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Q

Q

France, 1894 : Le derrière, maître Luc. On trouve, dans le discours d’un avocat facétieux, plaidant en police correctionnelle, les différentes significations argotiques de ce que représente la dix-septième lettre de l’alphabet :

Nous venons vous demander justice de l’outrage le plus sanglant. Nous avons été frappé… où ? Si nous étions poète, nous vous apprendrions que nous avons été foudroyé sur la double cime : si nous avions été géographe, nous nous plaindrions d’avoir été blessé à la mappemonde : si nous étions philosophe, nous vous démontrerions que nous avons été assailli à posteriori ; si nous étions joueur, nous affirmerions qu’on nous a donné un atout sur l’as de pique ; si nous étions bibliophile, nous vous ferions voir que nous avons été endommagé au verso ; si nous étions numismate, nous prouverions qu’on nous a maltraité sur le revers de la médaille ; si nous étions général, nous établirions que nous avons été attaqué sur l’arrière-garde ; si nous étions architecte, nous vous expliquerions que nous avons été dégradé à l’opposé de la façade ; si nous étions carrossier, nous constaterions que nous avons subi un choc à l’arrière-train ; si nous étions charcutier, nous ferions l’aveu que nous avons reçu un horion dans le gras-double ; enfin, si nous étions armurier, nous attesterions que nous avons été atteint dans la région de la culasse. Mais nous ne sommes qu’un bon bourgeois sans prétention et sans rhétorique ; nous vous dirons donc tout bonnement que nous avons attrapé un coup de pied dans la dix-septième lettre de l’alphabet.

Qq

France, 1894 : Abréviation graphique de quelque, quelqu’un, quelconque, que les polytechniciens ont étendue au langage. Ils disent : « J’ai rencontré qq personnes de ma connaissance. » « J’ai à faire qq visites. »

Qu’allait-il faire en cette galère ?

France, 1894 : Pourquoi est-il allé là ? Pourquoi s’est-il fourré dans cette affaire ? Allusion à une pièce de Molière, les Fourberies de Scapin, où Scapin, valet de Léandre, fils d’un vieil avare, vient, pour soutirer de l’argent à celui-ci, lui annoncer que son fils a eu l’imprudence de monter dans une galère turque, où on l’a retenu prisonnier, et qu’il ne sera rendu que moyennant une forte rançon. Et l’avare de s’écrier à chaque demande d’argent de Scapin : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Cette exclamation qu’on retrouve six fois dans la même scène, où elle provoque le rire des spectateurs, fut si souvent répétée qu’elle est devenue proverbe.

Quadrumanes

France, 1894 : On appelle ainsi, en argot musical, deux pianistes attelés au même clavier pour y jouer un morceau à quatre mains. « Allusion, dit Émile Gouget, aux contorsions et aux singeries auxquelles se livre habituellement la gent tapoteuse. »

Quai Jammapes (avoir l’air)

Rigaud, 1881 : Avoir l’air d’un imbécile. C’est un synonyme décent d’un mot ordurier en trois lettres dont la première est un C. et la dernière n’est pas un L.

Quai Jemmapes (avoir l’air)

France, 1894 : Avoir l’air d’un imbécile.

Quailler

France, 1894 : Sacrifier à Venus. Vieux mot pour cailler, la caille étant considérée comme un animal lascif.

Qualis pater, talis filius

France, 1894 : « Tel père, tel fils. » Locution latine, passée en français, qui offre rarement son application.

Qualité

d’Hautel, 1808 : La qualité vaut mieux que la quantité. Se dit par plaisanterie en parlant des enfans ; parce qu’il est pénible, quand on n’est pas riche, d’en avoir un grand nombre. Signifie aussi que l’on aime mieux avoir quelque chose en petite quantité, et que cela soit bon.

Quamper

Halbert, 1849 : Abandonner.

France, 1894 : Abandonner, tomber ; dérivation évidente de camper.

Quand

d’Hautel, 1808 : Quand et quand moi. Pour dire en même temps, au même moment que moi.
Quand les canes vont aux champs, les premières passent devant. Se dit en badinant aux faiseurs de sottes questions.

Quand est-ce (le) ?

Rigaud, 1881 : Bienvenue que doit payer un ouvrier embauché dans un atelier. Mot à mot : Quand est-ce que tu payes ta bienvenue ?

Quand est-ce (payer son)

France, 1894 : Payer sa bienvenue ; argot des typographes. Par abréviation, on dit et écrit quantès. Voir Quatre (article).

Quand il dort, le diable le berce

France, 1894 : Ce dit d’un méchant homme qui ne rêve qu’au mal.

Quand il est chaud (battre le fer)

France, 1894 : Profiter de l’occasion ; tirer parti d’une affaire à un moment donné. Allusion aux forgerons qui façonnent leur fer quand il sort du feu de la forge. Ce proverbe existait déjà au XIIIe siècle. « En dementres que li fers est chaus le doit l’en battre. » Rabelais l’a rajeuni : « Ce pendant que le fer est chaud il fault battre. »

Quand il fera chaud

Delvau, 1866 : adv. Jamais, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Quand les poules auront des dents.

France, 1894 : Expression populaire signifiant jamais. « Quand vous me repincerez, il fera chaud. »

Quand il pleuvra sur lui, il dégouttera sur moi

France, 1894 : S’il lui arrive quelque chose de bien ou de mal, j’en aurai ma part.

Quand le diable devient vieux, il se fait ermite

France, 1894 : Quand on est devenu trop vieux et trop laid pour plaire, quand on a plus de dents pour mordre à la pomme du péché, qu’on n’éprouve plus de plaisirs aux mets succulents, et qu’on ne peut goûter ceux que vous offrent les jolies femmes, l’on se fait dévot et l’on devient marguillier de sa paroisse. Ce dicton s’applique surtout aux vieilles coquettes et aux courtisanes dont même la vieille garde ne veut plus.
Il paraitrait, d’après certains étymologistes, que le diable n’entre pour rien dans ce dicton, car, ne vieillissant pas, il ne peut se faire ermite ; mais qu’il s’agit de Robert le Diable, duc de Normandie, empoisonneur de Richard III, son frère, qui, pris de remords vers la fin de sa vie, alla chercher à Rome le repos de sa conscience. Il faudrait donc dire, au lieu du dicton actuel : « Quand le Diable devint vieux, il se fit ermite. »

Quand le vassal dort, le seigneur veille

France, 1894 : Vieux dicton féodal signifiant que, quand le vassal négligeait de rendre hommage à son suzerain, celui-ci s’empressait de saisir son fief.

Quand les poules pisseront

Rigaud, 1881 : Jamais.

Quand nous serons à dix, nous ferons une choix

France, 1894 : Cette expression s’emploie au sujet de faits sans cesse renouvelés, faisait entendre par là qu’il faudra bientôt les compter par dizaines. La croix où plutôt la lettre X désignait le chiffre dix.

Quand on parle du loup, on en voit la queue

France, 1894 : Dicton que les pudibonds anglais, effarouchés par le mot queue, ont rendu par celui-ci : « Quand on parle du diable, on en voit les cornes. » Il faut ajouter que, depuis Édouard le Confesseur, les loups ont été détruits dans la Grande-Bretagne. Cette expression s’emploie lorsqu’une personne arrive juste au moment où l’on parle d’elle. Les Latins disaient dans le même sens : Lupus in fabula, le loup dans la conversation. Certaines personnes, voulant poétiser ce dicton et se montrer aimables vis-à-vis de l’arrivant, disent : Quand on parte du soleil, on en voit les rayons.

Quand-est-ce ?

Hayard, 1907 : Bienvenue d’un nouvel ouvrier dans un atelier. C’est lui qui le paie.

Quanquan

d’Hautel, 1808 : Quanquan, quanquan. Pour imiter le cri des canards.
Faire un quanquan, un grand quanquan de quelque chose. Voyez Cancan.

Quant

d’Hautel, 1808 : Tenir son quant à moi, son quant à soi. En bonne part, être réservé, circonspect, ne blesser personne, et se mettre au-dessus de toute offense. En mauvaise part, faire le suffisant, le fat, le hautain.

Quant à soi

Delvau, 1866 : s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.

France, 1894 : Suffisance, réserve exagérée.

Quantès ?

Boutmy, 1883 : Corruption de Quand est-ce ? Lorsqu’un compositeur est nouvellement admis dans un atelier, on lui rappelle par cette interrogation qu’il doit payer son article 4 ; c’est pourquoi Payer son quantès est devenu synonyme de payer son article 4. Cette locution est usitée dans d’autres professions.

Virmaître, 1894 : Bienvenue que paie un ouvrier nouvellement embauché dans un atelier. Tant qu’il n’a pas satisfait à cette vieille coutume, qui date du compagnonnage, les camarades lui crient : quantès ? (Argot du peuple). N.

Quantès ou Quand-est-ce

La Rue, 1894 : La bienvenue du nouvel arrivé.

Quantum

Larchey, 1865 : Caisse somme d’argent. — Latinisme.

Encore cent mille francs ! il est allé faire une saignée nouvelle à son quantum.

Ricard.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, somme quelconque, caisse.

France, 1894 : Quantité déterminée. Latinisme ; littéralement, combien, d’où quantum, argent.

De très vieille souche, ayant eu un aïeul méchamment empalé par les musulmans au temps des croisades, très imbu et jusqu’aux moelles de gentilhommerie provinciale, portant en son aristocratique personne le stigmate glorieux de la race, avec son visage effilé conne un couteau, son grand nez en bec de corbin, son menton légèrement galochard, sa taille haute, ses jambes sans fin et, sur un ensemble grotesque, un quantum de distinction native qui ne permettait pas d’en rire.

(Armand Silvestre)

Quantum mutatus ab illo !

France, 1894 : « Combien il est changé ! » Expression latine tirée de l’Énéide de Virgile.

Quantum satis

France, 1894 : Quantité suffisante, littér. autant qu’assez : formule pharmaceutique.

Quarail

France, 1894 : On appelait ainsi, à Metz, une réunion de femmes assises l’après-midi ou le soir devant la porte pour causer ou pour travailler. En d’autres localités, on dit quareuil.

Quarante

Clémens, 1840 : Table.

M.D., 1844 : Une table.

Quarante métiers, cinquante malheurs

Rigaud, 1881 : Locution dont on se sert en parlant d’un individu qui a entrepris plusieurs métiers et qui n’a réussi dans aucun.

Quarante-cinq

Larchey, 1865 : « Bon ! quarante-cinq à quinze ! » — Exclamation proverbiale toutes les fois qu’on voit briser beaucoup de verre ou de vaisselle. Signifie sans doute : quarante-cinq pièces à quinze sous. V. d’Hautel 1808.

France, 1894 : Imbécile ; vilain personnage.

L’expression, dit Alfred Delvau, date de 1833 ; elle à été inventée par quatre artistes et mise à la mode par eux. Toutes les fois qu’un de ces artistes passait devant une de ces bonnes têtes de bourgeois qui annoncent le contentement de soi et l’absence complète de toute intelligence, — ou devant l’un de ces ivrognes à la Daumier dont il semble que les vêtements eux-mêmes se soient livrés à la boisson, tant ils sont fangeux, — ou devant tout autre type grotesque du trottoir, il se découvrait en disant : « Je te salue, Quarante-cinq ! »
Maintenant, ajoute Delvau, pourquoi 45 et non pas 25 ou 105 ou n’importe quel autre chiffre ? Je n’en sais rien, et, de leur propre aveu, les artistes en question n’en savent rien eux-mêmes.

C’est simplement à titre de curiosité que nous donnons cette expression et l’explication de l’auteur de la Langue Verte, car elle est tombée en désuétude, n’ayant d’ailleurs pas le sens commun.

Quarante-cinq !

d’Hautel, 1808 : Exclamation burlesque et ironique usitée lorsqu’on entend tomber quelque chose de fragile, comme par exemple, les vitres d’une fenêtre, ou quelque porcelaine.

France, 1894 : Exclamation faubourienne que quelque loustic lâche chaque fois qu’on entend le bris d’une assiette, d’une bouteille on d’un verre.

Quarante-huitard

France, 1894 : Républicain qui s’est battu pendant les journées de juin 1848 : vieille barbe : vieil arriéré en politique.

Un jour donc que, dans un de ces repaires, où ils alignaient des listes de proscription, les sales libéraux, avec leurs ongles noirs, leurs pipes juteuses, et des jurons plein la bouche, discutaient de l’immortalité de l’âme et la niaient, le vieux quarante-huitard tira ses manchettes, et, après un coup d’œil jeté à la glace, il leur fit l’éloge de la prise de la Bastille !

(Émile Bergerat)

Ce mot est aussi employé adjectivement :

Le prestige lui-même, le vieux prestige quarante-huitard, les parlementaires l’ont tué. C’en fut fini, de jour où ils acceptèrent avec reconnaissance que, dans je ne sais plus quelle bagarre au Château-d’Eau, comme un de leurs collègues se proclamait représentant du peuple, un sergot lui répondit : « Je m’en fous ! » en lui lançant la botte au derrière.

(Jean Jullien, L’Aurore, octobre 1898.)

Quarrée

France, 1894 : Nom que donnent les mariniers de la Loire à leur âtre, au foyer de leurs bateaux. Dans l’Ouest et sur les bords de la Creuse, c’est l’angle d’une rue, le croisement de deux rues ou de deux chemins.

France, 1894 : Charretée ; provincialisme.

