cigare supérieur de la Havane ; du nom du fabricant. Comme prix, l’antipode du petit-bordeaux, quelquefois tout aussi mauvais.

Partage

d’Hautel, 1808 : C’est le partage de Montgommeri, tout d’un côté rien de l’autre. Se dit quand on fait un partage d’une inégalité choquante.

Partager

d’Hautel, 1808 : Partager en frères. Pour dire sans contestation, sans dispute, amiablement.
Partager le différent pas la moitié. Se relâcher chacun de ses prétentions pour conclure une affaire.
Partager un cheveu. Pour dire jusqu’aux plus minutieux objets.

Partageuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue qui a l’habitude de prendre la moitié de la fortune des hommes, — quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot des gens de lettres. L’expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.

France, 1907 : Femme ou fille entretenue.

Partageux

Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des paysans de la banlieue.

France, 1907 : Nom donné par les paysans aux républicains.

Ainsi fit jadis Bonaparte quand il préparait son coup d’État. Tandis qu’il affichait, pour séduire les ouvriers des grandes villes, des tendances socialistes, les comités qui recevaient ses instigations faisaient répandre à profusion par les campagnes de petits livres haineux prêchant aux paysans l’horreur et l’effroi des partageux.

(Marcel Sembat, Le Souverain)

Voici comment l’on entend d’ordinaire le partage. Un Parisien disait à un vieux paysan : « Comment, voilà que vous devenez partageux ? Mais vous ne savez donc pas que le jour où l’on mettrait tout en commun, vous n’auriez pas cent écus pour votre part ?
— Eh ben ?… avec ce que j’ai déjà ! »

(Dr Grégoire, Turlulaines)

Partance

d’Hautel, 1808 : Voilà le coup de partance. Se dit en plaisantant, pour l’heure à laquelle on est contraint de se rendre quelque part.

Parterre

d’Hautel, 1808 : Faire un parterre. Se laisser tomber, se laisser choir.

France, 1907 : Chute ; patois du Centre. On dit généralement, pour faire une chute, prendre un billet de parterre, faire un parterre, jeux de mot.

Parterre (prendre un billet de)

Larchey, 1865 : Tomber. — Calembour.

Parthe (flèche de)

France, 1907 : Lancer une flèche de Parthe, c’est lancer en se retirant une épigramme, un mot méchant auquel celui qui le reçoit n’a pas le temps de répondre. Allusion à l’ancienne manière de combattre des Parthes qui, excellents cavaliers et excellents archers, harcelaient l’ennemi par des charges consécutives, puis fuyaient en lançant leurs traits, pour recommencer ensuite l’attaque. C’était la tactique des Arabes pendant les guerres de la conquête de l’Algérie.

Parthénomancie

France, 1907 : Divination d’après les signes de la virginité.

Parti

d’Hautel, 1808 : Prendre son parti en grand capitaine. Se dit en plaisantant, lorsqu’on se détermine après avoir hésité long-temps à quelque chose, soit au jeu, soit à une affaire de peu d’importance.
Jouer un mauvais parti à quelqu’un. Lui faire de mauvais tours, le friponner, l’attraper.

Larchey, 1865 : Ivre, endormi.

Allons, les voilà partis, dit Vautrin en remuant la tête du père Goriot et celle d’Eugène.

Balzac.

Parti (être)

Delvau, 1866 : Être gris, parce qu’alors la raison s’en va avec les bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois. On dit aussi Être parti pour la gloire.

France, 1907 : Être ivre, parti pour la gloire.

Parti national

France, 1907 : Nom donné au parti boulangiste qui comprenant des gens de toutes les opinions politiques, unis dans le but de renverser le gouvernement opportuniste.

Depuis 1889, la honte du Parlement s’est accrue bien au delà de ce qu’annoncèrent, dans leur pessimisme éclairé, les prédicateurs du Parti national. Ce que nous requérions de justice en ce temps devient, pour les adversaires mêmes, une évidence imminente à réaliser.

(Paul Adam)

Parti, parti pour la gloire

Rigaud, 1881 : Mis en gaité par le vin. Excité par les charmes d’une femme, sur la pente des folies amoureuses.

Particulier

d’Hautel, 1808 : Pour quidam, homme individu.
C’est un particulier qui ne s’endort pas. Pour, c’est un homme intéressé, qui est vigilant pour ses intérêts.
On dit aussi, en parlant d’une femme dont la conduite est peu régulière et la vertu suspecte : C’est une particulière qui a fait des siennes.
En son petit particulier.
Pour, dire en son intérieur, en soi-même.

Larchey, 1865 : Individu. Pris souvent en mauvaise part.

Ah ça ! mais vous êtes donc un particulier dépourvu de toute espèce de délicatesse.

L. Reybaud.

Delvau, 1866 : s. m. Individu quelconque, — dans l’argot du peuple, qui prend ordinairement ce mot en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Individu quelconque ; civil.

Particulière

Larchey, 1865 : Maîtresse.

Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger.

Laveaux.

Dans l’armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.

Larchey, 1865 : Fille suspecte.

Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d’Angoulême.

Ricard.

Voilà qu’un mouchard m’amène une particulière assez gentille.

Vidal, 1833.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, bonne amie, — dans l’argot des troupiers. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »

Fustier, 1889 : Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.

France, 1907 : Maîtresse, femme, fille ; argot de troupier. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers de Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »

(A. Delvau)

— Eh ben ! que répondit La Ramée, sans vous commander, mon colonel, je voudrais censément faire une connaissance.
Il n’avait pas plutôt fini de parler, qu’il vit sortir d’un buisson deux particulières comme il n’en avait même jamais vu et qu’il n’y a pas un officier qui puisse se vanter d’en avoir jamais eu une de ce calibre.

(Jules Noriac, Un grain de sable)

Partie

d’Hautel, 1808 : Une partie fine. On appelle ainsi un tête à tête amoureux ; un divertissement secret.
Partie quarrée. Divertissement, partie de plaisir composée de quatre personnes, moitié hommes, moitié femmes.
Il est la partie honteuse de cette compagnie. Se dit de celui qui, par ses vices, déshonore une compagnie.
Qui n’entend qu’une partie n’entend rien. Signifie que dans une affaire, il ne faut jamais prononcer sans avoir entendu tous les intéressés.
Parties d’apothicaires. Mémoires surchargés ou il y a beaucoup à rabattre.
Qui quitte la partie la perd. Signifie que celui qui quitte le jeu, qui se retire d’un emploi ou d’une affaire n’a plus droit au bénéfice.
Il ne faut pas remettre la partie au lendemain. Pour, il ne faut jamais différer ce que l’on peut faire à l’instant.
Faire un coup de partie. Faire quelque chose qui emporte avec soi la décision ou l’avantage d’une affaire.

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Elle l’atteint par l’énorme partie.
Dont cet Anglais profana le couvent.

Voltaire.

Et je suis mort en la partie
Qui fait la garée et le cocu.

Maynard.

De sorte que l’on pouvait voir sans difficulté ses parties.

Ch. Sorel.

On ne doit pas dire les parties honteuses, car on ferait tort à la nature, qui n’a rien fait de honteux.

(Moyen de parvenir.)

Le marquis, de plus en plus étonné, et se reboutonnant pour ne pas laisser voir ses parties, vraiment honteuses en ce moment…

Jean Du Boys.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle, — dans l’argot des acteurs amateurs. C’est une sorte de pique-nique théâtral. Monter une partie. Monter une pièce destinée a être jouée sur un théâtre de campagne.

Delvau, 1866 : s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes. Partie carrée. Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes. Partie fine. Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier. Être en partie fine. Être avec une dame n’importe où.

La Rue, 1894 : Petite débauche. Partie fine, rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier. Être en partie fine, être avec une dame. Partie carrée, partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.

France, 1907 : Petite débauche. « Faire une partie. » Quand c’est avec une femme, on dit : « partie fine » et « partie carrée », partie à quatre personnes, deux hommes et deux femmes.

Ce furent des parties carrées dans les canots de louage, près des saules du Bas-Meudon et sous les tonnelles à fritures, où des fourmis courent sur la nappe, !

(François Coppée, Le Coupable)

Partie (faire une)

La Rue, 1894 : Se battre.

Partie (monter une)

Rigaud, 1881 : Donner, en bénéficiaire, une représentation dramatique avec le concours gratuit de camarades, dans une salle louée ad hoc. C’était autrefois à la salle Chantereine que se montaient de préférence les parties ; aujourd’hui c’est à l’École lyrique.

Partie de jambes en l’air

France, 1907 : L’œuvre d’amour.

Partie de traversin

France, 1907 : Somme.

Partie de traversin (faire une)

Delvau, 1866 : Dormir à deux, — dans l’argot des faubouriens. Les Anglais ont une expression analogue : To read a curtain lecture (faire un cours de rideaux), disent-ils.

Partie liée

France, 1907 : Terme de sport désignant une course en plusieurs épreuves.

Parties

Larchey, 1865 : « La fille à parties n’est qu’une prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes… Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là, elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. » — F. Bérand. Le théâtre de cette rencontre se nomme maison à parties ou maison de passe. L’acte des clientes est qualifié de passe ou passade. — C’est un terme qui remonte au dix-huitième siècle.

Parties (fille à)

France, 1907 : Prostituée élégamment mise avec laquelle on peut faire une partie de plaisir en ville où à la campagne.

Parties charnues

France, 1907 : Le derrière.

Parties charnues (les)

Delvau, 1866 : Les nates, — dans l’argot des bourgeois.

Partir

d’Hautel, 1808 : S’en aller. Si vous êtes pressé, partez devant. Se dit à quelqu’un qui marque beaucoup d’impatience.

France, 1907 : Partager ; vieux français encore en usage dans de Midi ; d’où maille à partir.

Partir à l’anglaise

France, 1907 : S’en aller sans prendre congé de la compagnie. Les Anglais nous retournent le compliment en disant to take a french leave. Mais ce mot french n’est que le résultat d’une ignorance étymologique. French est une corruption de franc, franche, libre, aisée. Prendre un franc congé, s’en aller sans rien dire, n’est-ce pas encore ce qu’il y a de plus discret, car quoi de plus ennuyeux pour soi-même et tous les autres que d’interrompre une conversation dans le seul but de s’incliner devant la maîtresse de maison et de faire mille sourires et autant de grimaces ; la vraie politesse est de ne gêner personne et de s’éclipser sans qu’on fasse attention à vous.

Partir du pied droit

Delvau, 1866 : Bien commencer une affaire, l’engager gaiement et résolument. Argot du peuple. Quand on veut décider quelqu’un on dit : « Allons, partons du pied droit ! » C’est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie : Dextro pede ! Dextro pede !

France, 1907 : S’engager gaiement et franchement dans une affaire. Cette expression vient, sans doute, de ce que les soldats, dans les mouvements militaires, partent toujours du pied droit. Cependant A. Delvau prétend que c’est un ressouvenir des superstitions païennes. « Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie : Dextro pede ! Dextro pede ! « Pied droit ! Pied droit ! »

Partir la paille au c…

Merlin, 1888 : Être libéré, quitter le régiment, alors qu’on était puni de prison ou de salle de police, dont la paille est encore adhérente à la culotte du troubade.

Partir la paille au cul

France, 1907 : S’en aller mal noté ; être expulsé ; rentrer chez soi après avoir passé par la prison, allusion à « la paille humide des cachots ».

Partir le gâteau ou manger le cochon ensemble

France, 1907 : Vivre dans l’intimité de quelqu’un. Partir est ici dans le sens de partager.

Partir pour Cracovie

France, 1907 : Voir Niort.

Partir pour crevant

France, 1907 : Voir Niort.

Partir pour dormillon

France, 1907 : Voir Niort.

Partir pour la gloire

France, 1907 : Être ivre. L’homme ivre, en effet, ne doute de rien et se croit capable de tout vaincre.

Parturient montes

France, 1907 : « Les montagnes accoucheront. » Locution latine tirée d’Horace, qualifiant des promesses qui ne seront jamais suivies d’effet. De quoi accoucheront les montagnes ? C’est à quoi La Fontaine a répondu dans l’une de ses fables : d’une souris.

Pas

d’Hautel, 1808 : Peines, démarches. Il plaint ses pas. Se dit d’un homme qui ne prodigue pas ses démarches, qui n’aime pas à prendre de la peine pour autrui. On dit dans un sens opposé, Il ne plaint pas ses pas.
C’est tout près, il n’y a qu’un pas.
Se dit par raillerie en parlant d’un lieu très-éloigné.
Pas de clerc. Fausse démarche, course vaine et inutile.
Aller à pas de loup. Marcher doucement sur la pointe des pieds, dans le dessein d’épier ou de surprendre quelqu’un.
Il a sauté le pas. Pour dire il est mort.
La peur a bon pas. Pour dire, que quand on a peur, on fuit avec promptitude.
Faire un faux pas. Manquer à l’honneur ; faire banqueroute.

Pas (faire manquer le)

Merlin, 1888 : Faire attendre.

Pas (mettre au)

Merlin, 1888 : Réprimander ou punir.

France, 1907 : Réprimander, corriger.

Pas (ne), ne rien

Larchey, 1865 : Négation est ironiquement prise pour une affirmation dans le peuple de Paris.

Ernest : Avec qui que tu veux que je soye donc ? — Eugène : Merci, tu n’es pas rageur.

Monselet.

On dit de même : Il n’est pas chien pour il est avare ; il n’est rien dégoûté pour il est difficile.

Pas (sauter le)

Larchey, 1865 : Mourir (d’Hautel, 1808). — V. Arnant.

Un étudiant dans sa mansarde, Disposait de sa dernière harde, Puis après, voulait sauter le pas.

Chanson.

Pas clocher devant les boîteux (se)

France, 1907 : Ne faire aucune allusion aux défauts naturels de son prochain. Ne pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Les gens affligés d’infirmités physiques ou morales sont généralement fort susceptibles et aptes à se blesser des plus involontaires allusions.

Pas cuit

Virmaître, 1894 : Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue ; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement : pas cuit. Mot à mot : ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.

Pas d’arsenal

Merlin, 1888 : Les artilleurs qui vont au polygone prennent le pas d’arsenal, c’est-à-dire une allure lente ; par contre, lorsqu’ils reviennent, la corvée étant faite, et la soupe les attendant, leur allure devient plus vive.

Pas d’omelette sans casser d’œufs

France, 1907 : Cette locution s’explique d’elle-même. Pour obtenir une chose, il faut en sacrifier une autre, et l’on ne vit pas de l’air du temps. Mais d’où vient le mot omelette, ce mets exquis inconnu des Anglais et que seuls les Français savent bien réussir ? Littré n’en donne qu’une vague étymologie ; il se contente de dire qu’en picard l’on dit amelète et amelette dans le bas Maine, ce qui donnerait quelque appui à ceux qui y voient un diminutif d’âme, l’âme de l’œuf ! Il ajoute qu’au XIVe siècle on a dit alumelle et alumette parce que l’omelette est plate commune une alumelle, lame de couteau, amelète étant une corruption d’alumelle. D’autres donnent une étymologie plus tourmentée encore ; ils font venir omelette de l’italien animella et du grec ama luein. Il n’était pas besoin de chercher hors de France, ni de remonter aux temps héroïques. Omelette vient tout simplement d’œufs-meslettes, vieux français diminutif d’œufs mêlés.

Pas de boulot (n’avoir)

France, 1907 : Être sans travail ; et quand on est sans travail, l’on n’a rien à boulotter.

Pas de ça, Lisette !

Larchey, 1865 : Formule négative due sans doute à la vogue de cette chanson connue : Non ! non ! vous n’êtes plus Lisette, etc.

Un jeune drôle fait la cour à ma nièce… pas de ça, Lisette !

Ricard.

Delvau, 1866 : Formule de refus ou de négation, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Béranger.

France, 1907 : Formule de négation ou de refus.

Elle les connaissait maintenant, les hommes. Tous des égoïstes et des trahisseurs. Encore un amant, pour qu’il vous plante là, quand il en aura assez, n’est-ce pas ? Et peut-être avec un second bébé. Pas de ça, Lisette !… D’ailleurs, elle ne pensait plus à la bagatelle. Fini, l’amour. La maternité l’avait calmée, assagie.

(François Coppée, Le Coupable)

Pas de chahut

France, 1907 : Fantaisie où l’acrobatie joue le principal rôle, Voir Chahut.

Quelques femmes chantaient et riaient en esquissant un pas de chahut sur la chaussée sous l’œil impassible d’un gardien de la paix qui, le képi sur les yeux et les mains ballantes, demeurait droit comme un bec de gaz et ne daignait rien voir.

(Edmond Lepelletier)

Pas de clerc

France, 1907 : Façon d’agir maladroite, bévue comme en font d’ordinaire les jeunes gens ; les clercs étant généralement des jeunes gens usant leur apprentissage pour des professions exigeant une grande attention et une expérience qu’on n’acquiert qu’avec l’âge.

Pas de fumée sans feu

France, 1907 : Il suffit de connaître un peu la chimie pour savoir que nombre de réactions donnent lieu à un dégagement de fumée sans feu ; quoi qu’il en soit, cela signifie que tout effet a une cause ; quand de méchants bruits courent sur quelqu’un, ils ne sont pas sans fondement. Les commères prisent fort ce dicton, menteur comme beaucoup d’autres.

Pas de petit mercier qui ne sache faire sa loge

France, 1907 : Nul ne peut exercer une profession ou un métier s’il ne sait préparer de lui-même tout ce qui est nécessaire à cet effet. Allusion aux colporteurs et petits marchands ambulants qui, bien que portant sur leur dos tout leur fonds de commerce, savent s’installer dans les gares et les marchés de façon à occuper une place qui représente une loge ou boutique convenable.

Pas de pire eau que celle qui dort

France, 1907 : Défiez-vous des gens mornes et taciturnes, qui songent ordinairement à faire du mal en trahison, disaient nos pères, qui comparaient ces sournois aux eaux dormantes généralement traîtresses et dangereuses. « Évite les gens sournois et taciturnes, est-il écrit dans les Distiques de Caton, car plus un fleuve est silencieux, plus l’eau y est profonde. »

Pas dormir pour tout le monde (ne)

France, 1907 : Fermer par intérêt, faiblesse ou flatterie les yeux sur les méfaits de quelqu’un, mais les tenir grands ouverts sur les fautes des autres. Une amusante anecdote se rattache à ce dicton.
Le fameux Mécène, tant de fois chanté par Horace à cause de ses largesses, avait une femme fort jolie dont l’empereur Auguste devint amoureux. Peu de dames résistent à la passion d’un souverain et Mécène, trop bon courtisan pour ne pas se prêter aux caprices du maître, fermait volontiers les yeux. Une nuit que l’empereur soupait chez Mécène, près de la belle Térentia, il se gêna si peu qu’il prit les dernières libertés. Mécène, pour ne rien voir, se hâta de dormir. Mais, après le tour du maitre, un des familiers d’Auguste s’approcha de Térentia et commença de petites privautés, préliminaires de plus grandes. Le mari, offensé, ouvrit les yeux et s’écria plein de colère : Non omnibus dormio ! « Je ne dors pas pour tous ! » Tous les convives s’esclaffèrent et, dès le lendemain, le mot courait dans Rome.

Pas fait pour mesurer de l’avoine

France, 1907 : Les parties sexuelles de la femme.

Y a belle lurette que la vieille « sagesse des nations » a dit que c’est pas fait pour mesurer de l’avoine…

(Le Père Peinard)

Pas grand’chose

Larchey, 1865 : Personne de médiocre vertu.

Tu as filé avec ta pas grand’chose.

P. de Kock.

Delvau, 1866 : s. m. Fainéant ; homme sans moralité et sans courage, vaurien.

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, bastringueuse, vaurienne.

Pas la graine

France, 1907 : Point du tout ; patois poitevin. « Il ne m’aime pas la graine. » « As-tu mangé aujourd’hui ? — Pas la graine. » Rabelais emploie grain au lieu de graine.

— Tu as assez crié pour boyre. Tes prières sont exaulcées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces trois est ta coingnée et l’emporte. — Couillatris sublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante : puys dict à Mercure : Marmes, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain

(Pantagruel, livre IV, Nouveau Prologue)

Pas mal pour le canal

France, 1907 : Bonne à noyer. Se dit d’une femme laide on acariâtre.

Pas méchant

Delvau, 1866 : adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur, — dans l’argot des faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n’est pas méchant est un chapeau ridicule — parce qu’il est passé de mode ; un livre qui n’est pas méchant est un livre ennuyeux, — parce qu’il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.

Pas mèche

Virmaître, 1894 : Impossible de réussir. Mèche pour moyen.
— J’ai beau la chauffer, pas mèche d’y arriver (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Impossible, pas moyen. « Prête-moi un louis ? — Il n’y a pas mèche, je n’ai pas le sou. » — « Peux-tu me faire travailler chez toi ? — Il n’y a pas mèche, il n’y a pas d’ouvrage. »

Pas mettre le doigt entre le bois et l’écorce (ne)

France, 1907 : Il ne faut point se mêler des querelles de personnes naturellement unies, par exemple, d’un mari et de sa femme ; l’on s’expose alors à des désagréments.

Pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe (il n’est)

France, 1907 : Vieux dicton grec passé en latin, puis en français : Non licet omnibus adire Corinthum. Ou encore, suivant l’adage d’Horace :

Non cuivis homini contingit adire Corinthum.

Traduction vulgaire : L’on ne fait pas ce que l’on veut. L’on ne peut se lancer dans telle ou telle entreprise, car il en coûte des efforts et de l’argent. Corinthe, dans l’antique Grèce, étant autrefois, à cause de son temple de Vénus, habitée par nombre de courtisanes. Le poète Anacréon, qui ne comptait à Athènes que trente-cinq maîtresses, en avait une légion à Corinthe. C’est lui qui le dit ; il est à présumer qu’il se vante comme un simple Marseillais, car il ajoute : « Compte-m’en de Lesbos, d’Ionie, de Carie et de Rhodes deux mille. Mais quoi, tu parais surpris de me voir tant de maîtresses ! Je ne t’ai pas encore nommé celles de Syrie, de Canope ni de Crète où le fils de Vénus cache ses mystères. Et je ne pourrais entreprendre de nombrer celles que j’ai eues au delà de Gadès, de la Bactriane et des Indes ! » Et encore le jeune Bathilde n’est pas dans le tas ! Voilà des mœurs qui effaroucheraient fort M. le sénateur Bérenger ! Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter au voluptueux poète de l’Amour mouillé, c’était à Corinthe que l’on trouvait les plus belles filles de la Grèce. Le lieu était donc très couru et, en conséquence, la vie fort chère. On y poussait le luxe à l’extrême et Aspasies et Phrynés, les horizontales de l’époque, y trafiquaient de leurs charmes à des prix exagérés. Les opulents seuls pouvaient se permettre d’affronter un voyage dans la capitale de l’Achaïe et les dépenses excessives d’un séjour dans cette ville de plaisirs. De là le dicton passé à travers les âges.

Sapho, qui va trop loin se perd,
Je crains un labyrinthe ;
Le chemin ne m’est point ouvert
Pour aller à Corinthe.

(De Coulanges)

Érasme donne une autre version. D’après lui, l’aphorisme grec viendrait de ce qu’il était très difficile et dangereux d’entrer dans le port de Corinthe à cause des nombreux écueils qui l’entouraient. Nous préférons la première version.

Pas plan

France, 1907 : Pas moyen, impossibilité de faire une chose ; on dit aussi pas mèche.

— Ah là là ! On souffre ben, mon fi. Et, en plus, v’là que tu pars à la guerre ? Tout ça, c’est ben du deuil à la fois.
Le fils. — Faut pas vous affliger.
Le père. — Je m’afflige point. Mais je suis vexé. Et tu n’verras pus la mère, en ce cas ?
Le fils. — Non, y a pas plan.
Le père. — All’ va être vexée.
Le fils. — Moi aussi. Ça me fait gros dans le cœur quand j’y pense.

(Henri Lavedan)

Pas se cailler le sang

Rossignol, 1901 : Ne s’émotionner de rien et ne pas se faire de bile.

Pas se faire déchirer le manteau (ne)

France, 1907 : Ne pas se faire prier. Allusion à la scène biblique qui se passa entre Joseph et l’épouse de Putiphar, qui retint Joseph par son manteau et le déchira dans la résistance que lui opposa le vertueux serviteur. Les livres saints ne disent pas si Mme Putiphar était jeune et jolie ou vieille et laide. En ce dernier cas, la vertu du digne Joseph est de peu de mérite.

Pas si cher

Virmaître, 1894 : Silence, parlez plus bas, on nous écoute. Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs. Synonyme de : il pleut, employé dans les imprimeries quand le prote ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Pas si vite, pas tant. Le contraire de cherrer.

Pas si cher !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des voleurs, pour qui c’est un signal signifiant : « Parlez plus bas » ou : « Taisez-vous. »

Pas tant de beurre pour faire un quarteron

France, 1907 : Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes. Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l’a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du Pédant joué.

(Delvau.)

Pas tant de beurre pour faire un quarteron !

Delvau, 1866 : Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes. Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l’a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du Pédant joué.

Pas un rotin (n’avoir)

France, 1907 : D’après un document signé Dubourguier dans l’Écho du Public, l’origine de cette expression viendrait du temps où l’on introduisit en France, pour en faire des cannes, les tiges de rotin ou rotang. Ces cannes solides et peu coûteuses firent fureur. Tout le monde voulait avoir son rotin, et il fallait être bien pauvre pour ne pas se le paver ; d’où l’on a pu dire pour désigner une personne dans la misère : « Elle ne peut même pas avoir son rotin », et, par corruption : « Elle n’a pas un rotin. »

Pas vu, pas pris

Merlin, 1888 : Refrain des bataillons d’Afrique.

Pascailler

Delvau, 1866 : v. n. Prendre le tour de quelqu’un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Passer.
— Le gonce a pascaillé avant toi au carré des petites gerbes, il est enflaqué pour dix berges.
Pascailler
veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.
— J’ai pascaillé la Môme Livarot au Rouquin (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Passer, se faufiler dans une foule, prendre la place d’un autre ; argot des voleurs.

Pascal

Delvau, 1864 : Le vit. Pascal, comme Jacques, Thomas, Jacquot… ou etc., etc., etc.

…Il ne m’importe guères,
Que Pascal soit devant, ou Pascal soit derrière.

Scarron (Don Japhet d’Arménie).

Moi, je suis impartial
Entre Florence et Cythère,
Pourvu qu’on loge Pascal,
Le reste n’importe guère.

Collé.

Pasquelin

anon., 1827 : Pays.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pays.

Bras-de-Fer, 1829 : Pays.

Pasquin

d’Hautel, 1808 : Nom d’un personnage comique ; se dit par mépris d’un mauvais plaisant, d’un farceur, d’un batteleur, d’un histrion.

Pasquinade

d’Hautel, 1808 : Farce, raillerie ; mauvaise plaisanterie ; fredaines, écarts de jeunesse.

Pasquiner la maltouse

Halbert, 1849 : Faire la contrebande.

Passacailler

Larchey, 1865 : Supplanter (Vidocq).

Rigaud, 1881 : Supplanter ; passer avant son tour.

Passade

d’Hautel, 1808 : Cela est bon pour une passade. Pour, cela passe une fois, mais il ne faut plus recommencer.
Demander la passade. C’est-à-dire, la charité, l’aumône.

Delvau, 1866 : s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs, — dans l’argot des coulisses. Régler une passade. Indiquer le moment où les personnages doivent se ranger dans un nouvel ordre, — le numéro un se trouvant à la gauche du public.

Delvau, 1866 : s. f. Feu de paille amoureux, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Action de passer sur la tête d’un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation. Donner une passade. Forcer quelqu’un à plonger en lui passant sur la tête.

Rigaud, 1881 : Plongeon forcé.

On appelle passade, dans les écoles de natation, l’opération au moyen de laquelle un nageur fait passer entre ses jambes le nageur qui se trouve devant lui, et, appuyant sa main sur sa tête, le pousse brusquement au fond de l’eau.

(H. Berlioz.)

Rigaud, 1881 : Changement de place des acteurs en scène. Régler une passade, régler le moment et la disposition du changement de place.

Boutmy, 1883 : s. f. Secours pécuniaire que les passants ont coutume d’aller demander et de recevoir dans les ateliers où l’on ne peut les embaucher. On dit aussi caristade.

Fustier, 1889 : Femme galante. On l’appelait autrefois fille à parties. Quant à ce mot de passade, il n’est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous.

Nous ne saurions trop féliciter l’Administration, puisqu’on veut une soirée tout à fait bécarre, d’exclure de cette représentation (une soirée de gala à l’Opéra) toutes les passades qui sont aux grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre aux petits rez-de-chaussée.

(Gil Blas, décembre 1886.)

Elle est d’un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut être considérée comme une passade fort aimable.

(Gil Blas, février 1888.)

France, 1907 : Rencontre fortuite entre personnes de différent sexe, qui s’aiment pendant la durée d’un jour, d’une heure et même moins. Ne pas confondre avec passe.

Pour désigner cette courte flambée des sens, plus sérieuse que les vulgaires coucheries, moins intéressante que les folies de tête, les professionnels ont trouvé ce nom, jovial comme un nom libertin, sinistre comme un coup de lance : une passade.

(Willy, Gil Blas illustré)

France, 1907 : Secours que les typographes sans ouvrage, les passants vont demander dans les ateliers où ils ne peuvent être embauchés.

France, 1907 : Plongeon forcé.

Passade (faire une)

Delvau, 1864 : Tirer un coup en passant.

Si tu veux passer, la nuit, mon chéri, ce sera vingt francs ; si ce n’est qu’une passade, c’est dix francs : décide-toi.

A. François.

Pour s’amuser qu’Apollon l’entreprenne :
D’une passade elle vaut bien la peine.

Parny

Je n’ai, camarades,
Jamais que des passades ;
Mais je les aime mieux
Que des amours trop vieux.

Collé.

Passage

d’Hautel, 1808 : Oiseau de passage. Homme qui change souvent de demeure ; qui ne se trouve bien nulle part.
Il me trouvera sur son passage. Menace que l’on fait à quelqu’un, et qui signifie que l’on cherchera toutes les occasions de lui nuire.

Passage à tabac

France, 1907 : Formidable raclée que reçoivent certains infortunés trainés au poste de police et qui n’ont pas montré à Messieurs les agents tous les égards voulus. Ceux-ci se vengent alors dans le huis clos du poste.

Écoutez-le, ce personnage, écoutez-le parler des pauvres bougres, des mal vêtus, qui ont risqué leur peau, leur place, leur salaire, leur liberté, le supplice du passage à tabac, les tortures de la prévention, simplement parce que la jeunesse des Écoles avait crié autour d’un cadavre, sous le poing de la police : « À nous, ceux des faubourgs ! »

(Séverine)

Passans ou Passifs

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Souliers.

Passant

Rigaud, 1881 : Soulier. Les variantes sont : Passe, passade, passide, passif passifle, paffier, paffe, — dans le jargon des voleurs, qui ont un si grand choix de mots pour désigner les souliers et qui, souvent, n’en ont pas aux pieds.

France, 1907 : Soulier. On dit aussi passe.

Passant, passif, passifle

Larchey, 1865 : Soulier. — Passifleur : Cordonnier. — Le soulier sert à faire des pas.

Passante

France, 1907 : Volant.

Passants

Bras-de-Fer, 1829 : Souliers.

Passants, passifs

anon., 1827 : Souliers.

Passe

Bras-de-Fer, 1829 : Peine de mort.

Delvau, 1864 : Passade intéressée, côté des dames. Faire une passe. Amener un homme galant dans une maison qui reçoit aussi les filles — galantes.

Larchey, 1865 : Guillotine. V. Gerber. — Allusion à la passe de la fatale lunette. — Passe-crick : Passe-port (Vidocq).Passe-lance : Bateau (id.) V. Lance. — Passe-singe : Roué (id.), homme dépassant un singe en malice.

Delvau, 1866 : s. f. Situation bonne ou mauvaise, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Guillotine, — dans l’argot des voleurs. Être gerbé à la passe. Être condamné à mort.

Delvau, 1866 : s. f. « Échange de deux fantaisies », dont l’une intéressée. Argot des filles. Maison de passe. Prostibulum d’un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la fille à parties : « Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et, s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison ». Faire une passe. Amener un noble inconnu dans cette maison « de belle apparence ».

Rigaud, 1881 : Série de coups heureux, — dans le jargon des joueurs. J’ai eu une passe de dix.

Rigaud, 1881 : Secours, assistance, — dans le jargon des voleurs. Donner la passe, faire la passe, secourir.

Rigaud, 1881 : Guillotine, — dans l’ancien argot. — Gerber à la passe, guillotiner ; c’est le passage de la vie à la mort.

La Rue, 1894 : Secours. Assistance. Guillotine.

France, 1907 : Condamnation à mort ; argot des voleurs ; de passe, situation pénible.

France, 1907 : Permis de passage gratuit.

France, 1907 : Court passage.

La vie d’Henri Rochefort est assez connue. Il est homme public, comme on est femme publique, c’est-à-dire que, sans avoir fait jamais partie fixement d’aucun monde gouvernemental — rien que des passes — il est de tous les mondes gouvernementaux. Une de ses stupeurs doit être d’avoir été un instant on vrai membre du gouvernement de la Défense nationale.

(Paul Buguet, Le Parti ouvrier)

France, 1907 : Moment qu’un monsieur passe avec une racoleuse ou dame de maison démesurément numérotée. Le prix de la passe varie suivant les établissements.

Non… vrai… ces chos’s-là, ça m’dépasse !
Faut-i’ qu’eun’ gouzess soy’ paquet
D’prendre un france cinquant’ pour eun’ passe,
Quand a’ peut d’mander larant’quet… !
Ah ! faut vraiment qu’a soy’ pas fière !…
Moi, quand ej’vois des tas d’homm’s saouls
Qui veul’nt pas donner plus d’trent’ sous,
Ej’les envoye à la barrière.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Chez la vicomtesse de Santa-Grua, la conversation, fort animée, roule sur l’hypnotisme.
Un jeune avocat, hypnotiseur fameux à ses moments perdus, dit qu’il lui a suffit de deux passes pour endormir une demoiselle.
— Juste ce qu’il faut pour réveiller la vicomtesse, réplique Taupin, toujours galant.

Passe (être gerbé à la)

Virmaître, 1894 : Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là. Être gerbé à la passe, c’est être condamné à mort. La passe, c’est la guillotine (Argot des voleurs).

Passe (faire une)

Rigaud, 1881 : Accorder dans une maison mixte ou chez soi une courte audience au dieu de Lampsaque, — dans le jargon des filles.

Virmaître, 1894 : Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu. Elle ne fait que passer. Faire une passe vient aussi de faire un passant (Argot des filles).

Passe (la)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Peine de mort.

Passe (maison de)

Rigaud, 1881 : Maison d’amour de passage, maison de passage de l’amour à prix divers. Lieu mixte où la prostitution dresse un autel hâtif. La misère, la soif du luxe et la débauche, trois insatiables pourvoyeuses, jettent dans ces antres des femmes de toutes les classes, depuis l’insoumise famélique jusqu’à la grande dame à qui la fortune de son mari ne permet pas de dépenser cinquante mille francs par an pour ses toilettes.

Hayard, 1907 : Maison hospitalière.

France, 1907 : Lieu où les prostituées du trottoir conduisent leur miché.

Passe (une)

Rossignol, 1901 : Une fille publique qui vient d’avoir des relations avec un michet a fait une passe.

Passé au bain de réglisse

France, 1907 : Nègre.

Passé au bain de réglisse (être)

Delvau, 1866 : Appartenir à la race nègre, — dans l’argot des faubouriens.

Passe bourgeoise

France, 1907 : Femme mariée qui contribue au budget conjugal en donnant des rendez-vous dans les maisons de passe.

Passe le gant (l’amitié)

France, 1907 : Entre amis, nul besoin de cérémonie. Allusion à l’ancien usage encore existant en Angleterre de retirer un gant pour se donner la main. Excuse my glove, « excusez mon gant », dit-on au cas où on le garde.

Passé singe

France, 1907 : Fin matois, rusé, qui ne se laisse pas prendre ; argot populaire.

— Pas de ça, Lisette ! casquez d’abord. Je vous connais, vous êtes marlou, mais je suis passé singe.

(Mémoires de Vidocq)

Passe vanterne

Virmaître, 1894 : Échelle. Mot à mot : passer par la fenêtre (Argot des voleurs).

Passe-à-la-rousse

France, 1907 : Escarpin. Cette chaussure ne faisant pas de bruit permet d’esquiver la police, de passer devant la rousse.

Passe-bourgeoise

Virmaître, 1894 : Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses passes, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).

Passe-campagne

France, 1907 : Vin de médiocre qualité dont on se contente faute de mieux, et qui sert à passer l’année.

Passe-carreau

Delvau, 1866 : s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot des tailleurs.

Passe-chien

France, 1907 : Ouverture dans une haie.

Passe-cric

Delvau, 1866 : s. m. Passeport, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Passeport.

France, 1907 : Passeport ; argot des voleurs

Passe-crick

Rigaud, 1881 : Passe-port.

Passe-lacet

Delvau, 1866 : s. m. Fille d’Opéra, ou d’ailleurs, — dans l’argot des libertins d’autrefois, qui est encore celui des libertins d’aujourd’hui.

Rigaud, 1881 : Prostituée.

La Rue, 1894 : Gendarme.

France, 1907 : Gendarme ; argot des voleurs.

France, 1907 : Prostituée ; argot populaire.

Passe-lance

Delvau, 1866 : s. m. Bateau, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bateau.

La Rue, 1894 : Bateau.

France, 1907 : Bateau ; littéralement, passe l’eau.

Passe-matagot

d’Hautel, 1808 : Terme d’escamoteurs, de joueurs de gobelets, lorsqu’ils font quelques tours d’adresse ; ils l’emploient comme une expression de grimoire, pour faire croire aux spectateurs que, sans cela, ils ne pourroient réussir à faire leurs tours.

Passe-passe

d’Hautel, 1808 : Tours de passe-passe. Fourberie, tromperie, finesse, supercherie. Il se dit aussi pour, tours de main, tours d’adresse, subtilités des doigts des joueurs de gobelets, des escamoteurs.

France, 1907 : Tricherie au jeu qui consiste à faire filer adroitement une carte.

Passe-port

d’Hautel, 1808 : Il porte son passe-port avec lui. Se dit d’un homme connu pour honnête, et qui a l’extérieur agréable.

Passe-rose

France, 1907 : Coquelicot.

Passe-singe

Rigaud, 1881 : Très malicieux ; c’est-à-dire : qui dépasse le singe en malice.

Passé-singe

Delvau, 1866 : s. m. Roué, roublard, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Roué. A. D. Singe ne doit pas ici être pris dans le sens de patron ; singe est l’animal de ce nom. Passé-singe, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner. Synonyme de souplesse et d’agilité.
— Il est donc passé-singe qu’il a pu cromper la tante, malgré l’oncle et les barbauttiers (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Malin, rusé.

Passe-vanterne

France, 1907 : Échelle.

Passe, passade

La Rue, 1894 : Amour de passage. Maison de passe, lieu où les prostituées ou passades entraînent leurs galants d’un quart d’heure.

Passelance

Halbert, 1849 : Bateau.

Passeport jaune

Delvau, 1866 : s. m. Papiers d’identité qu’on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.

Passer

d’Hautel, 1808 : Faire passer quinze pour douze. Abuser de la confiance et de la crédulité de quelqu’un, pour le tromper, lui en faire accroire.
Passer quelque chose au gros sas. Pour, le faire à la hâte, sans précaution.
Il veut passer pour beau. Se dit de celui qui ne veut rien payer d’un écot, d’une dépense qui s’est faite en commun.
Passer de fil en aiguille. Pour dire, d’un discours à l’autre.
Jeunesse est forte à passer. Signifie qu’il est difficile à passer son jeune âge sans faire de folies.
Cela lui passera devant le nez. Pour dire, il n’y aura point part ; ce n’est point pour lui.
Il a passé comme une chandelle. Pour dire, il est mort sans crise ; dans le moment où on s’y attendoit le moins.
Le temps passe et la mort vient. Signifie que quelque soit le sort auquel on se trouve réduit, le temps n’en passe pas moins vite pour cela.
Passer par l’étamine. Être examiné sévèrement ; connoître l’infortune et l’adversité.
Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné. Se dit de deux personnes qui conviennent mutuellement de se pardonner leurs erreurs.
Passe pour cela. Pour, je consens à cela ; je l’accorde ; cela peut être admis.
S’il passe par mes mains, gare à lui ! Se dit par menace d’une personne dont on a reçu quelque offense, pour faire entendre qu’on s’en vengera dès que l’on en trouvera l’occasion.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des bourgeois.

Passer à l’as

Rossignol, 1901 : Si dans une affaire ou partage on n’a rien pour soi, on passe à l’as.

Passer à la patience, à la croupière

Merlin, 1888 : Punition assez scabreuse à définir et que les troupiers infligent à un mauvais camarade à un voleur ou à un délateur.

Passer à la pipe

Virmaître, 1894 : Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent. On le passe à la pipe. Mot à mot : il est fumé. Synonyme de passer à tabac (Argot du peuple).

Passer à la plume

Rigaud, 1881 : Être maltraité par un agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs qui disaient autrefois, dans le même sens : Passer à la dure. La variante est : Passer au tabac.

Passer à la plume, passer à tabac, filer la pipe

La Rue, 1894 : Être maltraité, bourré de coups par les agents de police.

Passer à la sorgue

Fustier, 1889 : Dormir. (V. Delvau : Sorgue.)

Passer à tabac

Virmaître, 1894 : Cette expression est toute récente. Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là : passer à tabac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recevoir ou donner des coups. Passer à tabac veut aussi dire être réprimandé.

Hayard, 1907 : Occupation ordinaire des agents envers ceux qu’ils arrêtent ; assommade à coups de botte et de casse-tête.

Passer au bleu

Larchey, 1865 : Disparaître.

Plus d’un jaunet passe au bleu.

Jouvet, Chansons.

Équivoque basée sur un procédé de blanchissage. V. Laver, Nettoyer, Lessiver. — La passer douce : vivre à l’aise. — On sous-entend vie. — Se passer de belle : Ne pas recevoir sa part de vol (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Supprimer, vendre, effacer ; manger son bien. Argot des faubouriens. On disait, il y a cinquante ans : Passer ou Aller au safran. Nous changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.

Passer au dixième

Delvau, 1866 : v. n. Devenir fou, — dans l’argot des officiers d’artillerie.

Rigaud, 1881 : Devenir fou, — dans l’argot des officiers d’artillerie.

Passer d’hommes (se)

Delvau, 1864 : Jouir sans la collaboration de l’homme, avec le doigt ou le godemichet. — Se passer de femmes, se masturber.

Comment peuvent-elles donc faire pour se passer d’hommes, quand l’envie leur en prend et les tourmente si fort que, le con étant tout en chaleur, il n’y a aucune allégeance, de quelque façon que vous le frottiez.

Mililot.

Passer de belle (se)

Delvau, 1866 : Ne pas recevoir sa part d’une affaire, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Ne rien trouver à voler, être trompé par un complice au moment de recevoir une part de butin. — Recevoir des conseils au lieu d’argent.

Virmaître, 1894 : Ne pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire. Il s’en passe de belles : homme qui vit joyeusement. Mot à mot : qui passe de belles journées. Il s’en passe de belles pour exprimer que dans tel endroit il se passe de vilaines choses. Il en fait de belles : commettre de mauvaises actions.
— Il en fait de belles ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). N.

Passer debout

Rigaud, 1881 : Venir à l’heure au magasin, — dans le jargon des commis de nouveautés. Par opposition à être couché. (F. ce mot.)

Passer devant la glace

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est ordinairement orné d’une glace devant laquelle on est forcé de stationner quelques instants.

Virmaître, 1894 : Payer. Allusion à la glace qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Payer en sortant d’un débit.

Passer devant la mairie

Delvau, 1866 : v. n. Se marier sans l’assistance du maire et du curé, — dans l’argot du peuple.

Passer devant le four du boulanger

Virmaître, 1894 : Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée. Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot. Mais il est plus typique dans ce sens. Quand une toute jeune fille a avalé son pépin et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit :
— Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as passé devant le four du boulanger.
Mot à mot, elle a vu enfourner (Argot du peuple). N.

Passer l’arme à gauche

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des troupiers et du peuple. On dit aussi Défiler la parade.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir.

Passer l’éponge

Virmaître, 1894 : Oublier, pardonner. Mot à mot : laver le passé (Argot du peuple).

Passer la jambe

Larchey, 1865 : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter.

Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe.

Vidal, 1833.

Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.

Delvau, 1866 : v. a. Donner un croc-en-jambe.

Passer la jambe à Jules

Rigaud, 1881 : Enlever les tonneaux de vidange, — dans le jargon des troupiers.

Passer la jambe à Thomas

Delvau, 1866 : v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée, — dans l’argot des soldats et des prisonniers.

Merlin, 1888 : Voyez Jules.

Passer la jambe à Thomas, à Jules

La Rue, 1894 : Vider la tinette.

Passer la main sur le dos de quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Le flatter, lui dire des choses qu’on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple. On dit aussi Passer la main sur le ventre.

Passer la nuit

Delvau, 1864 : Coucher au bordel.

Comben qui faut t’ rend’, mon bibi ? — Garde tout, j’ passe la nuit.

H. Monnier.

Passer la rampe (ne point)

Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot des coulisses — de toute pièce ou de tout comédien, littéraire l’une, consciencieux l’autre, qui ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.

Passer le goût du pain

Virmaître, 1894 : Étrangler un individu, lui faire passer le goût du pain (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Étrangler sa femme est lui faire passer le goût du pain.

Passer par les mains d’un homme ou d’une femme

Delvau, 1864 : Coucher ensemble.

Est-ce qu’ils ne font pas tous des listes vraies ou fausses des femmes qui leur ont passé par les mains ?

La Popelinière.

L’Opéra n’eut jamais de danseuse on d’actrice
Qui ne lui passât par les mains.

Sénecé.

Toute la jeunesse de la cour lui passa par les mains.

(La France galante.)

Passer sa fantaisie ou son envie

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Et après eu avoir très bien passé ma fantaisie.

Brantôme.

Car le roi n’eut pas plus tôt passé sa fantaisie avec la princesse de Monaco, qu’il pardonna à monsieur de Lauzun.

(La France galante.)

Et pour votre présidente, ce ne sera pas apparemment en restant, à dix lieues d’elle que vous vous en passerez la fantaisie.

De Laclos.

Car sans cesser, ou sur banc, ou sur lit.
Elle voulut en passer son envie.

Cl. Marot.

Voilà ; quand je suis amoureux.
J’en passe incontinent l’envie.

J. Grevin.

Si vous aimez ce garçon, eh bien ! ne pourriez-vous en passer votre envie ?

Tallemant des Réaux.

Passer sur le banc

Fustier, 1889 : Expression qu’emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction au règlement, recevoir des coups de corde.

Combien j’ai vu d’hommes passer sur le banc et s’en relever, atteints pour jamais dans les sources de la vie, parce qu’ils avaient, en présence d’un argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette !

(Humbert : Mon bagne.)

Passeur

Delvau, 1866 : s. m. Individu qui passe les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes, — parce qu’ils en sont incapables.

Rigaud, 1881 : Pauvre diable qui, moyennant un peu d’argent, passe le baccalauréat au lieu et place de certains jeunes cancres.

Passez-moi le fil

Merlin, 1888 : Expression goguenarde et sans équivalent dans le langage ordinaire, quelque chose comme : elle est bonne, celle-là !

Passier

Halbert, 1849 : Soulier.

Passif

M.D., 1844 : Soulier.

Virmaître, 1894 : Homme pour homme, celui qui subit. Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées. Dans le peuple on dit :
— Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.
L’allusion est claire (Argot du peuple).

Passiffe

Halbert, 1849 : Chaussure.

Passifleur

Delvau, 1866 : s. m. Cordonnier, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Cordonnier.

Passifs

Clémens, 1840 : Souliers.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Souliers d’occasion, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Le mot est expressif : des souliers qui ont longtemps servi ont naturellement pâti, souffert, — passus, passivus, passif. On dit aussi Passifles.

Boutmy, 1883 : s. m. Chaussures, souliers.

Et mes passifs, déjà veufs de semelles,
M’ont aujourd’hui planté là tout à fait.

dit l’humoristique auteur de la chanson du Rouleur.

La Rue, 1894 : Souliers. Passifleur, cordonnier.

Virmaître, 1894 : Souliers. Il en est peu, en effet, qui résistent au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Souliers.

Passifs (les)

Hayard, 1907 : Les souliers.

Passion

d’Hautel, 1808 : Il est triste comme la passion. Se dit de quelqu’un ou de quelque chose qui est triste, ennuyeux.
Il est connu comme Barrabas et la passion. Voy. Barrabas.

Passions (à)

Larchey, 1865 : « Vous êtes trop jeune pour bien connaître Paris ; vous saurez plus tard qu’il s’y rencontre ce que nous nommons des hommes à passions. Ces gens-là n’ont soif que d’une certaine eau prise à une certaine fontaine, et souvent croupie. » — Balzac, Père Goriot.

Pastille

Rigaud, 1881 : Pièce de dix sous, — dans le jargon des joueurs. — Plus rien, pas une pastille pour ponter.

Pastiquer

Larchey, 1865 : Passer. — Corruption de mot. V. Abadis.

Delvau, 1866 : v. a. Passer, — dans l’argot des voleurs. Pastiquer la maltouze. Faire la contrebande.

Rigaud, 1881 : Passer, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Passer. Pastiquer la maltouse, passer de la contrebande.

Pastourelle

Rigaud, 1881 : « Les cavaliers désignent ainsi la sonnerie des hommes punis. » (Fr. de Reiffenberg.) Les cavaliers pour la pastourelle, en avant !

Patafiole

d’Hautel, 1808 : Mot baroque et interjectif qui marque l’impatience et le mécontentement.
Que le bon Dieu te patafiole. Pour, que le bon Dieu te bénisse.

Patafioler

Larchey, 1865 : Confondre.

Aux gardes du commerce !… Que le bon Dieu les patafiole !…

Gavarni.

V. pour l’étymologie de ce mot le Magasin pittoresque, t. II, p. 247.

Delvau, 1866 : v. a. Confondre — dans l’argot du peuple. Ce verbe ne s’emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l’indicatif : — « Que le bon Dieu vous patafiole ! »

Rigaud, 1881 : Confondre. — Que le bon Dieu vous patafiole ! — Enlever. Que le diable le patafiole !

La Rue, 1894 : Confondre.

Patagueule

Delvau, 1866 : s. m. Homme compassé, qui fait sa tête et surtout sa gueule, — dans l’argot des sculpteurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Ennuyeux, pas drôle.

C’est lui qui trouvait ça patagueule de jouer le drame devant le monde !

(É. Zola.)

Patapatapan

d’Hautel, 1808 : Mot imitatif, pour exprimer le bruit du tambour, lorsqu’on bat un rappel.

Patapouf

Larchey, 1865 : Gros homme soufflant plus qu’il ne respire. — Onomatopée.

Delvau, 1866 : s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud. On dit aussi Gros Patapouf mais c’est un pléonasme inutile.

Rigaud, 1881 : Homme d’un embonpoint respectable, soufflant, suant, geignant à chaque pas. Gros patapouf.

Virmaître, 1894 : Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant. Dans le peuple on dit :
— Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).

Pataquès

d’Hautel, 1808 : Quiproquo, calembourg, mot mal prononcé, mal interprêté ; faute de langue ; sottise, imbécilité.
Un faiseur de pataquès. Celui qui pèche continuellement contre la grammaire ; qui fait des cuirs en parlant.

Delvau, 1866 : s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse, — dans l’argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.

Pataraffe

d’Hautel, 1808 : Ce mot ne s’emploie que par dérision, et dans le sens de paraffe, gribouillage, griffonage qu’on ne peut déchiffrer.

Patarasses

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Petites pelottes dont les forçats se servent pour empêcher le froissement des fers sur la peau.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin d’amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le coude-pied.

Patard

d’Hautel, 1808 : Un patard. Nom que l’on donne à un gros sou double.
C’est aussi un sobriquet que l’on donne à un lourdaud, à un homme rustique et grossier.

Larchey, 1865 : Monnaie de billon — En 1808, on donnait ce nom à un gros sou double. V. d’Hautel. — Le patar était une monnaie flamande qui valait un sou au quinzième siècle. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce de monnaie, gros sou, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu’ils emploient là une expression du temps de François Villon :

Item à maistre Jehan Cotard
Auquel doy encore un patard…
À ceste heure je m’en advise.

(Le Grand-Testament.)

Rigaud, 1881 : Pièce de deux sous.

La Rue, 1894 : Pièce de deux sous.

Patata-patata

d’Hautel, 1808 : Mot qui rappelle le bruit d’un cheval courant au grand galop.

Patatra

d’Hautel, 1808 : Interjection populaire ; espèce d’exclamation ironique que l’on fait lorsqu’on voit tomber quelqu’un-

Patatro

Hayard, 1907 : Fuite.

Patatrot (faire)

La Rue, 1894 : S’enfuir. Courir. Un patatrot, une course rapide. Jouer du jaja un patatrot, jouer des jambes, s’enfuir.

Pataud

Delvau, 1866 : s. et adj. Lourdaud, grossier, niais, — dans l’argot du peuple.

Patauger

d’Hautel, 1808 : Marcher dans la boue, barbotter, courir les rues dans un mauvais temps, et sans nécessité.

Delvau, 1866 : v. n. Ne pas savoir ce qu’on fait ni ce qu’on dit.

Pate

d’Hautel, 1808 : Des pates de mouche. C’est ainsi que l’on appelle une écriture très-fine et mal formée.
Faire patte de velours. Faire l’hypocrite, déguiser sous des dehors caressans, une ame noire et le dessein de nuire.
Pate. Se prend aussi pour main.
Une pate d’arraignée. Se dit d’une main sèche et décharnée.
Il a de grosses vilaines pates. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a les mains fortes et rudes.
Marcher à quatre pates. Marcher sur les pieds et sur les mains
Il ne peut remuer ni pied ni pate. Se dit de quelqu’un qu’une grande lassitude, ou une grande fatigue empêche de marcher.
Mettre la pate sur quelqu’un. Le battre, le maltraiter.
Si jamais il tombe sous ma pate, gare à lui. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un pour dire, qu’on ne l’épargnera pas, quand on en trouvera l’occasion.
Être entre les pates de quelqu’un. Être soumis à sa censure ; se dit en mauvaise part d’un homme dont on a sujet de craindre la sévérité.
Donner un coup de pate. Lâcher un trait malin et piquant.
Graisser la pate à quelqu’un. Le corrompre, le gagner par argent.

Bras-de-Fer, 1829 : Lime.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de patron, — dans l’argot des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Lime. — Patron.

Pâte

d’Hautel, 1808 : C’est une bonne pâte d’homme. Se dit au propre, d’un homme fort et robuste ; au figuré, d’un homme simple et sans malice ; d’un bon enfant.
Il est d’une bonne pâte. Locution ironique qui se dit en mauvaise part de celui qui fait à un autre des propositions ridicules.
N’avoir ni pain : ni pâte. Pour, n’avoir rien à manger.
Il ne sent que la pâte. Se dit du pain qui est gras-cuit, qui a été saisi par le feu.
Mettre la main à la pâte. Se dit ordinairement lorsque, dans une maison, chacun travaille à la cuisine, ou contribue de sa part au succès d’une affaire. Voy. Main.

Pâté

d’Hautel, 1808 : Un gros pâté. Nom que l’on donne familièrement à un enfant gros, gras et bien portant.
Crier les petits pâtés. Se dit par plaisanterie des femmes quand elles sont en mal d’enfant.
Un pâté. Goutte d’encre tombée sur le papier.

Delvau, 1866 : s. m. Tache d’encre sur le papier, — dans l’argot des écoliers, qui sont de bien sales pâtissiers. On dit aussi Barbeau.

Delvau, 1866 : s. m. Mélange des caractères d’une ou plusieurs pages qui ont été renversées, — dans l’argot des typographes. Faire du pâté, c’est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.

Rigaud, 1881 : Mauvaise besogne, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Caractères mêlés et brouillés qu’on fait trier par les apprentis. Faire du pâté, c’est distribuer ces sortes de caractères.

Pate (la)

anon., 1827 : La lime.

Pâte (mettre en)

Boutmy, 1883 : v. Laisser tomber sa composition ou sa distribution. Quelquefois, une forme entière mal serrée est mise en pâte quand on la transporte. Remettre en casse les lettres tombées, c’est faire du pâté. Par extension, on dit de quelqu’un qu’il s’est mis en pâte, quand il a fait une chute. Être mis en pâte, Recevoir dans une rixe quelque horion ou quelque blessure.

Pâte (tomber en)

Rigaud, 1881 : Renverser un ou plusieurs paquets composés. — Forme tombée en pâte, forme qui se renverse pendant le trajet de l’atelier de composition à l’imprimerie, forme qui n’est pas assez serrée et dont les caractères s’éparpillent et tombent, — en terme de typographe.

Pâté d’ermite

anon., 1827 : Des noix.

Bras-de-Fer, 1829 : Des noix.

Delvau, 1866 : s. m. Noix, — dans l’argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.

Rigaud, 1881 : Noix.

La Rue, 1894 : Noix.

Pâté de veille

Boutmy, 1883 : s. m. Collation que l’on fait dans les ateliers le premier jour des veillées. Hélas ! comme beaucoup d’autres coutumes, le pâté de veille est tombé en désuétude.

Pâte ferme

Delvau, 1866 : s. f. Article sans alinéas, — dans l’argot des journalistes.

Pâtée

d’Hautel, 1808 : Au propre, nom que l’on donne aux alimens que l’on prépare à certains animaux ; et par une extension basse et triviale, à la nourriture de l’homme.
Aller manger la pâtée. Pour aller prendre de la nourriture, ses repas accoutumés.
C’est une véritable pâtée. Se dit par mépris, des mets, des alimens qu’on a laissés trop cuire, et qui sont en bouillie.

Larchey, 1865 : Correction.

Il avait voulu manger un grand gaillard. Aussi a-t-il reçu une pâtée.

Delagny, les Souteneurs, 1861.

Delvau, 1866 : s. f. Nourriture, — dans l’argot des faubouriens. Prendre sa pâtée. Déjeuner ou dîner.

Delvau, 1866 : s. f. Correction vigoureuse et même brutale. Recevoir une pâtée. Être battu.

Pâtée (donner la)

Rigaud, 1881 : Donner des coups. — Recevoir la pâtée, recevoir quelque chose de solide en fait de coups, comme une pâtée. On dit plus fréquemment : tremper la soupe.

Patelette (la)

Rossignol, 1901 : Postérieur.

Patelin

Fustier, 1889 : Compatriote.

En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis…

(Humbert : Mon bagne.)

Signifie aussi pays, lieu de naissance, — dans l’argot militaire.

La Rue, 1894 : Compatriote. Le pays natal V. Pacquelin.

Virmaître, 1894 : Pays. Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Pays.

Hayard, 1907 : Pays.

Patenôtre

d’Hautel, 1808 : Dire la patenôtre du singe. Murmurer entre ses dents, gronder tout bas.

Patente

Delvau, 1866 : s. f. Casquette, — dans l’argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le patent qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux, etc.

Rigaud, 1881 : Casquette de voyou, casquette de soie plaquée sur la tempe. C’était, autrefois, la coiffure typique des souteneurs de barrière, leur patente. Ils l’ont remplacée par la desfoux, encore plus grotesque.

La Rue, 1894 : Casquette de soie à ponts.

Rossignol, 1901 : Casquette.

Patenté

Fustier, 1889 : Souteneur.

Pater

d’Hautel, 1808 : Il sait cela comme son pater. Pour, il y est très-expert, très-versé ; il le sait par cœur.
Il ne sait pas seulement son pater. Pour dire, il est excessivement ignorant.

Pâtés d’ermites

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Nois.

Patience

d’Hautel, 1808 : Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit en plaisantant d’une personne vive, pétulante, sujette à la colère et aux emportemens.
Il faut prendre de la racine de patience. Signifie, il faut se tenir à deux mains, pour ne pas s’impatienter, pour ne pas perdre courage ; se dit aussi quand on est vivement contrarié, ou qu’on est livré à un travail pénible et rebutant.
Un ouvrage de patience. C’est-à-dire, qui demande une grande application, de grands soins, du temps et de la constance.
La patience est la vertu des ânes. Parce que cet animal endure beaucoup de mauvais traitemens sans se plaindre.
Patience ! Espèce d’interjection, qui équivaut à un moment donc, attendez, ne m’interrompez pas.
Patience ! j’aurai mon tour. Menace que l’on fait à quelqu’un dont on a reçu une offense, pour dire qu’on s’en vengera.

Delvau, 1866 : s. f. Jeu de cartes, — ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience : la Loi salique, la Blocade, la Nivernaise, la Gerbe, le Crapaud, la Poussette, la belle Lucie, etc., etc.

Patinage

Fustier, 1889 : Attouchement indécent. (V. Delvau : Patiner.)

Patiner

d’Hautel, 1808 : Au propre ; glisser sur la glace avec des patins.
Patiner. Tâter, farfouiller indiscrètement, porter une main luxurieuse sur les appas d’une femme.

Delvau, 1864 : Badiner — d’une façon indécente.

S’approchant des comédiennes, il leur prit les mains sans leur consentement et voulant un peu patiner.
Car les provinciaux se dêmènent fort et sont grands patineurs.

Scarron.

Ah ! doucement, je n’aime point les patineurs.

Molière.

Mais Quand Bacchus vient s’attabler
Près de fille au gentil corsage,
Je me plais à gesticuler ;
J’aime beaucoup le patinage.

L. Festeau.

Parfois il lui suffit de voir, de patiner.
De poser sur la motte une brûlante lèvre :
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.

L. Protat.

Les petites paysannes
Qu’on patiné au coin d’un mur.
Ont, plus que les courtisanes.
Fesse ferme et téton dur.

De la Fizelière.

Tandis qu’elle lui fait cela, elle le baisa, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans la braguette, et, quand elle l’a patiné quelque temps, elle le fait devenir dur comme un bâton.

Mililot.

Quand ils ont tout mis dans la notre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.

Mililot.

Parmi les catins du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

E. Debraux.

Delvau, 1866 : v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d’une femme pour s’assurer que l’étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se livrer à des attouchements trop libres sur la personne d’une femme.

Il a voulu patiner. Galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l’honnête homme.

(Scarron, Roman comique, Ire partie, ch. x.)

Patiner la dame de pique, patiner le carton, jouer aux cartes. — Patiner le trimard, faire le trottoir.

La Rue, 1894 : Se presser. Galoper. Manier.

Patiner (se)

Delvau, 1866 : Se sauver, Jouer des pattes, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Déguerpir, — dans le jargon du peuple.

Virmaître, 1894 : Se sauver.
— Je me patine parce que je suis en retard.
Allusion aux patineurs qui avancent rapidement.
Patiner veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.
— Je me patine de finir ma pièce, autrement samedi pas de galette.
Patiner du chiffon rouge,
se patiner de la langue : parler vite (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Se dépêcher.

Patineur

d’Hautel, 1808 : Celui qui se plait à patiner, qui glisse avec des patins.

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.

Rigaud, 1881 : Cultivateur en attouchements lascifs.

Ah ! doucement ! je n’aime point les patineurs.

(Molière, George Dandin.)

Fustier, 1889 : Argot des voleurs et notamment des joueurs de bonneteau. Le patineur, c’est le banquier, celui qui tient les cartes, les patine et peut ainsi se livrer à toutes les tricheries. (V. Chocolat.)

La Rue, 1894 : Bonneteur (celui qui tient les cartes).

Patiras

Delvau, 1866 : s. m. Souffre-douleur de l’atelier. Les gens distingués disent Patito, comme à Florence.

Pâtissier

d’Hautel, 1808 : Un pâtissier Jacques. Sobriquet que l’on donne à un mauvais pâtissier, dont la pâtisserie est matte, lourde et indigeste. Voy. Patronet.

Pâtissier (sale)

Larchey, 1865 : Homme malpropre. V. Boulette.

Pâtissier, sale pâtissier

Rigaud, 1881 : Tripoteur d’affaires ; homme sans aucune espèce de délicatesse et sans conscience en affaires.

Patoche

Delvau, 1866 : s. f. Férule, — dans l’argot des enfants, dont les mains en conservent longtemps le souvenir.

Patoches

Delvau, 1866 : s. f. pl. Mains.

Patouiller

Delvau, 1866 : v. n. Barboter, patauger. On dit aussi Patrouiller. Ce verbe est dans Rabelais.

Delvau, 1866 : v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Tourner et retourner une marchandise comestible, la manier grossièrement, de manière à la défraîchir.

Virmaître, 1894 : Manier.
— Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes ?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
— Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller
est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Palper, toucher, manier. Faire des attouchements à une personne est la patouiller.

Patouiller, tripatouiller

La Rue, 1894 : Tourner et retourner. Manier. Peloter.

Patouilleur

Delvau, 1866 : s. m. Peloteur.

Patraque

d’Hautel, 1808 : Une patraque. Pour dire une mauvaise montre ; se dit généralement de toute chose mécanique dont les ressorts sont usés.
Une vieille patraque. Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une personne âgée, foible et débile, qui est hors d’état de supporter le travail et la fatigue.

Larchey, 1865 : Patrouille (Vidocq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables ; elles marchaient aussi mal qu’une patraque. V. Moucharde.

Larchey, 1865 : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

Delvau, 1866 : s. f. Vieille montre qui marche mal ; machine usée, sans valeur.

Delvau, 1866 : adj. Malade ou d’une santé faible, dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Patrouille.

La Rue, 1894 : Patrouille.

Patres

d’Hautel, 1808 : Envoyer quelqu’un ad patres. Pour l’envoyer promener lorsqu’il vous importune.
Il est allé ad patres. Pour, il est mort.

Patres (ad)

Delvau, 1866 : adv. Au diable, — dans l’argot du peuple, qui se soucie peu de ses « pères ». Envoyer ad patres. Tuer. Aller ad patres. Mourir.

Patricotage

Virmaître, 1894 : Les danseurs patricotent des jambes. On dit aussi :
— Il a patricoté dans la caisse.
Patricoter est ici pour tricoter (Argot du peuple). N.

Patrie

Delvau, 1866 : s. f. Commode, — dans l’argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les grands journaux comme la Patrie, le siècle, etc., leurs seuls meubles souvent.

Patriotique

d’Hautel, 1808 : La scie patriotique. On appeloit ainsi ironiquement et d’une manière triviale, les corvées que les citoyens, dans les troubles de la révolution, étoient obligés de faire, et qui consistoient à monter la garde aux prisons, à servir d’escorte dans les fêtes populaires, etc., etc., etc.

Patron

Rigaud, 1881 : Marchand de vin quand il fait crédit. Lorsqu’il réclame son argent, c’est un empoisonneur, un pétroleur, — dans le vocabulaire des ivrognes.

Fustier, 1889 : Colonel. Argot militaire.

Patron-minette

Delvau, 1866 : s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d’années, à Paris comme la Camorra, à Naples.

Rigaud, 1881 : Association de malfaiteurs, sous le règne de Louis-Philippe.

Quand le président des Assises visita Lacenaire dans sa prison, il le questionna sur un méfait que Lacenaire niait. — Qui a fait cela ? demanda le président. Lacenaire fit une réponse énigmatique pour le magistrat, mais claire pour la police. — C’est peut-être Patron-Minette.

(V. Hugo.)

La Rue, 1894 : L’aube.

France, 1907 : Association de malfaiteurs qui, vers 1840, exploitait la banlieue de Paris, appelée ainsi parce qu’ils opéraient à l’aube.

Patron-Minette (dès)

Delvau, 1866 : adv. Dès l’aube, — dans l’argot du peuple.

Patrone

France, 1907 : Ancien nom de la giberne et que les Allemands ont conservé pour la cartouche.

Patronet

d’Hautel, 1808 : Sobriquet railleur et méprisant que l’on donne à un mauvais pâtissier ; à un Jacques, à un gargotier.

France, 1907 : Apprenti pâtissier, appelé aussi gâte-sauce.

Patrougner

France, 1907 : Souiller en le maniant, tripoter quelque chose que l’on destine à la cuisson. « Cette vieille patrougne tout ce qu’elle donne à manger, sans compter les roupies dont elle assaisonne ses plats. »

Patrouillage

d’Hautel, 1808 : Saleté, malpropreté qu’on fait en barbottant, en patrouillant.

Patrouillard

France, 1907 : Patriote.

Ces bougres d’arbis aiment leur indépendance et veulent rester maîtres chez eux.
Les bons patrouillards français qui ont toujours la larme à l’œil, à propos de l’Alsace et de la Lorraine, ne comprennent rien à cela.

(Le Père Peinard)

Patrouille (en)

Larchey, 1865 : « Quatre jours en patrouille, pour dire en folies bachiques. »

Cabarets de Paris, 1821.

Patrouille (être en)

Delvau, 1866 : Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Être en tournée nocturne pour cause de débauche.

France, 1907 : Aller de cabaret en cabaret, comme la patrouille va de poste en poste. On dit aussi faire le chemin de la croix, allusion aux dévots qui s’arrêtent et bredouillent leurs patenôtres devant les douze tableaux représentant la passion, accrochés aux murs ou aux piliers des églises.

Patrouiller

d’Hautel, 1808 : Au propre l’action de faire patrouille ; au figuré, remuer de l’eau croupie, sale et bourbeuse ; manier malproprement les choses auxquelles on touche ; les gâter, les mettre en désordre ; virer, tourner de côté et d’autre.

Larchey, 1865 : Manier, patiner. — Mot à mot : rouler dans ses pattes.

Mais c’est vrai, tiens ! ça vous patrouille c’te marchandise, et puis ça part.

Vadé, 1788.

Larchey, 1865 : Faire patrouille.

En ma qualité de caporal postiche de voltigeurs, j’ai passé la nuit à patrouiller.

Festeau.

Delvau, 1866 : v. n. Faire patrouille, — dans l’argot des bourgeois, soldats-citoyens.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Peloter.

France, 1907 : Tripoter avec les doigts, retourner en tous sens un objet. Voir Patouiller et Patrougner.

… Ça vous patrouille
C’te marchandise, et puis ça part. Adieu !…

(Vadé)

Patrouillis

d’Hautel, 1808 : Barbotage, bourbier, fange, vilenies.

Patte

Larchey, 1865 : Pied. — Le testament de Villon parle déjà de « Soy soutenir sur les pattes. »

On en voit qui se faufilent dans des omnibus. Le reste s’en retourne à pattes, honteusement.

Alb. Second.

Larchey, 1865 : Main.

Et toujours de ma patte Frisé comme un bichon.

Vadé, 1788.

Larchey, 1865 : Habileté de main.

Mal dessiné, mais beaucoup de chic. — Oui, il a de la patte.

L. de Neuville.

Delvau, 1866 : s. f. Main, — dans l’argot des faubouriens. Le coup de patte, au figuré, est plutôt un coup de langue.

Delvau, 1866 : s. f. Grande habileté de main, — dans l’argot des artistes. Avoir de la patte. Faire des tours de force de dessin et de couleur.

Rigaud, 1881 : Pied, main, jambe. À patte, à pied.

France, 1907 : Lime.

France, 1907 : Pied, main. Aller à pattes, marcher.

Patte (coup de)

France, 1907 : Propos méchant, insinuation malveillante. « Avez-vous fini de me donner des coups de patte ? »

Patte cassée (avoir la)

La Rue, 1894 : Être découvert. Se casser la patte, se faire prendre.

France, 1907 : Être pris, découvert. Avec une patte cassée, il est difficile de courir, par conséquent de s’échapper.

Patte d’araignée (faire la)

Delvau, 1864 : Passer doucement et habilement les quatre doigts et le pouce sur le membre d’un homme, et ses tenants et aboutissants, afin de provoquer une érection qui ne viendrait pas sans cette précaution.

J’avais beau patiner sa couille renfrognée,
Lui faire avec cinq doigts la patte d’araignée,
Sa pine, peu sensible à mes soins superflue.
Demeurait flasque et molle et ne rebandait plus.

Louis Protat.

Patte d’éléphant

France, 1907 : Pantalon évasé par le bas, comme le portent les marins.

Patte d’oie

Larchey, 1865 : Triple ride qui imprime au coin de chaque œil, trois sillons d’apparence palmipède.

Aux tempes la patte d’oie caractéristique et au front les marches du palais montraient des rides élégantes, bien prisées à la cour de Cythère.

Balzac.

La Rue, 1894 : Carrefour. Rides près de l’œil.

France, 1907 : Carrefour.

France, 1907 : Rides qui partent du coin des paupières et s’étendent triangulairement sur les tempes.

Puis, quand les années arrivèrent, quand le corsage devint plus riche et moins ferme, quand la patte d’oie brida les yeux, quand les lèvres, plus molles, eurent perdu leur fraîcheur, elle se vit subitement délaissée pour d’autres aussi folles qu’elle, qui arrivaient, radieuses, avec le sourire de leurs vingt ans.

(Edmond Deschaumes)

Patte de chat (la)

Delvau, 1864 : Bordel fameux, situé sur le boulevard Courcelles, où presque toute la présente génération aura passé.

Ils entretienn’nt des gonzesses
Qui log’t à la Patt’ de chat.

Guichardet.

Patte de crapaud

France, 1907 : Épaulette de gendarme.

Patte de velours (faire)

Virmaître, 1894 : Avoir envie de dire des injures à quelqu’un et au contraire lui faire risette. Avoir envie d’égratigner et au contraire caresser. Allusion au chat qui rentre ses griffes quand il est content :
— Il fait patte de velours (Argot du peuple). N.

Patte mouillée

France, 1907 : Chiffon mouillé dont se servent les tailleurs pour enlever à l’aide d’un fer chaud les marques du lustre sur le drap.

Patte-d’oie

Delvau, 1866 : s. f. Les trois rides du coin de l’œil, qui trahissent ou l’âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Carrefour, — dans l’argot du peuple et des paysans des environs de Paris.

Rigaud, 1881 : Carrefour.

Patte-mouillée

Delvau, 1866 : s. f. Vieux chiffon imprégné d’eau, qui, à l’aide d’un carreau chaud, sert a enlever les marques du lustre sur le drap. Expression de l’argot des tailleurs.

Pattes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Pieds, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens. Fournir des pattes. S’en aller, s’enfuir. On dit aussi Se payer une paire de pattes, et Se tirer les pattes.

Pattes (à)

Delvau, 1866 : adv. Pédestrement.

Pattes (être sur ses)

Rigaud, 1881 : Être debout, être levé. Mot à mot : être sur ses jambes. — Être sur ses pattes dès patron-minette.

Pattes (se tirer les)

Rigaud, 1881 : S’en aller. La variante est : Se tirer les paturons.

Pattes de crapaud

Merlin, 1888 : Épaulettes.

Pattes de lapin

France, 1907 : Petits favoris ne dépassant pas l’oreille.

Ce compagnon semblait avoir dépassé la soixantaine. De petits favoris coupés en patte de lapin hérissaient ses jouets creuses ; au-dessus d’une bouche en coup de sabre, édentée, saillait un grand nez anglais, chevalin et droit.

(Hugues Le Roux)

Pattes de mouche

Larchey, 1865 : Caractères très fins.

Et l’écriture, il était avec des petites pattes de mouche bien agréables.

Festeau.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d’avocat. Argot du peuple.

France, 1907 : Écriture très fine.

Pattu

Delvau, 1866 : adj. Épais, lourd, — dans l’argot du peuple.

Pâture

d’Hautel, 1808 : C’est une bonne pâture. Pour une nourriture saine et bienfaisante.

Pâturer

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Prendre sa pâture.

Paturon

Halbert, 1849 : Pied.

Larchey, 1865 : Pied, pas. — Terme hippique. — V. Flacul, Rebâtir.

Paturon de cornaut

Halbert, 1849 : Pied de bœuf.

Paturon de morne

Halbert, 1849 : Pied de mouton.

Paturons

anon., 1827 : Les pieds.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pieds.

Bras-de-Fer, 1829 : Les pieds.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les pieds, — dans l’argot des Faubouriens, qui disent cela au moins depuis Vadé :

À cet ensemble on peut connoître
L’élégant et le petit-maître
Du Pont-aux-Choux, des Porcherons,
Où l’on roule ses paturons.

Jouer des paturons. Se sauver.

France, 1907 : Pieds. « Jouer des paturons », se sauver ; « rouler ses paturons », se promener.

Du Pont aux choux des Porcherons,
Où l’on roule ses paturons.

(Vadé)

Paturons (les)

M.D., 1844 : Les pieds.

Paturons de cornant

anon., 1827 : Pieds de bœuf.

Paturons de morne

anon., 1827 : Pieds de mouton.

Bras-de-Fer, 1829 : Pieds de mouton.

Paturot

Delvau, 1866 : s. m. Bonnetier, homme crédule, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.

Pau

France, 1907 : Paon, en langue d’oc. En béarnais, la prononciation de pau, pieu, et de pau, paon, est la même : pa-ou. Outre les trois pals des armes de Pau, on y trouve un paon faisant la roue. C’est peut-être ce paon, arme parlante, qui a valu aux Palois la réputation de vaniteux.

Paufer

France, 1907 : Levier en fer dont se servent les carriers.

Paul Niquet

France, 1907 : « Eau-de-vie, du nom d’un débit de liqueurs voisin des Halles qui restait ouvert tout la nuit et servait de souricière. »

(Lorédan Larchey)

Pauline

France, 1907 : Ancienne diligence.

Mais la grande source de l’ivresse, du vertige qui triomphait des joueurs hésitants, c’était, avec des piaffements de sabots, des cabrements de bêtes, des cris de conducteurs, les départs des grandes « Paulines » à cinq chevaux, menées à fond de train, dans un tourbillon de grelots et de coups de fouet.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Paume

Delvau, 1866 : s. f. Perte, échec quelconque, — dans l’argot des faubouriens. Faire une paume. Faire un pas de clerc.

Rigaud, 1881 : Perte, insuccès. Faire une paume, ne pas réussir. — Paumer, perdre.

La Rue, 1894 : Perte. Insuccès.

France, 1907 : Balle élastique ; vieux mot.

Paumé

Clémens, 1840 : Arrêté, pris.

Virmaître, 1894 : Être pris, empoigné. Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la paume de la main sur l’épaule. L’allusion est claire. Être empaumé : être fourré en prison (Argot des voleurs).

Paumé (être)

Hayard, 1907 : Être pris, empoigné.

Paumé marron

Virmaître, 1894 : Paumé, pris, marron, l’être. Je suis marron signifie être refait. Un gogo est marron dans une affaire qui rate.
— On m’a pris ma place, je suis marron.
Synonyme de rester en panne (Argot des voleurs). N.

Paumelle

France, 1907 : Morceau de cuir dont les cordiers se garnissent la main pour filer le chanvre ; outil de bois dont le corroyeur s’enveloppe la paume de la main.

Paumer

un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.

Larchey, 1865 : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

Vidocq.

Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

Hayard, 1907 : Perdre.

France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.

Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.

(Le Père Peinard)

Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.

— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.

(A. Bruant, Les Bas-Fonds de Paris)

France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.

France, 1907 : Manger avec avidité.

France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.

Paumer ses plumes

La Rue, 1894 : S’ennuyer.

France, 1907 : Perdre ses cheveux, se faire vieux, s’ennuyer.

Paupière (se battre la)

Larchey, 1865 : Voir œil.

Pauses (compter des)

Rigaud, 1881 : Dormir à côté de son pupitre, — dans le jargon des musiciens de théâtre.

France, 1907 : Respirer bruyamment en dormant.

Pauteau

Rossignol, 1901 : Associé, complice. On dit aussi mon social ou sociable.

Pautre

Bras-de-Fer, 1829 : Bourgeois.

Pauvrard

France, 1907 : Pauvre, miséreux.

Pauvrard, e

Delvau, 1866 : adj. et s. Excessivement pauvre.

Pauvre

d’Hautel, 1808 : Pauvre comme Job. Se dit d’une personne extrêmement indigente, mais qui cependant à l’exemple de ce patriarche, reste constamment fidèle aux lois de la probité.
C’est un pauvre homme. Se dit par mépris d’un homme, sans talent, sans capacité.-

Pauvre comme Job

France, 1907 : Le saint homme Job, qui est devenu si fameux par son humble patience, avait, durant toute sa vie, allié deux choses bien difficiles, une grande vertu avec de grandes richesses… Le démon ne put souffrir une si haute vertu sans lui donner quelque atteinte. Il osa porter ses calomnies jusqu’à Dieu même, et, ne trouvant rien dans la vie de Job qu’il pût blâmer, il accusa ses intentions cachées, soutenant devant Dieu qu’il ne le servait qu’à cause des avantages qu’il en recevait. Dieu, pour confondre ce méchant calomniateur, lui donna la puissance de lui ravir tout son bien. Le démon usa de ce pouvoir avec toute sa malignité ; et pour mieux accabler ce saint homme, il fit en même temps piller ses troupeaux par des voleurs, périr ses brebis par le feu du ciel, emmener ses chameaux par les ennemis, et mourir tous ses enfants sous les ruines d’une maison qu’il fit tomber pendant qu’ils étaient à table. Job reçut ces tristes nouvelles sans que sa vertu en fût ébranlée. Il se prosterna, bénit Dieu et dit ces paroles : « Dieu me l’a donné, Dieu me l’a ôté ; que son saint nom soit béni !… » Le démon alors frappa Job d’un ulcère épouvantable qui lui couvrait tout le corps. Il fut réduit à s’asseoir sur un fumier, et à racler avec le têt d’un pot la pourriture qui sortait de ses plaies et les vers qui s’y formaient. Il ne lui restait alors de tout ce qu’il possédait autrefois dans le monde que sa femme seulement, que le démon lui avait laissée pour être, non la consolatrice, mais la tentatrice de son mari, et pour le porter à l’impatience. Car cette femme, jugeant que la piété de ce saint homme était vaine, tâcha de le jeter dans des paroles de blasphème et de désespoir … Et saint Augustin, admirant sa fermeté en cette rencontre, dit que Job, n’ayant point succombé à cette Eve, est devenu incomparablement plus glorieux sur son fumier qu’Adam ne le fut autrefois dans toutes les délices du Paradis ( Histoire de l’Ancien et du Nouvenu Testament).
C’est M. Lemaistre de Sacy qui analyse ainsi l’Ancien Testament sans rire, et il a la bonté de mettre en note qu’il ne sait pas au juste en quel temps s’est passée cette histoire, mais qu’il y a apparence que ce fut durant que les Israélites étaient dans le désert !

Pauvres clercs

France, 1907 : Le nom de clerc s’appliquait pendant le moyen âge, non seulement à tout individu qui étudiait ou avait étudié, mais à tous ceux qui fréquentaient les universités, ce qu’aujourd’hui l’on nomme les étudiants. Actuellement, cette sorte de privilège de suivre les cours aux universités est réservée à la bourgeoisie, ou tout au moins aux familles qui peuvent subvenir aux frais de l’éducation et de l’entretien de leur fils. Il n’en était pas ainsi autrefois et les pauvres clercs, les étudiants sans sou ni maille, abondaient à Paris. Comment vivaient-ils ? D’aumônes la plupart, et d’autres de moyens illicites et que punissait la corde. À l’instar de François Villon, dont le nom signifie voleur, plusieurs se faisaient escrocs et coupeurs de bourses. C’est pour subvenir aux besoins des plus méritants et des plus pauvres que nombre de bourses furent créées dans différents collèges. En tout cas, leur indigence était devenue proverbiale et l’on disait pour exprimer grande misère : Famine de povres clercs.