Quart

d’Hautel, 1808 : Un moment de trente-six quarts d’heure. Un moment dont on ne voit pas la-fin, qui se change en heure, et quelquefois en jour. Se dit par raillerie des délais que demande un lendore, un homme d’une lenteur et d’une nonchalance extrêmes.
Il ne vaut pas le demi quart de l’autre. Se dit par comparaison de deux choses, et pour exprimer que l’une est bien inférieure à l’autre.
Il n’a pas un quart d’écu. Pour, il est bien pauvre. On dit, dans le sens opposé, d’un homme riche, qu’il a bien des quarts d’écu.
Donner au tiers et au quart. Être prodigue, libéral, généreux, donner à tout ce qui se présente.
Dauber sur le tiers et le quart. Se railler, se moquer des ridicules des autres ; n’épargner personne dans ses moqueries.
Médire du tiers et du quart. Médire de tout le monde.
Le quart-d’heure de Rabelais. Pour dire moment désagréable, fâcheux, triste et pénible. On appelle ainsi l’instant où, chez un traiteur, il faut payer l’écot : instant qui ne fait pas plaisir aux gens intéressés, qui voudroient se divertir et ne rien payer.

Larchey, 1865 : Station d’une fille sur la voie publique ; tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins.

Je n’ai plus besoin de faire mon quart.

Montépin.

France, 1894 : Gobelet en fer-blanc dont se servent les soldats en route et en campagne.

Une fois au milieu de nous, les deux religieuses menèrent lestement leur distribution, — ménageant leurs paroles, mais nullement leur bon vouloir. Bientôt notre misérable troupe eut de quoi apaiser sa faim : pain frais et viande froide, et les quarts se tendirent à la ronde vers les bouteilles de vin clair que débouchait la plus âgée des sœurs.

(André Theuriet)

France, 1894 : Mesure parisienne qui est censée être le quart du décalitre, mais qui ne content en réalité que deux litres. On devrait dire cinquième. On appelait autrefois quarte un vase d’une capacité de convention variant selon les lieux, mais le plus souvent égale à la pinte.

France, 1894 : N’avoir quart ni part, n’avoir rien à prendre dans une succession, un partage.

France, 1894 : Commissaire de police ; abréviation de quart d’œil.

Car au passant, matin et soir,
De la fenêtre ou du trottoir
Faut faire signe ;
D’un bon miché l’on a l’espoir
Et c’est le quart qui vient vous voir.

(É. Blédort)

Quart (battre son, faire son)

Rigaud, 1881 : Aller et venir d’un trottoir à l’autre, à l’exemple de Diogène qui cherchait un homme. Les filles de maison font à tour de rôle, pendant quinze minutes, le quart devant leur porte, comme des sentinelles. Mot à mot : faire le quart d’heure.

Quart (faire le)

France, 1894 : Station que font les filles sur la voie publique pour raccrocher les hommes. Cette expression, qui est une allusion au service des marins appelé quart, vient de l’autorisation donnée autrefois par la police aux filles de lupanar de parcourir un certain espace devant leur maison, de 7 à 11 heures du soir. On dit aussi : battre son quart.

Lorsque je bats mon quart, mon macq boit ma recette au café.

(Mémoires de M. Claude)

Quart d’agent

Larchey, 1865 : Propriétaire du quart de la valeur d’une charge d’agent de change.

Une bourrasque fit sombrer son quart d’agent dans l’océan de la Bourse.

Achard.

Il y a des cinquièmes, sixièmes, voire des dixièmes d’agents. — On dit de même : Un quart d’auteur dramatique.

Quart d’agent de change

Delvau, 1866 : s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d’agent de change. Argot des boursiers. Il y a aussi des cinquièmes, des sixièmes et même des dixièmes d’agent de change.

Rigaud, 1881 : Associé d’agent de change. — N’aurait-il qu’un dixième de part dans la charge, c’est toujours un quart d’agent de change.

Quart d’auteur

Delvau, 1866 : s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Collaborateur de naissance, celui qui n’a jamais fait une pièce à lui seul. Collaborateur qui fait… les courses, et ce n’est pas le moins utile quelquefois, ni celui qui a le moins d’esprit.

Quart d’heure de Rabelais

France, 1894 : Moment critique ou il faut payer sa note dans un restaurant ou un hôtel, autrement dit sa douloureuse. L’anecdote qui donna naissance à cette expression est fort controuvée. La voici : Le curé de Meudon, l’immortel auteur de Pantagruel, s’étant arrêté à Lyon à son retour de Rome où il avait accompagné, comme médecin, le cardinal Jean du Bellay, se trouvant à court d’argent pour payer son hôtelier et pour continuer son voyage à Paris, s’avisa du stratagème suivant : il disposa trois petits paquets remplis de cendre et sur lesquels il écrivit : « Poison pour le roi — Poison pour la reine — Poison pour le dauphin. » Ces paquets laissés à dessein sur une table tombèrent sous les yeux de l’hôtelier, qui courut prévenir le lieutenant du roi. Rabelais fut arrêté et expédié, sous bonne escorte à Paris, avec les égards dus à un criminel d’importance. Conduit devant François Ier, celui-ci s’égaya fort du récit de l’aventure et, ajoute la chronique, fit asseoir le régicide à sa table.

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Balzac.

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

France, 1894 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1894 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

Quart de marqué

Rigaud, 1881 : Semaine, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Semaine. Le quart du mois (marqué) (Argot des voleurs).

Quart de marque, de marquet

France, 1894 : Semaine ; argot des voleurs.

Quart de monde

France, 1894 : Monde des courtisanes d’un degré au-dessous du demi-monde. L’ambition des filles du quart de monde est de se ranger dans le demi.

Quart des dégommés

La Rue, 1894 : Commissaire des morts.

France, 1894 : Commissaire des pompes funèbres. Voir Quart d’œil.

Quart-d’œil

anon., 1827 : Commissaire.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Commissaire.

Bras-de-Fer, 1829 : Commissaire.

Halbert, 1849 : Commissaire de police.

Delvau, 1866 : s. m. Commissaire de police, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi de l’habit noir de ce fonctionnaire.

La Rue, 1894 : Le commissaire. Agent de police.

Quart, ou quart d’œil

Hayard, 1907 : Commissaire de police.

Quart, quart d’œil

anon., 1907 : Commissaire.

Quarta

France, 1894 : Ancienne prestation en nature prélevée sur le blé, le foin, les fruits. Voir Quarto.

Quarteron

d’Hautel, 1808 : Il ne pèse pas un quarteron. Se dit par ironie et par mépris d’un homme de foible complexion, qui fait le fanfaron, le méchant.
Il n’y en a pas trois douzaines au quarteron. Se dit malignement d’une personne dont on veut diminuer le mérite ; et d’une chose qu’on ménage, que l’on conserve avec un soin minutieux.

France, 1894 : Mesure parisienne qui vaut le quart d’un cent, surtout employée pour les noix. On en donne vingt-six au quarteron.

Quartier

d’Hautel, 1808 : La gazette du quartier. Nom injurieux que l’en donne à une femme babillarde qui se mêle de toutes les affaires, qui sait toutes les nouvelles de son quartier, et qui s’amuse à les débiter aux uns et aux autres.
Il se mettroit en quatre quartiers pour le service de cet homme. Pour dire, il n’y a rien qu’il ne voulût faire pour l’obliger.
Mettre l’alarme dans tout un quartier. Y débiter de fausses nouvelles, faire courir de mauvais bruits.
Tirer quelqu’un à quartier. Pour dire à l’écart, à part.

Delvau, 1866 : s. m. Logement de trois ou quatre pièces, — dans l’argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.

Rigaud, 1881 : Quartier Latin, quartier des Écoles, — dans le jargon des étudiants. — Aller au quartier. — Femme du quartier, femme qui habite le quartier Latin pour y étudier, sur le vif, l’étudiant ; ce qui lui permet d’être restaurée chez Petiau, désaltérée à la Source, amusée chez Bullier et couchée un peu partout.

France, 1894 : Logement composé de plusieurs pièces : expression importée par les ouvriers belges. En Belgique, un appartement est appelé quartier.

Quartier (coqueluche du)

France, 1894 : On désigne ainsi une personne élégante, un homme à la mode, qui fait tourner la tête aux femmes, et dont tout le monde s’occupe dans le coin de ville, le quartier. Cette expression parait dater de la première partie du XVIIIe siècle, où la coqueluche fit de grands ravages. « Ménage, dit M. Ch. Ferrand, rapporte que ce nom lui fut donné, parce que ceux qui en étaient atteints se mirent à porter des coqueluches ou capuchons, pour se garantir la tête du froid. Et comme la crainte de la mort elle-même n’est pas puissante pour bannir la coquetterie, les personnes riches portèrent des coqueluches de drap fin, rehaussées de broderies et couvertes d’ornements d’or ou d’argent. » Le danger passé, la mode reste, et cette partie du vêtement devint bientôt l’article de toilette le plus soigné, désigna donc par métonymie celui ou celle qui portait la coqueluche la plus élégante, par le nom même de cette sorte de capuchon, la plus belle coqueluche de la ville, la plus belle coqueluche du quartier.

Quartier (le)

France, 1894 : Nom que les étudiants donnent au Quartier latin.

Farandol cessa d’être étudiant pour devenir bohème…
Il ne quitta point le Quartier, continua d’y vivre au jour le jour, dans un garni, s’occupant seulement d’y culotter des pipes, de pinter de la bière, et parfois de rimer des sonnets vaguement insérés à l’œil dans de petits journaux d’un tirage problématique.

(Grammont, L’Intransigeant)

Femme du Quartier, femme galante du Quartier latin.

Quartier (pas de)

France, 1894 : Tuez tout, n’épargnez pas l’ennemi ! Dans Les Origines de quelques coutumes anciennes et plusieurs façons de parler triviales, livre paru à Caen en 1672 l’auteur, de Brieux, dit que cette expression vient de la coutume des Hollandais et des Espagnols de faire payer la rançon d’un officier ou d’un soldat prisonnier d’un quartier de sa solde. Refuser ce quartier, c’était condamner l’adversaire à mort. Littré pense que l’origine ci-dessus n’est pas vraisemblable parce que les intermédiaires manquent, mais il faut se rappeler que les gentilshommes et les officiers se faisaient un point d’honneur d’obéir aux lois de la guerre et eussent été déshonorés s’ils avaient refusé, après quartier, de paver leur rançon ; donner quartier, selon lui, serait recevoir à son logis, à sûreté.

Quartier gras

Rigaud, 1881 : Quartier d’un bon rapport pour les chiffonniers. — Quartier maigre, quartier qui rapporte peu à la hotte, — dans le jargon des chiffonniers.

Quartiers souffrants

La Rue, 1894 : Les quartiers Maubert et Mouffetard ; les quartiers malheureux.

Quartilleux

France, 1894 : Voir Écartilleux.

Quarto, quartum

France, 1894 : Prestation en nature, affectée sous la féodalité aux produits de la vigne. Elle était tantôt forcée, tantôt consentie librement ; on pouvait la payer en argent ou la convertir en une mesure de vin, d’où, suivant Ch. Nisard, serait venu le mot quartaut.

Quarzon

France, 1894 : Petit cochon avant atteint le quart de sa croissance.

Quasi

d’Hautel, 1808 : Pour dire presque, peu s’en faut.

Quasi mort (être)

La Rue, 1894 : Être au secret.

Quasi-mort

France, 1894 : Détenu au secret ; argot des voleurs.

Quasiment

d’Hautel, 1808 : A peu près, approchant, tout comme.

France, 1894 : Presque ; expression patoise.

Un paysan normand se plaint un ami de la bêtise de sa propre femme :
— Impossible de rien lui faire comprendre… et quel remède à cela ? je te le demande !… La battre ? ça ne serait point assez… la tuer ? ce serait quasiment trop.

Quasimodo

d’Hautel, 1808 : Renvoyer les gens à la quasimodo. Demander des délais pour payer ce que l’on doit.

Larchey, 1865 : Homme hideusement contrefait. Du nom d’un type de la Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait, — dans l’argot du peuple, qui a lu Notre-Dame de Paris.

France, 1894 : Homme bossu ou contrefait avorton ; du nom d’un nain de Notre-Dame de Paris, de V. Hugo.

Quatorze

d’Hautel, 1808 : Chercher midi à quatorze heures. Chercher des obstacles, des difficultés où il n’y en a pas, Prolonger une affaire par des détours et des subterfuges.
Avoir quinte et quatorze. Avoir beau jeu dans une affaire ; avoir de grandes espérances de succès.

Quatorzième

France, 1894 : Personne que les gens superstitieux invitent à diner pour ne pas se trouver treize à table.

Quatorzième écrevisse

Delvau, 1866 : s. f. Figurante, — dans l’argot des coulisses. L’expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Élysées, où l’on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons, — crustacés ou non. Vous avez compris ?

France, 1894 : Figurante dans un ballet. Cette expression, qui n’est plus guère usitée, viendrait, d’après Delvau, du théâtre des Folies-Marigny, où l’on joua, sous le second empire, une revue-féerie dans laquelle paraissaient des femmes figurant des légumes, des poissons, des crustacés.

Quatre

d’Hautel, 1808 : Il lui a fait descendre les escaliers quatre à quatre. Se dit de quelqu’un que l’on a chassé ignominieusement, et auquel on a fait descendre les escaliers avec précipitation.
Quatre à quatre, et le reste en gros. Se dit en plaisantant lorsqu’on ordonne à quelqu’un de faire une chose en grande hâte.
Se faire tenir à quatre. C’est-à-dire, vouloir faire absolument une chose défendue ; signifie aussi faire le difficile dans un accommodement.
Se mettre en quatre. Employer ses moyens, sa fortune et son crédit pour servir quelqu’un.
Faire le diable à quatre. Faire beaucoup de bruit ; se tourmenter, se démener pour faire réussir une affaire.
Elle est toujours tirée à quatre épingles. Se dit d’une personne parée, ajustée d’une manière affectée ; d’une propreté outrée.