Pauvreté

d’Hautel, 1808 : Il se jette dessus vous comme la pauvreté sur le monde. Se dit d’un homme importun, qui ne cesse de tourmenter, qui obsède par ses demandes indiscrètes.
Pauvreté n’est pas vice ; non, mais c’est bien pis, répondoit l’ingénieux Dufresny, à qui l’on faisoit fréquemment l’application de ce proverbe.
Pauvreté. Pour sottises, paroles dénuées de sens ; discours insensés.

Pauvreté d’un homme (la)

Delvau, 1864 : Son membre, qui est une richesse pour lui — quand il est maquereau.

Il montra toute sa pauvreté.

(Moyen de parvenir.)

N’avez-vous pas honte de montrer ainsi votre pauvreté !

Cervantes.

Pauvreté n’est pas vice

France, 1907 : Ce vieux et honnête proverbe de la sagesse des nations est un des rares qui ne souffrent pas de contradictions. Mais, en pratique, c’est celui que l’on observe le moins, car le premier sentiment à l’égard du pauvre est la méfiance, le même qu’à l’égard du vice. Nos pères disaient : « Pauvreté n’est pas vice, mais c’est une espèce de ladrerie (lèpre), chacun la fuit. » Les choses n’ont guère changé depuis. En tout cas, si pauvreté n’est pas vice, elle y pousse fortement.

Pavé

d’Hautel, 1808 : Il a la tête dure comme un pavé. Se dit d’une personne sans intelligence et sans pénétration.
Être sur le pavé. Pour être hors de maison, n’avoir pas d’ouvrage.
C’est tout pavé d’ici là. Manière goguenarde de dire qu’une course est très-longue, qu’un lieu est très-éloigné d’un autre.
Tâter le pavé. Agir avec prudence et circonspection.
Être sur le pavé du roi. Être dans un lieu public, d’ou personne n’a le droit de vous renvoyer.
Il est tombé sur le pavé. Pour dire sa fortune est bouleversée, il est ruiné.
Il a le gosier pavé. Se dit d’un goulu qui mange des alimens bouillans.
De pavé sec et bois mouillé, libera nos domine. Dicton populaire qui signifie que l’un et l’autre de ces inconvéniens sont dangereux.

Larchey, 1865 : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine.

C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions.

Alb. Second.

Delvau, 1866 : s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l’ours de la Fontaine. Réclame-pavé. Éloge ridicule à force d’hyperboles, qu’un ami, — ou un ennemi, — fait insérer à votre adresse dans un journal.

Delvau, 1866 : adj. Insensible, — dans l’argot du peuple. Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.

Rigaud, 1881 : Éloge exagéré et si maladroitement lancé qu’il assomme celui qui en est l’objet.

Pavé (battre le)

France, 1907 : Marcher dans les rues longtemps et vainement ; faire des courses inutiles ; courir à la recherche d’un emploi. « Combien de misérables battent le pavé ! »

Pavé (c’est tout)

France, 1907 : Expression populaire ironique signifiant : « C’est loin, mais la route est bonne. »

Pave (on)

Rigaud, 1881 : Lorsqu’un débiteur prudent ne veut pas passer dans une rue où il compte un créancier il dit qu’on pave. Quand on possède plusieurs créanciers dans la même rue : « Il y a des barricades ». On dit encore : la rue est barrée, c’est-à-dire barrée par les créanciers.

Virmaître, 1894 : Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).

Pavé de l’ours

France, 1907 : Témoignage maladroit d’amitié. Allusion à l’ours de la fable qui, pour écraser une mouche qui chatouille le front de son ami endormi, lui lance un pavé. Rien de plus terrible que les amis obtus, ce qui donne lieu au proverbe : « Mieux vaut un sage ennemi qu’un sot ami. » On appelle réclame-pavé un éloge ridicule inséré dans un journal par un ami maladroit ou un habile ennemi, qui attire l’attention sur vous en vous assommant.

Pavé mosaïque

Delvau, 1866 : s. m. Le sol de la salle des réunions, — dans l’argot des francs-maçons.

Pavée (rue)

France, 1907 : Rue où l’on ne passe pas, à cause du créancier qui l’habite : on fait un détour comme pour les rues que l’on pave.

Pavie jaune

France, 1907 : Voir Mirlicoton.

Pavillon

un détenu, 1846 : Fou.

Larchey, 1865 : Fou, homme dont les idées flottent tous les vents comme un pavillon. — Pavillonner : Deviser joyeusement, plaisanter, déraisonner.

On renquillera dans la taule a mesigue pour refaiter gourdement, et chenument pavillonner, et picter du pivois sans lance.

Vidocq.

Delvau, 1866 : s. et adj. Fou, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Fou. Mensonge fait sans nécessité.

France, 1907 : Évaporé, tête folle, cerveau versatile qui n’a pas d’idée fixe, qui tourne à tous les vents comme un pavillon.

Pavillon (baisser)

France, 1907 : Rabattre des prétentions que l’on avait émises, s’incliner devant une volonté plus forte.

Pavillon, pavillonne

Rigaud, 1881 : Fou, folle. — Pavillonnage, folie. Pavillonner, déraisonner.

Pavillonner

Delvau, 1866 : v. n. Avoir des idées flottantes ; déraisonner. On dit aussi Être pavillon.

France, 1907 : Faire ou dire des folies ; mentir ; répondre évasivement à une question.

Pavoi

Halbert, 1849 : Insensé.

Pavois

Larchey, 1865 : « Être pavois, c’est être dans la vigne du Seigneur, dans toute la joie de Bacchus, atteindre le parfait bonheur, c’est enfin être au pavois. » — Ch. Coligny.

Delvau, 1866 : adj. et s. En état d’ivresse. Être pavois. Être gris, déraisonner à faire croire que l’on est gris.

France, 1907 : Timbré ou ivre ; agité de mille pensées confuses et diverses comme les pavillons multiples et multicolores dont se pavoise un navire à certaines fêtes. Ces jours-là, il y a généralement ripaille à bord et les matelots sont pavoisés comme leur vaisseau.

Ne flanche pas si t’es pavois,
Tu n’affurerais que la poix.

(Hogier-Grison)

Pavois ou pivois

La Rue, 1894 : Ivre.

Pavoisé

Rigaud, 1881 : Mis en gaieté par le vin, — dans le jargon des ouvriers. — Se pavoiser, se mettre en ribotte. On disait autrefois ; pavois, être pavois, par altération, sans doute, de pivois.

Pavoiser (se)

Larchey, 1865 : Faire toilette. V. Astiquer.

Delvau, 1866 : S’endimancher. Argot des marins. S’endimancher, pour les faubouriens, a un double sens : il signifie d’abord mettre ses habits les plus propres ; ensuite s’amuser, c’est-à-dire boire, comme ils en ont l’habitude à la fin de chaque semaine.

France, 1907 : Faire toilette, se mettre en grande tenue ; terme de marine, allusion au navire qu’on pavoise.

Paxon

Rossignol, 1901 : Paquet.

Payant

Rigaud, 1881 : Et, plus fréquemment, imbécile de payant. Dans le jargon des coulisses tout spectateur naïf et enthousiaste a été baptisé du sobriquet de « payant, imbécile de payant ».

Paye

d’Hautel, 1808 : Il a reçu sa paye, on lui a donné sa paye. Se dit d’un enfant auquel on a infligé quelque correction ; que l’on a maltraité, battu.

Paye (bonne)

Larchey, 1865 : Débiteur solvable.

Une lorette très-mauvaise paye.

Ed. Lemoine.

Payent l’amende (les battus)

France, 1907 : Cette vielle et amère boutade de la sagesse des nations a malheureusement été vraie à toutes les époques et l’est trop souvent encore aujourd’hui. Le faible, le miséreux, les pauvres gens que l’adversité accable sont punis comme des coupables. On emprisonne parce qu’on n’a pas de gite, parce qu’on est pauvre, parce qu’on a faim, Au moyen âge, cette expression n’avait rien de figuré. C’était la réalité même. On vidait un différend par les armes. Le juge prononçait qu’il échéait gage de bataille, et les deux parties allaient plaider leur cause en champ clos sous les yeux du juge. Les nobles combattaient avec l’épée, les vilains se servaient du bâton. La victoire prouvait le droit ; la raison du plus fort était la meilleure. « Quand, dit Didier Loubens, les contestations reposent sur des matières criminelles, le vaincu, s’il ne succombait pas sous l’arme de son adversaire, était livré au bourreau pour avoir la main coupée… Lorsque, au contraire, elles appartenaient à des matières civiles, le vaincu et les témoins qui avait pris son parti se rachetaient de la peine encourue par la défaite en payant une amende plus ou moins forte comme satisfaction au vainqueur, de là le proverbe : « Les battus payent l’amende. » Bon vieux temps ! Le duel n’est qu’un restant de cet âge de barbarie.

Payer

d’Hautel, 1808 : Adieu, porte-toi bien ; je payerai le médecin. Plaisanteries, goguettes populaires, usitées en se séparant de gens avec lesquels on est très-familier.
Il veut tout savoir et ne rien payer. Se dit d’un investigateur, d’un curieux fort avare.
Payer ric à ric. Se faire tirer l’oreille pour payer une somme ; la payer par petits à comptes.
Il payera les pots cassés. Signifie qu’on fera retomber sur quelqu’un le dommage survenu dans une affaire.
Tant tenu, tant payé. Pour dire qu’on ne doit payer un ouvrier qu’à proportion du temps qu’on l’a employé.
Payer en monnoie de singe, en gambades. Signifie se moquer de celui à qui l’on doit.
Payer bouteille, pinte, chopine, demi-setier. Pour dire payer à boire à quelqu’un.

Fustier, 1889 : Argot des lycées. S’exonérer, au moyen d’une exemption, d’un satisfecit, d’une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à relève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir.

Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.

(France, 1881.)

La Rue, 1894 : Faire, accomplir. Être condamné. Avoir payé, avoir subi des condamnations, faire payer, condamner.

Payer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’offrir, se donner, se procurer, — dans l’argot des petites dames et des faubouriens. Se payer un homme. Avoir un caprice pour lui. Se payer une bosse de plaisir. S’amuser beaucoup.

Rigaud, 1881 : Se passer une fantaisie.

France, 1907 : Se passer une fantaisie. « Voilà une petite femme que je me payerais volontiers. »

Hue ! nom de Dieu !… v’là qu’ j’ai l’hoquet !
Ça s’rait du prop’ que j’dégobille ;
Si j’trouve encore un mastroquet
D’ouvert, je m’ paye eun’ petit’ fille,
Ça m’débarbouill’ra l’cœur et pis
D’abord, ej’suis rond comme un disque,
J’m’arrondirai pas pus que j’suis.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Payer au marc le franc

France, 1907 : Répartir une somme entre les créanciers proportionnellement à ce qui est dû à chacun.

Payer bouteille

Delvau, 1866 : Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.

Payer de toupet

France, 1907 : Faire un coup d’audace.

Babylas, le cantinier, surprend sa femme en conversation animée avec un jeune conscrit.
Celui-et paie de toupet.
— Venez vite, cantinier, votre femme se trouve mal.
— Mais vous, espèce de bleu, vous avez l’air de la trouver bien.

(La Baïonnette)

Payer en monnaie de singe

France, 1907 : Saint Louis avait toujours besoin d’argent : il rendit une ordonnance soumettant à un droit de péage tout animal entrant dans Paris. Les bateleurs qui presque tous possédaient des singes pour amuser le public dans leurs parades, cherchèrent naturellement à esquiver ce nouvel impôt. Ils s’arrêtaient donc aux barrières et faisaient danser et grimacer leurs singes devant les commis du fisc, qui, pour les récompenser de ce spectacle, les faisaient passer sans payer. Cet usage était tellement enraciné que Louis IX établit un tarif réglant à ce sujet les droits de péage : « Si le singe est à un joueur, celui-ci le fera jouer devant le péager, qui sera tenu de se contenter de cette monnaie x» ; au cas contraire, il payait 4 deniers.
On dit donc de quelqu’un qu’il paye en monnaie de singe lorsqu’il s’acquitte de sa dette par des grimaces, des révérences et des promesses. Une vieille coutume existait en Normandie par laquelle on pouvait défrayer son hôte par un conte ou une chanson :

Usages est en Normandie
Que qui hébergiez est qu’il die
Fable ou chanson die à son oste :
Cette coutume pas n’en oste
Sire Jehan de Chapelain.

(Jean le Chapelain)

Payer l’intérêt de sa mine

France, 1907 : On ne connaît pas le vin au cerceau, ni l’homme au chapeau, et cependant que de gens reçoivent un bon ou mauvais accueil suivant qu’ils sont bien ou mal vêtus. Que de sots et d’ignorants élégamment mis l’emportent dans les choses de la vie sur des hommes intelligents vêtus avec simplicité ! L’habit ne fait pas le moine, mais cependant que de gredins honorés comme moines parce qu’ils en portent la robe !

Garde-toi, tant que tu vivras.
De juger des gens par la mine,

vieux proverbe auquel on ne fait jamais attention. Philopœmen, le plus grand capitaine qu’ait eu la Grèce, le dernier des Grecs, comme l’appelaient les Romains, véritable artiste en guerre suivant l’expression de Plutarque, joignait à ses talents et à ses vertus civiques et guerrières la plus grande simplicité. Jamais de pompeux étalage, jamais de suite nombreuse comme avaient coutume d’en avoir les généraux grecs. Un jour, invité chez un ami, il arrive, suivant son habitude, simplement vêtu et sans serviteur. La maîtresse du logis, qui ne le connaissait pas et qui était en ce moment fort affairée et fort troublée par l’attente de l’illustre général des Achéens, voyant cet homme, le pria sans façon de fendre un peu de bois pour son feu qui n’allait pas à son gré. Philopœmen sourit, se dépouilla de son manteau et se mit gravement à l’œuvre. Le mari entre sur ces entrefaites, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir le général occupé, dans sa propre maison, à cette besogne d’esclave — « Qu’est-ce que cela ? s’écrit-il stupéfait. Quoi ! seigneur… — Je paie l’intérêt de ma mauvaise mine, dit en riant Philopœmen. » Les Arabes disent : Selon l’habit, l’hospitalité.

Payer la goutte (faire)

Delvau, 1866 : Siffler, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Siffler un acteur.

Payer les pots cassés

France, 1907 : Pâtir pour les fautes d’autrui.

J’ai faim, disait ventre creux
Devenu sceptique,
Je suis las des fruits véreux
De la politique,
Tiens ! je paie assez
Les vieux pots cassés.
Les partis
Sont petits.
Chacun a sa bande.
J’aime mieux la viande !

(Eugène Pottier, Chansons révolutionnaires)

Payer les violons

France, 1907 : Payer sans y prendre part les plaisirs d’autrui, avoir la peine sans le profit. Cette expression est fort ancienne. Molière l’a introduite dans une de ses comédies, La Comtesse d’Escarbagnas : « Pour moi, je ne suis pas d’honneur à payer les violons pour faire danser les autres. »
Les Romains disaient : Delirant reges, plectuntur achivi, « les rois font des turpitudes et c’est le peuple qui souffre. »

Payer sa fiole, sa hure, sa tête (se)

France, 1907 : Se moquer de quelqu’un.

Tous ces conscrits auraient bougrement envie de pleurer, — mais, tous, ravalent leurs larmes, crainte que les camaros se payent leur fiole et aussi pour montrer qu’on est un homme.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Amédée de Saint-Gapour crut comprendre, à ce moment, que la dame se payait sa tête.
Très vexé et fou d’amour, il se précipita sur elle en imitant, à s’y méprendre, le cri du carme.
(Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.)

(Alphonse Allais)

Quelqu’un veut se payer ma tête…
Mais j’ai bon œil et bon poignet,
Et d’une aventure aussi bête
Avant peu j’aurai le cœur net !

(Jules Célès)

Payer un homme (se)

Virmaître, 1894 : Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent. Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.
— Elle se paye autant d’hommes qu’elle change de chemises (Argot des filles). N.

Payer un moos, la goutte (se faire)

Fustier, 1889 : Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.

Payer une bosse (s’en)

France, 1907 : S’en donner à cœur joie.

Aplati sous le joug d’une bossue atroce (Louis XII)
Il la quitte, et bientôt avec sa liberté,
Recouvre le bonheur et la tranquilité ;
De là le mot fameux : « S’en payer une bosse ! »

(Charles Tabaraud)

Payer une course (se)

Delvau, 1866 : Courir, — dans l’argot des faubouriens.

Payer, Aglaé (tu vas me le) !

Rigaud, 1881 : Locution très répandue, il y a une dizaine d’années, lorsqu’on était mécontent de quelqu’un, lorsqu’une proposition paraissait extravagante ou déplacée, une prétention exagérée.

Payette

France, 1907 : Diminutif de paye ; petite récompense. Lorsque les bergères du Centre sont contentes de leurs chiens, elles les rappellent en criant : « À la payette ! »

Payot

Bras-de-Fer, 1829 : Forçat écrivain.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat chargé d’une certaine comptabilité.

Rigaud, 1881 : Forçat cantinier et comptable, une des places les plus recherchées des anciens bagnes. C’était une place accordée ordinairement aux anciens notaires, aux agents de change qui avaient eu des malheurs.

France, 1907 : Forçat chargé des comptes.

Le payot distribue les vivres, fait la paye et se charge à juste prix de la correspondance des camarades. C’est à la fois un fourrier du bagne et un écrivain public.

Pays

d’Hautel, 1808 : Bonjour pays. Se dit en saluant un compatriote.
C’est mon pays. Pour dire il est né dans le même pays que moi.
Autant de pays, autant de guises. Pour dire que chaque peuple à des mœurs différentes.
Juger à vue de pays. Pour dire par approximation ; sans être précisément certain.
De quel pays venez-vous donc ? Se dit à celui, qui ignore une nouvelle que tout le monde sait depuis long-temps.
Il lui a fait voir bien du pays. Signifie, qu’on a donné bien de l’exercice à un homme ; qu’on l’a entretenu d’affaires pénibles.
Il a gagné le pays, il a vidé le pays. Pour, il s’est sauvé, il s’est enfui.
Battre du pays. S’éloigner de son sujet, dire un grand nombre de choses inutiles.
Il est encore bien de son pays celui-là. Pour, il est bien sot, bien ridicule, bien niais, de s’imaginer cela ; se dit généralement de ceux qui font des propositions que l’on ne peut accepter.

Larchey, 1865 : Compatriote. V. d’Hautel, 1808. — V. Coterie.

Falleix trouvait son vieux pays trop cher.

Balzac.

Ces primeurs exposées pour le plaisir des caporaux et de leurs payses.

Id.

Delvau, 1866 : s. m. Compatriote, — dans l’argot des soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Pays Bréda

Delvau, 1866 : Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Pays des marmottes (le)

Delvau, 1866 : La terre, — dans l’argot du peuple. S’en aller dans le pays des marmottes. Mourir. On dit aussi le Royaume des taupes.

Pays Latin

Delvau, 1866 : Le quartier des Écoles, genus latinum. On dit plutôt le Quartier latin.

France, 1907 : Le quartier des Écoles.

Code, amour, chant, tout marche à l’unisson !
Voilà comme on vit,
Comme on chante soir et matin,
Voilà comme on rit
Dans notre beau Pays Latin !

(Henry Murger)

Pays-Bas

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les possessions de messire Luc, — métropole et colonies.

France, 1907 : Le postérieur et ses environs. « Dites donc, vous, Monsieur le gandin, avez-vous fini d’explorer les Pays-Bas de ma fille ? — Vous faites erreur, Madame Cardinal, je ne suis que dans le Bas-Rhin ! »

Pays-Bas (les)

Delvau, 1864 : La nature de la femme et les parties circonvoisines.

Ce ne sont point ses draperies,
Son tabac ni ses broderies
Dont on fait cas ;
Mais chemise fine et de Frise
Donne goût pour la marchandise
Des Pays-Bas.

Collé.

Pays, payse

Merlin, 1888 : Compatriote.

France, 1907 : Compagnon, compatriote ; nom que les soldats donnent à leur maîtresse et réciproquement.

Une conversation des plus intéressantes était engagée entre le biffin et la nounou qui avait tout d’un coup découvert qu’ils étaient presque pays. — C’est toujours comme cela que ça commence…

(La Baïonnette)

Paysage (faire bien dans le)

Rigaud, 1881 : Concourir au coup d’œil général, produire bon effet, rehausser une toilette. — Pour les mondaines, un bracelet en diamants fait bien dans le paysage, les soirs d’Opéra. Pour un ivrogne, une rangée de bouteilles sur le dressoir fait bien dans le paysage.

Paysan

d’Hautel, 1808 : C’est un gros paysan. Se dit par mépris d’un rustre, d’un lourdaud, d’un homme grossier et stupide.
C’est lui qui est le paysan. Pour dire, c’est lui qui est dupe de la farce ; qui supporte les charges de cette affaire.

Payse

Delvau, 1864 : Qualité que se donnent devant leurs maîtres les bonnes et les cuisinières, pour avoir le loisir de causer de — et de piner avec — son pays, qui est ordinairement un troupier français.

Mais, ne t’ai-je pas dit, Chauvin,
Que je n’ puis plus boire de vin ?
Combien de fois faut-il que je te l’dise ;
Je m’ai pas assez méfié d’la pays…
Pas assez méfié d’ la payse.

Allard.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des soldats, qui sont volontiers du même pays que la bonne d’enfants qu’ils courtisent.

Pchutt

France, 1907 : Élégance, bon ton. Voir Pshutt.

Péaix

un détenu, 1846 : Malin, méchant. Faire le péaix : faire le méchant.

Peau

d’Hautel, 1808 : Il crève dans sa peau. Se dit de quelqu’un qui éprouve une jalousie intérieure, un dépit secret.
La peau lui démange. Se dit d’un querelleur, d’un homme qui cherche dispute sans fondement ; qui s’expose à se faire battre.
Elle a envie de sa peau. Se dit d’une femme qui recherche un homme en mariage.
Je ne voudrois pas être dans sa peau. Signifie qu’on ne voudroit pas être à la place de quelqu’un qui s’est attiré une mauvaise affaire.
Il ne changera pas de peau ; il mourra dans sa peau. Se dit d’un homme incorrigible.

Larchey, 1865 : Laide ou vieille prostituée.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens. C’est le jeu de mots latins : pellex et pellis. On dit aussi Peau de chien.

Rigaud, 1881 : Prostituée de rebut.

La Rue, 1894 : Basse prostituée. De la peau ! Non, rien.

France, 1907 : Prostituée, fille ou femme de mauvaise vie ; argot populaire. On dit aussi dans le même sens ; peau de chien ou peau de requin.

Quelle est donc cette petite peau de chien que vous veniez de lever l’autre jour sur le boulevard ?
— C’est ma sœur !

(Henri Rochefort)

— L’grand Joseph, du boulevard Barbès, payait-i’ pas l’aut’ soir à diner et d’son pognon, à la grande Irma, du Joubert, et Albertine du Grand-Seize, deux peaux de requins qui n’marchent qu’ensemble et qui s’sont bien offert sa fiole au restaurant d’la Pêche miraculeuse ?

(Jean Lorrain)

Peau (de la) !

Fustier, 1889 : Non ! Rien !

Peau (en)

La Rue, 1894 : Nu. Femme en robe décolletée.

Peau (être en)

France, 1907 : Être en robe décolletée.

Peau (la) !

France, 1907 : Exclamation faubourienne signifiant rien ; synonyme de du flan ! des nèfles !

Y a-t-il espoir d’arriver à quelque chose en changeant encore la couleur du député ?
La peau ! On peut en coller d’aussi radicaux, d’aussi socialos, d’aussi fulminants qu’on voudra, — ce sera toujours la même ritournelle !

(Le Père Peinard)

Hier, je m’suis dit : De la peau !
Non, je n’sors pas mon drapeau
Sur l’ordre du père La Famine
Et ce que je pense en d’dans
Y’ l’dirait même à Lépine…
Moi, j’aime pas les présidents.
C’est un tas de vieux gâteux
Qu’ont toujours la mite aux yeux
Et qui vous font d’la morale.
Y sont grincheux et pédants,
Ou faut qu’on leur rince la dalle…
Moi, j’aime pas les présidents.

(La Petite République)

Faire quelque chose pour la peau, c’est-à-dire pour rien, équivalent de « travailler pour le roi de Prusse ».

Peau (porter à la)

France, 1907 : Exciter les désirs sensuels. « Il est des femmes qui, quoique jolies, ne portent pas à la peau, tandis que des laides font commettre des folies. »

Cela lui rappelait Emma, une institutrice de grande maison ! Très jolie, très romanesque, très idéale ! Elle avait la passion des billets doux et l’avait inondé de son style pendant plus d’un an ! Chose étrange ! Cette femme ne lui portait pas à la peau, et il l’avait aimée plus que toutes les précédentes. Un changement de garnison les avait séparés. Depuis, il avait appris qu’elle s’était mariée à un fils de famille qui s’était toqué de ses yeux bleus et de son style passionné.

(Monthabor, Le Régiment illustré)

Peau (traîner sa)

Rigaud, 1881 : Traîner son corps de côté et d’autre ; ne savoir que faire de sa personne.

Peau courte (avoir la)

Virmaître, 1894 : Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots. Mot à mot : péter (Argot du peuple).

France, 1907 : Elle se crève et il en sort un vent ; euphémisme populaire pour péter.

Peau d’ane

Delvau, 1866 : s. f. Tambour, — dans l’argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d’une peau de chèvre ou de veau. Faire chanter ou ronfler la peau d’âne. Battre le rappel, — dans l’argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de plaisir.

Peau d’âne

Rigaud, 1881 : Tambour.

Merlin, 1888 : Tambour.

France, 1907 : Le tambour ; argot militaire. « Faire ronfler la peau d’âne. »

Je me lève, avec lenteur, car on a tant abusé du tambour depuis quelques mois !… Cependant, il y a bien une quinzaine de jours que la peau d’âne n’a ronflé.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Peau de balle

France, 1907 : Rien, néant ; argot populaire. Cette singulière expression est parfois suivie de cette autre : balai de crin.

— Vous ne vous intéressez plus à rien, ni aux êtres, ni aux choses, ni aux idées ?
— Je m’intéresse à peau de balle !
— Qu’est-ce que c’est que ça, peau de balle ?
— C’est un mot appartenant naguère au répertoire de l’armée et signifiant le néant. Ce terme passa bientôt dans le domaine civil, où il fit une rapide fortune.

(Alphonse Allais)

Il nous arrive assez souvent
De suivre une blonde jeunesse,
Et de lui dire en la suivant
Combien elle nous intéresse.
« Mademoiselle, écoutez-moi,
Depuis si longtemps je désire
Vous entretenir de ma foi !
Ou donc vous voir ? daignez le dire,
— Un rendez-vous ?
J’vous l’donn’ chez nous ;
J’suis fille honnête
À conscienc’ nette ;
Papa s’y trouv’ra,
De cett’ façon-là
Vous d’mand’rez ma main ;
On vous attend d’main…
(Parlé.) Sinon, peau d’balle et balai d’crin !

(Belhiatus)

Peau de bite et balai de crin

Rigaud, 1881 : Même signification, — dans l’argot de la marine, que peau de libi et peau de nœud, — dans celui-de l’armée de terre. C’est une formule dénégative qui équivaut à : rien, pas le sou, jamais de la vie.

Peau de bouc

Fustier, 1889 : Sein. Argot des régiments d’Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.

Peau de lapin

Rigaud, 1881 : Nom qu’on donne aux professeurs les jours de cérémonie, parce que l’insigne de leur grade est une peau d’hermine. (Albanès, Mystères du collège, 1845.)

Virmaître, 1894 : Nom donné aux ouvrières cartonnières :
— Jamais mes peaux de lapins ne turbinent le lundi (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Cartonnière. Faire la peau de lapin, vendre des contremarques à la porte des théâtres.

Peau de lapin (faire la)

Rigaud, 1881 : Agioter sur les contre-marques, — dans le jargon des voyous.

Peau de libi

Rigaud, 1881 : Non, ne pas, — dans le jargon du régiment. Et les synonymes : peau de balle, peau de nœud. Se dit souvent d’une manière ironique. Il est poli, peau de nœud ! traduisez : On n’a jamais vu de particulier moins poli. — Dans le jargon des voleurs : Faire peau de balle signifie avoir manqué un vol, n’avoir rien trouvé à voler.

Peau de tambour (faire)

France, 1907 : Ne rien faire ; même sens que peau de balle et balai de crin.

Première femme. — C’est pas tout cela ; il faut payer. Què’que t’as fait, toi, ce soir ?
Seconde femme. — Moi ? peau de tambour.
Troisième femme. — C’est que c’est vrai. On ne f… plus rien. Si on n’avait pas des amis à passion, il faudrait tout bazarder.

(Le Gil Blas)

Peau de zébi

France, 1907 : Rien. Même sens que peau de balle, peau de tambour. Argot rapporté des troupiers d’Afrique. Zébi est en arabe le membre viril.

À Biribi c’est là qu’on marche,
Faut pas flancher ;
Quand l’chaouch crie : « En avant ! marche ! »
I’faut marcher,
Et quand on veut fair’ des épates,
C’est peau d’zébi :
On vous fout les fers aux quat’ pattes,
À Biribi !

(Aristide Bruant)

Allons, y a trop longtemps qu’on t’gourre !
Vieux populo, soupé cett’ fois.
Dis au politicard qu’il t’courre
Sur l’haricot avec ses lois !
Dis-lui : J’ai maré d’la pestaille,
Frocards, jugeurs et autr’ fourbis
Du mêm’ tonneau, qui font ripaille,
Quand moi que j’trim’ j’ai peau d’zébi !

(Le Père Peinard)

Peau de Zobi

Rossignol, 1901 : Ce mot qui se dit souvent, même dans les chansons de cafés-concerts, ne veut toujours rien dire de la façon dont il est employé. Zobi est arabe, c’est le superflu qui distingue l’homme de la femme. J’ai bien souvent entendu des gens se servir de ce mot, ignorant ce qu’ils disaient.

Peau et chemise (être comme)

France, 1907 : Être liés, attachés l’un à l’autre comme le sont la peau et la chemise.

Étant sergent-major, il a mangé deux ans de Biribi pour détournements de fonds. Il m’a raconté ça, dans le temps ; car nous sommes très liés, amis comme peau et chemise.

(Le Journal)

Peau ou Peau de balles

Rossignol, 1901 : Rien. Celui qui ne possède que peau, nib ou gninte n’est pas riche. — « Je devais t’acheter des bottines, mais tu n’auras que peau de balles. » Diminutif de balloches, allusion à l’appendice qui distingue le sexe.

Peau trop courte (avoir la)

Rigaud, 1881 : C’est une aimable plaisanterie qu’on lance pour s’excuser d’une incongruité sonore. — Parler, pendant le sommeil, avec l’antipode de la bouche.

Peaufin, peaufine

France, 1907 : Nom que l’on donne dans les écoles militaires aux élèves de jolie figure. Petits qui remplissent près des grands le rôle d’Alcibiade près du sage Socrate : dans les lycées, on les appelle lapins.

Peaufiner (se)

France, 1907 : Se parer, faire toilette ; argot du Borda. Parfaire une chose, dans l’argot populaire.

Peaufinoir

France, 1907 : Miroir ; argot du Borda.

Peausser (se)

Larchey, 1865 : Se déguiser. — Mot à mot : se cacher dans la peau de.

Je vais me peausser en gendarme.

Balzac.

Rigaud, 1881 : Se déguiser.

France, 1907 : Se déguiser, littéralement prendre une autre peau ; argot des voleurs.

— Je vais me peausser en gendarme.

(Balzac)

Peautre

d’Hautel, 1808 : Envoyer quelqu’un à peautre. Phrase triviale et populaire qui signifie, chasser, renvoyer quelqu’un.

Pébroque

Hayard, 1907 : Parapluie.

Pec

France, 1907 : Niais, imbécile, idiot, fém. pèque ; les diminutifs sont peguin et pegot, radical de pécore, du latin pecus, pecoris. Voir Pékin.

Peccata

d’Hautel, 1808 : C’est un gros peccata. Pour dire un rustre, un grossier personnage.

Peccavi

Halbert, 1849 : Péché.

France, 1907 : Péché ; argot des voleurs, qui ont, nous ne savons comment, retenu ce latinisme.

Péché

d’Hautel, 1808 : Elle est laide comme un péché mortel. Locution satirique, pour dire qu’une femme est laide à faire peur.
Ils se sont dit les sept péchés mortels. Pour ils se sont dit les plus grosses injures.
Péché mignon. Inclination vicieuse de laquelle on ne peut se défaire.
Mettre quelqu’un au rang des péchés oubliés. N’y vouloir plus songer ; en perdre le souvenir, la mémoire.
Rechercher les vieux péchés de quelqu’un. Rechercher minutieusement les erreurs passées d’une personne ; scruter sa vie privée, à dessein de lui nuire.

Pêche

Fustier, 1889 : Tête, physionomie.

France, 1907 : Tête. Se faire épiler la pêche, se faire raser.

France, 1907 : Excrément. Déposer une pêche, faire ses besoins.

Comm’ j’étais pressé, j’me dépêche,
Et me faufil’ comme un cabot,
Et j’pos’ delicat’ment ma pêche
Dans eune espèce d’lavabo.

(Aristide Bruant)

Pêché (à chef de)

France, 1907 : À fin de compte, enfin. Cette vieille expression, que l’on trouve souvent répétée dans les Cent Nouvelles nouvelles, est encore usitée dans nombre de campagnes.

Pêche (poser une)

Fustier, 1889 : Alvum deponere.

Pêche à quinze sous

Delvau, 1866 : s. f. Lorette de premier choix, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d’Alexandre Dumas fils.

Rigaud, 1881 : Pécheresse du dessus du panier… de la prostitution. — Métaphore du cru Dumas fils, tonneau du Demi-Monde.

Je sais bien qu’on n’a encore aujourd’hui qu’une médiocre estime pour le panier des pêches à quinze sous.

(Ed. Texier, Les Choses du temps présent.)

N’étaient-elles pas plus sympathiques, ces filles de Paris… que toutes ces drôlesses, pêches à quinze sous de Dumas fils ?

(Maxime Rude.)

France, 1907 : Prostituée de premier choix ; la fleur du panier de Vénus.
Cette expression appartient à Alexandre Dumas fils.

C’était à la Comédie-Française, le soir de la reprise du Derni-Monde. On voyait là tout le champ familier des nobles et purs castors et même une jolie variété de pêches à quinze sous.

(Dubut de Lafrorest)

Pécher

d’Hautel, 1808 : Qui perd pèche. Proverbe qui signifie que celui qui a perdu quelque chose se laisse souvent aller à des jugemens téméraires, et passe quelquefois les bornes de la justice et de la modération.

Delvau, 1864 : Faire l’acte copulatif, — qui est bien le plus agréable des sept péchés capitaux.

Si le cœur vous en dit, et si votre âme goûte
Les appas d’un si doux péché,
Achetez un galant.

De Senserade.

Combien de fois s’est commis le péché ?
Trois fois sans plus, répond le camarade.

Grécourt.

Ma fille et ce jeune homme
Sont dans cet âge où, n’en déplaise à Rome,
Il faut pécher si l’on veut être heureux.

Comte de Chevigné.

Pêcher

d’Hautel, 1808 : Pour dire, prendre.
Où a-t-il donc pêché cet argent là ? Se dit d’un homme sans fortune, sans moyens, qui fait tout-à-coup de grosses dépenses.
Pêcher en eau trouble. Se prévaloir du désordre d’une affaire pour en faire son profit, s’enrichir des misères publiques.
Pêcher au plat. Prendre au plat ; se dit particulièrement de quelqu’un qui aime à jouir de ce qui ne lui cause point de peine.
Toujours pêche qui en prend un. Pour dire que celui qui fait un petit gain ne perd pas son temps.

France, 1907 : Prendre de l’eau, être envahi par l’eau. « Cette rivière à un gué où la voiture pêche. » Prendre, retirer avec un certain effort, avec adresse et précaution. Se dit de toute espèce d’objets et dans un sens dérivé de la pêche. « Pêcher des outils dans un magasin, pêcher du linge dans un coffre. » En Touraine, on va jusqu’à dire : « pêcher des rats dans un grenier ; pêcher des moineaux » ; on dit même pêcher de l’eau, puiser.
Les mariniers disent : « se pêcher et se repêcher », pour trouver fond avec leur bourde (bâton ferré).

(Gloss. du Centre)

Pêcher en eau trouble

France, 1907 : But de presque tous les politiciens.

Quand l’eau des rivières est bien troublée par suite des pluies, les pêcheurs ont beau jeu, parce que les poissons, ne pouvant apercevoir les filets, y entrent plus facilement. De ce fait, on a établi la comparaison avec ce qui se passe dans une nation lorsqu’elle est agitée par les discussions et les discordes civiles. Ceux qui manient les affaires publiques et veulent y faire des profits spéculent sur le malheur des temps et satisfont sans se gêner leur cupidité et leur ambition. Ils pêchent en eau trouble.

(Didier Loubens)

Pêcher une friture dans le Styx

Delvau, 1866 : Être mort, — dans l’argot des faubouriens qui ont lu M. de Chompré. Aller pêcher une friture dans le Styx. Mourir.

France, 1907 : Mourir. Le Styx est, on le sait, le fleuve qui, d’après la mythologie des Grecs et des Romains, tournait sept fois autour de l’enfer.

Pécheresse

Delvau, 1864 : Gourgandine, femme qui veut être juste et qui, en conséquence, pèche sept fois par jour, en collaboration avec les hommes.

Il ne veut pas affirmer, ni que ce fût une pécheresse, ni qu’elle fût femme de bien.

Sarrazin.

Pécheur

d’Hautel, 1808 : Un vieux pécheur. Pour dire, un vieux libertin, un homme qui, quoique dans un âge avancé, a conservé toux les vices d’une jeunesse corrompue.

Péchon

La Rue, 1894 : Enfant.

Péchon, peschon de Ruby

Rigaud, 1881 : Petit vaurien, enfant ; du provençal pichoun, petit, — dans l’ancien argot.

Pechonner

France, 1907 : Voler. Vieux mot.

Péchonner

La Rue, 1894 : Voler. Péchonnerie, vol.

Péchonnerie

France, 1907 : Vol.

Pécore

d’Hautel, 1808 : Une petite pécore. Une petite fille sottement orgueilleuse ; une petite impertinente.

Pécoreur

France, 1907 : Tricheur au jeu, grec.

Pecque

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux que l’on applique à une femme revêche et acariâtre, à une pie grièche qui se mêle dans toutes les affaires pour les envenimer.

Pectoral (s’humecter le)

Rigaud, 1881 : Boire. (Dict. comique.)

Pécume

Halbert, 1849 : Argent.

Pécune

d’Hautel, 1808 : Pour, argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — Vieux mot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (pecunia) et à la tradition : « Repoignet-om nostre trésor el champ, et nostre pécune allucet-om el sachet. » (Sermons de saint Bernard.)

Rigaud, 1881 : Argent.

France, 1907 : Argent. Vieux mot, du latin pecunia, encore employé dans le Midi.
« Les nerfs des batailles sont les pécunes », dit Rabelais.

La lune au ras des flots étincelants
Casse en morceaux ses jolis écus blancs.
Bon sang ! que de pécune !
Si ton argent, folle, t’embarraissait,
Pourquoi ne pas le mettre en mon gousset,
Ohé, la lune ?

(Jean Richepin, La Mer)

Pédaler

France, 1907 : Monter en vélocipède, bicycle, bicyclette, tricycle, etc. Néologisme. Ce fut un serrurier-charron de Paris, Pierre Michaux, qui, en 1855, eut l’idée d’adapter des pédales à une sorte de vélocipède primitif appelé draisienne ou célérifère, incommode et lourd, qu’on lui avait donné à réparer et qui apporta par cette adaptation une révolution dans la vélocipédie.

— D’ailleurs, au Point-du-Jour, plus rien à faire depuis que les barbeaux de Montmartre et de Batignolles y descendent le lundi y faire leur poussière en bicyclettes, crevant de santé dans des maillots chiffrés, des maillots de soie comme des copailles, les mollets nus (as-tu fini !), et sans leurs biceps, l’air de ronds-de-cuir des ministères, parole ! de sales bourgeois, de ceusse qui, tous les dimanches, pédalent et suent sur leurs machines, entre Saint-Cloud et la Grande-Jatte, ou bien de Neuilly à Bougival. D’abord, y en a plus que pour eux et leurs sales poires ; le moyen d’aborder une menesse ? ils jouent les michés, parole ! plus moyen d’engailler, d’embarquer une bergère, plus de place pour un chopin.

(Jean Lorrain)

Chacun voudrait s’en aller
Avec sa compagne,
C’est si bon de pédaler
En pleine campagne !

(Victor Leca, Écho de la Pédale)

Pédaleur, pédaleuse

France, 1907 : Personne qui monte en vélocipède.

Y en a qui s’conduisent très bien,
À qui l’on n’peut reprocher rien,
Mais la plupart sont des farceuses,
Les pédaleuses.
Y en a qu’ont très peu pédalé,
Mais y en a qu’ont beaucoup roulé,
Car ell’s sont très aventureuses
Les pédaleuses.

(Émile Hauton)

Pédaliser

France, 1907 : Autre forme de pédaler. La quelle est la bonne ?

Le ménage s’est offert pour neuf cents francs de pneumatiques, tout le monde ne peut pas rouler en voiture. Madame fait des records inquiétants ; Madame si mince il y a cinq ans, a trente ans aujourd’hui, et les mollets lui sont venus : Ursule, qui va sur sa onzième, pédalise comme père et mère, et tous les dimanches, des patron-minette, le temps d’installer le jambon, le poulet froid et le vin cacheté dans le panier, tout ce petit monde s élance sur ses montures d’acier, file et fend l’air et l’espace, épatant les concierges par d’étranges tenues de médailles du Club Alpin, le gras des jambes au vent, fait des records à travers le bois de Boulogne et rentre à minuit, abominé par les cochers de fiacre.
Mais quelle belle journée et quel bain d’air !

(Jean Lorrain)

Pedan, pedané

France, 1907 : Inférieur, d’ordre subalterne : vieux mot, qu’on trouve dans Rabelais : « juge pedané ». Les cours pedanes étaient des tribunaux d’ordre inférieur. On appelait. notaire pedan celui qui exerçait près de ces petits tribunaux. D’après Bescherelle, ce mot viendrait de ce que les juges de ces petits tribunaux rendaient la justice debout dans les villages ; d’après d’autres, de ce que leur médiocre fortune ne leur permettait que d’aller à pied ; suivant d’autres enfin, de ce qu’ils s’asseyaient sur des sièges plus bas que ceux des autres juges. Du latin pedaneus.

Pédé

Halbert, 1849 : Sodomiste.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Pédéraste, — dans l’argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient tantôt ple pour plenus, tantôt ur pour nominatur.

Pédé (?)

Rossignol, 1901 : Actif de chatte. Si vous voyez un individu mettre la main sur le cou d’un jeune homme et lui demander : « Sais-tu lire ? — Oui, Monsieur. » S’il lui met ensuite la main sur les reins, et qu’il lui demande : « Tu sais écrire ? — Oui, Monsieur. » Et qu’il descende la main encore plus bas en demandant : « Tu sais calculer ? — Oui, Monsieur. » Et si l’individu tape avec satisfaction à l’endroit où il a mis la main en dernier en disant : « J’aime ça, j’aime ça, »vous pouvez croire que c’est un pédé.

Pédé, pédéro

Rigaud, 1881 : Pédéraste.

Pédéraste

Virmaître, 1894 : Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci : homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).

Pedero

un détenu, 1846 : Sodomiste.

Pédéro

Delvau, 1866 : s. f. Non conformiste, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, Don Pédéro.

Pédéro, pédé

Larchey, 1865 : Pédéraste (Vidocq).

Pedzouille

Rigaud, 1881 : Paysan. — Homme faible, sans énergie, poltron.

Peg

un détenu, 1846 : Péril, danger.

Pégal

Rossignol, 1901 : Mont-de-piété.

Pégale

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. En argot, pèse a le sens d’argent. Pégale doit être un dérivé de pèse et une déformation de pésale.

Pégoce

Delvau, 1866 : s. m. Pou, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Puce d’hôpital.

Rigaud, 1881 : Pou. La variante est : puce d’hôpital. — Pégosier, pouilleux.

Virmaître, 1894 : Pou. On dit aussi gau. Abasourdir des gaux : tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).

Pégoces

anon., 1827 : Pous.

Bras-de-Fer, 1829 : Poux.

Halbert, 1849 : Pous.

Pegosse

un détenu, 1846 : Vermine.

Pégosse

Hayard, 1907 : Pou.

Pégots

Rossignol, 1901 : Poux. Pégosses, poux.

Pégraine

un détenu, 1846 : Misère.

Delvau, 1866 : s. f. Faim, — dans l’argot des vagabonds et des voleurs. À proprement parler, cela signifie, non qu’on n’a rien du tout à manger, mais bien qu’on n’a pas trop de quoi, — une nuance importante. Caner la pégraine. Mourir de faim.

Pègre

M.D., 1844 : Voleur.

un détenu, 1846 : Petit voleur.

Larchey, 1865 : Voleur.

Un jour à la Croix-Rouge, nous étions dix à douze, tous pègres de renom.

Vidocq.

Pégrenne : Faim, misère. — Pégrenner : Faire maigre chère. V. Bachasse.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur. Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère — et surtout de la fainéantise (pigritia, — piger). Pègre à marteau. Voleur de petits objets ou d’objets de peu de valeur.

Delvau, 1866 : s. f. Le monde des voleurs. Haute pègre. Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout. Basse pègre. Petits voleurs en blouse, qui n’exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part — qu’aux Madelonnettes ou à la Roquette.

Rigaud, 1881 : Voleur, de l’italien pegro, pigro, fainéant.

La Rue, 1894 : Voleur. La pègre, le monde des malfaiteurs. Pègre ou peigne à marteau, voleur sans notoriété. Pegriot, jeune voleur. Pègre de la grande vergne, voleur de Paris.

Pègre (haute)

Larchey, 1865 : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq.

La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses.

Canler.

Pègre (la)

Rigaud, 1881 : Le monde des malfaiteurs. « Le troisième dessous », suivant l’expression de Victor Hugo. Il comprend les escarpes et les grinches, qui se subdivisent, pour les derniers, d’après les spécialités, en bonjouriers, caroubleurs, chanteurs, cambrioleurs, roulottiers, chineurs, robignolleurs, cerfs-volants, etc. etc. Depuis le pégriot, qui vole le mouchoir, jusqu’au drogueur de la haute, qui émet pour plusieurs centaines de mille francs d’actions imaginaires, depuis le voleur qui travaille sur la grande route avec accompagnement de gourdin, jusqu’à l’assassin de profession, tout ce qui vit de vol et d’assassinat fait partie de la pègre. De même qu’il y a la haute et la petite banque, le haut et le petit commerce, de même il y a la haute et la petite pègre. La haute pègre ou les pègres de la haute, c’est l’aristocratie du vol et de l’assassinat ; la basse pègre ou pégriots, c’est le prolétariat du crime.

La haute pègre a ses grands hommes, ses héros. Lacenaire, Verger, sont les demi-dieux de la haute pègre. Dumollard n’est qu’un ignoble pégriot.

(Moreau-Christophe, Le Monde des coquins.)

Pègre à marteau, Pégriot

Rigaud, 1881 : Voleur à qui l’occasion ou l’audace a manqué pour se faire un nom dans le monde des scélérats ; c’est le prolétaire du vol. — C’est un affreux voyou doublé d’un voleur.

Pègre, pégriot

Hayard, 1907 : Voleur ; petit voleur.

Pegrenne

La Rue, 1894 : Misère, malheur. Faim.

Pégrenne

Rigaud, 1881 : Misère, malheur, faim. Caner la pégrenne, casser la pégrenne, mourir de faim. Fine pégrenne, à toute extrémité, — dans l’ancien argot.

Pégrenné

Rigaud, 1881 : Affamé ; très misérable.

Pégrer

Delvau, 1866 : v. n. Voler. Signifie aussi : Être misérable, souffrir.

Pègres

Virmaître, 1894 : Voleurs. Les pègres forment deux catégories : la haute et la basse pègre (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Voleurs.

Pègres de la grande vergne

Bras-de-Fer, 1829 : Voleurs de grande ville.

Pegriot

Larchey, 1865 : Apprenti voleur se faisant la main aux étalages. — Canler. — V. Boucannier.

Pégriot

Halbert, 1849 : Petit voleur.

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.

Virmaître, 1894 : Petit voleur. Diminutif de pègre. Le pégriot est d’une très grande utilité pour les ratiboiseurs de boutanches, qui pratiquent le vol au radin (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Jeune voleur.

Pégriot (brûler le)

La Rue, 1894 : Effacer les traces d’un vol.

Peigne

d’Hautel, 1808 : Se donner un coup de peigne. Pour dire, se battre ; vider une querelle, un différend à coups de poing.
Sale comme un peigne. C’est-à-dire, au-delà de toute expression.

Delvau, 1866 : s. m. Clé, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Clé. De même que le peigne débrouille les cheveux, la clé débrouille la serrure.

La Rue, 1894 : Clé.

Peigné

d’Hautel, 1808 : Un mal peigné. Un homme mal vêtu, malpropre, dont l’habillement est dans un grand désordre, ce qui dénote fort souvent un vaurien.

Peigne à marteau

Clémens, 1840 : Mauvais, ou petit voleur.

Peigne des Allemands

Delvau, 1866 : s. m. Les cinq doigts.

Peigne-cul

Delvau, 1866 : s. m. Fainéant, traîne-braies, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Mal appris, grossier.

Virmaître, 1894 : Homme vil, bas, flatteur. Mot à mot : homme de rien. Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Voyez fleure-fesses.

Peignée

d’Hautel, 1808 : Pour batterie, dispute, rixe, querelle où l’on en vient aux coups.
Ils se sont donnés une bonne peignée. Pour, ils se sont battus ; ils se sont arrangés comme il faut.

Delvau, 1866 : s. f. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux cheveux. On dit aussi Coup de peigne. Se foutre une peignée. Se battre.

Rigaud, 1881 : Scène de pugilat entre dames. La peignée a pour synonyme le crêpage de chignons.

Peignée, coup de peigne

Larchey, 1865 : Lutte dans laquelle on s’empoigne aux cheveux, et, par extension, combat.

Les enfants des sans-culottes qui vont se f… un coup de peigne avec les brigands de la Vendée.

1793, Hébert.

Là-dessus, elles commencent à se repasser une peignée des mieux administrées, criant, jurant, se rossant comme deux enragées.

Vidal, 1833.

Peigner

d’Hautel, 1808 : Se peigner. Pour dire se battre se prendre aux cheveux.
Peigner quelqu’un à la turque. Le maltraiter, le rosser, lui donner la bastonnade.

Peigner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se battre. C’est le verbe to pheese des Anglais. On dit aussi Se repasser une peignée.

Rigaud, 1881 : Se battre. Ici les poings font l’office de peigne et démêlent le différend.

La Rue, 1894 : Se battre.

Peigner un diable qui n’a pas de cheveux

Virmaître, 1894 : Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).

Peinard

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard ; homme souffreteux, usé par l’âge ou les chagrins, — dans l’argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Prudent, malin.

Peinard (en)

Hayard, 1907 : Doucement.

Peindre en pleine pâte

Delvau, 1866 : v. a. Peindre à pleines couleurs, — dans l’argot des artistes.

Peine

d’Hautel, 1808 : Il a perdu son temps, aussi sa peine. Pour, il a travaillé inutilement, il a pris des soins inutiles.
Peine de vilain n’est comptée pour rien. Signifie qu’on fait peu d’attention à la peine d’un artisan, tandis qu’au contraire on exalte le plus petit travail, les moindres fatigues, ou démarches d’un homme de qualité.
Elle en vaut bien la peine. Pour dire que quel qu’un mérite les égards, le respect qu’on a pour sa personne. Se dit aussi d’une femme jolie à qui l’on fait la cour.
Ce n’est pas la peine d’en parler. Se dit finement pour exagérer un service, tout en feignant de vouloir en diminuer le prix.
À grand peine. Pour dire aisément, facilement.
Homme de peine. Nom que l’on donne communément à un portefaix, à un crocheteur, et à tout homme dont l’industrie consiste dans la force physique.

Peiner

Rigaud, 1881 : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal à l’ouvrage ; avoir beaucoup de peine, beaucoup d’ennui.

Peintre

Larchey, 1865 : Balayeur. V. Pinceau.

Delvau, 1866 : s. m. Balayeur, — dans l’argot des troupiers.

Peinture

d’Hautel, 1808 : En peinture. Expression comique passée parmi le peuple, qui s’en sert à tort et à travers.
Il est, brave, mais c’est en peinture. Se dit d’un hâbleur, d’un fanfaron qui recule au champ d’honneur.
Il est riche, mais c’est en peinture. Se dit d’un olibrius, d’un gascon qui vante sans cesse ses biens et ses terres, et qui a à peine de quoi dîner.
On dit aussi d’un homme qui n’a pas quitté le clocher de son village, et qui parle continuellement de pays qu’il n’a point vus, il a voyagé, mais c’est en peinture ; etc, etc, etc.

Peinture (ne pouvoir voir en)

Larchey, 1865 : Détester quelqu’un au point de ne pouvoir souffrir son image.

Peintureur

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un peintre au balai, à un barbouilleur.

Peinturlure

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise peinture, — dans l’argot du peuple.

Peinturlurer

Delvau, 1866 : v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.

Peinturlurer (se)

Delvau, 1866 : Se maquiller.

Peinturlureur

Larchey, 1865 : Mauvais peintre. — On emploie le verbe Peinturlurer.

Delvau, 1866 : s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.

Pékin

Larchey, 1865 : « On nomme Pékin tout ce qui n’est pas militaire, comme nous appelons militaire tout ce qui n’est pas civil. » — Talleyrand.

De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre est intitulé les Pékins de Montauban.

Ambert, Constitutionnel du 25 juin 1854.

Delvau, 1866 : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l’uniforme. On écrit aussi Péquin.

Rigaud, 1881 : Sujet de la cour des Miracles qui faisait partie de l’armée des croisés, au XIIe siècle. (Hist. de la prostitution, par Pierre Dufour.)

Merlin, 1888 : Civil, bourgeois.

Pékin de bahut

Rigaud, 1881 : Élève de Saint-Cyr qui a fini ses études. Il est affranchi de l’école, du bahut.

Pékin, péquin

Rigaud, 1881 : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.

Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.

(A. Pommier, Paris.)

Pélago

Delvau, 1866 : n. de l. La prison de Sainte-Pélagie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prison de Sainte-Pélagie, la patronne des journalistes. Les journalistes, qui subissent une condamnation pour délit de presse, sont pensionnaires de Sainte-Pélagie. Mais, il faut tout dire, ils sont séparés des malfaiteurs.

La Rue, 1894 : La prison de Sainte-Pélagie.

Virmaître, 1894 : La prison de Sainte-Pélagie. Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go. Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Prison de Sainte-Pélagie, démolie en l’année 1899.

Hayard, 1907 : Sainte-Pélagie.

Pelard

M.D., 1844 : Du foin.

Delvau, 1866 : s. m. Foin, — dans le même argot [des voleurs].

La Rue, 1894 : Foin.

Pelarde

Delvau, 1866 : s. f. Faulx.

Pelé

d’Hautel, 1808 : Qui n’a point de cheveux. Il y avoit trois pelés et un tondu. Se dit par dérision d’une compagnie peu nombreuse, d’une cérémonie, d’une fête où il n’y avoit presque personne.
C’est un pelé qui se moque d’un tondu. Se dit d’un homme qui a les mêmes défauts que celui dont il veut se moquer.

Delvau, 1866 : s. m. Sentier battu.

Rigaud, 1881 : Grande route. Elle est aussi chauve qu’une demi-douzaine d’Académiciens.

La Rue, 1894 : Grand chemin, route.

Pélerin

d’Hautel, 1808 : Pour, fourbe, hypocrite, qui fait le bon apôtre.
Vous ne connoissez pas le pélerin. Se dit en mauvaise part ; pour, vous ne connoissez pas l’homme.
Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pélerin. Signifie, qu’il faut boire du vin blanc le matin, et du rouge le soir ; et dans un autre sens que ces deux couleurs de l’horizon, dénotent que le jour qui commence sera beau.

Pèlerin

Rigaud, 1881 : Individu dont on ignore le nom, particulier, le premier venu. — Quel est ce pèlerin-là ?

Fustier, 1889 : Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l’année dernière.

Pèleriner

Rigaud, 1881 : Faire un pèlerinage.

Sans le 4 septembre, les pèlerins ne pèlerineraient pas, n’auraient jamais songé à la possibilité de pèleriner.

(G. Guillemot, Le Mot d’ordre, du 5 septembre 1877.)

Pelés et un tondu (trois)

Rigaud, 1881 : Société peu nombreuse. Très peu de monde dans une réunion, dans une soirée, dans une salle de spectacle, à une solennité quelconque.

Les trois pelés et un tondu qui ont manifesté ces jours-ci sur la place de la Bastille.

(Le Triboulet, du 6 juin 1880.)

Pélican

La Rue, 1894 : Paysan.

Pellard

anon., 1827 : Du foin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Foin.

Bras-de-Fer, 1829 : Foin.

Halbert, 1849 : Du foin.

Larchey, 1865 : Foin (Vidocq). — Diminutif du vieux mot pel : poil. L’herbe est le poil de la terre. On dit pelouse.

Rigaud, 1881 : Foin, — dans le jargon des voleurs.

Pelle

d’Hautel, 1808 : C’est la pelle qui se moque du fourgon. Se dit d’un homme qui reprend dans les autres les défauts dont il est personnellement entaché.

Larchey, 1865 : Chemin (Id.). — Pelle au cul (Recevoir la) : Être mis violemment à la porte.

Mon rival, J’en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cu.

De Longchamps, 1809.

Pelle (ramasser une)

Merlin, 1888 : Faire un impair.

Rossignol, 1901 : Faire une chute, tomber. Ce mot veut aussi dire ne pas réussir une entreprise, une chose, y perdre de l’argent.

Peller (se)

Rossignol, 1901 : Tomber.

Pélo

Rigaud, 1881 : Sou, — dans le jargon des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Sou.
— Je suis dans une dèche carabinée, depuis une semaine je n’ai pas touché un pélo (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sou.

Hayard, 1907 : Sou.

Pelot, pépète

La Rue, 1894 : Pièce d’un sou.

Pelotage

Rigaud, 1881 : Flatterie. — Lascif égarement des mains. « À bas les pattes, pas de pelotage, ça porte malheur ! » ont l’habitude de dire les demoiselles qui n’ont pas celle de se laisser séduire par de belles paroles.

Pelote

d’Hautel, 1808 : Elle a fait sa pelote. Se dit en mauvaise part d’une personne qui s’est enrichie d’une manière illicite ; et familièrement d’un homme qui à force d’économie, est parvenu à se composer une petite fortune.

Delvau, 1866 : s. f. Gain plus ou moins licite, — dans l’argot du peuple. Faire sa pelote. Amasser de l’argent.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans l’ancien argot. — Économies. Faire sa pelote, mettre de l’argent de côté.

Pelote (faire sa)

Larchey, 1865 : Arrondir sa bourse.

J’fais, comme on dit, ma p’tite p’lote Tout en élevant mes bambins.

Dalès, Chansons.

Peloter

d’Hautel, 1808 : Peloter en attendant partie. S’amuser, s’essayer à quelque chose, que l’on doit par la suite embrasser sérieusement.
Se peloter. Pour dire, se battre, se prendre aux cheveux.

Larchey, 1865 : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur.

Se montrer rampant, pelotteur et bêta.

Wado, Chansons.

Delvau, 1866 : v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d’Elmire. Par extension, Amadouer par promesses quelqu’un dont on attend quelque chose.

Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu’un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Flatter. Courtiser une femme avec la main.

Peloter (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se disputer et même se battre, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Peloter avec quelqu’un.

Peloter le carme

Virmaître, 1894 : On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or ; les pauvres diables s’arrêtent a contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais. Ils pelotent le carme… moralement (Argot du peuple).

Peloter les couilles d’un homme

Delvau, 1864 : Lui passer une main vive et légère — un souffle ! — sur les testicules, afin de provoquer l’érection de son membre et par conséquent la jouissance.

La femme d’une main lui pelote la couille ;
L’autre, dans mille endroits en tous sens le chatouille.

Louis Protat.

Peloter sa bûche

Delvau, 1866 : v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot des tailleurs.

Pelotes

Hayard, 1907 : Seins.

Peloteur

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme oui aime à flatter les femmes — de la main.

Rigaud, 1881 : Libertin qui, à l’exemple de Tartuffe, se livre sur la première Elmire venue à des effets de main. Le peloteur est au patineur ce que le peintre qui peint à petits pinceaux est à celui qui peint en pleine pâte.

Rigaud, 1881 : Bas flatteur qui cherche à obtenir quelque chose. — Ouvrier qui fait le bon apôtre auprès du patron, qui le flatte et l’encense à tout propos.

Peloton

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai peloton de graisse. Se dit d’un enfant de bel embonpoint, frais et vermeil.

Peloton de chasse

Rigaud, 1881 : Peloton de punition. (L. Larchey)

Merlin, 1888 : Peloton de punition, le bal.

Pelouet

Halbert, 1849 : Loup.

Pelouette

Halbert, 1849 : Louve.

Pelure

un détenu, 1846 : Redingotte.

Larchey, 1865 : Vêtement. — C’est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.

Delvau, 1866 : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Habit, redingote, paletot. — Pelure d’oignon, vêtement très léger, vêtement très usé.

La Rue, 1894 : Habit.

Virmaître, 1894 : Paletot ou veston.
— J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vêtement que l’on a sur soi.

Hayard, 1907 : Paletot.

Penaillon

d’Hautel, 1808 : Pour dire haillon, guenille.
Un vieux penaillon. Terme injurieux et de mépris, que l’on donne à un vieux libertin, à un homme que l’âge n’a pu rendre sage.

Penard

d’Hautel, 1808 : Terme de raillerie. Grison, vieillard pervers et libertin, qui courtise les fillettes.

Pénard

Rigaud, 1881 : Tranquille, — dans le jargon des voleurs.

Penaud

d’Hautel, 1808 : Il est penaud comme un fondeur de cloches. Pour dire que quelqu’un est honteux de n’avoir point réussi dans une affaire.

Pend au nez (ça vous)

Rigaud, 1881 : Cela vous arrivera bientôt, infailliblement. — En épousant une pareille femme, il le sera… ça lui pend au nez.

Pendaison

d’Hautel, 1808 : Exécution de pendu. Terme burlesque par lequel le peuple exprime l’action d’attacher quelqu’un à une potence, au gibet.

Pendant

d’Hautel, 1808 : Ce sont les deux pendans. Se dit par raillerie de deux personnes qui ont les mêmes inclinations, les mêmes habitudes, les mêmes défauts.

Pendante

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chaîne de montre.

Larchey, 1865 : Boucle d’oreilles, chaîne (Vidocq).

Rigaud, 1881 : Boucle d’oreilles.

Pendantes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Boucles d’oreilles, — dans l’argot des voleurs.

Pendard

d’Hautel, 1808 : Vaurien, coquin, fripon qui mérite la corde ; libertin, homme de mauvaise vie.
On dit dans le même sens, au féminin, une pendarde.

Pendards

Virmaître, 1894 : Seins qui pendent comme de vieilles vessies. Cette expression est attribuée à Talleyrand. Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset ; elle lui dit en minaudant :
— Vous regardez mes petits coquins ?
— Vous pourriez dire vos grands pendards (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Seins.

Pendiller

d’Hautel, 1808 : Se dit des choses viles ou de peu d’importance qui, suspendues en l’air, sont agitées par le vent.

Pendilleuse

M.D., 1844 : Des boucles d’oreilles.

Pendre

d’Hautel, 1808 : Cela lui pend au nez comme une citrouille. Pour, cela ne peut lui échapper ; c’est inévitable.
Par compagnie, on se fait pendre. Se dit quand on fait quelque chose d’illicite pour complaire à sa compagnie.
Il se feroit pendre pour cela. Se dit pour exprimer la passion de quelqu’un pour un objet quel conque.
Il est toujours pendu à sa ceinture. Se dit ironiquement de quelqu’un qui accompagne continuellement une personne, qui la suit partout.
Il y a de quoi se pendre. Se dit par exagération d’un évènement désespérant ; de quelque chose qui excite le dépit, et pour marquer le regret qu’on a d’avoir manqué une occasion favorable.
Je veux être pendu, etc. Espèce de serment que l’on fait pour affirmer quelque chose.
Dire pis que pendre de quelqu’un. Ternir sa réputation par des médisances, de noires calomnies.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, vous êtes menacé du même accident.
Il est sec comme un pendu. Se dit d’un homme d’une extrême maigreur.
Il a sur lui de la corde de pendu. Se dit d’un homme qui a du bonheur au jeu ; qui y gagne beaucoup, et généralement de ceux qui réussissent dans toutes leurs entreprises.

Pendre au nez

Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot du peuple — à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé. On a dit autrefois Pendre aux oreilles. (V. le Tempérament, 1755)

Pendu

Rigaud, 1881 : Professeur adjoint à l’école de Saint-Cyr, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Pendu (se payer un)

Virmaître, 1894 : On sait que les brocanteurs pendent à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre. Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras. Vu d’un peu loin, on jurerait un pendu. Se payer un pendu, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).

Pendu glacé

Halbert, 1849 : Réverbère.

Delvau, 1866 : s. m. Réverbère. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Réverbère.

La Rue, 1894 : Réverbère.

Virmaître, 1894 : Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz. Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.
— J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.

Penduglacé

Larchey, 1865 : Réverbère (Id.). — Allusion à la suspension et au vitrage du réverbère.

Pendulard

Virmaître, 1894 : Voleur de pendules. Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol. Ce sont les bonjouriers qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). N.

Pendule (remonter sa)

Rigaud, 1881 : Battre sa femme de temps en temps, pour ne pas en perdre l’habitude, — dans le jargon du peuple.

Pendule à plumes

Delvau, 1866 : s. f. Coq, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont lu la Vie de Bohème.

Virmaître, 1894 : Le coq qui chante chaque matin à heures fixes. On dit également réveil-matin. C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).

Péniche

Rigaud, 1881 : Pied, — dans le jargon des voyous. — Il repousse des péniches, il sent mauvais des pieds. Allusion à la barque appelée « péniche ».

La Rue, 1894 : Galoche. Grand pied.

Péniches

Virmaître, 1894 : Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chaussures.

Hayard, 1907 : Souliers.

Péniches, lattes, schlapins

anon., 1907 : Souliers.

Pénil

Delvau, 1864 : (du latin penicillus, dérive de penis). Selon Lignac, c’est le membre viril. — Selon d’autres savants c’est la partie antérieure de l’os qui environne les parties naturelles, et où pousse le poil, qui est l’indice de la puberté. — Le pénil s’appelle aussi Mont de Vénus.

Penillière

Delvau, 1864 : Poil qui couvre la nature de la femme.

Moi, grands dieux ! oublier ton joli cripsimen,
Sa brune pénilliêre et ton dur abdomen,
Ton ostium et ces fessons d’albâtre !

(T. du Bordel.)

Et puis se redressant un peu.
Rouge comme un tison de feu,
L’enfonça dans sa pénillière.

(Cabinet satyrique.)

Et sans cacher sa pénillière
Fut des fillettes chambrière.

(Recueil de poésies françaises.)

Pénitence (être en)

Fustier, 1889 : « Un autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle Être en pénitence, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu’elles ont perdu ce qu’elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C’est un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer. »

(Revue politique et littéraire, 1882.)

Penne, peigne

Larchey, 1865 : Clé (Vidocq)

Pennon

d’Hautel, 1808 : Faire de pennon bannière. Passer d’une place obscure à une grande dignité.

Penser

d’Hautel, 1808 : Honny soit qui mal y pense. Proverbe qui signifie qu’il ne faut pas faire de jugemens téméraires ; se défier des apparences, et ne pas interprêter mal ce qui est innocent.

Pensionnaire

d’Hautel, 1808 : Pensionnaire du roi. Prisonnier ; homme détenu, qui est nourri aux dépens du roi.

Pente

d’Hautel, 1808 : Pour, fredaine, farce, tour de jeunesse.
Se donner des pentes. Prendre des airs, des tons au-dessus de sa condition ; dépenser plus que les moyens ne le permettent ; se choyer, se dorlotter.

Halbert, 1849 : Poire.

Pente (avoir une)

Larchey, 1865 : Être ivre à trébucher sur un terrain plat comme si on rencontrait une pente brusque.

Delvau, 1866 : v. a. Être gris ou commencer à se griser, — dans l’argot des faubouriens.

Pépé

Merlin, 1888 : Se dit d’un Espagnol.

Pépée

Delvau, 1866 : s. f. Poupée, — dans l’argot des enfants.

Pépète

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’un sou, — dans l’argot des ouvriers ; de cinquante centimes, — dans l’argot des voleurs ; d’un franc, — dans l’argot des filles.

Pépètes

Virmaître, 1894 : Sous.
— Ça commence à être rudement rasant, pas un pé-pète à la clé (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sous.

Pépette

Rigaud, 1881 : Pièce de dix sous, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire petite pièce ; déformation de piécette.

Je tope dans les gens à remontoir, plus de beignes et des pépètos.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Pépettes

Hayard, 1907 : Sous, argent.

Pépie

d’Hautel, 1808 : Petite peau blanche qui vient sur la langue des oiseaux, et qui les empêche de boire.
Avoir la pépie. Manière bachique qui signifie avoir soif de vin.
Il n’aura pas la pépie. Se dit en plaisantant d’un bon buveur, d’un homme qui boit dur et sec.
On dit aussi d’une petite babillarde, qu’Elle n’a pas la pépie.
Vulgairement, et par corruption, on prononce pipi.

Pépie (avoir la)

Delvau, 1866 : Avoir soif, — maladie des oiseaux, état normal des ivrognes. Mourir de la pépie. Avoir extrêmement soif.

Pépin

Larchey, 1865 : Vieux parapluie.

De vilains noms qu’on l’apostrophe, Qu’on l’appelle pépin, rifflard, Le parapluie est philosophe.

V. Mabille.

Delvau, 1866 : s. m. Vieux parapluie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rifflard.

Delvau, 1866 : s. m. Enfant — dans l’argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (Conte d’Hiver). De l’enfant-pépin sort en effet l’homme-arbre.

Rigaud, 1881 : Le pépin est un vieux parapluie, un parapluie grotesque, démodé.

Mon riflard deviendra pépin
Ses ressorts perdront leur souplesse.

(J. Cabassol, Ma Femme et mon parapluie, chanson.)

La Rue, 1894 : Vieux parapluie. Caprice. Passion.

Virmaître, 1894 : Avoir un pépin, aimer quelqu’un. Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un pépin, il est couvert. Pépin, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Parapluie.

Pépin (avoir avalé un fameux)

Rigaud, 1881 : Être très visiblement enceinte.

Pépin (avoir un)

Hayard, 1907 : Avoir un caprice.

Péquin

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux qui équivaut à ignorant, sot, imbécile ; homme intéressé, avare au dernier degré. C’est aussi un sobriquet que les soldats se donnent entre eux.

Perce

d’Hautel, 1808 : Il n’a ni trou ni perce. Se dit en plaisantant d’un habit qui, quoique fort usé, n’a point de trou, n’est pas déchiré.

Perce-oreille

d’Hautel, 1808 : Sorte de petit insecte long et menu ; beaucoup disent vicieusement, Pince-oreille.

Percentage

Rigaud, 1881 : Synonyme de tant pour cent, — dans l’argot de la Bourse.

Percer

d’Hautel, 1808 : Les os lui percent la percent la peau. Se dit par exagération d’une personne fort maigre Voyez Bas, Panier.

Percer d’un autre (en)

Delvau, 1866 : Raconter une autre histoire ; faire une plaisanterie d’un meilleur tonneau.

Perche

d’Hautel, 1808 : C’est une grande perche. Se dit par raillerie d’une femme de grande stature, dépourvue de tous les agrémens de son sexe.

Rossignol, 1901 : Priape.

Perche (être à la)

Rigaud, 1881 : Ne pas manger tous les jours ; crever la faim ; faire concurrence à une perche comme maigreur, — dans le jargon des ouvriers.

Percher

d’Hautel, 1808 : Se percher. Se dit de ceux qui montent sur des endroits élevés pour mieux entendre ou pour mieux voir.

Delvau, 1866 : v. n. Habiter, loger au hasard, — dans l’argot des bohèmes, qui changent souvent de perchoir, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.

La Rue, 1894 : Loger.

Virmaître, 1894 : Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là. Allusion à l’oiseau qui perche tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Loger, demeurer.

Hayard, 1907 : Loger.

Perdre

d’Hautel, 1808 : Prends garde de le perdre. Locution ironique et adversative pour faire entendre à quelqu’un qu’une chose ne s’accomplira pas selon qu’il le prétend ; qu’il se flatte d’une vaine espérance.
C’est le jeu de coquinbert, où qui gagne perd. Facétie qui se dit quand on perd par complaisance et quand l’occasion le demande.
Il ne faut pas laisser perdre les bonnes coutumes. Se dit par raillerie de quelqu’inclination vicieuse ; de quelque défaut dont on ne peut se déshabituer.
Se dit aussi en parlant d’une fête, d’une partie de plaisir qui arrive annuellement.
Quelle heure est-il ? — Il est l’heure perdue, la bête la cherche. — Réponse triviale et facétieuse que l’on fait à celui qui demande quelle heure il est.
Courir comme un perdu ; crier comme un perdu. Courir à toutes jambes, crier de toutes ses forces.
C’est du bien perdu. Se dit en parlant d’un prodigue auquel on fait des libéralités, et généralement de tout ce qu’on donne aux personnes qui ne peuvent ou ne savent pas en profiter.
Pour un de perdu cent de retrouvés. Se dit pour faire entendre que la perte qu’on a faite est de peu de valeur, qu’on peut la réparer facilement.

Perdre (le)

Larchey, 1865 : Perdre son pucelage.

Je l’ai perdu, s’écriait la jeune Perrette. De mon hymen, c’était le gage.

Gustave, Ch., 1836.

Perdre de vue

Rossignol, 1901 : Perpétuité.

Perdre le goût du pain

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot du peuple. Faire perdre à quelqu’un le goût du pain. Le tuer.

Perdre le Nord

Delvau, 1866 : v. a. Se troubler ; s’égarer ; dire des sottises ou des folies, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas inventé pour rien le mot boussole. Autrefois on disait Perdre la tramontane, ce qui était exactement la même chose, tramontane étant une corruption de transmontane (transmoutanus, ultramontain, au-delà des monts, d’où nous vient la lumière).

Rossignol, 1901 : Celui qui perd la mémoire ou qui est déséquilibré perd le Nord. On dit aussi d’un individu atteint d’une maladie contagieuse : il a perdu le Nord, il est au Midi.

Combien de gens ici-bas, sur la terre,
En voyageant ont visité le Midi ;
D’autres y sont nés, de leur pays sont fiers.
C’est là que trop souvent on m’a dit :
Il y a un autre Midi en France,
Que beaucoup de gens ne connaissent encore :
C’est l’hôpital où l’on voit la souffrance,
Qui est combattue par le docteur Ricord.

Perdre sa clef

Fustier, 1889 : Avoir la colique.

Perdre ses bas

Delvau, 1866 : Ne plus savoir ce que l’on fait, par distraction naturelle ou par suite d’une préoccupation grave.

Virmaître, 1894 : Oublier.
— Tu perds donc tes bas, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné ?
— Prêtez-moi mille francs.
— Vous perdez donc vos bas, mon vieux ?
Ici le sens est ironique. On dit aussi :
— Tu fais dans tes bas.
Pour : Tu te moques de moi (Argot du peuple).

Perdre ses légumes

Rigaud, 1881 : Aller à la garde-robe, — dans le jargon des ouvriers.

Perdre son bâton

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher droit.

Perdre son innocence

Delvau, 1864 : C’est-à-dire son pucelage, — bien après sa chasteté. — Baiser ou être baisée pour la première fois, au sortir du collège ou du couvent où l’on a fait ses études pour cela.

Enfin, ma pauvre âme aux abois
N’opposa que faible défense,
Et je perdis mon innocence
Dans l’épaisseur du bois.

A. Pécatier.

Perdre un quart

Delvau, 1866 : v. a. Aller au convoi d’un camarade, — dans l’argot des tailleurs, qui, pendant qu’ils y sont, perdent bien toute la journée.

Perdrix

d’Hautel, 1808 : On mange bien des perdrix sans orange. Se dit lorsqu’il manque quelqu’assaisonement à un ragoût, à un mets quelconque, que l’économie a fait retrancher ; ou pour faire entendre qu’il ne faut pas être délicat sur le manger qu’il faut savoir se passer des choses que l’on ne peut se procurer.
À la S. Remi tous perdreaux sont perdrix.
Perdrix de Gascogne.
Terme ironique pour dire de l’ail, parce que les Gascons en sont très amateurs.

Perdrix hollandaise

Rigaud, 1881 : Pigeon domestique, — dans le jargon des chasseurs. Lorsque, faute de mieux, le fusil d’un chasseur a descendu un pigeon, le chasseur dit qu’il a tué une perdrix hollandaise.

Perdu (l’avoir)

Delvau, 1866 : N’avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d’oranger symbolique. Argot des bourgeois. On dit de même, en parlant d’une jeune fille vierge : Elle l’a encore. Je n’ai pas besoin d’ajouter que, dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de Pucelage.

Perdu son bâton (avoir)

Delvau, 1866 : Être de mauvaise humeur, — dans l’argot des coulisses. L’expression date d’Arnal et du Sergent Mathieu, sa pièce de début au théâtre du Vaudeville. Il s’était choisi, pour jouer son rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique ! Arnal est furieux et surtout troublé ; il entre en scène, il joue, mais sans verve, — et l’on siffle !

Père

d’Hautel, 1808 : Ce mot joint à un nom propre, désigne parmi nous la familiarité, il ne s’emploie qu’en parlant à un homme âgé. Parmi les Grecs et les Latins, c’étoit une épithète honorable que les cadets donnoient à leurs aînés.
Un père Duchesne. Pour dire, un criard, un homme qui s’emporte sans sujet, et dont la colère n’est nullement à craindre.
Le père la Ressource, la mère la Ressource. Sobriquet flatteur que l’on donne à une personne fertile en expédiens, à laquelle on a toujours recours dans de mauvaises affaires, et qui, par ses conseils, sa fortune ou son crédit sait vous tirer d’embarras.
À la ronde, mon père en aura. Pour point de façon, point de cérémonie, chacun à son tour. Se dit lorsque dans une distribution, quelqu’un refuse la part qu’on lui présente pour l’offrir à son voisin.
Un père, ou une mère la joie. Homme ou femme d’une humeur joviale, qui amusent les autres par des bouffonneries, et qui mettent tout en train.
Le Père ou la mère aux écus. Personnes fortunées, mais dont l’extérieur n’est pas fastueux.
Je l’ai renvoyée chez son grand-père. Pour, je l’ai tancé fortement ; je l’ai envoyé promener.
Quand ce seroit pour mon père, je ne le ferois pas mieux. Se dit par exagération ; pour, il m’est impossible de mieux faire.
Un père douillet. Homme qui se dorlotte, qui aime à prendre ses commodités.
Le père aux autres. Se dit en plaisantant des personnes ou des choses dont le volume est très considérable,

Père aux écus

Delvau, 1866 : s. m. Homme riche, — dans l’argot du peuple.

Père caillou

Rigaud, 1881 : Individu insensible aux avances des grecs ; celui qui, aussi dur à entamer qu’un caillou, résiste à toutes les séductions d’une partie de cartes, — dans le jargon des tricheurs.

Père Coupe-toujours

Rigaud, 1881 : Le bourreau, — dans le jargon des voyous.

Père Douillard

Rigaud, 1881 : Entreteneur. Homme qui a de l’argent, de la douille, — dans le jargon des filles.

Père éternel à trois francs la séance

Rigaud, 1881 : Modèle d’atelier qui pose les têtes de saints, les têtes de Dieu le père. — Tête de vieillard à barbe blanche.

Père Fauteuil

Delvau, 1866 : s. m. Le cimetière du Père Lachaise, — dans l’argot facétieux des marbriers.

Père François

Rossignol, 1901 : Le coup du père François est de mettre autour du cou d’un passant un foulard ou une courroie au moment où il tourne le dos à l’agresseur. Celui qui a passé le foulard fait aussitôt un demi-tour et, tout en retenant les deux bouts, se courbe en avant ; de ce fait la victime perd pied, et instinctivement prend avec les deux mains l’objet qui l’étrangle, ce qui permet au complice de fouiller les poches tout à son aise. En plaisantant J’ai fait un jour le coup du père François à un de mes amis, un Italien de première force. Je ne l’ai tenu sur mes épaules que le temps de le soulever de terre, ce qui ne l’a pas empêché de tomber inerte ; et il a été un moment avant de reprendre connaissance. Je me suis bien juré de ne jamais recommencer, et je ne conseille à personne de jouer de la sorte.

Père Frappart

Larchey, 1865 : Marteau (Vidocq). — Calembour.

Delvau, 1866 : s. m. Marteau, — dans l’argot du peuple.

Père La Capote

Rigaud, 1881 : Sergent d’habillement.

Père la Tuile (le)

Delvau, 1866 : Dieu, — dans l’argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux que les peintres qui l’appellent le Père Eternel.

Rigaud, 1881 : Dieu.

Virmaître, 1894 : Dieu. Il n’est pourtant jamais tombé sur personne. Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
— As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile (Argot des voleurs).

Père La Violette

Rigaud, 1881 : Napoléon Ier.

Père la Violette (le)

Delvau, 1866 : L’empereur Napoléon Ier, — dans l’argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l’époque où mademoiselle Mars était forcée d’arracher une guirlande de violettes qu’elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.

Père peinard (en)

Virmaître, 1894 : Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile. Les agents arrivent en Père Peinard pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). N.

Perette

d’Hautel, 1808 : Perette à l’ognon. Nom que l’on donne à une petite fille indiscrète et babillarde ; ou qui s’en fait trop accroire.

Performances

Fustier, 1889 : Argot de turf. Manière de courir d’un cheval, de se comporter pendant la course.

Péritorse

Delvau, 1866 : s. m. Paletot ou redingote, — dans l’argot des étudiants, qui, frais émoulus du collège, n’ont pas de peine à parler grec.

Perle

d’Hautel, 1808 : La perle des garçons ou des filles. Pour, dire un jeune homme, une jeune demoiselle recommandables par des qualités personnelles et par leurs vertus.
Je ne suis pas venu ici pour enfiler des perles. C’est-à-dire, pour perdre mon temps à des bagatelles, à des frivolités.

Perlé

d’Hautel, 1808 : De l’ouvrage perlé. Pour dire un ouvrage fait avec un soin infini.