Quatre (article)

France, 1894 : L’article quatre est la bienvenue que paye un ouvrier en entrant dans un atelier de typographie. D’après Eugène Boutmy, cette expression viendrai du temps où chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie pur un règlement, que stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. L’argent retiré de leur vente contribuait à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4, le seul resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, dit E. Boutmy, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : Verser vin. V. Quatre heures.

Quatre (se mettre en)

France, 1894 : Exécuter un quatuor ; argot des musiciens.

Quatre à six

Fustier, 1889 : Réception. Argot des gens du monde.

Il croyait même parfois qu’Olga avait deviné son désir, et lorsqu’à ces quatre à six de Mme de Barberine.

(F. Coppée.)

Actuellement le quatre à six a fait place au cinq à sept ; c’est toujours la même ; chose ; il n’y a que l’heure de changée.

Les soirées du reste ne sont pas difficiles à passer ; dès qu’arrivent les cinq à sept on a maint salon accueillant et mainte potinière mondaine.

(Illustration, janvier 1888.)

France, 1894 : Réception d’après-midi, autrement dit five o’clock.

Quatre arpents

France, 1894 : Cimetière.

Quatre bras

France, 1894 : Sobriquet donne aux frères de la Doctrine chrétienne à cause du manteau qu’ils portent d’ordinaire sans jamais en mettre les manches, ce qui leur donne l’air d’avoir quatre bras.

Quatre chemins (ne pas y aller par)

France, 1894 : Ne pas hésiter. Aller franchement. Allusion à la coutume des Romains de conduire l’esclave qu’on affranchissait dans un carrefour, où il avait le choix entre quatre chemins. L’embarras pour beaucoup était grand. Quel chemin prendre ? L’esclave libéré hésitait, s’engageait dans un chemin, puis revenait sur ses pas. Les caractères décidés allaient brusquement droit dans le premier venu, n’y allaient pas par quatre chemins.

Quatre coins

France, 1894 : Mouchoir de poche ; argot des voleurs.

Quatre cornes (allumer la chandelle à)

France, 1894 : Faire des réjouissances. Expression usitée en certaines provinces, faisant allusion à l’ancienne coutume d’allumer en signe de joie toutes les mèches d’une grande lampe de famille dont les plus luxueuses avaient quatre cornes ou becs. Cette illumination avait lieu d’ordinaire quand des parents mariaient la dernière de leurs files.

Quatre et trois font sept

France, 1894 : Boiteux. Sorte d’onomatopée, imitant la marche d’un boiteux.

Quatre et trois
Font sept.

Quatre fers d’un chien (ne pas valoir les)

France, 1894 : Ne rien valoir.

Quatre heures (payer ses)

France, 1894 : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographie. Expression du Nord.

Quatre maisons

France, 1894 :

Dieu me garde de quatre maisons :
De la taverne, du Lombard,
De l’hôpital et de la prison.

Vieux dicton, Lombard est ici pour usurier. Les maisons de prêt portent encore en Angleterre, comme enseigne, trois boules d’or, armes des Lombards.

Quatre sous

Delvau, 1866 : Étalon à l’aide duquel le peuple apprécie la valeur des choses — qui n’en ont pas pour lui. Fichu ou Foutu comme quatre sous. Mal habillé.

France, 1894 : Seins de femme ; expression lorraine. « La v’là sur ses treize ans, les quatre sous commencent à pousser. »

Quatre sous (fichu comme)

France, 1894 : Mal accoutré, habillé sans goût. « Gentillette, mais fichue comme quatre sous. »

Quatre ventres

France, 1894 : Sobriquet donné aux habitants de Chaude-Fontaine.

Quatre z’yeux (entre)

France, 1894 : En particulier, tête à tête. « Je vous dirai entre quatre z’yeux ce que j’ai sur le cœur. »

Quatre-arpents

un détenu, 1846 : Cimetière.

Rigaud, 1881 : Cimetière. (L’Intérieur des prisons, 1846.)

Quatre-coins

Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Mouchoir. La figure coule de source. Il y a aussi un jeu qui se nomme les quatre-coins, il faut être cinq pour le jouer. Chaque joueur se place à l’angle du carré, le cinquième au milieu fait le pot de chambre, et essaye de prendre un des coins ; s’il y arrive, celui qui a perdu sa place prend la sienne (Argot du peuple).

Quatre-pattes

France, 1894 : Homme de très petite taille. Il semble marcher à quatre pattes, tant il est peu élevé au-dessus du sol.

France, 1894 : Chien.

Les quat’ patt’s c’est les chiens d’Paris,
Les voyous, les clebs ed’barrière,
C’est les ceux qui sont jamais pris…
Qui va jamais à la fourrière.

(A. Bruant)

Quatre-sous

Delvau, 1866 : s. m. Cigare de vingt centimes.

Quatre-vingt-dix

Delvau, 1866 : s. m. Truc, secret du métier, — dans l’argot des marchands forains. Vendre le quatre-vingt-dix. Révéler le secret.

Rigaud, 1881 : Loterie foraine à lots de porcelaine. Elle se tire au moyen d’une grande roue munie de 90 numéros ; d’où le nom de quatre-vingt-dix.

Virmaître, 1894 : Truc, secret de métier. Vendre le quatre-vingt-dix : révéler le secret. A. D. Le quatre-vingt-dix est une loterie composée de quatre-vingt-dix billets qui sont contenus dans un sac ; le 90 gagne le gros lot. Les 90 numéros sont divisés par 30 cartons qui sont placés dans le public, deux compères (engayeurs) prennent deux cartons ; le tenancier du jeu s’arrange de façon à les faire gagner par un truc ingénieux ; le public volé n’y voit que du feu (Argot des saltimbanques). N.

France, 1894 : Loterie foraine appelée ainsi parce qu’elle à quatre-vingt-dix numéros.

Ce jeu est une espèce de loto, et l’un des spectateurs se charge de remplir l’office du destin : il plonge la main dans un sac et en retire le numéro qui doit faire un heureux. On y gagne ordinairement de la porcelaine. Vous y voyez des déjeuners, des vases superbes, de belles pendules, etc.
Le quatre-vingt-dix a droit à une pièce au choix du gagnant, mais ce gagnant est presque toujours un compère… qui remet l’objet au banquiste.

(A. Privat d’Anglemont)

C’est aussi, dans l’argot des forains, un secret de métier. Vendre le quatre-vingt-dix, révéler un secret.

Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent bêtes

France, 1894 : Le Roux de Lincy, d’accord avec d’autres étymologistes, affirme que ceux qui font remonter ce dicton à Jules César ne méritent même pas d’être réfutés. Leur argument est que Grosley de Troyes, qui a écrit au sujet des proverbes une dissertation fort spirituelle, ne daigne pas parler de l’opinion généralement reçue. Le savant troyen dit seulement que l’épithète de sots, balourds, lourdiers a été donnée de tout temps aux Champenois, qu’on la trouve dans les Contes de la reine de Navarre et que telle est probablement l’origine de cet offensant dicton. Comme il n’y a pas plus de certitude d’un côté qui de l’autre, nous préférons nous en tenir à la version qui a le double mérite d’être amusante et de ne pas choquer les susceptibilités légitimes des gens dont un autre vieux dicton dit :

Teste de Champagne n’est que bonne,
Mais ne la choque point…

Voici la version première. À l’époque où Jules César fit la conquête des Gaules, le principal revenu de la Champagne consistait en moutons. César établit un impôt en nature ; mais, voulant favoriser les petits propriétaires et par suite le commerce de la province, plus intelligent en cela que beaucoup de nos législateurs modernes, il établit une sorte d’impôt proportionnel, exemptant d’une certaine taxe tous les troupeaux au-dessous de cent têtes. Les Champenois formèrent alors leurs troupeaux de quatre-vingt-dix-neuf moutons, ce que voyant les officiers du fisc déclarèrent que désormais le berger serait compté comme tête de bétail, et par conséquent chaque troupeau de quatre-vingt-dix-neuf moutons paierait, y compris le berger, comme s’il y avait cent bêtes.

Quatre-z-yeux

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui porte des lunettes, — dans l’argot du peuple.

Quatrième cantine

Rigaud, 1881 : Salle de police, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Il y a trois cantines dans les régiments de cavalerie.

France, 1894 : Salle de police ; argot militaire.

Quatrième du trois

France, 1894 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins à cause de la réponse que ceux-ci font généralement quand on les interroge sur le corps auquel ils appartiennent : « Je suis de la première du deux ; … de la cinquième du quatre ; …. de la quatrième du trois… » Sous-entendus compagnie et bataillon.

Que dira cette chère petite Mme Étienne, du café des sous-officiers, lorsqu’elle nous verra revenu les mains vides ? Et ces dames de la rue de l’Échelle ? Allons-nous être obligés de rester, comme les fantassins de la quatrième du trois, en extase devant les étalages de chair fraîche de leur vestibule ? Serons-nous réduits à bazarder notre burnous blanc dans la rue des Juifs pour faire une honnêteté à notre amie ? Et passerons-nous nos soirées à errer par les rues, les mains dans les poches, le sabre battant tristement l’éperon, cherchant d’un œil en détresse le camarade du jour d’infortune qui offre chez Le Maltais du coin l’absinthe à quatre sous le verre ou le champoreau de l’amitié ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Quatrième lune (né sous la)

France, 1894 : Être né malheureux. Allusion à l’ancienne superstition qui attribue au quatrième quartier de la lune les influences funestes sur les naissances.

Voyant tous ses efforts succéder si à rebours qu’il semblait né à la quatrième lune.

(Le Printemps d’Yver)

Quatuor

Delvau, 1866 : s. m. Le quatre, — dans l’argot des joueurs de dominos.

Rigaud, 1881 : Quatre d’un jeu de dominos. Les joueurs mélomanes ne manquent pas de dire : Quatuor de Beethoven.

Quæ sunt Cesaris Cesari

France, 1894 : « À César ce qui est à César. » Allusion à la réponse que fit Jésus aux Hérodiens, qui lui demandait s’il fallait paver le tribut.

Quærens quem devoret

France, 1894 : « Cherchant quelqu’un à dévorer. » Locution latine que saint Pierre appliquait au diable.

Que

d’Hautel, 1808 : Si j’étois que de vous. Pour, si j’étois à votre place.
Être toujours sur le que si, que non. N’être jamais du même avis que les autres ; être perpétuellement en contradiction.

Que c’est comme un bouquet de fleurs

France, 1894 : Celle expression, assez nouvelle, est employée ironiquement.

Monsieur Jésus aime des vierges,
Dans l’étoilement d’or des cierges,
Il en épouse tant et tant
Qu’il en devient mahométan !
Carmélites, Visitandines,
Augustines, Bénédictines,
Il en prend de toutes couleurs,
Ce joli roi des polygames,
De tous habits, de toutes gammes,
Que c’est comme un bouquet de fleurs !

(Gringoire)

Que les femmes fassent les femmes et non les capitaines

France, 1894 : Que des femmes restent dans le rôle assigné par la nature qui est de faire des enfants, de veiller aux soins du ménage, de diriger la maison et non les armées. De tous temps, certaines femmes ont voulu sortir de leur rôle et de tous temps elles ont excité les railleries des hommes ; aussi les dictons à ce sujet sont nombreux. En voici quelques-uns :

Femme qui parle comme homme et geline qui chante comme coq ne sont bonnes à tenir.
    La femme qui parle latin
    Ne vient pas à bonne fin.
Fol est qui se marie à femme sçavante.

Que t’ès

Boutmy, 1883 : Riposte saugrenue que les compositeurs se renvoient à tour de rôle, quand l’un d’eux, en lisant ou en discourant, se sert d’un qualificatif prêtant au ridicule. Donnons un exemple pour nous faire mieux comprendre. Supposons que quelqu’un dans l’atelier lise cette phrase : « Sur la plage nous rencontrâmes un sauvage… » un plaisant interrompt et s’écrie : Que t’ès ! (sauvage que tu es !). C’est une scie assez peu spirituelle, qui se répète encore dans les galeries de composition plusieurs fois par jour.

Qué vingo !

France, 1894 : Qu’il vienne ! Expression de défi du peuple de Marseille. On dit plus communément : Digués-li què vingo, dis-lui qu’il vienne, en accompagnant les mots d’un geste du pouce aussi indécent qu’expressif.

Quelconquerie

France, 1894 : Banalité, chose quelconque, événement ordinaire, œuvre médiocre. « Ce publiciste n’écrit que des quelconqueries. »

L’actualité a des caprices… Paresseuse, elle fait son choix parmi les événements, refusant sa réclame à tous ceux, sans souci de leur intérêt, qui comportent des enquêtes sérieuses et des informations précises. Par contre, des quelconqueries, voire des hypothèses, dont il est loisible de parler sans compétence, lui doivent une bonne presse.

(Joseph Caraguel)

Quelle boutique !

Larchey, 1865 : est synonyme de quelle baraque ! quelle mauvaise organisation !

Quelpoique

Delvau, 1866 : adv. Rien, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Rien (Argot des voleurs).

France, 1894 : Rien ; corruption de quel pouic.

Quelqu’un

Delvau, 1866 : s. m. Personnage, homme d’importance ou se donnant de l’importance. Se croire un quelqu’un. S’imaginer qu’on a de la valeur, de importance. Faire son quelqu’un. Prendre des airs suffisants. Faire ses embarras.