Perler

Delvau, 1866 : v. a. Travailler avec soin, avec minutie, — dans l’argot des bourgeois. Perler sa conversation. N’employer, en parlant, que des expressions choisies — et prétentieuses.

Perlo

Rossignol, 1901 : Tabac.

Perlot

La Rue, 1894 : Tabac.

Virmaître, 1894 : Tabac — dérivé de semper. L. L. Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons. À la centrousse de Melun, on chante depuis des années :

Pour du tabac, disait un pègre,
Et pour trois pouces de Saint-Père. (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Tabac.

anon., 1907 : Tabac à fumer.

Perlot, perlo

Rigaud, 1881 : Tabac à fumer. — dans le jargon des chiffonniers.

Perlotte

Delvau, 1866 : s. f. Boutonnière, — dans l’argot des tailleurs, qui perlent ordinairement cette partie des vêtements.

Rigaud, 1881 : Boutonnière, — dans le jargon des tailleurs.

Permanence

Fustier, 1889 : Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante.

Il (le marqueur) a d’abord ses abonnés à qui il vend les permanences vingt francs par semaine.

(Revue politique et littéraire, 1882.)

Permettre

d’Hautel, 1808 : À vous permis. Pour, vous pouvez faire ce que vous jugerez à propos, ce qui vous plaira.

Permission (se faire signer une)

Fustier, 1889 : Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette et se faire donner le tabac. (Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

Permission de 24 heures

Merlin, 1888 : Garde à monter en dehors de la caserne. Faveur peu enviée.

Permission de 24 heures (avoir une)

Fustier, 1889 : Argot militaire. Prendre la garde.

Permission de dix heures

Delvau, 1866 : s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.

Rigaud, 1881 : Canne à épée, gourdin, bâton ferré.

Permission de dix heures, de minuit

La Rue, 1894 : Gourdin, canne à épée.

Permission trempe (la)

Rigaud, 1881 : Permission attendue et sur laquelle on fonde peu d’espoir, — dans le jargon des troupiers.

Peronnelle

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une jeune femme sotte, dédaigneuse et impertinente ; d’une coureuse ; d’une mauvaise langue.

Pérou

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas le Pérou que ta connoissance. Propos vulgaire et grossier qui se dit par mépris à quelqu’un, pour lui faire entendre qu’on ne met aucune importance à cultiver son amitié ; qu’il n’y a rien à gagner avec lui.

Larchey, 1865 : « Ce n’est pas le Pérou que ces bougres-là » — Hébert, 1793. — C’est-à-dire : Ce sont de pauvres bougres. — Allusion aux richesses naturelles du Pérou.

Pérou (ce n’est pas le)

Delvau, 1866 : Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie ironiquement à propos d’une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu’on lui vante trop. Se dit aussi à propos d’une affaire qui ne parait pas destinée à rapporter de gros bénéfices.

Perpète

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Perpétuité, — dans l’argot des forçats.

Perpète (à)

Rigaud, 1881 : À perpétuité, — dans le jargon des voleurs. — Être à perpète, être condamné à perpétuité.

Perpette

Rossignol, 1901 : Perpétuité.

Perpétuel

d’Hautel, 1808 : C’est un mouvement perpétuel. Se dit d’une personne d’une vivacité, d’une turbulence insupportables, qui ne peut rester une minute tranquille.

Perpignan

Fustier, 1889 : Nom que les charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.

Perroquet

d’Hautel, 1808 : Un perroquet. On appelle ainsi un homme qui répète, sans comprendre, ce qu’il a entendu.
De la soupe à perroquet. Pour dire, du pain trempé dans du vin.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui répète toujours la même chose — sans parvenir à ennuyer les femmes.

Elle m’a prêté sa cage
Pour loger mon perroquet.

Gautier-Garguille.

Delvau, 1866 : s. m. Verre d’absinthe, — dans l’argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l’on devrait prononcer à l’allemande : poison. Étouffer un perroquet. Boire un verre d’absinthe. L’expression a été employée pour la première fois en littérature par Charles Monselet.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne sait que ce qu’il a appris par cœur. Argot du peuple.

La Rue, 1894 : Verre d’absinthe. L’étrangler, le boire.

Virmaître, 1894 : Absinthe. Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). V. Poileuse.

Rossignol, 1901 : Verre d’absinthe pure.

Hayard, 1907 : Absinthe.

Perroquet (étouffer un)

Larchey, 1865 : « Cette locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d’absinthe. » — M. Bayeux. — Allusion à la couleur verte du verre à pattes dont la main du buveur semble en effet étrangler le cou.

Perroquet (un)

Rigaud, 1881 : Un verre d’absinthe. — Étouffer, asphyxier un perroquet, boire un verre d’absinthe.

Perroquet de falaise

Fustier, 1889 : Douanier. Allusion de couleur.

Perroquet de savetier

Delvau, 1866 : s. m. Le merle, — dans l’argot des faubouriens. On le dit quelquefois aussi de la Pie.

Rigaud, 1881 : Pie, merle, geai.

Perruche

Rossignol, 1901 : Verre d’absinthe mêlée de sirop ou de sucre.

Perruche (une)

Rigaud, 1881 : Un verre d’absinthe, — dans le jargon des ivrognes qui veulent varier un peu les dénominations et préfèrent la femelle, la perruche, au mâle, le perroquet.

Perruque

Larchey, 1865 : Suranné. — V. Mâchoire.

Le mot perruque était le dernier mot trouvé par le journalisme romantique qui en avait affublé les classiques.

Balzac.

Larchey, 1865 : Détournement, abus de confiance. — C’est un superlatif de faire la queue.

Delvau, 1866 : s. f. Détournement de matériaux appartenant à l’Etat, — dans l’argot des invalides, souvent commis à leur garde. Faire une perruque. Vendre ces matériaux.

Delvau, 1866 : s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés, — dans l’argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.

Delvau, 1866 : adj. et s. Vieux, suranné, classique, — dans l’argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV. Le parti des perruques. L’École classique, — qu’on appelle aussi l’École du Bon Sens.

Rigaud, 1881 : Vieux, passé de mode. Lors de la querelle des classiques et des romantiques, ces derniers traitaient les classiques de « Perruques ». Racine était une « perruque et un polisson ».

Rigaud, 1881 : Vente clandestine d’objets appartenant à l’État ou à une grande administration. — Faire une perruque, vendre clandestinement des objets appartenant à une grande administration. C’est une variante de faire la queue. — En terme d’atelier, c’est faire un outil pour soi, dans les usines où les ouvriers sont censés fournir leurs outils.

Le travailleur prend le bois et fait son outil au compte de la maison. S’il est aux pièces, il remet son désir pour le moment où il sera à la journée.

(Le Sublime.)

La Rue, 1894 : Vol au détriment de l’État. Le fonctionnaire qui le commet se nomme perruquier.

Virmaître, 1894 : Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle. Perruque (En faire une) : Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).

Perruque (faire)

La Rue, 1894 : Fabriquer avec des matériaux soustraits.

Perruquemar

Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Perruquier.

Perruquer (se)

Delvau, 1866 : Porter de faux cheveux pour faire croire qu’on en a beaucoup. Argot du peuple. Du temps de Tabourot, on disait une perruquée en parlant d’une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels, — comme faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de notre temps. D’où vient cette épigramme du seigneur des Accords :

Janneton ordinairement
Achepte ses cheveux, et jure
Qu’ils sont à elle entièrement :
Est-elle à vostre advis perjure ?

Vous devinez la réponse : Non, elle n’est point « perjure » parceque ce que nous achetons est nôtre.

Perruquier

d’Hautel, 1808 : C’est moi qui suis le perruquier dans cette affaire. Locution triviale ; pour dire que l’on est dupé dans une affaire, que les frais en demeurent à votre charge.
On prononce vulgairement perrutier.

Perruquier (laissez passer le)

Merlin, 1888 : Signal d’avertissement donné aux travailleurs de la tranchée, lorsque arrive un obus ou une bombe qui les rasent souvent de près.

Perruquier de la crotte

Rigaud, 1881 : Décrotteur.

Persiennes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Lunettes, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Lunettes.

Persigner

Rigaud, 1881 : Enfoncer. Se dit au figuré et au propre. — Persigner une lourde, enfoncer une porte. Persigner un client, tromper un individu.

Persil

d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(E. Zola, Nana.)

Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

Persil (aller au)

Halbert, 1849 : Accoster le passant.

Rigaud, 1881 : Faire une promenade intéressée dans les rues et lieux publics, — dans le jargon des filles. Les variantes sont : Persiller, faire son persil.

Persil (faire son persil)

Hayard, 1907 : Faire le trottoir.

Persil dans les pieds (avoir du)

Delvau, 1866 : Se dit d’une femme qui a les pieds sales — à force d’avoir marché.

Persil en fleur

Halbert, 1849 : Commerce florissant d’une fille.

Persil, persillage

La Rue, 1894 : Promenade d’une femme qui exerce la prostitution. Elle va persiller, faire son persil. Le persil c’est le miché sérieux. On la nomme persilleuse. V. Biche. Le persil désigne encore la partie la plus fréquentée du bois de Boulogne.

Persiller

Delvau, 1864 : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.

Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.

Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.

Lynol.

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?

Persiller, cueillir du persil, faire son persil

Larchey, 1865 : Raccrocher.

Elles explorent les boulevarts, persillent dans les squares nouveaux, dans l’espoir d’y rencontrer des miches sérieux.

Lynol.

Le miché représente ici le persil indispensable au pot-au-feu de la prostitution. V. Tante.

Persilleuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme publique. Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes de bas étage.

Rigaud, 1881 : Prostituée qui se promène pour chercher de l’ouvrage. — Les persilleuses typiques ou boulonnaises, se tiennent le long des allées, des contre-allées du bois de Boulogne, du bois de Vincennes. Ces hamadryades entraînent dans les taillis les infortunés que leurs charmes ont séduits. La persilleuse est souvent une pseudo-ouvrière ou une ouvrière sans ouvrage. Elle va alors au persil avec un petit panier à la main. Bien des filles du peuple font croire à leurs parents qu’elles vont à l’atelier et n’ont d’autre occupation que de faire leur persil.

Rossignol, 1901 : Celle qui fait le persil.

Personne

d’Hautel, 1808 : J’ai trouvé monsieur personne. Pour dire que l’on a trouvé les portes fermées, que tout le monde étoit sorti dans la maison où l’on alloit pour affaire.
Il y a personne et personne. Pour dire que toutes les personnes ne se ressemblent pas, qu’on en rencontre dans la société de différentes conditions.

Personnifié

d’Hautel, 1808 : C’est l’insolence, la bêtise personnifiée. Pour dire qu’une personne a les caractères distinctifs d’un impertinent, d’un sot, d’une bête, d’un stupide.

Perte

d’Hautel, 1808 : Il n’y a pas grand’perte. Se dit par mépris d’une personne ou d’une chose facile à remplacer, à réparer.

Pertuis aux légumes

Delvau, 1866 : s. m. La gorge, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. D’où : Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes, pour : Étrangler quelqu’un.

Pesant

d’Hautel, 1808 : Il vaut son pesant d’or. Manière d’exagérer le mérite de quelqu’un. On dit dans le sens opposé et par ironie d’un homme sans capacité, qu’il vaut son pesant de plomb.

Pesanteur

d’Hautel, 1808 : Il est d’une pesanteur ! Manière satirique, de dire qu’un homme a l’esprit lourd, qu’il est d’un ennui mortel.

Pesciller

Larchey, 1865 : Prendre. — Du vieux mot peschier : pêcher. Servir, Criblage.

La Rue, 1894 : Prendre.

Pesciller d’esbrouffe

Delvau, 1866 : Prendre de force, d’autorité — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Prendre d’autorité. Le voleur à l’esbrouffe pescille de cette façon le portefeuille ou le portemonnaie du bourgeois (Argot des voleurs). V. Vol à l’esbrouffe.

Pesé

Clémens, 1840 : Argent.

Pèse

un détenu, 1846 : Argent monnayé.

Rigaud, 1881 : Argent, paye. — Descendre son pèse, dépenser son argent.

Pesé ou Pèze

Delvau, 1866 : s. f. Résultat d’une collecte faite entre voleurs libres au profit d’un voleur prisonnier ; résultat pesant.

Pèse, pèze

La Rue, 1894 : Argent. Collecte.

Peser

d’Hautel, 1808 : Il ne pèse pas lourd. Se dit par raillerie d’un fanfaron ; pour exprimer qu’il fait plus d’embarras qu’il n’est fort.
Il ne pèse pas deux onces. Se dit au propre d’un homme d’une très-foible constitution ; au figuré de quelqu’un qui marque une grande vivacité, une joie excessive, comme par exemple, lorsqu’on a déchargé sa conscience d’un grand fardeau.
Il ne pèse pas plus qu’une plume. Se dit par exagération d’une personne très-légère.
Il pèse à la main. Se dit d’un homme qui a l’esprit lourd ; qui manque d’intelligence.

Pessigner ou pessiguer

Virmaître, 1894 : Ouvrir.
— J’ai une carouble qui pessigne toutes les lourdes sans fric-frac (Argot des voleurs).

Pessiguer

Delvau, 1866 : v. a. Ouvrir, soulever, — dans l’argot des voleurs. Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.

Rigaud, 1881 : Soulever ; du provençal pessuguer, pincer, voler habilement.

Pessiguier

La Rue, 1894 : Ouvrir. Soulever. Maltraiter.

Pessiller

Halbert, 1849 : Prendre.

Pessiller (se)

Rigaud, 1881 : S’emporter, — dans le jargon des voleurs.

Pestaille

Rossignol, 1901 : Agent de police.

Pestailles

Virmaître, 1894 : Agents de la sûreté ou sergents de ville. Pour les voleurs, ce sont des pestes ; ils ont ajouté la finale de railles, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). N.

Peste

d’Hautel, 1808 : Un petit peste. Un petit garçon malicieux, espiègle, rusé et enjoué.

d’Hautel, 1808 : C’est une peste. Se dit d’une personne qui a l’incommodité de lâcher de mauvais vents.

Peste !

d’Hautel, 1808 : Interjection, qui marque la surprise, l’étonnement, le mécontentement.

Peste, pestaille

Hayard, 1907 : Agent de la sureté.

Pester

d’Hautel, 1808 : Pester entre cuir et chair. Éprouver un dépit intérieur, sans oser le faire éclater.

Pet

d’Hautel, 1808 : Fier comme un pet. Pour dire, hautain, orgueilleux ; qui affecte l’air méprisant et dédaigneux.
Pet en l’air. On appeloit ainsi à Paris, il y a quelques années, une espèce de casaquin que portoient les femmes.
Pet de nonne. Espèce de pâtisserie soufflée.
Un pet à vingt ongles. Manière burles désigner l’enfant dont une fille est accouchée.
On tireroit plutôt un pet d’un âne mort. Se dit d’un homme avare et dur à la desserre.

Clémens, 1840 : Manquer un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet. Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux. Lâcher quelqu’un comme un pet. L’abandonner, le quitter précipitamment.

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, manières. Faire le pet. Faire l’insolent ; s’impatienter, gronder. Il n’y a pas de pet. Il n’y a rien à faire là dedans ; ou : Il n’y a pas de mal, de danger.

Virmaître, 1894 : Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
— Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également :
— Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Danger.

Sauvons-nous, il y a du pet.

Pet (curieux comme un)

Rigaud, 1881 : Extrêmement curieux. Le pet n’est pas casanier de son naturel ; il demande à sortir et à se produire.

Pet (faire le)

Rigaud, 1881 : Faire faillite.

Pet (il y a du)

Rigaud, 1881 : Attention ! la police est là ! — dans le jargon des voleurs. — Attention ! le patron est de mauvaise humeur, il va y avoir de l’abattage, des réprimandes, — dans le jargon des ouvriers. Il y a du pet, ça sent mauvais, quand le patron ou le contre-maître fait une réprimande d’ensemble.

La Rue, 1894 : Attention ! Méfiez-vous.

Hayard, 1907 : Il y a du danger.

Pet à vingt ongles

Delvau, 1866 : s. m. Enfant nouveau-né, — dans l’argot du peuple. Faire un pet à vingt ongles. Accoucher.

Rigaud, 1881 : Nouveau-né. Abouler un pet à vingt ongles, accoucher.

Virmaître, 1894 : Enfant nouveau-né (Argot du peuple).

Pet de lapin

Rossignol, 1901 : Une chose qui ne vaut rien, ne vaut pas un pet de lapin.

Pet honteux

Rigaud, 1881 : Exhalaison fondamentale sortant sans tambour ni trompette. L’éclair sans le tonnerre.

Pet-en-l’air

Fustier, 1889 : Petit veston court.

Contre l’habit léger et clair
La loutre a perdu la bataille :
Nous arborons le pet-en-l’air,
Et les femmes ne vont qu’en taille.

Richepin.

Pet, pétage

Rigaud, 1881 : Plainte en justice.

Pétarade

d’Hautel, 1808 : Longue suite de pets.

Delvau, 1866 : s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crepitus, — dans l’argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de ventriloquie.

Pétard

Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.

un détenu, 1846 : Un sou.

Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.

N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !

dit une chanson populaire.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.

Fustier, 1889 : Sou.

À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Gaulois, 1882.)

Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.

Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.

(Gazette des Tribunaux, 1882. )

La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.

Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.

Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.

Rossignol, 1901 : Sou.

Rossignol, 1901 : Le derrière.

Pétard (faire du)

Hayard, 1907 : Faire de l’esclandre.

Pétard, patard

Hayard, 1907 : Sou.

Pétard, péteux

Larchey, 1865 : Derrière. — On entend de reste l’étymologie de ce bruyant synonyme.

Sur son péteux, V’là que je l’étale.

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

Pétard : Haricot (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Pétard, petgi

Rigaud, 1881 : Esclandre, tapage, scène violente et imprévue c’est le moment qui suit la découverte du pot-aux-roses. Lorsqu’un mari revient à l’improviste de la chasse, et que sa femme… il fait un pétard s’il est expansif et verbeux.

Pétardier

Rossignol, 1901 : Celui qui a l’habitude de faire du pétard. Pétardier est aussi celui qui se fâche, qui s’emporte à tous propos. Une femme est pétardière.

Pétardier, pétardière

Virmaître, 1894 : Faire du tapage, du bruit.
— Ah ! tu sais, il ne faut pas remmener quand il a le nez sale, c’est un pétardier (Argot du peuple).

Pétards

Delvau, 1866 : s. m. pl. Haricots.

Pétase

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau ridicule, — dans l’argot des romantiques, qui connaissent leur latin (petasus). Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (Perruque et Noblesse, 1837).

Virmaître, 1894 : Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête. Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte. Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).

Pétasse

Rigaud, 1881 : Fille publique, pour putasse.

Virmaître, 1894 : Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant. Putain et soularde (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Sale femme.

Pétaud

d’Hautel, 1808 : La cour du roi Pétaud. Pour dire, une maison en désordre ; une assemblée tumultueuse ; un lieu où chacun est maître.

Pétaudière

d’Hautel, 1808 : C’est une véritable pétaudière. Locution ironique, qui a toutes les acceptions de la cour du roi Pétaud.

Delvau, 1866 : s. f. Endroit tumultueux, où l’on crie tellement qu’il est impossible de s’entendre, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.

Pète ou que ça dise pourquoi (il faut que ça) !

Rigaud, 1881 : Il faut qu’une chose, qu’un ouvrage se fasse à n’importe quel prix.

Pète-sec

Delvau, 1866 : s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.

Pète-sec (monsieur)

Virmaître, 1894 : Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère. Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).

Péter

d’Hautel, 1808 : On dit trivialement, et par raillerie, d’un homme logé au dernier étage d’une maison, qu’Il entend les anges péter.
Pète qui a peur.
Se dit par plaisanterie aux gens poltrons, pour les défier, les narguer ; et pour faire entendre que ceux qui sont peureux ne doivent pas s’engager dans des affaires périlleuses.
Il ne pétera plus. Se dit par ironie d’un homme qui est mort, et pour lequel on n’avoit aucune considération.
Péter comme un roussin. Péter fréquemment.
Péter plus haut que le cul. Voyez Cul.
Péter à la sourdine. Vesser ; lâcher des vents coulis, faire des pets étouffés, qui, sans faire de bruit, se font néanmoins sentir vivement à l’odorat.
Péter dans la main. Ne pas tenir sa parole ; y manquer dans le moment où la personne à laquelle on l’avoit engagée a le plus besoin de secours.

Larchey, 1865 : Se plaindre en justice (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Se plaindre en justice.

La Rue, 1894 : Se plaindre en justice.

Virmaître, 1894 : Se plaindre.
— Ah ! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors ?
— De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter,
mot à mot : faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.

Péter au point

Rigaud, 1881 : Perdre au jeu de cartes faute d’un point.

Péter dans la main

Larchey, 1865 : Pousser trop loin la familiarité. Faire défaut au moment nécessaire. — Dans ce dernier sens, allusion au levier qui éclate entre les mains. (V. d’Hautel, 1808.)

Delvau, 1866 : v. n. Être plus familier qu’il ne convient. Argot du peuple. Signifie aussi : Manquer de parole ; faire défaut au moment nécessaire.

Rigaud, 1881 : Laisser échapper une bonne occasion, rater une affaire au dernier moment, voir une place qui vous était promise donnée à un autre.

Péter dans la soie

Rigaud, 1881 : Être vêtue d’une robe de soie.

Péter dans le linge des autres

Rigaud, 1881 : Porter des habits d’emprunt, être habillé avec la défroque d’un autre.

Péter de graisse

Rigaud, 1881 : Être très gras. Et la variante : Péter dans sa peau.

Péter la châtaigne (faire)

Rigaud, 1881 : Métamorphoser une fille en femme.

Péter la sous-ventrière (s’en faire)

Virmaître, 1894 : Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue :
— Tu t’en ferais péter la sous-ventrière.
Synonyme de : Tu n’en voudrais pas.
Avoir mangé à s’en faire péter la sous-ventrière (Argot du peuple). N.

Péter plus haut que le cul

Delvau, 1866 : v. n. Faire le glorieux ; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens ; avoir un train de maison exagéré, ruineux. Faire le pet plus haut que le cul, c’est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle Sauter plus haut que les jambes.

Rigaud, 1881 : Faire plus de dépense que n’en comporte la position de fortune.

Virmaître, 1894 : Faire de l’embarras, de l’esbrouffe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou. Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture :
— Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins. Dans le peuple, par ironie, on les appelle :
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.

Péter son lof

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des marins, pour qui c’est changer de lof, c’est-à-dire naviguer sur un autre bord. Ils disent aussi Virer de bord.

Péter sur le mastic

Delvau, 1866 : v. n. Renoncer à travailler ; envoyer promener quelqu’un. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Abandonner l’ouvrage, envoyer l’ouvrage au diable.

La Rue, 1894 : Renoncer au travail.

Péteur

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

Virmaître, 1894 : Dénonciateur. Comme pour dénoncer il faut parler, le mot péteur doit être pris dans le sens de péter du bec (Argot des voleurs).

Péteur, péteuse

Rigaud, 1881 : Plaignant, plaignante.

Péteux

d’Hautel, 1808 : Mot poissard et trivial. Pour le derrière, les fesses.
Tomber sur son péteux. Pour se laisser tomber sur le derrière, sur les fesses.
Un péteur. Terme injurieux qui équivaut à lâche, poltron ; freluquet.

Delvau, 1866 : s. m. Messire Luc, l’éternelle cible aux coups de pied.

Delvau, 1866 : s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.

Rigaud, 1881 : Qui se sent fautif.

Peteux (des)

M.D., 1844 : Des haricots.

Petillards

Virmaître, 1894 : Diamants. Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.
— Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.

Petin Tondu (le)

Delvau, 1866 : L’empereur Napoléon Ier, — dans l’argot des invalides.

Petit

d’Hautel, 1808 : Manger des petits pieds. Pour dire vivre de perdrix, de faisans, de chapons, de volailles fines, d’ortolans ; se délicater, se choyer.
Mon petit. Ma petite. Nom de bienveillance et d’amitié que les gens de condition donnent aux personnes qui sont dans leur familiarité.
Les gros mangent les petits. Pour dire que souvent les hommes puissans oppriment les hommes foibles.
Être réduit au petit pied. Être ruiné ; vivre médiocrement.
C’est du petit monde. Se dit par mépris des gens pauvres ; du menu peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Enfant, — dans l’argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d’une chienne et celle d’une femme.

Rigaud, 1881 : Bout de cigarette encore fumable, — dans le jargon des voyous. — Suivant la longueur du bout c’est le mègo, l’orphelin, le petit.

Rigaud, 1881 : Amant de cœur, — dans le jargon des femmes galantes.

Petit (en faire un)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : faire un petit baccarat, — dans le jargon des joueurs. — Nous ne sommes pas venus ici pour enfiler des perles : si nous en faisions un petit ?

Hé ! Zéphirin, en fait-on un petit, cette nuit ?

(Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Petit (le)

Rigaud, 1881 : Le point de huit au baccarat, — dans le jargon des joueurs. — C’est le plus petit des deux plus beaux points du jeu.

Rigaud, 1881 : Le derrière, — dans le jargon des filles.

Petit blanc

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc.

Rigaud, 1881 : Vin blanc très ordinaire.

Petit bleu

Rigaud, 1881 : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.

Petit bonhomme d’un sou

Delvau, 1866 : s. m. Jeune soldat.

Petit Bordeaux

Delvau, 1866 : s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.

Delvau, 1866 : s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.

Petit cadeau

Delvau, 1864 : Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les garçons les attendent, et qu’elles les demandent avant de commencer les exercices, car après, l’homme, un peu fatigué, redemanderait plutôt son argent que de redonner la moindre chose.

Dis donc, joli garçon, si tu veux que je sois bien gentille il faut me faire ton petit cadeau… tu sais, le cadeau qu’on fait toujours aux petites dames.

Lemercier de Neuville.

Je compris qu’un petit cadeau
N’était qu’une vétille ;
Bref, je tombe dans le panneau.
Puis, de fil en aiguille,
Ell’ montre tout son petit jeu.
-Qu’abat la quille à Mayeux…
Qu’abat (bis) la quille ?

Alex. Marie.

Petit camarade

Delvau, 1866 : s. m. Confrère malveillant, débineur, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs. Pour la rendre plus ironique, on dit : Bon petit camarade.

Petit caporal

Larchey, 1865 : Napoléon Ier. — Allusion au grade imaginaire que lui décerna l’enthousiasme de ses soldats, au lendemain d’une victoire.

Le souhait de S.M. Prussienne et les appréciations du petit caporal.

M. Saint-Hilaire.

Delvau, 1866 : n. d’h. Napoléon, — dans l’argot des vieux troupiers. Ils disaient encore : l’Autre, le Petit Tondu et le Père la Violette.

Merlin, 1888 : Les anciens soldats désignaient ainsi Napoléon Ier, qu’ils appelaient également le petit Tondu, l’Autre, la Redingote grise, le père La Violette.

Petit centre (le)

Delvau, 1864 : Par devant, le con ; — le cul par derrière.

Elle est sourde ainsi comme un sourd
À ceux qui lui parlent d’amour ;
Mais, touchez-lui son petit centre.
Cela s’endure doucement,
Et pour écouter son amant,
Elle a l’oreille au bas du ventre.

(Cabinet satyrique.)

Petit chien, grosse queue

Delvau, 1864 : Façon de parler proverbiale pour dire que les hommes de petite taille ont presque toujours un fort membre, comme contraste à l’Hercule ancien, qui n’avait qu’une quéquette.

Petit cochon

Delvau, 1866 : s. m. Dame qu’on n’a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le camp de l’adversaire. Argot des joueurs de jacquet. Engraisser des petits cochons. Avoir plusieurs dames bloquées.

Petit con, grand verre

Delvau, 1864 : « Heureux qui, méprisant les grandeurs de la terre,
Fout dans un petit con et boit dans un grand verre,
Vide l’un, remplit l’autre, et passe avec gaîté
Du cul de la bouteille au con de la beauté.
 »

Boufflers.

Petit frère (?)

Rossignol, 1901 : Voir bogue.

Petit frère (le)

Delvau, 1864 : Le membre viril — pour qui toutes les femmes sont des sœurs (en Jésus-Christ) avec lesquelles on est heureux de commettre des incestes.

Chez la mariée, au matin,
Une prudente mère
Lui doit du plus heureux destin
Confier le mystère.
La mariée, en soupirant,
Attend le petit frère,
Vraiment,
Attend le petit frère.

Ducray-Duminil.

Petit jeune homme

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Quand de tes bras le monsieur se dégomme.
Avec pudeur, avec honnêteté,
Fais la toilette à son petit jeune homme :
Il faut avoir de l’amabilité.

L. Festeau.

Petit lait

Delvau, 1866 : s. m. Chose de peu d’importance ; vin faible, — dans l’argot des bourgeois.

Petit lait (c’est du)

Rigaud, 1881 : Ça ne fait pas de mal. On dit d’un vin léger, peu fourni en alcool :

Ça se boit comme du petit lait.

Petit lapin

Delvau, 1864 : La nature de la femme, à laquelle nous faisons une chasse passionnée, armés du fusil à deux ou trois coups fabriqué par le Devismes céleste.

Le p’tit lapin d’ma femme !

dit le refrain d’une chanson indécente moderne autorisée par la préfecture de police.

Petit manteau bleu

Larchey, 1865 : Homme bienfaisant — L’usage de ce mot est la plus belle récompense qu’ait pu ambitionner un philanthrope bien connu.

On parlerait de toi comme d’un petit manteau bleu.

Balzac.

Delvau, 1866 : s. m. Homme bienfaisant, — dans l’argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.

Rigaud, 1881 : Philanthrope. — En souvenir de « l’homme au petit manteau bleu ».

Petit monde

Delvau, 1866 : s. m. Les membres de la famille, femme et enfants. Se dit aussi à propos d’une Maîtresse.

Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lentille, — dans l’ancien argot. — La petite bourgeoisie, le monde des boutiquiers, — dans le jargon des vieux débris du faubourg Saint-Germain.

Virmaître, 1894 : Lentille. On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur : punaise (Argot des voleurs).

Petit nom

Delvau, 1866 : s. m. Prénom, nom patronymique, — dans l’argot du peuple, et spécialement celui des petites dames. C’est le short name des biches anglaises.

Petit père noir

Delvau, 1866 : s. m. Broc de vin rouge, — dans l’argot des faubouriens. Petit père noir de quatre ans. Broc de quatre litres.

Rigaud, 1881 : Broc de vin. — Litre de vin rouge.

Petit pied, petit con

Delvau, 1864 : Proverbe qui forme pendant avec cet autre : Long nez, longue pine.

Regarde au nez et tu verras combien
Grand est celui qui aux femmes fait bien ;
Regarde su pied pour au rebours connaître
Quel le vaisseau d’une femme doit être.

(Moyen de parvenir.)

Petit salé

Virmaître, 1894 : Petit enfant.
— Tu ne vas pas faire taire ton salé ; fous-y donc sa gamelle pourqu’il ne chialle plus (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeune enfant.

Petit trou (le)

Delvau, 1864 : La nature de la femme.

Vilaine ! tu prétends faire entrer cela dans ton petit trou ! Je t’en, défie.

La Popelinière.

O petit trou, trou mignard, trou velu,
D’un poil follet mollement crespelu,
Qui, à ton grè, domptes les plus rebelles.

(Cabinet satyrique.)

Petit vase

Delvau, 1864 : Le con.

Bien connaissez, ami lecteur,
Une espèce de coquillage,
Conque de mer qu’on nomme un pucelage !
Hé bien, de ce vase enchanteur
Tels sont les bords qui de la rose,
Ou plutôt du plus fin corail
Ont la couleur…

Plancher-Valcour.

Petit voltigeur (le)

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui, par ses évolutions habiles et réitérées, fait la joie du corps dans lequel il sert comme engagé volontaire.

Dieux ! qu’il sera beau sous les armes.
Quand l’Amour, ce dieu protecteur.
Mouillera, pour doubler ses charmes,
Le front du petit voltigeur.

Guillemé.

Petit-Bleu

Fustier, 1889 : Carte-télégramme. V. Omnibus.

Petit-Hôtel

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lieu où l’on est déposé avant que d’être conduit en prison. Faire une pose au petit-hôtel, être mis au corps-de-garde.

Petit-Mazas (le)

Rigaud, 1881 : Le passage du Soleil à Clichy-la-Garenne, un des quartiers habités par les chiffonniers, qui se plaisent à donner des noms pittoresques à leurs cités, comme ceux de : La Cité des Vaches, route de la Révolte ; La Fosse-aux-Lions, à Grenelle ; Le Petit-Bicêtre, du côté de la barrière de Fontainebleau ; La Butte-aux-Puces, quartier des Buttes-Chaumont.

Petit-monde

Larchey, 1865 : Lentille (Vidocq). — Allusion de forme.

Petit-noir

Rigaud, 1881 : Petit ramoneur.

Rigaud, 1881 : Mélange de chicorée et de marc de café vendu et 10 centimes le bol.

Quelques ouvriers retardataires fumaient leur pipe en sirotant un petit noir.

(Hennique, La Dévouée.)

Par extension, débit de café pour les ouvriers.

Fonds de commerce à vendre. Crémerie. Petit-noir. Loyer neuf cents francs.

(Petit Journal, du 1er juillet 1880.)

Petit-nommer

Delvau, 1866 : v. a. Appeler quelqu’un par son petit nom.

Petit-qué

Boutmy, 1883 : s. m. Le point-virgule ; il est ainsi nommé parce que ce signe (;) remplaçait autrefois le mot latin que dans les manuscrits et les premiers livres imprimés.

Petite bête (chercher la)

Rigaud, 1881 : Chercher dans une œuvre les fautes de détail ; rechercher les petites erreurs qu’a pu commettre un écrivain.

Petite bière (ce n’est pas de la)

Rigaud, 1881 : C’est fameux, c’est important, pris dans un sens ironique ; c’est-à-dire : ça n’est pas fameux, ça ne vaut pas grand’chose.

Petite bière (ce n’est pas de la) !

Delvau, 1866 : Expression de l’argot du peuple qui l’emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d’importance ou qu’on veut faire passer pour importantes.

Petite chatte

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable chatte avec une véritable souris, — dans l’argot de M. Henri de Kock, romancier, élève et successeur de son père.

Petite dame

Delvau, 1864 : Fille ou femme souvent grande, ou tout au moins de taille ordinaire, qui ne se trouve pas dans le cas de la fille de Jephté, pleurant de n’avoir pu perdre sa virginité.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames auxquelles il te sera défendu de toucher, par exemple.

Lemercier de Neuville.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l’amour.

Rigaud, 1881 : Femme plus ou moins entretenue.

Petite fille

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Demi-bouteille.
— Viens-tu boire une bouteille ?
— Non, une petite fille suffira (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Demi-bouteille de vin.

Petite flûte (la)

Delvau, 1864 : Le membre viril, dont savent jouer les Tulou femelles connues sous le nom de suceuses.

Petite maison

Delvau, 1864 : Bordel particulier qu’avaient, au siècle dernier, aux portes de Paris, les grands seigneurs et les gros financiers : personne n’y baisait qu’eux, et ils y baisaient le plus de filles qu’ils pouvaient.

Mener des fermes de nom
À sa petite maison,
Voilà les belles manières.

Collé.

Petite marine

Bras-de-Fer, 1829 : Bande de voleurs.

Petite oie (la)

Delvau, 1864 : Le travail — attrayant — qui précède le coït ; pelotage des couilles de l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins indigeste — pour la pine — que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent — de peur de vérole.

Or, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent on pure perte.

(Thérèse philosophe.)

Elle avait déjà laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait.

Tallemant des Réaux.

Et il fut maître de ce que nous appelons en France la petite oie.

(La France Galante.)

La petite oie, enfin ce qu’on appelle
En bon français les préludes d’amour.

La Fontaine.

Je ne vis pas dessous la soie
Jambes, cuisses et la petite oie.

Théophile.

Petite-main

Rigaud, 1881 : Ouvrière fleuriste qui fait les pétales et commence à gaufrer, — dans le jargon des fleuristes.

Fustier, 1889 : Il est assez difficile de définir exactement ce que, dans l’argot des ateliers, on entend par cette expression. L’exemple suivant le fera comprendre :

Ils n’étaient que sept pour suffire à cela : un homme, un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n’ont jamais été des apprentis et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci : qu’ils reçoivent un salaire d’apprenti pour un travail d’ouvrier.

(Fournière : Sans métier.)

Petits cons

Delvau, 1864 : Synonymes : l’anneau, le bijou, le petit centre, le conin, le conichon, l’hiatus divin, le petit lapin, la pissette, le trou chéri, etc., etc. Voici le pour :

Dans un petit con de jeunesse,
Qui n’entend ruse ni finesse,
Jamais je ne vais que le pas.
Je n’ai à faire aucun partage,
Je laboure tout l’héritage,
Encor ne me suffit-il pas.
[…]
Ces petits cons à grosse motte
Sur qui le poil encor ne flotte.
Sont bien de plus friands boucons ;
Le monde s’en irait grand erre
Si j’étais tout seul sur la terre
Et qu’il n’y eût que des grands cons.

Le Sr de Sygognes.

Le contre :

Les cons si estroits de closture
Mettent un vit à la torture
Et le laissent sans mouvement :
J’aimerais mieux branler la pique
Que de foutre en paralytique :
Le plaisir gît au remûment.
[…]
Foutre des cons de ces pucelles,
Serrés comme des escarcelles,
Où te vit n’est en liberté ;
J’ai dans le con de ma voisine
Ma chambre, antichambre et cuisine,
Logis d’hiver, logis d’été.

Motin.

Petits pains (faire des)

Delvau, 1866 : Faire l’aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.

Petits vits

Delvau, 1864 : Synonymes : l’asticot, la bibite, le fifre, guiguitte, la quéquette, le salsifis, etc., etc.

Ces petits vits desquels l’enflure
À peine garnit l’ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres, filles,
Et les estimons inhabiles
À chatouiller nos appétits.
Ces petits vits à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusque au bout ;
Il semble qui l’on nous farfouille
Ou d’un fétu, ou d’une douille :
Il faut égalité partout
[…]
Ils vont vagabonds par la place,
Sans marquer ni chemin ni trace :
Les murs n’approchent nullement,
Le plancher sur leur chef se hausse,
C’est une volupté sans sauce :
Le plaisir vient du frottement.

Le Sr de Sygognes.

Peton

d’Hautel, 1808 : Diminutif. Petit pied. Il ne se dit que par plaisanterie des pieds des enfans.

Péton

Rigaud, 1881 : Petit pied. — De jolis petits pétons.

Pétons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Pieds, — dans l’argot des enfants, des mères et des amoureux.

Petouze

anon., 1827 : Pistole.

Bras-de-Fer, 1829 : Pistole.

Pétouze

Halbert, 1849 : Pistole.

Pétouze, pitroux

Rigaud, 1881 : Pistolet, fusil, — dans l’ancien argot.

Pétra

Delvau, 1866 : s. m. Paysan, homme grossier, — dans l’argot des bourgeois.

Pétras

d’Hautel, 1808 : Mot vulgaire et trivial qui signifie, balourd, ignorant, grossier personnage.

Pétrifier

d’Hautel, 1808 : Être pétrifié. Pour, rester stupéfait ; être saisi d’étonnement ; rester en extase.

Pétrin

d’Hautel, 1808 : Pour, embarras, peine, mauvais état des affaires.
Il s’est mis dans le pétrin jusqu’au cou. Pour, il s’est fourré dans une mauvaise affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, position fausse ; misère, — dans l’argot du peuple, qui geint alors. Être dans le pétrin jusqu’au cou. Être dans une misère extrême.

Pétrin (être dans le)

Rigaud, 1881 : Être dans rembarras, dans la gêne.

Pétrir

d’Hautel, 1808 : Il est pétri de vif-argent. Pour, il est très-vif, très-turbulent ; il se met facilement en colère.
Elle est pétrie de graces. Pour exprimer qu’une femme ou une demoiselle a de l’aisance, de l’amabilité, de la grace dans tous ses mouvemens.

Pétrole

Rigaud, 1881 : Mauvais vin. — Mauvaise eau-de-vie.

Virmaître, 1894 : Mauvaise eau-de-vie servie dans les assommoirs. Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.

Pétroler

Rigaud, 1881 : Incendier les maisons et les monuments publics au moyen du pétrole comme sous la Commune.

Pétroleur

Rigaud, 1881 : Marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers qui ont à se plaindre des consommations ou à qui le marchand de vin réclame avec acharnement de l’argent.

Pétroleur, pétroleuse

Rigaud, 1881 : Incendiaire sous la Commune. Partisan de la Commune.

Pétrousquin

Delvau, 1866 : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Petzouille. Privat d’Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s’est trompé.

Rigaud, 1881 : Derrière. Paysan. — Public, dans le jargon des saltimbanques. Entortiller le pétrousquin en faisant la manche, soutirer de l’argent au public en faisant la quête.

La Rue, 1894 : Le postérieur. Badaud.

Virmaître, 1894 : La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D. Pétrousquin, paysan. Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît. Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression. Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Paysan.

Hayard, 1907 : Paysan.

Petsouille

Virmaître, 1894 : Cette expression est suffisamment claire. Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre ; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).

Petzouille

Rigaud, 1881 : Derrière.

Rossignol, 1901 : Paysan, campagnard.

Hayard, 1907 : Même sens — paysan.

Peu

d’Hautel, 1808 : Si peu que rien. Pour dire, très-peu, excessivement peu.
Peu ou prou ; ni peu ni prou. Pour, peu ou beaucoup ; ni peu ni beaucoup.
Excusez du peu. Se dit ironiquement de quelqu’un qui, quelque chose qu’on fasse, se plaint qu’on ne lui donne pas assez ; se dit aussi dans le même sens, de celui qui trouve qu’on le surcharge d’un ouvrage désagréable.
Il n’y en a pas pour peu. Pour dire, il y en a beaucoup.

Peu (excusez du)

Larchey, 1865 : Terme ironique pour dire : Excusez l’apparente énormité du chiffre.

Il y avait 25 000 Français par terre… Excusez du peu !

Balzac.

Peu mon neveu (un)

Rigaud, 1881 : Oui ; je crois bien.

Peuple

d’Hautel, 1808 : Du petit peuple. Nom de mépris que l’on donne aux artisans, aux ouvriers de la plus basse classe du peuple, qui, cependant, par leur industrie, leurs fatigues et leurs peines, font la fortune de nos gros négocians.
La voix du peuple est la voix de Dieu. Pour dire que le sentiment général, ordinairement, est fondé sur la justice et la vérité.

Delvau, 1866 : s. m. Public, — dans le même argot [des faubouriens]. Se foutre du peuple. Insulter à l’opinion reçue, accréditée. Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu’il est molesté par lui ou lorsqu’il en reçoit une blague un peu trop forte : Est-ce que tu te fous du peuple ?

Delvau, 1866 : s. et adj. Commun, vulgaire, trivial, — dans l’argot des bourgeoises, qui peut-être s’imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d’un Montmorency. Être peuple. Dire ou faire des choses de mauvais goût.

France, 1907 : Peuplier ; argot populaire. Vieux mot, du latin populeus.

Peuple (faire un)

Fustier, 1889 : Argot des voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.

Peuple, du public (se moquer du)

Larchey, 1865 : Insulter à l’opinion.

Grande colère du père Duchesne contre M. Veto qui se fout du peuple.

1793, Hébert.

Encore fort usité.

Peuplier

Fustier, 1889 : Gros fragment de tabac.

Peur (la)

France, 1907 : On désignait ainsi, dans les provinces du Centre, l’époque de la Revolution, où des terreurs paniques faisaient prendre les armes à toute la France. On disait : « Mon père est né l’année de la Peur. »

Peurette (à la)

France, 1907 : À l’aise. Se mettre à la peurette, c’est ne conserver que les vêtements indispensables pour ne pas souffrir de la chaleur sans la décence ; patois meusien, corruption de pureite, qu’on dit encore en Picardie.

Peut

France, 1907 : Laid, vilain, désagréable ; patois lorrain, bourguignon, morvandiau ; du vieux français put, pute, qui vient lui-même du latin putare, puer, d’où nous avons fait pute, putois, putride. Quelques étymologistes font venir pute du sanscrit poutri, fille, d’où le diminutif latin puella, jeune fille, d’où pucelle, bacelle en lorrain, et l’augmentatif italien putana.
Dans le Virgile travesti de Scarron, Jupiter apostrophe ainsi Vénus :

… Petite putine !
D’où depuis on a fait putain,
Car notre langue se raffine.

Dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, J. Brivois écrit que dans la partie de la Champagne voisine de la Bourgogne on dit :

Peute femme, beau cul ;
Peut chien, belle queue.

Dans une chanson nivernaise on trouve ce quatrain :

Quand elles sont gentes,
Réveillons les filles ;
Quand elles sont peutes,
Laissons-les dormir.

En d’autres patois, peut signifie petit : Peute gache, petite fille.

À peute chatte, jolis mirons.

Peut-être

d’Hautel, 1808 : Un peut-être empêche de mentir.

Pévéreux

d’Hautel, 1808 : Pour, pédant, homme fier, hautain, orgueilleux.
Il fait son pévéreux. Pour, il fait le précieux, l’important.

Pèze

Larchey, 1865 : Argent (Vidocq). — De pesos, monnaie espagnole.

Rossignol, 1901 : Argent.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent. Voir Pèse.

Les chouettes zigues qui m’ont fait affurer du pèze…

(Mémoires de Vidocq)

Pèze ou pèse

Virmaître, 1894 : Argent. L’expression est due à Frédérick-Lemaître. Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer ; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse ; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tend il à Frederick.
— Tiens, pèse !
Depuis ce temps, on dit dans le peuple :
— As-tu du pèse ? (Argot du peuple).

Phalange

Fustier, 1889 : Main.

Ils vous ont des façons étranges,
Pires que des étaux de fer.
De vous écraser les phalanges,
En vous disant : « Bonjour, mon cher ! »

(Frondeur, déc. 1879.)

France, 1907 : Main : ne s’emploie guère que dans de sens : serrer les phalanges, serrer la main.

Phalangekès

La Rue, 1894 : Doigt.

Phallus impudicus

France, 1907 : Sorte de champignon qui affecte la forme d’un membre viril. On l’appelle aussi satyre impudique.

Pharamineux

Larchey, 1865 : Éblouissant comme un phare.

Delvau, 1866 : adj. Étonnant, prodigieux, inouï, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Fameux, merveilleux, éblouissant ; c’est-à-dire lumineux comme un phare.

France, 1907 : Étonnant, extraordinaire ; argot populaire. C’est l’adjectif appliqué dans les campagnes bourguignonnes aux loups-garous et autres bêtes fantastiques. On trouve également cette expression dans le patois saintongeais. Ce n’est peut-être que la corruption du grec phénomenon.

Pharaon

Delvau, 1866 : s. m. Roi de n’importe quel pays, — dans l’argot gouailleur des gens de lettres.

Phare

Delvau, 1866 : s. m. Lampe, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Lampe, — dans le jargon des typographes.

France, 1907 : Lampe ; argot des typographes.

Pharos

anon., 1827 : Gouverneur d’une ville.

Bras-de-Fer, 1829 : Gouverneur d’une ville.

Halbert, 1849 : Gouverneur d’une ville.

Rigaud, 1881 : Gouvernement. — Ministre. — Préfet et, en général, tous les hauts fonctionnaires ! de l’État, qui, en grand uniforme, sont éblouissants comme des phares, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chef ; argot des voleurs.

L’ancien abbé éleva sa lumière à hauteur de son visage, et, éclatant de rire :
— Allons, taffeurs, ne renaudez pas ! fit-il ; me prenez-vous pour un raille ou le rabouin ?
Alors, tout à coup, ce fut une explosion de cris, d’exclamations de joie et de surprise :
— Le grand pharos !
— Le grand meck !
— Le grand dab !
Et les yeux étincelants, la figure enluminée par une douce émotion, agitant leurs bonnets, aspirant à lui serrer la main, tous se précipitèrent, l’entourèrent, le pressèrent, l’acclamèrent.

(Edmond Ladoucette, Le Petit Caporal)

Phecy

France, 1907 : Calotte ou fez des chasseurs d’Afrique. Les polytechniciens appelaient autrefois le ce nom leur calotte d’intérieur.

Phénix est la femme oisive et sage

France, 1907 : Ce dicton, tiré d’une maxime de Pythagore, corrobore cet autre parfaitement vrai que « l’oisiveté est la mère de tous les vices », car une honnête femme n’est jamais oisive. « Femme qui ennuy file, disaient nos pères, (femme désœuvrée) porte chemise vile. » Et encore : « Fille oisive, au mal est pensive. » On appelle phénix une chose rare, extraordinaire ; un sonnet sans défaut, comme disait Boileau, et la femme en question, plus rare encore à trouver que le susdit sonnet.
Le phénix était un oiseau fabuleux adoré par les Égyptiens. Ils le figuraient de la grandeur d’un aigle, la tête surmontée d’une huppe. Il n’y en avait jamais qu’un à la fois et toujours le même, car après avoir vécu 500 ans il volait sur les bords du Nil, se préparait un nid de plantes aromatiques qu’il exposait au soleil, l’allumait lui-même en battant des ailes, se posait dessus et se consumait. Mais de ces cendres naissait un ver qui se transformait peu à peu en un phénix semblable au premier. Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte tout cela et fort sérieusement. Hérodote est le premier écrivain qui ait parlé du phénix. Sous ces fables ridicules se cachait le symbole de l’immortalité de l’âme.
C. de Méry a donné en vers la traduction d’Ovide :

Un oiseau merveilleux, unique dans le monde,
Ressuscite et renait de sa cendre féconde ;
C’est le phénix. Nourri dans des bois odorans
Et des sucs de l’amour et des pleurs de l’encens,
Il dédaigne du grain la pâture grossière.
Après cinq cents étés, terme de sa carrière,
Au sommet d’un palmier, à l’aide de son bec,
Il se bâtit un nid, ramasse du bois sec,
Y joint l’épi du nard, la myrrhe, la cannelle.
Couché sur ce bûcher, où la flamme étincelle,
Il meurt dans les parfums : sa tombe est son berceau.
Du phénix qui n’est plus, naît un phénix nouveau,
Qui vit cinq cents étés, et qui meurt pour revivre,
Quand l’âge à son essor a permis qu’il se livre,
De son nid suspendu dégageant le rameau,
Il l’enlève, et, chargé de ce pieux fardeau,
Au temple où du soleil on admire l’image,
Des cendres de son père il apporte l’hommage.

Phénomène

Delvau, 1866 : s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter, — dans l’argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Original.

Philanthrope

Larchey, 1865 : Filou (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. m. Filou, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Filou, — dans le jargon des voleurs. Et la variante : Philibert. — Jeu de mots par changement de finales.

La Rue, 1894 : Filou.

France, 1907 : Filou ; jeu de mot des voyous.

Philatéliste

France, 1907 : Collectionneur ou amateur de timbres-poste.

L’empereur Alexandre III était, on le sait, un philatéliste distingué, et l’on raconte, au sujet de sa collection, une anecdote curieuse.
Un jeune homme du Wisconsin avait consacré ses épargnes à l’achat des timbres nouveaux rappelant le centenaire de la découverte de l’Amérique et les avait fait parvenir au puissant souverain. Le tsar répondit à cet envoi par celui d’une collection complète de timbres russes de toutes les émissions et n’ayant jamais servi.

Philémon-baucis

Virmaître, 1894 : Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant :
— Filez mon beau six (Argot des bourgeois).

Philibert

Rossignol, 1901 : Celui qui fait le Philippe.

Philippe

Larchey, 1865 : Écu à l’effigie de Louis-Philippe.

On dit que tu as poissé nos philippe.

Balzac.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce décent sous en argent à l’effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu avoir leurs louis comme les gentilshommes.

Rossignol, 1901 : Celui qui a la spécialité de faire le vol au rendez-moi ou rendem, fait le philippe.

France, 1907 : Pièce de cent sous ; argot des faubouriens.

Philippes

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Écus de six francs.

Bras-de-Fer, 1829 : Écus.

Philippine (bonjour)

France, 1907 : Expression dont on se sert dans le Nord pour réclamer de quelqu’un de connaissance un petit présent, après qu’à table on a partagé une amande double. À la première rencontre, la personne qui dit de suite : Bonjour, Philippine ! gagne un cadeau à la discrétion du perdant. Cet usage vient d’Allemagne. Philippine est une altération de l’allemand Philippchen, qui est lui-même une altération de viel liebchen, bien aimé ; c’est dire qu’est Allemagne ce petit jeu ne se fait qu’entre personnes de sexe différent.

Philistin

Larchey, 1865 : « À propos, qu’est-ce qu’un Philistin ? — Autrefois, en Grèce, il s’appelait béotien ; on le nomme cokney en Angleterre ; épicier ou Joseph Prud’homme à Paris, et les étudiants d’Allemagne lui ont conféré l’appellation de Philistin. » — Neuville.

Delvau, 1866 : s. m. Vieil ouvrier abruti, — dans l’argot des tailleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des romantiques.

Rigaud, 1881 : Ouvrier abruti par la boisson, — dans le jargon des tailleurs.

Fustier, 1889 : Ouvrier tailleur.

Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de philistins.

(Henri IV, 1882.)

La Rue, 1894 : Bourgeois n’aimant ni les arts, ni les lettres.

France, 1907 : Terme de mépris par lequel les étudiants allemands désignent les gens étrangers aux universités, principalement les marchands, et qui est passé chez nous avec le sens d’ignorant, de bourgeois, d’étranger aux choses de l’art.

À propos, qu’est-ce qu’un philistin ? Autrefois, en Grèce, il s’appelait Béotien ; on le nomme cockney en Angleterre, épicier ou Joseph Prudhomme à Paris, et les étudiants d’Allemagne lui ont conféré l’appellation de philistin.

(L. de Neuville)

À tout prix, on ne veut pas être confondu avec un philistin ou — comme dit énergiquement l’argot moderne — aves un « mufle ». Le moindre bourgeois prétend désormais au titre de dilettante. Mais, comme il n’a pas, en ces matières difficiles, de goût spécial, de préférence personnelle, il accepte avec obéissances le dernier caprice de la mode, il répond passivement à l’appel du dernier cri, il s’embarque, sans dire « ouf » sur le dernier bateau. Bien vite, le plus ordinairement, la mode change, le cri s’éteint, le bateau fait naufrage. Qu’importe ! Le faux artiste, le snob, en est quitte pour changer d’avis, pour demander le nouveau mot d’ordre et se conformer à la consigne la plus récente.

(François Coppée)

France, 1907 : Vieil ouvrier abruti ; argot des tailleurs.
On dit, par plaisanterie, de quelqu’un qui s’appuie la mâchoire sur sa main : « Il se prépare à faire la guerre aux philistins », c’est-à-dire « Il est un âne » ; allusion à la fameuse mâchoire dont se servit Samson contre ces ennemis du peuple d’Israël et avec laquelle il en tua mille !

Philosophe

Larchey, 1865 : Pauvre. — Philosophie : Misère (Vidocq). — Allusion ironique à la nécessité de la sagesse. — Philosophe : Savate, vieux soulier revenu des vanités de ce monde V. Arpion.

Delvau, 1866 : s. m. Misérable, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Misérable, — dans l’argot de la police. — Grec opérant sans compère. (L. Larchey) Dans l’argot des grecs, on entend encore, par philosophe, le tricheur qui se contente d’un petit bénéfice et cultive les dupes d’un petit rapport. C’est sous ce nom que les matadors de la Grèce désignent leurs confrères en blouse qui exercent chez les marchands de vin.

Fustier, 1889 : Argot des lycéens. Élève de la classe de philosophie.

La Rue, 1894 : Misérable. Grec. Vieux soulier.

France, 1907 : Misérable, voleur.

Lorsqu’un de ces philosophes fait un bon coup, il enlève ses loques, prend un bain pour tuer sa vermine, s’habille au Temple et devient souteneur, camelot, vendeur de programmes, de contremarques, et quelquefois l’aide d’un petit bookmaker. Le fourline ou philosophe est de tous les malfaiteurs le moins habile ; toute prévoyance, même élémentaire, lui est inconnue, il ne dérobe que ce qu’il voit bien à sa portée. D’abord on se défie de lui, car sa misère et ses haillons le font facilement connaitre. Il explore de préférence les poches apparentes, larges, et commet souvent le vol « au poivrier. »

(G. Macé, Un Joli Monde)

Philosophes

Halbert, 1849 : Souliers.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Souliers d’occasion, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Vieux souliers.

Virmaître, 1894 : Des souliers. Ils sont bien forcés d’accepter le temps comme il est, boue ou neige, et le pied qui les chausse. On appelle également philosophes des grecs qui opèrent seuls dans les cercles et dans les tripots. Le philosophe d’allumage est celui qui prépare les pontes, qui en ce cas deviennent des pantes (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Souliers.

France, 1907 : Chaussures ; elles supportent tout. Philosophes de neuf jours, souliers percés.

Philosophes de neuf-jours

Delvau, 1866 : Souliers percés.

Philosophie

Delvau, 1866 : s. f. Misère.

Rigaud, 1881 : Misère. — Faire sa philosophie, être malheureux, — dans le jargon des déclassés.

La Rue, 1894 : Misère.

France, 1907 : Misère.

Photo

Rigaud, 1881 : Photographie. Photographe. — Aller chez le photo ; se payer sa photo.

France, 1907 : Abréviation de photographie ; argot courant.

Photographe

Rossignol, 1901 : Aide de l’exécuteur qui tient par les oreilles la tête du condamné, lorsqu’il a le cou dans la lunette de la guillotine ; il tire dessus de façon qu’il ne la rentre pas dans les épaules, et que le couteau lui tombe sur le cou. L’aide qui fait habituellement le photographe est en activité depuis quarante ans, ayant débuté à l’âge de 16 ans. Il était précédemment exécuteur en Corse. Il y avait à une époque un bourreau par cour d’appel et, lors de leur suppression, il vint comme aide à Paris où il construisit les guillotines actuelles, les anciennes ayant été brûlées en 1871. Étant le plus ancien et le seul de première classe, il comptait sur la succession de Deibler qui lui revenait de droit, mais le ministre de la Justice a jugé à propos de nommer le plus jeune, arrivé, il y a six ans, d’Algérie, où il était aide de l’exécuteur Rasenœud [NDLR : Rasseneux], nom prédestiné.

Photographier (aller se faire)

Rigaud, 1881 : Aller se faire f…iche, comme l’écrivait le père Duchêne. Variante adoucie.

Phraseur

Delvau, 1866 : s. m. Beau diseur de phrases, c’est-à-dire bavard, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Bavard.

Phyllorodomancie

France, 1907 : Divination tirée du bruit produit par une feuille de rose plissée que l’on fait éclater en la frappant sur le front.

Physique

d’Hautel, 1808 : Il a un drôle de physique. Se dit par ironie d’un homme dont la constitution est bizarre, originale, difforme ; qui a la figure risible et singulièrement contournée.

Phytolatrie

France, 1907 : Culte des forêts et des arbres qui se trouve ou dont on trouve les traces chez presque tous les peuples, dans l’Inde, en Perse, en Grèce, en Italie, chez les Germains, les Slaves, les Gaulois, les Sibériens, les Finnois, en Amérique comme en Océanie. Néologisme formé du grec phyton, plante, et latreia, culte.

Piaf

Larchey, 1865 : Vanité, orgueil (Vidocq). — Au moyen âge. l’homme fastueux était un piafart. V. Roquefort. — Mot expressif : — Le vaniteux piaffe comme un cheval de luxe.

Rigaud, 1881 : Orgueil, amour-propre. De piaffer ; emprunt au vocabulaire hippique. Le cheval qui piaffe témoigne de l’orgueil à sa manière, un orgueil mêlé d’impatience.

Piaffe

d’Hautel, 1808 : Hâblerie, fanfaronnade ; éclat emprunté.
Tout en lui n’est que piaffe. Pour, il n’a qu’un luxe imposteur ; tout en lui n’est que faux brillant.

Delvau, 1866 : s. f. Orgueil, vantardise, esbrouffe.

France, 1907 : Orgueil, ostentation. Vantardise, « Faire de la piaffe. » Argot populaire.

De l’éducation ébauchée par une mère qui était Florentine, qui avait dans l’être toutes les ardeurs dévotieuses, toutes les croyances étroites de cette race italienne si étrange, à la fois jouisseuse, affolée de plaisir, de piaffe, de chimères et hantée par l’effroi de l’au-delà, par le remords du péché.

(R. Maizeroy, Vieux garçon)

Piaffer

France, 1907 : Faire le beau.

Les ardents, les grands coureurs, les bons buveurs, ceux qui rient à se déboutonner d’un coup, ceux qui blaguent et baffrent et piaffent autour des filles, ce sont nos papas.
Leurs fils, mièvres, malsains, dégoûtés, font des mines de nonnettes scandalisées, rêvent, sourient à peine du bout du poil rare qui pousse à leurs lèvres, et se reposent avec des gestes las.
S’ils daignent parler, c’est de la tristesse de vivre.

(Le Journal)

Piaffeur

d’Hautel, 1808 : Pompeux, brillant, magnifique ; qui impose par des dehors trompeurs.

Piaffeuse

Fustier, 1889 : La dernière expression du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n’a rien de désobligeant ; piaffeuse : qui se tient droite et porte beau.

(Gaulois, sept. 1887.)

Piaille

Rossignol, 1901 : Domicile, maison.

Piailler

d’Hautel, 1808 : Crier, dire des injures, jeter les hauts cris.

Delvau, 1866 : v. a. Crier.

France, 1907 : Crier. Ce mot est assez général dans toutes les provinces, l’orthographe et la prononciation seules diffèrent. En Lorraine, piaï.

Maintenant que l’alliance russe est devenue sérieuse, je veux espérer que les faiseurs brevetés de revues et les fournisseurs habituels de cafés-concerts vont nous épargner l’audition de chansons soi-disant patriotiques piaillées par des demoiselles mal bâties et affublées d’un uniforme soi-disant russe.

(Le Gil Blas)

Piaillerie

d’Hautel, 1808 : Criaillerie, clabauderie.

Piailleries

France, 1907 : Cris.

Les mots lui venant à travers une volubilité effrénée, elle les lui jetait à la figure coup sur coup ; et on n’entendait plus dans la maison que ses piailleries qui dominaient jusqu’à l’égosillement des pinsons, mis en gaieté par le bruit.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Piailleur

d’Hautel, 1808 : Celui qui ne fait que piailler ; qui crie pour la moindre chose.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens. On dit aussi Piaillard.

Pian-pian

d’Hautel, 1808 : Mots dérivés de l’Italien, et qui signifient tout doucement.
Qui va pian va san, qui va san va long-temps. Signifie que celui qui va doucement va plus loin que celui qui va d’abord trop vivement.

Piane-piane

Delvau, 1866 : adv. Doucement, piano-piano, — dans l’argot des bourgeois.

Pianeuse

France, 1907 : Tapoteuse de piano, la peste des maisons parisiennes et autres.

Aussi, je vous le dis sans fard, laissons les pauvres bas-bleus à leur marotte inoffensive et exterminons la pianeuse. La grande maladie de la femme, c’est la gamme. Tout son malheur vient de là, et tout son crime. Rendons le piano à la musique et les enfants à leurs mères.

(E. Bergerat)

Pianiser

France, 1907 : Jouer du piano d’une façon plus ou moins passable et assommante pour les auditeurs.

Elle est folâtre, elle est touchante,
Elle pianise, elle chante
Et lit les auteurs en renom
Bref, rien ne l’empêche de prendre
Cet ange très bouffant, sinon
Que tu balances à te pendre.

(Louis Veuillot, Les Couleuvres)

Pianiste

Rigaud, 1881 : Valet de bourreau. Celui qui accompagne le bourreau comme un pianiste accompagne un chanteur ; celui qui joue une partie accessoire dans la représentation de la mort juridique, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Valet de bourreau.

France, 1907 : Valet de bourreau ; argot populaire.

C’est le pianiste qui a l’honneur d’accompagner l’exécuteur des hautes œuvres sur le théâtre rouge. C’est lui qui boucle sur la touche unique du clavecin sinistre le patient qui va éternuer dans le son, comme disent les surineurs en leur langage cynique.

(Émile Gouget, L’Argot musical)

Piano

Rossignol, 1901 : Poêle, cuisinière, ainsi nommé par les chefs de cuisine.

Piano (jouer du)

Rigaud, 1881 : Trotter d’une manière irrégulière, — dans le jargon des maquignons.

France, 1907 : Se dit d’un cheval qui a le trot désuni ; on dit aussi qu’il forge.

Piano (vendre son)

Rigaud, 1881 : « Le moindre récit pathétique, une phrase sentimentale, un mot touchant, un mouchoir sur les yeux, une larme et la croix de sa mère, tout cela se traduit par : vendre son piano. Depuis le jour où Bouffé, dans Pauvre Jacques, fit couler des ruisseaux de larmes dans une scène où il est forcé de vendre son piano, les verbes s’attendrir, pleurer, s’apitoyer, larmoyer, etc. ont été remplacés par : vendre son piano. » (J. Dullot.)

Piano de Savoyard

France, 1907 : Vielle ; argot populaire.

Piano du pauvre

France, 1907 : Haricots.

L’abbé possédait en son grenier six sacs énormes de ce légumineux populaire qu’un homme d’esprit a appelé le piano du pauvre.

(Marc Anfossi)

Piano du pauvre (le)

Virmaître, 1894 : Des haricots. Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).

Piano-morbus

France, 1907 : Maladie endémique instrumentale qui détruit la santé des jeunes filles et assomme les générations.

Piano-piano

France, 1907 : Doucement.

Pianomane

Rigaud, 1881 : Infortuné de l’un ou de l’autre sexe atteint de la manie du piano.

La loge Asberg était mélomane, pianomane forcenée, en la personne de sa fille chérie.

(Ch. de Boigne.)

Pianopolis

France, 1907 : Paris ; argot des pianophobes.

Pianotage

Rigaud, 1881 : Action de mal jouer du piano.

Pianoter

Larchey, 1865 : Jouer médiocrement du piano.

On ne devait pas pianoter pendant la nuit.

Balzac.

Delvau, 1866 : v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non, — dans l’argot du peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.

Rigaud, 1881 : Jouer suffisamment du piano pour se faire plaisir à soi-même et agacer les autres.

France, 1907 : Remuer les doigts de façon à indiquer à un joueur les cartes de son adversaire.

Un ser qu’est rup, servant croupier,
C’est en croupant de pianoter.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

France, 1907 : Jouer du piano comme la généralité des demoiselles, c’est-à-dire assommer ses voisins et même ses proches.

Les femmes qui écrivent sont dix fois moins nombreuses que les femmes qui peignent. Les femmes qui peignent sont cent fois inférieures en nombre à celles qui jouent la comédie. Les femmes qui jouent la comédie sont, aux femmes qui pianotent, comme un est à cent mille, attendu que toutes les femmes pianotent et égratignent l’ivoire.

(Émile Bergerat)

Pianoter, jouer du piano

Rigaud, 1881 : Filouter, — dans l’argot des voyous.

Pianoteur

Delvau, 1866 : adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape dessus comme s’il était sourd — et ses voisins aussi. Au féminin Pianoteuse.

Piasser

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Se coucher.

Piau

d’Hautel, 1808 : Mot du jargon typographique qui signifie mensonge, bourde, conte fait à plaisir.
Conter sa piau. Causer au lieu de travailler.

anon., 1827 : Lit.

Bras-de-Fer, 1829 : Lit.

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, histoire, blague, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Plaisanterie, charge d’atelier. — Mensonge, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Lit. Pincer le piau, garder, prendre le lit.

Notre auteur a été si fourlour qu’il s’est vu contraint de pincer le piau.

(La Caricature, journal, dessin de Traviès.)

Boutmy, 1883 : s. f. Conte, plaisanterie incroyable, menterie. Conter une piau, c’est mentir, faire un conte invraisemblable. Nous ne connaissons pas l’origine de cette locution.

La Rue, 1894 : Lit. Mensonge. Plaisanterie, blague. Piausser, se coucher.

Virmaître, 1894 : Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire. Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire :
— Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit :
— Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche :
— Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Vantardise, mensonge, conte invraisemblable ; argot des typographes.

Piaulard

d’Hautel, 1808 : Qui crie, qui pleure toujours. Le peuple prononce pialard.

Piaule

M.D., 1844 : Maison.

Halbert, 1849 : Chambre, taverne.

Virmaître, 1894 : La maison.
— Y a pas, faut rappliquer à la piaule de la dabe, sans ça pas de boulottage à la clé.
Pourquoi piaule ? Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui piaillent dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du pieu (lit) dont par déformation on a fait piaule ? C’est plus que probable (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Maison.

France, 1907 : Maison, chambre, logis ; argot populacier. On écrit aussi piole.

Où aller ? Se rentrer à la piaule ? Non, il a peur d’être seul… Il a vagabondé… attiré par la boustifaille, comme les mouches par la lumière, il est venu s’affaler à la porte d’un restaurant.
Du sous-sol l’odeur du frichti monte, il entend les bruits de la vaisselle, les rigolades des boustifailleurs…
Il n’en peut plus, le pauvre bougre ; les jambes coupées par la famine, il s’avachit sur le trottoir.

(Le Père Peinard)

anon., 1907 : Chambre.

Piaule ou Piolle

Delvau, 1866 : s. f. La maison, le logis, — dans l’argot des voleurs, qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y piaillent comme autant de moineaux affamés. La piaule a l’air rupin. L’appartement est bon à dévaliser.

Piaule, piolle

Larchey, 1865 : Taverne. — Du vieux mot piot : vin. V. Roquefort. Ce dernier donne pioller, s’enivrer. V. Artie.

Piauler

d’Hautel, 1808 : Se dit des enfans qui crient, qui pleurent sans motifs.

France, 1907 : Crier, même sens que piailler.

Grand brouhaha. On court dans toutes les directions, les femmes crient, les enfants piaulent, les chiens aboient ; des hommes grimpent sur les chariots, d’autres s’embusquent dessous, tandis que deux en avant du corral me couchent en joue, — Bonjour, étrangers ! dis-je, ôtant mon chapeau et faisant un grand salut. Vous semblez un peu excités. Que diable avez-vous ?

(Hector France, Chez les Indiens)

Piauler (se)

France, 1907 : Rentrer chez soi.

Piaulle

La Rue, 1894 : Maison. Logement. Se piauller, rentrer chez soi.

Piaulle, piolle

Rigaud, 1881 : Maison, logement, chambre. — Piauler, dormir.

Piausser

Bras-de-Fer, 1829 : Se coucher.

Delvau, 1866 : v. n. Mentir, blaguer, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Se coucher. C’est la variante de pioncer et de piauler, dormir.

Rigaud, 1881 : Blaguer, mentir, plaisanter, faire des charges, — dans le jargon des typographes. — Piausseur, mauvais plaisant, conteur de bourdes.

Boutmy, 1883 : v. intr. Dire des piaux, mentir.

France, 1907 : Mentir, dire des piaux ; argot des typographes.

France, 1907 : Dormir, se coucher ; argot des voleurs ; du vieux français piautre, paillasse. De piausser on a fait pioncer.

Piausser (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle peau, — dans l’argot des voyous. Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent Peausser.

Piausser ou pioncer

Halbert, 1849 : Se coucher, dormir.

Piausseur

Delvau, 1866 : s. m. Menteur, blagueur.

Boutmy, 1883 : adj. Qui conte des piaux, qui fait des mensonges.

France, 1907 : Menteur ; argot des typographes.

Piautre

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais garnement, — dans l’argot du peuple. Envoyer au piautre. Envoyer au diable. Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.

France, 1907 : Mauvais garnement. « Envoyer aux piautres », envoyer au diable.

On l’eût pris, sans mentir, à son air, à sa grâce,
À son joli menton non encor cotoné,
Pour le jeune Apollon ou Cupidon l’aîné.
J’avais pour cet ingrat écartés tous les autres,
Les envoyant tretous, comme l’on dit, aux piautres.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Pic

France, 1907 : Apocope de picaillon.

Pic (à)

Delvau, 1866 : adv. A point nommé, à propos, heureusement. Venir ou Tomber à pic. Arriver au moment le plus opportun.

France, 1907 : À point nommé, au moment opportun.

— J’étais en train de m’étirer dans mon lit et de bayer aux corneilles lorsque la petite Séraphine, la fille de la concierge, est montée. On peut dire qu’elle arrivait à pic.

(Les Propos du Commandeur)

Pic (tomber à)

Larchey, 1865 : Tomber à point.

Pic en terre

Clémens, 1840 : Poularde.

Picahou !

France, 1907 : Cri que poussent les enfants la veille de Noël, à Orthez.

Ils s’en vont par les rues, criant : Picahou ! hou ! hou ! et s’arrêtent particulièrement devant les maisons où ils savent qu’il y a des nouveaux-nés. On leur jette des pommes, des châtaignes et des noix.

(V. Lespy et P. Raymond)

Picaillon

France, 1907 : Argent ; synonyme de quibus ; corruption de picaron, monnaie espagnole ; argot populaire. On dit dans le Béarn picahou.

Avec des pains d’sucr’ son père,
Avait gagné des millions,
Amassant des picaillons,
Spéculant sur la misère
D’l’ouvrier qui, pour trois francs,
Va s’crever douze heur’s de temps.

(Ed. Momy, La Mort du soldat millionnaire)

Pour gagner quèqu’ picaillons,
On a bien du mal sans r’proches ;
Mais ceux-là qu’ont des millions,
Y les ont pris dans nos poches !

(Victor Meusy)

Picaillons

Larchey, 1865 : Écus.

Je lui pinçais ses picaillons.

Robert Macaire, ch., 1836.

J’leur donnerons des picalions. Vive la paix ! Vive la nation !

Chanson poissarde du Consulat. Tourneur fils.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Pièces de monnaie, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Pièces de cinq francs. — Un certain nombre de pièces de monnaie d’argent. Avoir des picaillons.

Madame Zéphyrin l’aurait plumé, lui aussi s’il avait eu des picaillons.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Picards (fumée des)

France, 1907 : Il ne s’agit pas ici de la fumée des pipes, mais de la fumée symbolique qui monte à la tête quand on l’a chaude. Les gens de Picardie ont toujours passé à tort ou à raison pour avoir, comme on dit vulgairement, la tête près du bonnet. De là le charitable avis que donne un quatrain du XVe siècle :

De plusieurs choses Dieu vous garde,
De toute femme qui se farde,
De la fumée des Picards
Avec les boucons des Lombards.

Pichenet

Delvau, 1866 : s. m. Petit vin de barrière agréable, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vin.

France, 1907 : Vin léger ; argot faubourien.

Le pichenet et le vitriol l’engraissaient positivement.

(Émile Zola)

Pichepin

France, 1907 : Sapin résineux.

Qu’elle soit de vulgaire pichepin ou de bois des îles, bons menuisiers, sachons d’abord raboter notre planche. L’œuvre de l’homme ne vaut que par le tour de main.

(Émile Bergerat)

Pichèrre

France, 1907 : Bouteille de deux litres dont on se sert dans le Midi. Voir Pichet.

Pichet

Delvau, 1866 : s. m. Litre de vin.

France, 1907 : Petit vin suret ; on dit aussi pichnet ; argot populaire.

France, 1907 : Litre de vin. En vieux français, c’est un vase, pour le vin, de terre ou de métal. Dans les Pyrénées, on appelle bouteille de piché une bouteille qui contient deux litres.

— Qu’avez-vous donc ? me demanda-t-elle, on dirait que vous êtes ivre. Ivre ? Pourquoi ? C’est à peine si, à l’auberge où nous déjeunâmes, vous avez bu deux pichets de petit vin légers ; et il me souvient que, dans nos folies nocturnes, vous videz sans être incommodé quatre bouteilles du plus capiteux bourgogne…

(Catulle Mendès)

Pichet, pichnet, piccolet, piccolo, piccolino

Rigaud, 1881 : Petit vin suret. Vin du pays de Suresnes ou d’Argenteuil, vin d’un pays qui n’a jamais été renommé par ses vignobles.

Pichet, pichnet, piccolo, picton

La Rue, 1894 : Petit vin suret.

Pichnet, pichenet

France, 1907 : Petit vin suret.

Picholeil

France, 1907 : Pissenlit.

Pichon

France, 1907 : Petit enfant ; vieux mot.

Pick-pocket

Delvau, 1866 : s. m. Voleur, — dans l’argot des anglomanes et des gens de lettres.

Pickpocket

France, 1907 : Voleur qui fouille dans les poches. Anglicisme : de pick, ramasser, et pocket, poche. Pourquoi avoir emprunté à l’anglais quand nous avions le vieux et énergique mot de vide-gousset ?

Le pickpocket de nationalité anglaise est le plus connu — on le rencontre partout — mais il n’est point le plus habile. On lui a fait une réputation qu’il ne mérite pas.
Il est raide, compassé dans ses mouvements et, tout en possédant une grande dextérité de mains, il se ressent du flegme national.
Par exemple, c’est un marcheur infatigable ; dans une journée, il parcourt tous les principaux points de Paris où se porte la foule, et les agents qui lui donnent la chasse, guettant le moment psychologique du flagrant délit pour l’arrêter, sont brisés de fatigue, quand ils rentrent chez eux.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Par un abominable barbarisme on a fait un féminin :

Les véritables pickpockettes ont les allures, les manières, la tenue de bonnes bourgeoises en villégiature, et leur costume varie selon les endroits où elles doivent voler. On les rencontre aux gares, aux guichets de chemins de fer, aux stations de bateaux, sur les promenades, dans les théâtres, les musées et les grands magasins. Elles ne s’attaquent qu’aux femmes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Picolo

France, 1907 : Petit vin suret.

Les sales charognes qui trouvent le joint d’utiliser les progrès de la chimie pour fabriquer vinaigres et vins sans y foutre un grain de raisin, empoisonnent le populo qui n’a pas les moyens de s’offrir du picolo nature — et s’enrichissent vivement.
Car foutre, c’est à remarquer : les plus grands bandits, les plus grands assassins, sont — dans la société actuelle — les mieux cotés et les plus riches.

(Le Père Peinard)

Picorage

Larchey, 1865 : Vol commis sur la grande route (Vidocq). — Allusion ornithologique.

Delvau, 1866 : s. m. Travail sur les grandes routes, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Butin provenant d’un vol de grand chemin. (Fr. Michel.) Le picorage n’est autre chose que le grapillage, la maraude, genre de vol pratiqué dans les campagnes au préjudice de la récolte.

France, 1907 : Vol sur les grands chemins ; rapine, maraude. Argot des voleurs.

Picorer

France, 1907 : Voler, rapiner.

En entendant drelin drelin, mon cousin a couru à son bureau, et il a trouvé la concierge de la maison en train de picorer dans le tiroir. En l’apercevant, la bonne femme s’est laissée choir dans la corbeille à papier, les mains encore pleines de louis… ce qui ne l’empêchait pas de protester de son innocence.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Picoreur

Virmaître, 1894 : Voleur de grands chemins. Le picorage est le vol commis au hasard sur le passant qui est picoré, ou dans les fermes isolées. Le voleur picore comme la poule, dans les armoires ; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleur, maraudeur. Vieux français conservé dans le patois du Béarn.

Nous avons trouvé que de tout temps ces bons montagnards ont été gaigneurs et picoreurs. Il est si naturel de vouloir vivre, et bien vivre ! Surtout il est si doux de vivre aux dépens d’autrui ! Jadis, en Écosse, tout vaisseau naufragé appartenait aux gens de la côte ; les navires brisés leur arrivaient comme les harengs dans la saison, récolte héréditaire et légitime ; ils se jugeaient volés quand un naufragé tâchait de garder son habit. De même ici les étrangers. L’arrière-garde de Charlemagne y périt avec Roland ; les montagnards avaient roulé sur elle une avalanche de pierres ; après quoi ils se partagèrent les étoffes, l’argent, les mulets, les bagages, et chacun s’en fut dans sa tanière.

(Taine, Voyage aux Pyrénées)

Picot

France, 1907 : Coup de cloche. Voir Piquette.

Picote

France, 1907 : Petite vérole. La personne marquée de la petite vérole est picotée. C’est la variole dans le Béarn. Picote bourde, varicelle.

Picoterie

d’Hautel, 1808 : Lardon, trait satirique, raillerie ; mot piquant, et quelquefois offensant.

Picotin

Delvau, 1866 : s. m. Déjeuner ou souper, — dans l’argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval. Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck). Gagner son picotin. Travailler avec courage.

France, 1907 : Repas. Avoir son picotin, gagner son picotin. Argot des ouvriers : du las batin picotinus, petite mesure, suivant Ménage, ou, suivant Charles Nisard, de picoter, piquer à coups redoublés comme fait la volaille qui mange le grain :

Une poule sur un mur
Qui picotait du pain dur,
Picoti
Picota
Trousse la couette
Et puis s’en va.

France, 1907 : Le devoir qu’on rend aux dames. Vieille expression.

Un gentilhomme grand seigneur, ayant été absent de sa maison pour quelque temps, print le loisir de venir voir sa femme, laquelle estoit jeune, belle et en bon poinct. Et pour y être plus tôt, print la poste environ deux journées de la maison ; là où il arriva sus le tard, et lorsque sa femme estoit couchée, se met auprès d’elle. Incontinent elle fust esveillée, bien joyeuse d’avoir compagnie, s’attendant qu’elle auroit son petit picotin…

(Bonaventure des Perriers, Contes et Nouvelles)

Je trouvais Guillot Martin
Avecque sa nièce Sabine
Qui vouloit pour son butin
Son beau petit picotin,
Non pas d’orge ni d’avoine.

(Clément Marot)

Picotin d’avoine

Delvau, 1864 : Ration de sperme que l’homme marié donne plus ou moins fréquemment a sa femme, afin qu’elle n’aille pas se plaindre a ses voisines — et surtout se faire consoler par ses voisins.

Soudain que la gouge on emmanche,
Lui rebailler le picotin,
Si l’instrument ne se démanche.

G. Coquillart.

Picoure

Halbert, 1849 : Haie ou épine.

Delvau, 1866 : s. f. Haie, — dans l’argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennent picorer. Déflotter la picoure. Voler le linge qui flotte sur les haies. La picoure est fleurie. Le linge sèche sur les haies. On dit aussi Picouse.

France, 1907 : Haie. Défleurir da picoure, voler sur les haies le linge que les paysannes y mettent sécher. La picoure est fleurie, il y du linge sur la haie. Argot des voleurs. On dit aussi picouse.

Picouse

Larchey, 1865 : Haie d’épines. V. Défleurir.

Rigaud, 1881 : Haie. — Défleurir la picouse, voler du linge qui sèche en plein air.

Picouse, picoure

La Rue, 1894 : Haie. Défleurir la picoure, voler du linge sur les haies.

Pictancher, picter

La Rue, 1894 : Boire.

Picter

anon., 1827 : Boire.

Bras-de-Fer, 1829 : Boire.

Clémens, 1840 : Boire.

M.D., 1844 : Boire.

Halbert, 1849 : Boire.

Larchey, 1865 : Boire. — De piquette : petit vin. V. Pavillonner.

Hayard, 1907 : Boire.

France, 1907 : Boire. Picter des canons, boire des verres de vin. Argot populaire.

Comme moi gagne de la pièce,
Tu pourras picter des canons,
Et sans aller trimer sans cesse,
Te lâcher le fin rigaudon.
Ne crains pas le pré que je brave,
Car de la bride je n’ai pas peur ;
Dans une tôle enquille en brave,
Fais-toi voleur !