Quelqu’un (faire son)

Larchey, 1865 : Trancher du personnage.

Si madame fait un peu sa quelqu’une.

Balzac.

France, 1894 : Faire ses embarras.

— Si Madame fait un peu sa quelqu’une.

(Balzac)

On dit aussi faire son quem.

Quelqu’un avec la croix et la bannière (chercher)

France, 1894 : Expression employée à l’égard de ceux qui se font attendre. « Je vais aller vous chercher avec da croix et la bannière. » C’est une allusion à l’habitude qui existait jadis en certaines maisons religieuses d’aller en procession, croix, bannières et surtout le bénitier en tête, réveiller le dormeur qui manquait aux matines, afin de lui faire honte. On comprend le rôle que jouait le bénitier. Une bonne aspersion arrachait brusquement le paresseux à son sommeil. Cet usage existait encore à Bayeux en 1640, mais l’aspersion d’eau fraîche ne s’est pas arrêtée au XVIIe siècle, ni ne s’est confinée aux couvents.

Quelqu’un, quelque chose

d’Hautel, 1808 : Il fait bien son quelqu’un, ou son quelque chose. Se dit d’un parvenu, d’un présomptueux, qui s’en fait trop accroire, qui est dur avec les subalternes dont naguères il étoit l’égal.

Quelque chose de chaud

Delvau, 1864 : Sec, un vit ou un con ; liquide, le foutre qu’ils font en collaboration.

Lis’ que veux-tu qu’on t’apporte,
Des huîtr’s ou d’la têt’ de veau ?
— Non, non, ferme-nous la porte,
J’aime mieux quelque chos’ de chaud.

Ch. Colmance.

Quelque chose de court

Delvau, 1864 : Une courte, même quand elle est longue.

Tout le mond’ connaît bien l’aventure
Qui m’a fait rire si souvent :
Un certain paillard par nature,
D’une nonne prît l’habillement
Et s’en alla droit au couvent
Que d’victimes il aurait faites,
Si la mère abbess’ le même jour,
N’avait pas, grace à ses lunettes,
Vu qu’il portait quequ’chos’ de court.

Bapt. Lamome.

Quelque part

Larchey, 1865 : Derrière.

Je vais aller lui mettre un grain de sel quelque part.

P. de Kock.

Delvau, 1866 : Adverbe de lieux, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : adv. L’endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied, — dans l’argot du peuple. Avoir quelqu’un quelque part. En être importuné, — en avoir plein le dos.

France, 1894 : Le derrière. Les lieux d’aisances. Argot des bourgeois qui n’osent prononcer le mot propre.

Quelque part (aller)

Rigaud, 1881 : Aller sacrifier à Richer, — dans le jargon des petites filles.

Quem

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fatuité, prétention. Faire son quem, se donner un genre, faire de l’embarras.

Quémander

Delvau, 1866 : v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré. — dans l’argot du peuple, qui pourtant n’a pas lu les Aventures du baron de Fœneste.

Quémanderie

France, 1894 : Mendicité. « Il est possible, dit le comte Jaubert, que plus d’une localité appelée commanderie ne tienne pas ce nom de l’ordre de Malte, mais de quémanderie, par corruption dans la prononciation. »
Vu la pullulation des mendiants dans certaines campagnes, cette hypothèse n’a rien d’improbable.

Quémandeur

Delvau, 1866 : s. m. Mendiant.

Quémandeux

France, 1894 : Quémandeur, pique-assiette, mendiant.
M. Paulian s’est livré à une statistique sur les quémandeux qui harcellent les gens pour demander un emploi, se déclarant prêts à accepter n’importe quelle besogne. Sur 727 mis au pied du mur, 18 s’exécutèrent. Le meilleur moyen de se débarrasser d’un quémandeux, c’est de lui proposer du travail. On ne le revoit plus.

Queniente

Halbert, 1849 : Pas ou point.

France, 1894 : Que nenni ; argot des voleurs ; formé de que et de niente, en italien : néant, rien.

Quenolle

France, 1894 : Nom ancien du navet.

Quenotier

Rigaud, 1881 : Dentiste, — dans l’ancien argot. Aujourd’hui les voyous le nomment : Estourbisseur de clous de girofle, de chicots.

Quenotte

d’Hautel, 1808 : Nom qu’on donne aux dents des petits enfans ; on ajoute encore quelquefois et à tort à ce diminutif l’adjectif petit, et l’on dit des petites quenottes.

Larchey, 1865 : Petite dent. V. d’Hautel 1808. V. Domino.

Ouvre la gargoine. Prends le bout de ce foulard dans tes quenottes.

E. Sue.

La Rue, 1894 : Dent. Quenottier, dentiste.

France, 1894 : Dent d’enfant et, par extension, dent en général.

Ne connaître jamais la circonstance heureuse
De la dèche battue avec une amoureuse
Qui montre, en éclatant d’un beau rire argentin,
Sous sa robe de laine une peau de satin,
Qui ne vous compte pas les baisers et grignote
Du pain dur, sans que ça lui casse une quenotte…

(André Gill)

Quenottes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Dents, — dans l’argot des enfants. Ils les appellent aussi Louloutes.

Virmaître, 1894 : Les dents.
— Fais voir, mon petit ami, tes jolies quenottes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dents.

Quenottier

Delvau, 1866 : s. m. Dentiste, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1894 : Dentiste.

Quenouille

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Lise y procède, et toute à la quenouille
Avec laquelle Eve nous a filés.

Grécourt.

Avec une autre quenouille,
Non, vous ne filerez pas.

Béranger.

Quéquette

Delvau, 1864 : Priape d’enfant, dans le jargon des bonnes et de mesdames les nourrices. Se dit aussi d’un priape peu viril.

Partout on lui fait bon accueil,
Elle a fait plus d’une conquête…
Cependant elle n’a qu’un œil,
Mademoiselle Quéquette.

Stan. Tostain.

France, 1894 : Nom que les enfants donnent à leur verge. Voir Quiquette.

Querelle d’Allemand

France, 1894 : Voir Chercher.

Querelle d’amants

France, 1894 : Querelle de peu de durée, brouille qui sera bientôt suivie de réconciliation. On dit généralement : Querelle d’amants, renouvellement d’amour.

Les querelles des amants sont comme les orages d’été qui ne font que rendre la campagne plus belle et plus verte.

(Pierre Darblay, Physiologie de l’amour)

Une querelle. Pourquoi ?
Mon Dieu ! Parce qu’on s’adore.
À peine s’est-on dit toi,
Que vous se hâte d’éclore.

(V. Hugo, Chansons des rues et des bois)

Querelle de chapitre

France, 1894 : Discorde, désunion. Le chapitre est l’assemblée que les religieux et les chanoines tiennent pour délibérer de leurs affaires, et les querelles y éclatent pour les plus insignifiantes vétilles, surtout quand il est questions d’argent. Les discussions, dit Le Roux du Lincy, étaient souvent très vives et dom Félibien rapporte, dans son Histoire de Paris, que les chanoines de Notre-Dame se battaient à coups de poings contre ceux de la Sainte-Chapelle.

Querelle de frères, querelle de diables

France, 1894 : Les frères, dans leurs querelles, mettent plus d’animosité et d’acrimonie que tous autres. Le vieux dicton se trouve dans Rabelais : ire de frères, ire de diables.

Quérimonie

France, 1894 : Plainte. Vieux français.

Folle est la quérimonie qui est contre le temps.

(Boville)

Queriquette

France, 1894 : Petite chose ; petit fragment.

Question

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas là la question. Pour, ce n’est pas ce qui pourroit empêcher cette affaire ; cela n’y feroit rien, etc.
Il ne faut pas le mettre à la question pour savoir ses secrets. Se dit par raillerie d’un homme qui se confie avec trop de facilité, d’un babillard, d’un indiscret.

Quête des œufs

France, 1894 : On appelait ainsi, dans le Midi, la coutume qu’avaient les enfants des villages d’aller de maison en maison, à l’approche de Pâques, quêter des œufs pour l’instituteur. Cette coutume est tombée en désuétude depuis l’amélioration du sort des instituteurs.

Quêter

d’Hautel, 1808 : Je vous conseille de vous faire quêter. Se dit d’un homme qui fait le pauvre, quoiqu’il soit riche.

Quetés

France, 1894 : Abréviation de que tu es ; façon des typographes de terminer la phrase d’un camarade qui débine un autre camarade. « J’ai rencontré, commence l’un, cet idiot… — Quetés ! ajoute immédiatement l’autre. »

Quette

France, 1894 : Abréviation de casquette ; argot du Borda.

Quette ! Quette ! tel est le cri impératif qui accueille celui d’entre les nouveaux élèves se présentant devant ses anciens la tête couverte de sa casquette. Petite brimade bien innocente, ayant pour objet de faire comprendre aux fistots la dose de respect que les anciens exigent d’eux.

(Histoire de l’École navale, par un ancien officier)

Queue

d’Hautel, 1808 : Faire la queue. Duper, fripponner sur un marché ; signifie aussi railler, persiffler quelqu’un, l’entraîner à de fausses démarches.
Il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit d’un homme dénue de finesse, et dont la bonhomie approche de la bêtise.
Il est adroit de ses mains comme un cochon de sa queue. Se dit par raillerie d’un homme qui est d’une gaucherie, d’une maladresse extrêmes dans tout ce qu’il fait.
Faire des queues aux zéros. C’est-à-dire friponner dans un compte, donner une grande valeur aux chiffres qui n’en ont qu’une médiocre.
Aller à la queue loup loup. Se dit en parlant des enfans qui vont pour s’amuser à la file l’un de l’autre.
Cela viendra, la queue de notre moineau est bien venu. Dicton très-usité, et qui a pour but d’encourager une personne dans une entreprise qui offre de grandes difficultés.
Tirer le diable par la queue. Vivre misérablement, avoir bien de la peine à gagner son existence.
S’en retourner la queue entre les jambes. C’est-à-dire, être honteux, confus de n’avoir pas réussi dans une affaire.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit de quelqu’un qui arrive dans le moment où l’on parle de lui.
À la queue gît le venin. Se dit lorsqu’on redoute la fin d’une affaire, quoiqu’elle se soit montrée sous des auspices favorables.
Il n’y a rien de plus difficile que la queue. C’est-à-dire qu’en toute chose, la fin semble le plus difficile.
On l’a pris par la tête et par la queue. Pour dire on l’a examiné de tous les côtés.
Commencer le roman par la queue. Ne pas suivre l’ordre naturel dans un récit.
Vous n’en verrez ni queue ni oreille. Se dit des choses qui sont absolument perdues.
Se fouetter avec une queue de renard. Vivre délicatement, et feindre de se mortifier.
Il a la queue roide. Locution usitée parmi les marchandes de macreaux ; pour dire, que leur poisson est frais.
Il n’en est pas resté la queue d’un ou d’une. Pour exprimer qu’il n’est rien resté, d’une chose quelconque.
On dit aussi en refusant quelque chose à quelqu’un. Tu n’en auras pas seulement la queue d’une.

Delvau, 1864 : Un des noms du membre viril, fréquemment employé — sans qu’il soit besoin d’expliquer pourquoi, tant le mot est imagé.

Mademoiselle, ma queue est assez levée pour votre service.

D’Ouville.

Je suis comme les poireaux, j’ai la tête blanche et la queue verte.

Tallemant des Réaux

Messire Jean, je n’y veux point de queue !
Vous l’attachez trop bas, messire Jean.

La Fontaine.

L’académicien dit : mon vit. Le médecin : Ma verge. Le curé : mon membre. Une putain : La queue…

L. Protat.

Je viens revoir l’asile où, dans les jours mauvais,
J’exerçais librement les fiertés de ma queue.

A. Glatigny.

Larchey, 1865 : Infidélité galante.

Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers.

Gavarni.

Delvau, 1866 : s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou a un homme par sa maîtresse Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d’une autre femme.

Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, carotte. Argot des soldats. Faire sa queue. Tromper.

Delvau, 1866 : s. f. Reliquat de compte, — dans l’argot des débiteurs. Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s’allonge, s’allonge, s’allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.

Rigaud, 1881 : La suite d’un parti politique, les figurants exaltés d’un parti, ceux qui le compromettent.

La Rue, 1894 : Infidélité faite par un homme à sa femme, ou par une maîtresse à son amant, et réciproquement. Escroquerie. Carotte.

Virmaître, 1894 : Faire une queue à sa femme : la tromper avec une autre et réciproquement. On fait également une queue à un fournisseur, en achetant chez son concurrent. Laisser une queue : ne donner qu’un acompte sur une dette. Se tirer la queue, se… battre (Argot du peuple).

France, 1894 : Membre viril.

En commençant le récit de ces aventures, plus d’un a dit : « L’auteur prend le roman par la queue. » Quand cela serait, je n’aurais fait que ce que font tous les jours vos dames…

(Louis Randal, Un pot sans couvercle)

En la queue et en la fin
Gist de coutume le venin.

(Trésor des sentences)

France, 1894 : Journal qui contient les mêmes matières qu’un autre avec un titre différent.

À Bruxelles, plus d’un journal quotidien compte de quatre à cinq queues, c’est-à-dire qu’il transforme son titre en conservant la même matière de texte on à peu près, er sert ainsi plusieurs catégories d’abonnés.

(Le Figaro)

France, 1894 : Reliquat de compte. Laisser une queue, partir sans régler entièrement ce que l’on doit à un fournisseur.

France, 1894 : Infidélité en amour. Faire une queue, c’est tromper son mari ou sa femme, son amant ou sa maîtresse. On dit plus généralement faire des queues. « Tourne-toi, Monsieur, que je vous fasse une queue », dit une Belge à son protecteur.