(Chanson tirée des Mémoires de Vidocq)

Picter ou Pitancher

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Boire.

Picter, pictonner

Rigaud, 1881 : Boire. — La picter à la douce et la flancher au frotin, boire, sans se presser, une bouteille de vin et la jouer au billard.

Picton

anon., 1827 : Boisson.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Boisson.

Bras-de-Fer, 1829 : Boisson.

Clémens, 1840 : Vin.

un détenu, 1846 : Vin.

Delvau, 1866 : s. m. Vin bleu, sûret, — dans l’argot du peuple, qui se pique la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. « Il en boit comme un Poitevin, » dirait un étymologiste en s’appuyant sur les habitudes d’ivrognerie qu’on prête aux Pictones.

Rigaud, 1881 : Petit vin nouveau.

Vive le picton, Le picton a du bon.

(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés.)

Un coup d’picton / Moi je m’en fiche / Il faut que j’liche / Un coup d’picton, / J’aime bien mieux l’huil’ que l’ coton.

(B. Dorilas, Un coup de picton.)

France, 1907 : Vin. C’est avec le vin qu’on se pique le nez. Le jus de la treille a dans la langue des ouvriers et des voleurs nombre de qualificatifs dont voici les principaux : bleu, petit bleu, gros bleu, briolet, ginglet, ginglard, huile, pive, pivois, vinasse, etc.

Encore un coup d’picton,
La mère Gaspard, il n’est pas tard,
Encore un verre ;
Encore un coup d’picton
Pour nous mettre à la raison.

(Vieille chanson)

Soiffans picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Chanson argotique)

Picton, piqueton

Larchey, 1865 : Vin supérieur à la piquette. — L’un et l’autre mot font allusion à l’effet produit par le vin commun qui picote le palais. V. Biture.

Si l’ancien picton n’est que de la piquette, Espérons ct’année en fair’ de meilleur.

Layale, ch., 1855.

Pictonner

Delvau, 1866 : v. n. Boire ferme et longtemps. On dit aussi Picter et Pictancer.

France, 1907 : Se livrer à la boisson.

Pie

d’Hautel, 1808 : Jaser comme une pie borgne, comme une pie dénichée. Caqueter, parler beaucoup, faire de propos, des commérages.
Pie grièche. Femme qui a l’humeur maussade, acariâtre. Le peuple dit, par corruption, pégrièche.
Il donne à manger à la pie.
Se dit d’un joueur qui met dans sa poche une partie du gain qu’il a fait au jeu, pour faire croire qu’il a très-peu gagné.

La Rue, 1894 : Vin. V. Pivois.

Pie au nid

France, 1907 : Chose difficile à trouver. La pie, en effet, plaçant son nid au sommet des arbres, voit de loin venir le danger et quitte son nid bien avant qu’on ne puisse l’atteindre.

Les autres cependant cherchent le personnage ;
Mais ne le trouvant point, le chef dit : Ah ! j’enrage :
Par où s’est pu sauver ce scélérat maudit ?
Je pensois bien avoir trouvé la pie au nid.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Être au nid de la pie, c’est avoir atteint le plus haut degré des honneurs et de la fortune. Allusion à la pie qui fait son nid au haut des plus grands arbres qu’elle peut choisir.

Pie-grièche

Delvau, 1866 : s. f. Femme criarde et querelleuse, — dans l’argot du peuple, qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata pica pulvinaris.

Piéçard

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille à ses pièces, — dans le jargon des carrossiers.

Pièce

d’Hautel, 1808 : Une bonne pièce, une méchante pièce. Se dit en plaisantant d’une personne fine, adroite et rusée, et notamment d’un enfant espiègle.
Il est tout d’une pièce. Pour, il a trop de roideur dans son maintien ; il a l’air gauche et emprunté.
Emporter la pièce. Railler quelqu’un d’une manière outrageante.
Mettre quelqu’un en pièces. Le déchirer par des médisances, des calomnies.
C’est l’ordinaire, c’est la pièce de bœuf. Se dit de quelque chose qui est d’un usage journalier ; d’un ouvrage de longue haleine, que l’on peut suspendre et reprendre à volonté.
Jouer pièce à quelqu’un. Lui faire quelques méchans tours, quelqu’affront.
Il lui donnera la monnoie de sa pièce. Pour, il lui rendra injure pour injure ; mauvais traitement contre mauvais traitement.
Être près de ses pièces. Être mal dans ses affaires ; être dénué d’argent.
On lui a donné la pièce. Pour dire, on lui a donné une petite gratification, un pour-boire.

Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entière et Petit Monde.

Rigaud, 1881 : Lentille, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Lentille.

France, 1907 : Lentille ; argot des voleurs.

Pièce (bonne)

Rigaud, 1881 : Mauvais sujet ; par ironie.

Pièce (tuer une)

Rigaud, 1881 : Abîmer une pièce, — dans le jargon des charpentiers.

Pièce à femmes

Rigaud, 1881 : Exhibition de femmes sur un théâtre, dans une pièce où les mollets doivent avoir de l’esprit, les épaules de la finesse, et les yeux du jeu.

Pièce à tiroirs

Delvau, 1866 : s. f. Drame à changements a vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Pièce dans laquelle un acteur change plusieurs fois de rôle. Levassor excellait dans les pièces à tiroirs. Aujourd’hui c’est Brasseur qui a recueilli son héritage.

France, 1907 : Pièce avec tableaux et nombreux changements de décors.

Pièce à trucs

Rigaud, 1881 : Féerie, pièce où l’auteur s’efface devant le machiniste.

Pièce d’architecture

Delvau, 1866 : s. f. Discours en prose ou pièce de vers, — dans l’argot des francs-maçons.

France, 1907 : Discours ; argot maçonnique.

Pièce d’eau des cuisses

France, 1907 : Appareil de toilette féminine généralement connu sons le nom de bidet.

Et les vieux céladons vont accourir en foule
Et les femmes sans sexe, à figure de goule,
Pour regarder de près, sinon pour acheter,
Ces objets par qui les hommes se font mater,
Et vous savez quel meuble fera leurs délices ?
Ce qu’un docteur nomme : la pièce d’eau des cuisses.

(Le Don Juan)

Pièce d’estomac

Delvau, 1866 : s. f. Amant. — dans l’argot des filles. L’expression a plus d’un siècle.

France, 1907 : Amant d’une fille publique ; argot des prostituées.

Pièce d’été

Delvau, 1866 : s. f. Vaudeville ou drame médiocre, — dans l’argot des comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l’hiver.

France, 1907 : Mauvaise pièce. Elle fait le vide dans la salle comme les fortes chaleurs ; argot des coulisses.

Pièce de 4

Merlin, 1888 : Seringue.

Pièce de bœuf

Larchey, 1865 : « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. On l’appelle aussi la pièce de résistance. Un excellent journal qui ne servirait pas tous les jours à ses abonnés la pièce de bœuf ne serait pas sûr de réussir. » — 1826, Biog. des Journalistes. — On dit aujourd’hui tartine.

Delvau, 1866 : s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l’on a le plus de succès. Argot des coulisses. On dit aussi Rôle de bœuf.

Delvau, 1866 : s. f. « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. » Argot des journalistes. On dit aussi Pièce de résistance.

France, 1907 : Pièce de théâtre dont le succès est assuré : argot théâtral. C’est comme la pièce de bœuf qui est le morceau de résistance des dîners.

Pièce de dix ronds

France, 1907 : Anus ; argot faubourien. N’avoir plus sa pièce de dix ronds, se livrer à la pédérastie passive.

Pièce de dix sous

Delvau, 1866 : s. f. Le derrière du corps humain, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Double six.

Virmaître, 1894 : Monnaie affectionnée par les pédérastes. Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir bocal.

Hayard, 1907 : Anus.

Pièce de dix sous (cracher des)

France, 1907 : Être altéré, avoir le gosier sec.

Coupeau voyant le petit horloger cracher des pièces de dix sous, lui montra de loin une bouteille.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Pièce de quatre

France, 1907 : Seringue ; argot militaire.

Pièce de résistance

Rigaud, 1881 : Premier Paris, article d’en-tête d’un journal, — dans le jargon des journalistes. — Le filet rôti, l’aloyau, la dinde, dans un dîner bourgeois.

Pièce de sept

Fustier, 1889 : Individu corpulent.

France, 1907 : Homme vigoureux.

Pièce de six liards

Rossignol, 1901 : Voir bocal.

Pièce du milieu

Delvau, 1864 : La nature de la femme, a laquelle l’homme se plaît a substituer son morceau.

Le dieu d’amour se pourrait peindre
Tout aussi grand qu’un autre dieu,
N’était qu’il lui suffit d’atteindre
Jusqu’à la pièce du milieu.

Regnier.

Elle sautait dans le lit sans craindre de montrer ses pièces.

D’Ourville.

Pièce du Pape, pièce suisse

Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise mine. Les voyous employaient cette expression à l’époque où la convention monétaire n’existait pas entre la France et les États-Romains, entre la France et la Suisse. Les pièces du Pape et les pièces suisses étaient refusées.

Pièce forcée (vol à la)

France, 1907 : Ce genre de vol nécessite deux complices dont le premier fait dans une boutique ou sur le comptoir d’un marchand de vin un achat ou une consommation quelconque qu’il paye généralement d’une pièce d’or, pièce préalablement marquée d’un signe quelconque. Quand on lui a rendu la monnaie, son complice entre, achète ou consomme à son tour et sans avoir rien payé réclame sa monnaie au marchand indigné, il soutient qu’il a payé avec telle pièce dont il donne l’exacte description, et que le marchand trouve en effet dans son comptoir, puisqu’il vient de la recevoir du premier filou.

Pièce fourrée

France, 1907 : Pièce de monnaie rognée.

Pièce grasse

Merlin, 1888 : Sobriquet des cuisiniers en pied qui sont loin de briller par la propreté. La pièce grasse, proprement dite, est un morceau d’étoffe, imbibé d’huile et servant à l’entretien du flingot.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Cuisinier.

France, 1907 : Cuisinier ; argot militaire.

Pièce tapée

France, 1907 : C’était autrefois et c’est encore aujourd’hui, dans les départements du Centre, une récompense en une pièce de monnaie de quelque valeur. On trouve cette expressions dans Molière :

— Moi, j’ai bravement bouté à terre quatre pièces tapées et cinq sous en double.

(Le Festin de Pierre)

Pièce tapée s’est dit de certains sous parisi au milieu desquels on avait ajouté la marque d’une fleur de lis pour en faire des sous tournois.

Pièces (coupeurs de)

Rigaud, 1881 : « Leur métier consiste à abréger les mélodrames en vogue et les mettre à la portée des théâtres de marionnettes qui courent les foires. Cette mutilation se paye dix francs la pièce. » (Privat d’Anglemont.)

Pied

d’Hautel, 1808 : Donnez un coup de pied jusqu’à cet endroit. Manière de parler métaphorique, pour engager quelqu’un à se transporter dans un lieu.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Se dit par raillerie d’une personne qui a le pied gros et mal fait, et qui a la prétention de se chausser en pied mignon.
Mettre les pieds dans le plat. Pour, ne plus garder de mesure ; casser les vitres.
J’en ai cent pieds par-dessus la tête. Pour, je suis dégoûté de cette affaire ; je donnerois volontiers tout au diable.
Il a trouvé chaussure à son pied. Pour dire, il a rencontré ce qu’il lui falloit ; et, dans un sens contraire, il a trouvé à qui parler ; quelqu’un qui lui a résisté.
Déferré des quatre pieds. Battu à plattes coutures.
Il se trouvera toujours sur ses pieds. Signifie qu’un homme industrieux et laborieux, quelque chose qui arrive, trouvera toujours de quoi subsister.
Il croit tenir Dieu par les pieds. Se dit pour exagérer le contentement de quelqu’un.
Il a eu un pied de nez. Se dit d’un homme qui a été trompé dans ses espérances ; qui a reçu quelque mortification.
La vache a bon pied. Pour dire qu’un plaideur est riche ; qu’il peut satisfaire aux frais d’un procès.
Elle n’a point de pieds. Se dit d’une chose que l’on attend, et qui n’arrive pas comme on le désire.
Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un. Lui faire des propositions déraisonnables ; le tenir avec beaucoup de sévérité.
Il fait cela haut le pied. Pour, d’une manière supérieure, avec habileté, perfection.
Elle sèche sur pied. Se dit d’une personne consumée par le chagrin et la tristesse.
Il voudroit être à cent pieds sous terre. Se dit d’un homme qui est dégoûté de la vie ; qui mène une vie malheureuse.
C’est un pied d’Escaut, un pied plat, un pied poudreux. Se dit d’un misérable, d’un chevalier d’industrie, d’un homme obscur, sans moyens, sans fortune, et qui ne jouit d’aucune considération.
Chercher quelqu’un à pied et à cheval. Le chercher partout.
Faire rage de ses pieds tortus. Intriguer ; se donner beaucoup de mouvement pour la négociation d’une affaire.
Les petits pieds font mal aux grands. Se dit d’une femme qui se trouve souvent mal dans sa grossesse.
Quand on lui donne un pied, il en prend quatre. Se dit d’un homme entreprenant, qui abuse de la liberté qu’on lui a donnée.
Faire le pied de derrière. Saluer avec le pied ; faire des révérences à n’en plus finir.
Faire le pied de grue. C’est-à-dire, le soumis, l’hypocrite, le tartuffe ; s’humilier devant quelqu’un dont on veut tirer parti.
Faire le pied de veau. Flatter, caresser, cajoler quelqu’un qui est puissant ; lui marquer de l’obéissance, de la soumission.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’une personne susceptible qui se pique de la moindre des choses, et que l’on n’offense pas impunément.
Être en pied. Pour dire, être sur ses gardes ; être en mesure ; être en fonds ; être bien dans ses affaires.
Faire pieds neufs. Mettre un enfant au monde ; accoucher.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le réduire au silence ; le confondre ; le mettre hors d’état de répondre.
Au pied de la lettre. Pour dire, à proprement parler.
Des pieds de mouches. On appelle ainsi une écriture mal formée, difficile à lire.
Disputer sur des pieds de mouches. C’est-à dire, sur des bagatelles.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. Le contraindre à faire son devoir.
Aller de son pied gaillard. Voyager lestement et sans frais.
Vous êtes encore sur vos pieds. Pour dire, vous êtes encore en état de faire ce qu’il vous plaira.

Halbert, 1849 : Sol.

Fustier, 1889 : Part. Ce à quoi on a droit.

Mon pied ! ou je casse ! Ma part ou je te dénonce.

(Humbert : Mon bagne.)

La Rue, 1894 : Part. En avoir son pied. En avoir suffisamment.

Hayard, 1907 : Partage.

France, 1907 : Part, affaire ; argot faubourien. En avoir son pied, en avoir assez ; ça fait le pied, ça fait l’affaire ; il y a pied, il y a moyen. Mon pied, ou je casse, ma part ou ça va se gâter.

Pied (avoir son)

Rossignol, 1901 : Part, compte.

J’ai quatre atouts dans mon jeu, j’ai mon pied.

Pied (donner un coup de)

Larchey, 1865 : Marcher vivement. — V. d’Hautel, 1808.

Je vais donner un coup de pied jusque dans les salons.

About.

Pied (en avoir son)

Rigaud, 1881 : En avoir assez.

France, 1907 : En avoir assez.

Pied (être)

Rigaud, 1881 : Étaler sa bêtise, — dans le jargon des collégiens.

La Rue, 1894 : Être bête (comme ses pieds).

Pied (lever le)

France, 1907 : Partir, se sauver.

La petite baronne a quitté le baron. Il paraît qu’il la battait comme plâtre. « Puisqu’il levait la main sur moi, j’ai levé le pied, dit-elle. »

Au pied levé, rapidement.

Un inconnu se précipite chez l’avocat :
— Pardonnez-moi mon indiscrétion… C’est une affaire à plaider au pied levé.
L’avocat, se disposant à prendre des notes :
— Très bien… Chez qui étiez-vous caissier ?

(Le Journal)

Pied (mettre à)

France, 1907 : Suspendre un employé de ses fonctions.

Pied (ne pas se moucher du)

Rigaud, 1881 : Être riche, être à son aise. — Faire bien les choses. Chez le peuple on se mouchait et l’on se mouche encore avec le mouchoir de ses cinq doigts ; on secoue le résultat et lorsqu’on est propre on l’essuie avec le pied. Celui qui ne se mouche pas du pied a donc le moyen d’acheter des mouchoirs, un luxe pour beaucoup de gens. L’expression est vieille. On la trouve dans les Turlupinades recueillies et réunies en une comédie par Adrien de Monluc, prince de Chabanois.

La fortune m’a tourné le dos, moy qui avais feu et lieu, pignon sur rue, et une fille belle comme le jour, que nous gardions à un homme qui ne se mouche pas du pied.

(La Comédie des Proverbes.)

Pied bleu

Larchey, 1865 : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan.

Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie.

La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Conscrit. On dit plus généralement pied. Engueuler quelqu’un comme un pied, c’est-à-dire comme un conscrit.

Il prend un air digne, toise l’infirmier de haut en bas, et te l’engueule comme un pied.

(Georges Courteline)

Pied de banc

Delvau, 1866 : s. m. Sergent, — dans le même argot [des troupiers].

Merlin, 1888 : Sergent. Quatre pieds à un banc, quatre sergents dans une compagnie.

France, 1907 : Sergent, appelé ainsi parce qu’il y a quatre de ces sous-officiers dans une compagnie placés à chaque extrémité pour la diriger, la soutenir comme les pieds d’un banc.

Les sous-officiers sont l’âme de l’armée si les officiers en sont la tête… les soldats le savent et le disent bien, et se rendant compte de l’utilité de ces subalternes, ils les appellent les pieds de banc. Enlevez un lieutenant ou un sous-lieutenant à la compagnie, nul ne s’apercevra du vide ; ôtez un sergent, elle clochera, deviendra boiteuse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Pied de biche

Halbert, 1849 : Outil de voleur casseur de portes.

Virmaître, 1894 : Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

Rossignol, 1901 : Sonnette. Se dit aussi d’une pièce en fer à l’usage des voleurs.

Pied de biche (faire le)

La Rue, 1894 : Faire une collecte. Mendier à domicile.

Pied de biche (tirer le)

Rossignol, 1901 : Mendier à domicile.

Pied de cochon

Larchey, 1865 : Pistolet. — Allusion de forme.

Delvau, 1866 : s. m. Pistolet.

Rigaud, 1881 : Pistolet.

Fustier, 1889 : Farce, tromperie. Jouer un pied de cochon à quelqu’un, lui faire une plaisanterie d’un goût douteux.

France, 1907 : Pistolet d’arçon.

Pied de cochon (jouer un)

Rigaud, 1881 : Mystifier.

France, 1907 : Tromper, faire une mauvaise farce.

Pied de con (un)

Delvau, 1864 : Un con qui aurait la capacité d’engloutir un vit de douze pouces.

J’ croit ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’guérir tout d’ bon
Et m’empêcher d’ fair’ bâton,
Ce s’rait d’fair’ sombrer ma pine,
Capitain’, dans un pied d’con.

G. de la Landelle.

Pied de grue (faire le)

France, 1907 : Attendre longtemps sur ses pieds. Lorsque les grues sont réunies, l’une d’elles se détache de la troupe et, perchée sur un pied, se met en sentinelle, prête à donner l’alarme au moindre danger. Racine, dans les Plaideurs, a employé cette expression :

Est-ce qu’il faut toujours faire le pied de grue ?

Les Anglais disent : to dance attendance.

Il suffit d’une taille accorte,
De longs cils autour d’un œil noir,
D’une arrière-main un peu forte,
D’un corsage rempli d’espoir ;
De quelques boucles ondulées
Sous les plumes d’un grand chapeau,
Ou de dentelles étalées
Sur de blancs petits coins de peau,
Pour qu’au détour de chaque rue
Surgisse, à quatre heures du soir,
Un pontife de pied de grue,
Chevalier errant du trottoir.

(Jacques Rédelsperger)

Faire le pied de grue,
Le soir, sous le balcon,
C’est chercher l’inconnue
Dans une équation.

(L’Argot de l’X)

Pied de nez

Clémens, 1840 : Fait, attrapé.

Delvau, 1866 : s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi. Faire des pieds de nez à quelqu’un. Se moquer de lui. Avoir un pied de nez. Ne pas trouver ce qu’on cherche ; recevoir de la confusion d’une chose ou d’une personne.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’un sou, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Pièce d’un sou.

France, 1907 : Sou ; argot des mendiants qui espèrent recevoir davantage.

Pied de nez (avoir un)

France, 1907 : Éprouver une déception, une mortification. On disait autrefois avoir autant de nez. Le Roux de Lincy cite au sujet de cette expression ce passage du Dictionnaire de Nicod :

On ne s’en sert quand on veut désigner quelqu’un qui ayant entrepris de faire quelque chose n’en est pas venu à bout, n’a de grâce que quand il est accompagné d’un geste qui luy est propre, ce que l’on fait en serrant les deux points clos de tous les doigts, réservés les deux pouces, l’un desquels se joint au bout du nez et l’autre au petit doigt d’iceluy, de sorte qu’ainsy rangés ils peuvent faire la longueur d’un quart d’aulne et avec cette gesticulation les Italiens disent : Tanto di naso.

Voir Faire la nique.

Pied de veau (faire le)

France, 1907 : Faire bassement et servilement sa cour à un supérieur ; flagorner quelqu’un dont on attend des avantages.

Pied de vit (un)

Delvau, 1864 : Un membre de douze pouces. On vous en souhaite. — Va-t’en voir s’ils viennent !

— Alors, dit Cloris tout allègre,
Un pied de mouton au vinaigre
Est bon selon mon appétit.
Mais Charlotte ces mots rehausse :
— J’aime mieux un ton pied de vit ;
Il n’y faut point chercher de sauce.

(Épigramme sur les appétits de quelques dames.)

Sans-bruit, accourez à moi ;
Avec un bon pied-de-roi,
Tous serez tôt secourue.

(Variétés hist. et littér.)

Pied droit (partir du)

Merlin, 1888 : Contrairement aux principes. Lors de sa libération, le militaire se promet de partir du pied droit de la caserne, c’est-à-dire en narguant cette discipline qui lui est à charge.

Pied levé (jouer au)

France, 1907 : Remplacer, sans en avoir été prévenu à l’avance, un artiste indisposé ou manquant.

Pied-de-biche

France, 1907 : Instrument pour crocheter les portes ; appelé aussi Jacques, Sucre de pomme, Biribi et Charlotte. Faire le pied-de-biche, mendier de porte en porte.

Pied-de-biche, charlotte

La Rue, 1894 : Pince d’effraction.

Pied-de-chat

France, 1907 : Renoncule à fleurs jaunes dont les racines sont en forme de griffes.

Pied-de-cochon

La Rue, 1894 : Pistolet. Mauvais tour que l’on joue à quelqu’un avant de se sauver.

Pied-plat

Delvau, 1866 : s. m. Homme du peuple ; goujat, — dans l’argot des bourgeois, qui s’imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait réaliser en partie la révolution de Février.

La Rue, 1894 : Goujat.

France, 1907 : Goujat, homme de basse extraction. Un cou-de-pied fort étant, d’après les anthropologistes, un signe de distinction ; le pied-plat se rapprochant du pied du singe et du nègre. On sait qu’en voyant le cou-de-pied très développé de Lamartine, la fameuse lady Stanhope lui prophétisa une haute destinée.

Pied, bon œil (avoir bon)

France, 1907 : Être encore solide ; pouvoir, malgré l’âge, sacrifier à Vénus.

Bah ! qu’importe ? Il était jeune ; il avait bon pied, bon œil et le jarret solide. Les belles dames de la ville avaient bien voulu le trouver aimable et beau garçon, les paysannes seraient-elles plus difficiles ? Une femme est toujours une femme après tout, et pourvu qu’elle soit complaisante et jolie, que peut-on demander de plus ?

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Pieds (avoir avalé ses)

Rigaud, 1881 : Avoir l’haleine fétide.

Pieds (avoir mangé ses)

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine.

Pieds (bénir des)

France, 1907 : Être pendu. Expression tombée en désuétude depuis le remplacement de la potence par la guillotine.

Pieds (où mets-tu tes)

Fustier, 1889 : Locution militaire voulant dire : De quoi te mêles-tu ?

Pieds (se tirer des)

Rigaud, 1881 : Se sauver, quitter un lieu, une société.

Merlin, 1888 : S’évader, s’échapper, fuir.

Pieds à dormir debout

Delvau, 1866 : s. m. pl. Pieds plats et spatulés. — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Pieds longs et larges.

Pieds attachés ou gelés (avoir les)

La Rue, 1894 : Ne pas pouvoir ou ne pas vouloir faire une chose commandée ou désirée.

Pieds blancs

Merlin, 1888 : Fantassins. Allusion à leurs guêtres.

Pieds chauds (avoir les)

France, 1907 : On disait autrefois d’un homme bavard : il a les pieds chauds, par allusion aux brigands du dernier siècle qui chauffaient les pieds le leurs victimes pour les forcer à parler, les obliger à dire où elles avaient caché leur argent, leurs bijoux.

Pieds dans le dos (avoir les)

La Rue, 1894 : Être suivi par les gendarmes.

France, 1907 : Être poursuivi par la police.

Grec, si t’as les pieds dans le dos,
Ne fuis pas ces bons rigolos.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Pieds dans le plat (mettre les)

Rigaud, 1881 : Ne plus garder aucune espèce de ménagements.

Pieds de châlits (avoir les)

Rigaud, 1881 : Être minutieux ; ne rien laisser traîner, — dans le jargon des troupiers.

Pieds de mouche

Delvau, 1866 : s. m. pl. Notes d’un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules, — dans l’argot des typographes. Et, à ce propos, qu’on me permette de rappeler le quiproquo dont les bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l’aîné, bibliographe, un livre en 6 vol. in-8o, intitulé : Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles Noces de Rabelais (V. la France littéraire de 1769). Or, savez-vous, lecteur, ce que c’était que ces nouvelles noces de maître Alcofribas Nasier ? C’étaient les notes — en argot de typographes, pieds de mouche — qui se trouvent dans l’édition de Rabelais de 1732, en 6 vol. pet. in-8o. Faute d’impression au premier abord, et plus tard ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.

Pieds de Philoctète

Delvau, 1866 : s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs, — dans l’argot des gens de lettres, qui font allusion à l’empoisonnement de l’île de Lemnos par l’exécuteur testamentaire d’Hercule. Avoir avalé le pied de Philoctète. Avoir une haleine digne du pied du fils de Pœan.

Pieds en avant (sortir les)

Rigaud, 1881 : Sortir de chez soi dans un cercueil.

Il arriva donc à la maison de Jeoffrin et monta dans la chambre d’où la trépassée ne devait plus sortir que les pieds en avant.

(Hennique.)

Pieds funiculés (avoir les)

Virmaître, 1894 : Refuser de marcher. Allusion au funiculaire de Belleville qui marche quand il veut (Argot du peuple). N.

Pieds nattés (avoir les)

Rigaud, 1881 : Ne pas avoir l’intention ou la possibilité de sortir. — Ne pas être disposé à danser, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Alors, comme ça, Mam’zelle a les pieds nattés ?

Pieds-de-biches (polisseur de)

Hayard, 1907 : Mendiant à domicile.

Pier

Rigaud, 1881 : Boire, — dans l’ancien argot ; d’où sont venus pionner et pictonner.

Pierre

d’Hautel, 1808 : Jeter des pierres dans le jardin de quelqu’un. Faire devant lui des reproches qu’il ne peut s’empêcher de s’attribuer.
Du vin à fendre les pierres. Hyperbole, pour dire, que du vin est spiritueux, excellent.
La pierre en est jetée. Pour, il n’est plus temps de changer de résolution : parodie du proverbe latin, alea jacta est.
Trouver des pierres en son chemin.
Pour dire des obstacles, des empêchemens à ce qu’on a dessein de faire.
Une pierre de scandale. Personne ou action qui porte au scandale.
Il ne trouvera pas la pierre philosophale. Se dit par raillerie d’un homme peu intelligent, sans pénétration, et qui fait le bel esprit.

Pierre à affuter

Virmaître, 1894 : Le pain. En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).

Pierre à affûter

Delvau, 1866 : s. f. Le pain, — dans l’argot des bouchers.

Rigaud, 1881 : Pain, — dans le jargon des bouchers, et pierre brute, — dans celui des francs-maçons.

La Rue, 1894 : Pain.

Rossignol, 1901 : Le pain.

Pierre à décatir

Delvau, 1866 : s. f. Farce des tailleurs à l’usage de tout nouveau. C’est leur huile de cottrets.

Pierre blanche

Fustier, 1889 : Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.

Je sais ce qui m’attend, les trois pierres blanches ou la perpett.

(Gazette des Tribunaux, août 1883.)

Pierre brute

Delvau, 1866 : s. f. Pain, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Manne.

Pierre de touche

Delvau, 1866 : s. f. Confrontation, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Confrontation.

La Rue, 1894 : Confrontation.

Pierre nu-tête

Rossignol, 1901 : Voir bogue.

Pierrette

Rigaud, 1881 : Femelle du pierrot, personnage de carnaval.

Une Pierrette qui se respecte, vois-tu, n’a jamais qu’un pierrot. — À la fois.

(Gavarni.)

Pierreuse

d’Hautel, 1808 : Prostituée, vile courtisane, raccrocheuse dans le plus bas degré. Ce sobriquet a été donné à ces femmes parce qu’elles font ordinairement leur honteux commerce dans les lieux où l’on bâtit, et où il y a un grand nombre de pierres.

Larchey, 1865 : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection… elle cherche toujours les ténèbres… Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d’édifices en ruines, elle traque l’homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. d’Hautel, 1808.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection. Son nom lui vient de ce qu’elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.

Rigaud, 1881 : Misérable prostituée qui rôdaille autour des maisons en construction, aux abords des terrains vagues, sans feu ni lieu, et n’a pour alcôve qu’un amas de graviers. — La pierreuse est souvent doublée d’un macrotin qui se tient à distance et surgit à l’improviste, lorsque le moment de dévaliser le client paraît propice.

La Rue, 1894 : Prostituée errante.

Virmaître, 1894 : Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Fille publique.

Pierrot

Larchey, 1865 : Niais. — Même allusion funambulesque.

Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots.

Wado, Chansons.

Larchey, 1865 : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules.

Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût.

Ricard, 1820.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans l’argot des faubouriens. Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.

Delvau, 1866 : s. m. Couche de savon appliquée à l’aide du blaireau sur la figure de quelqu’un, — dans l’argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir. Le pierrot n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent.

Delvau, 1866 : s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.

Rigaud, 1881 : Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.

Rigaud, 1881 : Au bout d’une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu’il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu’il conservera jusqu’à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».

Merlin, 1888 : Terme injurieux et méprisant ; épithète donnée au mauvais soldat.

Fustier, 1889 : Argot d’école. Dans les écoles d’arts et métiers on désigne ainsi l’élève de première année.

Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.

(Univers, 1886.)

Pierrot !

Delvau, 1866 : Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue à beaucoup de rixes, — celui qui est traité de pierrot voulant prouver qu’il a la pince d’un aigle. Les femmes légères emploient aussi ce mot, — mais dans un sens diamétralement opposé au précédent.

Pierrot (un)

Rigaud, 1881 : Un verre de vin blanc.

Piétiner

d’Hautel, 1808 : Frapper des pieds contre terre, comme le font ordinairement les enfans quand ils sont en colère.

Piètre

d’Hautel, 1808 : Mesquin, chétif, triste, abattu, harrassé ; tout ce qui est d’une qualité ou d’une condition médiocre.

Clémens, 1840 : Jeannot, niais, dont se servent les tireurs de cartes.

Rigaud, 1881 : Ancien sujet de la Cour des Miracles. Le piètre jouait le rôle de faux boiteux dans la grande comédie des infirmités pour rire. On dit encore en Basse-Normandie piètre, pour boiteux.

La Rue, 1894 : Compère des tireurs de cartes. Faux estropié.

Piétrerie

d’Hautel, 1808 : Lâdrerie, mesquinerie, chose vile et méprisable. Le peuple dit par corruption pieutre, pieutrerie.

Piètres

anon., 1827 : Estropiés.

Bras-de-Fer, 1829 : Estropiés.

Pieu

d’Hautel, 1808 : Roide comme un pieu. Se dit d’une personne qui a de la roideur dans son maintien, dans ses manières, entièrement dépourvue de graces.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lit.

M.D., 1844 : Un lit.

un détenu, 1846 : Lit.

Halbert, 1849 : Lit.

Larchey, 1865 : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde.

On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.

(Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Lit, couchette, — dans l’argot des faubouriens. Aller au pieu. Aller se coucher. Se coller dans le pieu. Se coucher. Être en route pour le pieu. S’endormir.

Rigaud, 1881 : Lit ; barre ; traverse. — Rivé au pieu, passionnément épris d’une fille, d’une femme galante ; c’est-à-dire rivé au lit.

Ce mot terrible, dont l’argot a baptisé le lit des sales amours.

(Ed. et J. de Goncourt, Le Vieux Monsieur.)

Merlin, 1888 : Lit. — Le lit militaire n’a, en effet, rien à envier à la dureté du pieu.

La Rue, 1894 : Lit.

Virmaître, 1894 : Le lit. Se fourrer au pieu. Se coller dans le pieu. Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Lit.

Hayard, 1907 : Lit.

anon., 1907 : Lit.

Pieu (le)

Delvau, 1864 : Le membre viril — qu’où enfonce dans ce terrain mouvant qu’on appelle le vagin de la femme.

Jamais mon pieu ne ballotte,
Et sitôt qu’je l’ pousse d’un bord,
Crac ! il se dress’ comme un r’ssort.

G. de la Landelle.

Pieuter

Rossignol, 1901 : Se coucher.

Pieuter (se)

anon., 1907 : Se coucher.

Pieuvre

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame, femme entretenue, — dans l’argot des gens de lettres, qui disent cela depuis l’apparition des Travailleurs de la mer, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux. L’analogie est heureuse : jamais les drôlesses n’ont été plus énergiquement caractérisées.

Rigaud, 1881 : Femme galante. Ainsi désignée en 1866, en souvenir de la pieuvre des Travailleurs de la mer de V. Hugo.

Pieuvrisme

Delvau, 1866 : s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d’amour.

Pieux

d’Hautel, 1808 : Mot équivoque et satirique qui signifie qu’une personne sue des pieds, qu’elle exhale une mauvaise odeur.

Pif

Delvau, 1866 : s. m. Nez, dans l’argot du peuple. N’en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de Barbey d’Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois se piffer de vin, ou seulement se piffer :

On rit, on se piffe, on se gave !

chante Vadé en ses Porcherons. Se piffer de vin, c’est s’empourprer le visage et spécialement le nez, — le pif alors ! On dit aussi Piton.

La Rue, 1894 : Nez. Vin. Se piffer, s’enivrer.

Pif, paf

d’Hautel, 1808 : Pour exprimer le bruit que l’on fait, en frappant quelqu’un, en le souffletant, ou le bruit de quelqu’arme à feu que l’on décharge.

Pif, piffard, piton

Rigaud, 1881 : Nez et principalement nez bien en chair et haut en couleur, nez d’ivrogne.

L’aubergine de leur pif.

(A. Pommier, Paris.)

Pif, pivase

Larchey, 1865 : Nez. — Ce dernier mot donne à penser que pif vient de pivois. Ce serait alors un nez de buveur.

L’autre jour, rue Saint-Martin, Voilà qu’un plaisant gamin le dit, riant aux éclats : C’cadet-là quel pif qu’il a !

Guinad, Ch., 1839.

Piffard

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme d’un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.

Piffe

Halbert, 1849 : Nez.

Piffer

un détenu, 1846 : Avoir en horreur, détester.

Piffer (se)

Rigaud, 1881 : Se bourrer de nourriture ; pour s’empiffrer.

Piffin (Biffin)

un détenu, 1846 : Chiffonnier.

Piffre

d’Hautel, 1808 : Un gros piffre. Une grosse piffresse. Se dit par raillerie de personnes excessivement grosses et replettes, et qui mangent goulument.

Pige

Larchey, 1865 : Année (Vidocq). — Mot à mot : mesure de temps. V. Piger.

Delvau, 1866 : s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure. Prendre sa pige. Prendre la longueur d’une page, d’une colonne.

Delvau, 1866 : s. f. Défi, — dans l’argot des écoliers. Faire la pige. Se défier à jouer, à courir, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Année. — Nombre de lignes qu’un typographe doit composer dans un temps donné.

Boutmy, 1883 : s. f. Tâche que doivent faire, pour être admis à la commandite, les compositeurs de journaux. La pige est de 30, 35, 40 et 42 lignes à l’heure.

La Rue, 1894 : Année. La tâche du typographe.

Virmaître, 1894 : Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).

Virmaître, 1894 : Employé par les enfants quand ils jouent aux billes ; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Année. Synonyme de berge (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Année.

Hayard, 1907 : Année.

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

Ant. Watripon.

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle.)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris.)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

Pigeon voyageur

Rigaud, 1881 : Fille publique qui choisit les trains de banlieue pour exercer son industrie. — Le pigeon voyageur va se réfugier de préférence dans un wagon occupé par un monsieur seul… À la première station, le pigeon passe dans un autre wagon, et ainsi de suite. Il y en a qui poussent de la sorte jusqu’à Versailles.

Pigeonner

Larchey, 1865 : Duper. Le mot est vieux ; la chose est toujours nouvelle.

Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner.

Dialogues de Tahureau, 1585.

Delvau, 1866 : v. a. Tromper.

Rigaud, 1881 : Tromper.

Pigeonnier

Rigaud, 1881 : Le boudoir d’une femme galante.

Pigeons (élever des)

Rigaud, 1881 : Gagner au jeu l’argent des dupes, vulgo : pigeons, — dans l’argot des grecs. C’est encore tenir une table d’hôte où les imbéciles tombent victimes de leur passion pour le jeu.

Piger

d’Hautel, 1808 : Terme de jeu, dont les écoliers, les enfans se servent, dans les cas douteux, et qui signifie, disputer, contester entre soi l’avantage de la partie, prétendre être le plus près du but, vouloir l’emporter sur son adversaire.
J’en pige. Pour dire je gagne, je l’emporte, je fais des points dans cette partie.

un détenu, 1846 : Prendre quelqu’un sur le fait.

Larchey, 1865 : Saisir. V. d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Mesurer. — La pige est chez les ouvriers un morceau de bois donnant la longueur indiquée par le plan. — Au moyen âge on appelait pigours les fabricants de certaines mesures de capacité ?

Larchey, 1865 : Considérer, mesurer de l’œil.

Pige-moi ça, regarde-moi un peu ce chique !

La Bédollière.

Delvau, 1866 : v. n. Mesurer, — dans l’argot des écoliers lorsqu’ils débutent. On dit aussi Faire la pige.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre ; appréhender au collet, — dans l’argot du peuple. Se faire piger. Se faire arrêter, se faire battre. Signifie aussi S’emparer de… Piger une chaise. Piger un emploi.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Considérer, contempler, admirer. Piges-tu que c’est beau ? C’est-à-dire : Vois-tu comme c’est beau ?

Rigaud, 1881 : Prendre, filouter. — Regarder. — Mesurer. — On m’a pigé mon porte-plume. — Je te pige, va ! — Il faut que je pige pour la justification, — en terme de typographe.

Rigaud, 1881 : Prendre en flagrant délit, — dans le jargon des collégiens. — Le pion m’a pigé à cramer une sèche et m’a collé pour dimanche.

Rigaud, 1881 : Dépasser, — dans le jargon des canotiers de la Seine. Avec sa périssoire il pige tous les canots.

Fustier, 1889 : Lutter. Se mesurer avec quelqu’un. « Je ne vois guère que le Président de la République qui pourra piger avec lui, et encore ! »

(Figaro, 1882.) — Battre.

La Rue, 1894 : Prendre, filouter. Regarder. Mesurer. Aller plus vite ou faire mieux. Frapper.

Piger la vignette

Boutmy, 1883 : v. Regarder avec complaisance quelqu’un ou quelque chose de divertissant.

Piges

un détenu, 1846 : Années.

Piget

Larchey, 1865 : Château (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Château, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Château.

Piget, pipet

Rigaud, 1881 : Château, — dans l’ancien argot.

Pignard

Larchey, 1865 : Postérieur (id). — Ancien. V. Roquefort, Pigné.

Pignard ou proie

Halbert, 1849 : Cul, derrière.

Pignocher

d’Hautel, 1808 : Manger sans appétit, et avec dégoût, tripoter dans son assiette,

Delvau, 1866 : v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu’on a sur son assiette. Argot du peuple. On disait autrefois Épinocher.

Delvau, 1866 : v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux, — dans l’argot des artistes, ennemis de l’art chinois.

Fustier, 1889 : Peindre minutieusement. Argot des artistes. — Manger du bout des dents.

Un soir qu’il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.

(Huysmans : À vau-l’eau.)

Virmaître, 1894 : Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau. Il pignoche sa toile. Meissonier était le roi des pignocheurs (Argot des artistes).

Pignocher (se)

Rigaud, 1881 : Se battre. C’est une variante de se peigner.

La Rue, 1894 : Se battre.

Pignocheur

d’Hautel, 1808 : Qui mange sans appétit, qui n’est pas en train, qui se fait violence pour manger.

Pignon

d’Hautel, 1808 : Avoir pignon sur rue. Avoir une maison à soi ; avoir un magasin, ou une boutique qui donne sur la rue.

Pignouf

Larchey, 1865 : Homme grossier, mal élevé.

Cet animal d’Amédée n’a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça ! tous des pignoufs ici.

1860, À bas le quartier latin.

Larchey, 1865 : Chez les cordonniers, le maître s’appelle pontif, l’ouvrier gniaf, et l’apprenti pignouf.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. — Grossier personnage, malappris.

En voilà un petit pignouf de calicot, qui m’a fait boire de la groseille quand j’avais demandé du madère !

(G. Lafosse, Petit journal amusant.)

Le Pignouflard, c’est le pignouf dans toute sa beauté, la dernière expression du goujat.

Fustier, 1889 : Élève reçu à l’École normale, mais qui n’a pas encore subi l’épreuve du canularium. (V. ce mot.)

La Rue, 1894 : Grossier. Avare. Goujat. Apprenti cordonnier.

Virmaître, 1894 : Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).

Pignouf ou pignoufle

Delvau, 1866 : s. m. Paysan, — dans l’argot des voyous. Voyou, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris. Apprenti, — dans l’argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé, — dans l’argot de Bréda-Street.

Pigoche

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords. Jouer à la pigoche. Faire sauter un sou en l’air. C’est l’enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.

Pigrer

La Rue, 1894 : Voler. Pigrage, vol.

Pigut

Fustier, 1889 : Argot des lycées. Lieux d’aisances. Piguter, aller aux lieux d’aisances.

Pilche

Rigaud, 1881 : Étui, — dans l’ancien argot, de l’anglais pilcher, fourreau.

Pile

d’Hautel, 1808 : N’avoir ni croix ni pile. Être dépourvu, dénué d’argent.

Delvau, 1866 : s. f. Correction méritée ou non, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Volée de coups de poing et de coups de pied. — Pile sterling, forte pile, tout ce qu’il y a de mieux en fait de pile. — Flanquer une pile que le diable en prendrait les armes, battre avec acharnement.

La Rue, 1894 : Correction, volée de coups. Valeur de 100 francs.

Pile !

Delvau, 1866 : Exclamation du même argot [des faubouriens], lorsque quelque chose tombe et se casse.

Pile (en recevoir une)

Virmaître, 1894 : Être battu à plate couture (Argot du peuple).

Pile (recevoir une)

Hayard, 1907 : Recevoir une volée.

Pile (une)

Virmaître, 1894 : Cent francs (Argot des voleurs).

Pile ou face

Rigaud, 1881 : Exclamation faubourienne usitée lorsque quelqu’un se laisse tomber ou laisse tomber quelque chose.

Piler

Delvau, 1866 : v. a. Pousser plus ou moins brutalement, — plutôt plus que moins, — dans l’argot des gamins. Signifie aussi Battre.

Piler du poivre

Larchey, 1865 : Marcher avec la plante des pieds écorchées, en souffrant à chaque pas comme si du poivre pilé brûlait la chair.

Delvau, 1866 : Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d’une très longue marche, — dans l’argot du peuple. Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d’exercices équestres trop prolongés. S’emploie aussi pour signifier Médire de quelqu’un en son absence, et S’ennuyer à attendre. Faire piler du poivre à quelqu’un. Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu’un pilon.

Rigaud, 1881 : Ne pas se tenir d’aplomb à cheval, suivre, à contre-temps, le mouvement du trot, de façon à ce que le postérieur s’enlève de la selle et y retombe avec force, mouvement qui rappelle l’action de piler du poivre dans les mortiers des droguistes.

Merlin, 1888 : Marquer le pas, ou monter une faction. En cavalerie, enfourcher sans étriers un cheval à réactions dures.

Virmaître, 1894 : Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal ; il marche sur la pointe des pieds. Il pile du poivre. On dit également :
— Il est dans la prison de Saint-Crépin.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni :
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit : au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte ; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte : — Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon pilait du poivre.
Faire piler du poivre à quelqu’un :
lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.

Piler le poivre

Delvau, 1866 : Monter une faction, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Être en faction, — dans le jargon des troupiers.

Piler ou polir le bitume

Halbert, 1849 : Se promener pour chercher pratique.

Pilier

d’Hautel, 1808 : Se frotter au pilier. Prendre les mauvaises habitudes des personnes que l’on fréquente.
Un pilier de cabaret. Ivrogne de profession, qui du matin au soir ne décesse de boire, ne bouge pas du cabaret.
Il a de bons gros piliers. Se dit en plaisantant d’un homme qui a les jambes grosses et massives.

Halbert, 1849 : Maître de maison de femme.

Larchey, 1865 : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne bouge pas plus d’un endroit que si on l’y avait planté. Argot du peuple. Pilier de cabaret. Ivrogne. Pilier d’estaminet. Culotteur de pipes. Pilier de Cour d’assises. Qui a été souvent condamné.

Rigaud, 1881 : Fidèle habitué d’un endroit. — Pilier de café, pilier de bal public.

Rigaud, 1881 : Commis. — Pilier de boutanche, commis de magasin. — Pilier de paquelin, commis voyageur. — Pilier du creux, pilier de la boîte, chef de maison, patron d’un établissement.

La Rue, 1894 : Le mari de la matrone au prostibulum.

Pilier de boutanche

Delvau, 1866 : s. m. Commis, — dans l’argot des voleurs. Pilier de paclin. Commis voyageur. Pilier du creux. Patron, maître du logis.

Pilier de cabaret

Virmaître, 1894 : Soulard qui ne quille pas le mastroquet. C’est, en effet, une des colonnes de la boutique. Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).

Pilier de cour d’assises

Virmaître, 1894 : Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations. Cheval de retour (Argot du peuple).

Pilier de paquelin

La Rue, 1894 : Faux commis-voyageur exploitant les hôtels de province en se faisant donner par le propriétaire des avances sur de prétendus ballots de marchandise qu’il doit recevoir, et qu’il ne reçoit jamais.

Pilier du creux

Larchey, 1865 : Maître du logis. — Même allusion. Pilier nous paraît plutôt une forme de pilleur, pillard dans Pilier de boutanche : Commis de boutique, et Pilier de pacquelin : Commis voyageur. Ces deux derniers volent leurs patrons et leurs hôteliers.

Pillard

d’Hautel, 1808 : Maraudeur, escogrife ; homme qui aime à prendre, plagiaire.

Piller

d’Hautel, 1808 : Se piller. Se prendre de paroles ; se dire réciproquement des injures.
Pille-moi ça. Se dit pour agacer un chien.

Boutmy, 1883 : v. intr. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons. C’est voler.

Pillerot

Fustier, 1889 : Voleur.

Pilleur de boîtes

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui pille la casse de ses camarades. V. Fricoteur.

Piloche

Rigaud, 1881 : Dent, — dans le jargon des voleurs.

Pilon

Rigaud, 1881 : Doigt, — dans le même jargon.

Fustier, 1889 : Argent. Argot du peuple. Pilonner, tuer pour avoir de l’argent.

La Rue, 1894 : Doigt.

Rossignol, 1901 : Mendiant. Le mendiant pilon est celui qui a une jambe de bois.

Pilon, pilonner

anon., 1907 : Mendiant, mendier.

Pilonner

Rossignol, 1901 : Mendier.

Pilons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce, — dans le même argot [des voleurs].

Piloter

Delvau, 1866 : v. a. Conduire, guider, — dans l’argot du peuple.

Pimbèche

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux ; impertinente, sotte bégueule ; précieuse ridicule.

Pimbêche

Delvau, 1866 : s. f. Femme dédaigneuse, — dans l’argot des bourgeois.

Pimpant

d’Hautel, 1808 : Faire le pimpant. Terme railleur et plaisant qui signifie faire l’élégant, le faquin, le fringant ; se donner des airs, se carrer ; être recherché dans sa parure.

Pimpelotter (se)

Larchey, 1865 : Se régaler.

Elle n’haït pas de gobichonner et de se pimpelotter.

La Correctionnelle.

Delvau, 1866 : S’amuser, rigoler, gobichonner, — dans l’argot des faubouriens.

Pimpions

Larchey, 1865 : Espèces monnayées. — Au moyen âge, on appelait Pipion une petite monnaie espagnole. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Pièces de monnaie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Monnaie, — dans le jargon des voleurs.

Pinçant

Halbert, 1849 : Ciseaux.

Rigaud, 1881 : Ciseaux, — dans l’ancien argot.

Pinçants

Delvau, 1866 : s. m. pl. Ciseaux, — dans le même argot [des voleurs].

La Rue, 1894 : Ciseaux.

Pinçard

Fustier, 1889 : Bon cavalier. Argot des élèves de l’école de Saumur.

Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique sa tête.

(Nos farces à Saumur.)

Pinçart

Rigaud, 1881 : En terme de maréchal-ferrant, un cheval est pinçart quand il marche sur la pince du pied.

Pince

d’Hautel, 1808 : Il est sujet à la pince. Se dit d’un homme dont la bonne foi est souvent en défaut.
Il craint la pince. Pour il redoute les poursuites de la justice.
Il a de bonnes pinces. Se dit de quelqu’un qui a le poignet fort ; qui sert vigoureusement ce qu’il tient.

Rigaud, 1881 : Main, — dans le jargon du peuple.

Ne vous essuyez pas la pince à votre mouchoir ou à votre paletot.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Pincé

Virmaître, 1894 : Être pincé, être pris. Être pincé : être amoureux.
— Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.
En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Pris, surpris en fautant.

Pince (chaud de la)

Larchey, 1865 : Débauché. — Corruption de mot.

C’était un chaud de la pince, Qui peuplait dans chaqu’ province L’hospice d’s enfants trouvés.

Festeau.

Pince (tenir à la)

Rigaud, 1881 : Exercice acrobatique qui consiste à tenir le sommet du crâne de son partner entre les cinq doigts, — dans le jargon des saltimbanques.

Pince sans rire

d’Hautel, 1808 : Railleur, homme qui, sans avoir l’air d’y toucher, dit des choses piquantes et offensantes.

Larchey, 1865 : Homme sévère.

Pince-cul

Larchey, 1865 : Bal public de dernier ordre. — V. Casse-gueule.

Ce bal inouï que l’argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince…

P. Féval.

Delvau, 1866 : s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Bastringue, où les amateurs de la liberté de pincer peuvent prendre du plaisir à pleine main.

Une fille qui respecte sa parentelle peut aller danser au Banquet d’Anacréon : ou aux Mille Colonnes, seulement elle ne va pas au bal Grados. C’est une infamie que ce pince-cul-là !

(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)

La Rue, 1894 : Bal, bastringue de la plus basse catégorie.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

Pince-dur

Delvau, 1866 : s. m. Adjudant, — dans l’argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.

Rigaud, 1881 : Adjudant sous-officier.

Pince-loque

Halbert, 1849 : Aiguille.

Pince-loques

Virmaître, 1894 : Aiguille, l’aiguille, en effet, sert à repriser les loques, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les pince (Argot des voleurs).

Pince-maille

d’Hautel, 1808 : Avare, pauvre hère ; celui qui vit misérablement.

Pince-sans-rire

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l’air d’y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider. On dit aussi Monsieur Pince-sans-rire.

Rigaud, 1881 : Agent de police, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Agent de police.

Pinceau

d’Hautel, 1808 : On lui a donné un vilain coup de pinceau. Se dit d’un homme contre lequel on s’est permis quelque satire, que l’on a tourné en ridicule.

Larchey, 1865 : Balai. — Allusion de forme. — V. Giberne.

Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau eu main, je veux dire le balai en joue.

Vidal, 1833.

Delvau, 1866 : s. m. Plume a écrire, — dans l’argot des francsmaçons.

Delvau, 1866 : s. m. La main ou le pied, — dans l’argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet. Détacher un coup de pinceau. Donner un soufflet.

Delvau, 1866 : s. m. Balai, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Balai, — dans le jargon du régiment. — Voyons voir, administrez un coup de pinceau, et là, vivement !

Merlin, 1888 : Balai.

La Rue, 1894 : Balai. Pied.

Virmaître, 1894 : Balai.
— Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Balai.

Hayard, 1907 : Balai.

Pinceau (faire)

Rigaud, 1881 : Peindre sa flamme sur la porte du temple de Cythère avec le pinceau de l’amour.

Pincer

d’Hautel, 1808 : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

anon., 1827 : Prendre.

Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.

Clémens, 1840 : Arrêter.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Exécuter.

En revenant, je pinçais la chansonnette.

Ricard.

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

L. Reybaud.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

1813, Désaugiers.

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

1809, Brazier.

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Delvau, 1866 : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

Delvau, 1866 : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

Rigaud, 1881 : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

La Rue, 1894 : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

Pincer (en)

Rigaud, 1881 : Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs.

Quand je vous récidive qu’on en pince et dur.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

Pincer de la guitare

Delvau, 1866 : v. n. Être prisonnier, — par allusion à l’habitude qu’ont les détenus d’étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé. On dit aussi pincer de la harpe.

Virmaître, 1894 : Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer. Ils pincent de la guitare avec les barreaux. Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).

Pincer des frétillantes

Virmaître, 1894 : Danser. L’image est jolie, les jambes frétillent. Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).

Pincer le cul

Delvau, 1864 : Aimer à prendre à belles mains les fesses d’une femme, — où d’un homme quand on est pédéraste.

Il lui pince amoureusement le cul.

H. Monnier.

Godefroy, la nuit, après boire,
Pinça le cul, sournoisement
À Renaud encor presque imberbe.

B. de Maurice.

Pincer pour (en)

Rigaud, 1881 : Être épris de, être amoureux de. — J’en pince dur pour la blonde du second.

Pincer un coup de sirop

Delvau, 1866 : v. a. Boire à s’en griser un peu, — dans l’argot des faubouriens.

Pincer, rattraper au demi-cercle

Larchey, 1865 : Prendre à l’improviste. — Terme d’escrime.

Pinces

anon., 1907 : Mains.

Pinces (les)

Hayard, 1907 : Les mains.

Pincette

d’Hautel, 1808 : Baiser en pincette ou à la pincette. Serrer doucement avec les doigts, les joues de la personne que l’on veut embrasser.

Pincette (baiser à la)

Rigaud, 1881 : Baiser que donnent les enfants en pinçant de chaque main les joues de la personne qu’ils embrassent.

Pincettes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Mouchettes, — dans l’argot des francs-maçons, qui disent aussi Pinces.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Les jambes, — surtout lorsqu’elles sont longues et maigres. Argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Jambes, quand elles sont minces.
— Tu fais sécher les bas sur des pincettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Les jambes.

Pincettes (se tirer les)

Rigaud, 1881 : Décamper. Les pincettes, ce sont les jambes, qui ont fourni à l’argot un assez joli contingent de transformations.

Pinchard

Delvau, 1866 : s. m. Siège pliant, — dans l’argot des artistes.

Pinchard, e

Delvau, 1866 : adj. De mauvais goût, un peu canaille, — dans l’argot des gens de lettres. Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler haut dans les soupers de garçons.

Pine

Delvau, 1864 : L’outil masculin, l’engin avec lequel l’humanité pine et se perpétua. On n’ose pas prononcer le mot, mais on adore la chose, et il n’est pas de rêve de jeune fille qui ne soit agréablement troublé par ce dieu qui n’a pas encore trouvé d’athée. Pine vient, soit du grec πηνη, corde, soit du latin pénis, queue, soit du français pénil.

L’autre la nommait sa pine.

Rabelais.

En notre troupe il y avait un prêtre breton qui avait la pine si offensée.

(Moyen de parvenir.)

Ton valet a mal à la pine,
Ton anus est en désarroi,
Fort aisément je m’imagine
Ce qu’il a pu faire avec toi.

(Épigrammes.)

Elle me dit qu’elle était fort étonnée qu’à mon âge je ne fusse pas plus instruite que cela sur le pinage, et qus si je voulais être discrète, elle m’instruirait parfaitement.

(Anaïs.)

Pour lors, un bracquemard du plus fort calibre la finit et la venge cinq ou six fois de l’insuffisante pinette qui vient de l’émoustiller.

(Les Aphrodites.)

Attends que je défasse tout cela : nous verrons la pine après.

La Popelinière.

… Piner est le mot des maçons.

L. Protat.

Dieu…
Pour les sétons et les cautères
Il fit les pois,
Et pour les pines solitaires
Il fit les doigts,

(Parnasse satyrique.)

Pinet

Halbert, 1849 : Denier.

Pingaud

Hayard, 1907 : Joli, élégant, poli, bien élevé.

Pingaud (il est)

Virmaître, 1894 : Il est joli, bien élevé.
— Ah ! Madame, le joli enfant que vous avez là.
— Fais voir à Madame que tu es pingaud ; souhaite-lui le bonjour.
— Est-ce que je la connais, c’te vache-là.
— Oh ! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein…
— Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus ; ça fera un an (Argot du peuple).

Pingouin

Rigaud, 1881 : Public, — dans le jargon des saltimbanques. Pingouin maigre, public peu nombreux, pingouin gras, public nombreux.

Vois-tu le pingouin, comme il s’allume ?… ça n’est rien… À la reprise je vas l’incendier.

(E. Sue, Les Misères des Enfants-Trouvés.)

Fustier, 1889 : Terme injurieux. Synonyme d’imbécile, de propre à rien.

La Rue, 1894 : Public.

Pingre

d’Hautel, 1808 : Un pingre. Pour dire un avare, un homme parcimonieux et intéressé ; un ladre, un fesse mathieu.

Halbert, 1849 : Pauvre, avare. On dit aussi Arca.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme qui pousse l’économie jusqu’au vice. Argot du peuple. Signifie aussi Voleur.

Virmaître, 1894 : Avare qui rapine sur tout. Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon ; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers. Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs ; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin ! (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Avare.

Pingrerie

d’Hautel, 1808 : Vilenie, lâdrerie, intérêt bas et sordide.

Delvau, 1866 : s. f. Ladrerie.

Pinos

anon., 1827 : Des deniers.

Bras-de-Fer, 1829 : Des deniers.

Halbert, 1849 : Des deniers.

Pinte

d’Hautel, 1808 : Je donnerois une pinte de mon sang pour lui. Pour exprimer l’extrême attachement qu’on a pour quelqu’un.
Mettre pinte sur chopine. Boire à coups redoublés ; s’enivrer.
Il n’y a que la première pinte qui coûte. Pour dire que dans les plus petites affaires comme dans les plus grandes, il n’y a que le commencement qui donne de la peine.

Pinter

d’Hautel, 1808 : Ivrogner, ribotter, faire débauche de vin.

Delvau, 1866 : v. n. Boire abondamment.

Rigaud, 1881 : Boire. Pinte-à-mort.

Pinxit

Delvau, 1866 : s. m. Peintre, — dans l’argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu’ils ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.

Pioche

Larchey, 1865 : Travail opiniâtre. V. Bûche.

Les cours cessent au mois de juillet ; le temps de pioche commence.

La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. f. Travail, besogne quelconque, — dans l’argot des ouvriers. Se mettre à la pioche. Travailler.

Delvau, 1866 : s. f. Le no 7, — dans l’argot des joueurs de loto.

Delvau, 1866 : s. f. Fourchette, — dans l’argot des francs-maçons.

Delvau, 1866 : s. f. Étude, apprentissage de la science des mathématiques, — dans l’argot des Polytechniciens. Temps de pioche. Les quinze jours qui précèdent les interrogations générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement l’analyse, la géométrie et la mécanique.

Rigaud, 1881 : Voleur à la tire.

Pioche (être)

Delvau, 1866 : Être bête comme une pioche, — dans l’argot du peuple.

Piocher

d’Hautel, 1808 : Pour travailler avec ardeur, avec assiduité.

Larchey, 1865 : Travailler assidûment. V. d’Hautel, 1808.

Tu peux piocher douze heures par jour… une colonne de feuilleton par heure.

L. Reybaud.

Larchey, 1865 : Battre.

Je te pioche, je te fais danser la malaisée.

Paillet.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir recours au tas, — dans l’argot des joueurs de dominos, dont la main fouille ce tas. On dit aussi Aller à la pioche.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se piocher. Se battre.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens, — dans l’argot des étudiants. Piocher son examen. Se préparer à le bien passer.

Rigaud, 1881 : Travailler avec ardeur. — Battre. — Voler à la tire.

La Rue, 1894 : Voler à la tire. Battre. Travailler avec ardeur. La pioche, le travail.

Virmaître, 1894 : Travailler dur et ferme.
— Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Beaucoup travailler.

Piocher, jouer la pioche

Rigaud, 1881 : Avoir recours au talon, chaque fois qu’un domino demandé manque à l’appel.

Piocheur

d’Hautel, 1808 : Ouvrier qui fait beaucoup d’ouvrage ; qui travaille à bride abattue, et souvent à dessein de rattraper le temps perdu.

Larchey, 1865 : Homme travailleur et judicieux.

Le Piocheur. Celui-ci a pris la carrière au sérieux, il étudie les choses, les hommes, les affaires.

Balzac.

Larchey, 1865 : « Les professeurs établissent deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu’on flétrit du nom de paresseux (en style technique, les piocheurs et les cancres). » — H. Rolland.

Delvau, 1866 : s. m. Étudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l’École que des demoiselles des bastringues du quartier.

Rigaud, 1881 : Travailleur sérieux.

Piole

Clémens, 1840 : Boutique.

Piôle

Hayard, 1907 : Maison.

Pioler

Halbert, 1849 : Tavernier.

Piolet

Halbert, 1849 : Gobelet.

Pioleur, probloque

La Rue, 1894 : Propriétaire.

Piolier

La Rue, 1894 : Tavernier. Hôtelier.

Piolle

anon., 1827 : Cabaret, taverne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cabaret.

Bras-de-Fer, 1829 : Cabaret, taverne.

un détenu, 1846 : Maison.

Rigaud, 1881 : Cabaret. — Hôtel garni à la nuit, — dans le jargon des voyous. — Piollier, piollière, cabaretier, cabaretière, logeur à la nuit.

Piollier

anon., 1827 : Tavernier.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cabaretier.

Bras-de-Fer, 1829 : Cabaretier.

Pion

d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Lui jouer quelque mauvais tour, le supplanter dans une affaire ; l’emporter sur lui avec une supériorité marquée, le contraindre à céder ; le forcer à s’avouer vaincu.

Halbert, 1849 : Ivre.

Delvau, 1866 : s. m. Maître d’études, — dans l’argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.

Rigaud, 1881 : Maître d’étude. Le souffre-douleur d’un collège, d’un pensionnat. La plupartdu temps, c’est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée.

Quelle est l’étymologie du mot pion ? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d’espion

(Albanès, Mystère du collège.)

Rigaud, 1881 : Ivre ; de pier, boire. Être pion, être gris.

La Rue, 1894 : Maître d’études. Être pion, être ivre.

Pion (être)

Delvau, 1866 : Avoir bu, être ivre-mort, — dans l’argot des typographes.

Pionçage

Rigaud, 1881 : Sommeil. De pioncer dormir. Un fort pionçage, un sommeil prolongé.

Pionce

Delvau, 1866 : s. f. Sommeil, — dans l’argot des faubouriens.

Pioncer

anon., 1827 : Dormir.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dormir.

Bras-de-Fer, 1829 : Dormir.

M.D., 1844 : Dormir.

un détenu, 1846 : Dormir. — Pionçage, sommeil.

Larchey, 1865 : Dormir. — De pieu : lit.

Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l’appel.

Vidal, 1833. — V. Boc.

Delvau, 1866 : v. n. Dormir.

Rigaud, 1881 : Dormir.

Merlin, 1888 : Dormir.

La Rue, 1894 : Dormir.

Virmaître, 1894 : Dormir à poings fermés (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dormir.

Hayard, 1907 : Dormir.

Pioncer, pionstiquer

anon., 1907 : Dormir.

Pionceur

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme qui aime à dormir.

Pionne

Rigaud, 1881 : Sous-maîtresse, souffre-douleur d’un pensionnat de demoiselles.

Pionser

Clémens, 1840 : Coucher dormir.

Pionville

M.D., 1844 : Être en ribotte.

Piot

d’Hautel, 1808 : Pour vin. C’est un gaillard qui aime le piot. Se dit d’un homme qui a le défaut de boire ; qui est enclin à l’ivrognerie.

Piote

Rigaud, 1881 : Insulte de cavalier à fantassin.

Piou

Delvau, 1866 : s. m. Soldat. On dit plutôt Pioupiou.

Piou, pioupiou

Larchey, 1865 : Soldat du centre. — Corruption du vieux mot pion : fantassin. V. Roquefort.

Militairement parlant, le pioupiou, comme l’euphonie de ce nom semble l’indiquer, est au jean-jean et au tourlourou ce que musicalement parlant le demi-ton est à deux tons naturels qui se suivent dans l’ordre de la gamme.

M. Saint-Hilaire, 1841.

Hier, la cuisinière de mon propriétaire a fait tourner son lait et la tête d’un pioupiou.

Commerson.

Pioupiou

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie.

L’uniforme blanc des gardes-françaises rappelait un peu leur costume, (le costume des Pierrots) aussi le populaire appelait-il ces soldats « des Pierrots… ». De plus, lorsqu’ils (les Parisiens) voyaient passer un garde-française : — Pioupiou, criaient-ils. Cette moquerie eut pour résultat de faire donner le sobriquet de pioupiou aux soldats de l’infanterie française.

(Aug. Challamel.)

La Rue, 1894 : Soldat d’infanterie de ligne.

Pioupou ou piou

Merlin, 1888 : Fantassin. — M. Francisque Michel fait dériver ce mot de pion, vieux mot français qui signifiait soldat d’infanterie.

Piouvilé

M.D., 1844 : S’être enivré.

Pipe

d’Hautel, 1808 : Fumer sans pipe. Avoir un dépit secret, enrager en soi-même.
Il ne vaut pas une pipe de tabac. Se dit d’une personne médiocre en toutes choses, et pour laquelle on n’a aucune espèce de considération.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, visage.

Ils dis’nt en la voyant picter :
Sa pipe enfin commence à s’culotter !

dit une chanson qui court les rues.

Rossignol, 1901 : Faire une cigarette est faire une pipe.

As-tu une pipe à me donner, je n’ai plus de tabac.

Pipé

Delvau, 1866 : s. m. Château, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Découvert.

Virmaître, 1894 : Château. Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que bergerie, grange, ferme, etc., etc. J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu :
— Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Voir pincé.

Pipe (c’est bon dans la)

Rigaud, 1881 : Ça augmente le bien-être, ça améliore la situation, — dans le jargon des troupiers. C’est l’équivalent militaire du : Ça met du beurre dans les épinards.

Pipe (casser ou débourrer sa)

Merlin, 1888 : Mourir.

Pipe (casser sa)

Larchey, 1865 : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.

Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.

Méry.

Rigaud, 1881 : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.

On place aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.

(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup.)

Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.

(Tam-Tam, du 20 octobre 1878.)

Pipe (fumer sans)

Rigaud, 1881 : Être en colère. — S’impatienter.

Pipe (tête de)

Virmaître, 1894 : La tête. Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois. Il existe une chanson sur ce sujet :

Ils disent en le voyant picter
Sa pipe enfin commence à s’culotter.

Ou dit d’un individu grotesque qu’il a une tête de pipe (Argot du peuple).

Pipe (une)

Merlin, 1888 : Saxophone recourbé.

Pipée

d’Hautel, 1808 : Prendre à la pipée. Surprendre avec adresse et fourberie ; attrapper, duper quelqu’un.

Pipelet

Larchey, 1865 : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

Privat d’Anglemont.

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

Pipelet, lourdier

La Rue, 1894 : Concierge.

Pipelet, pipelette

Rigaud, 1881 : Portier, portière. Pipelet est le nom célèbre d’un des personnages des Mystères de Paris, portier typique qui, depuis le succès de ce roman d’Eugène Sue, a servi de parrain à MM. les concierges.

Piper

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.

Larchey, 1865 : Fumer la pipe.

Il me semble qu’on a pipé ici.

Gavarni.

Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.

Rossignol, 1901 : Fumer.

Piperie

d’Hautel, 1808 : Tromperie, tricherie, volerie au jeu.

Pipet

anon., 1827 : Château.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Château.

Bras-de-Fer, 1829 : Château.

Halbert, 1849 : Château.

Pipeur

d’Hautel, 1808 : Escroc, filou, qui trompe au jeu.

Pipi

Delvau, 1866 : s. m. Résultat du verbe meiere, — dans l’argot des enfants. Faire pipi. Meiere.

Pipit

Delvau, 1866 : s. m. L’alouette, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris.

Piposse

Rossignol, 1901 : Mot hébreu qui veut dire bogue ; on le prononce le plus souvent en argot de boucher lipospaime.

Pipot

Rigaud, 1881 : Élève de l’École polytechnique.

Piquage (faire un)

Rigaud, 1881 : Voler du vin ou de l’alcool à l’aide d’un trou pratiqué dans la barrique ; genre de vol en usage chez certains camionneurs, chez certains employés des chemins de fer ; moyen économique de se saouler sans passer par le marchand de vin.

Piquante

M.D., 1844 : Une fourchette.

Larchey, 1865 : Épingle (Vidocq). — Effet pour la cause.

Delvau, 1866 : s. f. Épingle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Épingle.

La Rue, 1894 : Fourchette. Épingle.

Piquante en dur

Clémens, 1840 : Fourchette.

Piquante en jon

Clémens, 1840 : Épingle en or.

Piquantine

Halbert, 1849 : Puce.

Pique

d’Hautel, 1808 : Il a passé par les piques. Se dit lors que quelqu’un s’est trouvé dans des circonstances périlleuses, qu’il a essuyé quelque perte ; qu’il a couru de grands dangers.
Voilà bien rentrée de piques noires. Se dit de celui qui interrompt mal à propos un autre.
C’est un bon as de pique. Se dit par injure d’un stupide, d’un sot.
Pique. Signifie aussi bisbille, mésintelligence, querelle.

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Laquelle passa et repassa par les piques de neuf amoureux.

Brantôme.

Lors la lascive imprudemment applique
Son savoir grec pour redresser ma pique.

(Cabinet satyrique.)

Mais voyez ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique
À la barbe des Athéniens.

Piton.

De vieilles bigornes qui n’épargnent ni or ni argent pour se faire piquer.

Molière.

Il piquait ses pages au lieu de piquer ses chevaux.

Agrippa d’Aubigne.

En jouant au piquet,
Ma Philis me disait :
Je me sens tout en feu
De vie voir si beau jeu ;
Mais que me sert, hélas !
Que j’écarte si bien,
Si, dans ce que je porte,
Il n’entre jamais rien.

(Goguette du bon vieux temps.)

Delvau, 1866 : s. f. Petite querelle d’amis, petite brouille d’amants, — dans l’argot des bourgeois.

Piqué des vers (n’être pas)

Delvau, 1866 : Être bien conservé, avoir de l’élégance, de la grâce, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens et des choses. On dit aussi N’être pas piqué des hannetons.

Piqué des vers (pas)

Rigaud, 1881 : Très frais, très joli. — Elle n’est pas piquée des vers, la bourgeoise ! on dit aussi dans le même sens : Elle n’est pas piquée des z’hannetons.

Pique en terre

Rigaud, 1881 : Volaille ; par allusion à la manière dont les poules cherchent leur nourriture.

Pique escouanes

Clémens, 1840 : Boucle d’oreilles.

Pique-assiette

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux que l’on donne à un parasite, à un écornifleur de dîner ; à un homme qui vit sur le commun.

Pique-chien

Rigaud, 1881 : Concierge de l’École polytechnique, — dans le jargon des élèves de cette école.

Merlin, 1888 : Portier consigne.

Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’École polytechnique. Le pique-chien n’est point, à proprement parler, comme le dit Rigaud dans son Dictionnaire d’argot moderne, le concierge de l’École. C’est un adjudant chargé de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de piquer son chien.

Pique-en-terre

Larchey, 1865 : Volaille. — Mot imagé. On sait que les poules piquent toujours la terre du bec.

Delvau, 1866 : s. f. Volaille quelconque vivante, — dans l’argot des faubouriens.

Pique-escouanes

La Rue, 1894 : Boucles d’oreilles.

Pique-pou, pique-prune

La Rue, 1894 : Tailleur.

Pique-poux

Delvau, 1866 : s. m. Tailleur, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion au mouvement de l’aiguille sur l’étoffe. On dit aussi Pique-puces et Pique-prunes. Pourquoi ne dit-on pas plutôt Pique-Pouce ?

Pique-prune

Virmaître, 1894 : Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille. On dit aussi : Pique-puce et pique-poux. C’est un terme de métier (Argot du peuple).

Pique-prunes

Rossignol, 1901 : Tailleur.

Pique-vert

La Rue, 1894 : Scie faite d’un ressort de montre.

Virmaître, 1894 : Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).

Piquelard

Delvau, 1866 : s. m. Charcutier. Le mot sort du Théâtre italien de Ghérardi (les Deux Arlequins).

Piquenique

d’Hautel, 1808 : Repas, partie de plaisir où chacun paye son écot.

Piquenter

M.D., 1844 : Un poulet.

Piquepou

Rigaud, 1881 : Tailleur, — dans le jargon du peuple. C’est sans doute une déformation de piqueprou, c’est-à-dire pique beaucoup, dans l’ancienne langue française. Le mot est loin d’être jeune. La variante est : Pique-prune ; prune également mis pour prou.

Piquer

d’Hautel, 1808 : Il est piqué comme une courte pointe. Se dit d’un homme très-susceptible, qui a pris de l’humeur, qui s’est offensé pour une frivolité, une bagatelle, et dont le silence et la réserve témoignent le mécontentement.
On ne sait quelle mouche l’a piqué. Pour, on ne connoît point le sujet de sa bourderie, de sa mauvaise humeur.
Se piquer. Se vanter, s’énorgueillir de quelques talens ; faire le fanfaron, marquer de l’arrogance et de l’orgueil, comme le font ordinairement les petits maîtres, les fats, les pédans.

Delvau, 1866 : v. a. Faire quelque chose, — dans l’argot des Polytechniciens. Piquer l’étrangère. S’occuper d’une chose étrangère à la conversation.

Rossignol, 1901 : Chiffonner.

Piquer en victime

Delvau, 1866 : v. n. Plonger dans l’eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.

Rigaud, 1881 : Plonger les pieds en avant, le corps raide, les mains collées aux cuisses.

Piquer l’étrangère

Merlin, 1888 : Rêvasser, être distrait.

Fustier, 1889 : Argot du régiment. Tomber de cheval.

Piquer le banc

Rigaud, 1881 : Attendre quelqu’un sur un banc. — Se reposer sur un banc aux Champs-Élysées en attendant un amoureux de rencontre, — dans le jargon des filles.

La Rue, 1894 : Attendre fortune sur un banc public.

Piquer le nez (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).

Piquer le tasseau (se)

Fustier, 1889 : V. Delvau : Se piquer le nez.

Piquer sa plaque

Delvau, 1866 : v. a. Dormir, — dans l’argot des tailleurs. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Piquer son chien

Delvau, 1866 : Dormir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi, Piquer un chien. D’où vient cette expression ? S’il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l’argot des comédiens et sortirait de l’Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l’acteur qui jouait le rôle de l’aveugle, tenant à ne pas s’endormir, avait armé l’extrémité de son bâton d’une pointe de fer qui, par suite du mouvement d’appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c’est qu’il avait piqué son chien, c’est-à-dire qu’il s’était laissé aller au sommeil.

Rigaud, 1881 : Dormir pendant le jour. — Les tailleurs disent avec une variante : Piquer sa plaque.

La Rue, 1894 : Dormir pendant le jour.

Piquer son fard

Virmaître, 1894 : Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rougir.

Piquer son fard, piquer un soleil

Rigaud, 1881 : Rougir.

Piquer son moulin

Virmaître, 1894 : Salade trop épicée. Elle vous pique le moulin (la bouche) (Argot du peuple). N.

Piquer un chien

Larchey, 1865 : Dormir. On trouve dans Rabelais un exemple de dormir en chien.

Sur l’étude passons. Il n’est qu’un seul moyen de la bien employer, c’est de piquer son chien.

Souvenirs de Saint-Cyr.

Larchey, 1865 : Dormir. — Rabelais l’écrit dormir en chien dans son livre IV, page 159. C’est, dit le Duchat, son annotateur, Dormir indifféremment à toute heure et en tous lieux.

Lorsque la nuit est sombre, que les voyageurs pioncent ou piquent leur chien.

Paillet.

Piquer un cinabre

Delvau, 1866 : v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.

Piquer un Pédé

Clémens, 1840 : Lever un rivette.

Piquer un renard

Larchey, 1865 : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte :

Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous.

Mornand.

Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici !

Gavarni.

Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose.

Montépin.

C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu.

Les amours de Mahieu, ch., 1832.

Rigaud, 1881 : Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.

Piquer un soleil

Delvau, 1866 : v. n. Rougir subitement, — dans l’argot du peuple.

La Rue, 1894 : Rougir.

Piquer une m…

La Rue, 1894 : Rester court, interloqué.

Piquer une muette

Fustier, 1889 : Faire silence. Argot de Saint-Cyr.

Aujourd’hui, il sera piqué une muette au réfectoire.

(Maizeroy : Souvenirs d’un Saint-Cyrien.)

Piquer une note

Rigaud, 1881 : Pour le professeur, c’est marquer une note à l’élève ; pour l’élève, c’est obtenir une note : piquer un cinq, un dix, un dix-sept, — dans le jargon des élèves du cours de mathématiques spéciales. Piquer le bâton d’encouragement, obtenir la note 1, la plus mauvaise note. Piquer une huître, ne pas savoir répondre au professeur, quand on passe au tableau en colle.

Piquer une plate

Fustier, 1889 : Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen, argon des élèves de l’École navale. Nos lycéens disent : piquer une sèche.

Le timonier apparaît. — M. A…, au cabinet de bâbord ! — M. A… court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l’interrogation est remise à huitaine.

(Illustration, octobre 1885.)

Piquer une romance

Merlin, 1888 : Dormir, renfler.

Fustier, 1889 : Dormir. Argot militaire.

Virmaître, 1894 : Dormir. Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dormir.

Piquer une sèche

Fustier, 1889 : Argot des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c’est-à-dire la note très mal, pour une des parties d’un examen.

Il est constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter l’État.

(Gaulois, mars 1881. V. Delvau : Sec.)

Piquet

Rigaud, 1881 : Livre de messe. Juge de paix, dans le jargon du peuple.

Piquette

Virmaître, 1894 : Fourchette. L’allusion est claire (Argot des voleurs). N.

Piqueur

d’Hautel, 1808 : Un piqueur d’assiette. Voy. Pique-assiette.
Un piqueur d’escabelle. Clerc de procureur, ou de notaire.
Un piqueur de coffre. Se dit d’un courtisan, d’un homme qui plante le piquet dans une antichambre.

Piqueuse de trains

Rigaud, 1881 : Raccrocheuse qui attend la pratique dans les gares, assise sur un banc dans une gare de chemin de fer. Elle guette l’arrivée des trains.

Pire

d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse que l’on fait à quelqu’un qui demande comment on se porte, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; qu’on se porte passablement bien.

Piron

M.D., 1844 : Un canard.

Pironien

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse ; disciple de Lord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.

Pironisme

Delvau, 1866 : s. m. La gaie science — où excellait Piron.

Pirouette

d’Hautel, 1808 : Un faiseur de pirouettes. Un homme léger, inconstant, qui ne s’amuse qu’à des futilités ; un débiteur qui échappe à ses créanciers, par subterfuge.

Pirouette sur le nombril (faire une)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Quand j’ rencontre un’ gourgande,
J’ brave encor le péril,
Et j’ lui fais faire, si j’bande,
La pirouett’ sur l’ nombril.

(Chanton d’étudiant.)

Cette expression, très ancienne, serait plus juste, si elle donnait à penser que la femme fait le dessus. Exemple :

Jusqu’à ce que Vénus passe sur le disque du soleil, ou que la sultane Moscha fasse une pirouette sur le nombril de Sa Hautesse ; ce qui revient au même.

(Compère Mathieu.)

Pirouetter

d’Hautel, 1808 : On l’a fait pirouetter d’une rude manière. Se dit d’un homme que les poursuites ont obligé de s’échapper, de fuir.
Il ne fait que pirouetter. Se dit de celui qui répète à chaque instant les mêmes discours, les mêmes propos.

Pis

d’Hautel, 1808 : Vieux mot qui signifioit poitrine. Le peuple l’a conservé, et s’en sert par dérision pour désigner l’estomac, les seins trop volumineux d’une femme.

Delvau, 1866 : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot malséant du peuple :

Les femmes, plus mortes que vives,
De crainte de se voir captives,
Et de quelque chose de pis
De la main se battent le pis.

dit Scarron dans son Virgile travesti.

Pis (tant)

d’Hautel, 1808 : Adverbe. Le peuple dit par barbarisme, tant pire.

Pissat

Delvau, 1866 : s. m. Résultat du verbe Meiere.

Pissat d’âne

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie jaune-clair ; eau-de-vie coupée d’eau. Allusion à la couleur.

Rossignol, 1901 : Bière chaude et mauvaise.

Pissat de vache

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise bière.

Pisse froid

Rigaud, 1881 : Homme méthodique concentré en lui-même.

Virmaître, 1894 : Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace. Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone. Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).

Pisse-froid

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux et satirique, qui se dit d’un homme flegmatique, sombre et sournois, sans vigueur du tempérament.

Delvau, 1864 : Bande-à-l’aise.

Où diable Valère a-t-il raccroché ce pisse-froid-là ?

Comte de Caylus.

Delvau, 1866 : s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers, — dans l’argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

Pisse-huile

Rigaud, 1881 : Lampiste, — dans le jargon du collège. (L. Larchey)

Pisse-trois-gouttes

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’arrête à tous les rambuteaux. On dit parfois : Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu’on ne doit raisonnablement en attendre de lui.

Pisse-vinette

Rossignol, 1901 : Cocons, asticots morts.

Pissenlits (arroser les)

Rigaud, 1881 : Uriner en plein champ.

Pissenlits par la racine (manger des)

La Rue, 1894 : Être mort.

Pissenlits par la racine (manger les)

Rigaud, 1881 : Être mort.