— Si tu t’imagines qu’il se gêne pour flanquer des coups de sabre dans le contrat !… Tiens, pas plus tard que cette nuit, il me mitonne une queue plus longue que celle de la Porte-Saint-Martin, depuis qu’on y joue les Chevaliers du brouillard…

(Paul Mananx, Le Megg)

On appelle aussi, dans l’argot musical, faire une queue, une note ou un accord qu’un choriste ou un instrumentiste maladroit fait entendre après tout le monde à la fin de l’exécution d’un morceau d’ensemble.
Couper la queue à son chien, se faire remarquer par des excentricités ; allusion à Alcibiade, le menin du sage Socrate, qui, pour faire parler de lui dans Athènes, employa se procedé.
Faire la queue, attendre à la porte d’un théâtre. Fouiller les poches de ceux qui attendent l’ouverture.

Queue (faire la)

Larchey, 1865 : Escroquer. V. Perruque.

Giromont finissait de compter son argent et disait : le scélérat m’a fait la queue.

E. Sue.

Rigaud, 1881 : Tromper en matière de payement.

Queue (faire une)

Rigaud, 1881 : Pour une femme, c’est tromper son mari ou son amant, par hasard. — Faire des queues, tromper son mari ou son amant par habitude. — Pour un homme marié ou en puissance de maîtresse, c’est courir les filles.

Queue d’un chat (pas la)

Delvau, 1866 : Solitude complète.

Queue de cervelas

La Rue, 1894 : Promenade à la file dans le préau des prisons.

France, 1894 : Promenade à la file, dans le préau des prisons.

Hayard, 1907 : Promenade de prisonniers.

Queue de cervelas (faire la)

Virmaître, 1894 : Promenade dans les promenoirs des prisons (Argot des voleurs). V. Dévidage.

Queue de la poêle (tenir la)

Rigaud, 1881 : Avoir la responsabilité d’une affaire. Avoir la direction d’une maison.

France, 1894 : Avoir la direction d’une affaire.

J’boulott’rais bien, j’aurais d’la moelle
Si j’pouvais t’nir la queu’ d’la poêle.

C’est aussi se trouver dans une situation embarrassante, car, dit Guy Patin, il n’y a pas de plus empêché que celui qui tient la queue de la poêle ; il est plus difficile de conduire une affaire que d’en parler ou de la contrôler.

Queue de la vache

France, 1894 : Poignée du soufflet de forge ; argot des arts et métiers.

Tu tourneras la meule ; tu tireras la queue de la vache.

(A. Roos)

Queue de morue

Rigaud, 1881 : Habit.

Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue, et jura sur son âme qu’il ne le remettrait de sa vie.

(Th. Gautier, Les Jeunes France.)

France, 1894 : Habit noir.

Hier, selon ma coutume,
Toute seule avec mon chien,
Je flânais sur le bitume,
Dans un honnête maintien,
Soudain, au bout de la rue,
Je vois sortir d’un coupé
Un homme en queue de morue…
Ciel ! mon voisin d’à côté !

(Jules Célès)

Rossignol, 1901 : Habit.

Queue de pie

France, 1894 : Habit noir ; allusion aux pans qui offrent quelque ressemblance avec une queue de pie.

Mon gendr’, pour la cérémonie,
A voulu s’ach’ter un chapeau,
Lâcher l’habit noir à queue de pie,
La cravat’ blanche et les gants d’peau.

(E. Carré)

Queue de poêle

France, 1894 : Têtard, allusion à sa forme offrant une certaine ressemblance avec la poêle à rire.

Queue de poireau

Delvau, 1866 : s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est vert. Argot des faubouriens.

France, 1894 : Ruban de la croix du Mérite agricole. C’était autrefois celui des saints Maurice et Lazare, à cause de la couleur verte.

Queue de poisson (finir en)

France, 1894 : Finir mal, d’une façon insignifiante ou maladroite. Certains articles bons au début se terminent en queue de poisson. C’est aussi un morceau de musique se terminant trop brusquement.

Queue de rat

Larchey, 1865 : Tabatière dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir.

Une de ces ignobles tabatières de bois vulgairement appelées queues de rat.

Ch. Hugo.

Delvau, 1866 : s. f. Bougie roulée en corde, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Tabatière en écorce d’arbre s’ouvrant au moyen d’une longue et étroite lanière.

Merlin, 1888 : Crinière de casque dont les crins deviennent rares.

France, 1894 : Tabatière de bois dont on tire le couvercle au moyen d’un petit cordon de cuir.

Au dîner (c’que l’vin vous fait faire !
Voyez un peu si j’suis distrait !)
Mathieu m’demand’ la poivrière,
Au lieu d’y passer c’qui voulait,
J’y tends ma queue d’rat qu’était pleine ;
Aussi distrait qu’moi, v’là Mathieu
Qui met l’tabac dans sa julienne.

(E. Carré)

Couper une queue de rat, voler une bourse.

France, 1894 : Bougie mince roulée en corde

Queue de renard

Larchey, 1865 : Trace de vomissement. V. Renard.

Larchey, 1865 : Longue trace de vomissement.

Un homme sans éducation qui a fait une queue de renard dans le plat de son voisin.

Cabarets de Paris, 1821.

Delvau, 1866 : s. f. Témoignages accusateurs d’un dîner mal digéré. Argot du peuple.

France, 1894 : Vomissement qui laisse une longue et épaisse traînée.

Queue de veau

France, 1894 : Sobriquet donné à la ville de Brie-Comte-Robert.

Queue de vin

France, 1894 : Mesure et jauge de Dijon content deux muids ou poissons.

Le muid contient deux fillettes ; la fillette neuf setiers, le setier huit pintes ; par ainsy la queue contient 288 pintes.

(Coustumes générales)

Queue leu leu (à la)

France, 1894 : À la suite l’un de l’autre. Marcher à la queue leu leu. Leu est le vieux français pour loup.

Non content d’insulter les accusés, de leur prodiguer ces épithètes de « misérables », de « bandits » qui font partie du bagage oratoire, il s’est livré à une débauche de sentimentalité et de religiosisme digne de Joseph Prudhomme. On a entendu défiler à la queue leu leu tous les clichés accoutumés : « le doigt de la Providence », « la justice de Dieu », « la violation des lois divines et humaines », et le procureur a couronné ce beau morceau par la plus grotesque des invocations au « feu du ciel. »

(Émile Richard)

Queue romantique

Larchey, 1865 : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 1751 paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un recueil complet de ces stériles tours de force. C’est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.

Queue rouge

Delvau, 1866 : s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais, — dans l’argot des coulisses. Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.

Queue-leu-leu (à la)

Delvau, 1866 : adv. L’un après l’autre, en s’entre-suivant comme les loups.

Queue-rouge

Larchey, 1865 : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge.

Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue-rouge au comédien.

De la Fizelière.

France, 1894 : Jocrisse, paillasse de foire ; allusion à la perruque rouge à queue que portent ces artistes.

Queues

Delvau, 1866 : s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu, — dans l’argot des typographes, dont c’est le javanais. Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l’on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peutêtre plus clair que ma définition. Quelqu’un dit, à propos de quelque chose : « Je la trouve bonne. » Aussitôt un loustic ajoute d’enfant, puis un autre ticide, puis d’autres de Normandie, — t-on — taine — ton ton — mariné — en trompette — tition — au Sénat — eur de sanglier — par la patte — hologie — berne — en Suisse — esse — vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent : Bonne d’enfant, — infanticide, — cidre de Normandie, — dit-on, — ton taine ton ton, — thon mariné, — nez en trompette, — pétition au Sénat, — hure de sanglier, etc.

Queues (faire une ou des)

Delvau, 1864 : Tromper son amant avec un autre homme, lorsqu’on est femme ; trahir sa maîtresse pour une autre femme, lorsqu’on est homme.

Ah ! oui, je sais… c’est pour l’autre jour, avec ta madame Machin, que vous avez été à Meudon me faire des queues.

Henry Monnier.

Queuiste

France, 1894 : Individu qui s’assure d’une place à la porte d’un théâtre, y fait queue et vend cette place à un retardataire.

Il y a les queuistes de profession pour qui la place tenue est un gagne-pain… choisir dans la queue est encore une science difficile, les toutes premières places ne sont pas forcément les meilleures. Les plus courues sont celles où l’on peut s’appuyer, s’asseoir, les encoignures, les pas de portes, les bornes… N’est pas queuiste qui veut.

(Richepin, Le Pavé)

Queulotteil

France, 1894 : Ouvrier flâneur et maladroit.

Queulotter

France, 1894 : Passer son temps à des riens, baguenauder, bricoler.

France, 1894 : Culotter.

Queumeu

France, 1894 : Crème composée de lait, d’œufs et de farine dont, dans le Bassigny, on recouvre les tartes. (Arthur Dagain)

Queupe

France, 1894 : Bout de planche : pales vosgien.

Queussi-queumi

d’Hautel, 1808 : Pour dire ni bien ni mal, cahin caha ; absolument de même.

Queuter

La Rue, 1894 : Se mettre à la queue.

France, 1894 : Faire la queue, se mettre à la file.

France, 1894 : Jouer au billard.

Mais, le soir et les jours suivants, ils le revoyaient immuablement sereins, mouillant son absinthe et queutant comme si nulle calamité ne lui était survenue.

(Camille Lemonnier)

Queutif

Hayard, 1907 : Ardent en amour.

Queuveuille

France, 1894 : Litière ; palois vosgien.

Qui

d’Hautel, 1808 : Un je ne sais qui. Se dit par mépris d’un homme obscur et de néant.

Qui a du onze corbeau ?

France, 1894 : Question que se font les typographes, pour annoncer l’arrivée d’un prêtre ou d’un frère ignorantin dans l’atelier.

Qui à du onze corps-beau ?

Delvau, 1866 : Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l’entrée d’un prêtre dans l’atelier. Même argot [des typographes].

Virmaître, 1894 : Quand un curé entre dans un atelier de composition, cette question salue son apparition. On répond en chœur :
— Ache (Argot d’imprimerie).

Qui a l’âne le tienne par la queue

France, 1894 : Conseil campagnard à qui possède de garder son bien.

Qui a la barbe

Hayard, 1907 : Ivre.

Qui a le trac, qui la connaît

Hayard, 1907 : Malicieux, malin.

Qui aime Bertrand aime son chien

France, 1894 : Quand on aime quelqu’un, on doit aimer tout ce qui lui appartient. Ce dicton se retrouve chez les Latins : Quisquis amat dominum, diligit catulum (Qui aime le maître, aime le chient).

Qui aime bien châtie bien

France, 1894 : Voir Qui bene amat.

Qui aime vilement s’avilit

France, 1894 : Ce dicton toujours vrai — car l’amour pour des êtres vils entraine aux viles actions — est une réminiscence des temps chevaleresques où le mépris entourait tout chevalier ou tout noble qui prenait pour épouse une femme de basse condition, une vilaine. Soit application est maintenant plus étendue.

Qui attend l’écuelle d’autrui a souvent mal dîné

France, 1894 : Ne jamais compter que sur soi.

Qui bene amat bene castigat

France, 1894 : « Qui aime bien châtie bien. » Latinisme qu’on retrouve dans toutes les langues. Bien labeure (travaille) qui chastoit son enfant, dit encore un ancien proverbe. Mais il paraît que le vieux mot chastier ne signifiait pas battre, mais élever, endoctriner, ce qui change complètement le sens de la phrase. Un proverbe hébreu dit : Épargner le bâton à son enfant, c’est de haïr. Dans les Nuées d’Aristophane on lit : « Battre ce qu’on aime est l’effet le plus naturel de tout sentiment d’affection : aimer et battre ne sont qu’une même chose ». Les Allemands disent : « Freundes Schlæge, liebe Schlæge » (Coup d’ami, coup chéri). Les femmes moscovites, des Albanaises mesurent, dit-on, l’affection de leurs maris à la pesanteur de leurs bras et à la violence de leurs gifles. D’après un troubadour, il en était de même des filles de Montpellier :

Les châtaignes au brasier
Pêtent quand ne sont mordues ;
Les filles de Montpellier
Pleurent quand ne sont battues.

Enfin, l’on sait que les fustigations d’Abélard faisaient les délices de la tendre Héloïse.

Qui chante vendredi, dimanche pleurera

France, 1894 : Le vendredi étant le jour où Jésus mourut sur la croix, est, aux yeux des dévots, un jour de deuil. L’on ne doit donc ni chanter, ni rire ce jour-là ; et, si l’on s’amuse, on sera puni le dimanche. Mais, au lieu de gémir le vendredi, les humains devraient le fêter, car c’est, suivant une autre légende, le jour de la naissance de Vénus, dont il porte le nom, Veneris dies, et, dans le monde, il y a plus de sectateurs de la déesse de l’amour que de fidèles du Christ, puisque tout ce qui vit et respire se courbe sous les lois de la déesse qui sortit de l’onde. François Ier le pensait ansi ; il affirmait que tout lui réussissait le vendredi. C’était aussi le jour de prédilection de Henri IV, parce que ce fut ce jour qu’il vit pour la première fois la belle marquise de Verneuil, la plus chérie de ses maîtresses, après Gabrielle d’Éstrées. Sixte-Quint affectionnait le vendredi. Il lui rappelait sa naissance, sa promotion au cardinalat, son élection à la tiare, son couronnement. Le Calendrier des bons laboureurs pour 1618 n’est pas d’accord sur les mérites ou les démérites du vendredi :

Vendredi de la semaine est
Le plus beau ou le plus laid.

Qui compte sans son hôte compte deux fois

France, 1894 : Si l’on ne veut pas recommencer un compte, il faut l’établir avec la personne qui y est aussi intéressée. « Les fréquents démêlés des voyageurs avec leurs hôtes, dit Didier Loubens, quand il s’agit de régler l’addition, ont dû donner lieu à ce proverbe. »

Qui dort dîne

France, 1894 : En dormant, on s’engraisse aussi bien qu’en mangeant. En dormant, on oublie sa faim. Le proverbe latin dit : Quand le renard a faim, il s’endort (Esurienti vulpi somnus obrepit).

Qui en tient une couche

Hayard, 1907 : Bête.

Qui est sine peccato…

France, 1894 : « Que celui qui est sans péché… » Allusion aux paroles de Jésus pour défendre la femme adultère contre les pharisiens : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. Ces paroles s’adressent ironiquement à tous les pontifes pudibonds, aux pères la Pudeur qui poursuivent chez les autres ce qu’ils pratiquent en secret.

Qui est-ce qui vous demande l’heure qu’il est ?

Delvau, 1866 : Phrase du même argot [du peuple], souvent employée pour répendre à une importunité.

Qui fit Normand fit truand

France, 1894 : Il faut, pour se rendre compte de ce dicton injurieux pour les Normands, savoir que le mot trus signifiait tribut, péage, impôt, de sorte que quand, ce qui arrivait souvent, des gens étaient écrasés, ruinés par les impôts et réduits à la mendicité, ou les appelait des victimes du trus, des truands. Or, de toutes les provinces de France, la Normandie fut la plus accablée d’impôts précisément à cause de sa fertilité.

Si bonne n’estoit Normandie,
Saint Michel n’y serait mie,

dit un proverbe du XVIIe siècle.
Les Normands devinrent donc les imposables par excellence, les contribuables sur lesquels le roi où les seigneurs tiraient à pleines mains, les truands enfin.
Cependant l’épithète est restée comme injure et la malice de nos pères s’est exercée largement contre les descendants de ces descendants de conquérants venus du Nord : « Si le Normand n’exerce la piraterie en mer, il l’exerce en terre », ont-ils dit avec bien d’autres dictons malsonnants. En voici quelques-uns :

Gars normand, fille champenoise,
Dans la maison toujours noise.
   Le Normand trait l’orient et l’occident.
Roux François, noir Anglais, et Normands de toute taille, ne t’y fie si tu es sage.

Qui habet aures audienti audiat

France, 1894 : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » Locution latine tirée de la Bible, répondant à notre expression : « À bon entendeur, salut ! »

Qui hume le tronc du moustier est tout au diable

France, 1894 : Vieil adage qui fait allusion à l’avarice des moines qui prisaient par-dessus tout l’argent et allaient flairer chaque soir aux troncs de leur couvent.

Qui m’aime me suive

France, 1894 : C’est à Cyrus, suivant Montaigne, qu’il faut attribuer le premier ce mot tant de fois répété. Ce prince exhortait ses soldats en disant : « Qui m’aime me suive ! » Le roi de France, Philippe VI, le répéta avant d’entreprendre la guerre contre les Flamands. Comme son conseil il n’approuvait pas cette guerre, il s’adressa au connétable Gaucher de Châtillon : « Et vous, connétable, que pensez-vous de ceci ? Croyez-vous qu’il faille attendre un temps plus favorable ? — Sire, répondit Châtillon, qui à bon cœur a toujours le temps à propos. » Le roi courut embrasser le connétable et s’écria : « Qui m’aime me suive ! » Enfin le même mot est attribué à François Ier, le jour de la bataille de Pavie.

Qui met la nappe est le plus foulé

France, 1894 : Celui qui donné à manger a le plus de frais et de peine.

On porte son dîner et son souper tellement que l’hoste n’est point foulé, sinon qu’il met la nappe.

(Contes de Desperrier)

Qui moult se mire peu file

France, 1894 : Ce vieux dicton, toujours vrai, date de la quatrième croisade d’où les croisés rapportèrent d’Orient des miroirs de glace étamée jusqu’alors inconnus en Europe, où l’on ne se servait que de miroirs en métal poli. Ces glaces, fabriquées à Sidon, eurent un tel succès près des dames et châtelaines qu’elles abandonnèrent pour la plupart fuseaux et rouet pour s’admirer. Venise perfectionna les miroirs de Sidon, et plus tard la fabrique de Saint-Gobain, établie en 1690 en Picardie, surpassa celle de Venise.

Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son

France, 1894 : Allusion aux personnes, et elles sont nombreuses, qui prêtent une oreille complaisante aux médisances et aux calomnies faites sur une autre personne, sans entendre ce qui pourrait la justifier. L’équité voudrait qu’on entendit l’autre cloche. C’est ce que Corneille a exprimé en ces vers :

Quiconque, sans l’ouïr, condamne un criminel,
Son crime eût-il cent fois mérité le supplice,
D’un juste châtiment, il fait une injustice.

Hear both sides, écoutez des deux côtés, disent les Anglais.

Qui ne risque rien n’a rien

France, 1894 : Mot des audacieux, et rien n’est plus vrai ; car il est faux que la Fortune vienne trouver l’homme dans son lit. Aux aventureux seuls elle est favorable. Et si souvent on ne la rencontre pas en courant le monde, on a, du moins., la satisfaction d’avoir osé et vécu. C’est ce qu’on devrait prêcher aux jeunes générations françaises trop portées au servilisme administratif et aux carrières abrutissantes et médiocres de la bureaucratie. Les Anglais ont un dicton plus expressif :

Far better to have run and lost
Than never to have run at all.

« Mieux vaut avoir couru et perdu que n’avoir pas couru du tout. »

Qui refuse, muse

France, 1894 : Il s’agit, dans cette expression, non de refuser de l’argent ou un service à qui en demande, mais une offre, une proposition qu’on pourrait ou devrait accepter. En refusant, on s’expose à muser, c’est-à-dire à perdre inutilement son temps à demander dans la suite ce que l’on vous a offert.

Refuser ce qu’on offre est bon à faire aux fous,

dit Molière.

Qui se contente assez a

France, 1894 : L’homme satisfait de peu a toujours assez. Regnard, dans le Joueur, a plaisamment mis dans la bouche du valet de Valère cette fumisterie de Sénèque :

Tous les biens d’ici-bas sont faux et passagers,
Leur possession trouble et leur perte est légère,
Le sage gagne assez, quand il peut s’en défaire.

Et plus loin :

Que faut-il à la nature humaine ?
Moins on a de richesse et moins on a de peine ;
C’est posséder les biens que savoir s’en passer.

Il est bon de rappeler que c’est sur une table d’or, entouré de tout le luxe des opulents patriciens, que le précepteur de Néron écrivait sur le mépris des richesses.
On disait aussi : Assez y a, si trop n’y a.

Qui sorgue à la paire

Hayard, 1907 : Sans domicile.

Qui tacet consentit

France, 1894 : Qui ne dit mot consent. Cette locution latine était rendue ainsi dans le vieux français : Octroye qui mot ne dit.

Qui terre a, guerre a

France, 1894 : Tout propriétaire est exposé aux procès.

Qui trop embrasse mal étreint

France, 1894 : Il ne faut pas entreprendre trop de choses à la fois ; celui qui tient trop d’objets ne peut les embrasser tous. Vieux dicton.

Mais d’embrasser tant de matières
En un coup, tout n’est pas empraint,
Qui trop embrasse mal estraint.

(Coquillard)

Qui va à la chasse perd sa place

France, 1894 : Celui qui abandonne son emploi, pour se procurer du plaisir, est exposé à le perdre. « Empereur chasseur, dynastie perdue », disent les Chinois. La chasse devient, en effet, une passion qui absorbe toutes les autres, et c’est une des moins excusables, car c’est un restant de barbarie. Tuer sans danger des êtres inoffensifs pour le seul plaisir de tuer, car, dans les hécatombes des chasses royales où présidentielles, c’est la seule rage de détruire qui pousse le chasseur, est un plaisir de brute. Allez chasser le tigre et le lion, ridicules massacreurs de lapins !

Qui va bête à Paris n’en revient que plus bête

France, 1894 : Dicton en usage dans nombre de provinces, qui peut être le synonyme de cet autre : À vouloir blanchir un nègre, on perd son savon.

Eh ! pauvre fanfaron, grave-le dans ta tête ;
Qui va bête à Paris n’en revient que plus bête.

(Jean-Baptiste Coye)

Qui va là ! (donner le)

Rigaud, 1881 : Délivrer un passe-port. — Exhiber un passe-port.

Qui va là (donner le)

France, 1894 : Demander les papiers, le passeport.

Qui vanne sans son ressemble à Babion

France, 1894 : Ce vieux dicton, que l’on répète encore en certaines provinces, sans en connaître l’origine, signifie qu’il ne faut pas faire de choses inutiles comme le nommé Babion, prêtre païen d’une comédie du XIIe siècle (Comedia Babionis), qui, devenu éperdument amoureux de sa pupille, la jeune Viola, la… viola, peut-être avec le consentement d’icelle, mais ayant eu son chien témoin de l’accident, le bourrait de friandises et des meilleurs morceaux de sa table, pour qu’il gardât le secret des choses qu’il avait vues.

Qui vient de loin a beau métier

France, 1894 : Il est difficile de contrôler les récits plus ou moins véridiques des voyageurs. Le dicton faisait allusion aux aventures de voyages avant la vapeur et l’électricité, où les voyageurs prenaient plaisir, soit par vantardise, soit pour se jouer des lecteurs ou des auditeurs, à raconter les histoires les plus fantastiques. Maintenant tout peut facilement être contrôlé.

Les voyageurs (a beau mentir qui vient de loin, dit le proverbe) assurent avoir visité des pays où l’amour hospitalier se pratique plus qu’en public, en famille ! L’hôte, assurent-ils, se voit environné d’un cercle sympathique, composé du père, de la mère, des aïeux et des frères, et même des sœurs jalouses qui s’intéressent à son plaisir.

(Émile Bergerat)

Qui voit ses veines voit ses peines

France, 1894 : Les veines des mains des rudes travail leurs sont plus gonflées et plus noires que celles des oisifs, parce que les tissus du travailleur s’usent davantage et que, obligé de faire des efforts de respiration, il absorbe plus d’oxygène, lequel, par sa combinaison avec l’acide carbonique, donne la couleur noire au sang veineux. Par suite, les veines sont plus visibles. Il en est de même des personnes débilitées, malades, qui voient aisément leurs veines sur leurs mains maigres et transparentes.

Qui-qui

Virmaître, 1894 : Le col.
— Si tu rebiffes, je vais te serrer le qui-qui. (Argot du peuple).

Qui-va-là

Delvau, 1866 : s. m. Passeport, — dans l’argot des faubouriens.

Qui-va-vite

Delvau, 1866 : s. f. Ventris fluxus, courante, — dans l’argot des bourgeois.

Quia

d’Hautel, 1808 : Être à quia, mettre à quia. Être dans un état misérable, dénué de ressource ; être réduit au silence ; ne savoir plus que dire.

Quia (à)

France, 1894 : On dit de quelqu’un qu’il est à quia lorsqu’il ne sait plus que répondre, qu’il est à bout d’arguments. Quia signifie en latin parce que.

Quia nominor leo

France, 1894 : « Parce que je m’appelle lion. » Expression tirée d’une fable de Phèdre, appliquée à celui qui veut abuser de son autorité, de sa force.

Quiaulin, quiauline

France, 1894 : Sobriquet donné dans les environs d’Issoudun et de Châteauroux aux habitants du sud du bas Berry et des frontières de la Marche où l’on se sert d’attelages de bœufs pour la culture et où les laboureurs quiaulent pour soutenir l’allure de leurs bêtes. Par extension, ou appelle quiaulin un paysan à l’air naïf, benêt.

Quibus

d’Hautel, 1808 : Du quibus. Pour dire des espèces, de l’argent monnoyé.

Larchey, 1865 : « Il a du quibus, c’est à dire des écus, de quibus fiunt omnia. »

Le Duchat, 1738.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Argent.

Vlà qu’un jour que le quibus répondait à l’appel, je dis à Manon la noceuse…

(Charrin, Une nuit bachique, chans.)

La Rue, 1894 : Argent.

France, 1894 : Argent. D’après Ch. Nisard, quibus serait une corruption du bas latin cuignus, type auquel on frappait la monnaie.

Qui a de quoy tousjours est honoré
De toute gent en chascune saison ;
Car devant tous il sera préféré ;
Sans de quibus, il va à reculon.

(Le Débat de l’homme et de l’argent)

Voici les différentes expressions argotiques pour désigner le « vil métal » : des achetoires, de l’affure, de l’artiche, de l’as, de l’atout, de l’auber, — du bath, du beurre, des billes, de la bougie, de da braise, — du carle, du carme, du cé, de ce qui se pousse, du cercle, — de la dole, de la douille, — des faces, du foin, — de la galette, du gallos, de la galtouze, du gras, du graissage, de la graisse, — de l’huile, de l’huile de main, — des jaunets — du métal, de la miche de profondes, du michon, des monacos, des monnerons, de la mornifle, des mouscaillons, — du nerf, des noyaux, — de l’oignon, de l’oignon pèse, de l’onguent, de l’os, de l’oseille, — des patards, de la pécune, des pépettes, des pépins, du pèze, des pedzoles, des picaillons, des piestos, du plâtre, des plombes, des pimpoins, du pognon, du pouiffe, du poussier, — du quantum, du de quoi, — du radin, des radis, des rouscaillons, — du sable, de la sauvette, du sine qua non, du sit nomen, des soldats, des sonnettes, des sous, — de la vaisselle de poche, — du zing, des zozottes.

Quiche

France, 1894 : Galette lorraine faite avec de la crème où du fromage ; on y ajoute quelquefois du lard ; de l’allemand kuchen, gâteau.

La quiche est le prélude obligatoire de tout déjeuner lorrain ; elle y tient lieu d’huîtres et doit se manger brûlante et arrosée de vin blanc.

(J. Renauld)

France, 1894 : Sommet, cime. Métathèse de chique, sommet. (H. Labourasse)

Quiche de bique

France, 1894 : Gué. Quiche de givre, laiteron doux.

Quid deceat, quid non

France, 1894 : « Ce qui convient, ce qui ne convient pas. » Expression latine tirée de l’Art poétique d’Horace, indiquant de garder le bon et de supprimer le mauvais, précepte qui s’applique non seulement aux vers, mais aux choses de la vie.

Quid juris ?

France, 1894 : « Que dit le droit ? » Formule des gens de loi.

Quid novi ?

France, 1894 : « Quoi de nouveau ? »

Quid prodest ?

France, 1894 : « À quoi bon ? » Locution latine.

Quidam

d’Hautel, 1808 : Pour dire un étranger, un inconnu, un homme dont on veut taire le nom.

Quif-quif

France, 1894 : Voir Kif-kif.

Quige proys (la)

France, 1894 : Les testicules.

Quiger

France, 1894 : Aquiger.

Quignon

d’Hautel, 1808 : Un quignon de pain. Pour un gros morceau de pain.

Delvau, 1866 : s. m. Gros morceau de pain.

France, 1894 : Gros morceau de pain.

Quille

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Ma tante dessus ses vieux ans
À voulu gouster de la quille
Et s’est faict enfler le devant
D’un petit fils et d’une fille.

(Chantons folastres.)

Si fussiez allé chaque jour,
Pendant qu’Alix était fille,
Planter en son jardin la quille,
À l’envoi chacun eut crié !

Jodelle.

Elles tâchent toujours d’abattre la quille du milieu.

Tabarin.

Larchey, 1865 : Jambe. En 1455 les gueux ou coquillards de Dijon se servaient déjà du mot quilles dans le même sens. La chose nous est prouvée par un texte curieux qu’a publié l’archiviste de la Côte-d’Or, M. Garnier.

La madame du pavillon qui met ses bas ! — Plus que ça de quilles !

Gavarni.

Quiller

Delvau, 1866 : v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu’un qui s’enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Remettre à leurs places respectives les quilles abattues au jeu de la poule, au billard. Quillez donc, vous autres ! Chacun son tour de quiller.

Rigaud, 1881 : Éprouver des désirs amoureux.

France, 1894 : Tirer, viser, taper.

Non, non, je n’irai pas grossir cette bande de parlementaires, qui m’ont tout l’air d’être pourris jusqu’aux moelles et qui ont singulièrement accéléré, depuis vingt ans, la décadence de mon malheureux pays. Moi, député ! Non, mais me voyez-vous me vautrant dans « le sein de la commission » et quillant sur les ministres comme sur les poupées du jeu de massacre, à la foire de Neuilly ?

(François Coppée)

France, 1894 : Lancer des pierres.

Hayard, 1907 : Battre.

Quiller à l’oie

Delvau, 1866 : v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu’un, — par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d’années. Argot du peuple.

France, 1894 : Lancer sa canne où une pierre à quelqu’un. Allusion au jeu cruel dans certaines campagnes où une brute à deux pieds, les veux bandés, cherche à frapper à coups de bâton une oie pendue par les pattes.

Quilles

d’Hautel, 1808 : Pour jambes.
Il est planté là comme une quille. Se dit par raillerie d’un homme qui reste debout, sans savoir quelle contenance tenir.
On lui a donné son sac et ses quilles. C’est-à-dire, on lui a donné son compte, on l’a chassé.

un détenu, 1846 : Jambes. Jouer des quilles : s’évader, fuir.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Jambes, — dans le jargon des gens pour qui la tête est une boule. — Jouer des quilles, décamper.

Inutile de jouer des quilles, mon vieux.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

La Rue, 1894 : Jambes.

France, 1894 : Jambes.

Pendant la répétition d’un ballet, quelques figurantes, adolescentes aux formes grêles, font des pointes et des entrechats. Le petit chien de l’une d’elles s’aventure sur la scène :
— Malheureux ! s’écrie le régisseur, sauve-toi, tu te risques dans un jeu de quilles.

   La femme en tartane blanche,
   Avec ses quilles en fuseau,
   Fait des manières, se déhanche
   Et grimace avec son museau.

(Jacques Rédelsperger)

Les synonymes argotiques sont : ambes, allumettes ; bâtons de cire, de tremplin ; chevaux à double semelle ; cotrets ; échalas, échasses ; flûtes ; gambettes, gambilles, gigues, guibes, guibolles, guibonnes ; merlins ; train numéro 11, trimoises, tuyaux.

Quimpé

Halbert, 1849 : Tombé.

Quimper

Halbert, 1849 : Tomber.

Delvau, 1866 : v. n. Tomber, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Tomber.

Virmaître, 1894 : Tomber (Argot des voleurs).

France, 1894 : Tomber ; argot des voleurs, pour quamper. Quimper la lance, uriner.

Quimper la lance

Delvau, 1866 : v. a. Meiere. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Uriner.

La Rue, 1894 : Uriner.

Quines

Rossignol, 1901 : Dents.

Quinquet

d’Hautel, 1808 : Espèce de lampe ainsi nommée du nom de son inventeur. Vulgairement ce mol se prend pour la vue, les yeux ; ainsi pour exprimer qu’une personne est borgne, on dit qu’Il lui manque un quinquet ; qu’elle n’a plus qu’un quinquet.

Larchey, 1865 : Œil brillant (Vidocq, 1837) comme la lampe Quinquet qui passa en son temps pour un phénix de lumière. On dit : Quelle paire de quinquets ! V. Esbrouffer.

Virmaître, 1894 : Les yeux. La marmotte allume le pante du quinquet (Argot des souteneurs). V. Chasses.

Quinquets

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les yeux, — dans l’argot des faubouriens. Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés. Allumer ses quinquets. Regarder avec attention. Éteindre les quinquets. Crever les yeux.

Rigaud, 1881 : Yeux. Allumer ses quinquets, regarder.

La Rue, 1894 : Yeux. Quinquets de verre, lunettes.

France, 1894 : Yeux.

À Bayonne, il y avait, tout près de la cathédrale, rue Contrescarpe, le 32, dont on renouvelait le personnel chaque mois, des petites Espagnoles qui sortaient de nourrice, avec des dents de chien, des accroche-cœurs aussi noirs que leurs sacrés quinquets. Ça ne parlait pas français, mais ça travaillait consciencieusement.

(René Maizeroy)

De la femme du cantinier
J’ai vu les jolis quinquets…
Il n’est pas un seul troubade
De n’importe quelle escouade
Qui n’ait vu les beaux quinquets
De la femme du cantinier.

(Chant de route)

Allumer ses quinquets, regarder attentivement. Éteindre les quinquets, fermer les yeux, dormir. Faux quinquets, lunettes. Avoir une paire de quinquets, avoir des yeux brillants.

Rossignol, 1901 : Yeux.

Hayard, 1907 : Yeux.

Quinquin

France, 1894 : Diminutif de kind, mot flamand qui signifie enfant, par suite, petit enfant, enfançon.

Dors, min p’tit quinquin,
Min p’tit pouchin,
Min gros rojin,
Te m’fras du chagrin
Si te n’dors point qu’à demain.

(Desrousseaux, Le P’tit Quinquin)

Quint

France, 1894 : Cinquième partie d’une terre vendue payée sous l’ancien régime au seigneur, soit par l’acheteur, soit par le vendeur, suivant les localités, soit par les deux à la fois. L’impôt a maintenant remplacé le seigneur.

Quinte et quatorze

La Rue, 1894 : Syphilis.

France, 1894 : Syphilis.

Avoir quinte et quatorze, dit Alfred Delvau, c’est n’avoir pas su écarter la dame de cœur, ou plutôt la dame de pique.

Rossignol, 1901 : Voir plombé.

Quinte et quatorze et le point

Virmaître, 1894 : V. Plombé.

Quinte major

Rigaud, 1881 : Soufflet bien appliqué ; allusion à la quinte majeure.

Je suis bien tenté de te bailler une quinte major, en présence de tes parents.

(Molière, La Jalousie du barbouillé, scène V. — 1663.)

Quinte mangeuse

Rigaud, 1881 : Quinte majeure, au jeu de piquet, — dans le jargon des ouvriers. Quinte mangeuse portant son point dans les vitriers, quinte majeure à carreau.

Quinte-et-quatorze

Delvau, 1866 : s. m. Mal au traitement duquel est affecté l’hôpital du Midi. Avoir quinze-et-quatorze. N’avoir pas su écarter la dame de cœur, — ou plutôt la dame de pique.

Quinte, quatorze et le point

Rigaud, 1881 : Gros lot embarrassant gagné à la loterie de Cythère.

France, 1894 : La syphilis en ses formes variées. Tout ce que peut octroyer à un pauvre diable une Vénus malsaine. C’est, comme l’expression précédente, une allusion au jeu du piquet où celui qui fait quinte, quatorze et le point a gagné.

Au restaurant du Sept de pique,
Après s’être bien rincé l’bec,
Les dam’s dir’nt : Pour payer l’piqu’-nique,
Jouons une partie en cinq sec.
Elles se mir’nt à jouer la bataille,
La manill’, l’écarté, l’boston ;
Les rois, en leur prenant la taille,
Leur prenaient aussi l’manillon.
Charl’s disait, fier comme un Romain :
J’prends la fille et j’passe la main ;
Alexandr’, tout en abattant,
Dit : Je tire à cinq, amer enfants.
La reine Pallas s’met à crier :
Y a maldonn’, c’est a r’commencer !
David répond : J’vais pas plus loin,
Car j’ai quinte, quatorze et l’point.

(Les Chansons et Monologues illustrés)

On dit aussi, quand, en dépit des précautions ordinaires, le virus a pénétré : Quinte, quatorze, la capote et le point.

— Mais, mon garçon, vous êtes malade !
— Moi, non, Monsieur le major, répond en balbutiant le troubade.
— Comment, non ? Sacré nom de Dieu ! t’en as eu pour ton argent : Quinte, quatorze, la capote et le point…

Quintette

Delvau, 1866 : s. m. Le cinq, — dans l’argot des joueurs de dominos.

France, 1894 : Cinq aux dominos.

Quinze

d’Hautel, 1808 : Celui-là vaut quinze. Pour dire ceci est remarquable, je m’en souviendrai.
Faire passer douze pour quinze. Abuser de quelqu’un, tromper sa crédulité.
Faire quatorze lieues en quinze jours. Se dit par raillerie d’un homme qui marche très-lentement.
Il lui donneroit quinze et bisque. Pour, il lui est bien supérieur.

Quinze ans et pas de corset

Larchey, 1865 : Se dit en parlant d’une femme dont les appas ont la fermeté de la jeunesse. Employé souvent avec ironie.

Rigaud, 1881 : C’est une insinuation féminine qui voudrait dire : Jeune et solide de la ceinture en haut, et que les gens d’expérience traduisent par : ni jeune ni solide.

Quinze ans, toutes ses dents et pas de corset !

Delvau, 1866 : Phrase souvent ironique de l’argot des faubouriens, qui remploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.

Quinze broquilles

Halbert, 1849 : Un quart d’heure.

La Rue, 1894 : 15 minutes, quart d’heure.

France, 1894 : Un quart d’heure, littéralement quinze minutes ; argot des voleurs.

Quinze cents balles (les)

Merlin, 1888 : Les engagés conditionnels.

Quinze cents francs

Rigaud, 1881 : Volontaire d’un an. Il paie quinze cents francs pour son année ; tandis que les autres, les volontaires de cinq ans, ne paient rien du tout ; ce qui n’est pas précisément correct au point de vue démocratique.

France, 1894 : Sobriquet donné aux volontaires d’un an qui payaient 1,500 francs à l’État.

Quinze et bisque (donner)

France, 1894 : Être supérieur dans une chose, rendre des points.

Quinze francs le cent

France, 1894 : Voyageur d’impériale ; argot des cochers.

Quinze joies du mariage (les)

France, 1894 : Expression employée ironiquement pour désigner les déceptions, les contrariétés inhérentes à l’état conjugal. Un livre attribué à l’auteur du Petit Jehan de Saintré, Antoine la Sale, paru vers le milieu du XVe siècle, a sans doute donné naissance à cette antiphrase. Il y est dit dans la préface : « Celles quinze joyes de mariage sont les plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer. »

Ma mère, qu’est-ce que se marier ?
— Ma fille, c’est filer, enfanter et pleurer.

(Dicton provençal)

Les dictons français de même genre sont nombreux. Citons-en quelques-uns :

Le jour où l’on se marie est le lendemain du bon temps.
Qui se marie fait bien et qui ne se marie pas fait mieux.
Qu’on se marie ou non, l’on a toujours à s’en repentir.
Qui se marie se met la corde au cou.
Qui se marie s’achemine à faire pénitence.
Nul ne se marie qui ne s’en repente.
Un bon mariage se fait d’un mari sourd et d’une femme aveugle.
Mariage et pénitence ne font qu’un.
En mariage trompe qui peut.
Mariage, tombeau de l’amour.
Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché mortel.
Mariage et pendaison vont au gré de la destinée.
Mariage et malheur tout en un jour.
Aujourd’hui marié, demain marri.
Homme marié, oiseau en cage.
Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues sont bonnes, mais les autres ne valent rien.

Tous ces dictons émanent évidemment de gens mal mariés ou de cocus.

Quinze sainte-Barbe (La)

France, 1894 : Fête des mineurs qui tombe la dernière quinzaine de novembre et pendant laquelle, pour pouvoir gagner de quoi fêter la sainte, ils descendent dans la mine à 3 heures du matin pour ne remonter qu’à 6 heures du soir. Pendant cette quinzaine, ils ne voient donc pas le jour.

Hélas ! le coup de collier de la quinz’ Sainte-Barbe est tellement dans les mœurs des houilleurs qu’ils réclameraient si la Compagnie — être impersonnel qui, pour eux, équivaut au gouvernement — ne leur permettait pas de travailler quinze à seize heures par jour, pour avoir plus d’argent et fêter mieux la patronne du métier.
On sait, d’ailleurs, que les fidèles de la vierge chrétienne qu’un père barbare décapita pour la débaptiser, ont en elle une confiance absolue.
Dans la mine, pendant qu’on travaille « pour elle », on ne craint plus le grisou. Il n’est pas rare de voir apporter, durant la fameuse quinzaine, des statuettes de la sainte, qu’on installe dans la mine, et près desquelles on allume des bougies.
Vous entendrez encore des vieux ouvriers affirmer avec conviction que sainte Barbe a le pouvoir d’attendrir le charbon, si bien que ceux qui l’honorent en abattent davantage que les athées qui la dédaignent.

(Basly, La Nation)

Quinze sur la partie (avoir)

France, 1894 : Avoir avant les autres un avantage sur une affaire.

Quinze-reliques

France, 1894 : Sobriquet donné par les soldats du premier empire aux Autrichiens, à cause de leur dévotion et des scapulaires et médailles qu’on trouvait sur les blessés et les morts.

Pour lors, les Autrichiens arrivent et la 32e n’avait point encore enlevé la redoute, et nous n’étions plus que sept, et pour lors nous étions frits, tellement que les Quinze-Reliques dégringolaient déjà en masse et nous tombaient sur le râble que c’en était un vrai plaisir.

(Ernest Capendu, La 32e demi-brigade)

Quinze-vingt

Larchey, 1865 : Aveugle ainsi nommé à cause de l’établissement qui lui sert d’asile à Paris.

Je suis obligé de demander mon chemin comme un quinze-vingt.

La Correctionnelle.

Delvau, 1866 : s. m. Aveugle, — dans l’argot du peuple.

Quinze-vingts (musique de)

France, 1894 : Musique médiocre, comme en exécutent les aveugles des rues.

Quipe

Rigaud, 1881 : Homme d’équipe, — dans le jargon des employés des chemins de fer.

France, 1894 : Homme d’équipe.

Quiproquo

d’Hautel, 1808 : Malentendu. Dieu nous garde d’un quiproquo d’apothicaire et d’un et cœtera de notaire. Voyez Notaire.

Quiquandaine

France, 1894 : Sorte de grand vase en métal dont on se servait dans les ménages pour divers usages, cuvette, bidet, ou chaudron.

Quiquette

France, 1894 : Nom que les petites filles donnent à la verge des petits garçons. On dit aussi quéquette.

Quiqui

Delvau, 1866 : s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d’oies, etc., — dans l’argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels « en font de fameux potages ».

Rigaud, 1881 : Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu’ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.

La Rue, 1894 : Cou. Abattis, os et débris de volaille ramassés dans les ordures et dont les gargotiers font du bouillon.

Virmaître, 1894 : Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures. Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

France, 1894 : Rognures de viandes, détritus ramassés par les chiffonniers dans les ordures et revendus aux restaurateurs à bon marché qui en confectionnent des potages fort appréciés de leur clientèle. Ce nom vient évidement de quiqui, cou, morceau généralement peu estimé et qu’on trouve plus souvent que les cuisses ou les ailes sur les tas d’ordures.

France, 1894 : Le con : on écrit aussi kiki.

France, 1894 : Poulet.

— Hein ? tu fais la traînée, bougre de trognon ! Je t’ai entendue danser d’en bas. Allons, avance ! Plus près, nom de Dien ! et en face : je n’ai pas besoin de renifler ton moutardier. Est-ce que je te touche, pour trembler comme un quiqui ?

(Émile Zola, L’Assommoir)

Rossignol, 1901 : Le cou.

Quiqui (le)

Hayard, 1907 : Le cou.

Quiquiriqui

France, 1894 : Petit coq à la voix perçante. Onomatopée.

Quitourne

Fustier, 1889 : Fenêtre.

Quitourne (allumer la)

France, 1894 : Mettre une lampe allumée derrière le rideau de la fenêtre, pour indiquer aux passants qu’il y a dans la chambre une dame de bonne volonté. Argot des filles.

Quittance

d’Hautel, 1808 : Cela fait quittance. Pour nous sommes quittes. Se dit lorsqu’on a regagné les parties que l’on avoit perdues au jeu, ou que l’on s’est acquitté avec un créancier.
Donner quittance à quelqu’un. Pour, le congédier, ou refuser ses offres.

Quitte

d’Hautel, 1808 : Nous voilà quittes et bons amis. Se dit en soldant un compte avec quelqu’un pour qui on a de l’amitié.
Il en a été quitte pour la peur. Se dit de celui qui s’est retiré sain et sauf, d’un grand péril, d’une mauvaise affaire ; ou qui est revenu d’une grande maladie.
Quitte à quitte. Pour dire que l’on s’est acquitté au jeu, que l’on a regagné son adversaire.

Quitter

d’Hautel, 1808 : C’est aujourd’hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd. Voyez Place.
Il ne quitte rien du sien. Pour, il est ladre et intéressé.
Il n’en quittera rien que par le bon bout. Se dit d’un homme qui s’attache à quelque chose avec opiniâtreté.

Quocter

France, 1894 : Tromper, pour coqueter ; argot des voleurs.

Quod di omen avertant !

France, 1894 : « Que les dieux détournent ce présage ! » Exclamation latine tirée de l’Énéide de Virgile.

Quod erat demonstrandum

France, 1894 : Ce qu’il fallait démontrer. Conclusion des professeurs de mathématiques après une démonstration.

Quod scripsi, scripsi

France, 1894 : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Expression latine indiquant une résolution arrêtée, l’intention de ne pas se dédire.

Quoi

d’Hautel, 1808 : De quoi. Espèce d’interjection interrogative, qui équivaut à plaît-il, et qui marque que l’on n’a pas entendu ce que l’on vous adressoit, qu’on prie de recommencer.
Il n’y a pas de quoi. Pour cela n’en vaut pas la peine ; manière triviale de refuser les remercimens de quelqu’un.

France, 1894 : Masque ; argot des voleurs.

Quoi (de)

France, 1894 : Argent. Le mot est vieux, on le trouve déjà dans une complainte du XVIe siècle :

De quoy nourrist les maquerelles,
De quoy nourrist les maquereaulx ;
De quoy fait vendre les pucelles,
De quoy nourrist les larronneaulx,
De quoy faict maint rapporteur faux,
De quoy pucelles faict nourrisses,
De quoy faict au monde maintz maux
Aux endormys en telz délices.

(Le Caquet des bonnes chambrières)

Quoichier

France, 1894 : Sorte de prunier aux fruits ovales.

Assis côte à côte, près de la croisée ouverte sur un jardinet campagnard, où les quoichiers pliaient leurs branches lourdes de longues prunes violettes…

(André Theuriet)

Quomodo vales !

France, 1894 : Comment allez-vous ? Expression amicale dont se servent, quand ils se rencontrent, les forts en thème.

Quoniam

France, 1894 : Le sexe de la femme : augmentatif du mot en trois lettres ; il n’est plus guère usité bien que, d’après Le Roux, il le fût fort autrefois : « Mot inventé, dit il, pour signifier à mots couverts la nature d’une femme, et qui est fort usité à Paris. »

Quoniam bon train

Delvau, 1866 : adv. Rapidement, avec empressement, — dans l’argot du peuple.

France, 1894 : Vite.

Quoniam, quoniam bonus

Rigaud, 1881 : Gros imbécile. Au XVIIIe siècle on se servait du mot quoniam pour désigner le sexe d’une femme. — Le quoniam bonus dans le sens d’imbécile, n’est qu’un augmentatif d’un mot en trois lettres à peu près semblable.

Quoquante

Halbert, 1849 : Armoire.

Delvau, 1866 : s. f. Armoire, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Armoire, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Armoire.

Virmaître, 1894 : Armoire à glace (Argot des voleurs). N.

France, 1894 : Armoire : du hollandais koker, étui, ou de coquer, mettre.

Quoquard

Halbert, 1849 : Arbre.

Delvau, 1866 : s. m. Arbre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Arbre, — dans le même jargon.

La Rue, 1894 : Arbre.

Virmaître, 1894 : Arbre.
— J’ai planqué la galtouze sous le premier quoquard à gauche de la garnaffe (Argot des voleurs). N.

France, 1894 : Arbre ; argot des voleurs.

Quoque

anon., 1827 : Aussi, même.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Aussi, de même, semblable.

Bras-de-Fer, 1829 : Aussi, même.

Halbert, 1849 : Aussi, même.

La Rue, 1894 : Vous-même (latinisme).

Quoqué

Halbert, 1849 : Pris.

Quoque (tu)

France, 1894 : Toi aussi. Latinisme.

Quoquée

Halbert, 1849 : Prise.

Quoquer

Halbert, 1849 : Trahir.

Quoquerel

Hayard, 1907 : Rideau.

Quoqueret

Halbert, 1849 : Rideau.

Delvau, 1866 : s. m. Rideau — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Rideau, — dans l’ancien argot.

Virmaître, 1894 : Rideau (Argot des voleurs). V. Gueusard.

Quoqueret, quoquérot

France, 1894 : Rideau ; argot des voleurs.

Quoquerot

La Rue, 1894 : Rideau.

Quoquillard

France, 1894 : Œil, même sens que coquillard. S’en tamponner le quoquillard, s’en battre l’œil.

Pour nous autres biffins, nous nous en tamponnons énergiquement le quoquillard, mais n’empêche qu’il nous faut du cœur au ventre ; avant peu il nous faudra montrer ce que valent les troupiers français.

(La Baïonnette)

Quoquille

Halbert, 1849 : Bête.

Quorum

France, 1894 : Nombre de membres nécessaires dans une assemblée pour pouvoir légalement délibérer ; littér. desquels. Abréviation de quorum numerus sufficit, desquels le nombre suffit. On atteint le quorum quand on arrive à ce nombre.

Dès le lycée, en rhétorique, l’élève Muffet avait organisé déjà une petite parlotte, avec commissions. sous-commissions, votes par main levée, appel nominal, quorum, interpellations, ordres du jour, et tout le bataclan. Étudiant en droit, stagiaire au faux col rigide, il avait eu, dans les conférences, des succès oratoires très considérables.

(François Coppée)

Quorum pars magna fui

France, 1894 : « Où j’ai pris une grande part, » Expression latine tirée de l’Énéide de Virgile. Les gens modestes, en parlant d’événements auxquels ils se sont trouvés mêlés, disent parva au lieu de magna.

Quos ego…

France, 1894 : « Vous que je… » Latinisme tiré de Virgile, Menace qu’on n’achève pas.

Quos vult Jupiter perdere dementat prius

France, 1894 : « Ceux que Jupiter veut perdre, il les rend d’abord déments. » Le dicton latin vient, du moins quant au sens, de l’Iliade d’Homère (IX. v. 377) et la pensée s’en trouve dans nombre d’auteurs grecs et latins, Hésiode, Sophocle, Ammien Marcellin, Velléius Paterculus, etc.
On applique ce vers iambique à tout homme auquel on a reconnu de l’intelligence et de grandes qualités, et qui tout à coup fait preuve d’aveuglement et se laisse entraîner par ses passions dans une voie funeste.

Quot capita tot sensus

France, 1894 : « Autant de tètes, autant d’avis. » C’est surtout en médecine qu’on peut appliquer cet axiome latin, que l’on retrouve dans le Phormion de Térence avec une légère variante : Quot homines tot sententiæ, autant d’hommes, autant d’opinions.

Quotidien

d’Hautel, 1808 : C’est son pain quotidien. Pour dire, c’est son ouvrage habituel, ce qui le fait subsister.

Quougnot, queugnet

France, 1894 : Gâteau de forme elliptique que l’on fait dans les hautes Vosges, et que donnent les parrains et marraines à leurs filleuls et filleules. Ce gâteau, qui atteint parfois la longueur d’un mètre sur trente centimètres, couvert de rosaces, d’arabesques, de devises, est généralement accompagné, suivant les fortunes, d’une pièce d’argent ou d’or ou de tout autre cadeau.

Le queugnet, dit Ch. Gehin dans l’Intermédiaire (juillet 1898), tend à disparaitre des coutumes, mais son nom reste et s’applique d’une manière générale à tout cadeau fait par le parrain ou la marraine, soit au nouvel an, soit à Noël, soit à l’occasion de la première communion ou du mariage.

Dans les hautes Vosges comme ailleurs, ce n’est pas une petite affaire que d’être parrain !
On dit aussi, suivant les localités, queugna ou queugnoux.

Quousque tandem

France, 1894 : « Jusques à quand… » Commencement des Catilinaires de Cicéron, lorsque Catilina osa se présenter devant le sénat après la découverte de son complot coutre la république romaine. « Jusques à quand, Catalina, abuseras-tu de notre patience ? » Cette expression ne s’emploie que familièrement.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique