AccueilA B C D E F G H I J K L M N O ΠP Q R S T U V W X Y ZLiens

courriel

un mot au hasard

Dictionnaire d’argot classique
Argot classique
le livre


Telegram

Russe-français
Russisch-Deutsch
Rusianeg-Brezhoneg
Russian-English
Ρώσικα-Ελληνικά
Russo-italiano
Ruso-español
Rus-român
Orosz-Magyar
Ruso-aragonés
Rusice-Latine
Французско-русский
Немецко-русский
Бретонско-русский
Französisch-Deutsch
Allemand-français
Блатной жаргон
Soldatensprachführer
Военные разговорники

R

Ra-fla

Larchey, 1865 : Notes rudimentaires de la batterie du tambour.

Le tambour-major bat la mesure des ra et des fla.

(M. Saint-Hilaire)

Rabachage

d’Hautel, 1808 : Répétition continuelle de que l’on a dit ; sermon, réprimande que l’on fait à quelqu’un qui tombe souvent dans la même faute.

Rabâchage

Delvau, 1866 : s. m. Bavardage, — dans l’argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés, — dans l’argot des gens de lettres.

Rabacher

d’Hautel, 1808 : Revenir souvent sur le même sujet ; gronder, grommeler, marmoner, faire perpétuellement les mêmes réprimandes à quelqu’un.

Rabâcher

Delvau, 1866 : v. n. Ne pas savoir ce qu’on dit ; se répéter, comme font d’ordinaire les vieillards.

Rabacheur

d’Hautel, 1808 : Un vieux rabacheur. Mauvais auteur, celui qui répète inutilement les mêmes choses ; on donne fort communément ce nom à un vieillard qui a l’humeur grondeuse, qui sermone ou réprimande les jeunes gens sur leurs fredaines.
On dit dans le même sens Rabacheuse, en parlant d’une femme.

Rabâcheur

Delvau, 1866 : s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire ; mauvais écrivain.

Rabaisser

d’Hautel, 1808 : Rabaisser le caquet à quelqu’un. Humilier sa vanité, son orgueil ; le confondre, le réduire au silence.

Rabat

Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.

(Villon)

France, 1907 : Manteau ; vieux français. C’est aussi le nom qu’on donnait autrefois aux prêtres séculiers. À la suite de la bataille de Crevelt (1758) perdue par le comte de Clermont, abbé de Saint-Germain-des-Prés, l’épigramme suivante courut dans Paris :

Moitié plumet, moitié rabat,
Aussi propre à l’un comme à l’autre,
Clermont se bat comme un apôtre,
Il sert son Dieu comme il se bat.

Rabat-joie

d’Hautel, 1808 : Accident, évènement fâcheux qui vient troubler la joie, le divertissement, les plaisirs.
Un père rabat-joie. Un grondeur, un homme sévère, rébarbatif ; jaloux de la joie et du plaisir des autres.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mélancolique ou grondeur, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Père Rabat-joie.

Rabateux de sorgue

France, 1907 : Voleur de nuit ; argot des voleurs.

Rabateux ou doubleux de sorgue

Vidocq, 1837 : s. m. — Ancien voleur de nuit.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Rabateux, doubleur de sorgue

Rigaud, 1881 : Voleur de nuit, à l’époque où les voleurs de nuit formaient une catégorie. Aujourd’hui, ils volent de nuit et de jour, quand ils peuvent.

Rabatteur

France, 1907 : Individu qui attire les dupes dans des tripots ou qui procure des filles aux hommes et vice versa.

Dupeurs et dupés, pigeons et rabatteurs, grecs, escrocs et souteneurs de filles s’y rencontraient toutes les nuits, et, si l’un d’eux manquait un soir à l’appel, c’est qu’il était à Mazas !

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Rabatteur à la sorgue

France, 1907 : Voleur qui opère la nuit.

Rabatteur de pantes

France, 1907 : Agent du service de sûreté.

Rabatteurs

Virmaître, 1894 : Individus qui font le métier de rabattre les filles pour les hommes et les hommes pour les filles. On peut lire la monographie curieuse de cette catégorie d’individus dans Trottoirs et Lupanars (Argot des souteneurs). N.

Rabatteurs à la sorgue

Virmaître, 1894 : Voleurs qui opèrent la nuit. C’est un redoublement de syllabe ; ils ne rabattent pas, ils s’abattent sur les maisons à dévaliser. Les rabatteurs sont les complices qui nourrissent le poupard (Argot des voleurs).

Rabatteuse

Rigaud, 1881 : Entremetteuse. Elle va à la chasse pour le compte de la débauche et rabat le gibier humain.

Fustier, 1889 : Petite voiture qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.

France, 1907 : Coche qui fait le service entre certaines localités de la banlieue.

France, 1907 : Entremetteuse.

Rabattre

d’Hautel, 1808 : Il faut en rabattre la moitié, et disputer sur le reste. Se dit d’un mémoire exagéré, ou d’un marché dont le prix est onéreux.
J’en rabats de moitié sur son compte. Pour, il a perdu une partie de l’estime que j’avois pour lui.

Clémens, 1840 : Retourner, descendre.

France, 1907 : Retourner ; argot des voleurs.

— C’est égal, t’as beau en coquer, tu rabattras au pré.

(Mémoires de Vidocq)

Rabattre à Loustot

Clémens, 1840 : Revenir.

Rabattre au pieu

Clémens, 1840 : Aller se coucher.

Rabêtir

d’Hautel, 1808 : Devenir de jour en jour plus stupide, plus sot, plus bête.

Rabiage

Halbert, 1849 : Rente.

Delvau, 1866 : s. m. Rente, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Rente.

Virmaître, 1894 : En avoir, c’est posséder des rentes (Argot des voleurs).

France, 1907 : Rente revenus, profits ; argot des voleurs.

Rabiages

Hayard, 1907 : Rentes.

Rabiau

Delvau, 1866 : s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l’argent et, le plus souvent, des restes de soupe.

Delvau, 1866 : s. m. Résidu ; reste de portion, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des marins. On dit aussi Rabiautage.

Delvau, 1866 : s. m. Temps qui reste à faire, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Surcroît de punition.

Rigaud, 1881 : Convalescent qui se plaît à donner ses soins à des camarades d’hôpital, comme M. Jourdain donnait des étoiles à ses amis.

Merlin, 1888 : Voyez fourbi (1re acception). — Rabiau signifie également le temps que peut être encore retenu sous les drapeaux le militaire dont l’heure de la libération est venue.

Fustier, 1889 : Bénéfice.

Les pourboires cachés ;… les rabiaus sur le fourrage…

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Convalescent qui rend des services à ses camarades d’hôpital. Résidu, reste de portion. Prolongation du service militaire. Supplément, excédent. Les petits bénéfices.

France, 1907 : Voir Rabiot.

Rabiau, rabiot

Rigaud, 1881 : Résidu, restes de vin ou de soupe, — dans le jargon des troupiers. — Prolongation de service militaire ; durée d’une condamnation dans une compagnie de discipline. — Faire du rabiau. Ce mot, qui, aujourd’hui, s’applique à tout ce qui comporte l’idée de « supplément, excédant », a servi primitivement à désigner la distribution du second quart de café faite aux soldats, distribution de faveur.

Rabiauter

Delvau, 1866 : v. n. Boire ce qui reste dans le bidon. Je ne sais pas d’où vient rabiau, mais rabiauter vient certainement de rebibere (boire de nouveau).

Rigaud, 1881 : Manger et boire les restes des autres, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Faire du rabiau.

France, 1907 : Manger et boire des restes.

Rabibochage

Delvau, 1866 : s. m. Boni, dédommagement, consolation, — dans l’argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade : à celui qui a perdu toutes ses billes à la Moquette ils en rendent une douzaine pour qu’il puisse en aller gagner d’autres — à d’autres.

Rigaud, 1881 : Réconciliation, — dans le jargon des enfants.

France, 1907 : Raccommodement, réconciliation de peu de durée.

Rabibocher

Larchey, 1865 : Raccommoder. V. Collant.

N’en parlons plus ! Il faut que je me rabiboche avec vous.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Réconcilier des gens fâchés, — dans l’argot des bourgeois. Se rabibocher. Se réconcilier.

Rigaud, 1881 : Réparer. — Se rabibôcher, se réconcilier entre enfants.

La Rue, 1894 : Réparer. Réconcilier.

Virmaître, 1894 : Quand un ménage est en désaccord et qu’un raccommodage a lieu, il est rabiboché. Le rabibochage n’est le plus souvent qu’un replâtrage. Quand les enfants jouent aux billes, ceux qui ont perdu disent au gagnant :
— Veux-tu nous rabibocher ?
C’est-à-dire nous rendre quelques billes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire la paix avec un ami lorsqu’on est fâché, c’est se rabibocher.

Hayard, 1907 : Se remettre en camaraderie après avoir été fâché.

France, 1907 : Rajuster à la hâte, raccommoder vite et sans beaucoup de soin. Provincialisme.

Rabibocher (se)

France, 1907 : Se réconcilier.

Les moindres bisbilles maintenant finissaient par des attrapages où l’on se jetait la débine de la maison à la tête, et c’était le diable pour se rabibocher avant d’aller pioncer chacun dans son dodo.

(É. Zola, L’Assommoir)

Rabiot

Larchey, 1865 : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Virmaître, 1894 : Faire plus de temps qu’il n’a été convenu. Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition. Avoir du rabiot : avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire plus de temps de travail que l’on ne doit. Le militaire qui a été condamné par un conseil de guerre fait du rabiot, parce que le temps de sa condamnation ne compte pas sur le congé. Celui qui a droit à son congé, et qui est retenu sous les drapeaux pendant une guerre, fait du rabiot, — telle la classe 1847 qui, pendant la guerre de Crimée, a fait près de neuf années au lieu de sept ; de même la classe 1863 qui a été libérée en 1871. Rabiot veut aussi dire : surplus. Lorsque, dans un partage, chacun a eu son compte, ce qui reste est du rabiot qui est encore à partager.

Hayard, 1907 : Temps en plus, en prison ou au régiment.

France, 1907 : « Il y en a de deux sortes, dit le Petit Pioupiou : Le rabiot que fait le fourrier Coudepousse sur la distribution du vin, et celui que les amis du cuisinier font sur le tata, ne sont nullement du même genre que le rabiot que fait un réserviste qui reste au corps après la libération de ses camarades. » Le rabiot est donc un reste, un excédent et, dans certains cas, un profit illicite. Faire du rabiot, c’est donc prélever indûment une part sur les vivres ou la boisson des hommes de troupe, ou rester au corps plus que le temps réglementaire. On écrit aussi rabio.

— C’que c’est que c’paquet-là ?
— Mon colonel, c’est… du sel.
— Du sel… tant que ça de sel ! C’que vous foutez d’tant d’sel ?
— Mon colonel, c’est que… c’est un peu de rabio.
— Rabio ! C’ment ça, rabio ? Pour lors vous avez volé tout c’sel-là aux hommes ! S’cronhnieugnieu !… Allons, foutez-moi tout ça dans la soupe !

(Ch. Leroy, Guibollard et Ramollot)

France, 1907 : Convalescent employé par les infirmiers à quelques menus services dans les salles d’hôpital.

France, 1907 : Économe ; argot du Borda. Un économe est toujours censé faire du rabiot. On est monorabiot ou birabiot suivant qu’on a un ou deux galons. C’est aussi le nom donné à l’élève chargé d’aller vérifier les vivres qui entrent à bord.

Rabioter

France, 1907 : Faire des profits illicites.

C’est surtout en amour, faut l’dire,
Qu’il rabotte et fait du fourbi…
Il vous a — la belle en délire –
Un coup de pouce réussi.

(Griolet)

Rabioter (se faire)

France, 1907 : Se laisser prendre en faute ; argot du Borda.

Râble

d’Hautel, 1808 : Il a le râble épais. Se dit par railleries en parlant d’un homme vigoureux et robuste ; d’un butor, d’un grossier personnage.

France, 1907 : Dos. Se mettre sur le râble, se mettre sur le dos, endosser, prendre la responsabilité d’une chose. Se mettre quelqu’un sur de râble, se faire un ennemi.

Ça ne faisait pas la balle de Bonaparte. Le grand bandit, voulant serrer fortement la vis au populo, rétablit tout ce qu’il put de l’ancien régime. Turellement, les ratichons furent remis en place et, comme leur garce de religion ne pouvait pas faire bon ménage avec les décades, le calendrier esclave nous fut à nouveau collé sur le râble.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Râblé

Delvau, 1866 : adj. Homme solide des épaules et des reins, — dans l’argot du peuple.

Rable (se mettre sur le)

La Rue, 1894 : Prendre toute la responsabilité.

Rablure

France, 1907 : Flatterie ; argot du Borda. Quand on flatte, on courbe le râble, le dos.

Rablurer

France, 1907 : Flatter ; argot du Borda.

Rablureur

France, 1907 : Flatteur ; argot du Borda.

Rabobiner

France, 1907 : Raccommoder, c’est-à-dire reprendre la bobine de fil.

Raboin

Vidocq, 1837 : s. m. — Diable.

Larchey, 1865 : Diable (Vidocq). V. Abadis.

France, 1907 : Le diable. Voir Rabouin.

En v’là un de bigoteur qui a le taffetas d’aller englier où le raboin le retournera pour le faire riffauder.

(Mémoires de Vidocq)

Rabonnir

d’Hautel, 1808 : Que le bon dieu te rabonnisse. Se dit par plaisanterie à un enfant espiègle et malin.
Rabonnir. Ne se dit que des choses ; et jamais des personnes.

Rabot

d’Hautel, 1808 : Instrument qui sert à applanir le bois ; c’est aussi un sobriquet que l’on donne à un garçon menuisier.

Raboté

Virmaître, 1894 : Synonyme de nettoyé, plus rien. On dit aussi d’une femme mince :
— Elle a été rabotée (Argot du peuple).

Rabotée

France, 1907 : Femme mince et maigre, qui semble avoir été passée au rabot ; argot faubourien.

Raboter

d’Hautel, 1808 : Cet ouvrage est joliment raboté. Se dit par ironie d’un ouvrage fait à la hâte, grossièrement et sans aucun soin.

Boutmy, 1883 : v. a. Chiper, en général.

Rossignol, 1901 : Voler.

France, 1907 : Coïter. Allusion au va-et-vient du rabot.

— Oh ! que nenni, je ne suis pas si bête ; vous me croirez si vous voulez, c’est la première fois…
— Voyons, voyons, il y a bien dans vos parages quelque joli compagnon qui cherche à vous faire tourner la tête de son côté.
— Oui, il y a un menuisier, mais je vous jure qu’il ne m’a pas encore rabotée. D’ailleurs, cela se voit bien.

(Arsène Houssaye)

France, 1907 : Dépouiller, voler ; argot populaire ; chiper dans celui des typographes.

France, 1907 : Faire.

Nous venions de raboter une série de contre de quarts qui m’avait démantibulé l’épaule, et j’étais allé m’asseoir sur le divan pour fumer une cigarette.

(Hugues Le Roux)

Raboter le sifflet (se)

Delvau, 1866 : Boire un verre d’eau-de-vie ou de vin.

Virmaître, 1894 : Boire un verre d’eau-de-vie qui gratte si fort le gosier qu’il semble en emporter des lambeaux. L’eau-de-vie, qui joue le rôle du fer du rabot, enlève des copeaux dans le sifflet du buveur (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Boire ; argot populaire.

Raboter, rabioter

La Rue, 1894 : Voler, filouter. Faire du rabiau.

Raboteux

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voleur de nuit.

Raboteux ou doubleux de sorgne

anon., 1827 : Larron de nuit.

Raboteux ou doubleux de sorgue

Bras-de-Fer, 1829 : Larron de nuit.

Halbert, 1849 : Voleur de nuit.

Rabougri

d’Hautel, 1808 : Un petit rabougri. Dénomination méprisante que l’on donne à un homme de petite taille, laid et de mauvaise tournure.

Rabouillère

Delvau, 1866 : s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.

Rabouin

Delvau, 1866 : s. m. Le Diable, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Le diable.

Virmaître, 1894 : Le diable (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Le diable.

France, 1907 : Le diable ; argot des voleurs. D’après F. Michel, ce mot viendrait de l’espagnol rabo, queue, le diable étant représenté avec cet appendice. « Je ne serais pas étonné, dit-il, que le nom de rabbin ne fût l’origine de la croyance qui régnait parmi le peuple, au moyen âge, que les Israélites naissaient avec une queue. »

Il lansquine à éteindre le riffe du rabouin.

(V. Hugo)

Rabouin (le)

Hayard, 1907 : Le diable.

Rabouins

Rossignol, 1901 : Bohémiens.

Rabouiseur

France, 1907 : Savetier ; tailleur en vieux. On dit aussi rebouisseur.

C’est que les rabouiseurs sont de vrais artistes et qu’avec un simple grattage ils remettent à neuf une vieille semelle qui a trempé dans l’eau trois jours ; — que, pour les coutures blanchies, il y a des liquides régénérateurs, — et qu’aux endroits chauves d’un habit usé, le chardon ramène la laine des parties voisines.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Rabouler

Vidocq, 1837 : v. a. — Revenir.

Delvau, 1866 : v. n. Revenir, abouler de nouveau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Retourner, rentrer, revenir.

France, 1907 : Revenir ; abouler de nouveau. Argot faubourien.

Rabouter

un détenu, 1846 : Revenir en prison ou autre part ; se livrer à quelque chose.

Rabouter, ravaler

La Rue, 1894 : Revenir.

Rabrouer

d’Hautel, 1808 : Brusquer, brutaliser, parler rudement à quelqu’un, le maltraiter en parole.

Delvau, 1866 : v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rembarrer.

Raca

France, 1907 : Synonyme de merde. Mot syriaque exprimant une grossière injure et que l’on trouve dans l’Évangile. De raca l’on a fait racaille.

L’étudiant est devenu aristocrate, mais de cette vilaine aristocratie du parvenu, c’est-à-dire la morgue et l’insolence unies ensemble, la fusion de l’égoïsme et de la sottise, le mariage incestueux des petites idées et des petites vanités…
Cette classe de jeunes homes qui ont jeté par-dessus les moulins le peu qui restait encore de principes incontestés, de traditions religieusement conservées, ont arboré un drapeau honteux qu’ils suivent la tête haute, comme s’il y avait lieu d’en être fier. Ils ont commencé par se compter, par passer en revue leur armée ; puis ils ont dit : « Toi, combien as-tu ? — Tant. – Il t’est permis d’être des nôtres ! » — « Toi, que possèdes-tu ? — Tant. — Arrière !… Raca ! »

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne)

Racaille

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux qui signifie populace, crapule, lie du peuple ; en un mot, tout ce qui est vil, bas et méprisable.

Delvau, 1866 : s. f. Individu ou Collection d’individus crapuleux, — populi fex. C’est le tag-rag des Anglais.

Rigaud, 1881 : Canaille. C’est un dérivé du « raca » biblique. Tu ne diras pas à ton frère « raca », recommande la Bible.

Virmaître, 1894 : Moins que rien. Terme suprême de mépris plus fort que crapule ; résidu de tout ce qu’il y a de plus abject.
— Tu n’es qu’une sale racaille (Argot du peuple).

Racccroc

France, 1907 : Voir Rebond.

Raccord

Delvau, 1866 : s. m. Répétition partielle d’une pièce, — dans l’argot des coulisses.

France, 1907 : Changement fait à une pièce après une ou plusieurs représentations.

Raccord (faire le)

Rossignol, 1901 : Les peintres en bâtiments cassent la croûte à 3 heures : c’est faire un raccord. Toutes les fois qu’ils vont prendre un verre, c’est toujours, pour eux, un raccord.

Raccorder

France, 1907 : Aviser, prévenir, rappeler ; argot des voleurs.

Raccourci

Delvau, 1866 : s. m. Chemin de traverse, — dans l’argot des paysans des environs de Paris.

Rossignol, 1901 : Guillotine. Les exécutés sont des raccourcis.

France, 1907 : Chemin de traverse. C’est aussi le nom que l’on donne aux écoles de Saint-Cyr et Polytechnique, qui mènent à l’épaulette par le chemin le plus court. M. Paul Brousse demande la suppression du raccourci.

Raccourcir

d’Hautel, 1808 : Mot révolutionnaire, qui signifie trancher la tête à quelqu’un, lui faire subir le supplice de la guillotine.

Larchey, 1865 : Guillotiner — La perte de la tête raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints :

La louve autrichienne va être à la fin raccourcie… — Jusqu’à ce qu’ils aient tous craché dans le son… — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne… — Ses bons avis à la Convention pour qu’elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude… — Qu’il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly.

(1793, Hébert)

Le rasoir national est le fatal couperet. — cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son. Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l’attitude du supplicié. — La fenêtre, c’est la lunette où passe la tête du supplicié qui à genoux, mains liées derrière le dos, attend le cou comme à la main-chaude.

Delvau, 1866 : v. a. Guillotiner, — dans l’argot des voleurs. On disait autrefois Raccourcir d’un pied, ce qui est une longueur de tête. On dit aussi Rogner.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. Le mot date de la première République française, époque où l’on vit la guillotine s’élever à la hauteur d’une institution. — Dans un rapport adressé au Directoire par le conventionnel Dumont de la Sarthe, on lit :

J’ai fait lier, incarcérer le partisan de Louis le raccourci.

La Rue, 1894 : Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Se dit d’un condamné à mort à qui on coupe la tête. Il est en effet raccourci d’autant. Le mot est vieux ; il date de Martinville. Il était devant le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville lui dit :
— Citoyen de Martinville, qu’as-lu à répondre,
— Je ne suis pas ici pour qu’on m’allonge, mais pour qu’on me raccourcisse (Argot des voleurs).

France, 1907 : Guillotiner ; argot populaire.

Entre pensionnaires de la Grande Roquette :
— Qu’est-ce qui ressemble le plus à la guillotine ?
— C’est une hache.
— Pas du tout. C’est les jours d’hiver, parce qu’ils raccourcissent.

On dit aussi : raccourcir d’un pied du côté de la tête, faucher, rogner, cracher dans le sac, mettre la tête à la fenêtre, passer sous le rasoir national.

Raccourcisseur

France, 1907 : Bourreau.

Raccourcisseuse

Vidocq, 1837 : s. f. — (Voir Grinchir.)

Raccroc

d’Hautel, 1808 : Un coup de raccroc. Coup de hasard par lequel on répare au jeu un coup manqué précédemment, et qui souvent rétablit l’équilibre de la partie.

Raccrochage

France, 1907 : Chasse à l’homme.

Raccrocher

d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.

Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.

J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.

(Rétif de la Bretonne)

Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.

La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.

France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.

La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.

(Louis Davyl)

Raccrocher à la flan

Virmaître, 1894 : Fille qui n’a pas de poste fixe ; elle part de chez elle à l’aventure. Elle raccroche à la flan, au hasard (Argot des souteneurs).

Raccrocheur

France, 1907 : Pédéraste qui, à l’instar de la raccrocheuse cherche et attire les individus adonnés à la sodomie.

J’ai vu, je ne sais plus où, qu’au témoignage d’un ex-préfet de police, le nombre des sodomistes, à Paris seulement, n’était pas inférieur à cent mille. La prostitution masculine tend de jour en jour à rivaliser l’autre ; c’est un fait établi par des rapports secrets, officiels. Les raccrocheurs, à mesure qu’augmente leur nombre, deviennent, d’ailleurs, plus audacieux ; ils disputent presque ouvertement la place, dans certains quartiers, aux filles du trottoir et des jardins publics ; maquillés, au reste, comme des filles, du noir aux yeux comme elles et, comme elles, faisant valoir, par une façon rythmée de se balancer en marchant, des… croupes que plus d’une pourrait leur envier.

(Léopold Lacourt, Gil Blas)

Raccrocheuse

d’Hautel, 1808 : Nom outrageant que l’on donne aux femmes et aux filles de mauvaise vie.

Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaises mœurs.

France, 1907 : Prostituée qui racole les hommes sur la voie publique.

Sur la terrasse du café Riche, les garçons rentraient hâtivement les tables et les chaises et fermaient les becs de gaz de la devanture. Trois petites filles regardaient de près cette besogne et, lorsqu’un garçon de café passait à leur côté, l’une ou l’autre lui lançait une plaisanterie sur un ton provocant.
— Voulez-vous bien vous sauver ! cria le gérant, en accourant sur elles, la serviette levée. Si ce n’est pas une honte que la police tolère ces choses-là : voici de petites raccrocheuses dont la plus âgée n’a pas quatorze ans !

(Henry Bauër)

Ci-dessous git un impudique fou,
À tel excès ententé de la gueuse,
Qu’il prit la Mort pour une raccrocheuse,
Lorsqu’elle vint pour lui tordre le cou.

(Cabinet Satyrique)

Raccrocheuse à la flan

France, 1907 : Fille qui raccroche à l’aventure, sans endroit fixe.

Race

d’Hautel, 1808 : Méchante race ; race de Caïn. Se dit par plaisanterie, en parlant à de petits enfans espiègles et malins, qui font les diables.
Les bons chiens chassent de race. Pour dire, que les enfans ont les mœurs et les inclinations, de leurs pères.

Racé (être)

France, 1907 : Avoir de la distinction.

— Est-elle joli ?
— Oh ! elle n’est pas laide. Mais ça n’est pas racé, tu comprends, et, au point de vue de la ligne, ça ne compte pas.

(Marni)

Anna. — Sans compter que c’est chic d’être la maîtresse d’un prince héritier.
Adrien. — En effet, c’est assez flatteur. Il est beau garçon ?
Anna. — Pas racé, des mains ignobles…

(Marni)

Race-horse

France, 1907 : Cheval de race ; anglicisme, terme de turf.
Les race-horses étant une gloire nationale et la pureté du sang étant la première qualité chez eux, les Anglais ont apporté une très grande attention dans le peuplement de leurs haras.

Rachet

France, 1907 : Poltron.

J’ai peur le soir des cris d’l’orfraie,
J’crains aussi le chant du cochet,
La mort m’effraie,
Je n’suis pourtant pas un rachet.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Rachevage

Rigaud, 1881 : Individu dépravé ; celui qui fait une besogne malpropre ; celui qui fait, dit ou écrit des obscénités.

La Rue, 1894 : Individu de mœurs innommables. On dit aussi chevalier de la rosette, encloué, enfigneur.

France, 1907 : Pédéraste. Homme sale et méprisable.

Rachevage (faire son)

Rigaud, 1881 : Ramasser les résidus de l’anderlique, c’est-à-dire ce qui n’a pas pu passer par la pompe à soufflet, lorsqu’on vide une fosse d’aisances, — dans le langage des vidangeurs.

(Le Sublime)

Racine

d’Hautel, 1808 : Il y prendra racine. Se dit par raillerie d’un homme ennuyeux et importun, qui fait des visites d’une longueur excessive.

Racine de buis

La Rue, 1894 : Dent jaune ou gâtée Individu au visage contrefait.

Virmaître, 1894 : Dents. Ainsi nommées lorsqu’elles sont sales et noires. Vesinier, membre de la Commune en 1871, fut surnommé par Henri Rochefort : racine de buis, par allusion à la racine de cet arbuste qui est noueuse avec des protubérances qui ressemblent à des verrues difformes. Racine de buis caractérise la tête des individus qui ressemblent à cette racine (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Bossu, personne contrefaite. Dent longue et jaune.

Racines de buis

Delvau, 1866 : s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées, — comme celles que Bilboquet arracha jadis devant « Monsieur et madame le maire de Meaux ».

Rigaud, 1881 : Dents blondes et déchaussées, les cousines germaines des clous de girofle.

Racing-coat

France, 1907 : Costume pour les courses ; anglicisme.

Nos tailleurs se disent sur leurs enseignes les tailleurs du high life ; ils confectionnent d’affreuses redingotes (riding-coat) dont les Anglais nous fournirent le modèle et ont fait adopter les formes plus récentes du smoking-jacket et du racing-coat.

(Pontarmé, Le Petit Parisien)

Raclée

Larchey, 1865 : Rossée. C’est plus qu’une frottée.

Ça lui procura de leur part quelques belles raclées.

(L. Desnoyer)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Correction, volée de coups.

Or, le 5 novembre 1757, le Bon Dieu avait favorisé sa chère armée prussienne, précisément parce qu’elle était commandée par un affreux voltairien, appelé Frédéric II, qui ne croyait pas en lui. Nous avions, nous, pour chef, un bon croyant, plein de croisades sur son blason et prince de Soubise… Enfin, nous reçûmes la raclée, quoi ! parce que c’était notre tour de la recevoir.

(Émile Bergerat)

Racler

d’Hautel, 1808 : Racler le boyau. Jouer mal du violon, ou de tout autre instrument à corde.
On dit d’un vin âpre et dur, qu’Il racle le gosier.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre ; perdre. On dit aussi Rafler.

Rigaud, 1881 : Respirer.

Nous plaçons la vieille sous des fagots. — Elle racle encore, fit ma maîtresse.

(Gazette des Tribunaux, du 27 septembre 1877)

La Rue, 1894 : Prendre. Perdre. Respirer.

France, 1907 : Prendre. Racler le pognon, prendre l’argent. Argot des voyous.

France, 1907 : Respirer bruyamment. « Tortille la vis au pante, il racle encore. »

Racler du fromage

Rigaud, 1881 : Jouer du violon. Râcleur de fromage, racleur de boyaux, mauvais joueur de violon.

Racler le boyau

Delvau, 1866 : v. a. Jouer du violon, — dans l’argot des musiciens.

France, 1907 : Jouer du violon ou de la basse ; argot populaire.

Racler les côtelettes

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

On aurait juré que mes parents et ceux de Fernand s’étaient donné le mot pour nous raser de leurs jérémiades bourgeoises. À les entendre, on ne pouvait s’embrasser un peu qu’après avoir poussé le verrou de sûreté. Heureusement que, Fernand et moi, nous ne sommes pas des types à nous laisser racler les côtelettes longtemps et impunément.
— Racler les côtelettes ?
— Oui, raser… quoi !

(Alphonse Allais)

Racler un phlegme

France, 1907 : Cracher une mucosité épaisse.

— Et ta femme ?
Magapour ne broncha pas ; il racla un phlegme, l’écrasa sous sa botte et, sans se troubler, répondit :
— Ma femme ? va bien, merci.

(Camille Lemonnier)

Raclette

Larchey, 1865 : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de la police secrète, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Agent de police. Ramoneur. Violon.

Virmaître, 1894 : Agent de police de la Sûreté ou sergent de ville. Allusion à la raclette du ramoneur qui enlève la suie des cheminées. Les agents raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Balai de ramoneur.

France, 1907 : La police ; agent de police ; argot les voleurs. Allusion à la raclette du ramoneur. « Les agents, dit Virmaître, raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société. »

— Lorsque vous êtes entrés, un individu assis à côté de moi m’a donné un coup de coude en disant :
— Tiens, voilà la raclette.
— Non, a répondu un autre ; c’est des étrangers.
— Des étrangers ?… a repris le premier. Allons donc !… Un joli bouquet de vaches, oui !… et nous ferions bien de décamper au plus vite.

(G. Macé, Un Joli Monde)

France, 1907 : Violon.

Râclette

Rigaud, 1881 : Ramoneur. — Agent de police.

Raclette (la)

Hayard, 1907 : La police.

Raclettes

Rossignol, 1901 : Agent de police.

Racleur

d’Hautel, 1808 : Terme de dénigrement ; qui se dit d’un mauvais joueur de violon.

Racleur de cordes

France, 1907 : Jouer du violon de la basse ; argot populaire.

Il y a dix mille à parier contre un qu’il ne sera qu’un misérable racleur de cordes comme moi. Savez-vous qu’il serait peut-être plus aisé de trouver un enfant propre à gouverner un royaume, à faire un grand roi, qu’un grand violon ?

(Diderot, Le Neveu de Rameau)

Racleuse de trottoir

France, 1907 : Prostituée.

La vieille était dévote, très sincèrement dévote — et ce double jeu s’observe chez les filles les plus perverses des horizontales, des racleuses de trottoir quittent la couche, le jour du Seigneur, assistent à l’office matinal, et se fourrent ensuite entre les draps, où le monsieur du louis on du lapin les reprend, sacrées.

(Dubut de Laforest, L’Homme de joie)

Raclure

France, 1907 : Vieille femme. On dit aussi trumeau et vieux meuble. Argot des voyous.

Raclure d’aubergine

France, 1907 : Le ruban académique. Allusion à la couleur.

Des hommes un peu plus âgés et portant à la boutonnière la raclure d’aubergine.

(Didier, Écho de Paris)

Racoler

Virmaître, 1894 : Fille qui racole les passants (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Raccrocher des hommes.

Racoleuse

France, 1907 : Prostituée.

Marchandes de sourires, ouvrières en chemises — ou sans — demoiselles dans les draps, pierreuses, rouleuses ou racoleuses, quel que soit le sobriquet qui les dénomme, elles sont évidemment trop nombreuses maintenant pour que leur commerce galant prospère. La concurrence fait rage.

(Alexandre Duchemin, La Nation)

Racontaine

Delvau, 1866 : s. f. Récit familier, cancan.

France, 1907 : Récit familier, cancan. Provincialisme.

Racontar

Rigaud, 1881 : Racontage. — Bavardage imprimé dans un journal.

France, 1907 : Mensonges, cancans, faux bruits. A. Delvau attribue à Aurélien Scholl la paternité de ce mot.

Les racontars les plus effrayants circulaient de nouveau, démentis dix minutes après pair le récit d’une prétendue victoire : l’armée prussienne était anéantie ; le prince Frédéric-Charles était fait prisonnier ; Bismarck avait proposé un armistice. Puis c’était le duché de Bade envahi par un corps d’armée et les Allemande pris à revers.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Racontars

Delvau, 1866 : s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, échos, — dans l’argot des journalistes. C’est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression : je lui en laisse la responsabilité.

Racoquillé

France, 1907 : Resserré.

Radam

France, 1907 : Prière. Sans doute abréviation de ramadan, temps de prière et de jeûne chez les peuples musulmans.

Rade

un détenu, 1846 : Comptoir.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Radis, — dans l’argot des voyous.

La Rue, 1894 : Tiroir. Comptoir. Boutique.

France, 1907 : Tiroir d’un comptoir. On y met l’argent, les radis. Faire le rade, voler l’argent dans un tiroir. Argot des voleurs. C’est aussi la boutique. Encasquer dans un rade, entrer dans une boutique pour y voler.

Rade ou radeau

Vidocq, 1837 : s. m. — Tiroir de comptoir.

Delvau, 1866 : s. m. Tiroir de comptoir où sont les radis, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Boutique.

Virmaître, 1894 : Tiroir de comptoir où sont les radis. Signifie aussi boutique. A. D. Ce n’est ni rade ni radeau, c’est radin. Le vol au radin est célèbre ; ceux qui le pratiquent se nomment le radineur et le raton (Argot des voleurs). N.

Rade, radeau

Larchey, 1865 : Comptoir, Tiroir. — Allusion aux radis qu’on y met.

La rade est le comptoir du marchand de vin. Le radin c’est l’argent du comptoir, par abréviation le radi. On dit n’avoir pas un radi pour n’avoir pas un sou.

(A. Monnier)

Rade, radeau, radin

Rigaud, 1881 : Tiroir. Comptoir de marchand, — dans le jargon des voleurs.

Radeau

Ansiaume, 1821 : Comptoir de marchand.

J’ai grinchi 2 flaqu de carle qui étoient sur le radeau tandis qu’il jactoit avec le boucardier.

France, 1907 : Tiroir ; augmentatif de rade.

Radeau de la Méduse

Delvau, 1866 : s. m. Misère extrême, — dans l’argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault. Être sur le radeau de la Méduse. N’avoir pas d’argent.

Radeau de la Méduse (être sur le)

France, 1907 : Être dans une misère extrême, comme les naufragés du bâtiment rendu célèbre par le tableau le Géricault.

Radicaille

Rigaud, 1881 : Parti radical. Terme de mépris dont le superlatif est radicanaille. C’est plaisir à voir comme les hommes politiques d’opinions différentes se jettent à la tête les épithètes de vaticanaille, radicanaille, républicoquin, badingueusard, et autres aménités.

Virmaître, 1894 : Ceux qui professent des opinions radicales (Argot du peuple).

Radicaille, radicanaille, radigaleux

France, 1907 : Le parti radical.

Le cheval noir de Boulanger caracola à la revue de 14 juillet, Paulus débita quelques couplets sur « le brav’ général » et le bon populo — toujours gobeur — se laissa empaumer à nouveau.
Et toute la griserie des premiers quatorze juillet lui troubla la caboche encore un coup : « Ce que les politiciens, opportunards et radigaleux n’avaient pas fait — n’avaient même pas essayé — Boulanger le mènerait à bonne fin ! C’est lui qui ferait la grande lessive… »

(Le Père Peinard)

Radicaillon

France, 1907 : Radical modéré.

Radicon

France, 1907 : Prêtre, pour ratichon. Argot des voleurs.

Radicon ou rasé

Halbert, 1849 : Prêtre.

Radicrer

Halbert, 1849 : Remoudre.

France, 1907 : Aiguiser, repasser ; argot des voleurs.

Radicreur

Halbert, 1849 / France, 1907 : Rémouleur.

Radie

Rigaud, 1881 : Radical, par apocope.

Qué que t’as donc fait, pour qu’on te foute 500 livres sur la daube ! t’as un peu emmiellé le radie.

(Le petit Badinguet)

Radin

Vidocq, 1837 : s. m. — Gousset.

M.D., 1844 : Tiroir de comptoir où l’on met l’argent.

un détenu, 1846 : Argent du comptoir.

Delvau, 1866 : s. m. Gousset de montre ou de gilet, — dans l’argot des voleurs. Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.

Rigaud, 1881 : Gousset. — Radin fleuri, gousset garni, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Gousset.

Rossignol, 1901 : Tiroir-caisse d’un comptoir, qui est aussi un rade.

France, 1907 : Gousset. Friser le radin, fouiller le gousset. C’est dans le radin qu’on met les radis.

Radin (faire un)

Halbert, 1849 : Voler un comptoir.

Radin (vol au)

France, 1907 : Vol dans un comptoir.

L’apprenti voleur est un enfant que l’on dresse, ou qui se dresse tout seul en s’exerçant à certains vols, tels que ceux de l’étalage, du poivrier, de la tire ou du radin. Ce dernier vol consiste à s’introduire, en plein jour, dans un établissement ouvert et à s’emparer d’une partie de la recette, à la faveur d’une distraction du commerçant. Il y a, dans ce genre, des enfants qui ont une habileté extraordinaire : ils arrivent au tiroir du comptoir et le vident sans être aperçus du personnel de la maison.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Radin, radis

Larchey, 1865 : Argent monnayé. — Corruption de maravédis.

En vain je cherchai dans ma poche, Il ne m’restait plus un radis.

(Hardy Chansons)

Faire un radin : Voler l’argent du comptoir. V. Fête, Demi-Aune.

Radiner

Rigaud, 1881 : Rentrer, revenir, retourner.

Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle-Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l’an, on se marie.

(Le père Duchêne, 1879)

Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signification.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Je radine à la piaule.
Radiner :
faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.
Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Venir, revenir.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, arriver. Radiner à la piole, rentrer chez soi.

V’là les fanand’s qui radinent.
Ohé ! tas d’poch’tés,
Les gonciers qui nous jardinent
I’s’ront vraiment j’tés,
Nous la r’levons rien qu’dans l’riche,
Malgré nos rideaux.
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Radingue

Rossignol, 1901 : Redingote.

Radiphone

France, 1907 : Instrument imaginé par l’Américain Bell, inventeur du téléphone, qui permettrait la transmission des sons par l’intermédiaire d’un faisceau de lumière. L’Electrical Review, de Londres, explique le fonctionnement de l’instrument en disant que les sons seraient dus aux variations de pression dans le tube placé au foyer du miroir récepteur et dans lequel l’air est, en effet, alternativement chauffé et refroidi par la vibration des rayons lumineux incidents. Le phénomène n’est pas encore bien élucidé. En tout cas, c’est une expérience de physique curieuse, qui finira peut-être par avoir des applications plus ou moins étendues.

Radis

Delvau, 1866 : s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque, — dans l’argot des faubouriens. N’avoir pas un radis : Être tout à fait pauvre.

La Rue, 1894 : Monnaie. S’emploie dans le sens négatif : pas un radis.

Virmaître, 1894 : V. Fricadier.

Rossignol, 1901 : Sou.

France, 1907 : Sous.

À côté gnyavait eun’ cuvette…
Un tas d’ustensil’s dans les coins
Où qu’les gens chic font leur toilette
Quand i’s ont fini leurs besoins,
Comme j’m’en allais, la marchande
Me d’mand’ trois ronds. — C’est chaud, qu’j’y dis.
Mais quèqu’ vous vouliez que j’marchande ?
Et j’yai été d’mes trois radis.

(Aristide Bruant)

N’avoir pas un radis, être sans le sou.

Le radis rose, à la robe vermeille,
De moi se rit en propos très hardis :
Pour l’épouser, dit-il, faut de l’oseille ;
Mais, fait l’oseille, il n’a pas un radis.

(René Esse, Le Langage des légumes)

Radis (n’avoir plus un)

Rigaud, 1881 : N’avoir plus le sou.

Radis noir

Rigaud, 1881 : Prêtre, — dans le jargon des ouvriers.

Fustier, 1889 : Gardien de la paix.

Virmaître, 1894 : Prêtre. Allusion à la robe noire. Cette expression date du temps où l’on jouait à l’Ambigu la pièce des Mystères de Paris. Rodin, célèbre type de canaille, mangeait pour son dîner un plat de radis noir (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Curé. Tous ceux qui portent la soutane.

Hayard, 1907 : Prêtre.

France, 1907 : Prêtre.

Faut voir tous les plans que tire un sacré radis noir : il a emberlificotté du certain nombre de pauvres femmes et les réunit tous les dimanches, avec ordre d’amener leurs gosses, et la représentation commence.
D’abord, les enfants braillent des cantiques et un tas de couillonnades, ensuite un cabotin dit une messe avec une trifouillée de micmacs, puis, comme on attrape pas des mouches avec du vinaigre, on tire une tombola et les bidards gagnent des verres des bols, des assiettes.

(Le Père Peinard)

Radoterie

d’Hautel, 1808 : Répétition de ce que l’on a dit ; sermon, réprimandes continuelles que l’on fait a quelqu’un ; discours dénués de sens commun.

Radouber

France, 1907 : Raccommoder, réparer ; argot des marins.

Radouber (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé, — dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. On dit aussi : Passer au grand radoub.

France, 1907 : Manger. Mot venu de l’argot des marins.

Radouci

d’Hautel, 1808 : Des tirans radoucis. Pour dire, des bas de soie : terme d’argot.

Radoucis

France, 1907 : Bas de soie.

Radurer

Delvau, 1866 : v. a. Repasser sur la meule, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Repasser son couteau sur une meule.
— Je radure mon lingre afin que le pante soit fait d’un coup et qu’il n’ait pas le temps de cribler à la grive (Argot des voleurs).

France, 1907 : Repasser sur une meule ; argot des voleurs.

Radureur

Delvau, 1866 : s. m. Repasseur de couteaux.

France, 1907 : Rémouleur.

Raf-la

Delvau, 1866 : s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.

Rafaille

un détenu, 1846 : Terre. S’enfoncer dans la rafaille : descendre en terre.

Rafalaud

France, 1907 : Banquier de tripot : il met ses clients dans la rafale.

Rafale

Delvau, 1866 : adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine. Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé ? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d’ennui, d’embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte, — ce qui est, en somme, être à la côte.

Delvau, 1866 : s. f. Misère, — dans l’argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.

Rigaud, 1881 : Misère. La rafale souffle dur.

La Rue, 1894 : Misère. Rafalé, misérable.

France, 1907 : Misère.

Tous les nierts qui sont venus pioncer icigo étaient dans la rafale ; c’est un vrai guignon.

(Mémoires de Vidocq)

Rafalé

Rigaud, 1881 : Pauvre, misérable, mal vêtu ; celui qui subit les coups de vent de la misère.

France, 1907 : Misérable, ruiné ; individu qui a subi les rafales de la vie. Argot populaire.

— C’est fini, je n’en veux plus de ces artistes… un tas de rafalés qui ne sont bons qu’à vous poser des lapins !

(Mémoires de Gigolette)

Rafalement

Rigaud, 1881 : Honte, humiliation ; pauvreté sans dignité.

France, 1907 : Abattement, affaissement, humiliation ; argot populaire.

Rafaler

Delvau, 1866 : v. a. Abaisser, humilier, — dans l’argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent ravaler un homme.

Rigaud, 1881 : Humilier ; rendre misérable.

France, 1907 : Humilier. Se rafaler, tomber dans une misère dégradante.

Rafaler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Devenir pauvre ; porter des vêtements usés, — dans l’argot du peuple.

Rafeau

France, 1907 : Garçon d’hôpital ; infirmier civil.

Raffale

Vidocq, 1837 : s. f. — Misère.

Larchey, 1865 : Misère. — Mot expressif — Raffalé : Misérable, dépouillé par la raffale de la mauvaise fortune.

Tous les hommes sont des raffalés, des pingres.

(Lynol)

Raffalé

Vidocq, 1837 : s. m. — Misérable.

Rossignol, 1901 : Être dans la misère.

Raffale (je suis dans la)

Virmaître, 1894 : Être au plus mal, près de mourir (Argot des voleurs).

Raffalement

Vidocq, 1837 : s. m. — Abaissement.

Raffalés

Virmaître, 1894 : Être dans la misère, emporté par la raffale de la dèche (Argot des voleurs).

Raffiot

France, 1907 : Mauvais navire ; bâtiment léger.

Le steamer de transport est une de ces affreuses machines que nos marins nomment pittoresquement un raffiot. Ce néologisme imagé a le mérite de donner une idée juste de la mauvaise coque dont il s’agit.

(Ch.-P. Gachet, Excursion au Pays de l’Or)

Raffolir

d’Hautel, 1808 : Devenir de jour en jour plus fou.

Raffurer

Vidocq, 1837 : v. a. — Regagner.

Delvau, 1866 : v. a. Regagner, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Regagner, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Regagner.

Virmaître, 1894 : Regagner. C’est le redoublement d’affure (gagner).
— J’ai raffuré du terrain sur les pescailles qui voulaient me paumer (Argot des voleurs).

France, 1907 : Regagner ; argot des voleurs.

Raffut

Delvau, 1866 : s. m. Tapage, — dans l’argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Faire du bruit, de l’esclandre.

France, 1907 : Bruit, criaillerie.

— Ah ! mes enfants, quelle affaire ! Figurez-vous que Gaston, qui avait dû me suivre, arrive comme un fou à la maison pour me faire une scène de jalousie. J’ai eu beau lui dire que je n’étais pas seule. Si vous aviez entendu ce raffut !

(Ivan Bouvier)

Rafiau

Larchey, 1865 : Bâtiment léger.

J’vas joliment gréer notre rafiau, tu verras.

(Phys. du Matelot, 1843)

Delvau, 1866 : s. m. Domestique d’hôpital, infirmier.

Rafiler

France, 1907 : Donner.

Rafiot

Delvau, 1866 : s. m. Chose de peu d’importance ; camelotte. Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.

Rafistoler

Delvau, 1866 : v. a. Raccommoder.

Rigaud, 1881 : Donner une tournure présentable à un vieux vêtement de prix. On rafistole des dentelles, un châle, on rapiote une vieille culotte.

France, 1907 : Raccommoder ; argot populaire ; du vieux français afistoler, tromper, qui vient du latin fistula, flûte. Ce verbe, employé réflectivement, signifie se parer, se nettoyer, s’habiller à neuf.

Rafistoler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.

Rafistoleur

France, 1907 : Raccommodeur.

Rafle

d’Hautel, 1808 : Faire rafle de bidet. Se dit au jeu de dez, quand les trois dez amènent tous le même point.
Après rafle gnafle. C’est-à-dire, qu’il est rare de faire deux bons coups de suite.

Delvau, 1866 : s. f. Arrestation d’une bande de gens ; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.

France, 1907 : Arrestation en masse faite par la police.

La série des rafles continue. Sur toutes les berges de la Seine, à l’intérieur de Paris, partout enfin, la police opère chaque nuit des arrestations en masse. Des escouades de sergents de ville et d’agents de la sûreté passent le long des rues, s’emparent des malheureux assis sur les bancs et les traînent au poste.
Quel délit ont-ils commis ? Aucun.
Les arrestations sont faites arbitrairement, sans Mandat d’aucune espèce ; elles sont donc illégales au premier chef, et, s’il arrivait aux personnes violentées de résister par la violence, nous serions curieux de connaître l’article de loi sur lequel les argousins s’appuieraient pour justifier leurs scandaleuses provocations.

(Le Cri du Peuple)

Chaque fille prise dans une rafle et qu’on enferme à Saint-Lazare deviendrait, si la justice existait sur ces infortunées, si la police n’était pas au-dessus des lois, un témoin accablant entraînant pour le préfet de police, pour les chefs de division, pour les inspecteurs et, à leur défaut, pour les agents subalternes, la peine de la dégradation civique, aux termes de l’art. 114 du Code pénal, ainsi conçu : « Lorsqu’un fonctionnaire public, un agent ou préposé du gouvernement aura ordonné ou fait quelque acte arbitraire ou attentatoire soit à la liberté individuelle, soit aux droits civiques d’un ou plusieurs citoyens, il sera condamné à la peine de la dégradation civique. »
Or, tous les jours, des policiers commettent avec impunité de ces attentats.

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

France, 1907 : Prise ; main basse sur un objet ou une quantité d’objets.

Raflé

France, 1907 : Ruiné, dévalisé. Raflé au jeu, raflé au courses.

Râfle

Hayard, 1907 : Arrestation en masse.

Rafle, raffe

La Rue, 1894 : Butin.

Rafle, rafler

Virmaître, 1894 : Prendre. Quand un crime est commis et que les auteurs sont introuvables, la police organise des rafles dans les lieux suspects et dans les endroits où se réunissent les vagabonds. On nomme ces rafles un coup d’épervier, parce que l’on y prend généralement beaucoup de poissons. Quand les filles publiques deviennent par trop encombrantes, on les rafle en masse. Le croupier rafle l’argent des joueurs. Le voleur rafle l’argent des passants (Argot des souteneurs).

Rafler

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir, chiper.

France, 1907 : Prendre, voler ; du vieux français rifler, voler. Se dit aussi pour faire une rafle.

On allait jeter un grand coup de filet, ceinturer, poisser, rafler tout le gibier marécageux, grues et poissons : chasse à courre et pêche miraculeuse à coup sûr !… Lâchez tout et en avant les mœurs…

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Rafleur

France, 1907 : Tenancier d’un tripot.

Rafraîchir

d’Hautel, 1808 : On dit qu’Une nouvelle rafraîchit le sang, pour exprimer qu’elle tranquillise l’esprit ; qu’elle calme les inquiétudes, fait plaisir.

Rafraîchir (se faire)

Fustier, 1889 : Se faire couper les cheveux, la barbe.

L’autre soir, j’étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec l’intention de me faire rafraîchir…

(Gil Blas, 1881)

Rafraîchir (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se battre au sabre, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi : Se rafraichir d’un coup de sabre.

Rafraîchir d’un coup de sabre (se)

Larchey, 1865 : Se battre. — Allusion à la sensation du froid qu’on éprouve en sentant la lame pénétrer dans les chairs.

Un officier lui demanda s’il voulait se rafraîchir d’un coup de sabre.

(Ed. Lemoine)

Rigaud, 1881 : Se battre en duel au sabre, dans le jargon des troupiers.

Rafraîchir les barres (se)

Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des soldats de cavalerie qui disent encore : se rincer les barres.

France, 1907 : Boire ; terme de cavaleries ; allusion aux barres du cheval.

Ragaillardir

d’Hautel, 1808 : Rajeunir, réjouir, donner de la gaieté.

Rage

d’Hautel, 1808 : Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Signifie que quand on veut nuire à quelqu’un, on trouve toujours un prétexte pour s’autoriser à lui faire du mal.
Dire rage de quelqu’un. En dire tout le mal imaginable.
Aimer quelqu’un ou quelque chose à la rage. L’aimer excessivement, d’une manière extravagante.
Il faut qu’il ait la rage au corps. Se dit par humeur, et pour blâmer un homme qui s’est porté à quelqu’action insensée.

Rage de dents

Delvau, 1866 : s. f. Grosse faim, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Grand appétit, faim canine.

France, 1907 : Grande faim ; argot populaire.

Rage des pieds de derrière (faire)

France, 1907 : Mettre tout en œuvre pour réussir.

Rage du cul ou rage amoureuse

Delvau, 1864 : Envie furieuse de jouir par la fouterie ou par la masturbation.

Ombres folles, courez au but de vos désirs :
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

(Ch. Baudelaire)

C’est la rage luxurieuse, la lubricité forcenée, la jouissance horrible qui reste inachevée.

(A. d. M., Gamiani)

Ragonner

France, 1907 : Grogner, murmurer ; argot populaire.

Ragot

d’Hautel, 1808 : Homme qui radote, qui marmote continuellement entre ses dents ; d’une humeur grondeuse et souvent qui ne sait ce qu’il dit.
Ragot. Pour dire, de petite stature, court et gros, mal fait, mal proportionné dans sa structure.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Quart d’écu.

Delvau, 1866 : s. m. Cancan, médisance, — sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.

Rigaud, 1881 : Conte en l’air, bavardage. — Faire du ragot, des ragots, tenir des propos de commère.

La Rue, 1894 : Cancan, bavardage.

France, 1907 : Cancans, bavardages, futilités.

C’est une des beautés du scrutin d’arrondissement de supprimer les questions d’intérêt général, au moins en dehors des grandes villes, et de ramener le programme de la démocratie à de petites questions de boutique, à des minuties et à des ragots.

(A. Maujan)

France, 1907 : Quart d’écu.

Ragoter

Delvau, 1866 : v. n. Murmurer, gronder sourdement. On dit aussi Ragonner.

Ragougnasse

Rigaud, 1881 : Mauvais ragoût, et, par extension, tout objet de très peu de valeur. C’est de la ragougnasse.

France, 1907 : Mauvais ragoût et, par extension, mauvaise chose.

Par le temps qui court, nul n’a plus — sinon avec beaucoup d’efforts — sa saine faculté de raisonnement : chacun se fait trop une opinion qui n’est que le reflet des ragougnasses imprimées dans le quotidien du matin.
Or, comme les quotidiens prennent leur mot d’ordre chez les jean-foutre de la haute et orientent leur girouette suivant les intérêts des chameaucrates, il est tout simple que le populo raisonne de travers !

(Le Père Peinard)

Ragoût

Delvau, 1866 : s. m. Assaisonnement d’un plaisir quelconque. S’emploie souvent en mauvaise part :

J’aurois un beau teston pour juger d’une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu’un malade offre à son médecin,

dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.

Delvau, 1866 : s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse, — dans l’argot des artistes.

Delvau, 1866 : s. m. Soupçon, — dans l’argot des voleurs. Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.

Rigaud, 1881 : Peinture vigoureuse, peinture en pleine pâte, dans le jargon des peintres.

Virmaître, 1894 : Soupçon.
— J’ai du ragoût sur sézières, il s’est mis à table sur mon orgue.
— Fais attention de ne pas faire de ragoût, le quart nous a au chasse (Argot des voleurs).

France, 1907 : Crainte, inquiétude ; argot populaire.

Ragoût (avoir du)

Delvau, 1864 : Se dit de certaines façons habiles que certaines femmes ont de se remuer sous l’homme pour le faire godiller plus amplement qu’avec d’autres.

Mais exiger des époux
Ces petits ragoûts,
Ces exercices gentils !
Les connaissent-ils ?
Non ; tout dans le sacrement,
Se fait maussadement
Et gauchement.

(Collé)

Ragoût (faire du)

Rigaud, 1881 : Éveiller les soupçons.

Ne fais pas de ragoût sur ton dab.

N’éveille pas les soupçons sur ton maître.

(Balzac)

France, 1907 : Donner l’éveil à la police.

Ragoût de poitrine

Rigaud, 1881 : Seins. — Avoir du ragoût de poitrine sur l’estomac.

Virmaître, 1894 : Femme ragoûtante qui a sur la poitrine des tétons volumineux (Argot du peuple). V. Capitonnée.

France, 1907 : Seins volumineux.

— Est-ce parce que j’n’ons pas d’ragoût de poitrine sur l’estomac ? J’ons la place plus blanche que la tienne.

(Amusements à la grecque)

Ragoûtant

d’Hautel, 1808 : Il est ragoûtant ; c’est ragoûtant. Se dit souvent en mauvaise part, et par raillerie, d’un homme ou d’une chose fort malpropre, dégoûtante.

Ragoûtant, te

Delvau, 1866 : adj. Plaisant, agréable, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Vieillard ragoûtant. Qui est propre, — et surtout sans infirmités. Femme ragoûtante. Qui excite l’appétit des amoureux.

Ragoûter

Delvau, 1866 : v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.

Raid

France, 1907 : Marche rapide de cavalerie ; anglicisme.

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Raide comme balle

Larchey, 1865 : Rapide comme un projectile.

Il a filé son chemin raide comme une balle.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : adv. Rapidement.

Rigaud, 1881 : Rapidement. Filer raide comme balle, marcher très vite.

Raide comme la justice

Rigaud, 1881 : Ivre. Celui qui est raide comme la justice a la conscience de sa position ; il marche vite, seul ordinairement, se redresse et fait tous ses efforts pour ne pas zigzaguer.

Raide, rude

Larchey, 1865 : Eau-de-vie qui gratte le gosier. On dit par analogie : C’est un peu raide, c’est d’une exigence difficile à supporter.

Comme dit le proverbe un peu de raide fait grand bien.

(L. Bardas)

Raidillon

France, 1907 : Mamelon à pentes raides ; petite côte très escarpée.

Le raidillon grimpé, nous débouchions sur un large plateau qui allait un peu en pente, pour remonter jusqu’au sommet d’une colline couronnée de bois et de jardins.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Raidir

un détenu, 1846 : Mourir.

Delvau, 1864 : Bander.

Quand, plus raide que la justice,
Nez en l’air et gros de courroux,
Il s’élance pour le service,
On croit qu’il fera les cent coups.

(Eugène Vachette)

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. On dit aussi Raidir l’ergot, ou les ergots.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Mourir.

France, 1907 : Mourir. On dit aussi raidir les ergots.

Raidir (se)

France, 1907 : S’enivrer, se rendre raide.

Raie

d’Hautel, 1808 : Il est coiffé comme une raie bouclée. Se dit par raillerie de quelqu’un dont les cheveux sont bouclés d’une manière affectée et ridicule. Il faut rendre à chacun ce qui lui appartient, et dire que cette locution vient de Madame Angot, ou, certes, elle n’est point déplacée.

Raie (gueule de)

France, 1907 : Vilain visage.

— Tais-toi… si j’avons le derrière ouvert, ce n’est pas à toi à fourrer ton nez dedans… gueule de raie ! Tu nous craches la crème de ton discours dans le visage.

(Catéchisme poissard)

Raie du cul (la)

Delvau, 1864 : La rainure des fesses, la petite vallée qui se trouve entre ces deux montagnes — où tant de membres virils aiment à descendre.

Pour ne trouver la raie nette de la dame avec qui l’on s’ébat, on y gagne bonne vérole.

(Brantôme)

Trois mignons de la cour se tuèrent jaloux
Pour le bien prétendu d’une raie publique.

(Théophile)

Raiguisé

Virmaître, 1894 : Avoir tout perdu. Mot à mot : il est réguisé, il va mourir (Argot du peuple).

Raiguisé (être)

France, 1907 : Avoir tout perdu ; argot populaire.

Raiguiser

France, 1907 : Tromper, dépouiller.

Rail (la)

Rossignol, 1901 : La police.

Raille

Ansiaume, 1821 : Espion de police.

En voyant la raille, je me suis planqué dans un tapis.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Mouchard.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent de police.

Halbert, 1849 : Mouchard.

Delvau, 1864 : Agent de police, redouté des filles qui font le trottoir.

Cela nous avertit qu’il flâne en ce quartier
Un raille dont il faut d’abord se méfier.

(L. Protat)

Larchey, 1865 : Police, agent de police. — Du mot égrailler : racler. Le raille vous engraille, comme la raclette vous racle. — V. Cigogne.

La raille maron te servira pour un deuxième gerbement.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Les agents de police en général, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Mouchard.

Rigaud, 1881 : Police, agent de police. — Espion ; de rascal, rascalion, coquin, en anglais.

La Rue, 1894 : Agent de police.

Virmaître, 1894 : Cette expression est ancienne, elle se trouve dans les Mystères de Paris (Argot des voleurs). V. Arnaque.

France, 1907 : Agent de police, mouchard. La raille, la police. Daron de la raille, préfet de police ; mot dérivé de raillon, sorte de javelot dont les anciens archers étaient armés. On lit dans le Grand Testament de François Villon (XVe siècle) :

Ci-gist et dort en ce sollier
Qu’Amour occist de son raillon,
Un pouvre perit escolier
Jadis nommé François Villon.

Vidocq emploie souvent le mot raille :

Ils parlaient aussi des railles. À propos de railles, vous n’êtes pas sans avoir entendu parler d’un fameux coquin qui s’est fait cuisinier.

Railleur

d’Hautel, 1808 : Les railleurs sont souvent raillés. C’est-à-dire, que l’on se venge quelquefois amèrement des gens qui aiment à persiffler les autres.

Railleux

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent de police.

France, 1907 : Même sens que raille.

Raire

d’Hautel, 1808 : Vieux mot qui signifie raser, faire la barbe.
Ne se soucier ni des rais ni des tondus. Ne se mettre en peine de qui que ce soit.

Raisin (huile de)

France, 1907 : Vin.

Auguste, un peintre en bâtiment,
Qui travaillait en face,
Entre, et nous dit comm’ ça : « M’z’enfants,
J’ai l’gosier qui s’encrasse,
Faut y mettr’ de l’huil’ de raisin… »

(H.-P. Denneville)

Raisin friot

France, 1907 : Sang-froid.

— Attention, les enfants, et préparons-nous à fabriquer le moscobos (voler le riche), car il nous faut à tous du raisin friot et ne as flancher sur le tas.

(Ed. Lepelletier)

Raisin, raisiné

France, 1907 : Sang. Pompe à raisiné, cœur.

— Dis donc, va un peu voir ce qui se passe. Dis-leur de ne pas sortir les couteaux, surtout… J’veux pas que le raisiné coule dans la cambuse.

(Michel Morphy, Le Vampire)

Raisiné

d’Hautel, 1808 : Faire du raisiné. Locution burlesque et triviale, pour dire, saigner du nez.
On lui a fait sortir le raisiné. Pour dire, que l’on a frappé quelqu’un au visage ; qu’on l’a fait saigner du nez.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sang.

M.D., 1844 : Du sang.

Larchey, 1865 : Sang. — Allusion de couleur. — V. Daviole.

Tu es sans raisiné dans les vermichels.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Sang, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Sang, — dans le jargon des voleurs. — Faire du raisiné, avoir un saignement de nez. — Faire couler le sang.

La Rue, 1894 : Sang.

Virmaître, 1894 : Sang.
— J’ai lingré le gonce, il a répandu son raisiné sur le trimard (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / anon., 1907 : Sang.

Raisiné (du)

Halbert, 1849 : Du sang.

Raisiné (faire du)

Delvau, 1866 : v. a. Saigner du nez, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas emprunté cette expression aux voleurs.

Raisiné, raisin

Rigaud, 1881 : Sang ; forme nouvelle de raisiné, qui n’était lui-même qu’une allusion de couleur entre le sang et le vin, raisiné, jus du raisin. — Il a de la raisiné à sa pelure, il a du sang sur son habit. — Faudra travailler au surin. — Merci, j’aime pas le raisin.

Raisinet

Bras-de-Fer, 1829 : Sang.

Raisins secs

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux capucins et aux franciscains, qui formaient avec les récollets, les minimes et les moines déchaux, les quatre ordres mendiants. Les récollets étaient les figues sèches, les minimes, les amandes avariées, et les déchaussés, les noisettes vides.

Raison

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas faire trente-six raisons pour cela. Se dit à quelqu’un qui fait des objections à tout ce qu’on lui commande, pour lui marquer que ses répliques ne conviennent pas.
La bête à raison. Façon de parler satirique, pour dire, qu’on approuve le sentiment d’une personne, pour laquelle d’ailleurs on n’a aucune considération.
Comme de raison. Pour, comme il est raisonnable, comme il est juste qu’on fasse.
N’avoir ni rime ni raison. Extravaguer dans ses raisonnemens.
C’est la raison que chacun sait, maître en sa maison. Dicton populaire, qui signifie que chacun doit être maître chez soi.

Raison de tablier

France, 1907 : Faute à réparer après avoir mis une fille à mal ; la raison est majeure, car il arrive un moment où le tablier ne peut plus dissimuler la faute. Vieille expression.

… Les mariages entre commis et commises étaient une rareté. D’ordinaire, quand cet événement se produisait, c’est qu’il y avait une raison de tablier, comme disaient nos pères.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Raisonner

d’Hautel, 1808 : Raisonner pantouffle ; Raisonner comme un cheval de carosse. Pour dire, en dépit du sens commun, tout de travers.

Rajouter

Delvau, 1866 : v. a. Ajouter, — dans l’argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.

Râler

Rigaud, 1881 : Tromper, mentir, — dans le jargon des marchands juifs.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Tromper.

anon., 1907 : Se plaindre.

Râleur

Larchey, 1865 : Les bouquinistes de Paris appellent ainsi ceux qui ont l’habitude de lire à leurs étalages sans rien acheter.

Delvau, 1866 : s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.

La Rue, 1894 : Menteur. Celui qui marchande trop avant d’acheter.

France, 1907 : Individu qui marchande et discute pendant une heure pour gagner un sou ou ne rien acheter.

Râleur, râleuse

Rigaud, 1881 : Celui, celle qui marchande sans rien acheter, ou qui achète après avoir longtemps marchandé et obtenu une forte diminution.

Rigaud, 1881 : Menteur, menteuse ; trompeur, trompeuse, — dans le jargon des marchands juifs.

Râleuse

Delvau, 1866 : s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter, — dans l’argot des boutiquiers.

Delvau, 1866 : s. f. Courtière, femme chargée d’arrêter les passants pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.

Rigaud, 1881 : Femme du Temple chargée d’attirer le client dans un magasin. C’est un diminutif de racoleuse.

La Rue, 1894 : Femme du Temple qui entraîne le client dans la boutique.

France, 1907 : Marchande du Temple qui raccroche les passants pour leur vendre des nippes. Se dit aussi des femmes qui marchandent pendant longtemps et s’en vont sans rien acheter.

Raleuses

Larchey, 1865 : « Les raleuses sont des racoleuses ou courtières lâchées par les marchands (du Temple) sur le gonze pour le forcer à acheter. » — Mornand.

Râleux

France, 1907 : Avare rapiat.

Rallié

France, 1907 : Personne nouvellement ralliée à la république.

Les ralliés lâchent allègrement le vieux shako de la monarchie et se coiffent du bonnet phrygien, qu’ils portent incliné sur l’oreille pour mieux accuser la crânerie de leurs nouvelles convictions.

(A. Maujan)

Rallonge

Hayard, 1907 : Couteau.

Rallye-paper

France, 1907 : Course au papier ; anglicisme. Un cavalier part quinze ou vingt minutes avant les autres, jetant de distance en distance des poignées de menus papiers pour que l’on suive ses traces. Ce genre de sport se fait aussi bien à pied qu’à cheval.

Le matin da rallye, le capitaine Lambert, suivi de deux servants à cheval, se mit en route au petit jour. Le tracé était hérissé de difficultés et il tenait à s’assurer que les obstacles artificiels qu’il avait fait préparer étaient bien en place.
À 9 heures, une fanfare sonnait le rassemblement et toute la chasse s’enfonçait sous bois et s’élançait sur la piste parsemée de petits papiers.

(Oscar Méténier)

Rama

Larchey, 1865 : « Des riens constituent chez certaines classes parisiennes un esprit drolatique dans lequel la bêtise entre comme un élément principal et dont le mérite consiste particulièrement dans le geste et la prononciation. Cette espèce d’argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n’a jamais un mois d’existence. Un procès en cour d’assises, une chanson des rues, les farces d’un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d’esprit. La récente invention du Diorama qui portait l’illusion de l’optique à un plus haut degré que dans les panoramas avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama. » — Balzac. — « Eh bien ! monsieur Poiret, dit l’employé, comment va cette petite santérama ? » — Id.

Delvau, 1866 : s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d’attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C’était leur javanais. Parler en rama. Ajouter rama à toutes les phrases.

Rigaud, 1881 : Syllabes placées à la fin d’un mot pour lui donner un cachet bizarre. (V. Le père Goriot de Balzac.) Le café devient le caférama, la viande, la viandorama, le bœuf, le bœuforama. Remplacé, depuis, par les désinences, plus euphoniques, mar, muche et mince.

La Rue, 1894 : Syllabe que l’on ajoute après certains mots pour les rendre bizarres, ex : caférama (café).

France, 1907 : Chaîne. Mettre au rama, enchaîner.

Le soir après la soupe, on nous mit au rama.

(A. Humbert, Mon Bagne)

Rama (parler en)

France, 1907 : Ajouter rama à chaque mot, puérile habitude des artistes vers 1840, continuée plus tard pour le parler dit javanais.

Ramacher

d’Hautel, 1808 : Répéter continuellement la même chose, radotter, gronder, gromeler, faire de fréquens sermons, des réprimandes à n’en plus finir.

Ramage

d’Hautel, 1808 : Gronde, réprimande, grognement, murmure, mécontentement ; l’action de marmoter entre ses dents.
Il m’a fait un beau ramage. Pour, il m’a vivement réprimandé, grondé.
Auras-tu bientôt fini ce ramage ? Pour cesseras-tu de marmoter, de murmurer, de grogner ?

Ramamichage

Rigaud, 1881 : Réconciliation entre enfants. — Ramamicher, favoriser une réconciliation. Se ramamicher, se réconcilier.

Ramamichage, ramichage

France, 1907 : Réconciliation ; argot populaire.

Ramamicher

La Rue, 1894 : Réconcilier.

Ramamicher (se)

France, 1907 : Se réconcilier.

Ramard

France, 1907 : Fromage quelconque ; argot de l’École navale

France, 1907 : Travail assidu ; argot de l’École navale.

Ramas

Rossignol, 1901 : Dortoir du bagne.

Ramassage

France, 1907 : Acte de ramasser et de rassembler les cartes ; argot des joueurs.

C’est au moment du ramassage
Qu’il faut faire son cuisinage.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Ramassé

France, 1907 : Condamné, arrêté ; argot des voleurs.

Ramasse-crottin

France, 1907 : Sobriquet que les fantassins donnent aux cavaliers.

Ramassée

France, 1907 : Prostitués de bas étage, exposée à être constamment ramassée, arrêtée.

Ramasser

d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit par plaisanterie à quelqu’un qui s’est laissé tomber, ou satiriquement à une personne que l’on remet à sa place en lui adressant quelques paroles piquantes.
S’il tombe sous sa main, il se promet de le ramasser d’une belle manière. Pour, il sera mal venu, bien maltraité.
Cela ne vaut pas le ramasser. Se dit de quelque chose de peu de valeur, et dont on ne fait nul cas.
Que le diable te ramasse. Voy. Diable.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Ce qu’elles craignent par dessus tout, c’est d’être ramassées sous le cruel prétexte de vagabondage.

(M. Waldor)

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter ; conduire en prison, — dans l’argot des faubouriens. Se faire ramasser. Se faire arrêter.

Rigaud, 1881 : Arrêter sur la voie publique ; appréhender au corps. Se faire ramasser, se faire arrêter sur la voie publique, dans un bal public. Se dit principalement en parlant des ivrognes et des tapageurs.

La Rue, 1894 : Arrêter. Faire des reproches.

Virmaître, 1894 : Se faire ramasser, c’est se faire arrêter. Quand un individu tient un langage imprudent ou qu’il dit des bêtises, il se fait ramasser (rappeler à l’ordre). Dans le peuple, on dit :
— Nous l’avons relevé du péché de paresse.
On dit également à une femme qui vous embête :
— Allons, ramasse tes cliques et les claques et fous le camp (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Recevoir des reproches ou réprimandes.

France, 1907 : Rabrouer, gronder. Prendre. Ramasser un bidon, s’évanouir, s’échapper. Ramasser des épingles ou des marrons, se livrer à la pédérastie passive. Ramasser une pelle, tomber. Ramasser une veste, échouer. Se faire ramasser, se faire arrêter ou se faire rappeler à l’ordre.

Quoi ? Vrai ! vous allez m’ramasser ?
Ah ! c’est muf ! Mais quoi qu’on y gagne ?
J’m’en vas vous empêcher d’pioncer,
J’ronfle comme un’ toupi’ d’Allemagne.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Ramasser (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se relever lorsqu’on est tombé.

Rigaud, 1881 : Conclure, résumer, — dans le jargon du peuple. — Ramasse-toi, voilà une heure que tu bafouilles.

Ramasser de la boîte

France, 1907 : Attraper de la prison ; argot militaire.

— J’ai mon truc à matriculer pour ce soir ; si c’est pas fait, j’ramasserai de la boîte.

(Georges Courteline)

Ramasser des épingles, des marrons

La Rue, 1894 : Avoir des mœurs innommables. On dit aussi : En être.

Ramasser des fourreaux de baïonnette

France, 1907 : Arriver après la bataille.

Ramasser ses outils

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

France, 1907 : Mourir.

Ramasser un bidon

Rigaud, 1881 : Se sauver et, principalement, s’évader, — dans le jargon des voleurs ; synonyme de se mettre une gamelle.

Ramasser un bouchon

Merlin, 1888 : Tomber de cheval. — On dit aussi : prendre mesure d’une schabraque.

Ramasser une bûche

Rossignol, 1901 : Tomber.

Ramasser une pelle

Fustier, 1889 : Tomber. Jargon des voyous.

M… alors… ; j’ramasse une pelle… C’est c’cul-là qui m’a poussé.

(R. Ponchon)

La Rue, 1894 : Tomber.

Virmaître, 1894 : Être certain de réussir une affaire et la rater. Faire la cour six mois à une femme au bout desquels elle vous envoie promener. Ramasser une pelle, se dit de tout ce qui manque (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Quand on ne réussit pas, on ramasse une pelle.

Hayard, 1907 : Tomber.

Ramassés (Beni)

France, 1907 : Littéralement, enfants ramassés. Élisée Reclus donne de ce nom l’explication suivante :

Telle ou telle des mille ou onze cents tribus qu’on énumère en Algérie se compose d’éléments distincts par la race ; il en est de même des groupements inférieurs, douar, dachera, ferka, arch : ils peuvent différer les uns des autres par la composition dans un même kbaïla ou ligue fédérale. Mainte peuplade n’est qu’une agglomération confuse de familles de toute couleur et de toute origine, venues de toutes les parties de la contrée ; suivant l’expression française, ce sont des Beni Ramassés. Chaque ville a des tribus de ce genre dans ses faubourgs.

Ramasseur d’isolés

France, 1907 : On appelle ainsi, dans le monde des joueurs, un escroc qui, à une table de roulette ou de trente et quarante, guette les joueurs distraits, pour s’emparer de leur gain. On dit dans le même sens : étouffeur d’orphelins.

Ramasseur de mégots

Virmaître, 1894 : Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes. Ces mégots sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers. La bourse aux mégots se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

Ramasseux

France, 1907 : Celui qui ramasse. Ramasseux de mégots, individu qui gagne sa vie en ramassant des bouts de cigares, de cigarettes.

Le ramasseux entra dans des détails. Quand il avait « recueilli », son premier soin était de couper le bout brûlé du cigare et la « tétine » sur une rondelle de bois ; puis, il « dévrillotait » son londrès, il l’épluchait, « comme des petits pois ». Quand ce tabac était tout à fait sec, il fallait encore « le friser » ; pour cela, le bonhomme le roulait doucement dans ses doigts jusqu’à ce qu’il reprit l’aspect de la « nouveauté. »

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Ramastic (vol à la)

France, 1907 : Il consiste à faire semblant de ramasser un bijou faux ou un objet sans valeur et à l’offrir à un passant qui le paye le double ou le triple de ce qu’il vaut.

Ramastique ou ramastiqueur

Vidocq, 1837 : s. — Les Ramastiques, comme beaucoup d’autres fripons, ne doivent leurs succès qu’à la cupidité des dupes.
Ce qui suit est un petit drame qui, malgré les avertissemens répétés de la Gazette des Tribunaux, se joue encore tous les jours dans la capitale, tant il est vrai que rien n’est plus facile que de tromper les hommes lorsque l’on caresse la passion qui les domine tous : la soif de l’or.
La scène se passe sur la place publique. Les acteurs principaux examinent avec soin les allans et venans. Enfin apparaît sur l’horizon l’individu qu’ils attendent ; sa physionomie, son costume, décèlent un quidam aussi crédule qu’intéressé. L’un des observateurs l’aborde et lui adresse quelques-unes de ces questions dont la réponse doit révéler à l’interrogateur l’état des finances de l’interrogé. Si les renseignemens obtenus lui paraissent favorables, il fait un signe, alors l’un de ses compagnons prend les devans et laisse tomber de sa poche une petite boîte ou un petit paquet, de manière cependant à ce que l’étranger ne puisse faire autrement que de remarquer l’objet, quel qu’il soit, c’est ce qui arrive en effet ; et au moment où il se baisse pour ramasser la boîte ou le petit paquet, sa nouvelle connaissance s’écrie : « Part à deux. » On s’empresse d’ouvrir le paquet ou la boîte ; à la grande joie du Sinve, on y trouve ou une bague, ou une épingle magnifique ; un écrit accompagne l’objet, et cet écrit est la facture d’un marchand joaillier qui reconnaît avoir reçu d’un domestique une somme assez forte pour le prix de l’objet qu’il envoie à M. le marquis ou à M. le comte un tel. « Nous ne rendrons pas cela, dit le fripon ; un marquis, un comte, a bien le moyen de perdre quelque chose, et nous serions de bien grands niais si nous ne profitions pas de la bonne aubaine que le ciel nous envoie. » Le Sinve ne pense pas autrement ; il ne reste donc plus qu’à vendre l’objet, voilà le difficile. Le Ramastique fait observer que cela ne serait peut-être pas prudent ; que l’objet, sans doute, est déjà signalé aux marchands joailliers. Comment faire ? « Écoutez, dit enfin le fripon, vous me paraissez un honnête garçon, et je vais vous donner une marque de confiance dont vous vous montrerez digne, je l’espère. Je vais laisser l’objet entre vos mains ; mais comme j’ai absolument besoin d’argent, vous me ferez l’avance de quelques centaines de francs, mais j’exige que vous me donniez votre adresse. » Le Sinve, qui déjà est déterminé à garder pour lui seul toute la valeur de l’objet trouvé, s’empresse d’accepter la proposition, et dans son for intérieur il se moque de la simplicité de son compagnon ; il ne cesse de rire à ses dépens que lorsqu’il a fait estimer la trouvaille par un joaillier qui lui apprend que le bijou qu’il possède vaut tout au plus 15 ou 20 francs.
Les Ramastiques sont presque tous des juifs. Chacun d’eux est vêtu d’un costume propre au rôle qu’il doit jouer. Celui qui accoste est presque toujours vêtu comme un ouvrier ; le perdant se distingue par la largeur de son pantalon, dont une des jambes sert de conducteur à l’objet pour le faire arriver jusqu’à terre. Quelques femmes exercent ce genre d’industrie, mais comme il est facile de le présumer, elles ne s’adressent qu’à des personnes de leur sexe.
Sur vingt individus trompés par les Ramastiques, dix-huit au moins donnent un faux nom et une fausse adresse. S’il est vrai que l’intention doive être punie comme le fait, je demande s’il ne serait pas juste d’infliger aux Sinves une punition capable de leur servir de leçon.
Ne soyez jamais assez sot pour vouloir partager avec un homme qui trouve un objet quelconque, surtout si pour cela il faut dénouer les cordons de votre bourse.

Ramastiquer

Delvau, 1866 : v. a. Ramasser, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 / Rossignol, 1901 : Ramasser.

France, 1907 : Ramasser ; argot des voleurs.

Ramastiqueur

Larchey, 1865 : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

Delvau, 1866 : s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.

Rigaud, 1881 : Filou qui vend à une dupe, comme étant de l’or, un bijou en imitation, soi-disant trouvé sur la voie publique.

Virmaître, 1894 : Désigne le genre de vol qui consiste à ramasser à terre un bijou faux qu’un compère a préalablement laissé tomber (Argot des voleurs). V. Trouceurs.

Rossignol, 1901 : Celui qui commet l’escroquerie au ramastique qui consiste à ramasser ou faire semblant de ramasser, devant une bonne tête, un écrin contenant une chaîne, dite Jeannette, avec une petite croix imitation or, d’une valeur de soixante-cinq centimes. Le ramastiqueur dit : « Part à deux », et ouvre l’écrin, en évalue la soi-disant trouvaille à une dizaine de francs ; la bonne tête donne 5 francs, et c’est un bénéfice de 4 fr. 35 pour le ramastiqueur. Ce genre d’escroquerie se fait à la campagne, mais à Paris, il y a une autre façon qui se pratique aux abords des gares : le ramastiqueur remarque un frais débarqué, bon à faire, il le suit, et à un moment donné, il ramasse, de façon à être aperçu, un écrin, puis il s’adresse au frais débarqué et lui dit : part à deux ; l’écrin contient une bague en or, ornée d’un brillant ; on la fait évaluer chez le plus proche bijoutier qui l’estime 80 francs ; il est rare que le voyageur ne donne pas 40 francs pour un bijou estimé 80. Mais le ramastiqueur avait un autre écrin semblable, contenant une bague exactement la même que celle que l’on a fait estimer, elle est en doublé et ornée d’un simili d’une valeur de 1 fr. 50 ; il la remet au voyageur en échange de 40 francs.

France, 1907 : Voleur à la ramastic. Se dit aussi des mendiants qui vont chanter ou mendier dans les cours et ramassent les sous jetés des fenêtres. « Les arcassineurs sont les mendiants à domicile ; les ramastiqueurs, les mendiants de cours qui ramassent des sous. Les tendeurs de demi-aune, les mendiants des rues. »

(Mémoires de M. Claude)

Ramastiqueur d’orphelins

Rigaud, 1881 : Négociant qui ramasse les bouts de cigarettes, les bouts de cigares.

Rambiner

Rigaud, 1881 : Raccommoder, ressemeler.

Tout le monde sait que son père rambinait les croknaux.

(Tam-Tam, du 2 juin 1878)

France, 1907 : Raccommoder, spécialement en parlant de vieux souliers.

Tout le monde sait que son père rambinait les croknaux.

(Le Tam-Tam)

Rambuteau

Larchey, 1865 : Guérite-urinoir — Du préfet qui en a doté la voie publique.

Delvau, 1866 : s. m. Colonne ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l’édilité du comte de Rambuteau.

Rigaud, 1881 : Urinoir public en forme de minaret. Gracieuse attention de l’ancien préfet de la Seine, M. de Rambuteau, qui a attaché son nom à ces utiles guérites à dôme, aujourd’hui, en partie, remplacées par les cuirassés.

France, 1907 : Urinoir public, du nom du préfet de la Seine qui en décréta l’installation.

Rame

Halbert, 1849 : Plume.

Delvau, 1866 : s. f. Plume, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Plume d’oiseau. Allusion aux rames qui font nager le canot et qui ont un peu la forme de plumes.

Rameaux (faire Pâques avant)

France, 1907 : Ne pas attendre la célébration officielle pour se livrer à l’accomplissement de l’œuvre permise

En mariage seulement.

On dit aussi d’une jeune fille qui s’est mise dans ce cas : Elle a vu la Pentecôte avant Pâques.

Ramenage

France, 1907 : Action de ramener ses cheveux sur le crâne dénudé.

Ramender

d’Hautel, 1808 : Pour dire baisser, diminuer le prix d’une chose,

Ramène

Rossignol, 1901 : Ramener, est, pour la fille publique, trouver des clients, avec qui elle va dans l’hôtel où elle a l’habitude de ramener.

Ramener

Rigaud, 1881 : Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque. C’est ce qu’Alphonse Karr appelle :

En emprunter un qui vaut dix.

Rossignol, 1901 : Se dit de celui qui est dénudé, qui laisse pousser ses cheveux longs sur les côtés de la tête, pour les ramener au sommet.

France, 1907 : Rassembler les cheveux des côtés de la tête pour dissimuler la calvitie.

Oui ! J’les ramèn’ : quoi ! C’est mon chic !
Tout chacun fait c’qu’i’ veut d’ses tiffes,
Pis, je m’en fous ben de c’que l’public
— Un tas d’gonss’ qui vaut pas trois giffes —
Peut dir’ d’ma façon de m’peigner,
Si sus les temp’s je m’coll’ des guiches,
C’est par magnère d’témoigner
Qu’en vrai barbiz’ j’aime pas les riches.

(É. Blédort)

France, 1907 : Terme d’équitation. Faire baisser la tête et le nez à un cheval qui les tient trop en avant, qui n’encapuchonnne pas.

Rameneur

Delvau, 1866 : s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête — et « empruntant ainsi un qui vaut dix ».

Rigaud, 1881 : Vieux beau qui ramène sur le sommet de sa tête, sur les tempes, deux ou trois mèches de cheveux qui s’égarent sur sa nuque.

La Rue, 1894 : Vieux beau qui ramène la mèche de cheveux qui lui reste sur le sommet de la tête ou sur le front. Se dit aussi de l’homme qui recrute des joueurs pour un cercle.

Virmaître, 1894 : Homme qui n’a que quelques cheveux et les ramène en avant sur son front pour faire croire à une chevelure abondante (Argot du peuple).

France, 1907 : Chauve qui essaye de dissimuler sa calvitie en ramenant ses cheveux sur le sommet du crâne.

France, 1907 : Individu d’aspect et de mise respectables chargé de racoler des dupes pour un tripot.

Un personnel de rameneurs qui, membres réguliers du cercle, gentlemen en apparence, ont pour mission de racoler ceux qui, bien nourris à la table d’hôte, seront, une heure après, dévorés à celle du baccara.

(Hector Malot, Baccara)

Rameneuse

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l’heure de la fermeture, afin d’y nouer connaissance avec quelque galant homme.

Rigaud, 1881 : Fille, femme ou veuve qui n’aime pas rentrer seule chez elle, le soir, pour une cause quelconque.

Virmaître, 1894 : Fille publique qui ramène les hommes qu’elle raccroche à son garni.
— J’ai une chouette gosse, hier elle a ramené dix fois (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Prostituée qui racole sur la voie publique, qui ramène les clients chez elle.

Ramer

d’Hautel, 1808 : Il s’y entend comme à ramer des pois. Pour dire que quelqu’un n’entend rien à ce qu’il a entrepris.

Ramiauler

France, 1907 : Remettre, raccommoder, faire la paix.

— Je voulons point nous ramiauler avec té.
— Ni mé itou, tâteux de pies !

(Hugues Le Roux)

Ramichage

d’Hautel, 1808 : Ce que l’on donne pour ramicher.

France, 1907 : Réconciliation. Voir Ramamichage.

Ramicher

d’Hautel, 1808 : Se ramicher. Terme d’écolier ; regagner au jeu ce que l’on y avoit perdu.
Ramicher son camarade. Lui rendre une partie de ce qu’on lui avoit gagné, pour le mettre en état de s’engager dans une nouvelle partie.

Delvau, 1866 : v. a. Réconcilier des gens fâchés — dans l’argot du peuple. Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s’être quittés.

France, 1907 : Réconcilier.

Ramicher (se)

France, 1907 : Se rattraper, se dédommager, regagner au jeu ou dans les affaires ce qu’on a perdu. Provincialisme.

Ramijoter (se)

France, 1907 : Même sens que ramicher ; argot populaire.

Ils se sont ramijotés ; et, d’après des mots de leur conversation, je répondrais bien qu’ils ont couché ensemble.

(Mémoires de Vidocq)

Ramolli

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Imbécile ; hébété ; abruti. Celui dont l’intelligence est atrophiée par suite d’excès, celui dont le cerveau estramolli. Le jeu et les femmes contribuent à faire des ramollis. — Tas de ramollis !

La Rue, 1894 : Imbécile. Ramollot. Type d’officier abruti.

France, 1907 : Imbécile ; individu atteint d’un ramollissement cérébral.

Ramollot

Virmaître, 1894 : Homme ramolli, sans consistance, qui rabâche vingt fois la même chose. Le capitaine Ramollot a fait rire tout Paris. L’expression est récente (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Caricature de militaire personnifiant l’officier inintelligent, insolent et brutal. Ce type fut créé par un gendelettre, Charles Leroy, qui, chose curieuse, n’avait jamais servi.

Ramona

d’Hautel, 1808 : Pour ramoneur, celui qui ramone les cheminées. C’est sans doute pour imiter la manière des petits savoyards qui ont habitude de s’annoncer dans les rues en criant : Ramona la chemina du haut en bas.

Delvau, 1866 : s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d’automne, s’en vient crier : haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C’est parfois un petit Auvergnat.

Ramonage

Rigaud, 1881 : Rabâchage, murmures réitérés.

France, 1907 : Confession. Elle nettoie, ramone la conscience.

France, 1907 : Réprimande.

Ramonat

France, 1907 : Petit ramoneur ; provincialisme.

Ramoné (être)

anon., 1907 : Arrêté.

Ramoner

Delvau, 1866 : v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents, — par allusion au bruit désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans la cheminée qu’il nettoie.

Rigaud, 1881 : Confesser, — dans l’argot des congréganistes ; c’est-à-dire : ramoner la conscience.

Rigaud, 1881 : Marmotter ; rabâcher.

La Rue, 1894 : Murmurer, marmotter. Confesser.

France, 1907 : Coïter.

France, 1907 : Marmotter, grogner.

France, 1907 : Nettoyer. Ramoner sa cheminée, se purger. Ramoner ses tuyaux, se laver les pieds. Se faire ramoner la conscience, se confesser.

Ramoner (se faire)

Fustier, 1889 : Se confesser.

Ramoner une femme

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien avec elle, passer et repasser l’outil priapique, le ramon de l’homme, dans sa petite cheminée, non pour la débarrasser de ses impuretés, mais, en réalité, pour en mettre de nouvelles.

— Mes belles, c’est vous que je cherche
Pour vous montrer une leçon ;
Et croyez-moi, vos cheminées.
Seront promptement ramonées
Si vous éprouvez ma façon.

(Ballet des chercheurs de midi à quatorze heures)

Ramoner, ramoner la cheminée

Rigaud, 1881 : Administrer un purgatif. — Recourir au dieu Mercure à l’état de deutochlorure pour guérir les blessures faites par Vénus.

Ramonitschel

France, 1907 : Bohémien.

Ces bohémiens, désignés sous le nom de ramonitschels, exercent des professions diverses et d’une nature essentiellement errante ; ils sont, à l’occasion, colporteurs, tireurs de bonne aventure, conducteurs d’animaux sauvages, afin de se livrer plus aisément à la mendicité. Dangereux, surtout la nuit, ils sèmeront l’incendie dans les campagnes, si cela est nécessaire à l’accomplissement de leurs vols ; mais ils ne sont pas assez courageux pour commettre un assassinat.

(G. Macé, Un Joli Monde)

On dit aussi Romanichel. Voir ce mot.

Ramor

Rigaud, 1881 : Âne, imbécile, — dans le jargon des marchands juifs.

La Rue, 1894 : Imbécile, dans l’argot des juifs.

France, 1907 : Imbécile. Cette expression est la défiguration du mot hébreu chamor, qui veut dire âne. « Le ch se prononce gutturalement, dit Tammermans ; de là la substitution de r à ch. »

Ramorder

France, 1907 : Travailler ; argot du Borda.

En entendant un bordache dire à un de ses camarades « qu’il ramorde chiade sa carlingue pour ne pas être cramé par un élitard », on ne se douterait pas que cet élève travaille ferme son cours d’architecture navale, pour ne pas être dépassé par un élève d’élite.

(Histoire de L’École navale)

Rampant

France, 1907 : Prêtre ; argot populaire. Allusion aux génuflexions devant l’autel.

Rampante

France, 1907 : Église ; argot des voleurs. Voir Petit bocson.

Rampe

Delvau, 1866 : s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène, — dans l’argot des coulisses. Se dit aussi pour : Théâtre, scène, coulisses. Princesse de la rampe. Actrice. Se brûler à la rampe. Jouer pour soi, — s’approcher trop près du public, sans s’occuper des autres acteurs en scène.

Rampe (lâcher la)

Larchey, 1865 : Mourir. — Mot à mot : dégringoler l’escalier de la vie.

Ton oncle s’est laissé mourir ? — Le pauvre cher homme ! Il vient de lâcher la rampe.

(Tintamarre)

France, 1907 : Mourir.

Rampe (pomme de)

France, 1907 : Tête chauve.

Rampe (princesse de la)

France, 1907 : Actrice en renom.

Rampeau

France, 1907 : Coup nul ; terme de jeu. C’est le vieux mot rappeau ou réappel déformé, c’est-à-dire le rappel des mises ou enjeux. Pour les joueurs de quilles, faire rampeau, c’est abattre le même nombre de quilles que celui qui en a le plus abattu. On écrit aussi, mais à tort, rampo.

Rampeau !

Delvau, 1866 : Coup nul, — dans l’argot des enfants, lorsqu’ils jouent aux billes ou à la balle. Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d’une partie en deux coups de boule.

Rampo

Rigaud, 1881 : Coup nul au jeu de billes, aux quilles, et, en général, à tous les jeux d’enfants.

La Rue, 1894 : Coup nul.

Ramponer

Delvau, 1866 : v. n. Boire, s’enivrer. L’expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.

France, 1907 : Boire à la guinguette. Cet archaïsme, fort usité au XVIIIe siècle, est à peu près ignoré aujourd’hui. Il mérite d’être rappelé. Ramponneau était le nom d’un cabaretier qui abreuvait la populace toujours altérée des faubourgs à raison de trois sous et demi la pinte de vin ; modération, dit Mercier, étonnante dans un cabaretier et qu’on n’avait point encore vue jusqu’alors.

Sa réputation fut aussi rapide qu’étendue. Une affluence extraordinaire rendit son cabaret trop étroit ; et l’emplacement s’élargit bientôt avec sa fortune. Je ne parlerai point ici des princes qui le visitèrent, Le sourire du peuple, a dit Marmontel, vaut mieux que la faveur des rois.
La fortune vint à la suite de la renommée ; il enrichit la langue d’un mot nouveau, et, comme c’est le peuple qui fait les langues, ce mot restera : on dit ramponer, pour dire : boire à la guinguette hors de la ville, et un peu plus qu’il ne faut

(Mercier, Tableau de Paris)

Ramser

Rigaud, 1881 : Raccrocher, — dans l’argot des filles. Pour ramasser.

Rancard

Virmaître, 1894 : Renseignements.
— J’ai besoin d’un rancard sur un tel.
— Le rancard du probloque est tout ce qu’il y a de plus mouche.
Le rancard est un terme convenu pour la correspondance des tenanciers de claquedents avec les placiers qui les alimentent de camelottes (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Veut aussi dire renseignement, endroit. Un agent de police dira :

On m’a donné un rancard où se réunissent des voleurs.

France, 1907 : Renseignements ; argot des souteneurs.

Le rancard est un terme convenu jour la correspondance des tenanciers de claquedents avec les placiers qui les alimentent de camelottes.

(Ch. Virmaître)

Rancard (donner un)

anon., 1907 : Donner un renseignement.

Rancard (mettre au)

Rossignol, 1901 : De côté. — « J’ai mis 20 francs au rancard pour payer mon terme de loyer. » — « Mon vélocipède était trop vieux, je l’ai mis au rancard. »

anon., 1907 : Mettre de côté.

Rancard (un)

anon., 1907 : Rendez-vous.

Rancard ou rancart

Virmaître, 1894 : Mettre quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut plus au rancart, de côté. Un coup de rancart est aussi une chose imprévue, comme le fait par exemple de raccrocher une femme dans lui lieu public (Argot des souteneurs).

Rancarder

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Renseigner.

Rancart

Delvau, 1866 : v. Rencart.

Fustier, 1889 : Objet de peu de valeur.

La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur ; des romans mort-nés…

(Huysmans, À vau l’eau)

Mettre au rancart, abandonner, jeter dans un coin. C’est le synonyme de mettre au cabinet, d’Alceste.

Rancart (mettre au)

Hayard, 1907 : Jeter ce qu’on ne veut plus, un renseignement.

France, 1907 : Mettre de côté, au rebut.

Le vieux dieu stupide et méchant de la mythologie judaïque était mis au rancart avec ses cousins, frères et pères, aussi malfaisants mais moins imbéciles, des mythologies païennes.

(Hector France, L’Avenir)

Mais, ce n’est fichtre pas une raison pour rapapilloter les bons bougres avec la séquelle des marchands d’injustice : ce n’est pas parce qu’un homme — de plus dure trempe que le plus dur acier — a su se conserver chouette dans cette pourriture, qu’il faudrait foutre au rancart la haine féconde qu’ont pour les jugeurs tous les gas l’attaque.

(Le Père Peinard)

Ranchets

France, 1907 : Pièces de fer ou de bois placées de chaque côté d’un chariot pour en retenir les échelles.

Rancké

Fustier, 1889 : Pièce de deux francs.

Randève

Hayard, 1907 : Rendez-vous.

Rang

d’Hautel, 1808 : Se mettre en rang d’ognons. Se mettre tout sur une seule ligne.
Mettre une chose au rang des oublis. Ne vouloir plus y penser, et en perdre le souvenir.

Delvau, 1866 : s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.

Rang d’oignons

France, 1907 : Rangée d’objets ou de personnes en ligne.

Auprès de Saint-Sulpice, un spectacle odieux,
C’est l’exhibition des marchands de bons dieux,
Je suis chrétien, d’accord, mais non pas idolâtre,
Et j’ai pris en horreur ces bonshommes de plâtre,
Peints d’un rouge canaille ou d’un bleu de coiffeur :
La Vierge au cœur saignant et le divin Sauveur,
L’archevêque mitré, le martyr et sa palme,
Ils sont là tous, en rang d’oignons, l’air bête et calme,
Fixant sur vous des yeux par l’extase arrondis,
— Si c’était comme ça, pourtant, le paradis !

(François Coppée)

Ranger

d’Hautel, 1808 : C’est un garçon rangé… des voitures. Addition maligne et facétieuse, pour faire entendre qu’un homme ne mène pas une conduite bien régulière.

Rigaud, 1881 : Mettre en pâte, par ironie.

Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien, c’est la conscience qui range

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : v. a. Mettre en pâte. Ce mot est employé ironiquement et par antiphrase. Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien ; c’est la conscience qui range !

France, 1907 : Mot employé ironiquement et par antiphrase dans l’argot typographique pour signifier mettre en pâte, c’est-à-dire laisser tomber sa composition ou un paquet de caractères.

Lorsqu’un homme de conscience (Voir ce mot) laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : « Ce n’est rien, c’est la conscience qui range ! »

(Eugène Boutmy)

Ranger des voitures (se)

Rigaud, 1881 : Se retirer du monde des plaisirs. On dit encore : se retirer de la circulation. Cette dernière expression signifie également se marier.

France, 1907 : S’assagir, devenir prudent après ne l’avoir pas été. Même sens qu’acheter une conduite.

C’était à coup sûr une remarquable et très intelligente gaillarde, magistralement experte en son métier de fille galante, et fine mouche d’ailleurs et toutes sortes de choses, que Mlle Gisette, dite autrefois (par les voyous, ses congénères à Belleville) la Gaufre, dite plus tard (par les carabins au quartier Latin) la Ventouse, dite plus tard encore (par ses vis-à-vis à Élysée-Montmartre) la môme Jambe-de-Laine, de son vrai nom Delphine-Esther Giset, ex-trottin, ex-modèle, ex-verseuse de brasserie, ex-étoile de chahut, ci-devant patronne d’un « Plumes et Fleurs » à un entresol de la rue de la Lune, et présentement femme entretenue dans les grands prix, au sac, rangée des voitures, au point d’en avoir une à elle.

(Jean Richepin, Flamboche)

Rangraisser, rengracier

Halbert, 1849 : Se taire, renoncer.

Rangs

Boutmy, 1883 : s. m. pl. Tréteaux sur lesquels les casses sont placées. Un rang est disposé pour deux compositeurs.

Rantequé

France, 1907 : Déformation argotique de quarante.

Rap

Rossignol, 1901 : Le dos.

Rapapillotage, rapapiotage

France, 1907 : Réconciliation.

Souvent elles aimeront moins l’amant que l’amour, et, sachant par expérience que les rapapillotages ne valent pas mieux qu’un dîner réchauffé, elles se garderont bien, si elles sont lâchées par le second amant, de retourner au premier amant ; elles on prendront un troisième tout neuf, quitte à… passer la main à un quatrième, si le troisième ne fait pas l’affaire. C’est surtout pour la Parisienne qu’il est juste de dire que, s’il y a des femmes n’ayant pas d’amant, il n’y en a pas qui n’en ait eu qu’un.

(Colombine, Gil Blas)

Rapapilloter

Virmaître, 1894 : Un ménage désuni se rapapillotte. Mot à mot : se raccommode. La chanson populaire dit : Je me rapapillote Avec Charlotte. (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Réconcilier.

Bougrement d’eau a coulé sous les ponts depuis que les républicains français, pour détourner les prolos de la Sociale, bouffaient du calotin à chaque repas et faisaient un battage des cinq cents diables avec l’anticléricalisme.
Oui, foutre, nous sommes loin de l’apostrophe de Gambetta à Romans : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » de la laïcisation à outrance, de l’article 7, du simulacre d’expulsion des jésuites qui, chassés par la porte, rentraient subito par la fenêtre, et de toutes les autres couillonnades gambettistes et ferrystes.
Aujourd’hui, ces beaux merles, curés et républicains à la flan, sont cul et chemise. La républicanaille qui a pris du ventre à exploiter jusqu’à la gauche le populo, et lui voyant — par-ci, par-là — des velléités de rouspétance, s’est rapapillotée avec les sacs à charbon qui, aucun bon bougre ne l’ignore, sont les maîtres abrutisseurs.

(Le Père Peinard, 1897)

Rapapilloteur

France, 1907 : Réconciliateur.

Rapapiotage

Rigaud, 1881 : Réconciliation. — Rapapioter, réconcilier. Rapapioteur, rapapioteuse, celui, celle, par l’entremise de qui s’est faite une réconciliation.

Rapapioter

France, 1907 : Réconcilier.

Les autoritaires veulent conserver ce qui existe et tenir le populo sous leur coupe. Ils varient bougrement de couleur des uns aux autres : des fois même, ils se chamaillent, — mais, en fin de compte ils se rapapiotent sur le dos des prolos.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Rapapioteur

France, 1907 : Réconciliateur.

Rapatriage

d’Hautel, 1808 : Réconciliation, oubli mutuel des erreurs et des torts.

Rapatrier

d’Hautel, 1808 : Raccommoder deux personnes brouillées.
Se rapatrier. Faire la paix, se réconcilier avec, quelqu’un, convenir réciproquement d’oublier ses torts.

Rapatrier (se)

Delvau, 1866 : Se réconcilier, — dans l’argot du peuple.

Rapatu

Halbert, 1849 : Morpion.

Rapatu, rapattu

France, 1907 : Pou ; argot des voleurs.

Rape

La Rue, 1894 : Dos.

Virmaître, 1894 : Le dos. Rape, avare.
— Il est dur comme la rape du menuisier.
C’est de rape qu’on a fait rapiat pour désigner les auvergnats, qui, comme on le sait n’attachent pas leur chien avec des saucisses (Argot des voleurs et du peuple). N.

Râpe

d’Hautel, 1808 : Donner de la râpe douce. Pour dire flatter, cajoler, caresser.

Delvau, 1866 : s. f. Le dos, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dos et, principalement, dos de bossu, dos bombé en forme de râpe.

Rossignol, 1901 : Avare.

Il n’offre jamais rien, c’est une râpe.

Hayard, 1907 : Dos (le vrai mot est râble).

France, 1907 : Avare. Diminutif de rapiat. « Quelle sale râpe que ce vieillard ! »

France, 1907 : Dos. Il râpe les endroits où il s’appuie.

Râpé

d’Hautel, 1808 : Un habit râpé. Pour dire usé jusqu’à la trame, à profit.

France, 1907 : Pauvre dont la misère s’étale sur les vêtements. Râpé comme la Hollande, allusion au fromage de ce nom, que l’on râpe en place de gruyère ou de parmesan.

France, 1907 : Piquette, boisson obtenue en jetant de l’eau sur des fruits ou du marc de raisin.

Râpé (un)

Merlin, 1888 : Un officier sans fortune.

Râpé comme la Hollande

Rigaud, 1881 : Très minable. Allusion au fromage de Hollande râpé.

Rape d’orient

La Rue, 1894 : Diamant.

Râpe d’orient

France, 1907 : Diamant.

Râpée

France, 1907 : Coït.

Raper

La Rue, 1894 : Chanter mal.

Virmaître, 1894 : Chanter. Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs. Mot à mot : il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.

Râper

Rigaud, 1881 : Chanter. (L. Larchey) Et, principalement, chanter d’une manière monotone, ou chanter une chanson idiote, une chanson qui rappelle le bruit de la râpe.

France, 1907 : Chanter d’une voix rude et gutturale, écorcher les oreilles de ses auditeurs.

Rapere in jus

France, 1907 : Citer en justice. Locution latine.

Rapetasser

d’Hautel, 1808 : Des souliers rapetassés ; des habits rapetassés. Pour dire, raccommodés grossièrement.

France, 1907 : Refaire.

Cette saloperie d’impôts indirects qui, quoique pas visibles à l’œil nu des aveugles, se sentent bougrement, avait déjà subi pas mal d’anathèmes avant le grand coup de chien d’il y a cent ans. Tellement qu’au début, la Constituante dut les biffer du programme des nouveaux impôts, aussi bien que les dîmes.
Cet impôt d’origine féodale, qu’on appelait alors les aides, ne tarda pas à rappliquer, comme toutes les cochonneries dut « bon vieux temps » que les bourgeois rapetassaient en les débaptisant à peine ; la loi du 5 ventôse au XII le remit sur pattes.
Et ainsi pour tout ! Les corvées se muaient et prestations, la gabelle en impôt du sel, les douanes intérieures en octroi, la dime en budget des cultes, etc., etc.
Si bien que, petit à petit, la kyrielle des impôts devenait aussi longue que sous la défunte royauté.
Les impôts indirects — ceux qu’on ne voit pas — comme le disait dans un de ses moments de lucidité l’écrivassier bourgeois Bastiat, sont une chose d’une traitrise carabinée.
On les paies s’en apercevoir, au coin du feu, au plumard, à table, au café… à tous les instants de notre vie.

(Le Père Peinard)

Rapetisser

France, 1907 : Battre, c’est-à-dire rendre petit, humble. L’individu battu est humilié.

Râpeur

France, 1907 : Chanteur à la voix rauque.

Près d’eux, moins nombreux, sont installés les chanteurs en ballade, ténors de ruisseau, barytons de cours, basses de cabarets, au répertoire varié, râpeurs de couplets naturalistes, ne travaillant sérieusement que le lundi, ce dimanche des ouvriers.

(G. Macé, Un Joli Monde)

France, 1907 : Chevalier d’industrie ; individu qui vit d’expédients.

Rapia, rapiat

France, 1907 : Avare, grippe-sou ; argot populaire.

Au moyen âge, sais-tu quels étaient les banquiers, les tripoteurs d’argent, les rogneurs d’écus ?
Ce fut, pendant un sacré temps, des types venus de la Lombardie. Et, nom de dieu, on les exécrait ferme, car ils étaient bougrement rapias. Le populo avait du cœur à gueuler : « Mort aux Lombards ! »
Les Lombards ont cessé d’être banquiers, et nous n’avons pas cessé d’être exploités !

(Le Père Peinard)

Rapiat

Vidocq, 1837 : s. m. — Auvergnat, Savoyard.

Larchey, 1865 : Auvergnat, avide, avare. — D’Hautel (1808) fait venir ce mot de Rapiamus. — V. Flanelle.

Delvau, 1866 : s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Rapace. Le rapiat n’est pas précisément un voleur. Il aime l’argent, il ne néglige aucune occasion d’en gagner. Pour lui, il n’y a pas de petits profits. À la rapacité, il joint ordinairement l’avarice ; c’est alors le plus beau spécimen du genre, le superlatif de rat.

La Rue, 1894 : Rapace. Avare.

France, 1907 : Auvergnat, Savoyard. Tous deux sont renommés pour leur âpreté au gain, leur rapacité. Un vieux proverbe dit : « Avare comme un Auvergnat. »

Rapiau

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fouille, recherche. Faire le rapiau, chercher des objets volés.

France, 1907 : Raccommodage.

Rapide (le)

Rigaud, 1881 : Train rapide sur les grandes lignes de chemins de fer. Le rapide marche un peu plus vite que l’express, sans plus d’accidents que les trains de banlieue.

Rapière

d’Hautel, 1808 : Épée de bretteur ; vieille et longue épée.

Rapiller (se)

France, 1907 : Se sauver ; argot des voleurs.

Rapin

Larchey, 1865 : « Ce joyeux élève en peinture qu’en style d’atelier on appelle un rapin. » — Balzac.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais peintre, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Élève peintre et, par extension, mauvais peintre.

Quand on veut être modèle
Chez les rapins,
Chez les rapins,
Suffit pas d’être belle,
Faut prendre des bains,
Des bains.

(L. Xanrof)

Rapiole

La Rue, 1894 : Fille publique.

France, 1907 : Prostituée.

Rapiot

Delvau, 1866 : s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Rapiécetage, ravaudage.

La Rue, 1894 : Rapiécetage. Fouille des condamnés.

France, 1907 : Même sens que rapiau.

France, 1907 : Petite pièce mise à un vêtement ou une chaussure.

Rapiot (le grand)

Vidocq, 1837 : s. — Première visite faite sur les condamnés après leur sortie de Bicêtre, pour aller au bagne.

Rapioter

Ansiaume, 1821 : Fouiller.

En me rapiotant, ils ont pésillé le carle, les carroubles, je fus marron.

Vidocq, 1837 : v. a. — Visiter les condamnés en route pour le bagne.

Larchey, 1865 : Rapiécer.

Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.

(Mornand)

Delvau, 1866 : v. a. Fouiller, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Rapiécer.

Rigaud, 1881 : Fouiller un condamné, — dans le jargon des voleurs. Autrefois le mot s’appliquait à la visite pratiquée sur les condamnés en partance pour Toulon, Brest et Rochefort. — Le grand rapiot, c’était la visite préliminaire qu’on pratiquait sur les condamnés qui, à leur sortie de Bicêtre, étaient dirigés sur les bagnes.

Rigaud, 1881 : Repriser, rapiécer, raccommoder, — dans le jargon des marchands fripiers et des savetiers.

Virmaître, 1894 : Fouiller dans les poches de quelqu’un. Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser. Cette expression est néanmoins employée par les voleurs. Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).

France, 1907 : Faire main basse sur des objets. Tout rapioter, tout emporter.

France, 1907 : Raccommoder, ravauder, rapiécer.

Rapioteur

La Rue, 1894 : Ravaudeur. Rapioter, ravauder.

France, 1907 : Ravaudeur.

Rapioteur, rapioteuse

Rigaud, 1881 : Raccommodeur, raccommodeuse de vieilles hardes.

Georges Cadoudal, avant son arrestation, avait trouvé asile chez une jeune rapioteuse du Temple.

(F. Mornand, La Vie de Paris.)

Rapiquer

Delvau, 1866 : v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens. On dit aussi et mieux Rappliquer.

France, 1907 : Revenir, rentrer. Déformation populaire de rappliquer.

Raplapla

France, 1907 : Rengainé, chose cent fois redite. Onomatopée, imitant le raplapla du tambour.

La définition de Dumas : « Les affaires, c’est l’argent des autres », cette définition, qui paraissait hardie et même cynique, il y a cinquante ans, est devenue rococo, raplapla. Car, il ne faut pas nous le dissimuler, aujourd’hui, les affaires, ce n’est plus seulement l’argent, mais c’est le nom, l’honneur et la vie même des autres. C’est admis, c’est reconnu.

(Maurice Donnay)

Rapliquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Revenir.

M.D., 1844 : Arriver.

M.D., 1844 : Venir souvent.

Rapochener

France, 1907 : Faire taire quelqu’un, lui clouer de bec ; patois meusien.

Rapointi

Rigaud, 1881 : Maladroit. — Souffre-plaisir des émigrés de Gomorrhe, — dans le jargon des ouvriers du fer ; par réminiscence des déchets de fer nommés rapointis de ferraille.

La Rue, 1894 : Homme sans valeur ou de mœurs innommables.

France, 1907 : Maladroit, gauche.

France, 1907 : Pédéraste.

Rappeler

d’Hautel, 1808 : Il ne rappelle pas son buveur. Se dit du vin qui n’est pas potable ; qui ne vaut rien ; et, par extension, d’une personne dont la figure n’a rien d’engageant, rien d’aimable.
On dit aussi, dans un sens affirmatif et opposé, Il rappelle son buveur, etc.
Se rappeler. Ce verbe veut toujours un régime direct ; c’est donc une faute que de dire, comme le font beaucoup de gens, vous rappelez-vous de cette histoire ? oui, je m’en rappelle. Vous rappelez vous cette histoire, dites, je me la rappelle.

Rappiller (se)

La Rue, 1894 : Se sauver.

Rappliquer

Clémens, 1840 : Revenir.

Larchey, 1865 : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage).

Rigaud, 1881 : Retourner, revenir, rentrer. Rappliquer à la taule, rentrer à la maison.

Merlin, 1888 : Arriver, revenir. — On rapplique à la caserne, à l’exercice, à la soupe, etc.

La Rue, 1894 : Retourner, revenir.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Depuis huit jornes que je suis en bordée, je rapplique à la piaule, mince de suif à la clé (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Venir, aller, se rendre.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, rentrer.

Ratinel marie sa fille au petit de la Rochepurée ; on convient qu’on achètera le mobilier à frais communs. Ils vont chez le tapissier, le beau-père et le gendre : ils discutent, choisissent ce qu’il y a de mieux, se font faire un prix approximatif ; ils s’en vont et, dix minutes après leur départ, le tapissier voit arriver le beau- père qui lui dit : « Ce n’est pas tout ça, je vous ai amené mon gendre » et il demande une commission de vingt mille francs. L’autre est épaté, lorsque, dix minutes après le beau-père, il voit rappliquer le gendre, qui lui dit : « Ce n’est pas tout ça, je vous ai amené mon beau-père et il réclame une commission de trente mille francs. »

(Maurice Donnay)

Rappliquer à la taule

France, 1907 : Rentrer chez soi.

Rappliquer au plumard

France, 1907 : Aller se coucher.

Tout à coup, la môme regarda sa montre et sursauta :
— Onze heures et demie, bien le bonsoir, faut que j’rapplique au plumard !
— Tu ne nous quitteras pas comme ça, Claquette.
— Vous êtes bien gentils, mais mon p’tit homme m’attend, et, si j’étais trop en retard, je pense que je danserais dans les grands prix, répliqua-t-elle.

(Champaubert)

Rappliquer, repiquer au tas

France, 1907 : Recommencer.

Mais pourquoi qu’a m’fait des ch’veux gris ?
Faudrait qu’j’y fout’ l’argent d’mes s’maines.
J’ai beau y coller des châtai’nes.
A r’pique au tas tous les sam’dis.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Rappointi

France, 1907 : Chétif, avorton ; argot faubourien.

Rappointis

Virmaître, 1894 : Morceau de fer pointu, forgé par un apprenti. On appelle ainsi les chétifs (Argot du peuple). V. Avorton. N.

Hayard, 1907 : Vieux outils.

Rapport (signer le)

France, 1907 : Faire la corvée de balayage ; argot militaire. On dit aussi : copier l’ordre.

Rapporteur

Delvau, 1866 : s. m. Élève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.

Rapporteuse (la)

France, 1907 : La police ; argot des voyous.

Rapsodis

France, 1907 : Vieilleries, vieilles nippes.

Raquer

Rossignol, 1901 : Payer. « Quel est celui de nous qui va raquer la dépense ? » Celui qui a été condamné a raqué.

Hayard, 1907 / anon., 1907 : Payer.

Raquette

d’Hautel, 1808 : Un casseur de raquettes. Un fanfaron, un fat, qui fait le brave et le vigoureux.
On appelle aussi une épaule de mouton, une raquette.

France, 1907 : Bavardage.

France, 1907 : Violon ; argot musical.

Rara avis

France, 1907 : Oiseau rare. Locution latine tirée de Juvénal.

À propos d’un procès scandaleux passé en Angleterre où il était question de quantité de vierges déflorées, une jeune miss ignorante du latin, causant avec le comte de C… de ce procès, lui demandait d’une manière fort naïve ce que voulait dire une virgo intacta, expression fréquemment employée dans le procès.
— Mademoiselle, répondit le comte de C…, c’est une expression latine qui signifie la même chose que rara avis !

Rareté

d’Hautel, 1808 : Pour la rareté du fait. C’est-à-dire, pour la singularité de la chose.

Rari nantes in gurgite vasto

France, 1907 : Quelques naufragés sur le vaste gouffre. Locution latine tirée de l’Énéide de Virgile.

Rarissime

d’Hautel, 1808 : Pour dire, extrêmement rare.

Ras de bottes

France, 1907 : Officier mécontent et en défaveur ; argot des polytechniciens.

Loin des terrains tremblants du sol français, cet officier trouva moyen de faire de la politique. Il est vrai qu’il avait rencontré en Afrique exilé comme lui, un ras de bottes, comme on dit à l’École polytechnique, un mécontent comme tous les officiers du génie qui trouvent étonnant qu’on ne les nomme pas maréchaux en sortant de l’école.

(Ivan de Wœstine)

Rasant

France, 1907 : Ennuyeux.

Rascal

France, 1907 : Vaurien, racaille ; anglicisme.

Rase

France, 1907 : Bord ; argot populaire.

Du cidre il faut
Jusqu’au rase,
Du cidre il faut
Jusqu’en haut.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Rasé

Clémens, 1840 : Curé, prêtre.

France, 1907 : Prêtre ; argot populaire.

Rasé comme un ponton

France, 1907 : Complètement ruiné. On dit aussi : rincé comme un verre à bière. Argot populaire.

Rase-pet

Hayard, 1907 : Veste.

Raser

Larchey, 1865 : Railler. Jadis on disait faire la barbe.

Pour aviser au moyen de faire la barbe à la municipalité de Paris.

(1793, Hébert)

On a commencé à dire des blagueurs. Aujourd’hui, on dit des raseurs.

(Gazette de Paris)

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, être importun, — comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres. On disait il y a cent ans : Faire la barbe.

Rigaud, 1881 : Blaguer, conter des bourdes, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Enlever à ses camarades une vente, faire une vente au préjudice d’un camarade, — dans le jargon des commis de la nouveauté. C’est une variante moderne de faire la barbe.

Rigaud, 1881 : Ennuyer. — Railler. — Ruiner.

Elle s’est essayée sur le sieur Hulot qu’elle a plumé net, oh ! plumé, ce qui s’appelle rasé.

(Balzac, La Cousine Bette)

La Rue, 1894 : Ennuyer, importuner. Railler.

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant, c’est le raser ; on dit aussi barber.

France, 1907 : Importuner, ennuyer. Cette expression ne viendrait-elle pas de cette autre : faire la barbe à quelqu’un, c’est-à-dire le raser. Les anciens attachaient une grande importance à la conservation ou à la perte de la barbe. Raser la barbe à quelqu’un, c’était le couvrir d’opprobre. Les Juifs rasaient les lépreux ; les Grecs, Les Indiens rasaient les impudiques. Les Lombards tondaient les incendiaires et les voleurs. Les lois germaniques défendaient de raser un homme libre. Chez les Orientaux, un visage rasé est un signe d’avilissement, et un des reproches que les Arabes d’Algérie adressaient jadis aux Français était celui de se couper la barbe. Les premiers hommes portaient la barbe telle que la nature la donne, la regardant comme une précieuse prérogative, le signe de la force et de la virilité.

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Les poètes, les peintres nous montrent leurs héros barbus. Les Chinois regardent la barbe comme le plus bel ornement de l’âge viril. Dans l’Yémen, il serait honteux de paraître sans barbe. Les esclaves ne peuvent la porter. Les Bédouins jurent sur leur barbe. Les Turcs disent : « Il faut sacrifier la barbe pour sauver la tête », dernière expression de leur détresse que de sacrifier la barbe. Pour désigner un homme de cœur, les Espagnols disent : « Es hombre de barba » (C’est un homme de barbe). Conclusion : Ne nous laissons pas raser.

Dieu merci ! vos mythologies
Nous ont flanqué des névralgies,
Pensez si nous sommes blasés :
Pendant des dix ans de collège,
Jours de soleil comme de neige,
Nous en fûmes assez rasés.

(Raoul Ponchon, Gazette rimée)

France, 1907 : Opérer une razzia ; dépouiller, enlever. Être rasé, être ruiné.

Raseur

Larchey, 1865 : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 1853.

Rigaud, 1881 : Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.

Virmaître, 1894 : Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard). V. Crampon.

Rossignol, 1901 : Voir raser.

Hayard, 1907 : Bavard ennuyeux.

France, 1907 : Ennuyeux importun, gêneur.

Si les sentiers du journalisme et de la littérature ne sont pas encore tout à fait encombrés par de vagues raseurs bien coiffés, c’est que ceux-ci préfèrent exercer une profession moins aléatoire que celle d’écrivain. Ce n’est pas la modestie qui les empêche d’écrire : c’est la raison. Rendons hommage à leur prudence et à leur souci de l’avenir. Grâce à cette réserve, il y a encore des gens qui, sur les feuilles de recensement, ne s’intitulent pas homme de lettres, et l’on peut écrire à son bottier sans être forcé, par la plus élémentaire des courtoisies, de l’appeler « Monsieur et cher confrère. »

(Paul Foucher)

Nous reverrons encor bien des choses insanes
Qui font lever le cœur et amènent le rot :
Sur des velours en zinc des vestales sans cuisses,
Sur des crus épinards des vierges sans tétons
Dans les grands bois sacrés d’impudiques Narcisses
Et devant des pianos des raseurs en veston.

(Don Juan)

Raseur, rasoir

Rigaud, 1881 : Bavard, importun, ennuyeux personnage qui vous tanne, qui produit sur les nerfs l’effet que produit sur la peau un rasoir ébréché.

La Rue, 1894 : Personnage ennuyeux, importun.

Raseuse

Rigaud, 1881 : La femelle du raseur. — Femme qui importune ses anciens amants par des demandes incessantes d’argent.

Rasi

M.D., 1844 : Curé.

Rasibus

d’Hautel, 1808 : Pour dire, tout près, tout contre.
Le coup lui passa au rasibus du nez. Pour dire, tout près du nez.

Delvau, 1866 : prép. Tout près, tout contre, au ras, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Castrat.

France, 1907 : Près, tout contre, au ras, au niveau de… « J’ai coupé cet arbre rasibus la terre. »

Le chef des ennemis me lance, furieux,
Un homicide plomb que détournent les dieux ;
Sans cela j’étois mort, il tirait à merveille,
La balle me passa rasibus de l’oreille.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Rasibus (le père)

France, 1907 : Le bourreau.

Et le coup de la bagnole au père Rasibus, quand il fouette les cadors au galop et que les cognes font un blaire.

(Jean Richepin)

Rasoir

d’Hautel, 1808 : Il coupe comme un rasoir. Se dit d’un instrument tranchant qui est habile à la coupe.

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux. Rasoir anglais. Le plus ennuyeux, — les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d’être les plus coupants du monde. On dit aussi Raseur.

France, 1907 : Chose ennuyeuse ; par amplification, se dit des personnes.

Bébé s’approche d’un Monsieur qu’on vient d’introduire dans le salon.
— Tu viens voir mon papa ?
— Oui, mon petit ami.
— Tu es le perruquier, dis ?
— Pourquoi me demandes-tu cela ?
— Parce que papa vient de dire à maman, quand la bonne t’a annoncé : Allons, bon ! Voilà le rasoir.

Rasoir !

Delvau, 1866 : Exclamation de la même famille que Des navets !

Rasoir (faire)

Rigaud, 1881 : N’avoir plus un sou.

Car tu n’as rien, ça fait rasoir.

(Riche en gueule ou le nouveau Vadé, 1824)

Rasoir (main, banque)

Rigaud, 1881 : Main qui, à la faveur d’une interminable série de coups heureux, enlève l’argent des pontes ou celui du banquier comme un bon rasoir enlève le poil.

Les banques rasoirs, comme il les appelait, tombaient toujours entre les mêmes mains.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rasoir de la cigogne

Rigaud, 1881 : Guillotine. La variante est : Rasoir à Roch. M. Roch était encore en 1879 l’exécuteur des hautes œuvres.

Rasoir national

Delvau, 1866 : s. m. La guillotine, — dans l’argot des révolutionnaires de 1793. Passer sous le rasoir national. Être exécuté.

Raspail

Larchey, 1865 : Liqueur de Raspail, eau-de-vie.

Ami, prends un sou de raspail,
Pour rincer de tes dents l’émail.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Rigaud, 1881 : Liqueur au camphre fabriquée d’après la recette de Raspail.

Rasqueux

France, 1907 : Sale ; argot du Borda.

De tout temps, la propreté la plus scrupuleuse était exigée des élèves, mais autrefois, malgré le règlement, il était de bon goût d’avoir une vareuse et un pantalon aussi tachés de goudron que possible. À cette seule condition, on paraissait loup de mer, et c’était sentir le fistot d’une lieue que de paraitre sur le pont en gris propre. Aujourd’hui les parfums les plus divers embaument le réfectoire pendant la toilette, et, sauf la casquette rasqueuse et les bichons avachis toujours en honneur, nos futurs officiers de vaisseau pourraient en remontrer à l’élégant le plus raffiné sous le rapport de la propreté, sinon de la coupe de leurs vêtements.

(Histoire de l’École navale)

Rassembler (se faire)

Fustier, 1889 : Argot militaire. Se faire réprimander, punir.

France, 1907 : S’attirer une réprimande ou une punition ; argot militaire.

Rassis

Rigaud, 1881 : Gâteau rassis, pâtisserie de la veille. Les rassis se vendent au rabais, le quart, environ, de la pâtisserie du jour ; quelquefois le même prix ; alors l’acheteur est volé.

Rassis (se coller un)

France, 1907 : Se livrer à l’onanisme ; argot des voyous.

Rassoter

d’Hautel, 1808 : Être rassoté. Pour dire, être impatienté, ennuyé, dégoûté de quelqu’un ; être rassasié de quelque chose ; en avoir par-dessus les yeux :telles sont les acceptions que le vulgaire donne habituellement à ce verbe.
Je suis rassoté de cet homme. Pour j’en suis impatienté, ennuyé.
Je suis rassoté de ce mets. Pour dire, dégoûté, rassasié.

Rasta

France, 1907 : Abréviation de rastaquouère ; c’est au degré au-dessous. Un article de la Vie parisienne le décrit ainsi :

Cet échantillon grotesque et parfaitement désagréable arrive plus souvent de n’importe où que du Pérou ou de la République Argentine. Ce qui le caractérise, c’est la trivialité, la piètre éducation, le snobisme, la prétention, le mauvais goût, la fausse opulence, l’absence complète de scrupules sur les moyens à employer pour épater les populations et pour asseoir son crédit.
Il est insinuant, encombrant, bruyant et parfois fort insolent, à son insu. Il est mis comme une gravure de modes, avec des gilets verts et des cravates sang de bœuf ; couvert de bijoux qui tirent l’œil et imprégné d’une morgue de pacotille sentant son commis voyageur d’une lieue, qui cache imparfaitement un fond de bassesse et de servilité.
Dans les salons, où il va peu, ayant de la peine à s’y faire admettre et s’y trouvant, d’ailleurs, par trop dépaysé, il cherche, avec une énervante insistance, à se faufiler dans les bonnes grâces des gens bien posés ; poursuivant dans tous les coins les malheureux et les malheureuses qu’il suppose en situation de lui procurer du relief, se collant aux imprudents qui lui adressent la parole, se donnant avec eux des airs l’intimité compromettants, les blaguant lourdement et à haute voix, mettant perpétuellement les pieds dans le plat. Il va sans dire qu’il est constellé de décorations invraisemblables, dont il serait les trois quarts du temps fort embarrassé d’indiquer la provenance.
Mais où le rasta opère de préférence, c’est au dehors : dans les restaurants à la mode, dans les tripots achalandés, dans les théâtres en vogue, dans l’enceinte du pesage, à Auteuil ou à Longchamps ; chez les dégrafées de grande envergure. Là il se carre, se met en avant, fast du chic, du vacarme, de la mise en scène ; attire l’attention des imbéciles et assomme les autres. On ne peut aller nulle part sans le trouver sur son chemin, sans qu’il vous obsède de sou outrecuidance et vous empoisonne l’existence.
Parasite insupportable qui vit, au bout du compte, à nos dépens, sans nous amuser le moins du monde, sans nous en donner pour notre argent ; qui contribue à renchérir la vie des vrais Parisiens, à pervertir le goût des badauds, à fausser toutes les notions sur l’élégance et qui fait planer sur Paris, par instants et par places, quelque chose de l’aspect d’une ville d’eaux interlope, d’un immense bastringue international.

Rastapolitisme

France, 1907 : Réunion de rastas.

Et il part de là pour me décrire cette société bizarre et bariolée, le coudoiement de diplomates, d’hommes d’affaires, de marchands, de touristes, ce rastapolitisme où grouillent les futurs amphitryons du faubourg Saint-Germain…

(La Palferine, — Écho de Paris)

Rastaquère

Rigaud, 1881 : Étranger et principalement Brésilien en toilette riche et de mauvais goût, — dans le jargon des boulevardiers.

Il y avait à côté d’elle un gros monsieur, à cravate voyante, avec des gants de peau de chien extravagants, et couvert de bijoux. Ses cheveux noir-bleu frisaient sous un chapeau gris qui faisait paraître encore plus basanée la figure de son possesseur. C’était un rastaquère de la plus belle eau.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Rastaquouère

La Rue, 1894 : Aventurier d’origine équivoque venu à Paris pour faire le plus souvent des dupes.

France, 1907 : Étranger fastueux, dont l’argent a une source douteuse, et qui frise souvent le chevalier d’industrie. Ce mot a désigné d’abord plus spécialement les Américains du Sud, qui venus en Europe après de grosses fortunes faites dans l’élevage des bestiaux, ont attiré l’attention par leur prodigalité et leur luxe de mauvais goût. Comme leur fortune provenait de la vente des peaux et des cuirs, leurs compatriotes les ont appelés rascacueros, c’est-à-dire racleurs de cuirs, de l’espagnol rascar, racler, et cueros, cuirs. Ce mot, passé dans notre langue, est devenu par corruption rastaquouère. L’acteur Brasseur, dans le Brésilien, rôle légendaire qu’il créa, s’empara de ce mot dont il termina ses phrases, et le public, dont il en avait désopilé la rate, le répéta. Longtemps il ne servit qu’à désigner les naturels de l’Amérique espagnole, ensuite il s’est généralisé et a fini par s’appliquer à tout étranger ridicule, commun et fastueux, puis finalement à des étrangers louches. D’après la Vie parisienne, il y a le vrai et le faux rastaquouère :

Le vrai, qui se distingue par la race et qui est sympathique, malgré la pointe d’extravagance qui, habituellement, est en lui ; le faux, le dégénéré, le répandu, le populaire, qui provient indistinctement des cinq parties du monde et qui est odieux.

Rastignac

France, 1907 : Jeune homme sans scrupules qui veut à tout prix arriver à la fortune ; nom tiré d’un personnage des romans de Balzac.

Les Rastignacs modernes n’ont pas besoin même d’observer l’époque, comme ceux de Balzac, et d’interpréter le milieu. Pris dès le ventre, élevés loin de l’exemple, les petits bourgeois iront du groin vers la galette comme les cochons aux truffes. La pièce de cent sous, ils ont ça dans le sang. Sous a peau, la vérole du gain. Les femelles vêlent maintenant selon l’intérêt de la caste. La semence du mâle véhicule les sales appétits.

(Charles Albert, Les Temps nouveaux)

Rat

d’Hautel, 1808 : Pour caprice, fantaisie.
Il a autant de rats qu’un chat a de puces. Se dit d’un homme pétri de caprices et de fantaisies.
On dit d’une arme à feu, qu’Elle a un rat, quand le chien s’est abattu sans faire prendre l’amorce ; on le dit aussi d’une serrure mêlée, que l’on ne peut ouvrir qu’après avoir tourné la clef mainte et mainte fois.
Un nid à rats. Un taudis, un logement étroit, sale et obscur.
Une queue de rat. Se dit par raillerie de la queue d’un homme, ou d’un cheval, petite et peu garnie.
Il n’est pas plus haut qu’un rat. Se dit par mépris d’un homme de très-petite taille, qui se fourre partout, se mêle de toutes les affaires, et fait le fanfaron et le méchant.
Être comme rat en paille. Nager dans l’abondance ; être à bouche que veux-tu.
Prendre des rats par la queue. Filouter, couper des bourses.
Mon rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne par amitié à un jeune homme ou à une jeune fille.

Ansiaume, 1821 : Voleur de balle, la nuit.

Le cardeuil l’a mis au mille pour avoir couru le rat.

Larchey, 1865 : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. »

(La Bédollière)

Larchey, 1865 : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60 000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. »

(Roqueplan. 1841)

Larchey, 1865 : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.

Larchey, 1865 : Avare, pauvre.

Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini.

(Bertall)

Larchey, 1865 : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat.

Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat.

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. d’Hautel, 1808.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme intéressé.

Delvau, 1866 : s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l’appelle aussi, rat de cave.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice, — dans l’argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine. Autrefois, Avoir des rats c’était « avoir l’esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson ».

Delvau, 1866 : s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu’il est assuré de l’impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors. On dit aussi Raton. Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.

Delvau, 1866 : s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler. Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes — mal informées — lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.

Delvau, 1866 : s. m. Retardataire, — dans l’argot des Polytechniciens. Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées. Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.

Rigaud, 1881 : Apprentie danseuse à l’Opéra.

Le vrai rat, en leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.

(N. Roqueplan)

Rigaud, 1881 : Avare. Parce qu’à l’exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu’il peut.

Rigaud, 1881 : Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l’École Polytechnique. On est rat, lorsqu’on a raté (manqué) l’heure de la rentrée.

La Rue, 1894 : Avare. Petit voleur. Retardataire. Apprentie danseuse à l’Opéra.

France, 1907 : Avare. Être d’un rat, être d’une sordide avarice.

Deux cabotins prennent un bock dans un café du boulevard.
X…, le célèbre chanteur, survient et va s’installer à la table voisine.
— Tu vois, dit l’un des cabotins à son camarade, ce gaillard-là, c’est le fameux X…
— On dit qu’il est d’un rat !
— Précisément..… Et pourtant il a soixante mille francs de rente dans le larynx.
— Et dire qu’on ne peut pas lui faire cracher un sou !

(Zadig)

France, 1907 : Bourse. Elle se cache comme un rat. Prendre des rats par la queue, voler des portemonnaie.

France, 1907 : Petit voleur.

L’apprenti voleur est aussi appelé rat ou raton, quand il sert à éclairer une bande pour s’introduire dans les maisons par les impostes, vasistas ou soupiraux, ou qu’il se cache le jour dans un immeuble, pour en ouvrir, la nuit, la porte à ses complices.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Courir le rat, voler la nuit.

France, 1907 : Petite danseuse de ballet ; élève d’un cours de danse qui se destine au théâtre. Le mot date de la Restauration.

Déjà toute jeunette, rat du Théâtre Impérial des Bouffes à l’âge de la première communion, elle s’érigeait, très grande, avec un air de rêche femelle. Bien qu’elle eut nom Caro, on l’appelait le plus souvent la Savate ; les petites camarades disaient : « À cause qu’elle est plate comme une semelle, et qu’on y entre comme on veut. »

(Catulle Mendès, Gog)

Rat (courir le)

Ansiaume, 1821 : Voler à tâtons la nuit dans un lieu habité.

J’ai couru le rat dans sa turne, je n’ai eu qu’un bogue en orient.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler la nuit dans l’intérieur d’une auberge ou maison garnie.
Ce genre de vol se commet ordinairement dans les auberges où logent les marchands forains et les rouliers, et de préférence les jours de marché et de foire.
Les Rats sont habituellement deux et quelquefois trois. Ils exercent ostensiblement la profession de marchand forain ; leurs papiers sont toujours parfaitement en règle, ils peuvent donc exhiber, à la première réquisition, passeport, factures, patente, etc. Ils sont sobres, et leur politesse est extrême.
Les Rats logent plusieurs fois dans une auberge avant d’y commettre un vol. Ils arrivent toujours séparément et d’un lieu opposé, et s’arrangent de manière à ne point coucher dans la même chambre.
On sait qu’il y a toujours cinq ou six lits dans chacune des chambres d’auberges où logent habituellement les rouliers et marchands forains. Les Rats se couchent toujours les premiers, et lorsque ceux qui doivent partager avec eux la chambre qu’ils occupent arrivent, ils paraissent profondément endormis ; mais, comme les chats, ils ne dorment que d’un œil, et ils ont soin d’allumer celui qui place sous son traversin, ou sa ceinture ou sa culotte.
À l’heure convenue entre eux, ils se lèvent chacun de leur côté, ils se retrouvent et se rendent mutuellement compte de leurs observations. La position des lits occupés par ceux qu’ils veulent dévaliser est exactement indiquée, et chacun d’eux alors opère dans la chambre de son camarade, les ceintures et les culottes sont enlevées, et, après avoir placé le chopin en lieu de sûreté, chaque Rat retourne à son lit.
Les Rats n’emportent jamais avec eux ce qu’ils ont volé, ce n’est que quelques jours après la consommation du vol, et en revenant prendre gîte, qu’ils enlèvent leur butin.
Quelques Rats ont un complice au dehors auquel ils remettent instantanément l’objet volé. Il est très-rare que ces voleurs soient pris sur le fait. Aussi, les marchands forains et les rouliers qui boivent sec, et qui, par conséquent, n’ont pas le sommeil léger, devraient placer ce qu’ils possèdent sous leurs matelas, et non pas sous leur traversin. Ce serait le seul moyen de ne pas craindre la visite des Rats.
J’étais, le 5 novembre dernier, occupé à rédiger cet article, lorsque je reçus la visite d’un propriétaire de Charonne près Paris, qui venait d’être la victime d’un Rat.
Le voleur s’était introduit furtivement dans la maison où logeait le propriétaire, et s’était caché sous un lit placé dans la chambre voisine de celle qu’il occupait. Lorsque le voleur eut acquis la certitude que le propriétaire était profondément endormi, il s’introduisit dans sa chambre, enleva sa ceinture, qui contenait 24,000 francs en billets de banque, et se sauva en escaladant les murs de la maison. Je mis de suite en campagne une partie des agens attachés à mon établissement, et, à six heures du soir, le Rat fut saisi encore nanti de la somme volée, qui fut de suite restituée à son propriétaire.

Rigaud, 1881 : Voler la nuit, dans les maisons meublées, dans les hôtels garnis.

Virmaître, 1894 : Voler la nuit. Allusion au chat qui ne sort que la nuit pour chasser le rat, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le rat qui chasse le chat — le passant (Argot des voleurs). N.

Rat d’eau

France, 1907 : Douanier.

Rat de cave

Delvau, 1866 : s. m. Employé de la régie, — dans l’argot des marchands de vin V. Rat.

France, 1907 : Employé des contributions indirectes. On donne aussi ce nom à une bougie menue et cordelée qui se replie sur elle-même.

Rat de palais

Virmaître, 1894 : Clerc d’huissier qui attend les malheureux avant l’audience des référés pour accrocher une pièce de cent sous. Hommes d’affaires véreux qui passent leur existence dans la salle des Pas-Perdus à la recherche d’un imbécile. Rat de palais, en un mot tous les rongeurs qui rongent les plaideurs (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Homme d’affaires véreux qui erre dans la salle des Pas-Perdus à la recherche de dupes. Clerc d’huissier.

Rat de prison

Halbert, 1849 : Avocat.

Larchey, 1865 : Avocat. — Allusion aux visites qu’il rend aux prisonniers.

Delvau, 1866 : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Avocat.

Virmaître, 1894 : Avocat. Allusion à ce que ces messieurs grignottent à belles dents l’argent, des prisonniers qui ont besoin de leurs services. Sangsue serait plus juste que rat (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / France, 1907 : Avocat.

Rat de quai

France, 1907 : Pauvre diable qui cherche à gagner sa vie sur les quais.

Le grand-père est un rat de quai,
Le petit-fils mousse embarqué,
La grand’mère, aux jours les meilleurs,
Porte la hotte aux mareyeurs.

(Jean Richepin, La Mer)

Rat, raton

Rigaud, 1881 : Petit voleur, voleur de petite taille, enfant dressé au vol. C’est le rapin du voleur. L’exiguïté de sa taille le rend très utile dans certaines expéditions. Elle lui permet de se faufiler par les toits de cheminées, et de frayer la route aux filous de toutes les tailles.

Rata

Vidocq, 1837 : s. f. — Fricassée.

Larchey, 1865 : Abréviation de ratatouille.

Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : C’est le ragoût servi aux troupiers les jeudis et les dimanches ; pour ratatouille, mauvais ragoût. Rata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent pompeusement : « Un navarin », et qu’ils font payer en conséquence.

Merlin, 1888 : Ragoût composé de toute espèce de viande et légumes.

France, 1907 : Ragoût que l’on sert journellement aux soldats et qu’on ne donnait autrefois à leurs devanciers qu’aux grandes occasions, ou au plus le dimanche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, l’apocope de ratatouille. Rata vient du grec ratos, ragoût fait de lait de chèvre, de miel et d’andouilles, et c’est de ce dernier mot combiné avec rata qu’on a fait ratatouille.

Homère raconte que les grognards de son temps veillaient à ce que leurs troupiers fussent toujours suffisamment repus. Aussi un festin suivait-il immédiatement un combat. Ajax tournait la broche gigantesque d’Agamemnon. Diomède, après avoir bouchonné ses chevaux, préludait à l’enfoncement complet des Troyens en confectionnant, dans une lèchefrite d’or, ce brouet noir appelé ratos, dont les Grecs étaient si friands, et Achille lui-même, le tendre et vaillant Achille, ne dédaignait pas de mettre la main à la pâte sous la tente de la sensible Briséis.

(Émile Marco de Saint-Hilaire)

Rataconniculer

France, 1907 : Coïter. Vieux mot.

Ratafia de grenouilles

Rigaud, 1881 : Eau, — dans le jargon des ivrognes.

France, 1907 : Eau.

Ratafiat de grenouille

Delvau, 1866 : s. m. L’eau, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.

Ratapiaule

Rigaud, 1881 : Raclée.

Evidemment la perspective d’une ratapiaule vous fera ch…anceler dans vos calintes.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres)

Ratapiole

France, 1907 : Coup.

— Le maître d’hôtel de Bruxelles m’en a appris de belles sur ton compte.
— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?…— Que tu avais une drôle de tenue à table.
— Moi ?… Je m’y tiens très bien !… J’ai été chiquement élevé là-dessus dès ma plus tendre enfance. Quand je fourrais mes doigts dans le plat, papa et maman me fichaient des ratapioles que j’en étais bleu.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Ratapoil

Delvau, 1866 : s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l’empereur Napoléon.

Rigaud, 1881 : Type du vieux soldat du premier Empire. — Vieux soldat qui a conservé le culte des Napoléon et perdu, le plus souvent, au moins un membre.

France, 1907 : Sobriquet donné par les républicains aux bonapartistes, et qui date de 1850, au moment où l’on entreprit la campagne contre Louis-Napoléon.

Supposant, vraisemblablement à tort, que le général Cavaignac voulut faire arrêter le prince Louis, ils organisèrent une garde qui devait, jour et nuit, veiller aux abords de l’hôtel du Rhin. Les journaux du temps publièrent les noms et les adresses des miliciens de cette nouvelle garde impériale qui, fusionnées avec le Comité central bonapartiste, fut le noyau de la Société du 10 décembre que les républicains flétrissaient du nom, assez bien trouvé, de Ratapoils.

(Jules Richard, Comment on a restauré l’Empire)

Ratatiné

d’Hautel, 1808 : Une mine ratatinée. Pour dire, un visage ridé, fané, comme l’est ordinairement celui d’un vieillard.

Ratatouille

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.

Rossignol, 1901 : Mets mal préparé.

Rossignol, 1901 : Se battre est se flanquer une ratatouille.

France, 1907 : Coups.

France, 1907 : Fricassée, mauvais ragoût. Voir Rata.

Pension d’étudiants.
— J’ai le regret de vous déclarer, ma chère Madame Plumard, que votre ratatouille est encore plus dégoûtante cette année qui l’année dernière.
— C’est impossible, Monsieur Raoul.

(Ange Pitou)

Ratatouille (en recevoir une)

Virmaître, 1894 : Être battu.
— Je vais te foutre une ratatouille, numéro un.
On dit également :
— Je vais te tremper une soupe (Argot du peuple). N.

Ratatout

Rigaud, 1881 : Atout redoublé. Jouer cœur atout, et ratatout.

France, 1907 : Nouvel atout ; terme de joueur. « Atout et ratatou. »

Rate

d’Hautel, 1808 : Prends garde de te fouler la rate. Se dit par raillerie à un fainéant, à un homme nonchalant et paresseux, qui fait tout avec une extrême lenteur.
S’épanouir la rate. Se réjouir ; se donner du bon temps ; rire à gorge déployée.
Vous avez bon foie, Dieu vous sauve la rate. Se dit par raillerie à ceux qui tiennent des discours ridicules et peu vraisemblables.

Raté

Virmaître, 1894 : Manquer une affaire, rater un coup… de fusil, un examen. D’un homme petit, on dit : il est raté. En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète. Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté. En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu qui n’a pas réussi dans sa carrière, dans ses entreprises ; fruit sec.

D’où vient le politicien ? C’est un fruit sec de la magistrature ou du barreau, un raté de l’industrie ou du commerce. Toujours ses origines sont équivoques, et il entra dans les affaires publiques comme un loup affamé, cherchant une proie. Ses dents aiguës ont faim de fonctions lucratives ; il guette les trafics suspects où il pourra s’immiscer grâce à la magistrature élective et réussir par son influence et sa situation à palper de grosses redevances.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Ce mot s’emploie adjectivement : vie ratée, profession ratée.

C’est le Parlement, me dit-il… Cette assemblée se compose de hâbleurs, que le peuple nomme sans les connaître, car, comme tous les pays de tyrannie, celui-ci possède le suffrage universel. À une date fixée par le Code, les murs se couvrent d’affiches portant les noms des candidats. La plupart sont des médecins ratés, que leurs collègues, désireux de les apaiser par des sinécures honorifiques, proposent à l’élection. En réalité, ce Parlement n’a pas plus d’influence que les éphémères gouvernements et ministres qu’il se donnes.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

M. Renan a écrit quelque part qu’au moment du Jugement dernier, quand le Seigneur l’interrogerait, il imaginerait pour sa défense des arguments tellement subtils qu’il était certain de le convaincre de l’excellence de sa cause. C’est que le grand écrivain demeura toujours, comme on a dit joliment, un curé raté.

(Francis Chevassu)

Rate (se fouler la)

France, 1907 : Se démener, se donner du mal, travailler ferme. Ne pas se fouler la rate, ne rien faire, prendre ses aises.

Mignonne, toi qui ne te foules
Jamais la rate, viens-t’en voir
Dans la solitude des foules
Ces malheureux heureux d’un soir ;
Prenons notre part de l’orgie,
Et ce sera vraiment très doux
De dire, en soufflant la bougie,
Que d’autres sont gais comme nous.

(Jacques Rédelsperger)

Rateau

Rigaud, 1881 : Agent de police, — dans le jargon des camelots.

Virmaître, 1894 : Agents de police. Ils ratissent les voleurs (Argot des voleurs).

France, 1907 : Gendarme, agent de police ; ils ratissent les voleurs.

France, 1907 : Prêtre. Abréviation de ratichon. Voir ce mot.

Crevons d’coups de marteaux
La Sorbonne aux rateaux.

(Chanson des Casquettes noires)

France, 1907 : Prostituée ; elle ratisse les poches des clients. Argot faubourien.

Râteau

Fustier, 1889 : Gendarme, agent, dans l’argot des malfaiteurs.

Le terme est nouveau ; veuillez ne pas l’oublier et remarquer toute la justesse de l’expression. L’agent de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la piaule.

(A. Belot, Le Roi des Grecs)

Faut suriner les pantres
À coups d’couteaux dans le ventre
Et crever d’coups d’marteaux
La cervelle aux râteaux.

(Chanson, 1884)

La Rue, 1894 : Gendarme. Agent. Prêtre.

Rossignol, 1901 : Agent de police.

Sauvons-nous, v’là les râteaux.

Râteaux parce qu’ils râtissent, (prennent). Un peigne est aussi un râteau.

Rateau (faire son, faire du)

Rigaud, 1881 : Faire, comme punition, un service supplémentaire à l’expiration des vingt-huit jours que, chaque année, les réservistes doivent à l’État, — dans le jargon des soldats de la réserve. C’est la variante de faire du rabiau.

Ratelée

d’Hautel, 1808 : Dire sa ratelée. Dire à son tour librement et franchement tout ce qu’on sait, tout ce qu’on pense de quelqu’un ou de quelque chose.

France, 1907 : Récit, conte, bavardage. Vieux français.

Petits et grands remplis de joye,
Portèrent leur nez hors de Troie
Et visitèrent les quartiers
Dont ils se pensaient héritiers.
On s’entr’apprend, on s’entremontre :
Ici se fit un tel rencontre,
Et là se fit un tel combat,
Chacun bien du païs y bat,
Chacun y dit sa ratelée.

(Scarron, Virgile travesti)

Ratelier

d’Hautel, 1808 : Manger à plus d’un ratelier. Tirer du profit de plusieurs emplois.
Mettre le ratelier trop haut à quelqu’un. Lui rendre une chose si difficile, qu’il ne puisse y réussir qu’avec beaucoup de peine.

Rater

d’Hautel, 1808 : Pour dire échapper l’occasion, manquer son coup, ne pouvoir venir à bout de quelque chose. On le dit aussi en parlant d’une arme à feu dont l’amorce n’a pas pris.

Delvau, 1866 : v. a. Échouer dans une entreprise, manquer une affaire, — amoureuse ou autre. Argot du peuple. Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s’en faire aimer après l’avoir couchée en joue.

Hayard, 1907 : Manquer une affaire.

France, 1907 : Manquer. Rater une affaire, une bonne occasion, une fête.

Voilà la fête que l’on rate,
Bourgeois, dis-moi si cela vaut
L’ennui de se fouler la rate ?
C’est usé, bête et pas nouveau.
Aussi, je me suis bien promis
De fuir le temple et ses prêtresses ;
N’avons-nous pas de bons amis
Dont les femmes sont nos maîtresses ?

(Jacques Rédelsperger)

Rater une femme, rester impuissant près d’elle. Rater l’avortement, accoucher en dépit des drogues et des pratiques criminelles.

Alors des parents en détresse
Au préfet content, gémissants,
Qu’un vieux monsieur fit sa maîtresse
De Nana qui n’a pas quinze ans,
On crie au feu, c’est la coutume,
Quand déjà la flamme est partout ;
L’enfant écuma le bitume,
Quand on s’aperçut tout à coup
De sa démarche irrégulière
Et de son ventre ballonnant :
Elle avait suivi la filière.
Sa mère dit : « c’est étonnant ! »
Mais l’enfant, que rien n’intimide,
Expliqua que, tout simplement :
« Il vous reste l’infanticide,
Si l’on rate l’avortement. »

(Pontsevrez)

Rater une femme

Delvau, 1864 : La baiser, en égoïste, et sans la faire jouir.

Quand je la baise, ma femme
S’obstine à ne pas bouger…
Comment faut-il de cela,
Punir cette ingrate-là ?
— Rate-la !

(Aug. Gilles)

Delvau, 1864 : Ne pouvoir bander assez raide au moment suprême où la femme, pamée et déjà délirante dans l’attente de la félicité promise, ouvre les cuisses et ferme les yeux.

Non, mais tout de bon, je vous rate… Vous n’êtes puisqu’une comtesse ratée.

(La Popelinière)

Je rate, hélas ! également,
Le poisson, ma belle et ma muse.

(Béranger)

Rateur

Delvau, 1864 : Homme qui a plus grands yeux que grosse pine et qui reste en affront devant la femme qui l’attend, cuisses ouvertes, fesses frémissantes.

Quand il fait le séducteur,
Sur mon honneur ! ça me vexe :
Car à l’endroit du beau sexe
Il n’est pas à d’mi rateur.

(Jules Poincloud)

Ratiboisé

Rigaud, 1881 : Ruiné.

J’ai fait faillite comme un vrai commerçant ; ratiboisé, ma chère.

(Huysmans, Marthe)

Virmaître, 1894 : Plus le sou.
— Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis ratiboisé (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Décavé, sans le sou.

France, 1907 : Ruiné.

— J’ai fait faillite comme un vrai commerçant ; ratiboisé, ma chère.

(Huysmans)

Ratiboiser

Rossignol, 1901 : Prendre, voler.

France, 1907 : Prendre.

C’est épatant c’qu’il ratiboise
Avec un chic particulier,
Et sans qu’on puiss’ lui chercher noise,
Car il est à l’œil, le fourrier.

(Griolet)

Y a pas de bon bougre qui, baguenaudant sur les boulevards, n’ait une fois ou l’autre reluqué des prolos en train d’opérer la transplantation des arbres en les collant sur un chariot spécial.
C’est un turbin cotonneux et bougrement dangereux, — aussi est-il moins payé que le préfet de la Seine.
Il y a quelque temps, des prolos employés à ce boulot recevaient vingt sous d’indemnité. C’était fichtre pas volé ! Eh bien, les grosses légumes viennent de ratiboiser ces vingt ronds.
Dam’, faut faire des économies, — sur le dos des petits !

(Père Peinard)

Ratiboiseur de cabot

Virmaître, 1894 : Voleur de chiens. C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses. Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens. Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le cabot (Argot des voleurs). N.

Ratiboiseur de landau à baleines

Virmaître, 1894 : Voleur de parapluies. On les nomme aussi des ratiboiseurs à l’échange. Le voleur entre dans un grand café, il a un mauvais parapluie à la main, il le place au porte-parapluie, au milieu des autres. Il s’assied à côté pour guigner de l’œil le plus beau, il paye sa consommation, se lève sans affectation en emportant le parapluie sur qui il a jeté son dévolu. Si l’on s’aperçoit de l’échange, il s’excuse de s’être trompé, puis s’en va tranquillement. Il est rare que ce vol ne réussisse pas (Argot du peuple). N.

Ratiche

Rigaud, 1881 : Église, — dans le jargon des voleurs. — Blaireau de ratiche, goupillon. — Calot à blaireau, donneur d’eau bénite ; calot est pour calotin.

La Rue, 1894 : Église.

France, 1907 : Église. Blaireau de ratiche, goupillon.

Ratichon

Ansiaume, 1821 : Prêtre.

Thierry, lui, se chargera d’aller chercher le carle du ratichon.

anon., 1827 : Abbé, prêtre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Prêtre.

Bras-de-Fer, 1829 : Abbé, prêtre.

Clémens, 1840 : Aumônier.

M.D., 1844 : Prêtre.

un détenu, 1846 : Prêtre, curé.

Halbert, 1849 : Peigne.

Delvau, 1866 : s. m. Abbé, prêtre, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre. On dit aussi Rasé ou Rasi.

Delvau, 1866 : s. m. Peigne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Peigne. Le peigne a la forme d’un râteau, et c’est en effet le râteau de ce gazon qu’on nomme la chevelure.

La Rue, 1894 : Peigne. Prêtre.

Virmaître, 1894 : Curé. Ratichon est un mot ancien. On le trouve dans Olivier Chéreau à propos des Arche-Suppots chargés de réformer le langage, mais là, il n’est pas pris dans le sens de prêtre (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Curé.

Hayard, 1907 : Prêtre.

France, 1907 : Peigne. Ratichon, en ce sens, a la signification de petit rateau.

France, 1907 : Prêtre. Serpillière de ratichon, soutane.

Chez nous, si un prêtre à qui nous aurions refusé d’acheter des parts du Paradis s’amusait à nous excommunier, nous nous en tiendrions les côtes. À Madrid, où le catholicisme est plus fort que la loi et où le lieutenant de gendarmerie Portas tenait un crucifix d’une main, tandis que de l’autre il brûlait, avec un tisonnier rougi au feu, les chairs des prisonniers de Montjuich, le ministre des finances espagnoles — une sinécure — est bien obligé de prendre ou tout au moins d’avoir l’air de prendre au sérieux l’anathème que lui adresse l’impudent ratichon.

(Rochefort)

anon., 1907 : Curé.

Ratichon, -ne

Vidocq, 1837 : s. — Abbé, abbesse.

Ratichon, rasé, raze, razi

Larchey, 1865 : Prêtre. — Mot à mot : ratissé, rasé. — Allusion à sa tonsure et à sa figure rosée. V. Momir.

Ratichonne

Ansiaume, 1821 : Abbaye.

Il y a une bonne affaire à faire dans la ratichonne.

Ratichonné

Halbert, 1849 : Peigné.

Ratichonner

Delvau, 1866 : v. a. Peigner.

Rigaud, 1881 / France, 1907 : Peigner.

France, 1907 : Voler les troncs dans les églises.

Ratichonnesque

France, 1907 : Qui tient de l’église, du prêtre.

En plus, c’était les Rogations, la traditionnelle chienlit ratichonnesque à travers la cambrousse, pour la prétendue bénédiction de la récolte et des bicoques ; une réminiscence pure des dimes du « bon vieux temps » que le cul-terreux a tant dans le nez.

(Le Père Peinard)

Ratichonnesse

Ansiaume, 1821 : Abbesse.

Il faudra que j’aille bounir avec la ratichonnesse.

Ratichonnière

Vidocq, 1837 : s. — Abbaye.

Delvau, 1866 : s. f. Église.

Rigaud, 1881 : Communauté religieuse.

France, 1907 : Séminaire, couvent, monastère, église.

Il sortait comme moi de la grande ratichonnière, comme disent les faubouriens, et pas plus que moi n’avait à se louer des hauts mandarins de Saint Sulpice.

(Les Confessions de l’abbé Ledru)

Ratier

d’Hautel, 1808 : Pour dire fantasque, bizarre, capricieux. On dit aussi ratière au féminin.

France, 1907 : Ouvrier tailleur qui travaille chez lui la nuit.

Ratière

France, 1907 : Jeu de hasard où le tenancier gagne toujours. Il se compose d’une boîte en bois, percée d’une ouverture et de sept billes, trois rouges, trois noires et une blanche. Un petit carton où sont trois chevaux correspond.

— Écoute voir, c’est Panpan qui nous montre une ratière de son invention pour duper les retours de course qui jouent la consolation en chemin de fer.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Ration de la ramée

Halbert, 1849 : Nourriture de la prison.

France, 1907 : Nourriture de prison.

Ratisse

d’Hautel, 1808 : Pour dire gamme, correction, volée de coups de bâton.
On lui a donné une bonne ratisse ; il a reçu une fameuse ratisse. Se dit d’une personne qui a été fortement réprimandée ; corrigée ; maltraitée.

Ratissé

Rigaud, 1881 : Joueur qui a perdu son argent au jeu. Celui dont la poche a été ratissée par le râteau du croupier. Être ratissé jusqu’au dernier sou. La variante est : Ratiboisé.

Fustier, 1889 : Gandin, fashionable. Ç’a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux.

Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d’Égout… Pourquoi les ratissés ? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le râteau du croupier ? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d’un jardin bien entretenu ?
Je n’en sais rien ; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
Le ratissé a son féminin : la ratissée. Et je m’imagine qu’aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.

(Illustration, octobre 1885.)

Ratisser

d’Hautel, 1808 : Recevoir une ratisse.
Il a été joliment ratissé. Se dit d’un homme qui, engagé dans une batterie, et n’étant pas le plus fort, en a reçu tous les coups.
Se ratisser la couenne. Pour se raser le visage, se faire la barbe.
Je t’en ratisse. Pour dire, ce n’est pas pour toi, tu n’en auras pas ; cette locution équivaut à je t’en ponds, je t’en casse, etc.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, chiper, — dans l’argot des faubouriens. Se faire ratisser. Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.

Rigaud, 1881 : Gagner tout l’argent de quelqu’un au jeu, le dépouiller, le laisser sans un sou.

Madame Zéphyrin qui les ratissait chaque fois.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

La Rue, 1894 : Prendre, chiper. Gagner tout l’argent au jeu. Évincer.

Virmaître, 1894 : Voler, retourner la poche d’un individu, le ratisser avec autant de soin que le jardinier en met à ratisser ses allées (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Prendre, voler.

France, 1907 : Prendre, rafler. Se faire ratisser, perdre son argent. Je t’en ratisse, je me moque de toi, tu n’en auras pas. Allusion à l’usage de passer un morceau de bois sur la surface d’une mesure de grains pour enlever tout ce qui dépasse, ce qui s’appelle ratisser. Lorsque la mesure est vide, c’est une dérision de passer le morceau de bois. Les Romains disaient : abstergere mensuram vacuam, racler la mesure vide. Et ils passaient par moquerie l’index d’une main sur l’index de l’autre.

Ratisser (en)

Delvau, 1866 : v. a. Se moquer de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. On n’emploie guère ce verbe qu’à la première et à la troisième personne de l’indicatif présent.

Ratisser la terrasse

France, 1907 : Coiffer, peigner.

Ratisser le bas des reins avec une brique

Virmaître, 1894 : Ce n’est guère récréatif, c’est pourtant ce que l’on dit aux personnes qui s’ennuient.
— Ah ! comme je m’ennuie.
— Ratissez-vous le bas des reins avec une brique.
Ou bien encore :
— Râclez-vous les os des jambes avec un tesson de bouteille (Argot du peuple).

Ratisseuse de colabres

France, 1907 : Guillotine.

Ratisseuse de colabres (la)

Rigaud, 1881 : La guillotine. Mot à mot : celle qui ratisse les cous.

Raton

d’Hautel, 1808 : Diminutif de rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne à un petit enfant.

Vidocq, 1837 : s. m. — Petit voleur de dix à douze ans que les grands voleurs font entrer le soir dans les boutiques pour voler l’argent du comptoir, ou pour leur ouvrir la porte.
Les marchands devront, lorsque leurs boutiques ou magasins seront définitivement fermés, ordonner une visite scrupuleuse, afin d’acquérir la certitude que personne n’est caché chez eux. Ces visites devront être faites avec le plus grand soin, car les Ratons savent se blottir dans le lieu le moins apparent, et de manière à n’être vus que difficilement.
En 1815, un enfant de huit ans seulement, d’une constitution très-délicate, s’était caché dans une manne qui fut déposée chez un distillateur de la rue Boucher. Lorsque les propriétaires de l’établissement furent couchés, il ouvrit les portes aux nommés Pétroux, Villatte et Dinocourt. Ces voleurs émérites furent assez hardis pour ouvrir la boutique et allumer les quinquets. Ils ne bornèrent pas leurs exploits à cette fanfaronade, ils ne laissèrent absolument rien dans la boutique de l’infortuné distillateur.
Beaucoup de marchands ferment l’entrée de leur boutique par une porte à claire-voie à laquelle est attachée une sonnette qui tinte chaque fois qu’un étranger entre dans la boutique. Des voleurs passent un enfant, bien dressé au métier de Raton, par-dessus cette porte, qui est ordinairement très-basse. L’enfant marche à quatre pattes, se blottit sous le comptoir, et saisit le moment opportun pour enlever le tiroir, qu’il passe à son maître. Si, par hasard, la clé n’est pas au tiroir, il cherche à l’ouvrir, et s’il ne peut y parvenir, il passe à son compagnon, en marchant toujours à quatre pattes, ce qu’il trouve à sa portée et à sa convenance. Des Ratons ont volé ainsi des valeurs considérables à des orfèvres et bijoutiers qui n’avaient pas contracté la bonne habitude de fermer à la clé leurs montres et vitrines.
Comme on a pu le voir au commencement de cet article, des Ratons restent quelquefois cachés dans la boutique jusqu’à ce que tout le monde soit couché, pour ouvrir la porte à d’autres voleurs. Il faut toujours avoir la précaution de fermer toutes les issues de manière à ce qu’on ne puisse ouvrir.

Delvau, 1866 : s. m. Petit voleur.

Virmaître, 1894 : Apprenti voleur qui s’introduit par l’imposte dans une boutique et se cache dans un coin. Quand tout bruit a cessé, il ouvre la porte à son complice (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Celui qui commet le vol au radin.

France, 1907 : Jeune voleur ; argot des voleurs. Voir Rat.

Rats (avoir des)

Rigaud, 1881 : Être de mauvaise humeur, — dans le jargon du peuple.

Rattrapage

Delvau, 1866 : s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit rattraper) jusqu’au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.

Rigaud, 1881 : Compensation.

Rattraper

d’Hautel, 1808 : Bien fin qui m’y rattrapera. Pour, je ne risquerai plus de pareille chose, je ne m’exposerai plus à de semblables aventures.

Ravage

Delvau, 1866 : s. m. Débris métalliques volés.

France, 1907 : Ferraille ; argot des voleurs.

Ravager

Rigaud, 1881 : Voler du linge dans un lavoir public.

France, 1907 : Recueillir les épaves d’une rivière.

France, 1907 : Voler le linge dans les lavoirs publics ; argot des voleurs.

Ravageur

Delvau, 1866 : s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l’espérance d’y faire des trouvailles heureuses. Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d’années, leurs ravageurs, pauvres diables à l’affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.

Rigaud, 1881 : Ramasseur d’épaves rejetées par la Seine. Autrefois, lorsque les rues de Paris n’avaient qu’un seul ruisseau au milieu, les ravageurs y exerçaient leur industrie, principalement les jours de pluie.

Rigaud, 1881 : Voleur de linge dans un lavoir public, sur les bateaux-lavoirs.

La Rue, 1894 : Voleur de linge dans un lavoir. Ramasseur des épaves de la Seine.

Virmaître, 1894 : Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os. Autrefois les ravageurs formaient une puissante corporation ; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

France, 1907 : Pêcheur dans la rade ; argot du Borda.

France, 1907 : Voleur de linge dans les lavoirs. Se dit aussi des individus qui explorent les bords de la rivière, dans l’espoir d’y trouver quelque objet dont ils puissent tirer profit.

Ravageurs

Larchey, 1865 : « Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l’eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant… La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. »

(Berthaud, 1846)

La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s’exerçant en grand sur les ports de la Seine :

S’avançant dans l’eau aussi loin qu’il peut aller, le ravageur puise à l’aide d’une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques.

(E. Sue)

Ravalement

d’Hautel, 1808 : Pour dire bassesse, état vil et sordide.

Ravaler

d’Hautel, 1808 : Avilir, abaisser.
Ravaler ses paroles. Être sur le point de dire quelque chose, et s’en abstenir par une considération subite.

Ravaudage

d’Hautel, 1808 : Ouvrage bousillé, fait grossièrement, sans soin, à la hâte.

France, 1907 : Amour partagé entre plusieurs filles ou femmes. Faire du ravaudage, faire la cour à plusieurs filles à la fois.

Ravaudage (faire du)

Rigaud, 1881 : Courtiser toutes les femmes indistinctement, courir de l’une à l’autre, dans l’espoir d’en trouver une de sensible. (Jargon des bals publics.)

Ravauder

d’Hautel, 1808 : Rapetasser, raccommoder de mauvaises hardes.
Ravauder. Pour dire, paresser, fainéantiser, niaiser, il signifie aussi gronder, réprimander quelqu’un, le maltraiter en paroles.

Delvau, 1866 : v. a. Raccommoder du linge, des vêtements, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Être lent à faire quelque chose ; s’amuser au lieu de travailler.

Ravauderie

d’Hautel, 1808 : Rodomontades ; discours frivoles, pleins de niaiseries et de superfluités.

Rave

d’Hautel, 1808 : Gros comme une rave. Pour dire d’une très-petite stature, d’une très-foible, complexion.
Faites-en des choux des raves. Pour disposez-en à votre volonté.

Raverta

Rigaud, 1881 : Domestique, — dans le jargon des marchands juifs. Il ne faut pas dabérer devant les ravertas, il ne faut rien dire devant les domestiques.

France, 1907 : Domestique ; argot des juifs.

Ravescot

France, 1907 : Coït ; vieux mot.

Ravignole

Delvau, 1866 : s. f. Récidive, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Récidive.

Virmaître, 1894 : Récidiviste. Ce doit être une corruption de revignole. Gnole veut dire imbécile, de revient on a fait revi on y a soudé gnole, de là l’expression. Mot à mot :
— Tu reviens imbécile (Argot des voleurs).

France, 1907 : Récicive, recidiviste ; argot des voleurs. Ce serait, d’après Virmaître, une corruption de revignole, abréviation de revenir gnole, c’est-à-dire imbécile. Imbécile qui se fait prendre.

Ravignolé

Vidocq, 1837 : s. f. — Récidive.

Larchey, 1865 : Récidive.

Je n’ai pas coqué mon centre de taffe du ravignolé ; ainsi si vouzailles brodez à mezigue, il faut balancer la lazagne au centre de Jean-Louis Laurant, au castuc de Canelle (Caen).

Ravignolet (se payer un)

Virmaître, 1894 : V. Bataille des jésuites.

France, 1907 : Se masturber.

Ravigote (à la)

Delvau, 1866 : adv. D’une façon piquante. Argot du peuple.

Ravigoter

d’Hautel, 1808 : Pour réconforter, redonner de la vigueur, de la force à quelqu’un qui étoit foible et détaillant.

Delvau, 1866 : v. a. Soulager ; refaire, remettre en bon état ; réjouir.

Ravigoter un homme

Delvau, 1864 : Faire tant, des doigts et de la langue, qu’il parvient à bander.

D’un tour de main ell’ ravigote
Le plus p’tit, le plus maigre jeu.

(É. Debraux)

Ravine

Fustier, 1889 : Plaie. Cicatrice.

Est-elle bête de suivre un homme qui la bat ! C’est moi qui le ficherais en plan ! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage…

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Blessure ; argot populaire.

Raviser

d’Hautel, 1808 : Se raviser. Changer d’avis, revenir à ce qu’on avoit d’abord dédaigné, ou de ce que l’on avoit promis ; se dédire.
Il s’est ravisé en mangeant sa soupe. Pour il s’est dédit de ce qu’il avoit promis.

Rayer

d’Hautel, 1808 : Rayez cela de vos papiers. Pour dire, ne comptez pas sur cette affaire, sur cet avantage.

Rayon

d’Hautel, 1808 : Le rayon visuel. Pour dire, les yeux, la vue.

Rayon de miel

Delvau, 1866 : s. m. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dentelle, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Dentelle.

France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs. Allusion aux jours de la dentelle comparés aux cellules de la ruche.

Rayon sur l’œil

Rigaud, 1881 : Marque sur l’œil d’un maître coup de poing. C’est le rayon des trente-six chandelles.

France, 1907 : Coup de poing ; argot faubourien.

Raze

Ansiaume, 1821 : Abbé.

Le raze ne nous a point reconnoblé.

Vidocq, 1837 : s. m. — Curé.

France, 1907 : Prêtre ; argot des voleurs.

Raze pour l’af

Rigaud, 1881 : Acteur, dans le même jargon ; c’est-à-dire rasé pour faire rire.

France, 1907 : Acteur.

Raze pour l’aff

La Rue, 1894 : Acteur (raseur ou rasé pour la vie).

Raze, ratichon

Rigaud, 1881 : Prêtre. C’est-à-dire rasé, ratissé. Le visage du prêtre est rasé, — dans le jargon des voleurs.

Razer

France, 1907 : Vieux mot des guerres d’Afrique ; de l’arabe razzia, enlever, prendre de force.

Il ne faut jamais avoir eu cent francs de dettes au café de la garnison ou chez la mère Lustucru, la cantinière, pour ne pas comprendre combien ce mot razer sonne agréablement à l’oreille. Une razzia ! c’est-à-dire des troupeaux, des armes, des burnous, des kaïks, des tapis, des tentes, vendus à la criée ; sans compter les petits fourbis, les bracelets d’argent, les anneaux de jambes les et ceux d’oreilles, que l’on ramasse par-ci par-là dans le tas des dames, et que l’on met dans sa poche sans rien dire. Autant de pris sur l’ennemi ; et vous savez le proverbe :
« Tout ce qui tombe dans le fossé est pour le soldat. »

(Hector France, L’homme qui tue)

Razi

Halbert, 1849 : Curé.

Razzia

Larchey, 1865 : Rafle rasant tout sur son passage. — Le mot date de notre guerre d’Afrique. En France au quinzième siècle on disait dans le même sens reize.

Il exerçait de véritables razzias à l’endroit des tasses de chocolat.

(A. Second)

Delvau, 1866 : s. f. Rafle, — dans l’argot du peuple, retour d’Afrique.

Merlin, 1888 : Prise de guerre, pillage ; — de l’arabe.

Réabouler

France, 1907 : Rendre.

Réac

Larchey, 1865 : Réactionnaire. — Date de 1848.

Il s’agira seulement d’applaudir nos orateurs — et d’aplatir les réacs.

(Chenu)

Delvau, 1866 : adj. et s. Bourgeois, réactionnaire, — dans l’argot des faubouriens. Le mot date de 1848.

Rigaud, 1881 : Réactionnaire. Le réactionnaire de 1848 est devenu le conservateur de 1876.

France, 1907 : Réactionnaire ; argot populaire.

Est-il besoin d’ajouter que les trois rivaux firent une énorme dépense d’impression, de papier et de colle de pâte, et que les affiches de chacun d’eux furent immédiatement souillées par le parti adverse des inscriptions les plus outrageuses ? Ainsi, sur le boniment du docteur Dumuffle, ou put lire : « À bas les voleurs ! » et, sur la profession de foi de M. des Muffliers : « Mort au réac ! » Quant au programme du jeune Mufflet, partout il fut sabré au fusain d’une citation — oh ! très courte, un seul mot, — empruntée aux œuvres complètes du général Cambronne.

(François Coppée)

J’suis réac, en politique,
Mais mon magot s’arrondit
Et… grâce à la République…
Jamais rien n’me réussit.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Réaffurer

France, 1907 : Regagner ; argot des voleur.

Réaliste

Larchey, 1865 : Artiste ou romancier s’appliquant à reproduire dans toute leur vérité les scènes de la vie réelle sans rien idéaliser. Bien qu’employé à la fin du dix-huitième siècle par Rétif, le mot est nouveau mais l’école est de haute antiquité.

Rebabillarder

France, 1907 : Récrire, faire une nouvelle babillarde. Voir ce mot.

Rébarbatif

d’Hautel, 1808 : Rude, rebutant. On dit fort communément et par corruption rébarbaratif.

Rebatir

France, 1907 : Tuer ; argot des escarpes.

Rebâtir

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer.

Halbert, 1849 : Tuer.

Larchey, 1865 : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir il faut démolir. V. ce mot.

Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans l’ancien argot des voleurs. Par altération de rabatir, pour rabattre, verbe que les matois ont disloqué comme la plupart des mots de leur langue.

La Rue, 1894 : Tuer.

Rebattre

d’Hautel, 1808 : J’en suis rebattu. Pour je suis las d’en entendre parler ; j’en suis ennuyé.

Rébéca

d’Hautel, 1808 : Une petite Rébéca. Petite fille récalcitrante et indocile, qui répond continuellement à tout ce qu’on lui dit.

Rébecca

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne répond qu’avec aigreur aux observations qu’on lui fait, — qui se rébèque en un mot. Argot des bourgeois. On dit aussi Mademoiselle Rébecca (Rien de la Bible.)

Rigaud, 1881 : Répondeuse, — dans le jargon du peuple. — Voyez un feu cette Rébecca, si elle taira son bec ! Dérivé de rebéquer.

France, 1907 : Prude. Faire sa Rébecca, faire sa prude, sa Sophie. Jeu de mot sur bec ; les Rébecca bibliques n’avaient rien de commun avec les prudes modernes et ne faisaient guère mine de se rebèquer devant le mâle.

Rebecca (faire sa)

La Rue, 1894 : Faire la revêche.

Rebecquat

France, 1907 : Insolence, résistance ; argot des voleurs.

Rebecquetage

France, 1907 : Voir Rebectage.

Rebectage

Rigaud, 1881 : Cour de Cassation. C’est pour le voleur une médecine qui peut atténuer l’effet du jugement.

La Rue, 1894 : Médecine. Recours en cassation. Accord, coïncidence.

France, 1907 : Médicament.

France, 1907 : Réconciliation.

France, 1907 : Recours en cassation. Cavaler au rebectage. se pourvoir en cassation. Carré de rebectage, cour de cassation. Argot des escarpes.

Rébectage

Rigaud, 1881 : Médecine, — dans le jargon des voleurs.

Rebecter

France, 1907 : Se pourvoir en cassation.

Rébecter

Vidocq, 1837 : v. a. — Répéter.

Rebecter (se)

Rigaud, 1881 : Améliorer sa position. Reprendre des forces, — dans le jargon du peuple.

Rigaud, 1881 : Se réconcilier, — dans le jargon des voleurs. — Rebecteur, Médecin.

La Rue, 1894 : Se réconforter, améliorer sa position. Se réconcilier.

France, 1907 : Se réconcilier ; se réconforter.

Rebecteur

France, 1907 : Médecin.

Rebecton

France, 1907 : Recours en appel.

Si le gerbier pose une longe,
Du rebecton fuis la rallonge.

(Hogier-Grison)

Rebéquer

Delvau, 1866 : v. n. Répéter, — dans l’argot des faubouriens.

Rébéquer

d’Hautel, 1808 : Répondre insolemment à ses supérieurs.
Se rébéquer. Faire le mutin, avoir de la roideur dans le caractère.

Rebéquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère, — dans l’argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l’honneur d’emprunter ce verbe expressif.

France, 1907 : Se défendre, se révolter.

— Il faut la surveiller de prés ! Il n’est que temps !
Aline de se rebéquer aussitôt et de belle façon :
— Mais je n’ai pas besoin d’être accompagnée ! Ça ne se fait pas ! Vous voulez donc me rendre ridicule aux yeux de mes collègues, de toute l’administration ?…

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Rebéqueter

France, 1907 : Répéter, ruminer ; argot populaire.

Rebif

Vidocq, 1837 : s. f. — Vengeance.

Rebiffe

Rigaud, 1881 : Révolte. — Trimar de la rebiffe, route de la Révolte ; un des endroits les plus dangereux de Paris.

France, 1907 : Révolte, résistance, colère. Faire de la rebiffe, opposer de la résistance. À la rebiffe ! À la rescousse !

Rebiffe (il y a de la)

Virmaître, 1894 : Revenir à la charge, retomber sur un adversaire plus fort que soi. Se rebiffer contre une autorité quelconque (Argot du peuple).

Rebiffe au truc

Rigaud, 1881 : Récidive. — Rebiffer au truc, être en état de récidive.

Rebiffer

d’Hautel, 1808 : Se rebiffer. Regimber, faire le rétif ; répondre avec fierté, insolemment aux personnes à qui l’on doit du respect ; résister avec opiniâtreté à leurs ordres.

un détenu, 1846 : Faire une chose deux fois, ou bisser.

Rigaud, 1881 : Recommencer, — dans le jargon du peuple. — Tais-toi, t’as ton compte… ou je rebiffe. C’est un mot emprunté à l’argot des classes dangereuses.

Boutmy, 1883 : v. intr. Recommencer.

La Rue, 1894 : Recommencer. Regimber. Se révolter.

Rossignol, 1901 : Recommencer, de r’bif à la r’bif.

Tu ne vas pas r’biffer à me pincer, si tu r’biffes, prends garde à toi !

Hayard, 1907 : Recommencer, (se) se défendre.

France, 1907 : Recommencer, répéter. On dit aussi rebiffer au truc.

Elle rapporte an nouveau rafraîchissement d’absinthe au chanteur : « Tiens, mon petit, rebiffe au truc, c’est moi qui verse. »

(Louise Michel)

Rebiffer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se présenter avec avantage, — dans l’argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.

Rigaud, 1881 : Affecter des airs hautains, redresser la tête avec affectation.

Merlin, 1888 : Répondre, se raidir, s’emporter.

France, 1907 : Se défendre, se révolter, regimber ; argot populaire.

— On a des remords… Voyons… est-on honnête au moins ?
À ce mot-là, tu penses si Sylvie s’est rebiffée, elle qui se laisserait crever de faim plutôt que de dégringoler le dernier des pantes.
— J’ai jamais été arrêtée, qu’elle lui dit, et regardez si je suis consciencieuse !
Et elle lui tend la brême toute poinçonnée. Jamais elle n’avait manqué une visite ! Ah ! ça, ça l’a touché, le vieux.

(Oscar Méténier, Le Mirliton)

Rebigner

France, 1907 : Chasser, repousser.

Rebloquer

Ansiaume, 1821 : Revendre.

Il faut rebloquer les agraffes en cé pour avoir du carle.

Rebomber le torse (se)

France, 1907 : Retrouver son énergie perdue, en prenant des stimulants.

Rebondir (envoyer)

France, 1907 : Congédier, envoyer promener : allusion à une balle élastique qu’on jette.

Rebonnetage

Vidocq, 1837 : s. f. — Adulation, flatterie.

Delvau, 1866 : s. f. Réconciliation, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Réconciliation.

La Rue, 1894 : Réconciliation. Flatterie.

France, 1907 : Réconciliation, flatterie ; argot populaire.

Rebonneter

Ansiaume, 1821 : Se raccommoder d’une querelle.

Il m’a rebonneté, ma foi, je mangerai pas le morceau.

Vidocq, 1837 : v. a. — Aduler, flatter.

Delvau, 1866 : v. a. Aduler, flatter, — dans l’argot des voleurs. Rebonneter pour l’af. Flatter ironiquement.

Rigaud, 1881 : Flatter, courtiser.

Virmaître, 1894 : Amadouer un individu pour le fourrer dans une affaire. Cacher ses griffes sous un gant de velours, faire le patelin pour mieux tromper.
— As-tu rebonneté le pante pour l’aff ?
— Oui, il est bon !
Rebonneter
dans le peuple veut dire raccommoder (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir rabibocher.

France, 1907 : Flatter, se réconcilier. Rebonneter pour l’af, faire d’ironiques éloges ; l’af est en ce sens une abréviation de la frime. Argot des voleurs.

Rebonneter (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Devenir meilleur, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.

Rebonneter pour l’af

Vidocq, 1837 : v. — Aduler par dérision.

Rigaud, 1881 : Mystifier quelqu’un en le flattant.

Rebonneteur

Delvau, 1866 : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Confesseur.

Virmaître, 1894 : Le confesseur. Il rebonnète le pécheur avec Dieu. Mot à mot ; il le réconcilie dans la planche à lavement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Confident ; confesseur. Argot des voleurs.

— Si ce que dit le rebonneteur n’est pas de la blague, un jour nous nous retrouverons là-bas.

(Mémoires de Vidocq)

Rebonnir

France, 1907 : Redire ; argot des voleurs.

Reboucler

France, 1907 : Emprisonner de nouveau.

Rebouis

Delvau, 1866 : adj. Mort, refroidi, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Cadavre, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Cadavre.

France, 1907 : Cadavre ; argot des malfaiteurs.

Rebouiser

d’Hautel, 1808 : Pour dire, regarder quelqu’un depuis la tête jusqu’aux pieds ; l’examiner d’une manière affectée, et dans de mauvais desseins.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder.

Clémens, 1840 : Regarder. Voir.

Delvau, 1866 : v. a. Remarquer, distinguer, — dans l’argot des faubouriens. Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l’Assommoir (O lepida cantio !) où l’on dit :

Faut pas blaguer, le treppe est batte ;
Dans c’taudion i’ s’ trouv’ des rupins.
Si queuq’s gonziers train’nt la savate,
J’en ai r’bouisé qu’ont d’s escarpins.

Delvau, 1866 : v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans le même argot [des voleurs]. A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens : Déniaiser quelqu’un ; jouer un tour, faire une fourberie.

Rigaud, 1881 : Tuer. — Regarder, remarquer. — Raccommoder, repriser, ressemeler. — Au XVIIIe siècle, le mot avait le sens de filouter, déniaiser quelqu’un ; c’est ainsi qu’il est expliqué dans le dictionnaire comique de Leroux.

La Rue, 1894 : Tuer. Regarder. Remarquer. Réparer. Ravauder.

France, 1907 : Raccommoder, réparer ; argot populaire. Voir Rebossir.

France, 1907 : Regarder, remarquer ; argot des voleurs.

Faut pas blaguer, le treppe est batte :
Dans c’taudion i’s’trouv’ des rupins.
Si queuq’s gonziers train’nt la savate,
J’en ai r’bouisé qu’ont d’s’escarpins.

(Chanson de l’Assommoir)

France, 1907 : Tuer.

Rebouiser du corridor

Virmaître, 1894 : Sentir affreusement mauvais de la bouche.
— Ce cochon-là pue tellement qu’il fait tourner le bouillon (Argot du peuple).

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine ; argot faubourien.

Rébouiser une ménesse

Clémens, 1840 : Regarder une dame.

Rebouiseur

Delvau, 1866 : s. m. Savetier, — dans l’argot des revendeurs.

France, 1907 : Raccommodeur.

Rebour

Vidocq, 1837 : s. m. — Déménagement furtif. Beaucoup de gens ont contracté l’habitude de ne jamais payer de loyers, et ils sont prêts à traiter d’aristocrate, d’ogre, d’homme barbare, leur propriétaire, lorsqu’il leur demande le montant des loyers échus. Si le prêtre doit vivre de l’autel, le propriétaire doit vivre de sa maison. Aussi, je crois devoir leur indiquer quelques-unes des ruses employées par ceux qui déménagent sans payer.
Un individu annonce au portier, quelques jours avant celui du déménagement, qu’il attend une certaine quantité de caisses pleines de marchandises. Au jour indiqué, les caisses arrivent en effet, et le portier, selon l’ordre qu’il en a reçu, les fait monter chez le locataire. Celui-ci vide les caisses qui ne contiennent que des pierres et de la paille, démonte ses meubles et les met à la place des pierres. Cela fait, il referme artistement les caisses, qui sortent de la maison comme elles y étaient entrées.
Le déménagement à Rebours proprement dit, s’exécute de cette manière. Le locataire introduit chez lui, à l’insu du portier, trois ou quatre commissionnaires qui lui sont dévoués. L’un prend le lit, l’autre le secrétaire, le troisième la commode, et ainsi chargés, ils descendent l’escalier à reculons, et dans le plus profond silence. Arrivés à proximité de la loge du portier, le plus éloigné crie à ses camarades : « Eh ! chacrebleu, che n’ai pas ici que nous avons affaire. — Je te dis que c’est ici, lui répond un autre, che reconnais bien l’escalier. — Et non. — Et si. » Grande dispute. Le portier met la tête à son carreau et demande aux commissionnaires ce qu’ils désirent. « N’est-ce pas ici le no 32, lui demande l’un d’eux. — C’est ici le no 30, répond le portier. — Mille pardons, Monsieur, nous nous étions trompés de numéro, voilà tout. »

Rebours

d’Hautel, 1808 : Le contre-sens d’une chose.
À rebours. Les personnes sans éducation disent habituellement à la rebours.

Delvau, 1866 : s. m. Déménagement clandestin, — dans l’argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55)

Rigaud, 1881 : Déménagement furtif. Mot à mot : déménagement à rebours.

La Rue, 1894 : Déménagement furtif.

France, 1907 : Déménagement clandestin.

Un individu, inconnu du concierge de la maison, se charge sur le dos la malle que l’on veut emporter et descend l’escalier à rebours, en faisant beaucoup de bruit. Le concierge l’interpelle et, croyant qu’il monte, lui demande où il va : « Chez M. A… » répond l’homme. Naturellement A… est inconnu comme locataire. « Ce n’est pas ici ! » L’individu fait demi-tour et s’en avec la malle.

(Georges Delesalle)

Rebours, rebourse

d’Hautel, 1808 : Pour dire, acariâtre, revêche ; d’une humeur intraitable.

Rebourser

France, 1907 : Déménager furtivement.

Rebouter

d’Hautel, 1808 : Pour dire, se délasser, se reposer de ses fatigues ; se remettre, se refaire.

Delvau, 1866 : v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.

France, 1907 : Raccommoder, d’où, par extension, remettre un membre, une fracture.

Rebouteur

Delvau, 1866 : s. m. Chirurgien sans diplôme.

Rebouteux

France, 1907 : Raccommodeur ; s’applique à celui qui répare les ustensiles et remet les membres en place. Il arrive maintes fois que le rebouteux se montre plus habile que le médecin.

Nous sommes très bêtes, mes pauvres amies, étant presque toutes, à un égal degré, très méfiantes et très crédules. Les femmes du monde, là-dessus, sont tout à fait semblables aux paysannes, qui ne croient pas aux docteurs, mais qui écoutent le rebouteux.

(Colombine, Écho de Paris)

Rebrider

Ansiaume, 1821 : Refermer.

Il faut pésiller le mornif et rebrider la marmotte.

Rebrousse-poil (à)

Virmaître, 1894 : Prendre les choses de travers, à l’envers, du côté où ça n’est pas vrai. Ne pas savoir prendre les gens par leur côté faible Mot à mot : les prendre à rebrousse-poil (Argot du peuple).

France, 1907 : De travers, à l’envers ; argot populaire.

Rebucher

France, 1907 : Envoyer.

Rebuffade

d’Hautel, 1808 : Mauvais accueil ; et non rebiffade, comme on le dit fréquemment.

Rebutter

Virmaître, 1894 : Ne plus vouloir. Synonyme de refouler et de renifler. On rebutte sur un ouvrage qui déplaît ou qui dure trop longtemps (Argot du peuple).

Récalcitrant

Virmaître, 1894 : Coffre-fort. Les voleurs éprouvent souvent de la résistance à l’ouvrir ; de là l’expression (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Coffre-fort ; argot des voleurs.

Récalcitrer

d’Hautel, 1808 : Regimber, résister ; avoir l’humeur rétive et insubordonnée.

Recalé, retoqué

La Rue, 1894 : Refusé à un examen.

Recaler

Delvau, 1866 : v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.

France, 1907 : Réconforter.

— La boisson donne du cœur et vous recale un homme… Encore une goutte de marc, s’il vous plaît, patron…

(Ed. Lepelletier)

France, 1907 : Refuser. « J’ai été recalé à mon examen. »

Dire qu’il fut d’abord recalé à l’École normale, c’est ne rien dire ! Il y fut recalé dans un ouragan d’éclats de rire, et des élèves et des maîtres.

(Émile Bergerat)

Recaler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Refaire sa fortune, améliorer sa position.

La Rue, 1894 : Améliorer sa position.

France, 1907 : Se refaire une position ; se remettre d’aplomb.

Recalure, recarelure

France, 1907 : Repas, bombance ; argot populaire.

Recarrelure

Rigaud, 1881 : Repas. Brantôme s’est servi de l’expression de « carreler le ventre » pour manger.

Recarrer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Faire le paon, le suffisant.

France, 1907 : Prendre un air important ; se redresser.

Receleur

d’Hautel, 1808 : S’il n’y avoit point de receleurs, il n’y auroit point de voleurs. Proverbe d’une grande vérité.

Récent (avoir l’air)

Fustier, 1889 : Marcher droit, avoir l’air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus.

Allons Ringuet, faut être sérieux ; v’là qu’ t’approche de ta turne ; faut qu’ t’aies l’air récent.

(Monde plaisant, 1880)

Recevoir l’assaut

Delvau, 1864 : Être baisée par un homme — qui monte sur le ventre, la pine en avant, avec la furia d’un zouave montant sur le Mamelon Vert.

Dis-lui qu’à la chute du jour, elle s’apprête à recevoir les assauts de l’empereur d’Orient.

(La Popelinière)

Recevoir la pelle au cul

Delvau, 1866 : v. a. Être renvoyé de quelque part ou d’un emploi.

Mon rival, j’en suis convaincu,
Va recevoir la pelle an cul !

dit une chanson du temps de l’Empire.

France, 1907 : Être chassé ; argot populaire.

Recevoir son décompte

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Mourir ; expression militaire.

Recevoir un savon ou en donner un

Virmaître, 1894 : Gronder quelqu’un, être grondé.
— Quand un ouvrage est mal fait, on reçoit un savon.
— Attends un peu mon neveu, je vais te savonner la tête (Argot du peuple).

Rechanger (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Changer de linge ou d’habit ; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.

Rechasser

Virmaître, 1894 : Regarder quelqu’un ou quelque chose.
— As-tu vu ce coup de chasse ?
Les filles rechassent les passants pour les allumer. Cela se nomme : distribuer son prospectus (Argot des filles).

Rechâsser

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Regarder.

France, 1907 : Voir, surveiller attentivement ; de châsses, yeux.

Rechasser, repérer

La Rue, 1894 : Regarder. Remarquer. Apercevoir.

Rechauder

France, 1907 : Tromper ; argot des voleurs.

Réchaufante

Ansiaume, 1821 : Perruque.

Je couvre la réchaufante de voltigeante et j’ai la frimousse d’un messière.

Réchauffante

d’Hautel, 1808 : Terme trivial et burlesque, pour dire, une perruque.

Vidocq, 1837 : s. m. — Perruque.

un détenu, 1846 : Perruque.

Delvau, 1866 : s. f. Perruque, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Perruque.

Virmaître, 1894 : Perruque. Elle tient chaud à la tête et ceux qui en portent ne craignent pas de se prendre aux cheveux. Un coiffeur de la rue de Bondy avait pris celle enseigne :

D’Absalon pendu par la nuque,
Passants, contemplez la douleur !
S’il avait porté perruque.
Il eût évité ce malheur. (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Capote de militaire.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Perruque.

France, 1907 : Capote de fonctionnaire. Se dit aussi pour perruque.

Réchauffante (la)

Merlin, 1888 : La capote.

Réchauffé

Delvau, 1866 : s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple. Signifie aussi : Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.

Rechauffé (c’est du)

Virmaître, 1894 : Quand un individu fait un discours émaillé de lieux communs, ou raconte une histoire à dormir debout, c’est du réchauffé. Allusion aux mets réchauffés qui ne valent plus rien. On dit également :
— Lâche-nous avec tes boniments ; c’est de la vingtième resucée (Argot du peuple).

Réchauffées

France, 1907 : On appelle ainsi encore en certaines provinces les secondes noces, qui, sous l’impulsion de l’Église, étaient toutes en ridicule pendant tout le moyen âge et même plus tard. On donnait un charivari aux veufs ou veuves qui se remariaient. Les Pères de l’Église les considéraient comme des sortes d’adultère, et en cela ils ne faisaient que suivre la tradition romaine. On trouve en effet, chez les auteurs païens, nombre d’épigrammes contre les noces réchauffées.

Réchauffer

Vidocq, 1837 : v. a. — Ennuyer.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Ennuyer (Vidocq). — On trouve une analogie dans l’acception de bassinoire. — C’est du réchauffé : Cela ne vaut plus rien.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, — dans l’argot des voleurs.

Réchauffer (se)

M.D., 1844 : S’apercevoir.

Réche

La Rue, 1894 : Sou.

Rèche

Virmaître, 1894 : Sou
— Pas un rèche dans mes profondes ; je ne suis pas réchard.
Rèche
veut aussi dire : femme qui a un caractère cassant.
— Elle est tellement mauvaise que l’on ne peut pas la toucher avec des pincettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bout de cigarette fumé. Rèche veut aussi dire sou.

Je suis sans le sou, je n’ai pas un rèche.

Hayard, 1907 : Sou.

France, 1907 : Sou ; argot des voleurs.

Elle annota les marges de quelques feuilles, traduit des vocables obscènes en des argots plus obscènes encore, l’argot des « loucherbems », qu’elle avait appris d’un garçon boucher de la Villette, l’argot des pierreuses, des marcheuses à la thune, à larantequet, à la crotte de pie, à deux rèches.

(Dubut de Laforest, La Traite des blanches)

Rêche

Delvau, 1866 : s. m. Sou, — dans l’argot des faubouriens, qui trouvent le billon rude.

France, 1907 : Rude, âpre. Une femme rêche, une femme acariâtre.

Rêche, rotin

Rigaud, 1881 : Pièce d’un sou, monnaie de cuivre. Les variantes sont : Pélo, pépette.

Rechigner

d’Hautel, 1808 : Regimber ; avoir de l’aversion pour quelque chose, y répugner ; le faire avec humeur ; grogner, gronder, murmurer entre ses dents.
Un visage rechigné. Pour dire, un air dur, revêche ; une figure rebutante et refrognée.

France, 1907 : Hésiter ; exécuter une chose de mauvaise grâce.

Un jour, pendant des manœuvres aux environs de Neufchâteau, où il était colonel, le régiment se trouva obligé de traverser à gué une petite rivière. Voyant que les hommes et les officiers avaient l’air de rechigner un peu, le colonel descend de cheval, se place au milieu de la rivière et, dans l’eau jusqu’à la ceinture, il regarde défiler son régiment jusqu’à la dernière compagnie. Le soir, il alla faire un tour au cercle des officiers, et ceux-ci purent remarquer que le colonel, voulant leur donner une leçon, n’avait changé ni sa culotte ni ses bottes.

(Alex. Tisserand, Le Voltaire)

Rechu

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme désagréable, grincheur, — dans l’argot du peuple.

Réchu

France, 1907 : Bourru, désagréable. Provincialisme.

Récidiviste

France, 1907 : Peintre qui se répète dans ses tableaux, qui traite toujours le même motif.

Réclame

d’Hautel, 1808 : Au propre, le premier mot d’une feuille que l’on met au bas de la dernière page de la feuille précédente, pour servir d’indication ; au figuré, et en terme bachico-thypographique, comme le dit Momoro, ce qui reste à boire d’une bouteille presque vide, et que l’on répartit le plus également possible dans chaque verre des buveurs.

Delvau, 1866 : s. f. Éloge pompeux et ridicule que les journaux décernent — moyennant cinq francs la ligne — à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d’être loué.

Rigaud, 1881 : Ce qui reste d’une bouteille après que chacun a eu sa part, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.) Par allusion à ce qu’on appelait autrefois la réclame, c’est-à-dire un mot ou un demi-mot imprimé à la dernière page de chaque feuillet, dans les anciens livres, pour indiquer le commencement de la page suivante.

Boutmy, 1883 : s. f. Mot qui se mettait autrefois à la fin d’une feuille, dans la ligne de pied, et qui se répétait au commencement de la feuille suivante. Vérifier la réclame, c’est s’assurer que la fin d’une feuille concorde bien avec le commencement de celle qui suit immédiatement. Au figuré, ce qui reste dans une bouteille après que chacun a eu sa part : Ne t’en va pas, il y a la réclame, c’est-à-dire : il en reste encore un peu pour chacun de nous.

Réclamer ses gants

Delvau, 1864 : Demander au monsieur qu’on a raccroché sur le trottoir un supplément au prix convenu pour aller au bonheur.

Elle ne sera pas une fille ordinaire,
Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

(A. Glatigny)

Recogner

d’Hautel, 1808 : Brusquer, rebuter, repousser.

Recoin

d’Hautel, 1808 : Les recoins du cœur. Pour dire, ce qu’il y a de plus secret, de plus caché dans le cœur humain.
On dit, dans le bon style, les replis du cœur, etc.
Il connoît tous les coins et les recoins de cette maison. Pour, il en connoît parfaitement les êtres.

Reçoit-tout

France, 1907 : Pot de chambre ; argot populaire.

Recollardé

Rigaud, 1881 : Repris, arrêté de nouveau.

France, 1907 : Remis en prison.

Recoller

Rigaud, 1881 : Relever de maladie.

France, 1907 : Relever de maladie. Se recoller, revenir à la santé ; entrer en convalescence.

Recoller (se)

Rigaud, 1881 : Se réconcilier entre amant et maîtresse, se remettre ensemble, signer un nouveau bagne.

France, 1907 : Se réconcilier avec une maîtresse, recohabiter avec elle.

Recommencer

Delvau, 1864 : Tirer un second, puis un troisième puis un quatrième coup, selon que la femme en vaut la peine ou que l’homme a du sperme dans sa bouteille, — l’amour étant, comme on sait, un grand recommenceur.

La grisette serre avec énergie l’étudiant contre sa poitrine, en soupirant et en tressaillant des dentiers frissons de la jouissance ; pour un peu elle recommencerait.

(Henry Monnier)

Récompenser en peinture

Larchey, 1865 : Payer de belles promesses.

Henri IV ayant envoyé d’Aubigné en plusieurs provinces, ne lui donna pour récompense que son portrait. D’Aubigné y ajouta ce quatrain : — Ce prince est d’étrange nature. Je ne sais qui diable l’a fait ! Il récompense en peinture Ceux qui le servent en effet.

Reconduire

Delvau, 1866 : v. a. Siffler, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Siffler, en terme de théâtre.

La Rue, 1894 : Siffler (au théâtre). On dit aussi appeler Azor.

France, 1907 : Chasser, congédier, dans l’argot théâtral, se faire reconduire, être sifflé.

Reconduire (se faire)

Rigaud, 1881 : Être sifflé, être attrapé en scène, — dans le jargon des coulisses. Allusion à la conduite de Grenoble des compagnons du Devoir.

Reconduire quelqu’un

Delvau, 1866 : Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Faire la conduite.

Reconnaissance

Boutmy, 1883 : s. f. V. Réglette.

Reconnaissancier

Rigaud, 1881 : Terme du Mont-de-Piété. Employé chargé de délivrer les reconnaissances.

Reconnobler

Ansiaume, 1821 : Reconnoître.

Grâce à ma réchaufante il ne m’a pas reconnoblé.

Larchey, 1865 : Reconnaître (id.). V. Parrain.

Rossignol, 1901 : Reconnaître.

Reconoblé

M.D., 1844 : Reconnu.

Reconobler

France, 1907 : Reconnaître ; argot des voleurs.

— Je vois bien que je suis reconoblé et qu’il n’y a pas moyen d’aller à Niort.

(Mémoires de Canler)

Reconobrer

Bras-de-Fer, 1829 : Reconnaître.

Vidocq, 1837 : v. a. — Reconnaître.

Delvau, 1866 : v. a. Reconnaître, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Reconnaître, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Reconnaître.

Virmaître, 1894 : Reconnaître. Quelques uns écrivent conobrer. Ce n’est pas exact. Conobrer veut dire connaître et non reconnaître (Argot des voleurs).

France, 1907 : Reconnaître ; argot des voleurs.

— Il faut d’abord défrimousser ces gaillards-là de manière à ce qu’ils ne soient pas reconobrés.

(Mémoires de Vidocq)

Recoquer

Ansiaume, 1821 : Passer quelque chose.

Tu me recoqueras la camelotte, que j’exbalancerai à terre.

anon., 1827 : Rendre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Rendre, restituer.

Halbert, 1849 : Rendre.

La Rue, 1894 : Revenir à la santé. Rendre.

France, 1907 : Rendre.

Recoquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller à neuf ; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Reprendre des forces ; se rétablir à la suite d’une maladie ; mettre des vêtements neufs.

France, 1907 : Se remettre, reprendre des forces. S’habiller de neuf. Argot populaire.

Recoqueur

France, 1907 : Délateur, pour coqueur.

Recoquiller

d’Hautel, 1808 : Recoquiller les bords d’un chapeau. Pour dire, les retrousser, les rouler.

Record

France, 1907 : Concours, dans le sens sportif. Vieux français passé dans la langue anglaise et revenu chez nous avec tout l’attirail sportique anglais ; de recorder, se souvenir, « attestation, est-il dit dans le dictionnaire de Larive et Fleury, d’un fait sportif sans précédent ». Battre le record, remporter le prix, traduction de l’expression anglaise to beat the record.

Recordé

Halbert, 1849 : Tué.

Recorder

d’Hautel, 1808 : Recorder ses violons. Pour dire, se disposer, s’apprêter à rire, à danser, à se divertir.
Le peuple dit habituellement, raccorder.

Vidocq, 1837 : v. a. — Prévenir quelqu’un de ce qui doit lui arriver.

Halbert, 1849 : Tuer.

Delvau, 1866 : v. a. Prévenir quelqu’un de ce oui doit lui arriver, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire la leçon à quelqu’un, lui donner des instructions. Mot à mot : le mettre d’accord. — Être recordé, être convenu d’une chose.

La Rue, 1894 : Prévenir quelqu’un, lui donner des instructions. Tuer. Signifie aussi réconcilier. Se recorder, comploter.

Virmaître, 1894 : Réconcilier. L. L. Recorder veut dire prévenir, remonter le moral à un désespéré ; lui apprendre ce qu’il doit faire (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Prévenir. Il a été recordé qu’il était recherché par la police.

Hayard, 1907 : Prévenir.

Recorder (se)

France, 1907 : Se réconcilier, s’entendre, s’accorder ; argot populaire.

Recordman, recordwoman

France, 1907 : Champion, championne qui a remporté le prix dans un sport. Anglicisme.

Recordswoman aux yeux changeants,
Pédalière tant esthétique,
Mon cœur est un vieux pneumatique
Qu’ont crevé les rayons tangents
De tes yeux pervers et changeants.

(Maurice Donnay)

Recoupe

France, 1907 : C’est, dans l’argot des marchands de cartes à jouer, l’art de transformer les vieux jeux en neufs par un procédé qui consiste à les laver, puis à recouper et redorer les bords. Cette contravention aux lois fiscales donne de gros bénéfices aux propriétaires de cafés et de cercles qui évitent ainsi de se procurer les cartes fort, coûteuses que leur vend l’administration.

Recourir à l’émétique

Rigaud, 1881 : Escroquer de l’argent à un tiers au moyen d’un billet à ordre souscrit au nom d’un compère. — Un fils recourt à l’émétique pour soutirer de l’argent à son père en faisant un billet à un fournisseur de connivence. — Les souteneurs emploient le même procédé envers leurs maîtresses.

Virmaître, 1894 : Escompter de faux billets (Argot du peuple).

France, 1907 : Escompter de faux billets ; argot populaire.

Recouvrer

d’Hautel, 1808 : Rentrer en possession de ce qu’on avoit perdu. Ce verbe est continuellement confondu avec le verbe recouvrir (couvrir de nouveau) ; et l’on dit d’une personne à qui l’on est par venu à rendre l’usage de la vue, de l’ouïe ou de la parole, qu’elle avoit perdue, qu’Elle a recouvert la vue, l’ouïe, etc., au lieu de recouvré.

Recreu

France, 1907 : Fatigué, épuisé. Archaïsme.

Plaintivement pleure ta pluye, automne
Ton ciel recreu semble vestu de gris ;
Veez cy venir les lubres jours pourris ;
Ça, qu’on se cueuvre et qu’on se capitonne.

(G. Colvé des Jardins, Les Oberliques)

Recroqueviller

d’Hautel, 1808 : Il n’y a point de si petit ennemi qui ne se recroqueville quand on marche dessus. Signifie, il n’y a point de si petit ennemi qui ne songe à se défendre quand on l’attaque.

Recta

d’Hautel, 1808 : Mots pris du latin, pour dire ponctuellement ; avec une grande exactitude.

Delvau, 1866 : adv. Net, sans rien laisser ni devoir, — dans l’argot du peuple. Payer recta. Payer jusqu’au dernier sou. C’est l’adverbe latin détourné de son sens.

France, 1907 : Net. Payer recta, s’acquitter entièrement.

— Un petit à lunettes, déjà chauve à vingt-quatre ans, portant des cravates blanches, pénétré du sentiment de ses responsabilités futures. Bon élève au lycée, il a continué à donner les plus grandes satisfactions à ses parents… Jamais de femmes, et passant ses examens recta… Une mémoire extraordinaire… Moi, je ne lui ferais pas seulement soigner un mal blanc. Faudra qu’il tue au moins deux cents personnes avant d’avoir un peu de pratique. Les malades n’ont qu’à se bien tenir.

(Harey-Alis, Petite Ville)

Recueillir (se)

France, 1907 : Dormir.

Recuit

Rigaud, 1881 : Ruiné de nouveau.

France, 1907 : Ruiné de nouveau ; argot populaire.

Reculade

d’Hautel, 1808 : Faire une reculade. Revenir sur ses pas, reculer quand on s’est trop avancé : ne pas se comporter en homme d’honneur dans une affaire délicate.

Reculée

d’Hautel, 1808 : Un feu de reculée. Un feu très vif, très-ardent, qui oblige à reculer.

Reculer

d’Hautel, 1808 : Reculer pour mieux sauter. Différer de faire une chose à laquelle on sera contraint tôt ou tard ; retarder l’exécution d’une affaire pour la poursuivre après avec plus de vigueur.

Récurer (se faire)

Delvau, 1864 : Prendre des médicaments, mercuriels, ou autres, pour guérir des véroles gagnées au doux jeu d’amour.

Voyez, là-bas, le sémillant Mercure
Et ses fuseaux qui’tricotent gratis,
Représentant le dieu qui nous récure
Et la maison Giraudeau père et fils.

(Gustave Nadaud)

Récurer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se purger. Se faire récurer. Se faire traiter à l’hôpital du Midi.

Rigaud, 1881 : Se purger. — On dit encore récurer la casserole, nettoyer le fusil.

France, 1907 : Se confesser. Se purger. On dit aussi : récurer sa casserole.

Récureuse

France, 1907 : Table de toilette.

Redam

Vidocq, 1837 : s. f. — Grâce. La plus belle prérogative du chef de l’état est, certes, celle de pouvoir faire grâce à celui que la loi a frappé ; il doit éprouver une émotion à la fois bien vive et bien douce, celui qui peut, d’un mot, briser les fers du malheureux qui languit dans une prison, ou arracher une victime au bourreau ; aussi, n’est-ce point le droit de faire grâce que je veux attaquer, mais seulement la manière dont on use de ce droit.
Si le législateur n’a pas conservé le code de Dracon, code qui condamnait à la mort celui qui avait commis la plus légère faute ; s’il a proportionné les peines aux crimes et aux délits, et admis des peines temporaires, c’est que sans doute il avait la conviction intime que les plus grands coupables pouvaient être ramenés au bien ; il a donc voulu que la grâce fût une prime d’encouragement offerte à la bonne conduite et au repentir, et que chaque condamné, quels que fussent d’ailleurs sa position sociale et ses antécédens, pût acquérir le droit d’y prétendre.
Je crois que je m’explique assez clairement, ce n’est qu’à la bonne conduite et au repentir que des grâces doivent être accordées ; car si l’égalité doit exister quelque part, c’est évidemment en prison. Il ne doit donc y avoir, parmi des hommes tous coupables, ou présumés tels, d’autre aristocratie que celle du repentir ; et je ne crois pas que l’on doive accorder au fils d’un pair de France ce que l’on refuserait au fils d’un ouvrier ou d’un cultivateur, si le fils du pair de France s’en montrait mois digne que ces derniers ; cependant ce ne sont pas toujours les plus dignes qui obtiennent leur grâce, et cela s’explique : la désignation des condamnés graciables est, en quelque sorte, laissée à l’arbitraire des inspecteurs et directeurs de prisons ; je ne prétends pas accuser les intentions de ces hommes, dont les fonctions sont aussi délicates que pénibles ; mais comme tous, ils sont faillibles et susceptibles de se laisser séduire par l’astuce et par de faux dehors ; et le prisonnier dont la conversion n’est pas réelle, qui ne veut recouvrer la liberté que pour commettre de nouveaux crimes, sait mieux que tout autre se plier à toutes les exigences, et caresser les manies et les passions, de ceux qui peuvent le servir.
Sous la restauration, lorsque les membres du clergé étaient les seuls dispensateurs des grâces, les prisonniers les plus démoralisés, ceux qui avaient commis les fautes les plus graves, étaient aussi ceux qui assistaient avec le plus de recueillement au service divin, qui écoutaient avec le plus d’attention les sermons du prédicateur, qui s’approchaient le plus souvent de la sainte table, et qui par contre, étaient le plus souvent grâciés ; ceux qui se bornaient à remplir exactement leurs devoirs, ceux-là alors, comme aujourd’hui, étaient oubliés et méconnus.
Le droit de faire grâce, tel qu’il existe aujourd’hui, est-il utile ? exerce-t-il sur les condamnés une influence salutaire ? Je ne le pense pas ; les hommes sont oublieux de leur nature, aussi le gracié n’a pas encore franchi le dernier guichet de la prison que déjà il est oublié. Pour que les grâces fussent utiles, il faudrait d’abord qu’elles ne fussent accordées qu’à ceux qui, par leur conduite et leur repentir, s’en seraient réellement montrés dignes, et que les dispensateurs ne se laissassent influencer, ni par les manières, ni par la position sociale de l’individu, et ensuite qu’elle ne fût que progressive, c’est-à-dire, qu’il fût permis à un comité philantropique, après toutefois qu’il aurait consulté l’autorité supérieure, de diminuer une année, un mois, un jour même, sur la durée de la peine infligée.
L’homme qui aurait ainsi obtenu une diminution, pourrait espérer voir bientôt finir sa captivité, et il resterait assez long-temps sous les yeux de ses camarades pour les engager à suivre l’exemple qu’il aurait donné.
Ceux qui auraient ainsi obtenu plusieurs remises, pourraient seuls, lors des occasions extraordinaires, telles qu’anniversaires, fêtes nationales, etc., obtenir la remise pleine et entière de leur peine ; mais alors un jury, composé d’hommes recommandables aurait seul le droit de désigner les condamnés à la clémence du gouvernement.
Les condamnés savent se rendre justice, et discerner celui d’entre eux qui mérite l’indulgence de la société ; aussi il résulterait un grand bien de l’adoption des mesures que je propose ; les prisonniers applaudiraient toujours à la mise en liberté de celui d’entre eux qui aurait obtenu sa grâce ; ils ne diraient plus : il est heureux, mais, il est digne ; et ils chercheraient probablement à faire comme lui et à se rendre dignes à leur tour.
Pour que l’exemple fût toujours présent à tous les yeux, rien n’empêcherait qu’un chiffre indicateur de la durée de la peine infligée au condamné, fût marqué sur une des manches de sa veste, et celui des remises sur l’autre ; les individus qui ne regardent que la superficie des choses, et qui ne prennent jamais la peine d’examiner une question sous toutes ses faces, trouveront peut-être ce projet plus que bizarre ; rien, cependant, n’en empêche l’exécution.
Maintenant, les condamnés ont la conviction que les grâces sont accordées seulement à la faveur ; c’est cette conviction qu’il faut absolument détruire, et détruire par des faits et non par des raisonnemens ; car tous les hommes, quelles que minces que soient leurs capacités, peuvent apprécier des faits, et tous ne sont pas aptes à comprendre des raisonnemens.
Le caractère du condamné qui voit sortir, lorsqu’il reste en prison, un individu moins digne que lui, s’aigrit ; cet homme méconnu se prend à penser qu’il est inutile de se bien conduire ; il se décourage, et s’il ne cherche pas à devoir à la ruse et à l’hypocrisie, ce que d’abord il n’avait demandé qu’à la droiture, il se laisse corrompre par les scélérats avec lesquels il vit, et lorsqu’il rentre dans la société il l’épouvante par ses crimes.
On ne doit, lorsqu’il s’agit de faire le bien, reculer devant aucune tentative. Méditez donc, législateurs ! je ne parle que de ce que je connais bien.

Rigaud, 1881 : Grâce. — Abréviation de rédemption.

La Rue, 1894 : Grâce au condamné.

France, 1907 : Grâce, pardon ; sans doute de redème, rachat.

Rédam

Delvau, 1866 : s. f. Grâce, — dans l’argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur rédemption.

Virmaître, 1894 : Grâce. Comme le dit A. Delvau, redam ne peut venir de rédemption. C’est une corruption de retam. Allusion à la casserole qui est neuve lorsqu’elle est étamée. Dans le peuple on dit rétamé pour étamé : le voleur gracié est rétamé, il est remis à neuf (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Grâce de condamné.

Redin

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

France, 1907 : Bourse, de l’italien retina, petit filet. Argot des voleurs.

Redin, réduit

Rigaud, 1881 : Bourse.

Redingote anglaise

Delvau, 1864 : Préservatif contre la vérole, (V. Capote, Ruban.)

Redingote de sapin

France, 1907 : Cercueil.

— Vous travaillez donc toujours dans les redingotes de sapin ?

(Georges D’Esparbès, Les Demi-solde)

Redingoteux

France, 1907 : Fashionable à longue redingote ; synonyme de crevé, gommeux, etc.

Un peuple ne vit pas seulement de pain de farine, mais de toute parole qui tombe, comme la manne des nuages, de la bouche melliflue de ses poètes. L’échange du verbe est sacré, même contre espèces, et la France a droit à ses calembours inimitables. Respect aux produits intellectuels dont s’alimente, dans la Haute, le baccalauréat rentre des redingoteux et, dans la Basse, la semi-instruction obligratuite et républicâtre des pauvres gens.

(É. Bergerat)

Redingue

Virmaître, 1894 : Abréviation de redingote (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Redingote.

France, 1907 : Abréviation de redingote.

— Vous, vous êtes bien nippé ; vous avez une redingue comme un proprio ; qu’est-ce que je dirais, moi ? J’ai un pantalon écossais auquel il manque trois carreaux que j’ai été obligé de remplacer par du papier, comme dans les mansardes.

(Maurice Donnay)

Redoublement de fièvre

Bras-de-Fer, 1829 : Révélation d’un nouveau fait à charge.

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation nouvelle, nouvelle charge.

Delvau, 1866 : s. m. Révélation d’un nouveau fait à charge, dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Nouvelle charge, accusation nouvelle contre l’accusé, — dans l’ancien argot.

Virmaître, 1894 : Fièvre, révélation. Quand un voleur a été dénoncé, il a la fièvre. Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un redoublement de fièvre (Argot des voleurs).

France, 1907 : Accusation nouvelle contre un inculpé. Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage entraînant la peine capitale.

— Pour peu que les parrains ne viennent pas leur coquer un redoublement de fièvre cérébrale, ma largue et mes gosselines se tireront de ce mauvais pas.

(Mémoires de Vidocq)

Redouiller

d’Hautel, 1808 : Se redouiller. Riposter à des propos injurieux ou répondre vigoureusement à des voies de fait ; en venir aux mains.

Rigaud, 1881 : Rembarrer, frapper, maltraiter.

Y veut se r’lever, mais j’ le r’douille à coups de passif dans les merlins.

(Le Parfait catéchisme poissard)

France, 1907 : Riposter, pousser, maltraiter ; argot populaire

Redresse

Delvau, 1866 : s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d’existence qu’il ne leur refuserait pas, et préfèrent s’adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons. Chevalier de la Redresse. Industriel qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.

Rigaud, 1881 : Ruse. Être à la redresse, être rusé, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Ruse. Malice. À la redresse, malin.

Redresse (à la)

Hayard, 1907 : Au courant.

France, 1907 : Rusé, adroit, fort. Chevalier à la redresse, intrigant. Type à la redresse, individu vigoureux ou malin.

Ce n’était pas un mauvais fieu, mais il était dit que la maréchaussée foutrait le grappin sur lui, en traîtrise, comme toujours, quand ces vaches ont affaire à un type à la redresse.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Redresse (être à la)

Virmaître, 1894 : Il est à la redresse le mec, pas moyen de lui monter le verre en fleur ; il la connaît, c’est lui qui a inventé les queues de billard cintrées pour faire les effets dans les coins. Être à la redresse, rusé, malin. On dit aussi : être à la hauteur (Argot du peuple).

Redresser

d’Hautel, 1808 : Pour dire corriger, châtier, mortifier quelqu’un ; le remettre dans le droit chemin ; il signifie aussi filouter, dérober, tromper avec finesse.

Redresseur

d’Hautel, 1808 : Fripon, escroc, filou ; homme fin et rusé, auquel il faut soigneusement éviter d’avoir affaire ; on dit aussi d’un rigoriste, d’un homme qui exerce une sévère critique sur les fautes d’autrui ; c’est un redresseur de torts.

France, 1907 : Industriel de lettres qui corrige, redresse les œuvres de confrères.

Un homme nait qui serait peut-être mort de faim dans tous les métiers ; un jour, il met la plume à la main, il écrit, il se sent la facilité qu’on éprouve à la garde-robe. Apportez vingt moules à feuilletons, il les remplira jusqu’aux bords, il ne retient rien dans sa vessie : son robinet, ci 50,000 francs par an et les honneurs — la gloire en gros sous. Est-ce vrai ?
Un autre n’a ni fond, ni forme, pas plus de style que de pensée ; mais il possède une faculté hors ligne — celle de redresseur. Orthopédiste merveilleux, il corrige les drames mal faits et d’un enfant mal venu fait une œuvre superbe.

(A. Dubrujeaud)

Réduire

d’Hautel, 1808 : Réduire quelqu’un au petit pied. Pour dire, le rendre pauvre, misérable ; le mettre dans un état fort au-dessous de celui où il étoit.

Réduit

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

France, 1907 : Porte-monnaie, bourse ; argot des voleurs.

Réduit (le)

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où le membre viril a tant de plaisir à se réfugier les jours d’ennui, à s’abriter les jours d’orage. Réduit, déduit ; déduit, réduit.

Déjà de sa grandeur les doigts saints et bénis
Visitaient de l’amour les plus secrets réduits.

(Grécourt)

Mais D*** avec sa main,
Sa lèvre de carmin,
Sait trouver ton réduit
Où rarement l’homme impur s’introduit.

(J. Duflot)

Refaire

d’Hautel, 1808 : Se refaire. Pour dire rétablir sa santé, reprendre des forces de la vigueur ; regagner une partie de ce que l’on avoit perdu au jeu.
À une femme et à une vieille maison, il y a toujours à refaire.

Larchey, 1865 : Tromper. V. Faire.

Dindonné, ce que nous appelons refait au même.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, duper, et même voler, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Tromper, duper. Se refaire, manger.

France, 1907 : Escroquer, tromper. Refaire au même, rendre la pareille ; synonyme de : À bon chat bon rat.

L…, un autre journaliste, après avoir longtemps bohémisé, carotté, refait tous ses camarades…

(A. Sirven)

Refaire (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Regagner au jeu après s’y être ruiné.

Refaire au même

La Rue, 1894 : Jouer quelqu’un qui vous a précédemment joué.

Refaire de sorgue (se)

Halbert, 1849 : Souper.

Delvau, 1864 : Se remettre d’une nuit d’orgie : — bien dormir, ou bien déjeuner.

Tout dix, au tapis-franc nous étions réunis,
Chez le père Vit-Dur, ogre de mes amis,
Zig qui ne mange pas ses pratiques sur l’orgue ;
Nous étions venus là nous refaire de sorgue.

(L. Protat) (Serrefesse.)

Refaire, refaire au même

Rigaud, 1881 : Duper. — Être refait, être dupé, payer trop cher. On est refait quand on paye, dans un restaurant, un dîner trop cher. — On est refait quand on paye, dans un magasin, un objet au-dessus de sa valeur. Les étrangers sont souvent refaits.

Refaire, se refaire le torse

Rigaud, 1881 : Manger, se réconforter.

C’est ça qui vous refait le torse un peu proprement.

(X. de Montépin)

Refait

France, 1907 : Terme de jeu. Coup à refaire.

Mais, d’une part, nous l’avons dit, des femmes qui jouent ne sont plus des femmes, elles sont devenues des joueurs, Leur conversation se réduit à ces mots qui appartiennent à tous les mondes, car on joue malheureusement aujourd’hui dans tous les mondes : — « Je passe la main, je tiens tout, je demande des cartes, le roi est bon, l’as est meilleur, c’est le retour du dix ; encore un refait, ce lansquenet est insupportable, il n’y a que des refaits. »

(Adolphe Belot, Le Drame de la rue de la Paix)

Refait au même (être)

Delvau, 1866 : Être joué par quelqu’un à qui l’on avait précédemment joué quelque méchant tour.

Refait sans donjon

Rigaud, 1881 : Repris en état de vagabondage.

Refait sans donjon (être)

France, 1907 : Être arrêté pour vagabondage ; argot des voleurs.

Refaite

Vidocq, 1837 : s. m. — Repas.

Delvau, 1866 : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs. Refaite du mattois. Déjeuner. Refaite de jorne. Dîner. Refaite de sorgue. Souper. Refaite de coni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.

Rigaud, 1881 : Repas, réfection. — Refaite du matois, déjeuner ; refaite de jorne, dîner ; refaite de sorgue, souper ; refaite du séchoir, collation prise en sortant du cimetière.

La Rue, 1894 : Repas. Refaite de matois, déjeuner. Refaite de sorgue, dîner.

France, 1907 : Repas. Refaite du matois, déjeuner. Refaite de jorne, dîner. Refaite de sorgue, souper. Refaite de séchoir, croûte cassée chez le marchand de vin au retour du cimetière. Refaite de coni, extrême-onction. Argot des voleurs.

— Lorsque j’ai quitté le tapis, il allait acheter sa refaite de sorgue et venait de donner l’ordre de seller son gaye.

(Mémoires de Vidocq)

Refaite de coni

Vidocq, 1837 : s. — Viatique, extrême-onction.

Refaite de jorne

Vidocq, 1837 : s. m. — Diner.

Refaite de sorgue

Vidocq, 1837 : s. m. — Souper.

Refaite du matois

Vidocq, 1837 : s. m. — Déjeuner.

Refaiter

Larchey, 1865 : Prendre un repas. — Vieux mot. — V. Pavillonner. — Refaite du matois : Repas du matin — Refaite de coni : Viatique, repas de mourant.

Delvau, 1866 : v. n. Manger.

Refaiter (se)

Ansiaume, 1821 : Manger.

J’ai été me refaiter dans un tapis franc.

France, 1907 : Manger, s’empiffrer.

Chaque jour, un ample quartier de viande apparaissait sur la nappe ; tous deux s’en refaitaient largement, et il emportait les restes dans son bissac en démarrant le lendemain pour l’usine.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Refaitier

France, 1907 : Restaurateur.

Réfec

Fustier, 1889 : Réfectoire. Argot de Polytechnique.

Refect

France, 1907 : Réfectoire ; argot des collèges.

Refend

d’Hautel, 1808 : Bois de refend, mur de refend. Bois qui a été scié de long ; et non bois de refente, mur de refente, comme on le dit vicieusement.

Referendum

France, 1907 : Sorte de plébiscite, auquel on a recours quand une question embarrassante est posée et trouve en égal nombre des partisans et des détracteurs ; on en réfère alors au suffrage universel qui tranche par oui ou par non la difficulté ; du mot latin referere, référer. Le referendum est par le fait la base véritable de tout gouvernement démocratique.

Reffoler

Halbert, 1849 : Voler par surprise.

Refilé (aller au)

La Rue, 1894 : Vomir. Payer. Ne pas aller au refilé, nier.

France, 1907 : Faire des aveux ; argot des voleurs.

Refiler

Clémens, 1840 : Remettre, rendre, donner.

un détenu, 1846 : Faire passer de main en main.

Halbert, 1849 : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.

Larchey, 1865 : Donner un vol nourri, suivre.

Delvau, 1866 : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Passer, mettre en circulation.

Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.

La Rue, 1894 : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.

Virmaître, 1894 : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler
quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »

Hayard, 1907 : Donner.

France, 1907 : Donner. Un argotier s’est amusé à mettre en argot la chanson Au clair de la lune.

Au chair de la luisante,
Mon frangin Pierrot,
Refile-moi ta griffonnante,
Pour broder un mot.
Ma camoufle est chtourbe,
Je n’ai plus de rif ;
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec !

France, 1907 : Rendre.

Il allait se coucher jusqu’à midi, puis il irait déjeuner au cercle ; après an tour au Bois, retour au cercle pour y doubler ou y refiler le sac de la nuit dernière.

(Gil Blas)

France, 1907 : Suivre, surveiller.

Ma sœur est avec Éloi
Dont la sœur est avec moi :
L’soir, su’ l’boul’vard, ej’ la r’file
À Bell’ville :
Comm’ ça j’gagn’ pas mal de braise ;
Mon beau-frère en gagne autant,
Pisqu’i’ r’fil’ ma sœur Thérèse
À Ménilmontant.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Quand on a des « lois scélérates »
Comme y en a dans not’ doux pays,
Quand on est toujours sous la patte
D’un tas d’argousins, de bandits,
Qui vous espionn’nt et qui vous r’file,
Toujours prêts à vous arrêter,
L’gouvernement, sans s’faire ed’bile,
Fait mettre sur les murs : Liberté !

(Le Père Peinard)

Refiler la camelote

M.D., 1844 : Passer aux associés ce que l’on vient de voler.

Refiler la comète

France, 1907 : Coucher à la belle étoile. On dit aussi renifler la comète. Refiler a ici le sens de suivre, surveiller.

Dans l’avenue, Dupont fendit d’un coup de pouce l’enveloppe (que lui avait remise la duchesse d’Uzès) ; elle contenait un billet de 50 francs. Cet argent a reçu la destination indiquée par la donatrice. 25 francs furent distribués à des copains qui refilaient la comète. Le reste fut envoyé dans les prisons et aux parents des prisonniers.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Refiler sous le tube (s’en)

Rigaud, 1881 : Priser.

Refiler, repasser

Rigaud, 1881 : Céder le canevas d’un vol.

Refileurs de comète

France, 1907 : Vagabonds, gens sans asile.

Le jour où le populo aura soupé de crever la faim, ce jour-là il pourra s’arranger, sinon une vie tout plein heureuse, mais du moins exempte de toute incertitude du lendemain. Plus on va, plus c’est faisable ; à l’heure actuelle, c’est pas la croustille qui manque, — y a à bouffer pour tout le monde ! — Les piôles non plus ne font pas défaut. Y en a des vides et en assez grande quantité, pour y mettre à roupiller tous les refileurs de comète.

(Le Père Peinard)

Réflec

France, 1907 : Réflexion.

— Tu sais, si tu veux te mettre avec moi, tu n’auras rien à craindre, et tu seras heureuse comme une reine… Oh ! je ne te force pas tout de suite… prends le temps de la réflec… je t’attendrai toute la semaine chez le père Moule-à-Singe.

(Ed. Lepelletier)

Refondante

Rigaud, 1881 : Allumette.

France, 1907 : Allumette ; argot des voleurs.

Refondre

d’Hautel, 1808 : Vous ne le refondrez pas. Pour, il faut supporter cet homme tel qu’il est, puisqu’on ne peut le corriger.

Refouler

Delvau, 1866 : v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose, — dans l’argot des ouvriers. Refouler au travail. Fêter la Saint-Lundi.

Rigaud, 1881 : Se refuser à. — Abandonner un ouvrage. — Refouler au travail, chômer.

La Rue, 1894 : Hésiter. Reculer.

France, 1907 : Refuser, reculer. Refouler au turbin, fuir le travail.

Il n’y a pas que les pilons et les renifleurs de comète, c’est-à-dire ceux qui ont dégringolé aux bas-fonds de la dèche, qui prennent leurs quartiers d’hiver en prison.
Hélas non ! Il y a aussi des prolos qui ont un métier dans les pattes et qui ne refoulent jamais sur de turbin. Seulement, l’hiver se trouve être pour eux la mauvaise saison, alors, plutôt que de se trouver à la rue, ils préfèrent se faire fiche au bloc.

(La Sociale)

Réfractaire

Delvau, 1866 : s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps. L’expression n’est pas de Jules Vallès, — comme on serait excusable de le croire, d’après l’intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d’années qu’on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l’Hôtel des refractaire, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.

Refrogné

d’Hautel, 1808 : Un visage refrogné. Pour dire bizarre, triste, mécontent, dépité, inquiet, chagrin.

Refrogner

d’Hautel, 1808 : Se refrogner. Froncer le sourcil, se rider le front comme lorsqu’on éprouve un mécontentement, un chagrin intérieur.

Refroidi

Vidocq, 1837 : s. f. — Mort.

Halbert, 1849 : Mort.

Delvau, 1866 : s. m. Noyé, pendu ; cadavre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Mort. — Assassiné.

La Rue, 1894 : Mort. Assassiné.

Rossignol, 1901 : Être mort.

France, 1907 : Cadavre. Parc à refroidis, cimetière. Roulante à refroidis, corbillard.

Tous les matins, avant midi,
Dans une immense fosse,
On apport’ra les refroidis
Qu’on empil’ra par grosse.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Refroidir

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer.

Larchey, 1865 : Tuer. — On dit glacé par la mort. — V. Suage.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer.

Rigaud, 1881 : Tuer.

Virmaître, 1894 : Tuer un individu. Refroidi : Allusion au cadavre qui, aussitôt la mort, devient froid comme le marbre (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Tuer quelqu’un.

Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Tuer ; argot des voyous, d’où refroidisseur, assassin.

— Vous êtes accusé d’avoir, la nuit dernière, ce sont vos propres expressions, « refroidi un pante ». Vous aviez un complice : nommez-le.
Le rôdeur. — La température, mon commissaire.

Refuges

Virmaître, 1894 : Les croyants disent au pécheur : réfugiez-vous dans le sein de Dieu. C’est un refuge qui est bougrement haut. Les giverneurs préfèrent de beaucoup les refuges municipaux et d’autres, inconnus de la masse des Parisiens : rue Galande, rue Julien-le-Pauvre, rue St-Denis et rue St-Séverin, où l’on couche pour quatre sous, sur un banc, avec une soupe par dessus le marché. Ces refuges ont pour enseigne : Crémerie. Je ne conseille pas aux lecteurs de s’y aventurer, s’ils ne veulent pas être saignés (Argot du peuple). N.

Refus

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas de refus. Pour dire, j’accepte volontiers l’offre que vous me faites.

Refuser

d’Hautel, 1808 : Qui refuse, muse. Pour dire que l’on se repent souvent d’avoir refusé ce que l’on vous offroit.

Regaillardir

d’Hautel, 1808 : Pour réjouir, divertir, rendre enjoué, mettre en bonne humeur.

Régalade

d’Hautel, 1808 : Boire à la régalade. C’est-à dire, la tête renversée en arrière, et en versant la boisson dans la bouche.
Régalade. S’entend aussi d’un repas sensuel, ou d’une partie de plaisir quelconque.
On dit dans un sens opposé, quand on a réprimandé quelqu’un, ou qu’on l’a châtié rigoureusement, qu’on lui a donné une bonne régalade.

Delvau, 1866 : s. f. Petite ripaille, — dans l’argot du peuple. À la régalade. Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.

Régalade (boire à la)

France, 1907 : Boire le liquide d’une bouteille ou d’un flacon sans toucher de ses lèvres le goulot.

Je les ai vus, assis en rond sous les grands chênes, autour d’un feu de branches, faire leur repas du matin. Tout en causant de leurs travaux, ils mangeaient de savoureuses châtaignes, des pommes de terre tirées de la cendre, et buvaient à la régalade le vin nouveau du terroir, en le faisant tomber du goulot, la tête renversée, la bouteille levée, comme un rais de soleil qui glougloute dans le gosier.

(Aug. Marin)

Régaler

d’Hautel, 1808 : Régaler quelqu’un. Au figuré, le maltraiter ; lui donner une volée de coups de bâton.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.

Régaler la veuve

Rigaud, 1881 : Dresser la guillotine.

France, 1907 : Être guillotiné.

Régaler ses amis

Rigaud, 1881 : Se purger.

France, 1907 : Se purger ; argot populaire.

Régaler son cochon

Rigaud, 1881 : S’offrir à soi-même une consommation, se payer un bon dîner.

France, 1907 : Faire un bon repas.

Régaler son suisse

Delvau, 1866 : v. a. C’est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.

Rigaud, 1881 : Ne perdre ni ne gagner une consommation jouée.

France, 1907 : Payer chacun son écot.

Regalia

France, 1907 : Cigare de la Havane, c’est-à-dire régalien, royal.

Regard de basilic

France, 1907 : Regard menaçant et diabolique exprimant le courroux et la haine.
Toutes les absurdités imaginables, l’ignorant les invente. Le basilic est un petit lézard de mœurs fort douces, de l’Amérique équatoriale, qui se nourrit d’insectes et dont la chair est excellente. Mais les Grecs appelaient basilic une espèce de dragon terrible dont le seul regard donnait la mort. Il portait une couronne, emblème royal, dont le nom basilic est la traduction. Il provenait de l’œuf d’un coq et nul être vivant ne l’avait jamais vu ; naturellement. Pendant le moyen âge et longtemps après encore les marchands d’orviétan vendaient de petites raies desséchées, vernies et façonnées d’après la figure qu’on supposait être celle du basilic. Il est encore des collections où l’on peut les voir figurer comme témoignage de la crédulité humaine.

Regardant

Delvau, 1866 : adj. Économe, avare, — dans l’argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur ; peu généreux, — dans l’argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l’amour, mais ne veulent pas qu’on le marchande.

France, 1907 : Intéressé ; expression populaire.

Une bonne se présente :
— J’ai d’excellents certificats, je suis restée deux ans chez un aveugle…
— Pourquoi l’avez-vous quitté ?
— Il était trop regardant !

Regarder

d’Hautel, 1808 : Un chien regarde bien un évêque, il peut bien regarder une bête comme toi. Se dit injurieusement à quelqu’un qui se formalise de ce qu’on le regarde.
Il n’y regarde pas de si près. Pour dire qu’il n’est pas susceptible ; qu’il n’apporte ni soin ni exactitude dans la confection des choses qui lui sont confiées.
Si vous n’êtes pas content, regardez la porte. Se dit par menace à un employé dont on ne fait aucun cas, pour lui faire entendre que si ce qu’on lui demande ne lui convient pas, il peut se retirer.
Regarder quelqu’un sous le nez. Le considérer de très-près et d’une manière fort incivile.

Regatte

Rigaud, 1881 : Viande, pour rogaton, — dans l’argot des chiffonniers. — Regater, manger.

France, 1907 : Viande argot des chiffonniers.

Regatter

France, 1907 : Manger ; argot des chiffonniers.

Régence

Larchey, 1865 : Digne des roueries galantes de la cour du régent.

C’est régence, c’est Louis XV, œil-de-bœuf ! C’est très-bien.

(Balzac)

Delvau, 1866 : adj. Galant, libertin, audacieux, — en parlant des choses et des gens. Être régence. Se donner des airs de roué. Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement admises.

Regimber

d’Hautel, 1808 : Rechigner, résister à ses supérieurs ; répondre insolemment à ce que l’on commande, montrer un caractère acariâtre et insubordonné.

Régiment

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, pour dire une bande, un grand nombre, une multitude de personnes.
Avoir un régiment d’enfans. Pour dire un grand nombre d’enfans.
Être dans le régiment de l’arc-en-ciel. Pour dire être laquais, porter la livrée.
On dit plaisamment d’un soldat bossu, qu’il porte avec lui la masse du régiment.

Régiment des boules de Siam

Delvau, 1866 : s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue, — quoiqu’elle n’eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Sobriquet donné aux sodomites

Régiment des cocus (s’engager dans le)

Rigaud, 1881 / France, 1907 : Se marier.

Régimentaire

France, 1907 : Appartenant au même régiment ; argot militaire.

Enfin le train s’arrête une dernière fois. On saute sur le quai en secouant la poussière du voyageur, et l’on serre la main des régimentaires qui vous attendent.

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

Reginglade

Delvau, 1866 : s. f. Jeu d’enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.

Reginglard

France, 1907 : Petit vin aigrelet. On dit aussi reginglet. Argot populaire.

— Y a pas à dire ! criait-il en tapant sur la table. Ça fait du bien par ou ça passe… N’est-ce pas, M’sieu le Marseillais ? Vous n’avez pas du bon petit reginglard comme ça dans vos pays ? Vos vins ça peut se couper avec un couteau. Y a à boire et à manger. Parlez-moi de ce petit blanc-ci… le vin d’Anjou… en joue, feu !

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Une piquette hérétique,
Un infâme reginglard
Sans âme, sans esthétique,
Sans rien là, tel Abélard ;
Et propre à salir la nappe
Tout au plus d’un cabaret :
Jamais la gueule d’un pape
Ne s’en accommoderait.

(Raoul Ponchon)

Regingler

Delvau, 1866 : v. n. Jouer à la reginglade.

Régingler

Rossignol, 1901 : Se mettre en colère d’une observation qui vous est faite et répondre est régingler.

Regis ad exemplar

France, 1907 : À l’exemple du roi. Location latine tirée de Claudien, signifiant que l’on doit se régler sur les exemples donnés par le roi, ou le maître. Si l’on suivait ce précepte idiot, on en verrait de belles.

Registre (faire le)

Boutmy, 1883 : v. C’est, en imprimant la retiration, faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre. Au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille de façon que chacun ait exactement sa part.

France, 1907 : Faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre en imprimant la retiration ; au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille dans des verres de façon que chacun ait une part égale. Argot des typographes.

Registres de la voix

France, 1907 : Terme musical servant à classer les divisions de l’étendue de la voix. Il y a trois registres : celui de poitrine, celui de médium et celui de tête, ou fausset, que, dit Émile Gouget dans ses Curiosités anecdotiques et philologiques, l’on devrait écrire faucet, comme le voulait J.-J. Rousseau, ce mot venant du latin faux, faucis, la gorge… « Au point de vue commercial la voix de poitrine est le grand livre du chanteur, sa voix de médium est son registre de caisse et sa voix de tête peut être considéré comme son brouillard. »

(Émile Gouget)

Réglé comme un papier de musique

Delvau, 1866 : adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois. C’est le pendant de Sage comme une image.

Règle de trois

Rigaud, 1881 : La femme, le mari et l’amant réunis dans un lieu public et, principalement, au théâtre, dans la même loge.

France, 1907 : Monsieur, Madame et… l’ami.

Régler l’ardoise

France, 1907 : Passer chez le marchand de vin ; allusion à l’ardoise sur laquelle d’aucuns marquent les consommations des clients.

— Tu sais, petite crotte chérie, ça m’agace à la fin que tu règles toujours l’ardoise ; la prochaine fois, ce sera ma tournée.

(René Maizeroy)

Régler son trimestre

Virmaître, 1894 : Battre quelqu’un. Synonyme de régler son compte. Quand une marmite ne rend pas, le souteneur dit :
— Je vais lui régler son trimestre.
Pour certaines de ces malheureuses, le trimestre est tous les jours (Argot des souteneurs). N.

Règles (avoir ses)

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues — qui viennent très irrégulièrement à certaines femmes.

Pour ces règles que tu débines
Et traites de déjections,
Ce sont les sources purpurines
Des saintes fécondations.

(Anonyme)

Réglette

Boutmy, 1883 : s. f. Petite lame de bois ou de métal, mince et plate, de la hauteur des cadrats, et qui sert à justifier les pages en longueur. Arroser la réglette. Lorsqu’un paquetier passe metteur en pages, il manquerait à tous ses devoirs s’il ne régalait son équipe ; celle-ci, à son tour, fait une reconnaissance, c’est-à-dire paye la moitié (à revenir) de ce qu’a payé le nouveau metteur.

Réglette (arroser la)

Rigaud, 1881 : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographes. Quand un paquetier passe metteur en pages, il est aussi d’usage qu’il arrose la réglette à coups de tournées. (Jargon des typographes.)

France, 1907 : En terme de typographie, la réglette est une petite lame mince et plate qui sert à mesurer la longueur des pages. Arroser la réglette, c’est régaler son équipe, lorsque de compositeur on passe metteur en pages.

Réglisse (jus de)

France, 1907 : Nègre.

Regon

Halbert, 1849 : Dette.

Larchey, 1865 : Dette. — Regonser : Devoir (Bailly).

Delvau, 1866 : s. m. Dette, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Dette. Regon est une corruption de regout (rancune). Quand un voleur a été donné par un nonneur, il a du regout, de la rancune, il a contracté une dette de haine qu’il lui paiera tôt ou tard (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Dette ; argot des voleurs. Sans doutes une corruption de regout, rancune.

Regoncer

Delvau, 1866 : v. a. Devoir.

Regonser

Halbert, 1849 : Devoir.

Rigaud, 1881 : Suivre à la piste. Ces messes me regonsent, dit le voleur qui est filé par des agents.

La Rue, 1894 : Suivre à la piste.

France, 1907 : Suivre quelqu’un, le filer ; argot des voleurs.

Regorger

d’Hautel, 1808 : Abonder.
Faire regorger. Signifie obliger quelqu’un à rendre ce qu’il a acquis d’une manière illicite.
Regorger de santé. Jouir d’une bonne santé.
Regorger. Avoir de tout en quantité ; vomir, rendre les alimens que l’on a pris.

Regoubichonner

France, 1907 :

Les ceux pour qui humer le piot, regoubichonner un tantinet, danser follement et voire moult cingesques, momeries est délectable se rendront, Le 28 août 1887, chez le peintre Cheviron.

(Billet d’invitation)

Regouler

d’Hautel, 1808 : Être rassasié, être soûl de quelque chose, en avoir pris immodérément ; renoncer dessus.
Regouler. Signifie aussi repousser quelqu’un de paroles, le brusquer.

Regouler (se)

Ansiaume, 1821 : Se dégoûter.

J’ai été bientôt regoulé de ses phlanchets-là.

Regousser

France, 1907 : Faire des dettes ; argot des voleurs.

Regout

Delvau, 1866 : s. m. Inquiétude, crainte, remords, — dans le même argot. Faire du regout. Être arrêté.

Virmaître, 1894 : Rancune. Avoir du regout contre quelqu’un, lui vouloir du mal. Les voleurs ont du regout contre un complice qui les a dénoncés.
— Je renquille dans Pantin sans regout ni morace.
Mot à mot : Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Rancune.

Regout (faire du)

Larchey, 1865 : Être arrêté.

Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Éveiller les soupçons. C’est faire du ragoût avec changement d’une lettre. — Faire du bruit, se disputer.

Regout (faire du)

Vidocq, 1837 : v. — Manquer de précaution.

Regout, ragoût

La Rue, 1894 : Inquiétude, crainte, remords. Faire du regout, être arrêté. Se disputer. Éveiller les soupçons.

Régracier

France, 1907 : Renoncer ; argot des voleurs.

Regrattier

d’Hautel, 1808 : Homme intéressé, lâdre, qui, sur un compte, se permet les plus petites réductions.

France, 1907 : « Les regrattiers sont les pâtissiers qui fabriquent les chaussons aux pommes, les brioches sans beurre et les gâteaux sans sucre qu’on vend aux écoliers et aux gamins de Paris. »

(A. Privat d’Anglemont)

France, 1907 : Individu qui achète aux mendiants les bons de charité qu’on leur donne.

Regret

d’Hautel, 1808 : Il fait cela à regret, comme les chiens qu’on fouette. Pour dire à contre-cœur, de mauvaise grace, avec répugnance.
Il ne doit pas avoir regret de sa jeunesse. Pour dire, il s’est bien diverti ; il a eu de bons momens, il a bien employé son temps.

Regretter les oignons d’Égypte

France, 1907 : Regretter son ancien état. Être tombé de mal en pire. C’est une allusion aux tribus d’Israël, qui, errant dans le désert, après leur départ d’Égypte, regrettèrent souvent leur ancienne captivité pendant laquelle ils avaient au moins à manger… des oignons.

Reguicher

France, 1907 : Attaquer :, argot des voleurs.

— Eh ! la Gribouille, comment que t’as été pigée ? dit une vagabonde à une autre.
— Je dormais par terre avec mon petit dans mes bras, pelotonnée comme un p’tit chat sous un arbre des boulevards. V’là qu’on me tire par la jambe ; je me cavale, mais y z’étaient du monde, on me reguiche, je m’ai défendue et me v’là.

(Louise Michel, Les Microbes humains)

Réguisé

Rigaud, 1881 : Misérable que le manque d’argent pousse au crime. — Ruiné, maigre.

Tu ne reconnais pas Caroline ? — Toi ! Caroline ?… Cristi, madame, comme vous êtes réguisée !

(Grévin, Croquis parisiens)

Rossignol, 1901 : Ne plus rien posséder.

Réguisé (être)

Delvau, 1866 : Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Être misérable. — Être condamné à mort. — Être très malade. — Être trompé d’une manière indigne.

La Rue, 1894 : Battu, ruiné, évincé dans une entreprise, volé, trompé ou condamné à mort par le jury ou la Faculté.

Réguisée

France, 1907 : Battu, volé, ruiné ; argot des voleurs.

Reguiser

un détenu, 1846 : Perdre au jeu.

Réguiser

Rigaud, 1881 : Ruiner. Réjouissance. État de maigreur chez une femme. — On dit d’une femme dont on voit les os percer, qu’elle a plus de réjouissance que de viande.

Regusou

M.D., 1844 : Un remouleur.

Rein

d’Hautel, 1808 : Il a donné un bon tour de rein à cet ouvrage. Pour dire, il l’a beaucoup avancé ; il ne reste presque plus rien à y faire.
Donner à quelqu’un un tour de rein. Lui jouer un mauvais tour ; le supplanter, lui nuire dans une affaire, qui étoit sur le point de recevoir son exécution.
Il a les reins forts. Pour dire qu’un homme est riche, qu’il est capable de supporter les frais d’une entreprise

Reine

d’Hautel, 1808 : C’est la reine d’Antioche, qui mange plus de pain que de brioche. Voyez Brioche.
C’est la reine de Niort, malheureuse en beauté. Pour dire qu’une femme est extrêmement laide.
Ma reine. Non flatteur et caressant, que l’on donne à une jeune fille.

Reine d’Égypte (faire la)

France, 1907 : Femme de rien qui veut commander aux autres. Ce dicton, qui n’est plus guère en usage qu’en certaines provinces, date du XVIe siècle où l’Europe était inondée de Bohémiens. Romanichels, gitanos ou gypsies, Égyptiens, comme on les dénomme encore aujourd’hui en Angleterre. Dans nombre de ces tribus errantes, l’autorité était exercée par une femme souvent laide, sale et vieille qu’ils appelaient la reine. C’est ce qui a donné lieu à cette expression. On trouve dans le Moyen de parvenir : « Ha ! chienne, tu veux faire ici de la reine d’Égypte ? — Tu as menti, je suis femme de bien. »

Reine Hortense (cachibi de la)

France, 1907 : On appelle cachibi, dans l’argot de l’École navale, de petits casiers placés sous la dunette et destinés à recevoir les pipes et le tabac, au moment où l’on éteint les feux à bord. Le cachibi de la reine Hortense n’est pas un casier, mais une sorte de recoin en avant du mât de misaine. Le gabier qui s’y était endormi y rêva qu’il conduisait à la couche nuptiale la reine Hortense, mère de Napoléon III, à l’époque de sa jeunesse et de sa beauté. Réveillé au moment où il touchait le septième ciel, il raconta son rêve ; l’histoire, répétée de marin en marin, fit le tour de la flotte, d’où le nom de reine Hortense donné à ce recoin.

Reines de polygone (les)

Merlin, 1888 : Femmes qui suivent les soldats en étape.

Reitres ont passé, point de dime (où)

France, 1907 : Les compagnies de reitres, mercenaires allemands qui prirent part à toutes les guerres du XIIIe au XVIIe siècle, dévastaient tout sur leur passage, aussi étaient-ils fort redoutés des paysans auxquels ils prenaient tout, argent et vivres, les mettant par conséquent dans l’impossibilité de payer la dime au seigneur, d’où le dicton : Où les reitres ont passé, on n’y doit point de dime.

Rejacter

France, 1907 : Répéter, redire ; argot des voleurs.

Rejaquer

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Crier.

Rejaquer, rejacquer

France, 1907 : Crier ; argot des voleurs.

Réjoui

d’Hautel, 1808 : Un gros réjoui, un réjoui bon temps. Un homme gros, gras et bien portant, qui a l’humeur agréable et enjouée, qui met tout en train.

Réjouissance

Larchey, 1865 : Os glissé par les bouchers dans la viande pesée à leurs pratiques.

Pour mieux les embêter dans le poids et la réjouissance.

(Cabarets de Paris, 1821)

Delvau, 1866 : s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.

Virmaître, 1894 : Qui ne réjouit pas du tout la ménagère, lorsque le boucher lui donne plus d’os que de viande (Argot des bouchers).

France, 1907 : Ce mot à deux significations contraires. Dans l’argot de la boucherie, ce sont les os ajoutés dans la balance pour compléter le poids d’une quantité de viande ; si c’est une réjouissance pour le boucher, ce n’en est évidemment pas une pour le client. D’autre part, dans l’argot des voyous, c’est un os garni de viande. On dit d’une femme maigre qu’elle a plus de réjouissance que de viande. En Lorraine, la réjouissance est un petit morceau de pain que les boulangers donnent en plus de la miche.

Relâcher

d’Hautel, 1808 : Ce verbe parmi le peuple signifie, abandonner quelqu’un avec lequel on étoit en relation d’amitié, se brouiller avec lui, s’en séparer. Il se dit notamment d’un mari qui abandonne sa femme pour en prendre une autre ; d’un amant infidèle qui laisse à d’autre le soin de ce qui naguère faisoit l’objet de ses amours.

Relais

d’Hautel, 1808 : Être de relais. Pour dire n’être pas occupé, pas employé.
Plaisanter, baffouer, berner quelqu’un en relais. Pour dire le railler, le plaisanter chacun à son tour, le tourmenter l’un après l’autre.

Relancer

d’Hautel, 1808 : Relancer quelqu’un. Pour dire le repousser par des paroles dures, lui faire des reproches, des réprimandes sévères, le remettre à sa place lorsqu’il s’est permis quelqu’écart.

Relanceur de pleins

Fustier, 1889 : Variété de grec.

Plus nombreux encore ceux qui n’ont jamais soupçonné l’existence du relanceur de pleins.

(Henri IV, 1881)

France, 1907 : Escroc qui, au jeu de roulette, fait main basse sur les numéros pleins gagnants, en affirmant, devant des compères qu’il prend à témoin, que c’est lui qui a placé la mise.

Relayer

France, 1907 : Se retirer des luttes amoureuses ; quitter par raison ou par force les champs de Cythère.

— Les beaux hommes, les gars qui ont du sang rouge sous la peau, les géants qui porteraient au canon sur leurs épaules, les amoureux qui ne demandent pas à relayer, parlez-moi de ça… On irait en chercher jusqu’au fond des villages noirs ; on n’est vraiment femme que dans leur étreinte…

(René Maizeroy, Le Journal)

Reléché

d’Hautel, 1808 : Pour dire, paré, orné de colifichets, de frivolités ; on dit aussi d’une personne mal élevée, grossière, impolie, brutale ; qu’elle est bien mal reléchée.

Relent

d’Hautel, 1808 : Sentir le relent. Exhaler une mauvaise odeur, sentir le renfermé.

Relevante

Delvau, 1866 : s. f. Moutarde, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Moutarde ; argot faubourien.

Relève (être à la)

France, 1907 : Se remonter, relever ses affaires ; argot populaire.

Relever

d’Hautel, 1808 : Je l’ai joliment relevé. Pour exprimer que l’on a fait de fortes remontrances à quel qu’un qui avoit commis quelqu’indiscrétion en parlant.
Relever quelqu’un du péché de paresse. User de son autorité pour remettre quelqu’un dans son devoir.
On le relèvera bien de sentinelle. Pour dire, on prendra garde à ses actions ; on le traitera sévèrement

Delvau, 1866 : v. n. Sortir d’un état de gêne, — dans l’argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire Se relever de la misère. On dit aussi Être à la relève.

Relever (la)

Rossignol, 1901 : Gagner toucher. Celui qui gagne au, jeu la relève. Un souteneur qui reçoit beaucoup de sa marmite la relève.

Relever à la parisienne

France, 1907 : Genre d’escroquerie au jeu consistant à battre les cartes sans les désenchevêtrer les unes des autres, de façon qu’elles reprennent leur place primitive.

Relever le chandelier

Fustier, 1889 : Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d’une fille.

France, 1907 : Se faire entretenir par une fille. Le releveur s’empare de l’argent placé par le client sous le chandelier.

Relever les escabelles

France, 1907 : Festoyer après une noce, continuer la fête patronale. Voir Reco.

Releveur de chandelier

Virmaître, 1894 : Quand un miché monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main ; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa mise sous le chandelier ; aussitôt partis, le souteneur arrive et relève la monnaie qui est sous le chandelier (Argot des souteneurs).

Releveur de chandelier, de fumeuse

La Rue, 1894 : Souteneur.

Releveur de fumeuse

Fustier, 1889 : Souteneur.

France, 1907 : Souteneur ; argot des filles.

Releveur de pesoche

Virmaître, 1894 : Garçon de banque qui la relève les 1er, 15 et 30 de chaque mois. La pesoche est le sac où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).

Releveur de pésoche

Rigaud, 1881 : Garçon de recette.

Releveur de pézoches

France, 1907 : Garçon de recette ; argot des voyous.

Relicher

Rigaud, 1881 : Vider un verre ou une bouteille sans laisser une goutte de liquide au fond. Les garde-malades s’entendent très bien à ce genre de travail.

France, 1907 : Embrasser ; argot populaire.

Ah bien ! qu’elle se laissât surprendre à se faire relicher dehors, elle était sûre de son affaire !…

(É. Zola)

Relicher (se)

Delvau, 1866 : S’embrasser tendrement. On dit aussi Se relicher le morviau.

France, 1907 : Se passer la langue sur les lèvres après avoir dégusté un mets ou un liquide ; argot populaire.

Relicher son morviau

Virmaître, 1894 : Voilà une image qui n’est pas propre. Dans le peuple on dit à un enfant qui ne se mouche pas et qui de son nez laisse pendre deux chandelles :
— Reliche ton morviau (Argot du peuple). N.

Relié

France, 1907 : Vêtu, habillé ; argot faubourien. Être chiquement relié, être élégamment vêtu.

Religieuse (nombril de)

France, 1907 : As de cartes.

Religieuse de bas métier

France, 1907 : Ancien nom donné aux filles publiques.

Mais désormais qui voudra rire
Et de mener vie joyeuse
Avec une religieuse
De bas métier.

(Ancien Théâtre français)

Religion

d’Hautel, 1808 : Cette fille veut être de la religion de Saint-Joseph. C’est-à-dire veut se marier.

Religion fusionienne

France, 1907 : Secte religieuse fondée en 1845 par un médecin nommé de Toureil, et destinée à faire fusionner toutes les religions en une seule. Un des apôtres de cette billevesée fut le célébrée Babick.

Fixé à Genève, Babick tenta de s’y faire connaitre par des conférences sur la religion fusionienne, dont il est resté l’apôtre convaincu. Mais, n’ayant pu réussir à se créer des disciples, il se souvint de son ancienne profession, et c’est ce qui lui permit de débiter, au Café Lyrique et ailleurs, entre deux parties le jacquet ou de dominos, quelques flacons d’odeur, produits de sa cuisine transformée eu laboratoire de chimie.

Religion sonnante

France, 1907 : Religion de l’argent, culte du veau d’or ; le seul qui universel. Expression des provinces du Centre.

Relingue

France, 1907 : Récidiviste ; argot des voleurs.

Il y avait là des relingues, allant voir ce qui leur arriverait au jour ou l’autre.

(Louise Michel)

Relinguer

France, 1907 : Recouper.

Relique

d’Hautel, 1808 : Qu’elle garde ses reliques. Se dit à quelqu’un qui fait trop valoir ses faveurs, ses bonnes graces, ses services.
Je n’ai pas grande foi à ses reliques. Pour dire que l’on n’ajoute pas foi aux promesses de quel qu’un ; qu’on n’a pas une grande confiance en lui.
Elle peut en faire des reliques. Se dit par ironie de quelqu’un qui conserve avec une affectation ridicule quelque chose de peu de valeur.

Delvau, 1864 : Le membre viril, — on n’a jamais su pourquoi.

Du grand saint Nicolas,
Dans vos draps,
Prenez donc la relique.

(Béranger)

Gage de ses travaux
Pendait tout sa tunique
Cette belle relique,
Chère aux tendrons dévots.

(J. Cabassol)

Relui

Clémens, 1840 : Jour.

Reluire dans le ventre

Delvau, 1866 : v. n. Exciter la convoitise, ou l’envie, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Exciter l’appétit ; argot populaire.

Reluire le singe (faire)

France, 1907 : Faire payer le patron ; argot des ouvriers.

Reluis

Ansiaume, 1821 : Le jour.

Le même reluis que j’ai entré au collège, j’ai cavalé.

Reluis (un)

M.D., 1844 : Un jour.

Reluisant

Clémens, 1840 : Soleil.

M.D., 1844 : Reverbère.

Rossignol, 1901 : Pièce d’or.

Reluit

Vidocq, 1837 : s. m. — Œil.

Vidocq, 1837 : s. m. — Jour.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.

Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Jour.

Rigaud, 1881 : Jour. — Œil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Jour. Œil.

Virmaître, 1894 : L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.

France, 1907 : Jour ; argot populaire.

Une sorgue j’ai été pomaqué et enflaqué dans une rafle, mais on m’a défourraillé au reluit, j’ai seulement coqué le taf.

(Autobiographie d’un malfaiteur en argot moderne)

France, 1907 : Œil. Chasser des reluits, pleurer. Argot populaire.

Reluque-quilles

France, 1907 : Avant-scène de théâtre.

Reluquer

Ansiaume, 1821 : Observer quelqu’un.

Regarde un peu s’il ne nous reluque pas.

Clémens, 1840 : Envisager.

Delvau, 1866 : v. a. Considérer, regarder avec attention, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Faire les yeux doux.

Rigaud, 1881 : Observer, espionner. — Reluqueur, curieux, espion.

La Rue, 1894 : Regarder avec attention. Espionner.

Virmaître, 1894 : Regarder.
— Qu’avez-vous donc à me reluquer comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire ?
— Reluque-moi un peu ce canard, en a-t-il une trompette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

As-tu fini de reluquer ma femme ?

Hayard, 1907 : Regarder.

France, 1907 : Regarder avec attention, examiner.

— Tous les curés qui nous arrivent sont maigres et râpés et aussi contents que des rosses qu’on étrille. Mais reluque celui-ci, avec sa capote de drap fin, son chapeau à glands, sa bouche en cœur et ses souliers à boucles. Ne dirait-on pas qu’il va au voyage d’amour ?

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Pendant que les deux compagnons
Jasaient, en frappant sur la table,
Deux servantes, aux gros chignons,
Les reluquaient d’un air aimable.
— Ce doit être de bons maris,
Dit l’une à la joue empourprée…
Leurs entretiens furent surpris :
Fut dit, fut fait, dans la soirée.

(Pierre Dupont)

Reluquer, rembroquer, remoucher, remouquer

Larchey, 1865 : Remarquer, examiner. V. Chasse, Temps, Moucharde, Bonne, Abadis, Béquille, Bayafe. — Rembrocage de parrains : Confrontation.

Reluqueur

France, 1907 : Oisif qui passe son temps à lorgner, à reluquer les femmes.

Reluqueuse

France, 1907 : Lorgnette ; argot populaire.

Remanicher

France, 1907 : Réconcilier ; argot populaire.

Remaquiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Refaire.

Rigaud, 1881 : Refaire.

France, 1907 : Refaire ; argot populaire.

Rembale

France, 1907 : Rentier ; argot des voleurs.

Remballer

France, 1907 : Renvoyer ; argot populaire.

Rembarre

France, 1907 : Rentier ; argot des voleurs.

Rembarrer

d’Hautel, 1808 : Gronder, brusquer, repousser quelqu’un, lui faire de vifs reproches.

Rembasle

La Rue, 1894 : Rentier.

Rembiner

Delvau, 1866 : v. a. Rétracter une calomnie ; un débinage, — dans l’argot des voyous.

Virmaître, 1894 : Quand on a bien débiné un individu, on le rembine. Rembiner est synonyme de rebonneter (Argot du peuple).

Rembiner (se)

France, 1907 : Se rétracter. On débine un camarade absent, et, quand il parait, on rembine.

Remboiné

France, 1907 : Sou marqué.

Rembourer

d’Hautel, 1808 : Au propre, bourrer, garnir avec de la laine, de la bourré ou du crin ; au figuré, brusquer, brutaliser, maltraiter quelqu’un en paroles, lui chanter pouille.
On dit d’un fauteuil dur et incommode, d’un matelas qui n’a pas été cardé depuis long-temps, qu’il est rembourré avec des noyaux de pêches.
Se rembourrer le ventre.
Pour dire, faire un bon repas, manger à ventre déboutonné.

Rembourse (coup de la)

France, 1907 : Genre d’escroquerie consistant à rembourser de l’argent prêté ou donné en aumône pour pouvoir obtenir une autre fois une plus forte somme qu’on ne rend plus, ou encore des certificats de probité, des lettres de recommandation qui servent à faire des dupes.

Ah ! les lettres de recommandation ! Un prêtre donne dix francs à un indigent qui les renvoie quelques jours après avec une lettre de remerciements. Le prêtre, qui ne comptait guère sur un remboursement, écrit à ce débiteur délicat pour l’engager à persévérer dans la probité dont il vient de fournir un bon témoignage.
Cette lettre, colportée chez les personnes charitables, montrée comme une attestation de probité, rapporte plusieurs mille francs à celui qui l’utilise et sait lui faire produire de prétendues avances, relativement considérables, qu’il ne restitue jamais. Cela s’appelle le coup de la rembourse.

(Jehan des Ruelles)

Rembrocable

Vidocq, 1837 : adj. — Reconnaissable.

Rigaud, 1881 : Reconnaissable.

France, 1907 : Reconnaissable, visible ; argot des voleurs.

Rembrocable (elle est)

Virmaître, 1894 : Beau visage que l’on peut regarder.
— Tu n’en perdras pas la vue ni le poil de dessus, la môme est rembrocable.
Mot à mot : tu peux la regarder, elle vaut la secousse (Argot des voleurs).

Rembrocage de parrain

Vidocq, 1837 : s. f. — Confrontation.

Delvau, 1866 : s. m. Confrontation, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Confrontation avec un témoin.

La Rue, 1894 : Confrontation.

Rembrocage ou rembroquage de parrain

France, 1907 : Confrontation ; argot des voleurs.

Rembrocant

Rigaud, 1881 : Miroir.

Rembroquage de parrain

Virmaître, 1894 : Confrontation avec le parrain fargueur (témoin à charge). Le parrain rembroque (regarde) le détenu pour voir s’il le reconnaît (Argot du peuple).

Rembroquant

France, 1907 : Miroir ; argot des voleurs.

Rembroquer

Ansiaume, 1821 : Regarder.

As-tu vu comme le camelotier nous rembroquoit ?

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Observer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Reconnaitre.

Clémens, 1840 : Envisager, regarder.

M.D., 1844 : Regarder.

Delvau, 1866 : v. a. Reconnaître. Signifie aussi Regarder.

Rigaud, 1881 : Reconnaître. — Rembroquer le portrait d’une gonzesse, reconnaître la figure d’une femme.

La Rue, 1894 : Reconnaître. Regarder.

Virmaître, 1894 : Regarder.

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient,
Puis à la piaule tous les gonces la refilaient.
Elle fit mince casquer les marlous,

dit la chanson du mac de Grenelle (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Reconnaitre, examiner ; argot des voleurs.

— Nous avons aboulé chez le pante, et j’ai effarouché la blanquette et des fringues que nous avons mis en pacsin, nous avions un aminche qui gaffait, mais il n’a pas remouché le pante qui rentrait quand je l’ai rembroqué.

(Delesalle, Autobiographie d’un malfaiteur)

Rembroqueurs (les)

M.D., 1844 : Les témoins.

Rembroqueuse

M.D., 1844 : Une lorgnette.

Rème

Clémens, 1840 : Fromage, faire connaître un complot.

M.D., 1844 : Fromage.

France, 1907 : Fromage ; abréviation de durème.

Rême

Ansiaume, 1821 : Fromage.

Recoques-moi donc quelques plombes de rême.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Fromage.

La Rue, 1894 : fromage.

Remède

d’Hautel, 1808 : Il me l’a rendu comme un remède. Pour dire avec promptitude, et exactement ; se dit d’une chose que l’on rend presque en même temps qu’on l’emprunte ; d’une politesse que l’on se hâte de rendre aussitôt qu’on en a reçu une de quelqu’un ; d’une dette que l’on a fait le matin, et que l’on paye le soir.

France, 1907 : Individu ennuyeux, importun ; argot populaire.

Remède à l’amour

Virmaître, 1894 : Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.
— Quelle bouillotte, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits. Elle guérirait de l’amour pour la vie (Argot du peuple).

Remède d’amour

Rigaud, 1881 : Personne très laide.

Pour me guérir d’amour tes yeux sont un remède.

(Le Docteur amoureux)

La Rue, 1894 : Visage très laid.

France, 1907 : Vilain visage ; argot populaire.

Remède l’amour

Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque ou repoussante, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.

Remèdes (aux grands maux les grands)

France, 1907 : Aux graves maladies, comme aux redoutables plaies sociales, il faut des remèdes énergiques. Desperate diseases must have desperate cure ; les maladies désespérées doivent avoir des remèdes désespérés, disent les Anglais. Et les Chinois : « Le remède qui ne fait pas cligner des yeux au malade ne le guérit pas. »

Remember

France, 1907 : Se souvenir. Dernier mot que Charles Ier, roi d’Angleterre, prononça sur l’échafaud, et souvent cité. Vieux français, conservé dans le patois lorrain.

Remembrer (se)

France, 1907 : Se remémorer, se souvenir. Vieux français.

Rémémorer

d’Hautel, 1808 : Remettre en mémoire ; (il est vieux). On dit vulgairement rémémorier.

Remercier

d’Hautel, 1808 : Il faut remercier Dieu de tout. Se dit par ironie, lorsqu’il est arrivé quelque chose de désagréable, de fâcheux.

Delvau, 1866 : v. a. Renvoyer un domestique ; donner son congé à un ouvrier, — dans l’argot des bourgeois.

Remercier son boucher

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Remercier son boulanger.

Remercier son boulanger

Rigaud, 1881 : Mourir, — dans le jargon du peuple. C’est la variante de perdre le goût du pain.

France, 1907 : Mourir.

Beauvallet, d’une voix tonnante. — Le pauvre homme ! Comment ! il a « claqué » ?
Arsène Houssaye. — Mon Dieu, oui, il a « dévissé son billard », comme on dit à la cour.
Mlle Augustine Brohan. — Vous vous trompez, mon cher directeur… À la cour de Napoléon III, on dit maintenant : Il a remercié son boulanger.

(Phil. Audebrand)

Remettez donc le couvercle !

Delvau, 1866 : Disent les voyous à quelqu’un qui a l’haleine fétide, pour l’empêcher de parler davantage.

Remettre quelqu’un à sa place

Delvau, 1866 : Répliquer vertement à quelqu’un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.

Remi

France, 1907 : Saindoux.

Réminiqui

France, 1907 : Dernier petit verre d’eau-de-vie.

Il est du plus mauvais goût de se servir d’un pilon de volaille, comme d’un goupillon, pour donner la bénédiction à la société.
— Histoire de rire.
— Idem, il faut éviter, quand on a bu un verre de vin, de faire claquer sa langue et de dire, en clignant de l’œil, à son voisin : « Encore un que les Prussiens n’auront pas ! »
— Ce que j’en disais, c’était par patriotisme.
— Chauvinisme intempestif !… Idem, il est bon de s’abstenir, lorsque le garçon vous a versé le café, de réclamer le bain de pieds, puis le gloria, le pousse-café, la rincette, la surrincette et le réminiqui…

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Remisage

France, 1907 : Magasin ou vaste enclos où les recéleurs mettent toutes sortes de véhicules volés.

Dans les remisages vont s’engouffrer tous les camions, voitures, carrioles volés, pendant que les chevaux s’en vont au marché et que les victimes sont déjà au fond de l’eau.

(Mémoires de M. Claude)

Remise

France, 1907 : Vieille coquette bonne à mettre au rancart, en remise.

— Quel âge, la chatte ?
— Une remise. Quarante ans tapés.

(Marni, La Haute)

Remiser

Rigaud, 1881 : Conduire en prison.

Rigaud, 1881 : Envoyer au diable. — « Je l’ai joliment remisé. » — Se faire remiser, se faire remettre à sa place, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Remettre quelqu’un à sa place. Conduire en prison. Reléguer.

France, 1907 : Éconduire, renvoyer, rabrouer ; argot populaire. On dit aussi, dans le sens de faire taire, de remettre quelqu’un à sa place : remiser son fiacre.

— Comme il a voulu faire du pétard, j’y ai salement remisé son fiacre.

(Georges Courteline)

France, 1907 : Mettre en prison ; argot populaire.

France, 1907 : S’assagir avec l’âge. On dit aussi : remiser son fiacre. Argot populaire, mêmes sens qu’acheter une conduite ou se ranger des voitures.

Remiser son fiacre

Delvau, 1866 : Se taire, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi, par extension, Mourir.

France, 1907 : Mourir ; argot populaire.

Remiseur

France, 1907 : Recéleur ; argot des voleurs.

Remisier

Delvau, 1866 : s. m. Variété d’Agent de change : homme qui touche une remise sur les affaires qu’il procure à un agent de change.

Rigaud, 1881 : Courtier de fonds publics ; intermédiaire entre le client et un agent de change. Il a une remise sur toutes les affaires qu’il procure.

Remolade ou remoulade

d’Hautel, 1808 : Espèce de sauce piquante ; et non Rimoulade, comme on l’entend dire continuellement.

Remone (faire de la)

Rigaud, 1881 : Faire le rodomont, parler très haut et chercher à en imposer, — dans le jargon des voyous. — Ça l’air de mecs solides, faut pas faire de la remone.

France, 1907 : Faire ses embarras ; argot populaire.

Rémonencq

Delvau, 1866 : s. m. Revendeur auvergnat, chineur, — dans l’argot des gens de lettres, qui se souviennent de la Comédie humaine de Balzac.

France, 1907 : Marchand d’habits ; argot populaire, du nom d’un personnage de la Comédie humaine de Balzac.

Remonte (faire la)

Rossignol, 1901 : Les patrons de maisons de tolérance de province vont de ville en ville chercher des femmes chez leurs confrères ; c’est faire la remonte. Il existe du reste un Annuaire de toutes les maisons de France, Belgique, Portugal, Espagne, Tunisie, Algérie avec les noms et adresses des tenancières. Celui qui fait la remonte paye les dettes de la femme qu’il emmène et qui sont quelquefois de 700 à 800 francs ; ces dettes consistent en linge et vêtements vendus par la maison. Une paire de bas, de 29 sous, sera vendue 12 francs, et le tout en proportion. Il y a à ajouter à ces dettes les frais de voyage de la femme et de celui qui fait la remonte, de sorte qu’une femme ne peut sortir de ces maisons que si elle trouve un michet généreux qui règle ce qu’elle doit.

Remontée

France, 1907 : Après-midi. Provincialisme.

Remonter

d’Hautel, 1808 : Remonter sur sa bête. Regagner ce qu’on a perdu, ressaisir un avantage qu’on avoit perdu ; reprendre de l’embonpoint, de la vigueur et de la santé après une longue maladie.

Remonter le tournebroche

France, 1907 : Rappeler à l’ordre ; argot populaire.

Remonter sa grand’mère

France, 1907 : Renifler ; argot des voyous.

Remonter sa pendule

Delvau, 1866 : v. a. Battre de temps en temps sa femme, — dans l’argot des ouvriers.

La Rue, 1894 : Battre sa femme.

Virmaître, 1894 : Battre sa femme, mot à mot : la faire marcher. L. L. Remonter sa pendule se dit d’une personne qui renifle pour remonter sa morve et éviter de se moucher. Remonter le moral d’une personne désespérée (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Battre en femme ; argot des ouvriers ; à leurs veux ça la fait marcher.

Remonter sur sa bête

Delvau, 1866 : v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Rétablir ses affaires ; revenir à la santé. Argot populaire.

Remotis

d’Hautel, 1808 : Mettre quelque chose à remotis. Pour dire à l’écart, ne plus s’en servir, et non au remotis.

Remouchage

Rigaud, 1881 : Vengeance.

France, 1907 : Revanche.

Remouchante

M.D., 1844 : Une glace.

Remoucher

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder.

Clémens, 1840 : Reconnaître.

M.D., 1844 : Faire attention.

M.D., 1844 : Regarder.

un détenu, 1846 : Regarder en surveillant.

Delvau, 1866 : v. a. Apercevoir, remarquer, admirer, — dans l’argot des faubouriens. Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.

Rigaud, 1881 : Observer. — Se venger.

La Rue, 1894 : Observer, remarquer. Reconnaître. Admirer. Se venger.

Virmaître, 1894 : Regarder.
— Remouche moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.
On dit aussi :
— Je vais te remoucher pour : te battre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir reluquer.

Hayard, 1907 : Même sens — regarder.

France, 1907 : Rabrouer, gronder.

France, 1907 : Regarder, voir.

R’mouchez-moi un peu c’larbin
Sous sa fourrure ed’cosaque,
Comme i’pu’ bon l’eau d’Lubin !
I’s’gour dans son col qui craque
Comme un’areng dans sa caque.

(Jean Richepin)

Remouchicoter

Delvau, 1866 : v. n. Chercher les aventures galantes — ou des prétextes à rixe.

Remouchicoteur

France, 1907 : Chercheur d’aventures, amourettes ou querelles ; argot du peuple qui a fait le verbe remouchicoter.

Rémouleur de buffet

France, 1907 : Joueur d’orgue ; argot populaire.

Remouquer

Halbert, 1849 : Monter, regarder.

Rempardeuse

Virmaître, 1894 : Fille qui fait les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

France, 1907 : Prostituée qui exerce son industrie le long des fortifications, des remparts, autour des casernes.

Rempart

d’Hautel, 1808 : Une coureuse de rempart. Vile courtisane ; femme tombée dans le dernier degré d’avilissement.

Rempart (escargot de)

France, 1907 : Sobriquet donné, pendant la guerre de 1870-71, aux gardes nationaux sédentaires auxquels était confiée la garde des fortifications de Paris.

Si j’ai vu des gardes nationaux sédentaires, plaisamment dénommés escargots de rempart, sacrifier au noble jeu du bouchon, il m’a été donné, aussi, de voir le spectacle encourageant et réconfortant qu’offraient les hommes de ma génération, qui, « croyant que c’était arrivé », se faisaient spontanément inscrire sur les registres ouverts à cet effet (briser la ceinture de fer), sans se soucier de leurs femmes et de leurs jeunes enfants.

(Georges Berthomme-Kesleau, Le Vétéran)

Rempiéter

Delvau, 1866 : v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas — dans l’argot des ménagères.

Remplir

d’Hautel, 1808 : Se remplir la paillasse. Expression basse et triviale, pour dire faire chère lie, manger avec intempérance.

Remplir le battant (se)

Delvau, 1866 : Manger, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Manger ; argot populaire.

Remplir le sac d’une fille

France, 1907 : La rendre grosse.

Il ly défit son corset,
Mais le meilleur de l’affaire
C’est qu’après tout ce mic-mac
Mon drôle, crac !
Lui remplit son sac.

(Vadé)

Remplissage

Delvau, 1866 : s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume, — dans l’argot des gens de lettres.

Remplumer

d’Hautel, 1808 : Se remplumer. Commencer à rétablir ses affaires, à reprendre de la vigueur et de l’embonpoint après une longue maladie qui avoit altéré la santé ; regagner ce que l’on avoit perdu au jeu.

Remplumer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Engraisser, s’enrichir, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Reprendre des forces ou se refaire une situation.

Remporter une tape

France, 1907 : Être rabroué.

Remporter une veste

France, 1907 : Échouer, avoir un insuccès. Voir Veste.

Remue-ménage

d’Hautel, 1808 : Tintamare, trouble, désordre, querelle.
Un remue-ménage. Nom que l’on donne à un enfant vif, turbulent, bruyant et emporté.

Remue-pouce

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

Remuer

d’Hautel, 1808 : Il ne remue pas plus qu’une buche. Se dit de quelqu’un qui est lourd, indolent, très paresseux, qui se meut difficilement ; on dit dans le même sens ; il ne remue pas plus qu’une bastille.
Remuer ciel et terre.
Faire agir toutes sortes de ressorts, pour faire réussir une affaire.
Il ne faut pas remuer l’ordure. Pour dire qu’il y a des choses dont la décence ne permet pas de parler.
Cousin remué de germain. Pour dire issu.
On lui remuera ses puces. Se dit à un enfant que l’on menace de corriger, de fouetter.

Rossignol, 1901 : Puer.

France, 1907 : Puer ; argot populaire.

Remuer (la)

Rossignol, 1901 : Être de la police ou la renseigner, c’est remuer la casserole.

Remuer comme un diable dans un bénitier

France, 1907 : S’agiter beaucoup, faire des contorsions. L’eau bénite ayant la propriété de brûler le diable, l’on s’imagine les contorsions de l’esprit malin, le derrière plongé dans un bénitier !

Remuer du cul ou du croupion

Delvau, 1864 : Se trémousser de plaisir sous l’homme.

Et tandis qu’elles font bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que le jus en sorte…

(Mililot)

Sur son lit d’acajou,
Cette jeune ingénue
Fort gentiment remue
Du cul pour un bijou.

(J. Duflot)

Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’échauffer d’aise par une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long des conduits.

(Mililot)

Elle passa dans un bois avec un jeune compagnon dans l’espérance d’y bien remuer les fesses.

(D’Ouville)

Le garçon en avertit la fille et elle le garçon : cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus vite les fesses.

(Mililot)

Que j’étais jeune, que j’avais les reins souples et que je les pouvais remuer.

(P. De Larivey)

Tous vos baisers sont contraints ;
Mais remuez donc les reins !
Que faites-vous de vos mains ?

(Béranger)

Remuer la casserole

Fustier, 1889 : Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Appartenir à la police.

France, 1907 : Appartenir à la police. Voir Cuisinier.

Remuer la commode

France, 1907 : Jouer du piano ou de l’orgue de Barbarie.

— En voilà un qui vous bassine à remuer la commode ses dix heures par jour !

(Rigaud)

Remueur de casseroles

France, 1907 : Agent de la police secrète, mouchard.

— Ce nouveau copain-là ne me dit rien de bon ; je crois que nous brûlons et que nous avons affaire à un remueur de casseroles.

(Mémoires de M. Claude)

Renache

France, 1907 : Police, pour renâcle.

Renaché

Delvau, 1866 : s. m. Fromage, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fromage, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Fromage.

Virmaître, 1894 : Fromage (Argot des voleurs).

France, 1907 : Fromage ; corruption de renâclé ; il renâcle, il pue.

Renacher

Halbert, 1849 : Fromage.

Renâclant

France, 1907 : Nez.

Renacle

Fustier, 1889 : Police de sûreté.

Renâcle

France, 1907 : La police de sûreté ; argot des voleurs.

Ils nous regardèrent effrontément ; ils dirent, après avoir vidé deux verres de mêlé-cassis : Attention, la renâcle est en chasse !

(Mémoires de M. Claude)

Renacler

d’Hautel, 1808 : Faire quelque chose en rechignant, avec humeur ; trouver des obstacles, des prétextes pour ne point faire ce que l’on vous ordonne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Crier, se mettre en colère.

Halbert, 1849 : Crier après quelqu’un.

La Rue, 1894 : Hésiter, grogner, reculer, avoir peur. Convoiter. Crier après.

Renâcler

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Crier après quelqu’un.

Delvau, 1864 : Renoncer à une chose, manifester de la répugnance à la faire.

Delvau, 1866 : v. n. Bouder au travail ; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens. Signifie aussi : Crier après quelqu’un, gronder, murmurer.

Rigaud, 1881 : Reculer, avoir peur.

Quoi de plus propre en effet à faire renâcler les poivrots ?

(La petite Lune, 1879)

Renifler, respirer, aspirer avec convoitise, convoiter de très près. Encore un qui renâcle les pruneaux de l’épicemar.

France, 1907 : Puer.

France, 1907 : Reculer, hésiter.

— C’est-y loin où tu demeures ?
— À deux pas.
Deux pas ! ça en faisait dix mille. ça m’éloignait de mon chez moi… Je commençais de renâcler… Je lui dis :
— Pourquoi que tu vas pêcher si loin de chez toi ? Ça indispose…
Mais elle me répondit :
— Vois-tu, dans le jour je travaille… et je veux pas que, dans mon quartier on sache que je sors.

(Hugues Le Roux)

anon., 1907 : Résister.

Renâcleur

Rigaud, 1881 : Grogneur. — Poltron.

France, 1907 : Agent de police, mouchard.

— Et comme vous êtes des renâcleurs venus pour nous boucler, vous allez aussi éternuer avec la largue et ses jobards.

(Mémoires de M. Claude)

Renard

d’Hautel, 1808 : Un vieux renard. Pour dire un homme adroit, fin, rusé.
Se confesser au renard. Découvrir son secret à quelqu’un qui en tire avantage, qui en fait son profit, et qui est intéressé à empêcher l’affaire dont il s’agit.
Écorcher le renard. Pour dire vomir, rendre les alimens, ou le vin qu’on a pris immodérément.
Le renard cache sa queue. Pour dire que les gens adroits cachent leurs finesses, leurs ruses.
Le renard prêche aux poules. Se dit d’un imposteur, qui cherche à attrapper, par ses discours, des gens simples et crédules.
Le renard a pissé dessus. Se dit en parlant du raisin, que l’ardeur du soleil a rendu roux, et qui est très-mûr.

Larchey, 1865 : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.

Delvau, 1866 : s. m. Aspirant compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière, forcés d’employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais « dures à la détente ».

Delvau, 1866 : s. m. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple. Piquer un renard. Vomir. Du temps de Rabelais et d’Agrippa d’Aubigné, on disait Écorcher le renard. Les Anglais ont une expression analogue : to shoot the cat (décharger le chat).

Rigaud, 1881 : Aspirant au compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau) C’est le résultat prévu du pourboire.

La Rue, 1894 : Pourboire. Vomissement. Trahison. Espion de bagne.

France, 1907 : « Livre rare et curieux déterré par un amateur dans l’étalage d’un brocanteur qui en ignorait le prix. »

(Gustave Fustier)

France, 1907 : Mouchard, espion ; argot des forçats.

Sur ce fond de boue et de sang se détache une troisième physionomie, la physionomie du forçat mouchard ou du renard.

(A. Dauvin)

France, 1907 : Postulant compagnon au temps où les ouvriers faisaient leur tour de France.

— Nous étions dix ou douze renards qui s’étaient donné le mot pour se faire initier. On avait déjà passé une nuit dans la cave de la Mère, à boire et à chanter. Eux nous avaient fait « piquer » et « battre le cordeau », pour vérifier notre savoir.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Résultat d’une absorption trop copieuse. Voir Renarder.

Renard (cracher un)

Hayard, 1907 : Vomir étant ivre.

Renard (faire le)

France, 1907 : Faire l’école buissonnière. Le petit garçon qui esquive l’école, se cache comme le renard. Provincialisme. On dit aussi renarder.

Renard (faire un)

Rossignol, 1901 : Vomir.

Renard (le lâcher)

Virmaître, 1894 : Dégueuler. Expression ancienne ; dans les ateliers, quand un ouvrier a trop bu, il lâche son renard ; un camarade charitable dit alors quand il est copieux : il en a une de queue. Une vieille chanson de compagnon dit :

Quand je sens que ça me gargouille,
Je lâche le renard. (Argot du peuple).

Renard (piquer un)

Larchey, 1865 : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. V. Gaz.

Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard.

(Rabelais)

Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer :

Loué soit Dieu ! Javons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518)

Renard de liberté

France, 1907 : Postulant compagnon refusé après les épreuves d’initiation :

— Je suis renard de Liberté. Savez-vous ce que c’est ?
J’ouvris les veux très grands.
Il reprit :
— Vous n’êtes point maçon ? J’ai voulu en tâter. Compagnon du Devoir ! Ah ! c’est de belles duperies tout ça ! Faut vous dire que toutes ces façons secrètes des compagnons, leur manière de serrer la main, les mots qu’on surprend, qu’on ne comprend pas, les réunions chez les mères, vous frappent l’esprit quand on est jeune. Puis, on voit que ceux qui refusent d’entrer dans le compagnonnage ne réussissent pas à se caser. C’est beau d’avoir un métier, mais faut encore que le travail vienne. Alors on se dit : « Eh bien ! je serai des Bons-Drilles, comme les autres. » Bons-Drilles, c’est encore un mot à eux. Enfin, il y a la peur. On est un homme, on est fier, on ne veut pas que les gens pensent : « Il a reculé devant les épreuves. »

(Hugues Le Roux)

Renard, queue de renard

Rigaud, 1881 : Résultat d’une indigestion. Les queues de renard s’étalent les samedis de paye, le soir, le long de certains trottoirs. — Renarder, vomir.

Renarder

d’Hautel, 1808 : Pour dire vomir, rendre le superflu des alimens.

Larchey, 1865 : Vomir.

Je suis gris… Vous me permettrez de renarder dans le kiosque.

(Balzac)

On disait autrefois renauder. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d’estomac.

France, 1907 : Vomir. On dit aussi piquer un renard, écorcher de renard, dégobiller. Sur l’origine de ces expressions, Le Duchat s’exprime ainsi : « Pour retourner la peau d’un renard, il faudrait que la queue lui passât par la gueule. Or, comme les fusées que fait un ivrogne qui vomit ont quelque rapport avec la grosse et longue queue d’un renard, de là est venu qu’on a appelé renarder et écorcher le renard le vomir des ivrognes… Peut-être que, comme de vulpes nous avons fait goupil, de goupil sera venu dégobiller qui est la même chose qu’écorcher le renard. »

Renarderie

Rigaud, 1881 : Vomissement.

Après cette renarderie
Qui ne fut qu’une raillerie.

(Voyage de Brème)

France, 1907 : Finesse de renard, tour de renard.

Renardière

France, 1907 : Cave ou pièce obscure où les compagnons du Devoir enfermaient les renards ou postulants en attendant les épreuves. Nous donnons, à titre de curiosité, un extrait de Hugues Le Roux où sont décrites ces épreuves :

Nous attendions dans la renardière, inquiets dans le fond, quand, tout d’un coup, les compagnons entrèrent dans la cave. Ils étaient à moitié saouls. Ils criaient :
— À genoux, cochons, sales bêtes !
Alors ils nous montèrent sur le dos et, à quatre pattes, à grands coups de talon, ils nous firent galoper autour de la cave. Puis une voix cria :
— Le numéro un, à la Cayenne !
C’était moi. On me banda les yeux et, avec mon compagnon sur le dos, on me poussa au fond d’un couloir, dans une salle.
Ils étaient là une vingtaine qui faisaient un bruit d’enfer. Tout de suite, ils me saisirent par les oreilles, et je sentis qu’on me roulait dans un tonneau. Il cogna le mur, je fus jeté sur la tête tout étourdi. J’allais me relever, quand deux compagnons me saisirent. Ils me tenaient par le collet. Ils me firent courir trois fois en avant, trois fois en arrière, puis on me bascula, et je me retrouvai sur la terre à genoux. Là, un ancien s’approcha. Il me tira par les cheveux et me dit :
— Tu vas recevoir le petit baptême. Ça va te coûter de l’argent. Je te le ferai pour 50 francs.
Mois une autre voix cria :
— Cinquante francs, cochon ! Viens à moi, je te le ferai à bon compte. Tiens, salop, ce sera quinze francs !
Alors la première voix reprit :
— Cent sous, salopiot ! Cent sous, vermine ! Je vais te baptiser pour cent sous ! Ça ne te coûtera pas cher, sale bête !
Tout en parlant, ils me crachaient à la figure et me flanquaient des claques.

Renards de Sanson

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux moines du Midi et dont on trouve l’explication dans une lettre de l’abbé Bertet à M. de Gaignières (1707) : « L’on sait assez l’histoire de Sanson qui fit attacher du feu à la queue de beaucoup de renards pour incendier les blés des Philistins au moment de la moisson, mais peu de gens sçavent qu’on en a fait un proverbe en Provence, au sujet des Petits Pères noirs de ce pays qui sont fort débauchés, principalement près des femmes chez qui ils portent le feu de la manière dont les renards de Sanson portaient le feu aux blés des Philistins, ce qui fait qu’on dit d’eux, ce sont des renards de Sanson. »

Renaré

Delvau, 1866 : adj. et s. Malin, homme habile.

France, 1907 : Rusé, semblable au renard.

Renaud

Delvau, 1866 : s. m. Reproche, esclandre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Danger, péril.

Rigaud, 1881 : Reproche. — Esclandre. — Remords. — Faire du renaud, se plaindre, ameuter le monde par des cris. Renauder. Grogner, refuser. — Reprocher. — Avoir des remords.

Virmaître, 1894 : Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.
— Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

France, 1907 : Mauvaise humeur, réprimande. Chercher du renaud, chercher querelle. Être à renaud, grogner. Faire du renaud, faire du tapage.

Ce que le vieux serait à renaud quand il apprendrait que la momignarde avait déguerpi sans sa permission !… Ce qu’il déballerait de ne pas pouvoir la repaumer !

(Ed. Lepelletier)

Renaud (être à renaud)

Hayard, 1907 : En colère.

Renaud, renauder

anon., 1907 : Se fâcher.

Renaude (faire de la)

France, 1907 : Faire du tapage, récriminer.

Eh ben, non, j’tairai pas ma gueule,
J’f’rai d’la r’naude, j’rouspét’rai,
J’en ai soupé, faut qu’j’les engueule !
J’leur d’mand’rai pas si ça leur plaît !

(Aristide Bruant)

Renauder

d’Hautel, 1808 : Pour maugréer, rechigner, regimber, faire malgré soi et à contre cœur un ouvrage quelconque, marmoner entre ses dents ; être rassasié, renoncer sur quelque chose.

Vidocq, 1837 : v. a. — Bisquer.

Clémens, 1840 : Se fâcher.

M.D., 1844 : Bisquer.

un détenu, 1846 : Être en colère, refuser, ne pas vouloir.

Larchey, 1865 : Renâcler (Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort.

Quand elle quête, merci ! Chacun renaude ou détale.

(Léonard, parodie 1863)

Delvau, 1866 : v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple. C’est le verbe arnauder de la langue romane. Renauder signifie aussi Se plaindre.

Boutmy, 1883 : v. intr. Murmurer, grommeler d’un air de mauvaise humeur ; souvent synonyme de gourgousser.

La Rue, 1894 : Grogner. Refuser. Se fâcher. Faire des reproches.

Virmaître, 1894 : Ne pas être content. Ce mot vient du verbe arnauder. Avoir du renaud contre quelqu’un veut également dire : avoir de la rancune. Synonyme de l’expression être à feu (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir renaudeur.

Hayard, 1907 : Même sens — être en colère.

France, 1907 : Grogner, récriminer, refuser.

La victime — qui se voyait déjà emboitée, pour de bon — soupirait et, contente d’en être quitte avec du pognon, crachait sans trop renauder.

(Le Père Peinard)

Renauderies

France, 1907 : Criailleries, récriminations.

Si tous les locatos se foutaient dans le citron de ne pas décarrer des turnes où ils perchent — malgré les renauderies du vautour — que pourraient ces chameaux ?

(Le Père Peinard)

Renaudeur

Rigaud, 1881 : Grogneur.

Rossignol, 1901 : Celui qui est grincheux et qui bougonne constamment est un renaudeur.

France, 1907 : Grognon ; argot populaire.

Renbiner

M.D., 1844 : Remettre à neuf.

Rencard

Virmaître, 1894 : À l’écart. On met un objet au rencard quand on en a assez. La faire au rencard : lever une femme qui est seule sur un banc, dans un square, ou sur une promenade publique. Les courtiers qui lèvent les bonnes pour les placer dans les maisons de tolérance disent :
— J’ai fait la môme au rencard (Argot des souteneurs). N.

Rencart ou rancart (au)

Delvau, 1866 : À l’écart, au rebut.

Renchéri

d’Hautel, 1808 : Faire le renchéri. Faire le précieux, le petit-maître, le fanfaron ; se prévaloir des moindres avantages ; jouer le gros seigneur.
On dit aussi d’une femme, qu’Elle fait bien sa renchérie, pour dire qu’elle se fait trop valoir ; qu’elle s’aime beaucoup ; qu’elle fait la bégueule, la dédaigneuse, la femme de qualité.

Renchoir

La Rue, 1894 : Récidiver.

France, 1907 : Récidiver ; choir de nouveau.

Rencœur

Virmaître, 1894 : En avoir gros sur le cœur contre quelqu’un. Ne pouvoir avaler ou digérer une affaire. Synonyme de la locution très populaire :
— Je travaille à contre-cœur.
— Je n’y vais pas de bon cœur, je n’y vais pas avec courage.
Épouser un homme malgré soi, c’est avoir un rencœur (Argot du peuple).

Rencogner

d’Hautel, 1808 : Se rencogner. Se fourrer, se retirer dans un coin, à dessein de n’être pas aperçu dans une société.

Rencontre (vol à la)

Larchey, 1865 : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second ; puis il s’éloigne en s’excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.

France, 1907 : Enlever prestement la montre d’un passant qu’on bouscule, et glisser l’objet à un complice, de façon qu’en cas d’arrestation, la police ne trouve pas l’objet volé.

Rencontrer

d’Hautel, 1808 : Deux montagnes ne se rencontrent pas, mais deux hommes se rencontrent. Cette phrase proverbiale a plusieurs acceptions ; tantôt elle signifie qu’il ne faut offenser personne, que tôt ou tard, on se retrouve ; tantôt, c’est une manière de s’excuser d’avoir une pensée semblable à celle d’une personne d’un mérite supérieur.

Rendem

Rossignol, 1901 : Commettre le vol au rendez-moi est faire le rendem ou philippe.

France, 1907 : Voleur au rendemi. Voir ce mot.

Le rendem, comme l’appellent les malfaiteurs, se livre à une exploration continuelle ; ses dupes sont nombreuses à Paris et plus encore en province, au cours des fêtes agricoles et communales. Il a son Bottin, forme ses listes d’adresses, tire des plans, s’oriente et choisit de préférence ses victimes parmi les individus récemment établis et par cela même inexpérimentés. Il s’associe avec un ou deux camarades audacieux et intelligents. Il opère avec une pièce de deux, cinq, dix ou vingt francs. Une fois la pièce et la monnaie ramassées avant que le commerçant ait pu s’apercevoir du vol, le malfaiteur quitte la boutique, pour recommencer un peu plus loin.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Rendem, rendemi

La Rue, 1894 : Vol au rendez-moi.

Rendemi (vol au)

France, 1907 : Corruption de rendez- moi. Ce vol, très fréquent, consiste à entrer chez un boutiquier, à acheter un objet de peu de valeur, pour lequel on paye avec une pièce de vingt ou de dix francs. Dès que le marchand a posé la monnaie sur le comptoir, le voleur met la main sur la monnaie et la pièce et gagne la porte. Quelques-uns opèrent avec un billet de banque de cent ou cinquante francs ; les risques sont les mêmes et plus grands les bénéfices. Deux complices sont nécessaires, l’un pour faire le guet, l’autre pour détourner l’attention du marchand.

Rendémi, vol au rendémi

Rigaud, 1881 : Vol au rendez-moi, vol au préjudice d’un marchand qui rend la monnaie d’une pièce d’or ou d’argent.

Rendève

Vidocq, 1837 : s. m. — Rendez-vous.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Rendez-vous, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Rendez-vous.

France, 1907 : Rendez-vous ; argot populaire.

Rendez-moi

Halbert, 1849 : Rendre sur une pièce de monnaie.

Rossignol, 1901 : Voir rendem.

Rendez-moi (le vol au)

Virmaître, 1894 : C’est très simple. L’un des complices jette un louis sur le comptoir ; pendant que le marchand rend la monnaie, l’autre ramasse pièce et monnaie et se sauve. Cette manière de procéder se nomme par abréviation : le rendem (Argot des voleurs).

Rendez-moi (vol au)

Vidocq, 1837 : s. — Le vol au Rendez-moi, qui n’est guères commis que par des voleurs de la Basse-Pègre, se commet de cette manière.
Un individu entre dans la boutique d’un distillateur ou d’un marchand de vin, consomme pour un ou deux sous de liquide, change une pièce de cinq francs pour payer sa dépense, et sort lorsqu’il a reçu sa monnaie.
Quelques instans après sa sortie, un autre individu entre, consomme, et après avoir attendu peu de temps, il s’adresse au maître ou à la maîtresse de la maison : « Voulez-vous avoir la bonté de me remettre la monnaie de ma pièce ? dit-il. — De quelle pièce ? demande le marchand, qui n’a pas seulement reçu le prix du verre de vin ou d’eau-de-vie avalé par le quidam. — Eh ! parbleu, de ma pièce de cinq francs. — Vous ne m’avez rien donné ; vous plaisantez ? sans doute. — Non, vraiment. » Le marchand se fâche ; le quidam insiste. « Ma pièce, dit-il, que j’ai remarquée par hasard, était marquée de telle et telle manière. » Le marchand, bien certain de n’avoir rien reçu, examine les unes après les autres toutes les pièces que renferme son comptoir, et, à sa grande surprise, il trouve celle désignée par l’individu avec lequel il vient de se disputer.
Cette pièce est celle que lui a donné le compère du voleur au Rendez-moi. Il ne faut jamais se laisser intimider par les clameurs de celui qui réclame la monnaie d’une pièce qu’il n’a pas donnée, si l’on ne veut pas être exploité par ces audacieux fripons.

Rendoublé

Rigaud, 1881 : Rempli, restauré par un bon dîner.

La Rue, 1894 : Plein, rempli.

France, 1907 : Expression employée pour donner plus de force à une imprécation, à une injure. Rendoublé coquin, rendoublé de garce, c’est-à-dire double coquin et double garce.

Rendoublé, ée

Delvau, 1866 : adj. Plein, pleine, — dans l’argot des voleurs.

Rendoublée

Virmaître, 1894 : Signifie plusieurs choses. Dans le peuple on dit : Rendoublée de putain, pour exprimer qu’il est impossible de l’être davantage. On dit d’une femme enceinte :
— Elle est rendoublée pour doublée (Argot du peuple).

Rendre

d’Hautel, 1808 : Il m’a rendu cela comme un lavement ou un remède. Se dit par raillerie d’une personne qui rend une honnêteté aussitôt qu’elle l’a reçue ; qui débite sans grace quelques complimens ; ou qui rend ce qu’il avoit emprunté sans avoir pris le temps de s’en servir.
C’est un homme qui a bon cœur, il ne rend rien ; ou, Quant il emprunte, c’est à ne jamais rendre. Se dit d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Rendre les miettes. Vomir, dégobiller ; rejeter les alimens que l’on a pris avec excès.
On dit aussi dans le même sens, rendre tripes et boyaux.
C’est un prêté pour un rendu. Se dit quand on riposte habilement à quelqu’un ; qu’on lui a joué un tour qui surpasse celui qu’il vous avoit joué auparavant.
Dieu vous le rende en paradis, chaud comme braise. Se dit par ironie quand un homme fait quelque mauvais souhait à un autre.

Rendre (se)

Delvau, 1864 : Consentir à se mettre sur le dos, à ouvrir ses cuisses et à se laisser baiser par l’homme qui en sollicite depuis plus ou moins de temps l’honneur — et le plaisir.

La comtesse nous raconta dans le plus grand détail comme quoi elle s’était rendue à Préban, et tout ce qui s’était passé entre eux.

Rendre l’âme

Virmaître, 1894 : Mourir. Rendre son âme à Dieu ou au diable. On dit aussi d’un pochard qui a le renard facile :
— Il a rendu tripes et boyaux jusqu’à son âme.
Là, il n’en meurt pas, il recommence le lendemain (Argot du peuple).

Rendre la monnaie de la pièce

France, 1907 : Prendre sa revanche ; argot populaire.

Rendre les armes à Saint-Georges

France, 1907 : Céder devant la bravoure armée. Allusion au combat que ce saint eut à soutenir contre un dragon qui désolait la Libye, et devant lequel il se présenta armé de pied en cap. Le monstre, effrayé de cet appareil guerrier, se laissa enchaîner par le cou, jugeant sans doute toute lutte impossible.

Rendre sa bûche

Delvau, 1866 : v. a. livrer une pièce au patron, — dans l’argot des tailleurs. Au figuré, Mourir, — rendre son âme au Grêle d’en haut.

France, 1907 : Rapporter au magasin un vêtement terminé ; argot des tailleurs.

Rendre sa canne au ministre

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.

Rendre sa clef

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des bohèmes.

Rendre ses comptes

France, 1907 : Vomir.

Rendre son cordon

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.

Rendre son livret

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des domestiques.

Rendre son permis de chasse

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l’homme malade est le gibier naturel.

Rendre un homme heureux

Delvau, 1864 : Le faire jouir en le branlant, ou en le suçant, ou en tirant un coup avec lui.

Thémire pour me rendre heureux
Veut que de son flambeau l’Amour seul nous éclaire.

(Épigrammes)

Oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah !
Rendez heureux ce monsieur-là,
La, la.

(Béranger)

Rendre une fève pour un pois

Delvau, 1866 : v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple. Signifie aussi : Rendre le bien pour le mal ; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.

Rendre visite à M. Du Bois

Delvau, 1866 : Aller « où le Roi va à pied », — dans l’argot des faubouriens.

Rendu

Fustier, 1889 : « Petit ou gros, cher ou bon marché, l’objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l’argent rend cet argent… Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus. »

(Giffard : Les grands bazars.)

Rendu (faire un)

France, 1907 : Créditer un client pour une marchandise rendue ; argot des employés de magasin.

Rêne (cinquième)

France, 1907 : La crinière du cheval ; argot des cavaliers.

Rêne (saisir la troisième)

Larchey, 1865 : S’accrocher à la crinière d’un cheval sur lequel on ne peut se maintenir.

Renet, renette

France, 1907 : Personne fine, d’un esprit vif.

Renflaquer

France, 1907 : Arrêter de nouveau, remettre en prison.

J’étais guéri depuis six marques quand j’ai été engraillé par la rousse et renflaqué.

(Autobiographie d’un malfaiteur)

Renfoncement

Larchey, 1865 : Forte bourrée.

On l’accabla de renfoncements, il lui fut impossible de s’expliquer.

(Chenu)

Delvau, 1866 : s. m. Coup de poing.

Virmaître, 1894 : Vigoureux coup de poing appliqué sur un chapeau haut de forme. Quand les voyous se battent, le coup du renfoncement, c’est un coup de tête donné en pleine poitrine (Argot du peuple).

France, 1907 : Coup de poing.

Renforcer

d’Hautel, 1808 : Devenir plus fort.
Renforcé sur la culasse. Pour, avoir les reins torts ; être vigoureux et trapu.
On dit habituellement, renforcir ; ce qui est un barbarisme.

Renfrusquiné

Ansiaume, 1821 : R’habillé.

Il étoit si bien renfrusquiné que les cognes ne l’ont pas connoblé.

Renfrusquiner

Ansiaume, 1821 : R’habiller quelqu’un.

À peine étois-je renfrusquiné que je fus reconduit au collège.

un détenu, 1846 : S’habiller des pieds à la tête.

France, 1907 : Habiller à neuf. Renfrusquiner pour la sèche, ensevelir.

Renfrusquiner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller à neuf avec des vêtements d’occasion, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : S’habiller.

Renfrusquiner pour la sèche

Rigaud, 1881 : Ensevelir ; mettre un corps au cercueil, — dans le jargon des voleurs.

Reng

Halbert, 1849 : Cent.

France, 1907 : Cent ; argot des voleurs.

Rengaîne

Delvau, 1866 : s. f. Phrases toutes faites à l’usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes, — telles que « l’étoile de l’honneur, la croix de ma mère, l’épée de mon père, le nom de mes aïeux », etc., etc.

Rengainer

La Rue, 1894 : Rentrer.

Rengaîner

d’Hautel, 1808 : Rengaîner son compliment. Supprimer, ou ne pas achever ce qu’on avoit envie de dire.
Rengaînez. Pour dire à quelqu’un qui a dégainé de remettre son arme dans le fourreau.

Rengainer son chiffon

Rigaud, 1881 : Se taire. Mot à mot : rentrer sa langue.

Rengainer son compliment

Virmaître, 1894 : Faire du plat à une femme, elle vous envoie à l’ours, il faut rengainer son compliment. Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première fois ; au moment psychologique, le mari arrive… il faut rengainer son compliment (Argot du peuple). N.

Rengaîner son compliment

Delvau, 1866 : v. a. Se taire, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Rengainer son compliment ou son objet

Delvau, 1864 : Remettre son membre dans sa culotte ; ne pas pousser plus loin l’aventure.

J’entends quelqu’un venir…
Rengaine ton objet…

(Louis Protat)

Rengainer son compliment, son chiffon

France, 1907 : Se taire : argot populaire.

Rengainer un compliment

France, 1907 : Retenir un compliment qu’on se préparait à faire, parce qu’on s’aperçoit qui serait mal venu ou que les circonstances ont cessé d’être opportunes. On trouve pour la première fois cette expression dans le Mariage forcé de Molière, Sganarelle répond à Alcidas, qui lui propose, sous forme de compliment de se couper la gorge ensemble : « Eh ! Monsieur, rengainez ce compliment. »

Rengainer, renquiller

Rigaud, 1881 : Rentrer. — Renquiller son compliment, ne pas achever ce qu’on avait à dire.

Rengoler

France, 1907 : Rentrer, retourner. Rengoler à la caginotte, rentrer chez soi. Argot faubourien.

Rengorger

d’Hautel, 1808 : Se rengorger. Se carrer ; faire l’important ; tirer vanité de quelqu’avantage.

Rengraciable

Vidocq, 1837 : s. — Convertissable.

Rengracié

France, 1907 : Converti, amendé.

Rengracié, -ée

Vidocq, 1837 : s. — Converti, convertie.

Rengraciement

Vidocq, 1837 : s. f. — Abdication.

France, 1907 : Conversion.

Rengracier

Ansiaume, 1821 : Cesser.

Pour moi, je rengracie ce phlanchet-là.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Changer de conversation.

Vidocq, 1837 : v. a. — Finir, cesser. On dit : un tel a rengracié, (a cessé d’être voleur, est devenu honnête homme.)

Clémens, 1840 : S’arrêter.

M.D., 1844 : Finis, on regarde.

un détenu, 1846 : Se taire, imposer silence.

Larchey, 1865 : Devenir honnête rentrer en grâce de la société.

Jamais tu ne rengracieras. Plutôt caner en goupinant.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme, — dans l’argot des voleurs, gens peu rengraciables. Rengraciez ! Taisez-vous ! faites silence !

Rigaud, 1881 : Renoncer au vol. — Rengraciement, retour à l’honnêteté. — Rengracié, redevenu honnête.

La Rue, 1894 : Renoncer au vol, devenir honnête. S’arrêter. Signifie aussi se défier. Rengraciez ! défiez-vous.

France, 1907 : S’amender, devenir honnête.

— Je suis las de manger du collège (de la prison), je rengracie.

(Mémoires de Vidocq)

Rengrâcier

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Renoncer.

Rengraciez !

France, 1907 : Taisez-vous. Argot des voleurs.

Rengua

France, 1907 : Voir Rengade.

Reniable

d’Hautel, 1808 : Tous vilains cas sont reniables. Se dit quand quelqu’un a commis quelques fautes : considérables, et que la honte ou la crainte du châtiment fait qu’il les nie.

Reniflant

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon du peuple.

France, 1907 : Nez.

Reniflante

Rigaud, 1881 : Botte percée, chaussure hors d’usage.

La Rue, 1894 : Botte très usée.

Reniflantes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Bottes éculées et percées, — dans l’argot des voyous.

Virmaître, 1894 : Des bottes. L’image est heureuse : quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles reniflent l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).

France, 1907 : Chaussure qui prend l’eau. On dit aussi pompe aspirante.

Reniflard (le)

M.D., 1844 : Le nez.

Renifle (la)

Hayard, 1907 : La Sûreté.

Renifler

un détenu, 1846 : Avouer, reconnaître. Renifler quelqu’un.

Larchey, 1865 : Refuser d’aller plus avant.

Si ce n’avait pas été l’heure, j’aurais reniflé.

(Monselet)

Larchey, 1865 : Sentir deviner (Vidocq). V. Pante.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire. Il faudrait n’avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel :

Renifle, Pierrot,
Y a du beurre au pot.

Delvau, 1866 : v. a. Respirer, sentir. Signifie aussi, au figuré : Pressentir, deviner, avoir soupçon de…

Delvau, 1866 : v. n. Faire un effet rétrograde, — dans l’argot des joueurs de billard.

Delvau, 1866 : v. n. Reculer, se refuser à faire une chose, — dans l’argot des faubouriens, qui ont eu l’occasion d’observer les chevaux peureux.

Rigaud, 1881 : Boire d’un trait. — Pressentir.

Fustier, 1889 : Aspirer, prendre l’eau.

La plus jeune avait… des bottines qui reniflaient l’eau.

(Goncourt : La Faustin.)

La Rue, 1894 : Boire. Reculer. Pressentir. Refuser. Moucharder.

Virmaître, 1894 : Ne rien vouloir faire.
— Tu renifles sur le truc.
Mot à mot ; rebuter (Argot des voleurs).

France, 1907 : Boire.

Allez, parlementaires,
Renifler dans vos terres,
Il est temps, Dieu merci ;
Allez, ceux de Pologne,
Les cadets de Gascogne,
Les Auvergnats aussi.

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Deviner, pressentir. « Renifler un bon coup. »

France, 1907 : Espionner.

France, 1907 : Ne rien faire. Renifler sur le truc, refuser de travailler.

Renifler la poussière du ruisseau

Delvau, 1866 : v. a. Tomber dans le ruisseau, — dans l’argot des voyous.

Reniflerie

d’Hautel, 1808 : Reniflement réitéré.

Reniflette

Fustier, 1889 : La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l’idée de l’agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.

La Rue, 1894 : La police.

France, 1907 : La police. Le Père Reniflette, le préfet de police ou le chef du service de sûreté.

Renifleur

La Rue, 1894 : Agent de police. Homme de mœurs innommables.

France, 1907 : Agent de la police de sûreté. Dab des renifleurs, le préfet de police.

France, 1907 : Pédéraste qui opère spécialement dans les latrines publiques.

Renifleur à la flan

France, 1907 : Voleur qui opère au hasard ; argot des voleurs.

Renifleur de camelotte à la flan

Rigaud, 1881 : Voleur s’attaquant aux marchandises en étalage, emportant le premier objet qui lui tombe sous la main. À la flan est un diminutif de « flanquette, à la bonne flanquette ».

Renifleur de camelotte à la flanc

Virmaître, 1894 : Voleur qui flâne au hasard pour dévaliser le premier étalage qui se présente à lui (Argot des voleurs).

Renifleurs

Virmaître, 1894 : Agents de la sûreté. Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier. Quand les agents arrêtent un voleur, ils le reniflent (Argot des voleurs).

Renifloir

France, 1907 : Nez. Se fourrer du poussier dans de renifloir, priser.

Reniquer

Fustier, 1889 : Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.

La Rue, 1894 : Rager.

France, 1907 : Grogner, se plaindre ; argot faubourien.

Renoblance

La Rue, 1894 : Reconnaissance du Mont-de-piété.

France, 1907 : Reconnaissance du mont-de-piété ; argot populaire.

Renobler

France, 1907 : Reconnaître ; argot des voleurs.

Renom

d’Hautel, 1808 : À beau se lever matin qui a le renom de dormir la grasse matinée. Pour dire que lors qu’on s’est acquis le renom de paresseux, on le perd difficilement, quelque diligence qu’on fasse.

Renommée

Rigaud, 1881 : Goguette ; cabaret où l’on chante.

Renommée vaut mieux que ceinture dorée (Bonne)

France, 1907 : Un bon renom est préférable à un certificat de vertu.
La coutume des ceintures brodées d’or fut importée en France à la suite des croisades. Les femmes d’Orient portent dans l’intérieur de riches ceintures d’or et de soie ; mais les dames d’Occident, les ayant adoptées, se hâtèrent de les exhiber au dehors. Les filles de joie ne tardèrent pas à imiter les riches bourgeoises, et il arriva que la reine Blanche de Castille, qui avait reçu à la messe le baiser de paix, le rendit à une fille de mauvaise vie dont la riche ceinture dorée la fit prendre pour une « honnête bourgeoise ». Louis VIII, irrité, promulgua un édit qui interdisait aux ribaudes le port des ceintures dorées. L’édit n’eut pas plus tôt paru que toutes les filles et femmes qui ne faisaient pas métier avoué de dévergondage s’empressèrent de porter des ceintures dorées. De là le dicton. Pasquier, dans ses Recherches, cite deux ordonnances, l’une de 1420 et l’autre de 1446, renouvelant les défenses de Louis VIII et qu’éludèrent les filles de mauvaise vie malgré l’emprisonnement et la peine du fouet. On disait aussi : « Une once de réputation vaut mieux que cent livres d’or. » Ces dictons de nos pères n’ont plus cours.

Renouveler

d’Hautel, 1808 : Renouveler de jambes. Redoubler d’ardeur et d’activité dans une affaire.

Renouvellement

Fustier, 1889 : Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une « consommation » gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles consommations vous les pavez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations qui prennent le nom de renouvellement.

Au dedans, la salle était comble… les garçons ne savaient où donner de la tête ; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s’amoncelaient sur les comptoirs…

(Gaulois, 1882)

Renquiller

Larchey, 1865 : Rentrer. De quille. V. Pavillonner.

Delvau, 1866 : v. n. Rentrer.

La Rue, 1894 : Rentrer. S’enrichir. Se rétablir.

Virmaître, 1894 : Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).

Virmaître, 1894 : Rentrer.
— Je renquille à la piaule.
Renquiller veut dire aussi retourner.
— Je renquille au patelin (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Rentrer.

France, 1907 : Rentrer.

— Tu as donc oublié que le dabe qui est allé ballader sur le trime avec les fanandels renquillera pas cette sorgue  ?

(Mémoires de Vidocq)

Par la venterne on te déporte ?
Au claq renquille par la porte.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Renquiller (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Réussir ; engraisser ; s’enrichir, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Se rétablir. — S’enrichir.

France, 1907 : Se refaire, regagner après avoir perdu.

Renseignement

Delvau, 1866 : s. m. Verre de vin ou d’eau-de-vie, — dans l’argot des canotiers. Prendre un renseignement. S’arrêter au cabaret.

Rigaud, 1881 : Verre de vin, canon d’eau-de-vie, — dans le jargon des canotiers. — Prendre un renseignement, faire une halte au cabaret.

La Rue, 1894 : Verre de vin ou d’eau-de-vie consommé chez le marchand.

Renseignement (prendre un)

France, 1907 : S’arrêter au cabaret.

Rentasser

France, 1907 : Répondre ; argot des voleurs.

J’ai trouvé lago un poteau qui m’a bonni qu’il conobrait un pante happé qui douillerait du carme si on le faisait chanter. Je lui rentasse : Gy, ca fait mon blot.

(Autobiographie d’un malfaiteur)

Rente

France, 1907 : Jour de paie des usines.

Rentier

France, 1907 : Ouvrier sans travail ; argot des ouvriers. Rentier à la soupe, ouvrier. Rentier à tartines, bourgeois nécessiteux. Argot populaire.

Rentier à la soupe à l’ognon

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier, — dans l’argot des faubouriens.

Rentifer

Rigaud, 1881 : Entrer, — dans l’argot des voleurs. C’est « entrer » par amplification argotique de « rif », désinence arbitraire, si commune chez MM. les escarpes.

Rentiffer

France, 1907 : Rentrer ; argot populaire.

Rentoiler (se)

Delvau, 1866 : Revenir à la santé quand on a été malade ; devenir riche quand on a été pauvre.

France, 1907 : Se rétablir, revenir à la santé ; argot des ateliers de peinture.

Rentré (être)

La Rue, 1894 : Être sans argent.

France, 1907 : Être sans le sou.

Rentré dans ses bois (être)

Rigaud, 1881 : Porter des sabots. Les voleurs disent d’un individu chaussé de sabots : Le client est gandin, il est rentré dans ses bois.

Rentrer

d’Hautel, 1808 : Rentrer en danse. Pour dire, reprendre le train des affaires après un long repos ; se remettre dans l’embarras après en être sorti.

Rentrer bredouille

Delvau, 1864 : Se dit d’une fille qui, descendue vers quatre heures du soir sur les boulevards pour y chasser au miché, rentre chez elle toute seule, sans avoir été suivie.

Plus j’y songe et plus je m’embrouille.
Comment, ils ont vu tes appas,
Et tu reviens ici bredouille !

(Collé)

Delvau, 1866 : Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : Rentrer sans avoir levé personne, — dans l’argot des petites dames, dont la chasse n’est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.

Rigaud, 1881 : Rentrer ivre-mort.

Rentrer dans ses bois

France, 1907 : Chausser des sabots.

Rentrer de la toile

Delvau, 1866 : v. n. Prendre du repos car suite d’infirmités ou de vieillesse, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Rentrer ses pouces

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.

Renucler

France, 1907 : Regarder ; argot des canuts.

Renversant

Delvau, 1866 : adj. Étonnant, extraordinaire. — dans l’argot du peuple et des gandins.

Rigaud, 1881 : Étonnant, merveilleux. Mot à mot : personne, chose dont l’aspect fait tomber à la renverse ; propos, discours qui renverse d’étonnement.

France, 1907 : Étonnant.

Renversé

d’Hautel, 1808 : La marmite est renversée. Pour dire, que l’on n’a plus son couvert dans une maison ; que l’ordinaire ne va plus.
C’est le monde renversé. Se dit quand on voit quelque chose qui est contre l’ordre naturel et la raison.

Renverser

Delvau, 1866 : v. n. Rejeter ce qu’on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.

Renverser la marmite

Delvau, 1866 : v. a. Cesser de donner à dîner, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Ne plus inviter à diner.

Renverser sa chaufferette

Virmaître, 1894 : Mourir. Synonyme d’éteindre sa braise (Argot du peuple).

Renverser sa marmite

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Mourir. Renverser la marmite : ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites. Renverser la marmite : refuser le service. Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection. Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

Renverser son casque

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.

Renverser son écuelle

France, 1907 : Mourir.
Une scie de café-concert créée par le chanteur Sulbac donne les différentes expressions argotiques pour passer de vie à trépas.

Je viens de faire, ah ! quel malheur !
Une perte des plus cruelles,
Des plus cruelles.
Ma chèr’ bell’-mèr’, ce pauvre cœur,
Vient de renverser son écuelle,
Tant pis pour elle !
Elle a fêlé son saladier,
Elle a dégringolé l’échelle,
Priez pour elle !
Elle a manqué le marchepied,
Elle a retourné sa flanelle,
Tant pis pour elle !
Je n’entendrai donc plus sa voix
Mélodieus’ comme un’ crécelle,
Priez pour elle !
Car la pauvr’ femm’ vient cette fois
De terminer sa ritournelle,
Tant pis pour elle !
Aujourd’hui je suis satisfait
Qu’elle soit partie, la cruelle,
Priez pour elle !
Elle a débridé son bonnet.

Renvoyer

d’Hautel, 1808 : On l’a renvoyé de Caïphe à Pilate. Se dit lorsque deux personnes s’entendent pour balloter quelqu’un qui sollicite auprès d’elles une grace, une faveur.
On l’a renvoyé chez son grand père. Se dit d’un importun qu’on a congédié brusquement.

Repagnioter (se)

France, 1907 : Se recoucher ; argot faubourien.

Répandre

d’Hautel, 1808 : Se laisser répandre. Pour dire, tomber, s’épater ; se laisser choir ; faire une grosse perte au jeu.

Répandre (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’étaler dans le ruisseau ; tomber, soit par accident, soit parce qu’on est ivre. L’expression est âgée de plus d’un siècle. Elle signifie aussi Mourir.

France, 1907 : S’étaler dans le ruisseau, soit par accident, soit par ivresse ; argot populaire.

Répandre sa semence

Delvau, 1864 : Décharger en baisant, ou en se branlant.

Un proverbe chinois dit qu’il ne faut pas répandre sa semence sur la mer ; il raison c’est sur les filles.

(A. François)

Réparateur

d’Hautel, 1808 : Un réparateur de la chaussure humaine. Voy. Chaussure.

Réparation de dessous le nez

France, 1907 : Le manger et le boire.

Il y aurait un roman en plusieurs volumes à écrire sur ce bonhomme qui a fait tous les métiers, et qui a, comme Panurge, trente-trois façons de gagner son argent, et soixante-six de le dépenser, sans compter la réparation de dessous le nez.

(Jean Richepin, Le Pavé)

Réparer

Fustier, 1889 : Argot des collèges et pensions. Réparer, c’est apprendre à nouveau une leçon qui n’est pas suffisamment sue.

Repas

d’Hautel, 1808 : Un repas de cigogne. Repas dont les mets sont assaisonnés, disposés de manière qu’il n’y ait que le maître de la maison qui en puisse manger.
Faire un repas de brebis. Manger sans boire.

Repas de l’âne (faire le)

Rigaud, 1881 : Ne boire qu’à la fin du repas, — dans le jargon du peuple.

Repas de l’âne, du bœuf

France, 1907 : Manger sans boire. C’est la coutume dans nombre de familles anglaises de faire le repas de l’âne ; on se rattrape après.

Repasse

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais café, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Cafetiau.

Repassé

Virmaître, 1894 : N’avoir plus rien. Quand un créancier tenace importune son débiteur, ce dernier par ironie lui dit :
— Vous repasserez.
C’est le créancier qui est repassé quand on ne le paye pas (Argot du peuple).

Repasser

d’Hautel, 1808 : On l’a joliment repassé. Se dit d’une personne qui s’est engagée dans une querelle, et qui y a été fort maltraitée.
On dit aussi, repasser des calottes, des darioles, pour dire, frapper quelqu’un sur la tête. Voy. ces mots.

Delvau, 1866 : v. a. Céder quelque chose à quelqu’un, donner, — dans l’argot du peuple. Repasser une taloche. Donner un soufflet.

La Rue, 1894 : Battre. Filouter. Dépouiller.

France, 1907 : Tricher.

Et chez le bourgeois, le barbet,
Repasse encore quelque navet.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Repasser la chemise de la bourgeoise

Rigaud, 1881 : Battre sa femme, — dans le jargon du peuple.

Oh ! ce n’est rien ! Je repasse la chemise de ma femme.

(Huysmans, Marthe)

France, 1907 : Battre sa femme. On dit aussi repasser le cuir. Argot faubourien.

Repasser le cuir

Rigaud, 1881 : Battre ; maltraiter. Le cuir, c’est la peau.

Repasser un simple

Clémens, 1840 : Tromper, gagner, voler quelqu’un.

Repasser une femme

Delvau, 1864 : La faire jouir en la baisant avec ce fer rouge que les polissons appellent une pine — qui la roussit quelquefois.

Et notez que la moindre bagasse peut en dire autant à un grand roi ou prince, s’il l’a repassée.

(Brantôme)

Son vaillant fils, fameux par sa crinière,
Un beau matin, par vertu singulière,
Vous repassa tout ce gentil bercail.

(Voltaire)

Et m’vla vite en d’voir d’la repasser.

(Dumoulin)

Repaumer

Vidocq, 1837 : v. a. — Reprendre.

Delvau, 1866 : v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.

Rigaud, 1881 : Reprendre ; rattraper.

France, 1907 : Rattraper, reprendre.

— Attends, petite salope, si je te repaume encore avec ton grand flandrin, je te montrerai de quel bois je me chauffe.

(René de Nancy)

Repaumer, repésigner

La Rue, 1894 : Reprendre. Rattraper.

Repêcher

d’Hautel, 1808 : Repêcher quelqu’un au demi cercle. Voy. Cercle.
Je le repêcherai. Se dit par menace, pour, il n’y perdra rien ; je saurai bien le retrouver.

Repentirs

France, 1907 : Sorte de coiffure à boucles pendantes.

À la fin de l’empire, on porta des nœuds d’Apollon, des choux, et l’on vit bientôt apparaître, chez les élégantes, ces longues boucles pendantes qui prirent le nom de repentirs.

(Pierre Darblay, Physiologie de l’amour)

Repérer

France, 1907 : Regarder ; argot des voleurs.

Repérir

Rigaud, 1881 : Guetter, observer, — dans le jargon des voyous. — Je le repère, le client.

Rigaud, 1881 : Retrouver, — dans le jargon des voleurs. — Repérir un aminche rien d’attaque, retrouver un ami si fidèle.

La Rue, 1894 : Retrouver.

France, 1907 : Retrouver ; argot des voleurs.

Repésigné

Virmaître, 1894 : Arrêté de nouveau. A. D. Pésigner veut dire ouvrir. Il faut donc prendre le mot repésigner dans le sens de voir ouvrir à nouveau la porte de la prison et non dans celui d’arrêter (Argot des voleurs).

Repésigner

Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter de nouveau.

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter de nouveau, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Arrêter de nouveau.

France, 1907 : Arrêter de nouveau, repaumer ; argot des voleurs.

Repète

France, 1907 : Répétition ; argot populaire.

Répéter

Delvau, 1866 : v. n. Aimer, — dans l’argot des cabotins. On dit aussi Aller à la répétition.

Repetita placent (bis)

France, 1907 : Les choses dites ou faites deux fois plaisent. Locution latine tirée de l’Art poétique d’Horace.

Non bis in idem était également un principe qui, bien qu’émanant du droit romain, s’appliquait fort bien aux choses de l’amour, et qu’affectionnait le volage adjudant… Mais cependant, si les circonstances l’y obligeaient et si le sujet avec lequel il opérait était de tout premier ordre, si la première escarmouche l’avait émoustillé et l’invitait à une passe d’armes plus sérieuse, Letimbré faisait volontiers accorder ce principe avec cet autre : bis repetita placent, et, affirmait-il avec une pointe d’orgueil : « Je ne m’arrête pas là ! »

(Le Régiment)

Répétition (aller à la)

Rigaud, 1881 : Faire un double sacrifice sur l’autel de Vénus.

Repic

d’Hautel, 1808 : Faire quelqu’un repic et capot. Le réduire à ne pouvoir répondre, à ne savoir que dire.

France, 1907 : Recommencement. Repic de relingue, crime ou délit nouveau.

— Le machabée était resté au bord de l’eau. C’est sur moi qu’on farfouille le repic de relingue.

(Louise Michel)

Repiger

Larchey, 1865 : Rattraper.

Attends toi ! si je peux te repiger un jour.

(Moinaux)

Delvau, 1866 : v. a. Rattraper, retrouver, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Prendre sa revanche.

Virmaître, 1894 : Je vais te repiger au demi-cercle. On dit de quelqu’un qui a été pigé — pris une première ibis :
— Je vais te repiger une seconde (Argot du peuple).

France, 1907 : Rattraper ; argot populaire.

Repiger, repincer

La Rue, 1894 : Prendre sa revanche. Rattraper.

Repionceuse

Rigaud, 1881 : Paillasse, — dans le jargon des voleurs.

Repiquer

Larchey, 1865 : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe.

On repique son chaste cancan.

(1846, Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : v. n. Reprendre courage, se tirer d’embarras. Signifie aussi : Revenir à la charge ; retourner à une chose. Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.

Rigaud, 1881 : Redoubler. — Repiquer sur le rôti ; renouveler une consommation. — Nous avons bu trois bocks : si nous repiquions ? — Redoubler d’ardeur à l’ouvrage après un moment de repos. — Rétablir ses affaires, recouvrer la santé.

Rigaud, 1881 : Se rendormir. C’est-à-dire piquer de nouveau son chien.

La Rue, 1894 : Revenir à la charge. Reprendre son travail. Se rendormir. Reprendre faveur.

Virmaître, 1894 : Deux joueurs font une partie ; l’un joue pique, l’autre répond : repique. Repiquer de riffe : rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recommencer.

Je t’ai défendu de faire telle chose, tâche de ne pas repiquer.

Hayard, 1907 : Recommencer.

France, 1907 : Recommencer, se rengager.

On le vit pendant ses sept premières années toujours maugréant, rechignant et tempêtant, mais, en définitive, faisant assez bien son service tout en disant chaque jour : Chien de métier  ! Quand mon congé viendra-t-il ? Mais le dernier jour de la septième année, il repiqua pour trois ans, à la grande déception des brigadiers de son escadron qui comptaient sur ses galons de maréchal des logis.

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Répondre.

— Des gens chouettes, t’en connais, toi, des gens chouettes ? Regarde un peu à Saint-Eustache, c’était ouvert dès le matin et on pouvait aller s’y chauffer en sortant d’ici. Ben maintenant, on nous fiche à la porte. Même que, jeudi, j’étais sur le calorifère, le sacristain rapplique. « Qu’est-ce que vous faites ? — Je me chauffe. — C’est pas un chauffoir ici, c’est la maison du bon Dieu, faut vous en aller. — Mon vieux, que j’y réponds, vous saurez qu’au moyen âge les églises étaient des lieux d’asile. » Il en est resté bleu ! « Mâtin ! qu’y repique, vous avez de l’instruction, vous ! — Sûr ! que je réponds, c’est pas parce que j’ai froid que j’ai pas été à l’école. »

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Repiquer au truc

Virmaître, 1894 : Revenir à la charge. Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre. Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est repiquer au truc (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Recommencer. On dit aussi repiquer sur de rôti.

Un chasseur, guignard, se baguenaudait sur le tard sans avoir tiré un coup de fusil depuis le matin. Voilà qu’il découvre des canards barbotant dans une mare. Les baptiser « sauvages » ne lui répugnait pas, n’eût été un paysan aux quinquets matois qui le reluquait.
— Dites donc, mon brave, laissez-moi tirer un canard ?
Et, en même temps, le chasseur glisse la pièce au cul-terreux.
— Tirez, mon bon Mossieu !
Le Nemrod n’en exige pas plus : il déquille une bestiole et, tout guilleret, il aboule une nouvelle pièce de quarante sous au campluchard, pour être autorisé à repiquer au truc… Et un deuxième canard vient meubler sa carnassière.
Comme le type s’esbignait, fier de ne pas rentrer bredouille, le pétrousquin lui susurre :
— Les canards ne sont pas à moi !…

(Le Père Peinard)

Lorsque j’ai touché ma quinzaine,
I’ m’arriv’ qué’qu’fois d’rentrer plein.
Mon épous’ commenc’ son antienne :
« Fainéant ! Poivrot ! Sac à vin ! »
Pour clouer l’bec à la commère,
J’la cogn’, comm’ si a s’rait en stuc ;
Si, malgré ça, a veut pas s’taire,
Je r’pique au truc.

(Jules Jouy)

Répit

d’Hautel, 1808 : Il a obtenu des lettres de répit, il vivra long-temps. Se dit par plaisanterie d’un homme qui est relevé d’une grande maladie.

Réplique

Delvau, 1866 : s. f. Les derniers mots d’une tirade, d’un couplet quelconque, — dans l’argot des coulisses. Envoyer la réplique. Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l’attention de l’acteur qui doit reprendre le dialogue.

Repoisser

France, 1907 : Ramasser, reprendre.

Un individu quelconque est arrêté pour un fait sans gravité, — insultes aux agents ou soulographie — on le gerbe et on le sape.
Bien ! Il a perdu son travail : il n’a plus de références à donner ; il est à l’index et à l’œil. Le voilà sans gîte et sans pain : dans la rue !
Illico et dare dare on le repoisse de nouveau, pour vagabondage, et ainsi de suite jusqu’à plus soif.
Il est récidiviste : gare à la sauce !

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Répondre

d’Hautel, 1808 : Il est comme le prêtre Martin, il chante et il répond. Se dit de quelqu’un qui propose une question, et qui la résout en même-temps.
Je ťen réponds ; je vous en réponds. Manière ironique de dire qu’on n’ajoute pas foi à une chose ; qu’on n’y a aucune confiance.

Réponse des primes

Rigaud, 1881 : Opération de Bourse qui, à la liquidation, consiste à abandonner la prime ou à maintenir le marché.

Reportage

Rigaud, 1881 : Chasse aux informations. — Métier du reporter.

France, 1907 : Information. Service des informations dans un journal.

Autrefois on s’occupait des actes ou des œuvres plutôt que des personnes, — et passez-moi le mot, qu’il faudra bien que vous insériez dans une prochaine édition de votre Dictionnaire, — le reportage n’était pas né. La description du mobilier de Scribe ou l’hygiène de Victor Hugo ne faisait point une partie nécessaire du compte rendu des Burgraves ou de la Camaraderie. C’était un tort, évidemment ; et la suite l’a bien prouvé !

(Brunetière)

Reporter

Larchey, 1865 : Voir liquid.

Delvau, 1866 : s. m. Journaliste en quête de nouvelles.

Rigaud, 1881 : Journaliste qui va à la chasse aux informations, aux nouvelles. Il y a le reporter politique et le reporter mondain. (V. les Odeurs de Paris de L. Veuillot.) Le reporter est une importation américaine dont certains produits gagnent jusqu’à soixante mille francs par an.

France, 1907 : Journaliste chargé des informations. Anglicisme.

J’ai retenu de cet entretien que la profession de reporter est plus dangereuse encore que je ne l’aurais cru. Dans son livre de La Vie politique en Angleterre, Paschal-Grousset raconte qu’ayant demandé, au Reform Club, à l’un des membres du cabinet britannique, s’il serait d’humeur à subir la présence et les indiscrétions de certains correspondants étrangers, celui-ci lui aurait répondu : « I would kick them downstairs, sir ; c’est à coups de pied que je les mettrais à la porte, Monsieur », coups de pied en Angleterre, coups de poings en Amérique. La France est vraiment le paradis des interviewers, pour le moment, du moins, car, si nous continuons à nous anglomaniser et à nous américaniser, il faudra fonder un Hôtel des Invalides pour les reporters endommagés au champ d’honneur.

(Paul Foucher)

Reporter à femmes

France, 1907 : Journaliste chargé spécialement de renseigner les lecteurs sur les faits et gestes des courtisanes à la mode.

Terminons cette variété… par ce grand diable de reporter à femmes, fournisseur breveté des feuilles pornographiques… Les drôlesses friandes de scandales le tutoient et lui offrent à souper en échange de quelques lignes ou d’une biographie.

(A. Sirven)

Reporter son fusil à la mairie

Delvau, 1866 : v. a. Commencer à vieillir, — dans l’argot du peuple, qui sait qu’à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.

Reporter son ouvrage

Delvau, 1866 : Assister, quand on est médecin, à l’enterrement d’une personne qu’on a t…, — pardon ! qu’on n’a pas pu guérir. Argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent :
— Tiens, le docteur qui reporte son ouvrage (Argot du peuple).

France, 1907 : Expression populaire employée à l’égard d’un médecin qui suit le convoi d’un client.

Reposante

Rigaud, 1881 : Chaise, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chaise ; argot des voleurs.

Reposer

d’Hautel, 1808 : Il se repose sur ses lauriers. Se dit par raillerie d’un homme nonchalant, insouciant, oisif, paresseux ; qui, quoiqu’ayant besoin de travailler, reste la plupart du temps à ne rien faire.

Reposoir

Fustier, 1889 : Hôtel garni. Argot des voyous.

Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms : reposoirs ou assommoirs.

(Henri IV, 1882)

France, 1907 : Hôtel meublé, cabaret de bas étage, logements pour voleurs et prostituées.

Paris, en dépit de ses démolitions… renferme toujours des tapis-francs, comme au temps d’Eugène Sue. Leurs noms seuls ont changé. Ce sont des Ribines, des Reposoirs, des Assommoirs dont le Château-Rouge possède, en fait d’alphonses, d’escarpes ou de gonzesses, la fleur du panier.

(Mémoires de M. Claude)

France, 1907 : Lieu de recel ; argot des voleurs.

Le reposoir, tenu par le fourgat, est un lieu de recel pour le criminel qui ne travaille qu’en ville.

(Mémoires de M. Claude)

Reposoirs

France, 1907 : Pieds.

Repoussant

Ansiaume, 1821 : Pistolet.

Il faut que je me monte d’une paire de repoussants.

Halbert, 1849 : Fusil.

Larchey, 1865 : Fusil. — Il repousse l’épaule.

Delvau, 1866 : s. m. Fusil, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fusil ; allusion au recul.

Repoussant à deux jettées

Ansiaume, 1821 : Pistolet à deux coups.

Avec mes repoussans à deux jettées, je ne crains pas les cognes.

Repoussante

Ansiaume, 1821 : Poudre à tirer.

N’oublie pas de me rapporter de la repoussante.

Repousser

d’Hautel, 1808 : Repousser quelqu’un avec perte. Pour dire, lui répliquer vivement ; lui river son clou ; le réduire à ne savoir plus que dire. On dit aussi d’une personne à qui on a refusé ouvertement ce qu’elle postuloit, qu’Elle a été repoussée à la barricade.

Rossignol, 1901 : Puer, sentir mauvais.

Repousser du goulot

Fustier, 1889 : V. Delvau : Repousser du tiroir.

Virmaître, 1894 : Puer de la bouche. L’image est typique ; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sentir mauvais de la bouche. Entre artistes de la Comédie-Française : « Dis donc, X…, vous dites toutes que je repousse du goulot à tuer les mouches à quinze pas ; en voilà une qui est sur ma glace pendant que je me maquille, elle ne bouge pas. — Oh ! oui, ma chère, ça se comprend, tu n’as sans doute pas vu que c’était une mouche à m… iel. »

Hayard, 1907 : Avoir mauvaise haleine.

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine, On dit aussi repousser du Parlement, du tiroir.

Mon n’veu, agent qui s’enivre,
Repousse le populo ;
Ma nièce, au concert, pour vivre,
Pousse un refrain rigolo ;
Mon p’tit frèr’ repouss’ du cuivre,
Ma sœur repouss’ du goulot.

(Sulbac)

Repousser du parlement

Virmaître, 1894 : V. Trouilloter de la hurlette.

Repousser du tiroir

Delvau, 1866 : v. n. Avoir l’haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens. On dit aussi Repousser du corridor.

Repousser les urines

Virmaître, 1894 : Il est, je pense, inutile d’expliquer cette expression ; sa brutalité la rend très compréhensible. Allusion au piston qui repousse la vapeur dans le cylindre (Argot des voyous). N.

France, 1907 : Avoir commerce avec une femme ou une fille ; argot populaire.

Repoussoir

Rigaud, 1881 : Femme très laide dont une coquette moins laide fait sa société habituelle pour mieux faire valoir, par la comparaison, ce qui lui reste de fraîcheur et de beauté. Le rôle du repoussoir est d’accompagner sa partner au Bois, au théâtre, au bal.

La Rue, 1894 : Femme d’une beauté médiocre qu’une autre femme prend pour compagne afin de mieux faire ressortir sa propre beauté.

France, 1907 : Femme laide qui fait ressortir, met en relief la beauté d’une autre femme.

Dans le monde où l’on s’amuse, et j’en excepte tout de suite les phénomènes de Lesbos, il est assez rare de voir deux jeunes femmes d’égale beauté s’aimer, vivre et sortir ensemble. Et si aux Folies-Bergère, aux Montagnes Russes, à l’Eden, à l’Hippodrome, au Moulin-Rouge, au Jardin de Paris, elles vont deux par deux, il y a toujours une dame jolie et une laide : la première, c’est la travailleuse ; l’autre, c’est le repoussoir.

(Dubut de Laforest)

Repouti

France, 1907 : « Mentir itérativement. On dit au menteur fieffé : Qu’en habetz mentit, poutit, repoutit. Vous en avez menti, doublement menti, triplement menti. » Idiome béarnais.

(V. Lespy et P. Raymond)

Reprendre

d’Hautel, 1808 : Reprendre quelqu’un en sous-œuvre. Signifie, tendre de nouveau un piège à une personne, lorsqu’on n’a pas réussi à l’attraper du premier coup.

Reprendre du poil de la bête

Delvau, 1866 : v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.

Reprendre le poil de la bête

France, 1907 : Continuer Les débauches de la veille.

Reprendre son pivot

Delvau, 1866 : v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les Œuvres diverses de Cyrano de Bergerac.

France, 1907 : Retrouver son aplomb ; argot populaire.

Représenter les armes de Bourges

France, 1907 : Un âne dans un fauteuil, asinus in cathedra. Chaque fois qu’un homme de peu de mérite ou un jeune homme s’assoit dans un fauteuil, tandis que des dames ou des gens supérieurs par l’âge et la position sont assis sur des chaises, on dit par ironie qu’il représente les armes de Bourges.
Ce dicton repose sur une équivoque. Au lieu d’asinus, âne, il faut lire Asinius, nom d’un général romain, lieutenant de César, qui, tandis que la ville était assiégée, se fit, malade et blessé, porter en chaise sur le front des troupes pour relever leur moral et les exciter au combat. Le tableau représentant cette scène existait dans l’ancien palais de Jacques Cœur, devenu l’hôtel de ville.

Reprise individuelle

France, 1907 : Formule anarchique par laquelle chacun est invité à reprendre sa part de bien sur autrui.

Quatre anarchistes ont encore pratiqué hier la reprise individuelle chez un marchand de vins. Après s’être fait servir par lui un excellent repas, ils lui ont déclaré qu’ils ne le payeraient pas, leurs opinions s’opposant à ce qu’ils enrichissent un bourgeois de leur argent.

(Le Journal)

Reprise perdue

France, 1907 : Remise en scène d’un opéra usé ; argot théâtral.

Reprocher

d’Hautel, 1808 : Reprocher les morceaux à quelqu’un. Faire attention à ce qu’il consomme en mangeant ; manifester son regret par des remarques choquantes.
Un bienfait reproché est à demi effacé. On devroit dire tout-à-fait.

Réprouvé

d’Hautel, 1808 : Un visage de réprouvé. Pour dire un visage sinistre, sombre et mélancolique ; un air de vaurien.

Reptile

France, 1907 : Nom donné depuis la guerre de 1870-71 aux journalistes payés sur les fonds des gouvernements étrangers, pour lancer leur venin sur la France. Par extension, les journalistes indépendants donnent ce nom aux journalistes officieux.

Réputer

d’Hautel, 1808 : La bonne intention est réputée pour le fait. Pour dire que, quoiqu’on ne réussisse pas toujours dans le bien qu’on veut faire, on n’en est pas moins louable de l’avoir tenté.

Requiem

La Rue, 1894 : Table d’hôte à très bon marché.

France, 1907 : La prière des morts. Un vieil adage du XVIe siècle dit : « Requiem gaigne l’argent et gaudeamus le dépend. » Allusion aux prêtres et aux moines qui festoient avec l’argent recueilli aux cérémonies funèbres.

France, 1907 : Petite pension bourgeoise ; table d’hôte à bon marché. La parcimonie et la mauvaise qualité des mets donnent aux convives une figure d’enterrement.

Requiller

France, 1907 : Remettre d’aplomb ; replacer sur les jambes, les quilles. Argot populaire.

Requin

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / La Rue, 1894 : Douanier.

France, 1907 : Flibustier, fripon, usurier, huissier.

Et de deux : tu connais les marchands de ferraille de la rue de Lappe, les bandes noires qui opèrent à l’Hôtel des Ventes… tous des requins à l’affût d’un coup à faire !
Que sont-ils ?
Auvergnats !
Et fouchtra, je t’assure qu’un juif ne les roulera pas.
Tu vois donc qu’il n’est pas nécessaire d’être né à Bethléem pour savoir voler son monde.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Professeur civil du Borda, ainsi nommé à cause du galon à dents de scie de la casquette d’uniforme et des manches.

Requin de terre

Delvau, 1866 : s. m. Huissier, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né. On l’appelle aussi Macaron.

La Rue, 1894 : Huissier.

Virmaître, 1894 : Huissier. Voilà un nom qui n’est pas volé. En effet, comme le requin dont on trouva dans le ventre une paire de bottes, une armoire à glace et un poêle de faïence, l’huissier dévore tout (Argot du peuple). N.

Requinquage

Fustier, 1889 : Mise, accoutrement ridicule.

Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n’avait rien à voir avec la dernière mode.

(Barot : Le fort de la halle.)

France, 1907 : Rétablissement, rénovation, remise à neuf.

Requinquer

d’Hautel, 1808 : Se requinquer ; avoir l’air requinqué. Au propre, se reniper, sortir de la misère où l’on étoit tombé ; au figuré, se panader, prendre un air pimpant et hautain, faire le fat.

La Rue, 1894 : Apercevoir.

France, 1907 : Refaire, remettre d’aplomb, donner de l’apparence.

Alors le grand-père, qui travaillait encore malgré ses quatre-vingts ans, le menait faire de belles promenades à l’air pur et au soleil et lui gagnait de quoi acheter par-ci par-là des remèdes qui le requinquaient pour quelques semaines.

(Jean Richepin)

Se requinquer, s’habiller à neuf.

France, 1907 : Regarder.

Requinquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller à neuf, ou seulement s’endimancher, dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Renouveler sa toilette.

Eh bien, ma bonne petite, croyez-vous qu’une femme puisse se requinquer ici ?

(Champfleury, La Mascarade de la vie parisienne)

La Rue, 1894 : S’habiller à neuf. Revenir à la santé.

Res judicata pro veritate habetur

France, 1907 : La chose jugée est tenue pour vérité ; c’est-à-dire s’incliner bénévolement devant les erreurs judiciaires. Axiome du droit romain toujours en vigueur et qui est la base de l’autorité judiciaire.

Res perit domino

France, 1907 : La chose périt pour le compte du maître. Axiome de droit romain, passé dans le droit français, indiquant que le dommage résultant de la perte d’une chose incombe à son propriétaire.

Resaute

France, 1907 : Balle. Flancher à la resaute, jouer à la balle ; argot faubourien.

Réséda

d’Hautel, 1808 : Plante odoriférante, et non résida, comme on a coutume de le dire.

Réservoir

Rigaud, 1881 : Réserviste, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Réserviste.

Les réservoirs de la haute trichent volontiers sur l’ordonnance quand ils vont faire leurs vingt-huit jours, histoire de conserver un peu de galbe et pschuttisme.

(Le Père Peinard)

Resinit

Ansiaume, 1821 : Sang.

Quatre à cinq gouttes de resinit sur mon croissant m’ont fait tomber.

Resolir

Vidocq, 1837 : v. a. — Revendre.

La Rue, 1894 : Revendre.

France, 1907 : Revendre ; argot des voleurs.

Résolu

d’Hautel, 1808 : Margot la résolue. Sobriquet injurieux que l’on donne à une femme hardie, sans pudeur, qui babille beaucoup, et se mêle de toutes les affaires.
Résolu comme Bartole. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a le ton décisif et tranchant. Le peuple dit par corruption Berthaud.

Respect

d’Hautel, 1808 : Sauf votre respect ; sauf le respect de la compagnie. Se dit pour excuser des paroles sales et déshonnêtes qui blessent les règles de la bienséance.

Respecter ses fleurs

Fustier, 1889 : Garder sa virginité.

Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu’à la fin du monde…

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Conserver son pucelage, le défendre contre les attaques ; argot populaire.

Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu’à la fin du monde.

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

Respirante

France, 1907 : Bouche. Bâcler sa respirante, se taire. Argot des voleurs.

Ressaut

Hayard, 1907 : Voyez Renaud.

Ressaut (avoir du)

Virmaître, 1894 : Être surpris à en ressauter. Une proposition saugrenue fait ressauter d’étonnement celui à qui elle est faite. On ressaute à la pensée de faire une chose qui ne plaît pas (Argot des souteneurs). N.

Ressauter

Rossignol, 1901 : Se fâcher, se mettre en colère.

J’ai fait ressauter mon propriétaire, parce qui je ne lui ai pas payé mon loyer.

Ressembler

d’Hautel, 1808 : Ils se ressemblent comme deux gouttes-d’eau. Se dit de deux personnes dont la ressemblance est frappante.
On se ressemble de plus loin. Se dit des proches parens qui ont un air de famille.
Tous les jours se suivent, mais ils ne se ressemblent pas. Pour dire que le bonheur et le malheur ne durent pas éternellement.
Qui se ressemble s’assemble. Ce proverbe se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que des vauriens, qui s’associent à des gens qui ne valent pas mieux qu’eux.

Resserré

d’Hautel, 1808 : Vivre resserré. Pour dire à l’étroit, avec parcimonie, ne voir personne.

Resserrer son linge

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Mourir ; argot populaire.

Ressort

La Rue, 1894 : Poivre.

Ressort (crucifix à)

France, 1907 : Poignard ; revolver. Argot des escarpes.

— Allons, va donc raccrocher ton crucifix à ressort… tu vois bien qu’il ne nous fait pas peur. C’est des noyaux de cerises qu’il y a dedans.

(G. Darien)

Ressort (se casser le)

Merlin, 1888 : Se tuer en tombant de cheval.

Ressort de caleçon

Rossignol, 1901 : Du poivre.

Ressortir (faire)

La Rue, 1894 : Être insupportable.

Ressorts

Fustier, 1889 / France, 1907 : Parties génitales de la femme.

Ressource

d’Hautel, 1808 : Le père la ressource ; la mère la ressource. Expression flatteuse et triviale qui se dit d’une personne fertile en expédiens, à laquelle on a toujours recours dans de mauvaises affaires ; et dont les conseils, la fortune et le crédit suffisent pour vous tirer d’embarras.

Ressusciter

d’Hautel, 1808 : Ce vin, cette liqueur, ressusciteroit un mort. Pour exprimer qu’un vin, qu’une liqueur est réchauffante et cordiale.

Restant de mes écus (le)

Rigaud, 1881 : Se dit vulgairement en voyant arriver quelqu’un que l’on n’attendait pas et dont la présence n’est pas précisément agréable ; on salue de ces mots l’arrivée d’un importun : « Voilà le restant de mes écus. »

Restant de nos écus (le)

Delvau, 1866 : Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.

Restant de souper

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans le peuple à l’égard d’une fille qui a roulé pendant vingt ans les restaurants de nuit. Restant de souper, mot à mot : tout le monde a mangé sur son cuir. On dit également pour exprimer une idée plus basse : rognures d’abattoir, c’est le suprême dégout (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Vieille prostituée qui passé sa jeunesse dans les restaurants de nuit ; expression populaire.

Restaurant à l’envers

Rigaud, 1881 : Lieux d’aisances publics.

France, 1907 : Latrines publiques. On dit aussi restaurant à rebours. Argot populaire.

Restaurant des 100 couverts

Merlin, 1888 : Cuisine de troupe.

Restaurer

d’Hautel, 1808 : Le voilà bien restauré. Pour, le voilà bien satisfait. Se dit par ironie, d’une personne à qui l’on n’accorde qu’un foible secours pour le dédommager d’une grande perte.

Reste

d’Hautel, 1808 : Il n’a pas demandé son reste. Pour dire que quelqu’un, après avoir reçu un mauvais traitement, s’est retiré promptement, s’est hâté de fuir.
Voilà le reste de nos écus. Se dit en plaisantant d’un homme qui se présente dans une compagnie sans y avoir été invité.
Il donne un sou à douze pauvres, et il demande son reste. Se dit par raillerie d’un homme avare, intéressé et sordide.

Reste (donner son)

Larchey, 1865 : Accabler, tuer quelqu’un.

Mais zeste ! Lowendal leur ficha son reste.

(Vadé, 1750)

Ne pas demander son reste : Rester anéanti.

Delvau, 1866 : Achever un homme en le tuant de n’importe quelle façon.

Reste (ne pas demander son)

Delvau, 1866 : C’est, quand on a été battu, fuir sans exiger d’explications — et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.

Rester

d’Hautel, 1808 : Il est resté en plan. Se dit par raillerie d’un homme, ou d’un effet qu’on a laissé dans un endroit pour caution ou gage ; et souvent pour dire que l’on ne sait pas ce qu’une personne est devenue, si elle est morte ou vivante.

Rester court

Delvau, 1864 : Manquer de souffle au lit ; débander au moment même où il faudrait bander le plus raide.

Rester court
À la neuvième politesse !
Est-ce à ma cour
Qu’on vient pour me jouer ce tour ?

(Collé)

Rester dans la salle d’attente à reconnaître ses vieux bagages

Rigaud, 1881 : Rentrer seule, après minuit, — dans l’argot des filles.

Rester dans son fiacre

France, 1907 : Ne pas se montrer.

Rester en figure

Delvau, 1866 : Rester coi, ne savoir que dire. Signifie aussi : Rester seul, être abandonné de ses compagnons.

France, 1907 : Rester coi.

Rester en frime

Rossignol, 1901 : Déjeuner chez un marchand de vin et n’avoir sur soi que 2 francs, lorsque la dépense est de 3 francs, est rester en frime.

Rester en panne

France, 1907 : Être immobile.

D’ailleurs, tout à fait d’attaque et bonne fille, et si sûre de son pouvoir, de l’espèce de magie suggestive qu’elle exerçait sur les mâles, et de ne jamais rester en panne, que les michés — les millionnaires et les autres — ne pesaient pas plus dans ses mains fantasques qu’une noix de muscade.

(René Maizeroy)

Rester en plan

Delvau, 1866 : v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu’on n’a pas d’argent pour payer sa consommation.

France, 1907 : Être laissé comme otage dans un cabaret ou une auberge, en attendant que les camarades rapportent de quoi payer les consommations.

Rester en tas

France, 1907 : Fainéanter.

Restituer

France, 1907 : Vomir. Restituer sa doublure, mourir.

Restituer sa doublure

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Restitution

d’Hautel, 1808 : Faire restitution. Pour dire vomir, dégobiller, mettre le cœur sur le carreau.

Resucée

Delvau, 1866 : s. f. Chose qu’on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois. On dit aussi C’est de la troisième ou de la quatrième resucée.

France, 1907 : Chose qui a déjà servi, a déjà été dite. Reste de viande, de légumes.

Résurrection (la)

Delvau, 1866 : n. de l. La prison de Saint-Lazare, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : La prison de Saint-Lazare.

La Rue, 1894 : La prison Saint-Lazare.

Virmaître, 1894 : Prison de Saint-Lazare. Allusion biblique à Lazare le ressuscité. L. L. En quoi cette prison d’où les femmes sortent plus pourries moralement qu’à leur entrée peut-elle être une résurrection ? Ce n’est une résurrection que pour celles qui sortent guéries de l’infirmerie, parce qu’elles peuvent recommencer leur commerce (Argot du peuple).

France, 1907 : La prison de Saint-Lazare, réminiscence de Lazare que Jésus ressuscita.

Retailler

Ansiaume, 1821 : Examiner de la tête aux pieds.

Il m’a retaillé jusqu’en sortant du tapis.

Retape

Larchey, 1865 : Mis proprement.

Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche.

(Vidal)

Delvau, 1866 : s. f. Raccrochage, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Aller à la retape. Raccrocher. On dit aussi Faire la retape.

La Rue, 1894 : Raccrochage sur le trottoir.

Virmaître, 1894 : On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf. On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première. Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés. Mot à mot : retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Guet, surveillance.

Il faut classer à part une variété d’hommes entretenus qui se livrent à une industrie qu’on nomme la retape. Ceux-là ne disparaitront pas avec la suppression de la police des mœurs ; car ils ne sont pas là pour assister les femmes dans leurs démêlés avec la prélecture, mais pour leur servir d’enseigne aux yeux du public. Ce sont ceux qui jouent le rôle d’amants en titre, d’entreteneurs opulents ou même d’oncles millionnaires ; ils servent de chaperons. Tout chamarrés de cordons et de croix, ils sont presque toujours âgés, ont souvent occupé un rôle élevé dans la société qui les a expulsés de son sein, ont conservé des manières distinguées, et sont, grâce à leurs protectrices, mis avec bon goût et recherche. Leur prétendue maîtresse ou leur soi-disant nièce est censée tromper leur surveillance jalouses ; c’est du moins ce qu’elle affirme au naïf qu’elle reçoit avec un certain mystère et à qui elle fait payer d’autant plus cher les quelques moments qu’elle lui accorde.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

France, 1907 : Racolement des passants, en parlant des prostituées. Faire la retape, arrêter et racoler les hommes.

J’en foutrai jamai’ eun’ secousse,
Mêm’ pas dans la rousse
Ni dans rien,
Pendant que l’soir ej’ fais ma frape,
Ma sœur fait la r’tape
Et c’est bien.

(Aristide Bruant)

Retapé

Delvau, 1866 : adj. Vêtu proprement, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Rétabli. — Habillé de neuf.

Retape (aller à la, faire la)

Rigaud, 1881 : Aller se promener sur la voie publique, — dans le jargon des filles.

Retape (aller à la)

Rigaud, 1881 : Être en embuscade sur la voie publique, pour vol ou assassinat. — dans le jargon des voleurs.

Retape (faire la)

Hayard, 1907 : Faire le trottoir.

Retaper

d’Hautel, 1808 : Retaper de l’œil. Se rendormir, après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.

Rossignol, 1901 : Redemander.

j’ai tapé mon patron hier pour avoir un acompte et je vais le retaper aujourd’hui.

Retaper (se)

France, 1907 : Se remettre à neuf.

En parcourant sa maison au point de vue des changements, Zeozia trouva qu’en effet elle aurait besoin, selon l’expression dont elle se servit, d’être retapée.

(Ed. Monteil, Le Monde officiel)

Retaper le domino (se faire)

Fustier, 1889 : Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du bec.

Retapeuse

Delvau, 1864 : Putain. — Femme ou fille qui fait la retape ; — qui raccroche.

En robes plus ou moins pompeuses,
Elles vont comme des souris :
Ce sont les jeunes retapeuses
Qui font la gloire de Paris.

(A. Glatigny)

Rigaud, 1881 : Fille qui fait la retape.

France, 1907 : Prostituée qui racole les passants. qui fait la retape.

En robes plus ou moins pompeuses,
Elles vont comme des souris,
Ce sont les jeunes retapeuses
Qui font la gloire de Paris.

(Albert Glatigny)

Retapisser

Rossignol, 1901 : Reconnaître.

France, 1907 : Emprisonner à nouveau ; argot des voleurs.

Retappe

Clémens, 1840 : Raccrocher.

Retappe (faire le)

Vidocq, 1837 : v. — Aller se promener sur la place. Terme des filles publiques.

Retappe (faire sa)

Larchey, 1865 : Raccrocher.

C’est moi qui lui ai donné l’idée de faire sa retape avec un costume décent et un carton à chapeau à la main.

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)

Vient de l’argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s’embusquer sur le grand chemin. — Mot à mot : attendre l’occasion de retaper sur les passants.

Retenir

d’Hautel, 1808 : J’en retiens part. Se dit quand quelqu’un que l’on accompagne fait une trouvaille ; pour faire entendre que l’on prétend y avoir part.

Retiens (je te)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : je retiens ce que tu dis pour faire tout le contraire.

Rétipoler

France, 1907 : Hésiter.

Lors, à monseigneur l’évêque,
Curé de Saint-Vit-le-Vecque,
Il alla parler ainsi :
« Mariez ma mère avecque
Les trois tronches que voici. »
Et comme au vieux tire-laine
Il offrait bourse bien pleine
En serrant sa trique au poing,
L’autre dit oui d’une haleine
Et ne rétipola point.

(Jean Richepin)

Retiration

Boutmy, 1883 : s. f. Verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. Être en retiration, c’est avoir atteint la cinquantaine.

France, 1907 : Verso de la feuille à imprimer ; argot typographique.

Retiration (être en)

Delvau, 1866 : Avoir plus de quarante ans, vieillir, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Avoir atteint la cinquantaine, — dans le jargon des typographes. Au propre, la retiration c’est le verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. (Boutmy.)

Virmaître, 1894 : Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Avoir atteint la cinquantaine et ne plus trouver de l’ouvrage nulle part ; argot des typographes.
« Le progrès, dit Virmaître, n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons » Ça viendra !

Retiré du service (être)

Delvau, 1864 : Ne plus exercer le rude métier de fille d’amour, soit par suite de maladies, soit par suite de mariage, soit par suite de vieillesse, soit — comme sainte Marie l’Égyptienne — par honte de ce métier.

C’est si agréable, quand on s’est retirée du service… de pouvoir se dire : Ce procureur du roi si féroce, c’était mon petit Auguste ! Je le menais par le bout du nez, et il trouvait cela très doux.

(A. Delvau)

Retirer

d’Hautel, 1808 : Se retirer à la Mazarine. Pour dire fuir avec précipitation ; se sauver à la hâte, par allusion à la fuite précipitée de Mazarin, lors des troubles de la minorité de Louis XIV.

Retirer (se)

Delvau, 1864 : Sortir du con de la femme qu’on baise quand on craint d’être surpris, ou de lui faire un enfant ; — ou lorsque l’on a fini de baiser, ce qui n’est plus surprenant.

Thémire. feignant le contraire,
Disait toujours : Ménage-moi ;
J’ai peur de rencontrer… ma mère…
Ah ! cher Colin, retire-toi…

(G. Garnier)

Ah ! tu te retires !… Pourquoi ne l’as-tu pas laissée dans moi ! je ne l’aurais pas mangée, va !

(Henry Monnier)

Voulez-vous un ami prudent
Qui ménage vos craintes ;
Vite, ouvrez-moi vos… sentiments.
Je sais me retirer à temps.

(Chanson anonyme moderne)

Retirer dans un fromage (se)

France, 1907 : Vivre tranquillement et confortablement, après une vie agitée ou misérable. Allusion au rat de la fable.

Retirer la table au moment du dessert

Rossignol, 1901 : « Comment faites-vous, voisine, pour ne pas avoir d’enfant. — C’est bien simple : mon homme n’est pas gourmand, il se retire de table au moment du dessert. »

Retirer le pain de la bouche

Delvau, 1866 : v. a. Ruiner quelqu’un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.

Retirette

France, 1907 : Action de retirer subrepticement son argent du jeu, quand la chance est contraire. Argot des grecs.

Retiro

France, 1907 : Endroit retiré.

Retomber

d’Hautel, 1808 : Qui crache en l’air, il lui retombe sur le nez. Signifie que les extravagances que l’on fait portent tôt ou tard préjudice.

Retoqué

France, 1907 : Refusé à un examen.

Accusé de vouloir faire reculer la société française jusqu’au plus lointain moyen âge, le pseudo-gentilhomme fut assez embarrassé pour se défendre ; car, ignorant comme une carpe, et jadis retoqué trois fois de suite au bachot, il ne possédait, sur cette époque historique, que les données les plus confuses. Le médecin reçut par la figure, à plusieurs reprises, et sans preuve aucune, les gracieuses épithètes de chéquard et de panamiste ; et le bruit circula avec persistance que l’élégant socialiste trichait ordinairement aux cartes et qu’il était d’ailleurs, depuis l’âge de la puberté, entretenu par une vieille dame.

(François Coppée)

Retoquer

Rigaud, 1881 : Refuser à un examen, en terme de collège.

Rêver qu’il passe son baccalauréat ès-lettres, et qu’il n’est pas retoqué.

(Les Balançoires de la jeunesse, 1861)

Les variantes donnent : Recaler, remballer, requiller.

Retordre

d’Hautel, 1808 : Donner du fil à retordre à quelqu’un. C’est-à-dire, l’engager dans des affaires dont il aura peine à se démêler.

Retors

d’Hautel, 1808 : Il est retors. Pour dire il est fin, adroit et rusé ; c’est un homme dont il faut se méfier.

Retour de noces

France, 1907 : Repas rendu par les parents du marié à ceux de la mariée. Provincialisme.

Retourne

Delvau, 1866 : s. f. Atout, — dans l’argot des joueurs. Chevalier de la Retourne. Joueur passionné — jusqu’à en être grec.

Retourné (chevalier de la)

France, 1907 : Joueur : individu vivant du jeu.

Retourne (de quoi il)

Larchey, 1865 : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l’atout indique en effet l’apparition d’une couleur inattendue.

Voici de quoi il retourne pour le quart d’heure.

(E. Texier)

Retourner

d’Hautel, 1808 : Retourner quelqu’un comme un gant. S’emparer de toutes ses volontés ; s’en rendre le maître absolu.
Retourner à ses moutons, à son vomissement. Retomber dans la même faute, suivre ses inclinations,

La Rue, 1894 : Survenir inopinément. Être question : de quoi retourne-t-il ? de quelle chose est-il question ?

Retourner (s’en)

Delvau, 1866 : Vieillir, — dans l’argot de Breda-Street.

France, 1907 : Vieillir.

Il commençait à s’en retourner, ce qui le plongeait en une noire tristesse. Adieu donc aux petites femmes, adieu à l’amour !

(Les Propos du Commandeur)

Retourner (savoir se)

Virmaître, 1894 : Se tirer d’embarras. L. L. S’en retourner, c’est vieillir. Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens ; ceux qui font métier de se retourner, ont pour atelier les Champs-Élysées. On les appelle plus communément des ramasseurs de marrons (Argot du peuple).

France, 1907 : Être habile, débrouillard. Savoir de quoi il retourne, être au courant d’une affaire.

Retourner la moule

Virmaître, 1894 : V. Avaler le pépin.

Retourner sa flanelle

France, 1907 : Voir Renverser son écuelle.

Retourner sa veste

Delvau, 1866 : v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.

Virmaître, 1894 : Changer d’opinion. Reproche fait souvent à la plupart de nos hommes politiques par le peuple qui ne connaît pas le mot de Thiers :
— Il n’y a que l’homme absurde qui ne change jamais (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Changer d’opinion.

France, 1907 : Changer d’opinion. Faire faillite. Mourir.

Retraite

d’Hautel, 1808 : Battre la retraite. Vieillir, commencer à perdre sa force, sa vigueur ; retirer une parole donnée.

Retraite (en rire jusqu’à sa)

Merlin, 1888 : En rire longtemps.

Rétréci

Rigaud, 1881 : Avare.

France, 1907 : Avare ; provincialisme.

Rétrécir (se)

Delvau, 1864 : Se laver souvent le vagin avec des astringents, afin d’en rapprocher les parois et de faire croire ainsi — aux innocents — qu’ils prennent un pucelage.

À se rétrécir elle excelle
Et joint aux airs d’une pucelle
La plus profonde instruction.

(H. Raisson)

Rétro

France, 1907 : Effet à revenir ; terme de joueur de billard.

Retrousser

France, 1907 : Recevoir ; argot des escarpes.

Retrousser (se)

Delvau, 1864 : Se retourner. Se tirer de la gêne par tous les moyens possibles.

Une célèbre actrice
À fillette novice
Disait, sans croire l’offenser :
Imite-moi, Charlotte ;
De sagesse oh peut se passer :
Quand on est dans la crotte,
Il faut se retrousser.

(Vandael)

Retrousseur

France, 1907 : Souteneur ; argot populaire.

Revanchard

France, 1907 : Partisan de la revanche contre l’Allemagne.

Revancher

Ansiaume, 1821 : Jouir d’une femme.

Je revanchais sa larcque tandis qu’il a été faire l’affaire.

Rêvasser

d’Hautel, 1808 : Faire une multitude de rêves en dormant ; avoir un sommeil agité et inquiet.

Rêve

Rigaud, 1881 : Objet illusoire, individu qu’on ne voit jamais. — Le payement de certaines notes, un rêve pour bien des fournisseurs. — Dans ce pays les jolies femmes, c’est un rêve. — Dans ce restaurant, les garçons, un rêve.

Rêve (c’est un) !

Rigaud, 1881 : C’est excellent, idéal. C’est-à-dire : une chose très agréable, un individu très original, dont le souvenir nous poursuivra, dont on sera capable de rêver. — Cette femme, c’est un rêve ! — Ce pâté de grives, un rêve !

Un rêve d’homme, mis comme un prince.

(J. Fleurichamp, Queue d’oseille)

Réveiller

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. C’est-à-dire, renouveler une affaire assoupie, ou parler d’un événement malheureux qui est passé.

Réveiller le chat qui dort

France, 1907 : Réveiller une méchante affaire assoupie. Se dit aussi pour exciter quelqu’un, le pousser à accomplir un acte auquel il ne songeait nullement.

C’est vainement, femmes tigresses,
Qu’écoutant vos transports jaloux,
Vous jurez de fuir les caresses
De vos amants, de vos époux,
Malgré vos serments… bien sincères,
S’ils sont trop confus de leur tort,
Le soir, vous êtes les premières
À réveiller le chat qui dort.

(Léger)

Révéleur

France, 1907 : Empreinte en cire au moyen de laquelle on fabrique les fausses clés ; argot des voleurs.

Revenant-bon

d’Hautel, 1808 : Profit, pour-boire, casuel ; ce que l’on appelle boni en terme de finances.

Revendre

d’Hautel, 1808 : En revendre à quelqu’un. Pour dire, être plus instruit, plus fin, plus avisé que lui.
Avoir de la santé, de l’esprit à revendre. Pour dire, se porter à merveille ; être fort spirituel.

Vidocq, 1837 : v. a. — Répéter ce qu’on a appris d’une personne.

Delvau, 1866 : v. a. Répéter ce qu’on a appris de quelqu’un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Révéler ; rapporter une conversation, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Révéler, commettre une indiscrétion.

Virmaître, 1894 : Révéler un secret confié. Commerson disait à ce sujet que les secrets c’est le contraire des fruits, que ce n’est pas ceux qu’on veut garder qu’on confie. Revendre : commettre une indiscrétion qui amène l’arrestation de quelqu’un.
— Il est revendu à la police (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Répéter, révéler ; argot des voleurs.

Revenez-y

d’Hautel, 1808 : C’est du revenez-y. Expression badine et triviale, pour dire que quelque chose est agréable, plait au goût ; que l’on aime à y retourner, à en faire souvent usage.

France, 1907 : Récidive ; argot des voleurs.

Revenez-y (sentir le)

France, 1907 : Se dit d’un bon plat ; il engage à y revenir. Provincialisme.

Revenir

Delvau, 1866 : v. n. Se dit — dans l’argot des bourgeois — de tout ce qui plaît, choses ou gens.

Revenir de Pontoise

Delvau, 1866 : v. n. Avoir l’air étonné, ahuri ; dire des sottises, — dans l’argot du peuple. Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.

Revenir sur l’eau

Larchey, 1865 : Sortir d’un mauvais pas.

Le voilà qui revient sur l’eau, cet agneau adoré.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. n. Rétablir ses affaires, sortir d’un mauvais pas ; occuper de nouveau l’attention publique.

Revenons à nos moutons

France, 1907 : Revenons au sujet ; parlons de notre affaire. Dicton emprunté à la plus célèbre et à la meilleure des Farces du XVe siècle, l’Avocat Patelin, pièce attribuée au Poitevin Pierre Blanchet. C’est, dit avec raison Demogeot (Histoire de la littérature française), le chef-d’œuvre du théâtre français au moyen âge. Brueys et Palaprat l’ont remise au théâtre après trois siècles, sans atteindre à la vivacité et au naturel de l’original. L’avocat Patelin, dont le nom est passé dans la langue comme synonyme de doucereux hypocrite, ayant dérobé une pièce de drap à son voisin Guillaume, parait devant le juge comme avocat d’un berger fripon que le marchand veut faire punir. Mais celui-ci, qui reconnait en l’avocat le voleur de son drap, est tellement ahuri, qu’il entremêle d’une manière fort comique le vol du drap et celui des moutons, de sorte que le juge n’y comprend rien et s’écrie :

Il n’y a ni rime ni raison
En tout ce que vous refardez.
Qu’est ceci ? Vous entrelardez
Puis d’un, puis d’autre. Somme toute,
Par le sang-bleu ! je n’y vois goutte !
Revenons à nos moutons.

Rabelais a employé plusieurs fois cette expression.
« Retournons à nos moutons », dit Panurge.

Rêver

d’Hautel, 1808 : Rêver à la moutarde. Pour dire, faire le pensif ; prendre sans sujet un air rêveur, lorsqu’on ne pense à rien.
On dit dans le même sens, rêver à la Suisse.

Réverbère

Rigaud, 1881 : Tête, — dans le jargon des voyons.

Faudrait donc alors que je tape sur le réverbère ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Cerveau ; il éclaire. Allumer son réverbère, réfléchir. Être au réverbère, être sur ses gardes.

— Moi aussi je suis au réverbère et mes mirettes ne quitteront pas les tiennes…

(Mémoires de M. Claude)

Reverdir

d’Hautel, 1808 : Je l’ai planté là pour reverdir. Se dit de quelqu’un qu’on a laissé en quelque endroit et subitement sans le venir reprendre, comme on le lui avoit promis ; ou en parlant d’un mari qui a abandonné sa femme.

Révérence

d’Hautel, 1808 : Faire la révérence par terre. Pour se heurter et tomber à terre.
Sauf votre révérence. Se dit quand on parle de quelque chose dont on craint que l’idée ou l’expression ne blesse.

Révérend

d’Hautel, 1808 : Mon révérend. Manière familière d’adresser la parole à quelqu’un qui est avancé en âge.

Revers (faire un)

Fustier, 1889 : Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.

France, 1907 : Faire au jeu des pertes peu importantes, afin d’encourager les dupes. Les joueurs soupçonnés, pour se refaire une virginité, perdent volontairement de gros coups ; cela s’appelle également faire un revers.

Revers de la médaille

Delvau, 1866 : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu’on a l’habitude de marcher sur les talons. C’est une expression de l’argot du peuple parisien, qui appartient également à l’argot du peuple napolitain : Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.

Reversis (jouer au)

France, 1907 : Vieille expression désignant l’acte charnel.

Revêtu

d’Hautel, 1808 : Un gueux revêtu. Pour dire un parvenu, un homme de basse extraction, qui, devenu riche, fait l’orgueilleux, le dédaigneux, le pédant.

Revidage

Delvau, 1866 : s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l’hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.

Rigaud, 1881 : Nouvelles enchères faites entre marchands, d’un objet adjugé à l’un d’eux, à l’hôtel des ventes. Le revidage ou revision tombe sous le coup de la loi.

Virmaître, 1894 : Revision des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques. La revision consiste en ceci :
— Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la bande noire pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.
La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au revidage, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.
Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du revidage est partagée également.
Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

France, 1907 : Association de brocanteurs qui, dans les salles de vente, s’entendent d’une part pour empêcher les particuliers d’acheter un objet ou pour le lui faire payer bien au-dessus de sa valeur, d’autre part pour faire adjuger à l’un d’eux un objet de prix bien au-dessous de sa valeur. La vente terminée, ils procèdent au revidage ou revision, c’est-à-dire qu’ils partagent la différence en plus ou en moins.

Revidage, revision

La Rue, 1894 : Nouvelles enchères ou partage entre marchands d’objets adjugés aux enchères à l’un d’eux.

Revider

France, 1907 : Reviser.

Revider, reviser

Rigaud, 1881 : Se livrer au revidage.

Reviewer

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain de revues, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’Angleterre.

France, 1907 : Écrivain de revue ; anglicisme.

Reviser

Virmaître, 1894 : V. Revidage.

Révision

France, 1907 : Voir Revidage.

Revoir

d’Hautel, 1808 : Adieu, jusqu’au revoir. Pour dire jusqu’à la première rencontre.

Revoir la carte

Delvau, 1866 : v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner, — ce qui est une façon désagréable de s’assurer de ce qu’on a mangé. Argot du peuple.

France, 1907 : Vomir après un repas, « ce qui, dit Delvau, est une façon désagréable de s’assurer de ce qu’on a mangé. »

Révolution

d’Hautel, 1808 : Mettre tout en révolution. Faire beaucoup de bruit pour rien, mettre tout en rumeur pour une bagatelle.

Revolver

Virmaître, 1894 : Femme légitime. Les voleurs qui emploient cette expression estiment qu’elle suicide son mari quand elle est par trop acariâtre (Argot des voleurs). N.

Revolver à deux coups

Fustier, 1889 : Argot des voyous. Le membre viril.

France, 1907 : Le membre viril ; argot des voyous.

Revoyure ! (à la)

France, 1907 : Au revoir ! Argot faubourien. L’on dit aussi revoyance, revure.

Revoyure (à la)

Fustier, 1889 : Expression parisienne synonyme de : Au revoir.

Les opinions sont libres… Comme tu voudras… adieu… à la revoyure.

(Job : L’homme à Toinon.)

Revue (être de la)

anon., 1907 : Arriver lorsque tout est fini.

Revue de ferrure

Rigaud, 1881 : Se dit dans les régiments de cavalerie lorsqu’un cheval lève les quatre fers en l’air.

France, 1907 : Se dit, dans l’argot militaire, d’un cheval qui tombe les quatre fers en l’air.

Revue de pistolet de poche

Rigaud, 1881 : Revue mensuelle de santé dans les régiments. C’est l’heure où le major doit s’assurer si Mars n’aurait point, par hasard, besoin du ministère de Mercure.

Revue de pistolets de poche

France, 1907 : Revue sanitaire dans les corps de troupe. Le pistolet de poche est le membre viril.

Revue des gibernes

France, 1907 : Locution théâtrale et métaphorique indiquant un examen minutieux et approfondi des rondeurs féminines, la giberne des troupiers se plaçant au-dessous des reins.

Dans les féeries, on passe la revue des gibernes. On fait mettre en rang tout ce qui se présente, et ces messieurs tâtent par-ci, tâtent par-là.
— Ne te figure pas que c’est pour rire un brin. Ils exercent un vrai sacerdoce au point de vue de l’art d’abord et du bon plaisir du public, qui réclamerait son argent si on exhibait devant sa lorgnette des femmes plates comme des punaises et hissées sur une paire d’échalas.

(Clément Monterel, Guide du Bon Jeune homme)

Revuiste

France, 1907 : Faiseur de revues ; argot théâtral.

Le premier soin des revuistes — et il en existe à Paris ! — est de choisir un compère et une commère sachant tenir la scène et détailler le couplet. Il faut encore qu’ils présentent gaiement et rondement les actualités qui défilent devant les yeux du spectateur.

(Écho de Paris)

Rez de chaussée (petit)

Fustier, 1889 : « On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les élégants et les gommeux du moment. »

(Illustration, juillet 1887)

Rez-de-chaussée

France, 1907 : Nous ne verrons plus cette pauvre petite Violette courant attacher une rose à la boutonnière de ce petit rez-de-chaussée de T…, lui disant en souriant : « Ce sera la grosse maman qui paiera celle-là. Eh ! va donc, qu’est-ce que cela te fait, puisque ce n’est pas toi qui casques ! »

(Gil Blas)

France, 1907 : Feuilleton, appelé ainsi parce qu’il est au bas du journal.

Rezzou

France, 1907 : Razzia, pillage ; mot arabe importé par les soldats d’Afrique.

Le Touareg en pince pour le rezzou.
Il préfère ça que d’aller à la Mecque !
Apprend-il le passage d’une caravane où d’un convoi, le Touareg s’embusque dans un pli de terrain et pige l’arrivée des voyageurs pour les détrousser, — c’est le rezzou !
Nom de dieu, y a pas que le Touareg qui pratique le rezcsou ! Sans sortir de France, toute l’engeance patronale s’en paie dans les grandes largeurs : qu’est l’exploitation du populo, sinon un rezzou perfectionné — plus hypocrite que le pillage pratiqué par le Touareg — et pratiqué sans danger par les richards sur les pauvres bougres ?
Eh donc, les jean-foutres de la haute sont bougrement mal venus à trouver vilain chez les autres ce qu’ils opèrent chez nous avec une férocité impitoyable.

(Le Père Peinard)

Rhabillage

France, 1907 : Graisse, huile où beurre pour la préparation des aliments. « Manger une soupe sans rhabillage », manger une soupe sans beurre.

Rhabillage (vol au)

France, 1907 : Il se pratique chez les horlogers. Le filou présente une montre en cuivre ou en argent sans valeur à rhabiller, c’est-à-dire à réparer, et pendant que l’horloger l’examine ou inscrit le nom du client, celui-ci fait main basse sur les montres ou bijoux à sa portée et s’esquive.

Rhinocéros

d’Hautel, 1808 : Un nez de rhinocéros. Un nez gros et éminent ; un nez fin, qui sent les choses de loin.

Rhume

Delvau, 1866 : s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze. On disait autrefois Rhume ecclésiastique.

Rhume de cerveau

Rossignol, 1901 : Voir nazillé.

Rhume de culotte

France, 1907 : Même sens que rhume de chat. Rabelais disait pisse-chaude : « Pasce qu’ung malheur ne vient jamais seul, lui print une pisse-chaude qui le tourmenta plus que ne penseriez. »

(Pantagruel)

Mais après, quand les jambes molles, la cervelle vide, il descend les escaliers, quelle rancœur ! Et pensant au rhume de culotte, comme disait Ricord, qui lui pend au bout du nez, comment voulez-vous qu’il ne se dise pas, en se rappelant sa mésaventure : C’est ça, l’amour !

(Jacques Nargaud, La Nation)

On disait aussi rhume ecclésiastique.

Rhume, rhume de chat

France, 1907 : Blennorrhée.

Elle s’est enrhumée !
Le gros Mond-Mond, d’un bond,
Court chez la bien-aimée,
La gronde, furibond :
« Toujours des imprudences !…
… Pris froid, hier soir, au bal !
Et, comme conséquences,
Des rhumes de cheval ! »
Alors, elle, adorable,
Répond : « Dam’ ! mon gros rat !
C’est encor préférable
À des rhumes de chat ! »

(Gil Blas)

Riaulle

Halbert, 1849 : Bonne chère.

Ribambelle

d’Hautel, 1808 : Pour bande, kyrielle ; histoire à n’en plus finir.

Delvau, 1866 : s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.

Ribanbelle

France, 1907 : Quantité nombreuse.

Sur ses quais, au soleil, passent par ribanbelle,
Ses filles aux seins durs sous les bouquets penchants,
Et du vieux pont, je vois dans l’or clair des couchants,
L’étable au toit de brique où, lointain, l’agneau bêle.

(Armand Silvestre)

Ribaud

d’Hautel, 1808 : Impudique, adonné à toutes les débauches.

Ribaud, ribaude

Delvau, 1864 : Homme et femme de mauvaise vie ; luxurieux et impudiques.

Je suis la grande Gargouillaude,
Garce dit souverain Gagoux,
Chaude putain, fière ribaude,
Pleine de vérole et de loups.

(Le Sr de Sygognes)

France, 1907 : Homme ou femme de mauvaises mœurs. Le mot est vieux. On trouve dans les anciens fabliaux : « Mauvais ribaud, d’où reviens-tu ? » et dans Rabelais : « Votre femme sera ribaude. »

D’autres demeurent dans la tradition légendaire des complaisantes ribaudes qui faisaient, aux armées en roule, une arrière-garde de joie et de luxure, hantent durant les grandes manœuvres les bonnes petites villes paisibles, les bourgs où gitent, entre deux étapes, les régiments et les états-majors.

(Le Journal)

Ribleur

d’Hautel, 1808 : Vaurien qui court les rues la nuit, et dans de mauvais desseins.

Rigaud, 1881 : Filou. (Dict. comique)

Non pas un tour de ribleur.

(Sarrazin)

Il y a entre le ribleur d’autrefois et le roublard de nos jours une grande similitude. Roublard me paraît une réminiscence légèrement modifiée de ribleur.

France, 1907 : Vaurien, voleur de nuit. Vieux mot, de l’italien ribaldi.

Ribon-ribaine

d’Hautel, 1808 : Pour dire bon gré, malgré, à quelque prix que ce soit.

Ribote

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, petite débauche. Être en ribote. Être ivre.

Ribote, ribotte

France, 1907 : Petite débauche, excès bachiques.

En entendant le four ronfler,
On s’arrêtait pour renifler.
Ô souvenir des gaies ribottes !
Combien de folles sans souci
Ont fait craquer sous leurs quenottes
Les pâtés du père Jussy !

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Être en ribotte.

Pas une seule fois en ribotte, même le lundi ; rapportant sa quinzaine intacte. Et avec cela, très délicat. Jamais un mot qui rappelât à sa femme qu’elle avait été bien folle autrefois.

(François Coppée, Le Coupable)

Riboter

Delvau, 1866 : v. n. Hanter les cabarets.

France, 1907 : S’amuser à boire ; se conduire en ribaud.

Ma maîtresse et moi, je partons
Pour riboter aux Porcherons…

(Vadé)

Riboteur

France, 1907 : Habitué de cabaret ; individu qui aime à boire, à s’amuser au lieu de travailler.

Grands riboteurs, mais patriotes
Jusque dans leurs plus grands excès,
Ils n’ont jamais pris de culottes
Qu’avec des breuvages français,
Buveurs de vins à l’âme fière,
Lancez au vent votre refrain :
Qu’il s’en aille au delà du Rhin,
Pour narguer les buveurs de bière.

(Victor Meusy)

Riboui

La Rue, 1894 : Fripier. Savetier. Soulier réparé.

Riboui, rebouiseur, ressuceur

Rigaud, 1881 : Fripier. — Ressemeleur, raccommodeur de savates. Le riboui ou ressuceur fait, avec de vieux souliers, des chaussures qu’il a la prétention d’appeler « neuves » et auxquelles on a donné le nom de dix-huit. — Au XVIIIe siècle, (1755) donner le bouis, c’était achever, perfectionner, ce qu’on appelle aujourd’hui donner le coup de fion. Le buis, qu’on prononçait bouis, était un polissoir dont se servent encore quelques savetiers pour polir les semelles. De là le surnom de ribouis donné aux vieux souliers, aux souliers restaurés, et celui de ribouiseurs et ribouis, par abréviation, aux savetiers.

Ribouis

Delvau, 1866 : s. m. Savetier, — dans l’argot des faubouriens. Francisque Michel a raison : on devrait dire Rebouis, ce mot venant de l’opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en donnant le bouis. Le rebouis donne un second bouis, ou second lustre, aux chaussures avariées par l’usage.

Virmaître, 1894 : Souliers. Au carreau du Temple, c’est une spécialité. Les ribouiseurs achètent toutes les vieilles chaussures ; ils ont des ouvriers qu’on nomme des passifleurs, ils les ribouisent si bien que souvent on les prend pour du neuf, pas les jours de pluie par exemple, car les malheureux qui les chaussent rentrent chez eux sans semelles (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chaussures.

Hayard, 1907 : Souliers.

France, 1907 : Soulier réparé et, par extension, savetier.

Ribouit

Rigaud, 1881 : Œil. — Anus.

Ils se fourrent l’index dans le ribouit jusqu’à la septième phalange.

(Le Sans-culotte)

France, 1907 : Œil. Anus.

Ribouler

France, 1907 : Regarder avec colère ou d’une façon provocante. On dit ribouler des yeux, du latin revolvare. Le mot riboule, qui, d’après Charles Nisard, viendrait de ribaude et qui était appliqué aux femmes de mauvaise vie ; s’emploie adjectivement : des yeux riboules ou reboules.

Quelque vieille aux yeulx reboulez
M’a faicte en la teste une emprainte.

(Nicolas de la Chesnaye)

Riboulet

Rossignol, 1901 : Marchand de numéros et rubans pour conscrits. Voir Faire la riboule.

Ric à rac

France, 1907 : Peu à peu. Payer ric à rac, payer petit à petit, par acomptes.

Ric à ric

d’Hautel, 1808 : Payer quelqu’un ric à ric. Pour dire avec peine, par petite portion, s’acquitter lentement de ce l’on doit.
Suivant l’académie cette adverbe signifie, rigoureusement, au pied de la lettre ; ce qui comme on voit est tout à fait opposé au sens que lui donne le peuple.

Ric-à-rac

Virmaître, 1894 : Avoir du ressaut pour payer. Payer ric-à-rac : par acomptes, prolonger la dette le plus longtemps possible (Argot du peuple).

Ric-à-ric

Delvau, 1866 : adv. Chichement, morceau par morceau, — dans l’argot du peuple. Payer ric-à-ric. Par acompte. Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu’au dernier sou.

Ricaner

d’Hautel, 1808 : Rire à demi, malicieusement en dessous.

Ricaneur

d’Hautel, 1808 : Celui qui ricane, qui a le rire moqueur et sardonique ; ou qui rit sottement et sans sujet.

Ricasser

d’Hautel, 1808 : Rire bêtement, inutilement et sans motif apparent.

Richard

d’Hautel, 1808 : Un gros richard. Un artisan parvenu, un homme qui a de la fortune, et qui ne sait pas en jouir.

Riche

d’Hautel, 1808 : Il est d’une riche taille. Se dit par ironie d’un homme qui est d’une très-petite stature.
On est assez riche quand on ne doit rien. On vit du moins sans tourment et sans inquiétude.
Riche comme un Crésus. Pour dire excessivement riche.

Delvau, 1866 : adj. Bon, agréable, amusant. S’emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative. Ce n’est pas riche ! Ce n’est pas honnête, ce n’est pas bien.
C’est, me semble-t-il, le luculentus des Latins : hæreditas luculenta, riche succession, dit Plaute ; luculentus scriptor, excellent écrivain, dit Cicéron.

Rigaud, 1881 : Beau, de bonne qualité, — dans le jargon des marchands. Voilà un riche poulet. — Vous aurez là, la petite mère, de riches asperges.

Riche (être bien)

Fustier, 1889 : Se griser.

Riche en ivoire

Delvau, 1866 : adj. Qui a de belles dents, — dans l’argot des faubouriens. Montrer son ivoire. Montrer ses dents. Les ouvriers anglais ont la même expression : Flash his ivory.

France, 1907 : Personne qui a de belles dents ; argot populaire.

Riche en peinture

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu’en réalité. Argot du peuple. On dit de même d’un Fanfaron qu’il est brave en peinture.

Richelieu

Larchey, 1865 : Aussi roué que le galant maréchal de ce nom.

Tout le benjoin d’une galanterie à 80 degrés Richelieu.

(Murger)

Delvau, 1866 : adj. Galant, magnifique, entreprenant, — dans l’argot des bourgeois, dont les grand’mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.

Richelieu (faire son)

France, 1907 : Courtiser les femmes. Allusion au fameux duc de Richelieu, dont la galanterie et les exploits amoureux défrayèrent les chroniques du XVIIIe siècle.

Richement

d’Hautel, 1808 : Richement bête. Pour dire d’une bêtise, d’une stupidité extrêmes.
Richement laid. D’une laideur excessive.

Delvau, 1866 : adv. Extrêmement.

France, 1907 : Beaucoup, extrêmement.

Richement laid

Larchey, 1865 : Aussi laid que possible.

Richommer

Vidocq, 1837 : v. a. — Rire.

Richonner

Delvau, 1866 : v. n. Rire, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Rire.
— Tu richonnes à te mordre l’œil, ce n’est pourtant pas richonnant (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 / France, 1907 : Rire.

Ricochet

d’Hautel, 1808 : Fantaisie, caprice.
Il a de quoi satisfaire ses ricochets. Se dit de quelqu’un qui est fort aisé, et qui peut contenter tout ses désirs.
C’est la chanson du ricochet. Pour, c’est toujours la même chose.
Cette nouvelle est venue par ricochet. C’est-à dire par voie indirecte, par bruit public.

Ricochet (chanson du)

France, 1907 : Jeu de mot sans aucun sens consistant à ajouter à un mot un autre qui en fait la suite.

Ridé

d’Hautel, 1808 : Elle a le visage ridé comme le derrière d’un pauvre homme. Se dit d’une femme avancée en âge, qui a perdu sa fraicheur, et qui néanmoins veut encore faire la jeune fille.
On dit aussi d’une manière moins grossière et dans le même sens ; elle a le visage ridé comme une pomme cuite.

Rideau

La Rue, 1894 : Grande blouse.

France, 1907 : Longue blouse.

Nous somm’s dans c’goût-là toute eun’ troupe,
Des lapins droits comm’ des bâtons,
Avec un rideau sur la croupe,
Un grimpant et des ripatons.

(Jean Richepin)

Rideau (lever le)

France, 1907 : Paraître le premier sur la scène dans un café-chantant.

Rideau rouge

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de percale de couleur pourpre. Les ouvriers anglais disent de même Red-lattice, parce que chez eux c’est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.

France, 1907 : Cabaret ; allusion aux rideaux de cette couleur qui couvraient autrefois les fenêtres des cabarets borgnes, pour dissimuler ce qui se passait dans l’intérieur.

Rideaux de Perse

Delvau, 1866 : s. m. pl. Rideaux déchirés, percés de trous, — dans l’argot des bourgeois plaisantins. On dit de même Mouchoir de Perse, chemise de Perse, etc.

Ridicule

d’Hautel, 1808 : Il est d’un ridicule amer. Pout dire bizarre et contrariant, il s’oppose à tout ce qui peut plaire aux autres.

France, 1907 : Sac que les femmes portent à la main et qui fait la joie des filous. Corruption de réticule.

Rien

d’Hautel, 1808 : Il lui a donné un petit rien entre deux plats. Facétie, pour dire rien, absolument rien.
Il ne sait rien de rien. Pour, il ignore absolument cette affaire.
On ne fait rien de rien. Pour dire qu’avec rien on a de la peine à faire quelque chose.
Ce que vous dites et rien c’est la même chose. Pour dire, ce sont des paroles inutiles ; je ne vous écoute pas.
Il n’y a rien qu’il y paroisse. Se dit d’une chose que l’on avoit mise en ordre, et qui est de nouveau troublée et confuse.

Vidocq, 1837 : s. m. — Garde chiourme, argousin.

Delvau, 1866 : s. m. Garde-chiourme, argousin, — dans l’argot des forçats.

Delvau, 1866 : s. m. Un peu, très peu, — dans l’argot du peuple. En un rien de temps. En très peu de temps. Rien de rien. Moins que rien.

Delvau, 1866 : Mot de l’argot des faubouriens, qui l’emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours. Ainsi, ils disent : Il n’a rien l’air de… pour : Il a extrêmement l’air de… Il n’est rien paf, pour : Il est très gris. Ce n’est rien mauvais, pour : On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c’est n’être pas. Ainsi : Tu n’es pas blagueur ! signifie : « Comme tu es menteur ! »

Rigaud, 1881 : Très, beaucoup, extrêmement. Une des expressions les plus courantes parmi le peuple. — Être rien chic, être très élégant. — Être rien bate, être très joli. — Être rien poivre, être très soûl.

Boutmy, 1883 : synonyme de beaucoup. Il est rien bête, celui-là. Cette expression saugrenue appartient plutôt à l’argot des margeurs et des receveurs qu’à celui des compositeurs. V. Mince.

La Rue, 1894 : Garde-chiourme. Très, beaucoup, extrêmement : c’est rien beau !

France, 1907 : Argousin ; garde-chiourme. Voir Ruf.

France, 1907 : Beaucoup, très. « Il est rien bête. » Expression populaire.

Encore douz’ ronds, j’vâs m’payer une
Chopine su’ l’premier comptoir,
Crebleu ! Qué vent ! Quien ! V’là la lune !
Elle a rien mauvais’ min’ ce soir.

(Fulbert Mayrat)

Rien de nouveau sous le soleil

France, 1907 : C’est ce qu’affrmait déjà, voilà bientôt quatre cents ans, le poète Mellin de Saint-Gelais :

Di je quelque chouse nouvelle,
L’antiquité, toute en cervelle,
Me dict : je l’ai dict avant toy,
C’est une plaisante donzelle !
Que ne venoit elle aprez moy ?
Moy, je l’aurois dict avant elle.

 

Vous vous récriez que l’une des deux histoires est faite à plaisir pour parodier l’autre. Non, elles sont toutes deux également vraies. Et cela vous prouve que de roi Salomon n’avait pas tort d’assurer, trois mille ans environ avant votre naissance, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

(Louis Randal)

Rien ne tombe en gueule à goupil que dort

France, 1907 : Le mot goupil, renard, indique l’antiquité de ce dicton qui contredit cet autre : le bien vient en dormant. L’on a beau être adroit, habile, rusé comme un renard, si l’on est indolent, on m’arrive à rien de bon, et si l’on ne fait cuire les alouettes, elles ne vous tomberont pas toutes rôties « en gueule ». Aide-toi, le ciel t’aidera !

Riéniste

France, 1907 : Pseudo-littérateur, qui écrit sans avoir rien à dire, ou qui, d’un banal fait divers, confectionne un long roman.

— Tu es riéniste, sans doute ? Alors, c’est une banale anecdote, un fait divers de la troisième page d’un journal que tu as la prétention, l’ingénuité de conter en faisant de la littérature ? comme vous dites, dans un étrange argot. Faire de la littérature et en vendre. Quel est donc ce bas métier d’homme-fille ? Penser, voilà tout l’essentiel. Si vous n’avez à vous parer que de votre écriture artiste, de votre gentillesse de forme, je trouve préférable à vous une jolie femme ou quelque oiseau bleu des îles. Nous ciselons des phrases, dites-vous ? Ne sculpteriez-vous pas des trompes de mouches, par exemple ?… Faire de la littérature !… Il faut que je me torde de rire !…

(Félicien Champsaur)

Rif

Vidocq, 1837 : s. m. — Feu.

La Rue, 1894 : Feu. Riflaudante, flamme. Riffauder, incendier, brûler. Riffaudeur, chauffeur.

Rif (de)

Ansiaume, 1821 : De force.

Si je n’avois pas décarré de rif, j’étois marron.

Rif (du)

anon., 1907 : Feu.

Rif ou rifle

Delvau, 1866 : s. m. Feu, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Feu.
— Passe-moi un peu de rif que j’allume Joséphine (Argot du peuple).

Rif, rife

France, 1907 : Feu. Coquer le rif, mettre le feu ; argot des voleurs.

Rifauder

anon., 1827 : Brûler, cuire, chauffer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Se chauffer, brûler, cuire.

Bras-de-Fer, 1829 : Brûler, cuire, chauffer.

M.D., 1844 : Brûler.

Halbert, 1849 : Chauffer.

Rife

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Feu.

Riff

Ansiaume, 1821 : Feu.

Apporte-moi du riff, je veux bouffarder,

Hayard, 1907 : Feu, d’autorité.

Riffard

Bras-de-Fer, 1829 : Bourgeois.

Riffaudant

La Rue, 1894 : Cigare.

France, 1907 : Cigare ; argot des voleurs.

Riffaudant, riffondant

Rigaud, 1881 : Cigare. — Riffaudante, pipe, — dans le jargon des voleurs.

Riffaudante

Vidocq, 1837 : s. f. — Flamme.

Delvau, 1866 : s. m. Flamme.

Delvau, 1866 : s. m. Incendie.

Rigaud, 1881 : Flamme ; incendie. — Riffauder, brûler. — Riffaudeur, incendiaire.

France, 1907 : Cigarette, pipe ; flamme, incendie. Argot des voleurs.

Riffaudat

France, 1907 : Incendie ; argot des voleurs.

Riffaudate

Vidocq, 1837 : s. m. — Incendie.

Riffaude ton gaye

Halbert, 1849 : Chauffe ton cheval.

Riffauder

Ansiaume, 1821 : Brûler.

Il est gerbé à vioc pour avoir riffaudé les paturons à un messière.

Vidocq, 1837 : v. a. — Brûler, chauffer.

Clémens, 1840 : Incendier.

Larchey, 1865 : Brûler. V. Flacul. — Rifle : Feu flamme. — V. Coquer.

Je remouche au coin du rifle un sinve qui roupillait. J’ai sondé dans ses profondes.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Incendier, brûler.

Virmaître, 1894 : Brûler. Riffaudante : flamme. Une vieille chanson qui date au moins de cinquante ans, bien connue des voleurs, dit :

L’autre jour, fumant ma bayadaise,
Je rifflaudais, la fumant dans un coin.

Rifflauder voudrait donc dire sommeiller (Argot des voleurs).

France, 1907 : Allumer, incendier, chauffer, cuire. Riffauder la criolle, cuire la viande. Se riffauder, se chauffer. Riffauder un cheval, un chien, le fouetter.

Riffauder les paturons

Ansiaume, 1821 : Brûler les pieds.

À rifauder les paturons on va droit à la butte.

Riffauder quelqu’un

Clémens, 1840 : Chauffer les pieds.

Riffaudeur

Clémens, 1840 : Chauffeur.

Delvau, 1866 : s. m. Chauffeur.

France, 1907 : Incendiaire. Riffaudeur à perpète, le diable.

Riffaudeur à perpète

Rigaud, 1881 : Le diable.

Riffaudeurs

Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffeurs, voleurs qui brûlaient les pieds des individus chez lesquels ils s’étaient introduits, pour les forcer à indiquer l’endroit où ils avaient caché leur argent. (Voir Suageurs.)

Riffault

France, 1907 : Pot-au-feu.

Riffe

Clémens, 1840 : Feu.

Virmaître, 1894 : Prendre de force, d’autorité.
— Il a pris une fille de riffe.
Synonyme de violer (Argot des voleurs).

Riffe (de)

Rossignol, 1901 : D’autorité.

Il ne voulait pas partager j’ai pris ma part de riffe.

France, 1907 : Violemment. Y aller de riffe, faire une chose vivement. Prendre de riffe, prendre de force.

Il empoigna la bergère, la jeta sur l’herbe et la prit de riffe.

Riffer

France, 1907 : Même sens que Riffauder.

Riffeur

France, 1907 : Même sens que Riffaudeur.

Rifflard

Delvau, 1866 : n. m. Bourgeois, — dans le même argot [du peuple].

Delvau, 1866 : s. m. Parapluie, — dans l’argot du peuple. Ce mot date de Picard et de sa Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie.

La Rue, 1894 : Bourgeois. Dupe. Parapluie. Vieux soulier.

Virmaître, 1894 : Parapluie. Le mot date de Picard et de la Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie. A. D. Au quinzième siècle, on trouve déjà ce mot employé dans des comédies ou mystères avec un sens satirique et bouffon. Rifflard, bouffard, narinard, dentard étaient des épithètes burlesques que les acteurs se renvoyaient constamment — même quand elles n’étaient pas dans leur rôle. Le personnage le plus important de la Passion, mystère d’Arnould Gresban, bachelier en théologie, qui fut joué avec un immense succès au quinzième siècle, est un berger nommé Rifflard, qui se plaint amèrement et impudemment des impôts excessifs dont le peuple était accablé. Il faudrait pouvoir citer la scène où Rifflard est amené devant un magistrat qu’il appelle Machefoin :

Comment te nomme-t-on ?
Rifflard,
Tout norry de pois et de lard.

Plus tard, le mot rifflard fut appliqué aux sergents, ainsi que nous le voyons par une charte citée par Ducange.
Picard, en appelant, dans sa comédie de la Petite Ville, un de ses personnages François Rifflard, n’a fait qu’emprunter, ce qu’ignorait sans doute Delvau, ce nom au mystère d’Arnould Gresban (Argot du peuple).

Riffle (prendre de)

Rigaud, 1881 : Prendre sans hésiter. (L. Larchey)

Riffler

Halbert, 1849 : Sévère.

Virmaître, 1894 : Veut également dire brûler. Riffler est aussi le synonyme de souffler : prendre. En ce cas, c’est une corruption de rafler (Argot du peuple).

Riffoleur

France, 1907 : Voleur à l’esbrouffe.

Riflar

M.D., 1844 : Parapluie.

Riflard

Vidocq, 1837 : s. m. — Riche.

Larchey, 1865 : Parapluie. — D’une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d’un énorme parapluie.

Il pleuvait à verse ; elle était sous son riflard.

(Lubize)

Rigaud, 1881 : Parapluie. — D’après M. Lorédan Larchey, le nom serait dû à une pièce de Picard, la Petite Ville (1801), où l’acteur chargé du rôle de Riflard portait un énorme parapluie. Le nom de Riflard, dit M. Fr. Michel, approprié à divers personnages comiques, dans plusieurs mystères des XVe et XVIe siècles, était à lui seul une charge comique, et avait, à ce qu’il paraît, auprès du public d’alors, un succès des plus marqués.

Rigaud, 1881 : Riche. — Bourgeois, — dans l’argot des voleurs de 1830.

Rossignol, 1901 : Parapluie. On dit aussi Jaluzot.

France, 1907 : Parapluie. Ce nom devenu populaire vient d’un vaudeville de Picard, la Petite Ville, où l’un des personnages, Riflard, portait un énorme parapluie.

Lorsque je fis sa connaissance,
Il me souvient, c’était le soir ;
Elle attendait quelqu’un, je pense,
Car elle était sur le trottoir.
Le ciel était noir comm’ la suie,
Y avait d’la crotte, il tombait d’l’eau.
La p’tit’, n’ayant pas d’parapluie,
Risquait d’s’enrhumer du cerveau.
Rêvant une douce conquête,
Je m’avançai d’un air gaillard,
Disant : Acceptez, ma poulette,
Une place sous mon riflard.

(E. Héros-Keraval)

France, 1907 : Vieux soulier et, par amplification, vieux bourgeois encroûté, dénommé aussi vieille savate. Dupe. Argot faubourien.

Riflard (compagnon du)

Rigaud, 1881 : Aide-maçon. — En terme de maçon, le riflard est la pelle dont ils se servent ; d’où le surnom de compagnon du riflard.

Riflard, rifle

Rigaud, 1881 : Feu. Coquer le rifle, incendier. La jaffle est sur le riflard, la soupe est sur le feu.

Riflarde

France, 1907 : Camisole de force.

Riflardise

Rigaud, 1881 : Morgue bourgeoise, stupidité bourgeoise, bêtise prudhommesque.

La Rue, 1894 : Morgue.

France, 1907 : Bêtise.

Riflards

Rigaud, 1881 : Vieux souliers qui prennent l’eau autant qu’un parapluie.

Rifle

Halbert, 1849 : Feu.

La Rue, 1894 : Jeu.

Rossignol, 1901 : Feu.

Rifle (du)

M.D., 1844 : Du feu.

Riflé, rifleur

La Rue, 1894 : Sévère.

Rifler

Delvau, 1866 : v. a. et n. Brûler. — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Riffauder.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir, chiper, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Passer tout près ; effleurer.

Virmaître, 1894 : Brûler (Argot du peuple).

France, 1907 : S’emparer avec dextérité d’un objet ; voler adroitement. Déformation de rafler.

Rifolard

Delvau, 1866 : adj. Amusant, rigolo.

Rigaud, 1881 : Amusant ; drôle.

La Rue, 1894 : Amusant.

France, 1907 : Amusant, pour rigolard.

Rigade

Fustier, 1889 : Soulier.

Rigadin

Rigaud, 1881 : Soulier, — dans le jargon des ouvriers.

France, 1907 : Soulier, pour ripatin.

Viv’ la gaité ! J’ai pas d’chaussettes ;
Mes rigadins font des risettes ;
Mes tas d’douillards m’servent d’chapeau ;
Mais avec vous j’chang’rais pas d’mise,
Qué qu’ça fait qu’on n’ait pas d’chemise,
Quand qu’on a du cœur sous la peau ?

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Rigaud (chasse à)

France, 1907 : Sorte de chasse aérienne et fantastique d’âmes en peine que les légendes campagnardes mentionnent et qui portent différents noms suivant les lieux.

Rigne

Vidocq, 1837 : s. f. — Rigueur.

Rigodon

Rigaud, 1881 : Soulier. C’est une déformation de rigadin. Quelques linguistes de la voyoucratie disent également rigodin.

France, 1907 : Aubade donnée aux lauréats des lycées.

Dans l’ivresse du triomphe, les lauréats de la Sorbonne s’imaginent que la nomination honorable qui leur a valu l’admiration de la famille, un baiser de M. Spuller et une petite aubade — appelée, à la cible, un rigodon, — sera la « Sésame, ouvre-toi » de la destinée et qu’ils n’ont pas à se presser pour occuper, dans le théâtre du succès, un fauteuil numéroté et d’avance retenu pour eux.
C’est une illusion très douce et très dangereuse.

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Danse. Pincer un rigodon, danser.

Je veux redire un hymne lent…
Pour les grands gars, pour les garçailles
Qui dansent dans tous les pardons
Les gavottes, les rigodons
Où s’accordent les fiançailles.

(Jean Pleyber, Cendres)

France, 1907 : Même sens que rigadin.

Rigodon (en pincer un)

Virmaître, 1894 : Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

Rigodon (jour du)

France, 1907 : Temps de la révolution sociale ou anarchiste, littéralement : jour de la danse.

Aux policiers, aux renégats,
Leur compte sera bon
Aux jours du rigodon !
Dansons la Communarde,
Et tenons bon (bis).
Dansons la Communarde,
Et tenons bon,
Nom d’un nom !

(La Communarde)

Rigodons

Virmaître, 1894 : Souliers. Dans le peuple, on dit d’un homme qui a ses souliers percés et éculés :
— Ses rigodons engueulent le pavé.
On dit également des rigadins (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Souliers.

Rigodons, riguelots, rigadins

La Rue, 1894 : Souliers.

Rigolade

Vidocq, 1837 : s. f. — Risée.

un détenu, 1846 : Fête, plaisirs, jouissances.

Delvau, 1866 : s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie. Coup de rigolade. Chanson.

Rigaud, 1881 : Rire ; plaisir, amusement. — Enfilé à la rigolade, débauché.

La Rue, 1894 : Amusement, réjouissance. Gros rire.

France, 1907 : Amusement, plaisir, plaisanterie. Coup de rigolade, partie de plaisir.

— Bonsoir, je vais au cercle, et si je ne rentre pas, ne soyez pas étonnée ni inquiète, j’amuserai mes soixante ans, ces soixante ans dont vous faites si peu de cas. Mais, toute belle, sachez que mes soixante ans sont plus solides que bien des trente ans. Avec mes cheveux gris, je tiens encore droit le drapeau de la rigolade, et je vous souhaite ardemment de rencontrer, quand vous serez prête, un compagnon aussi brillant que le grison que je suis.

(Fin-de-Siècle)

Prendre à la rigolade, ne pas prendre une chose au sérieux.

En voyage, je fais comme Mérimée : je veux tout voir et tout apprendre. Il m’est donc arrivé, à Naples, d’avoir des conversations avec des gens peu louables et qui, sans aucun embarras, viennent vous faire, au café et à la promenade, leurs offres de service. Je leur ai demandé comment se comportent les différents voyageurs. « Les Français, me disait un de ces courtiers de Sodome, ne valent rien… Ils veulent tout voir, mais ils prennent tout à la rigolade. La clientèle sérieuse, ce sont les Anglais qui viennent ici faire une saison… »

(Henry Fouquier)

Rigolade (être à la)

Fustier, 1889 : S’amuser.

Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas à l’étude.

(Réveil du Père Duchêne, 1881)

Rigolard

Virmaître, 1894 : Chose très amusante (Argot du peuple).

France, 1907 : Drôle, amusant.

En prenant une absinth’ gomme
E’m’dit d’un ton rigolard :
« Ça va, chez toi, mon p’tit homme ! »
C’était aimabl’ de sa part,
Pensant qu’ça pouvait lui plaire,
J’y ai parlé complaisamment
D’mes deux sœurs et d’mon p’tit frère,
J’pouvais pas faire autrement.

(L. Xanrof)

Rigolbochade

Delvau, 1866 : s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte, — dans l’argot des faubouriens. Ici encore se pose l’éternelle question : Quel est le premier né de l’œuf ou de la poule ? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote — plus généralement oubliée aujourd’hui sous le nom de Rigolboche — qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu’on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse ? J’inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d’en inventer. Quant aux Mémoires de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c’est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des Mémoires pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.

Rigaud, 1881 : Action de s’amuser, de rire, de danser, d’après la méthode Rigolboche, danseuse célèbre de bals publics, il y a une douzaine d’années. Elle aimait beaucoup à rigoler ; d’où son surnom.

France, 1907 : Amusement bruyant ; danse excentrique.

Rigolboche

Larchey, 1865 : Amusant drôle. — Diminutif de rigollot.

C’était au Prado… La querelle allait son train… Les agents s’approchèrent… Laissez-les donc ! m’écriai-je, sans doute inspirée, c’est bien plus rigolboche ! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C., tu viens de créer un mot qui fera fortune.

(1860, Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Partie de plaisir, partie fine, et, en général, toute partie où l’on rigole, — dans le jargon du peuple.

On va trimbaler sa blonde, mon vieux ; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Très amusant, drôle.

Virmaître, 1894 : Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que rigolo. Rigolboche était connue à Bullier sous le nom de Marie la Huguenote ; ce nom lui venait de ce qu’elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence. Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de Rigolboche. On la nommait aussi Boboche. Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot ; il était connu dans les ateliers depuis 1840. On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé :
— Nous avons rudement rigolboché (Argot du peuple).

France, 1907 : Amusant, drôle. C’est le sobriquet donné à une danseuse de bal public qui, par sa gaité et ses entrechats, obtint une célébrité de bastringue sous le second empire.

Rigolboche était une Aspasie de cinquantième ordre, laide comme le péché mortel, sans grâce, sans esprit, puisant ses inspirations fantaisistes dans l’absinthe ; tout son talent consistait à lever la jambe et à chahuter. Ce n’était pas du nouveau ; dans le plus ignoble des bals de barrière, on pouvait en voir autant pour deux sous. Pendant une année Bo-boche, pour les dames, eut un succès fou ; elle publia ses mémoires, fabriqués par un homme de lettres aujourd’hui chevalier de la Légion d’honneur, et rédacteur, depuis quinze ans, d’un journal radical. Rigolboche, tant l’imbécillité de certaines gens est grande, était assaillie de déclarations ; plusieurs fils de famille faillirent se brûler la cervelle pour elle, plusieurs parlaient de l’épouser, pas à la fois, ce qui ne l’aurait pas effrayée, mais sérieusement devant le maire. Je vois d’ici Rigolboche en toilette de mariée, la fleur d’oranger au côté, pinçant un cavalier seul en allant à l’église !

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Rigolboche (être)

Delvau, 1866 : Être excentrique, amusant, drôle.

Rigolbocher

Larchey, 1865 : Cancaner à la façon de Rigolboche, danseuse dont les lignes précédentes expliquent le nom et la vogue.

Nous rigolbochons parfois à Bullier.

(1860, Les Étudiants)

Delvau, 1866 : v. n. S’amuser, soit en buvant, soit en dansant.

France, 1907 : S’amuser, faire la noce, danser.

Rigole

Delvau, 1866 : s. f. Bonne chère, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Bonne chère.

Rigoler

d’Hautel, 1808 : Se divertir, folâtrer ; se dégourdir ; faire des folies, gambader.

Ansiaume, 1821 : Rire.

J’ai entendu rigoler le messière, sans quoi j’étois marroné.

Vidocq, 1837 : v. a. — Rire.

Clémens, 1840 : Rire.

Larchey, 1865 : Rire, se divertir. Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. — V. Hariadan, Lansquiner.

Et frère Jean de rigouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux

(Rabelais)

Qu’est-ce qui chante ? je veux de quoi rigoler ! moi.

(Champfleury)

Delvau, 1866 : v. n. S’amuser, se réjouir, boire, danser, rire, — dans l’argot du peuple. Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j’en suis sûr, s’imaginent né d’hier. Un hier qui a six cents ans ! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l’auteur de la Farce de Maistre Pathelin et par d’autres écrivains qui font autorité.

Merlin, 1888 : Rire, plaisanter, s’amuser.

Rossignol, 1901 : Rire, prendre du plaisir, s’amuser.

France, 1907 : Rire, s’amuser ; du vieux français rigouller que l’on trouve dans Rabelais : « Et frère Jean de rigouller. »
On dit souvent rigoler comme une baleine.

— Renand et moi, nous demandâmes le divorce et nous l’obtînmes ! De sorte que nous ne sommes plus mari et femme, mais amant et maîtresse… Alors, personne n’a plus rien à nous dire. Nous rigolons comme des vieilles baleines.

(Alphonse Allais)

Rigolette

Delvau, 1866 : s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la gaieté.

Virmaître, 1894 : Nom donné par Eugène Sue à un des personnages des Mystères de Paris. Ce nom est resté pour désigner une jeune fille joyeuse.
— Elle est rigolotte (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Jeune fille qui préfère le bal à l’atelier ; c’est assez le cas de toutes, mais la rigolette néglige celui-ci pour celui-là.

Rigoleur

Delvau, 1866 : adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.

France, 1907 : Plaisant, caustique.

Des impitoyables, souvent, ces rigoleurs qui dissimulent la violence de leur indignation sous les drôleries de la farce, comme on cache un stylet dans le manche d’un riflard, et qui jettent à pleines poignées, sur les éraflures que fait la pointe froide de la menace, le sel cuisant de l’ironie.

(Georges Darien, Biribi)

Rigoleur, rigoleuse

Rigaud, 1881 : Celui, celle qui aime à rire, à boire et à chanter.

Rigolo

Delvau, 1866 : s. et adj. Bon enfant, homme gai. Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre. Extrêmement amusant. On dit aussi d’une chose : C’est rigolo, pour signifier : c’est plaisant, c’est drôle.

Rigaud, 1881 : Chose drôle. Individu amusant. — Être rien rigolo, être très amusant.

Rigaud, 1881 : Fausse clé, pince à effraction.

Le rigolo eut bientôt cassé tout.

(La France, du 13 mars 1879)

Merlin, 1888 : Nom ou adjectif. — Un homme gai, amusant ; ou bien c’est rigolo, c’est drôle, c’est amusant.

Fustier, 1889 : Revolver. Argot du peuple.

Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d’un bâton pour les repousser. À ce moment, l’un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé) : Prends ton rigolo.

(Le Droit, avril 1886)

La Rue, 1894 : Chose drôle. Fausse clé. Revolver. Pince d’effraction. Attaque nocturne. Naïf, bon à voler.

Virmaître, 1894 : Attaque nocturne. L. L. Rigolo : terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui rigole sans cesse, qui amuse les autres. Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque Napoléon ; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, rigolo (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Pince. Si elle fait rigoler quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction. Elle est rigolo pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la rigolade (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

Virmaître, 1894 : Sinapisme de farine de moutarde. Rigolo, c’est le nom de l’inventeur. Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus rigolo que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Drôlerie, amusement, plaisir.

Je me suis amusé, c’était rigolo.

Rossignol, 1901 : Revolver. Une pince monseigneur est aussi un rigolo.

France, 1907 : Amusant.

— … C’est très éreintant le métier ; et l’hiver surtout ça n’a rien de rigolo quand on piétine dans la neige, le soir, quand on n’a pas le sou pour aller quelque part. Quand on rentre, on tousse ; quand on est seule, ça va bien encore, mais quand par hasard il y a un miché, on se retient pour ne pas l’embêter, ça l’dégoûterait : alors, quand on se retient, ça fait mal…

(Jules Lévy, Les Malheurs d’Irma)

France, 1907 : Fausse clé ; pince à effraction.

France, 1907 : Revolver. Attaque nocturne. Faire le rigolo, attaquer de nuit.

Rigolo, pétard

anon., 1907 : Revolver.

Rigolos

France, 1907 : Petits objets en carton représentant des animaux plus ou moins fantaisistes que l’on accrochait dans le dos des passants aux jours de carnaval, ce qui était en effet très rigolo, excepté pour les victimes de ces facéties, car les petites agrafes d’acier de ces figures de carton déchiraient les vêtements. La prélecture de police fit interdire les rigolos.

Rigolot

France, 1907 : Dupe, naïf.

Sache bien frire un rigolot
Sans te griller un bout d’ergot.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Rigolot, rigolette

Larchey, 1865 : Homme ou femme de gai naturel.

Rigolos et vous rigolettes, Gais enfants d’l’atelier.

(A. Joly, Ch)

On dit aussi dans le même sens : Rigolot pain de sucre. — C’est rigolot : C’est amusant.

Rigouillard

Virmaître, 1894 : Chose drôle, c’est plus fort que rigolo. C’est tellement rigouillard qu’il y a de quoi s’en tamponner le coquillard, c’est à se tordre, c’est crevant (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Amusant, folichon.

Ce n’est pas qu’elle fût extraordinairement jolie, mais ses yeux noirs, où, des fois, se pailletait de l’or, avec, au fond, l’Énigme accroupie ; ses cheveux crépus encombrant son jeune front ; son petit nez rigouillard et bon bougre ; sa bouche trop grande, mais si somptueusement meublée, lui faisaient un si drôle d’air !

(Alphonse Allais)

Rigri

Delvau, 1866 : s. m. Ladre, méticuleux, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Avare ; argot des voleurs.

Rigue

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Rigueur, — dans l’argot des voyous.

France, 1907 : Abréviation faubourienne de rigueur.

Rille

France, 1907 : Morceau de lard ; vieux français, d’où rillon, rillette.

Rillon

France, 1907 : Menus résidus de porc ou d’oie que l’on a fait foudre pour en avoir la graisse.

Rimaille

d’Hautel, 1808 : Mauvaise rime, mauvais vers.

Rimailler

d’Hautel, 1808 : Faire péniblement de fort mauvais petits vers.

Rimailleur

d’Hautel, 1808 : Un mauvais poëte ; versificateur à la douzaine.
Voltaire a placé ce mot avec avantage dans les deux vers suivans :

Un rimailleur écrit, le Léthé sur ses rives,
Reçoit avec plaisir ses feuilles fugitives.

Rime

d’Hautel, 1808 : Ce discours n’a ni rime ni raison. Pour dire, est dénué de sens commun.
N’entendre ni rime ni raison. Se laisser aller à l’emportement et à la colère ; ne vouloir écouter ni conseils ni remontrances ; n’en faire qu’à sa tête.

Rimer en Dieu

France, 1907 : Jurer ; vieille expression.

Déjà nos gens ploient, j’arrête les fuyards,
Et ranime les cœurs du feu de mes regards ;
Alors Duchâtelet rime en Dieu comme un fiacre
Et, Mézence nouveau, jure, sacre, massacre.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni)

Rincé

Virmaître, 1894 : Être rincé comme un verre à bière, n’avoir plus rien. Recevoir une rincée : être battu comme des œufs à la neige. Rincer quelqu’un : le voler jusqu’à son dernier sou (Argot du peuple). V. Raboté.

France, 1907 : Ruiné, dépouillé.

Rince-crochets

Rigaud, 1881 : Nom donné par les soldats au troisième quart de café, — octroyé dans les circonstances extraordinaires.

France, 1907 : Ration d’extra ; argot militaire.

Rince-pif

France, 1907 : Mouchoir ; argot des marins.

Rince-pintes

Rigaud, 1881 : Association sans statuts écrits, dont les assemblées générales étaient très suivies, et dont le but était l’antipode de la tempérance. Pour être un rince-pintes, il fallait boire une pinte ou deux en dix minutes.

(Le Sublime)

Rincée

d’Hautel, 1808 : Il a reçu une bonne rincée. Pour, on l’a grondé de belle manière ; il a été rossé, étrillé comme il faut.

Larchey, 1865 : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. »

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Correction manuelle ; — petite raclée.

France, 1907 : Correction ; signifie aussi averse.

Rincer

d’Hautel, 1808 : Il a été bien rincé. Pour dire, bien mouillé ; il a reçu toute la pluie.
On se sert aussi de cette locution pour dire que quelqu’un a été vivement réprimandé ; qu’il a reçu quelque mauvais traitement.

Ansiaume, 1821 : Faire des dupes.

Je suis rincé, on a déplanqué ma camelotte.

anon., 1827 : Voler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. Rincer la cambriole, voler tout ce qui se trouve dans une chambre.

Bras-de-Fer, 1829 : Dévaliser, voler.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler.

Halbert, 1849 : Voler.

Larchey, 1865 : Battre.

Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince.

(Favart, — 1750)

Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Dévaliser.

Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. Signifie aussi Gagner quelqu’un au jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dévaliser, nettoyer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dépouiller ; voler.

La Rue, 1894 : Battre. Dépouiller, voler. Ruiner.

Rossignol, 1901 : Payer à boire. —

Nous avons soif, tu devrais bien nous rincer.

France, 1907 : Battre.

Nos officiers dans la bataille
Sont pêle-mêle avec nous tous :
Il n’en est point qui ne nous vaille,
Et les premiers ils sont aux coups.
Un général, fût-il un prince,
Des grenadiers se met au rang.
Et r’li, et r’lan,
Fond sur l’s enn’mis et vous les rince,
Relan tamplan, tambour battant.

(Favart)

France, 1907 : Dépouiller, piller. Rincer la cambriole, dévaliser une chambre, un appartement.

— Un immeuble à rincer sur le chemin de Chatou. Maison de maître dans le chic des chics, vaisselle plate dans les armoires, valeur de toute espèce dans les tiroirs des meubles. Sans compter les glaces, les pendules, les tableaux et les bibelots, qu’il n’y a qu’à se baisser pour en prendre.

(Paul Mahalin, Les Monstres de Paris)

Rincer (se faire)

Delvau, 1866 : Recevoir la pluie ; se laisser voler ; perdre au jeu.

Rincer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se purger, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Se rincer le fusil.

Rincer l’œil (se)

Fustier, 1889 : Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu’un.

Depuis notre arrivée, vous n’avez cessé de vous rincer l’œil de toutes ces créatures éhontées…

(Chavette)

France, 1907 : Jouir d’un spectacle agréable, se complaire à la vue suggestive d’une jolie femme, de ses charmes.

— Ah ! çà, est-ce que tu vas recommencer, et vous deux, est-ce que vous n’allez pas bientôt me ficher la paix ? De quoi vous mêlez-vous ? Il m’a regardée, tu dis ; eh bien ! et après ? Est-ce que je ne vaux pas la peine qu’on me reluque ? Je suis assez bien tournée pour ça. Si Jean me trouve jolie, ça prouve qu’il a du goût. Il s’est rincé l’œil, il a bien fait. À sa place, j’en aurais fait bien plus.

(Ivan Bouvier)

Adonc tout était duc, marquis ou prince,
Et, selon le trope exquis du Boireau,
C’était le high-life où son œil se rince,
Quand la République y pousse un poireau.

Rincer la dalle

Delvau, 1866 : v. a. Offrir à boire à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque. On dit aussi Rincer la dent, ou le bec, ou le fusil, ou le tube, ou la gargoine, ou la corne.

Hayard, 1907 : Boire un coup.

Rincer la dalle (se faire)

Virmaître, 1894 : Se faire régaler par un camarade.
— Je lui ai tellement rincé la dalle qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

Rincer la dalle (se)

Rigaud, 1881 : Se rafraîchir en buvant.

France, 1907 : Boire.

C’est pourquoi dès l’aube, à la halle,
J’allais fair’ ma p’tit’ provision,
Afin qu’ell’ pût s’rincer la dalle
Et pas mourir d’inanition.

(E. Héros-Keraval)

On dit aussi se rincer l’avaloir, le bec, le bocal, la corne, le cornet, la dent, de fusil, la gargarousse, la gargoine, le sifflet, le plomb, etc.

La journaille, j’vas chez l’bistrot
Dans un coin affaler mon gnasse
Et m’rincer l’plomb d’un coup d’sirop ;
Mais faut pas coir’ que j’soy’ feignasse,
J’ai d’la pogne autant qu’du jaspin :
On peut gâfer ça quand j’attige
Les gas qui cultivent el’ lapin
Quand, tout seuls, dans un coin, j’les pige.

(É. Blédort)

Rincer la gargarousse (se)

France, 1907 : Boire.

Eh ben ! oui, j’suis bu. Et puis, quoi ?
Qué qu’vous m’voulez, Messieurs d’la rousse ?
Est-c’ que vous n’aimez pas, comme moi,
À vous rincer la gargarousse ?

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Rincer la luette (se)

France, 1907 :

Du parfum des blancs œillets
Tu te rinçais la luette.

(Victor Meusy)

Rincer la trente-deuxième (se)

Rigaud, 1881 : Boire la goutte, — dans le jargon du régiment. C’est une variante de « se rincer la dent » ; mot à mot : se rincer la trente-deuxième dent. Combien de femmes dans ce monde ne pourraient pas en faire autant ?

Rincer le gosier, le cornet, le sifflet, l’avaloir, la dalle

Larchey, 1865 : Faire boire. V. Sifflet.

S’il cajole la cantinière, elle lui rince le gosier.

(Wado, Chansons)

Tu peux te rincer le cornet, ça rend toujours un homme aimable.

(Cabassol)

Quand vous rincez votre avaloir, Vous êtes prié de quitter le comptoir.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Avec ces messieurs j’bois. Oui, nous nous rinçons la dalle.

(Léonard, parodie)

Rincette

Delvau, 1866 : s. f. Petit verre d’eau-de-vie pris comme supplément au gloria, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Petit verre de cognac pris dans la tasse où l’on a bu du café. — Surrincette, second, troisième, quatrième, etc., petit verre pris dans les mêmes conditions.

Rincette, rinçonnette

France, 1907 : Petit verre d’eau-de-vie ou de liqueur qui termine un repas. « Les habitués des cafés de bas étage se sont servis, après la demi-tasse de café, un premier verre d’eau-de-vie dit pousse-café, avec le bain de pied, c’est-à-dire que la liqueur déborde et retombe sur le pied du verre dans sa petite soucoupe ; puis un second verre dit rincette, enfin un troisième dit surrincette. » En picard, rinchurette.

Rinceur de fafiot

France, 1907 : Mendiant à domicile, quémandeur qui se sert de faux papiers, de fausses références pour extorquer une aumône.

Quelques-uns empruntent à des ouvriers sans travail leurs papiers, sous prétexte de leur trouver de l’ouvrage, puis munis de ces pièces, s’en vont mendier à domicile ou bien écrivent. On les appelle des rinceurs de fafiots.

(Jehan des Ruelles)

Rincleux

Fustier, 1889 : Avare. Terme d’atelier.

Rinçure

d’Hautel, 1808 : De la rinçure de verre. Pour dire, du vin trop trempé ; de l’abondance ; de la ripopée.

Rinforzando

France, 1907 : En renforçant. Expression tirée de l’italien, employée en musique pour indiquer qu’il faut donner aux sons une plus grande intensité.

Ring

France, 1907 : Ensemble des parieurs pour ou contre un cheval ; argot des courses. Anglicisme.

Viendra le jour, si l’on n’y prend garde, où on ne dira plus bonsoir dans la rue, et l’I love you de nos amoureux fera pleurer les légendes. Le vin nous répugnera. Notre chair bouffie crèvera de bière, et nous ne bredouillerons plus que des ring, des smoking, des shooting et des lingaling.

(Georges d’Esparbès)

Ringard

France, 1907 : Pince de puddleur.

L’atmosphère des laminoirs était devenue comme l’air naturel de ses poumons, celui qui donnait à son torse la vigueur et distribuait la vitalité à ses membres : il ne s’était jamais senti mieux vivre que dans le coup de feu du travail, ses ringards aux poings, à travers l’effroyable braséement des fours qui le rôtissaient, lui pompaient en sueurs les sèves du corps, le lâchaient après la journée de travail exténué et pantelant.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Ringre

France, 1907 : Pain ; argot des voleurs.

Ringuée

France, 1907 : Raclée. Être à la ringuée, être battu.

Riocher

d’Hautel, 1808 : Rire en sournois, à bas bruit, finement et sardoniquement.

Riole

d’Hautel, 1808 : Se mettre en riole. Pour dire se mettre en ribotte ; employer â ses plaisirs le temps consacré au travail.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bonne chère. Se mettre en riole, faire bombance.

Vidocq, 1837 : s. f. — Joie, divertissement.

Delvau, 1866 : s. f. Joie, divertissement, débauche, — dans l’argot du peuple. Être en riole. Être en train de s’amuser, être gris. Se mettre en riole. Se griser. En wallon. Être en riolle ou riotte, c’est Se quereller.

Delvau, 1866 : s. f. Rivière, ruisseau, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Partie de plaisir. — Être en riole, se mettre en riole, faire riole, s’amuser, se mettre en gaieté, en ribote.

Virmaître, 1894 : Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs. Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard :
— Il est en riole.
Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ruisseau, rivière.

Riole (être en)

Hayard, 1907 : Être pochard.

Riole, riolle

France, 1907 : Débauche. Bonne chère. Ivresse légère et gaies. Être en riole, être en gaîté après quelques libations. Argot populaire. Ce mot se trouve dans l’idiome béarnais : Ha la riole, faire la fête, s’amuser et boire.

Riolle

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Bonne chère.

Larchey, 1865 : Divertissement. — De rigoler.

Pitanchon, faisons riolle, Jusqu’au jugement.

(Grandval, 1723)

La Rue, 1894 : Partie de plaisir, débauche. Ruisseau.

Rioter

d’Hautel, 1808 : Diminutif de rire, pour dire rire à demi, rire sous cape.

Rioteur

d’Hautel, 1808 : Homme qui rit bêtement, sans sujet, sans raison évidente.
On dit aussi Rioteuse en parlant d’une femme.

Ripa, ripeur

Rigaud, 1881 : Écumeur de la Seine. — Vagabond qui vole à bord des bateaux.

Ripaille

d’Hautel, 1808 : Faire ripaille. Faire ribotte, faire grande chère ; s’en donner à cœur-joie.

Ripaille d’avergots

Ansiaume, 1821 : Omelette.

Allons au tapis, nous ferons une ripaille d’avergots.

Ripailler

France, 1907 : Festoyer, boire et manger avec excès. Voir Faire ripaille.

Quand y en a qui couch’ sur la paille,
Qu’ont souvent pas d’quoi boulotter
Et qu’a côté le voisin ripaille,
On vient parler d’fraternité.

(Le Père François)

Ripat

France, 1907 : Écumeur des bords de la Seine ; du latin ripa, rive.

Ripatin, ripaton

France, 1907 : Chaussure usée, soulier rapiécé. Jouer des ripatons, courir. Argot faubourien.

L’homme. — Veux-tu faire un quadrille ?
La femme. — Pas mèche ; les talons de mes ripatons son dévissés et je n’ai pas de grimpants.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Ripatins

Virmaître, 1894 : Brodequins (Argot des voleurs).

Ripatonner

Larchey, 1865 : Raccommoder. — Mot à mot : réparationner.

On ripatonne un livre en publiant une édition revue et corrigée ; on ripatonne un édifice en le recrépissant.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu’un, — dans l’argot des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d’un concierge de l’École, M. Ripaton, tailleur.

Rigaud, 1881 : Remettre à neuf.

On distingue, on reconnaît, on évalue tout objet de toilette supprimé, ajouté ou ripatonné.

(Les Filles d’Hérodiade, 1815)

Corriger une œuvre d’art, une œuvre littéraire.

Virmaître, 1894 : Le passifleur qui raccommode les vieux souliers, ripatonne (Argot du peuple).

France, 1907 : Réparer, raccommoder ; argot faubourien.

Ripatonneur

Rigaud, 1881 : Mauvais restaurateur de tableaux.

France, 1907 : Savetier.

Ripatons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Pieds. — Vieux souliers, souliers raccommodés. Jouer des ripatons, décamper.

Merlin, 1888 : Souliers, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Pieds.

Virmaître, 1894 : Souliers (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Souliers.

Ripaudier

France, 1907 : Gouverneur. Vieux mot.

Riper

Delvau, 1866 : v. a. Embrasser tendrement.

Virmaître, 1894 : Embrasser tendrement. A. D. C’est une singulière façon d’embrasser tendrement les gens que de les voler car riper dans le peuple signifie : prendre.
— Je lui ai ripé sa galette (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Embrasser.

Ripeur

Delvau, 1866 : s. m. Libertin.

La Rue, 1894 : Libertin. Écumeur de la Seine.

France, 1907 : Libertin.

Ripeurs ou zouaves

Rossignol, 1901 : Les individus qui se tiennent près les portes de la Villette et de Crimée, pour décharger les bateaux de charbon. Ils se tiennent également à Bercy pour décharger les pièces de vin.

Ripiène

France, 1907 : Remplissage destiné à renforcer l’exécution d’un passage musical. Argot des musiciens, de l’italien ripieno, remplissage.

Ripioulement

Rigaud, 1881 : Chambre, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chambre à coucher ; argot des voleurs, de piaule, chambre.

Ripiouler

Rigaud, 1881 : Dormir.

France, 1907 : Dormir ; argot des voleurs.

Ripois

France, 1907 : Prince ; vieil argot.

Ripopée

d’Hautel, 1808 : Terme trivial et populaire dont on se sert pour désigner du vin, du café, et autres liquides de mauvaise qualité.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais vin, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite. Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif : Du ripopé, du café ripopé.

Rigaud, 1881 : Objet de mauvaise qualité, de nulle valeur. Autrefois la ripopée ou vin de Brétigny était un mauvais petit vin, le plus mauvais des vins de France.

La Rue, 1894 : Chose mauvaise. Mauvais vin.

Virmaître, 1894 : Quelque chose qui ne vaut rien. Synonyme de ratatouille. On dit aussi :
— Ton Borgia à 23 sous ne nous fait boulotter que de la ragougnace (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Canaille.

Ripper

Rossignol, 1901 : Dieu a dit :

Croissez et multipliez, rippez.

Rippeur

Rossignol, 1901 : Celui qui aime ripper.

Riquet

Virmaître, 1894 : Tout petit. Sobriquet donné dans les ateliers aux apprentis mal formés.
— Viens ici, mon petit riquet.
C’est un pléonasme d’accoupler ces deux mots identiques, mais dans le peuple, on n’y regarde pas de si près (Argot du peuple). N.

Riquiqui

Larchey, 1865 : Eau-de-vie.

Tiens ! pour te guérir, je t’apporte une goutte de riquiqui.

(La Femme comme on en voit peu, ch., 1789)

Delvau, 1866 : adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure, — dans l’argot des ouvrières. Avoir l’air riquiqui. Être ridiculement habillée, ou n’être pas habillée à la dernière mode. Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de Rococo.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Chose mal faite ou mauvaise.

Virmaître, 1894 : Mauvaise eau-de-vie. Riquiqui est généralement employé peur peindre quelque chose de mesquin, de petit, d’étroit.
— Son esprit est comme sa taille, c’est riquiqui.
— Ah ! Regardez-moi cette toilette, est-elle assez riquiqui ?
Il existait jadis une liqueur appelée riquiqui ; on ne la connaît plus (Argot du peuple).

France, 1907 : Eau-de-vie. Dans le parler du Centre, c’est le petit verre de liqueur ou de brandevin que l’on prend après le repas. Dans le Limousin et le Béarn, on dit requiqui.

On était en 92. La marchande lut sur un placard que la France demandait « de l’homme ». Ça ne traîna pas ! Le pantalon d’un mort, un chapeau à plumes, le tonnelet de riquiqui, un coup de poing sur le cœur pour le faire descendre au ventre, et, fier de sa conquête, le cuirassier l’entraîna. Elle avait cinquante-sept ans.

(Georges d’Esparbès)

Rire

d’Hautel, 1808 : Il ne riroit pas pour un empire ; pour un jambon. Manière burlesque d’exprimer que quelqu’un est d’un froid, d’un sérieux tel que rien ne peut le dérider.
Le rire de St.-Médard. Un rire forcé.
C’est du vieux jeu, on n’en rit plus. Se dit d’une plaisanterie.
Rira bien qui rira le dernier. Se dit de celui qui se flatte trop tôt d’un succès, et dont la joie ne peut durer long-temps.
Se chatouiller pour se faire rire. S’efforcer de rire quand on n’en a pas envie.
On dit par exagération d’un homme original et fort plaisant, qu’il feroit rire un tas de pierres.
Rire du bout des dents.
Ne pas rire de bon cœur ; cacher sous un faux air de gaieté le chagrin que l’on ressent intérieurement.
Il rit comme on pleure à Paris. Se dit pour se moquer d’un enfant qui pleure sans sujet.
Se regarder sans rire. Laisser tomber la conversation ; ne savoir que dire ; manquer d’entretien.
On dit pour persuader quelqu’un que l’on prend quelque chose au sérieux, ce n’est pas pour de rire ; dites, en suppriment le de explétif : ce n’est pas pour rire.
Les locutions, c’est pour de bon, c’est pour tout de bon, ne sont pas moins vicieuses, et doivent être soigneusement rejetées.

Rire à la caisse

Rigaud, 1881 : Toucher chez un agent de change ou recevoir des mains d’un spéculateur en perte le montant d’une différence ou d’une prime. (Paris-Vivant, Le Million)

Rire aux anges

Delvau, 1866 : Sourire doucement en dormant, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Rire seul et sans sujet ; allusion au rire des tout petits enfants dans leur berceau.

Rire comme des perdus

France, 1907 :

Nous sommes, sortans de Sicile,
De Carybde tombés en Scylle,
C’est tomber de fièvre en chaud mal,
Polyphème, étrange animal,
Nous fit à tous avoir la fièvre,
Il me fit courir comme un lièvre
Et bien souvent, de pur effroi,
Il me semble que je le vois.
Mais l’homme de cœur tout surmonte ;
Un jour que nous ferons le conte
De tant de beaux combats rendus,
Nous rirons comme des perdus.

(Scarron, Virgile travesti)

Rire comme un bossu

France, 1907 : Rire de bon cœur. Les bossus passent, à tort ou à raison, pour des gens sinon fort gais, mais fort malicieux, sachant saisir du premier coup les ridicules de chacun et en profiter. « Ils ont en général, dit Loubens, l’esprit satirique, parce que, sans cesse en butte aux attaques du ridicule, ils ramassent l’arme qu’on leur lance et la retournent contre leurs adversaires. »

Lise, chose singulière !
Se fil, un soir, s’esquivant,
En tombant sur le derrière,
Une bosse par devant,
Chez la fillette précoce,
Ce soir-là, j’étais reçu :
Quand j’aperçois cette bosse,
Moi, je ris comme un bossu.

(Lesueur, Les Bosses)

Rire comme un cul

Delvau, 1866 : Rire sans desserrer les dents.

Virmaître, 1894 : Rire sans desserrer les dents. Veut dire aussi rire comme un imbécile, sans savoir pourquoi. Être cul, dit M. Lorédan Larchey, c’est être bête et grossier. Ce pauvre cul n’a vraiment pas de chance, car, non content d’en faire le synonyme de tout ce qui est sale, on en fait le synonyme de tout ce qui est bête et ridicule. S’il pouvait répondre autrement qu’en pétant ! (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Rire sans desserrer les dents.

Rire du bout des dents

France, 1907 : Rire à contre-cœur ; faire semblant d’être gai. On disait autrefois : Rire du bout des dents comme une vieille idole.

Il leur fit ce discours de bouche,
Mais, comme on dit, le cœur n’y touche,
Il ne rit que du bout des dents,
Et tout de bon pleure en dedans.

(Scarron, Virgile travesti)

Rire du ventre

France, 1907 : « Remuer le ventre et les côtes pour simuler le rire qui, théâtricalement parlant, ne doit être produit que par la gorge. Argot théâtral. »

(Gustave Fustier)

Rire jaune

Delvau, 1866 : v. n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.

Virmaître, 1894 : N’être pas content et être forcé de rire quand même ; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux. On dit aussi :
— Son rire est jonquille. Allusion au cocu qui rit jaune quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant :

C’est tout le portrait d’son père,
Quel cochon d’enfant ! (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : À contre-cœur.

France, 1907 : Dissimuler son ennui ou son mécontentement sous un air satisfait.

L’histoire des frères de Goncourt, sifflés dans la maison de Molière, ne laisse pas que d’être intéressante. Ces deux frères Lyonnet n’ont pas eu de veine, et, à l’heure qu’il est, ils doivent rire jaune.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Ris

d’Hautel, 1808 : Un ris qui ne passe pas le nœud de la gorge. Un rire contraint et forcé, qu’on laisse échapper par complaisance et malgré soi.

Risées

France, 1907 : Rides que produit sur l’eau une légère brise ; argot des marins.

Ceux qui venaient de la rade étaient plus mouillés que les autres, plus ruisselants de pluie et d’eau de mer. Leurs canots voilés, en s’inclinant sous les risées froides, en sautant au milieu des lames pleines d’écume, les avaient amenés grand train dans le port.

(P. Loti, Mon frère Yves)

Risette

Delvau, 1866 : s. f. Sourire, — dans l’argot des bourgeois. Faire des risettes. Faire des avances aimables.

Virmaître, 1894 : Surnom donné à une jeune fille rieuse et aimable qui a toujours le sourire sur les lèvres. C’est un vieux boniment employé dans les foires :
— Entrez, mesdames et messieurs, vous verrez la femme colosse ; cent kilos sur l’estomac et le sourire sur les lèvres.
Quand une amie est fâchée, qu’elle boude, on l’embrasse et on lui dit :
— Allons, fais une petite risette à papa, il revient d’Afrique.
Quand une femme vous fait des risettes, on peut y aller carrément (Argot du peuple). N.

Risette (faire)

France, 1907 : Faire des agaceries, sourire.

Vous faites mille misères aux pauvrettes qui, ne sachant encore rien de l’existence, se laissent aller à la bagatelle et font des gosses sans vous demander la permission.
Mais voilà, vous êtes plus furieux de leur désobéissance que joyeux de voir naître un môme qui deviendra votre proie !
Tas de crétins !
Or, si vous en pincez réellement pour que le populo repeuple, faites risette aux filles-mères et supprimez la misère.

(Le Père Peinard)

Risque-tout

France, 1907 : Nom que l’on donne dans certaines provinces a des établissements dont la réussite paraît douteuse et pour lesquels le fondateur a risqué son argent.

France, 1907 : Personne téméraire, qui ne doute de rien.

Risquer le paquet

Delvau, 1866 : v. a. Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Synonyme de tout risquer, c’est-à-dire de tenter l’aventure.
— Tu n’oses pas ! risque donc le paquet (Argot du peuple).

Rissole

d’Hautel, 1808 : La Rissole. Sobriquet que l’on donne à un buveur de profession.

Rissoler

d’Hautel, 1808 : Un visage rissolé. Pour dire un visage hâlé, brulé par l’ardeur du soleil.

Ristorne

France, 1907 : Restitution. Argot populaire, du latin ritornare, rendre,

Rivancher

Vidocq, 1837 : v. a. — Action du coït.

M.D., 1844 : Coucher avec une demoiselle.

Larchey, 1865 : Voir Tremblant. — Rivette : Voir Tante.

Delvau, 1866 : v. a. Aimer, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Aimer (Argot des voleurs).

France, 1907 : Coïter, coucher avec une fille ; du vieux français river.

Rivanger

Clémens, 1840 : Dormir.

La Rue, 1894 : Dormir. Coucher avec une fille.

Rivard

France, 1907 : Libertin ; du vieux français river.

Rivarde

France, 1907 : Prostituée.

Rive

d’Hautel, 1808 : On n’y voit ni fond ni rive. Se dit d’une affaire fort embrouillée, d’un chaos, d’un labyrinthe.

Rivé au pieu

La Rue, 1894 : Épris d’une prostituée.

River

d’Hautel, 1808 : River le clou à quelqu’un. Pour dire lui riposter adroitement et vivement ; lui parler ferme et de manière à ne lui laisser aucun avantage.

France, 1907 : Coïter ; vieux français.

River le clou

France, 1907 : Remettre quelqu’un à sa place ; lui clouer la langue.

— C’est une vieille catin ! Non, ça me met en colère qu’une femme comme ça vienne vous faire de la morale. Si on avait autant de toupet qu’elle, ça serait rudement facile de lui répondre, de lui river son clou.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

River son clou

Virmaître, 1894 : Quand un bavard intarissable ennuie quelqu’un par un discours filandreux, on lui rive son clou en lui disant carrément :
— Tais ta gueule ou je chie dedans.
Mot à mot : river le clou, c’est empêcher d’aller plus loin (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Dire ses vérités à quelqu’un, c’est lui river son clou.

River son clou à quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.

Rivet, rivette

France, 1907 : Pédéraste.

Il avait plus d’une ressource. Quand la prostitution ne donnait plus et que sa marmite rentrait les poches vides, où bien, qu’à la suite des brouilles, elle refusait de faire la planche, il la remplaçait, changeant son fusil d’épaule. Le protecteur à trois ponts se transformait en petit Jésus et ses grâces juvéniles ne manquaient pas d’attirer les rivettes.

(Dr Émile Laurent)

Rivette

Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune sodomite. Les voleurs de province donnent ce nom aux filles publiques.

Delvau, 1866 : s. f. Fille publique, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fille de joie à l’aurore de la dépravation.

La Rue, 1894 : Jeune prostituée.

Virmaître, 1894 : Prostituée, du verbe rivancher, se livrer à l’amour. L. L. Cette expression ne s’applique pas aux femmes (Argot des pédérastes). V. Passif.

France, 1907 : Jeune prostituée.

Rivière

d’Hautel, 1808 : Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Pour dire, que les petits gains souvent répétés finissent par constituer une fortune.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un homme peu intelligent, pour qui tout est difficile.

Rivitte

Rossignol, 1901 : Synonyme de chatte.

Riz-pain-sel

Larchey, 1865 : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. m. Fournisseur militaire, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Ouvrier d’administration.

Merlin, 1888 : Soldats de l’intendance, chargés du service des vivres.

La Rue, 1894 : Ouvrier militaire ou soldat d’administration.

Rossignol, 1901 : Soldat d’administration.

France, 1907 : Employé militaire d’administration. Officier ou soldat chargé des subsistances. Intendant militaire.

Ah ! bureaux, bureaux maudits ! directions stupides ! triomphe des ronds de cuir ! conservateurs des vieilles rapsodies et de livres moisis ! charançons du budget ! riz-pain-sel ! comités de ramollis ! Quel mal vous nous avez fait ! Quel coup de balai à la rentrée, si nous avons le courage de reconnaitre notre aveuglement et notre sottise !

(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

La nourriture de nos pénitenciers est on ne peut plus mauvaise et insuffisante : les riz-pain-sel qui la fournissent essayant de gagner tous les jours davantage sur leurs prisonniers ; car, en France, personne n’est plus volé que les voleurs.

(Henri Rochefort)

Roant

Vidocq, 1837 : s. m. — Porc.

Roastbeef

France, 1907 : Morceau de bœuf rôti. Anglicisme.

Le roastbeef à l’anglaise est un plat de restaurant ; il n’y a que les parvenus qui aillent au cabaret pour y commander des plats compliqués, pour se régaler de la musique des sept grandes sauces. Un homme de notre monde et de notre éducation a, pour ces complications, le dégoût qu’une femme bien élevée professe pour les toilettes à tapage. Elle laisse la fanfare aux étrangères ; elle se plaît dans les harmonies simples, dans la discrétion qui, aux gens communs, semble presque ordinaire, mais que les raffinés tiennent pour le sceau de l’élégance parfaite.

(Hugues Le Roux)

Robe

d’Hautel, 1808 : Ventre de son, robe de velours. Se dit des hommes et des femmes qui épargnent sur leur bouche, pour être bien parés.
Cela ne vous déchire pas la robe. Pour dire, n’a pas lieu de vous choquer, de vous offenser.
Rendre une visite en robe détroussée. Rendre une visite de cérémonie.

Vidocq, 1837 : Vêtement des forçats. Ce terme est celui des argousins.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Robe à gigots

France, 1907 : Robe à manches ridicules, étoffées vers l’épaule et serrées à l’avant-bras.

La maîtresse fausse et câline
Dont vous vous plaigniez aux échos,
Jadis trompeuse en crinoline,
L’est encore en robe à gigots.

(François Coppée)

Robe de chambre

Virmaître, 1894 : Cercueil. Ce n’est pas un vêtement bien ouaté, surtout quand c’est la bière des pauvres (Argot du peuple).

Robe et belle fille trouve toujours qui l’accroche (méchante)

France, 1907 : Vieux dicton qui s’explique de lui-même,

Robeau

France, 1907 : Gendarme. Voir Roveau. Attrimer les robeaux, faire courir les gendarmes.

Rober

Vidocq, 1837 : v. a. — Dépouiller quelqu’un de tous ses vêtemens après l’avoir volé.

Larchey, 1865 : Dérober (Vidocq). — Vieux mot.

France, 1907 : Dérober ; vieux français, passé dans l’anglais to rob, voler. En provençal, raubar.

Robert

France, 1907 : Nom que les paysans des campagnes du Centre adressent comme injure à un enfant insupportable ou à une grande personne malicieuse : « Oh ! le Robert ! » « Quel Robert ! » c’est-à-dire : quel vaurien ! Souvenir resté dans le peuple de la vieille légende de Robert le Diable.

Robert Macaire

Larchey, 1865 : Variété du cancan. — Allusion à la danse de Robert Macaire au premier acte de l’Auberge des Adrets. — V. Macaire.

Magistrats et docteurs commencent leur carrière, En se faisant danseurs De la Robert Macaire.

(1841, Phys. de la Chaumière)

France, 1907 : Escroc, tripoteur d’affaires véreuses, monteur de coups ; allusion an célèbre type de l’Auberge des Adrets.

Qu’ont fait pour leur bienfaiteur les Robert Macaire qui doivent et partie à Rochefort d’avoir réalisé le plus invraisemblable roman qu’on ait vu dans la bohème ? Ils ont envoyé Rochefort à Nouméa d’abord, puis ils l’ont forcé de se réfugier à Londres ; maintenant, ils s’apprêtent à le faire juger en effigie par des magistrats auprès desquels Delesvaux et Devienne étaient de petits saints…
Voyez-vous, cependant, le coup de théâtre d’ici, si tout à coup on venait dire à ces coquins installés dans tous les palais nationaux, chamarrés des ordres nationaux, gavés des fonds nationaux :
« Vous avez rêvé, mes enfants, un soir que vous vous êtes endormis ayant trop pinté à la Brasserie Serpente… Rochefort a accepté les avances de Morny ; il a été nommé directeur des Beaux-Arts, il a vécu heureux et tranquille sans procès, sans duels et sans injures… L’Empire n’a pas été affolé ; il n’a pas déclaré stupidement la guerre… Vous n’avez jamais été ministres… Vous ne vous êtes pas enrichis par les pots-de-vin : vous avez rien touché dans le Panama… Vous êtes toujours les besogneux et les galapiats d’autrefois. »

France, 1907 : Sorte de cancan fort en vogue dans Les bals publics appelé ainsi à cause d’une danse excentrique à laquelle se livre au premier acte le héros de l’Auberge des Adrets.

Messieurs les étudiants
S’en vont à la barrière
Pour y danser l’cancan
Et la Robert Macaire,
Le jour,
Le jour,
La nuit comme le jour.

(Vieille chanson du Quartier Latin)

Robert-Macaire

Delvau, 1866 : s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans. C’était une variété de la Chahut.

Robignol

Delvau, 1866 : adj. Très bien, très beau, très amusant, — dans l’argot des voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.

Rigaud, 1881 : Très amusant, très réussi.

La Rue, 1894 : Très beau, très amusant.

France, 1907 : Très plaisant, très amusant. Argot des forains qui ont pris cette expression du jeu de ce nom très amusant pour les filous qui le tiennent, car le joueur perd toujours.

Robignole

Virmaître, 1894 : Mot employé comme superlatif d’admiration pour une chose extraordinaire « qui dépasse l’imagination. »
— Une évasion audacieuse, c’est robignol.
— La môme est robignol, elle gouale sans cesse.
Robignol, en ce cas, est pour joyeux et joyeuse (Argot des voleurs).

France, 1907 : Petite boule de liège dont on se sert pour le jeu de cocanges.

Robignole ou cocange

Vidocq, 1837 : (Voir Cocange.)

Robignoleur

France, 1907 : Exploiteur de gogos au jeu de cocanges ou de robignolle.

Robignolle

France, 1907 : Testicule.

Robignolle, roubignole

France, 1907 : Jeu de fêtes foraines tenu par des filous. « Sur un carton est tracé un round divisé en huit cases de couleur différente, au centre desquelles se trouve une flèche immobile, mais autour de laquelle tourne le rond. Quand la flèche s’arrête sur la couleur choisie par le joueur, il gagne le double ou le triple de sa mise. Mais, au moyen d’une légère pression, le propriétaire de la robignolle fait dévier à volonté l’aiguille. On se sert aussi d’une petite boule de liège, mais le jeu prend alors une autre disposition. »

Robin

d’Hautel, 1808 : Il en revient toujours à Robin ses flûtes. Pour dire à ce qui l’intéresse, à ses anciennes habitudes.
Un robin. Terme de mépris dont on qualifioit autrefois les gens de robe.
C’est un plaisant robin. Se dit d’un homme dont on fait peu de cas.

Delvau, 1866 : s. m. Taureau communal, — dans l’argot des paysans de Paris.

France, 1907 : Nom donné aux moutons. D’après Le Duchat, les robinets de fontaine furent ainsi appelés parce qu’on leur donnait généralement la forme d’une tête de mouton. Dans certaines campagnes de l’Est, un robinet est appelé robin.

France, 1907 : Taureau étalon.

Robin se souvient de sa flûte

France, 1907 : C’est Robine et non Robin qu’il faudrait dire, ainsi qu’il appert dans un vieil auteur. Cette Robine était une jouvencelle laquelle, pissant un peu raide, s’imagina que son chose sifflait, parce qu’il faisait un certain bruit pareil au sifflement que nous faisons avec la bouche et lui dit : « Ha ! Galand ! vous sifflez, vraiment vous aurez une flûte. » Elle n’oublia pas à lui en donner une, comme elle lui avait promis, d’où quand quelqu’un n’oublie pas une promesse agréable, on dit : « Il ressouvient toujours à Robine de sa flûte. »

Robinet

d’Hautel, 1808 : On dit populairement d’un homme qui parle abondamment, d’un babillard, d’un bavard éternel, que quand une fois le robinet est lâché, il a de la peine à finir.

Robinet (lâcher le)

France, 1907 : Pleurer ou uriner.

Robinson

Larchey, 1865 : Parapluie. — Usité depuis la représentation d’une pièce de Pixérécourt, où Robinson apparaissait avec son grand parasol.

Delvau, 1866 : s. m. Parapluie, — dans l’argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel de Foë. On dit aussi Pépin.

France, 1907 : Parapluie ; allusion au héros du roman de Daniel de Foë représenté avec un immense parasol. Cette expression est usitée depuis la représentation d’une pièce de Pixérécourt.

Robs

France, 1907 : Couteau ; argot des arts et métiers.

Rocaille

d’Hautel, 1808 : Pour dire guenille, habillement ridicule et fripé.

Rocaille, rococo

Larchey, 1865 : Dans le goût de l’époque de Louis XV.

L’amour des rocailles, mot qui caractérise l’ameublement du règne de Louis XV.

(Roqueplan)

La chambre de madame était meublée dans le genre rococo.

(Balzac)

Rocambolade

Delvau, 1866 : s. f. Farce littéraire dans le goût des Exploits de Rocambole de Ponson du Terrail.

Rocambole

Delvau, 1866 : s. f. Chose sans valeur ; promesse en l’air qu’on sait devoir n’être pas tenue, gasconnade.

Rigaud, 1881 : Conte en l’air ; — Objet sans valeur.

Virmaître, 1894 : Moins que rien.
— Finis-donc avec tes rocamboles, nous ne coupons pas dans le pont.
Rocambole, synonyme de blague, en souvenir de Ponson du Terrail et de son célèbre roman qui porte ce titre (Argot du peuple).

France, 1907 : Gasconnade ; du nom du célèbre roman de Ponson du Terrail. « C’est de la rocambole », ce sont des mensonges.

Rocambolisme

France, 1907 : Amour des aventures aussi invraisemblables qu’extraordinaires dont l’auteur de Rocambole, Ponson du Terrail, fut un des plus célèbres propagateurs.

Rocantin

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard libertin.

Roche

d’Hautel, 1808 : Il a le cœur dur comme une roche. Se dit d’un homme qui a un mauvais cœur, qui ne compâtit pas aux malheurs des autres.

France, 1907 : Abréviation de Rochechouart.

Quand j’ai quelques sous dans la poche
(Ça n’m’arriv’ pas souvent, souvent),
La pipe aux dents, le pif au vent,
J’aime à m’balader sur l’boul’ Roche.
Voilà pourquoi j’ai mon perchoir
Au Rochechouart !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Rocher

d’Hautel, 1808 : Parler aux rochers. Pour dire à des gens qui ont le cœur dur, haineux, inflexible, impitoyable.

Rochet

Vidocq, 1837 : s. m. — Prêtre, évêque.

Larchey, 1865 : Prêtre (Vidocq). — Allusion au rochet ou camail qui couvre ses épaules. V. Suage.

Delvau, 1866 : s. m. Évêque, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prêtre ; évêque.

Virmaître, 1894 : Evêque. Allusion au rochet que porte ce dignitaire de l’église (Argot des voleurs).

France, 1907 : Évêque ou chanoine, appelé ainsi à cause de l’aube courte de ce nom que portent ces dignitaires ecclésiastiques.

Rocking-chair

France, 1907 : Berceuse. Anglicisme ; littéralement : chaise berçante.

Si les douros leur manquent pour aller boire dans un rocking-chair des liqueurs glacées, aux clubs que les négociants anglais ont mis à la mode, la boutique des barbiers leur demeure ouverte. Et elles sont nombreuses à Cadix.

(Hugues Le Roux)

Rocmane

France, 1907 : Redingote, paletot. Germanisme employé dans les campagnes du Centre, de rock, habit et mann, homme, et qui date du séjour des prisonniers allemands dans ce pays en 1794. En Limousin, rocomaouno.

Rococo

Larchey, 1865 : Suranné.

Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés.

(Trollope, 1835)

Delvau, 1866 : adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela, — comme si le goût d’autrefois ne valait pas bien le goût d’aujourd’hui ! Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque. Tentures rococo. Étoffes en vieille perse à ramages.

Rigaud, 1881 : Démodé ; terme employé par les artistes peintres de 1830.

France, 1907 : Vieux, suranné, quelque peu ridicule, genre rococo, style rococo ; de rocaille, à cause de ce genre fort à la mode au XVIIIe siècle, consistant à faire dans les jardins des constructions baroques avec des pierres, des morceaux de roc.

Il n’y a que la France, la bonne France, qui s’en tienne à la lettre et à l’esprit du vieux pacte rococo de l’équilibre et qui en gobe religieusement la mystification immense — et amère. Tous les peuples autour d’elle se pillent, se volent, s’agrandissent et poussent leurs bornes, les uns sur les autres ; et elle continue, sentinelle innocente du droit, à nier le retour de la force.

(Émile Bergerat)

Rodeuse

Virmaître, 1894 : Fille publique qui n’a pas de poste fixe, qui fait son persil dans les terrains vagues. On l’appelle ainsi pour cette raison (Argot des souteneurs).

Rodomont

d’Hautel, 1808 : Récalcitrant ; insubordonné, fanfaron, grand parleur, qui se vante de tout ce qu’il n’a pas fait, et de ce qu’il est incapable de faire.

Rœderer

Delvau, 1866 : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent cette signature.

Rogate

France, 1907 : Rogaton ; argot faubourien.

Roger-Bontemps

France, 1907 : Personne joyeuse, sans souci, prenant le temps comme il vient, les hommes pour ce qu’ils valent et les femmes comme elles sont. Les étymologistes se sont fort démenés pour chercher dans les chroniques ce qu’était ce Roger Bontemps. Les uns ont cité un certain Roger, prêtre, poète et secrétaire d’un évêque d’Auxerre, que son humeur joyeuse avait fait surnommer Bontemps. De leur côté, les pères de Trévoux ont exhumé un Roger Bontemps fort estimé dans le Vivarais pour sa valeur, son humeur gaie et son amour de la bonne chère et des jolies filles. C’est bien du tracas pour rien, car Le Duchat et Pasquier ont tranché la question en démontrant que ce nom d’un prétendu personnage n’est qu’une altération de Réjoui bontemps, ou de Rouge bontemps, surnoms que l’on donnait autrefois aux bons vivants, parce que, dit Pasquier, pour ce dernier surnom, la couleur rouge au visage d’une personne est indice de santé et de bonne humeur.

Roger-bontems

d’Hautel, 1808 : Pour dire un homme de bonne humeur, un réjoui, un bon vivant. Ce nom tire, dit-on, son origine d’une famille du Vivarais, dont le chef étoit renommé par sa gaieté, son courage et sa bonne table.

Rogne

France, 1907 : Dispute. Chercher des rognes, chercher querelle.

France, 1907 : Mauvaise humeur, colère.

Les hôtes de la posada, intimidés et méfiants, nous prenaient pour des bandits, avaient la frousse, selon l’expression pittoresque de mon compagnon de route qui, mourant de faim, déclara que cette réception lui flanquait la rogne, surtout lorsqu’il vit la vieille mégère faire signe à son mari de charger le tromblon.

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)

Rogner

d’Hautel, 1808 : Taillez, rognez comme il vous plaira. Se dit à quelqu’un qu’on laisse le maître absolu de ses volontés.
Rogner les ongles à quelqu’un. Lui diminuer son emploi, ses bénéfices, son autorité.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. Bon à rogner, condamné à mort.

France, 1907 : Gronder, grommeler.

Les petits bourgeois rognent après les juifs qui, disent-ils, leur font de la concurrence commerciale ; quant aux noblaillons dans la débine, ces feignasses trouvent très aristocratique de foutre leur dèche relative sur le compte des banquiers juifs à qui ils ont emprunté de la galette.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Guillotiner.

Rogneur

Larchey, 1865 : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue.

Gratte-papier, rogneur, traîne-paillasse, Hardi pillard aux deux galons d’argent, De vingt surnoms que sur lui l’on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : s. m. Fourrier, — dans l’argot des troupiers.

Rogneur de portions

France, 1907 : Fourrier, expression militaire. Les fourriers ont toujours eu la réputation de rogner sur les vivres, les liquides spécialement.

Gratte-papier, rogneur, traine-paillasse,
Hardi pillard aux deux galons d’argent
De vingt surnoms que sur lui l’on entasse
Le fourrier rit et se moque en chantant.

(Wado, cité par L. Larchey)

Rogneurs (les)

Merlin, 1888 : Les fourriers que l’on accuse, à tort ou à raison, de faire du fourbi, du rabiau. De là, les sobriquets de rogneurs de centimes, rogneurs de rations.

Rognoler

Virmaître, 1894 : Marronner. Ne jamais trouver rien de bien (Argot du peuple). V. Ronchonner.

Rognon

d’Hautel, 1808 : Mettre la main sur les rognons. Pour dire sur les hanches, comme font les poissardes quand elles se querellent.

Rognon (sale)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : sale créature couverte de rogne, — dans le jargon des voyous. Rognon est une forme de rogne. — Qué qu’c’est que c’rognon qu’tu camionnes à présent ?

Rognonner

d’Hautel, 1808 : Gronder, marmonner, murmurer entre ses dents.

Delvau, 1866 : v. n. Bougonner, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Grogner, murmurer, se plaindre sourdement.

Rognons

France, 1907 : Testicules.

Rognons (ferme des)

France, 1907 : Hardi, résolu en amour comme pour le reste. Vieille expression.

Rognons couverts (avoir les)

France, 1907 : Être dans l’aisance, bien pourvu, par comparaison au porc bien gras dont les rognons sont enveloppés de graisse. Expression du Centre.

Il estoit ferme des rognons,
Non comme ces petits mignons
Qui font la saincte-nitouche.

(Mathurin Régnier)

Rognure

Rigaud, 1881 : Mauvais acteur. — Rognures de fer-blanc, mauvaise troupe dramatique, — dans le jargon des coulisses.

Fustier, 1889 : « Quand le concours (du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève a fini d’envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l’instant pénible et douloureux de la délibération. »

(Figaro, juillet 1884)

Rognure de souffrice

Virmaître, 1894 : Terme employé dans le peuple, pour qualifier une vieille fille publique. L’usine Souffrice a le monopole de faire des graisses avec les rognures pourries des animaux noyés qui viennent s’échouer sur les bords de la Seine (Argot du peuple). N.

Rognures

France, 1907 : Acteurs de troisième ordre. Mauvaise troupe de province.

Rognures de fer-blanc

Delvau, 1866 : (V. Troupe de fer-blanc.)

Rogome

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot du peuple. Voix de Rogome. Voix éraillée par l’ivrognerie.

Rogomier

Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’eau-de-vie.

Rogomiste

Delvau, 1866 : s. m. Liquoriste.

Rogomme

France, 1907 : Eau-de-vie. Voix de rogomme, voix rauque venant d’un gosier desséché par les alcools.

Rogommier

France, 1907 : Ivrogne ; argot populaire.

Rogommiste

France, 1907 : Débitant d’eau-de-vie.

Rogue

d’Hautel, 1808 : Pour dire dédaigneux, fier, hautain, orgueilleux.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un qui a des allures hautaines, cassantes : il a l’air rogue. On trouve cette expression en Normandie. Les marchandes de harengs vous disent : il est rogué pour œuvé (Argot du peuple). N.

Roi

d’Hautel, 1808 : Le roi n’est pas son maître. Se dit d’un homme vaniteux qui tire une grande présomption de ses succès.
Nous verrons cela avant qu’il soit trois fois les rois. Pour dire dans quelque temps d’ici.
C’est le roi des hommes. Pour dire qu’un homme a le cœur excellent.
Un manger de roi. Pour dire une chère fine et délicate, un mets délicieux.

Roi des rois

France, 1907 : Ce n’est pas du dieu biblique qu’il s’agit, et qui est appelé dans les livres saints le roi des rois, mais de l’empereur d’Allemagne, au temps où l’Allemagne était partagée en royaumes et principautés. On disait encore :

Roy d’Espagne, roy des hommes ;
Roy de France, roy des asnes ;
Roy d’Angleterre, roy des diables.

Roi René (cheminée du)

France, 1907 : Le soleil. Cette expression date du XVe siècle et rappelle les mœurs simples et patriarcales de René d’Anjou, roi de Sicile, comte de Provence, dit le Bon roi, que l’on voyait souvent à Marseille, assis sur le port comme un simple bourgeois, se chauffer au soleil. Se chauffer à la cheminée du roi René est donc le synonyme de prendre un bain de soleil ou de lézard.

Roide

d’Hautel, 1808 : Roide comme une barre. Pour dire affecté, dans sa démarche et son maintien.

Roide (c’est)

Rigaud, 1881 : C’est difficile à croire. — C’est graveleux. — C’est cher.

Vingt francs ! s’écrie le monsieur, c’est roide !

(A. Huart)

Rôleur

Rigaud, 1881 : « Dans toutes les sociétés, chaque compagnon, à tour de rôle, consacre une semaine à embaucher et à lever les acquits ; de plus, il convoque les assemblées, il accueille les arrivants, il accompagne les partants, en portant sur son épaule leur canne et leur paquet jusqu’au lieu de séparation. Telles sont les fonctions du rôleur. » (Almanach des métiers, 1852)

Romagnol

Rigaud, 1881 : Trésor caché.

La Rue, 1894 : Trésor enfoui.

France, 1907 : Trésor enfoui ; argot des voleurs.

Romagnol ou romagnon

Vidocq, 1837 : s. m. — Trésor caché.

Virmaître, 1894 : Trésor caché (Argot des voleurs).

Romagnol, ou romagnon

Delvau, 1866 : s. m. Trésor caché, — dans l’argot des voleurs.

Romain

Larchey, 1865 : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron.

Sous le lustre avec les romains du parterre.

(P. Borel, 1833)

Romain : fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d’infanterie.

Delvau, 1866 : s. m. Applaudisseur gagé, — dans l’argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat d’infanterie.

Rigaud, 1881 : Acteur de la Comédie-Française, — dans le jargon des acteurs forains du XVIIIe siècle.

Ils déclamaient… en imitant la diction emphatique et monotone des Romains.

(Ch. Magnin, Hist. des Marionnettes en France, 1862)

Depuis, le nom de Romain a été spécialement appliqué aux claqueurs ; c’était, primitivement, mot à mot : les gens chargés d’applaudir les Romains et, par abréviation, les Romains.

La Rue, 1894 : Applaudisseur gagé.

France, 1907 : Claqueur. L’origine de la claque au théâtre remonte à Rome au temps de Néron.

Romaine

Rigaud, 1881 : Breuvage composé d’un mélange de rhum et d’orgeat.

Rigaud, 1881 : Semonce ; c’est la variante de chicorée. — Aller à Rome, passer à Rome, recevoir une semonce.

France, 1907 : Claque.

France, 1907 : Mélange de rhum, d’orgeat et d’eau.

Romains

Virmaître, 1894 : Individus qui, moyennant un faible salaire, applaudissent les acteurs (Argot des coulisses).

Rossignol, 1901 : Groupe d’individus qui dans les théâtres et concerts payent leur place meilleur marché pour, sous la direction d’un chef dit de claque, faire le succès des artistes. Voir Claque.

Hayard, 1907 : Claqueurs au théâtre.

Romamichel

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Maison où logent ordinairement les saltimbanques, les bohémiens, les voleurs, etc.

Vidocq, 1837 : Bohémien. Les Romamichels, originaires de la Basse-Égypte, forment, comme les juifs, une population errante sur toute la surface du globe, population qui a conservé le type qui la distingue, mais qui diminue tous les jours, et dont bientôt il ne restera plus rien.
Les Romamichels sont donc ces hommes à la physionomie orientale, que l’on nomme en France Bohémiens, en Allemagne Die Egyptens, en Angleterre Gypsès, en Espagne, et dans toutes les contrées du midi de l’Europe, Gitanos.
Après avoir erré long-temps dans les contrées du nord de l’Europe, une troupe nombreuse de ces hommes, auxquels on donna le nom de Bohémiens, sans doute à cause du long séjour qu’ils avaient fait en Bohème, arriva en France en 1427, commandés par un individu auquel ils donnaient le titre de roi, et qui avait pour lieutenans des ducs et des comtes. Comme ils s’étaient, on ne sait comment, procuré un bref du pape qui occupait alors le trône pontifical, bref qui les autorisait à parcourir toute l’Europe, et à solliciter la charité des bonnes âmes, ils furent d’abord assez bien accueillis, et on leur assigna pour résidence la chapelle Saint-Denis. Mais bientôt ils abusèrent de l’hospitalité qui leur avait été si généreusement accordée, et, en 1612, un arrêt du Parlement de Paris leur enjoignit de sortir du royaume dans un délai fixé, s’ils ne voulaient pas aller passer toute leur vie aux galères.
Les Bohémiens n’obéirent pas à cette injonction ; ils ne quittèrent pas la France, et continuèrent à prédire l’avenir aux gens crédules, et à voler lorsqu’ils en trouvaient l’occasion. Mais pour échapper aux poursuites qui alors étaient dirigées contre eux, ils furent forcés de se disperser ; c’est alors qu’ils prirent le nom de Romamichels, nom qui leur est resté, et qui est passé dans le jargon des voleurs.
Il n’y a plus en France, au moment où nous sommes arrivés, beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du nord. Comme jadis, ils n’ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d’un village à l’autre, et les professions qu’ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les Romamichels connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose, ensuite ils viennent offrir leurs services au propriétaire de l’étable dont ils ont empoisonné les habitans, et ils se font payer fort cher les guérisons qu’ils opèrent.
Les Romamichels ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d’habileté le vol à la Carre, dont il a été parlé dans le premier volume de cet ouvrage, et qu’ils nomment Cariben.
Lorsque les Romamichels ne volent pas eux-mêmes, ils servent d’éclaireurs aux voleurs. Les chauffeurs qui, de l’an IV à l’an VI de la République, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande, et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des Romamichels dans leurs bandes.
Les Marquises (les Romamichels nomment ainsi leurs femmes) étaient ordinairement chargées d’examiner la position, les alentours, et les moyens de défense des Gernafles ou des Pipés qui devaient être attaqués, ce qu’elles faisaient en examinant la main d’une jeune fille à laquelle elles ne manquaient pas de prédire un sort brillant, et qui souvent devait s’endormir le soir même pour ne plus se réveiller.

Rigaud, 1881 : Bohémien. Tribu de bohémiens. — Vagabond, coureur de grands chemins, diseur de bonne aventure et voleur à l’occasion.

Roman

d’Hautel, 1808 : Prendre le roman par la queue. Pour dire, commencer un récit par la conclusion.

Roman historique

France, 1907 : Nom donné pendant quelque temps par les dames pudibondes à la tournure appelée tutu. Pourquoi ce nom bizarre ? s’est-on demandé. Parce que, sous les exagérations de la forme, il y a toujours quelque chose de vrai dans le fond.

Romance (piquer une)

France, 1907 : Dormir. Voir Pioncer.

Romancier

Delvau, 1866 : s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres « choses du cœur », — dans l’argot des cafés-concerts. Fort romancier. Premier chanteur de romances d’un café-concert. Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.

France, 1907 : Chanteur qui a la spécialité des romances sentimentales ; argot des cafés-concerts.

Romancier, romancière

Rigaud, 1881 : Chanteur, chanteuse de romances dans les salons, dans les cafés-concerts.

Romané, romanichel

Hayard, 1907 : Bohémien.

Romanichel

Delvau, 1866 : s. m. Bohémien, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Romamitchel, Romanitchel, Romonichel et Romunichel. Suivant le colonel Harriot, « Romnichal est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et Romne-chal, Romaniche, est celui par lequel on désigne les femmes ».

France, 1907 : Bohémien voleur qui parcourt la province en roulotte, fait du colportage, et main basse sur ce qu’il trouve à sa portée. Du germania ou argot espagnol, romani, bohémien.

Lorsque j’occupais mon poste de commissaire de police dans ce dangereux quartier, les habitants sans patente des carrières d’Amérique formaient quatre catégories distinctes : les Hirondelles, les Romanichels, les Filandèches et les enfants de la Loupe.

(Mémoires de M. Claude)

Romanichels

Larchey, 1865 : « Voleurs exploitant l’Europe entière sous les allures de marchands forains. Ils se marient entre eux, voyagent constamment et se prêtent assistance en cas d’arrestation. » — Canler.

Romanichels, romanigos

La Rue, 1894 : Bohémiens parcourant la France et vivant de rapines.

Romanigo

France, 1907 : Voleur, romanichel.

Romaniste

France, 1907 : Personne qui parle ou étudie les différents dialectes du midi de la France ; de roman, ancienne langue méridionale.

Les savants, qui approfondissent chaque juur davantage notre ancienne langue, ont renoncé presque tous au surnom de Provençalistes. Ils s’appellent aujourd’hui Romanistes.

(L. Xavier de Ricard)

Romarin (donner le)

France, 1907 : Congédier un amoureux. Le romarin jouit de la propriété de cicatriser les plaies ; donner le romarin à un soupirant, c’était donc lui dire : « Va-t’en et console-toi. » L’expression est fort ancienne.

Il luy print envie (à Vulcain) de se marier, il pourchassa Minerve, tenue pour grande déesse en ciel et en terre, fille de Jupiter ; mais sans le beaucoup amuser. « luy donna le rosmarin », c’est-à-dire congédia le serrurier Vulcain, laid el boiteux.

(Loys Guyon, Miroir de la santé, 1163)

Je te hay, romarin, sans t’avoir outragé,
Par toi maint pauvre amant a reçu son congé.

(Passerat, Sonnets)

Rombier

Rossignol, 1901 : Vieux.

Rombière

France, 1907 : Femme.

Romboiné

Halbert, 1849 : Sou marqué.

France, 1907 : Sou marqué ; argot des voleurs.

Rome

Halbert, 1849 : Choux.

France, 1907 : Chou ; vieil argot des voleurs.

Rome (aller à)

France, 1907 : Se faire battre ou réprimander. Le loup alla à Rome, y laissa de son poil et rien de ses coutumes, dicton du XVe siècle indiquant que les voyages ne servent de rien aux rustres el aux entêtés.

Rompez

Virmaître, 1894 : Allez-vous en, foutez-moi le camp. Allusion au commandement de rompez les rangs (Argot du peuple).

Rompre

d’Hautel, 1808 : Rompre le cou à quelqu’un. Pour le ruiner, lui faire perdre sa fortune.
Rompre la glace. Faire les premiers pas dans une entreprise périlleuse, surmonter toutes les difficultés qui s’opposent à son succès.
On verra beau jeu si la corde ne rompt. Signifie que si l’on ne met ordre à une affaire, elle dégénérera en trouble et en confusion.
Il rompra tout si on ne le marie. Se dit d’un fanfaron, d’un pédant, d’un libertin.
Elle ne rompra pas de sitôt. Se dit d’une femme d’un embonpoint grossier.
Rompre les dés à quelqu’un. Le traverser dans ses projets, dans ses desseins.
À tout rompre. Pour dire tout au plus, à toute extrémité, avec transport.
Rompre la tête à quelqu’un. Faire tapage, vacarme, importuner quelqu’un par des discours bruyans.
Rompre en visière. Se brouiller avec quelqu’un, sans sujet, lui dire à propos de rien des choses offensantes.
Rompre la paille. Rompre tout commerce d’amitié avec quelqu’un.
Avoir les bras rompus. Pour dire être découragé, ne pas travailler avec ardeur à un ouvrage ; être lâche et paresseux.

France, 1907 : Partir ; argot militaire.

Rompre la paille

France, 1907 : Rompre une amitié, renoncer à une union, se brouiller.
Cette locution remonte au moyen âge où l’on envoyait à une personne avec laquelle on voulait cesser toute relation, un fétu de paille brisé. Lorsque le propriétaire d’un fief était obligé d’y renoncer, le seigneur dont il était vassal faisait déposer sur le seuil de sa maison un fétu de paille brisé. « Quand les seigneurs français, dit Ch. Loubens, convoqués en champ de mai, voulurent reprocher à Charles le Simple les concessions faites aux Normands, ils eurent recours à ce signe pour manifester leurs sentiments. Ils s’avancèrent au pied du trône, brisèrent chacun une paille et en jetèrent les morceaux à leurs pieds. Cela voulait dire : Vous n’êtes plus notre roi, il n’y a plus rien de commun entre nous. »

Quand deux amis se sont brouillés,
On dit que la paille est rompue.
Cette comparaison dans le publie reçue
Sera-t’elle du goût des esprits ampoulés?
Je n’en sais rien. Vaille que vaille,
Il est certain que l’amitié,
Comme elle est aujourd’hui sur pié,
N’est pas plus forte qu’une paille.

(Vers cités par Didier Loubens)

Rompre la visière

France, 1907 : Attaquer quelqu’un en face, lui dire son fait. Expression rappelant le temps où les chevaliers et les hommes d’armes portaient des casques à longue visière, c’est-à-dire couvrant le visage, et contre laquelle la lance de l’adversaire se rompait souvent.

Roncer

Ansiaume, 1821 : Renvoyer quelqu’un de son emploi.

Il a été roncé pour avoir abloqui des empaches de l’hôpital.

Ronceuse

Rossignol, 1901 : Femme qui se fâche pour peu de chose et qu’on ne sait par quel bout prendre. Ce mot vient des ébénistes, pour faire allusion au morceau de bois où il y a une ronce qui est sans fil, et qu’on ne sait par quel bout travailler.

Ronchon

Rigaud, 1881 : Grogneur.

France, 1907 : Grognon.

Ronchonner

Delvau, 1866 : v. n. Être grognon, maussade ; bougonner, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Grogner ; murmurer.

Boutmy, 1883 : v. intr. Murmurer, grommeler ; synonyme de gourgousser et de renauder.

Virmaître, 1894 : Père ronchon qui trouve à redire à tout. Le colonel Ronchonot est célèbre depuis quelques années (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu qui trouve à redire à tout.

Hayard, 1907 : Marronner.

France, 1907 : Grogner.

C’est encore un homme, au bout du compte, ce vieux maboul que j’entends ronchonner en s’en allant.

(Georges Darien, Biribi)

Y pensaient p’t-êtr’ ben tous deux la mêm’chose,
Mais souvent l’effet différant d’la cause,
Si Pierre était gai, Jeanne s’étonnait ;
Si Jeanne riait, Pierre ronchonnait,
Y pensaient p’t’êtr’ ben tous deux la mêm’ chose.

(Irène Bizard)

Ronchonneur

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui ronchonne.

Rossignol, 1901 : Celui qui ronchonne.

France, 1907 : Grognon, grondeur.

Jamais content, ce vieux ronchonneur ne se déridait que devant les appas de cette grosse maritorne, qui, sachant son pouvoir, obtenait de son maître tout ce qu’elle désirait.

(Les Propos du Commandeur)

Rond

d’Hautel, 1808 : Il est bien rond. Pour dire, il a le ventre bien rempli, il a bien bu et bien mangé.
Cet homme est tout rond. Pour dire, franc, loyal, sans détours, sans artifice.

d’Hautel, 1808 : Le rond. Pour dire, le postérieur ; le cadet, le derrière.

anon., 1827 : Un sou.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Sou (cinq centimes).

Bras-de-Fer, 1829 : Un sou.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sol.

un détenu, 1846 : Argent, sou.

Halbert, 1849 : Un sou.

Larchey, 1865 : Saoul.

Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond.

(Les Amours de Jeannette, chanson, 1813)

Larchey, 1865 : Sou. — Le sou est rond. — V. Balle, Roue.

Aboule tes vingt ronds, bêta !

(Montépin)

Delvau, 1866 : adj. Ivre, — dans l’argot des faubouriens. Rond comme une futaille. Ivre mort. On dit aussi Rond comme une pomme.

Delvau, 1866 : s. m. Sou, pièce de monnaie, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Rotin.

Rigaud, 1881 : Ivre. — Rond comme balle, repu.

Rigaud, 1881 : Pièce d’un sou. — Pas le rond, pas le sou. — Tourner rond, ne plus avoir d’argent.

La Rue, 1894 : Ivre. Un sou.

Rossignol, 1901 : Saoul.

Rossignol, 1901 : Sou.

France, 1907 : Sou.

— Oui, hier, je me peignais avec les doigts, rapport que j’ai oublié mon démêloir dans mon dernier garni. Vlan ! voilà que j’en ramène un. Saleté de bête, que je dis, et j’allais l’écraser quand je vois un capitaine d’artillerie qui passe avec sa dame. « Permettez, mon officier, que j’y fais. — Quoi donc ? — Là, sur votre dolman, vous aurez coudoyé quéqu’un de sale. » Et je fais celui qui enlève le pou en ayant l’air de me cacher de la dame. « Merci, mon ami », qui dit. Et il m’allonge une pièce de vingt ronds !

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Jean Hiroux, convaincu d’assassinat, vient d’entendre le verdict qui le condamne à la peine de mort, plus un franc d’amende pour la partie civile.
Sur la demande du président des assises s’il n’a rien à dire sur la peine qui le frappe, Jean Hiroux répond :
— Mon président, je demande à ne faire que la moitié de la peine. — V’là les vingt ronds !

Rond (avoir le)

Merlin, 1888 : Avoir de l’argent, — rond est pris pour pièce de monnaie.

France, 1907 : Avoir de l’argent, être riche. N’avoir pas le rond, être sans le sou.

— Eh bien, ma petite, c’est moi qui le lâcherais, ton Monsieur, et plus vite que ça. Trop de veine, ce type-là : une femme gratis ! Jolie comme tu l’es ! En voilà une chose qui dépasse, par exemple : rester avec un homme qui n’a pas le rond !

(L.-V, Meunier, Chair à plaisir)

Sûr que nom… i’s peuv’nt tous crampser,
Si n’ya qu’moi pour les engraisser,
J’en veux pus d’marlou !… ça vous croûte
Tout c’qu’on gagne et tout c’qu’on gagn’ pas…
On n’a jamais l’rond dans son bas…
Ah ! nom de Dieu ! j’sais c’que ça m’coûte !

(Aristide Bruant)

Rond (être)

France, 1907 : Être ivre.

On passe dans la salle à manger. La maîtresse de maison s’adressant à un invité de moindre importance : « Monsieur Paloignon, je suis désolée de vous placer au bout : c’est incommode, ces tables carrées !
— Oh ! Madame, reprend gracieusement Paloignon, pourvu que je sois rond tout à l’heure »

(Rouge et Noir)

On dit aussi rond comme une balle, ou comme un tambour.

H’u !… nom de Dieu ! me v’là cinglé,
Depuis tantôt que j’me trimballe,
C’est toujours moi qu’j’ai régalé,
Et j’suis rond… mais rond comme eun’ balle,
Quand j’vas rentrer, Cécil’ gueul’ra,
A tap’ra su’ son p’tit Francisque,
Mais pisque c’est ell’ qui trinqu’ra,
J’suis pas pressé, moi, qu’est que j’risque ?

(Aristide Bruant)

C’est la fête à Clémentine,
Elle a bu sa p’tit’ chopine
Et, depuis le Point-du-Jour,
Elle est rond’ comme un tambour.

(Derailleul)

Rond (faire)

Rigaud, 1881 : Dessiner mou, sans vigueur, — dans le jargon des peintres.

Rond (un)

M.D., 1844 : Un sous.

Rond comme une boule

Virmaître, 1894 : Être pochard à rouler par terre (Argot du peuple). N.

Rond de cuir

Fustier, 1889 : Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S’endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.

Rossignol, 1901 : Employé de bureau dont le travail consiste à toujours être assis.

France, 1907 : Employé de bureau.

Depuis cent ans, les gouvernements ne cessent de créer de nouvelles places ; il y a toujours plus de candidats, et c’est toujours nous qui payons.
Et voyez comme le premier rond de cuir venu vous traite ! Que ce soit dans un bureau de poste ou dans un ministère, que vous ayez affaire à un garçon de bureau ou à un chef, on vous reçoit de la façon la plus impertinente. Qu’ils aient un seul galon ou des manches très brodées et des boutonnières très ornées, tous nos mandarins sont insolents. Ils nous mangent comme le phylloxera dévore la vigne.
N’y aura-t-il donc personne pour monter à la tribune de la Chambre et pour dire qu’il faut supprimer au moins les deux tiers de nos fonctionnaires ? Si nous n’avons pas la ferme résolution d’aller jusqu’à ce sacrifice, la banqueroute apparaîtra, tôt ou tard, inévitable.

(Le Sage, Gil Blas)

Rond de sellette

France, 1907 : Nom donné autrefois à l’enceinte réservée dans les salles de justice.

Ce qu’on nomme aujourd’hui « l’enceinte réservée » et qu’on appelait alors le « rond de sellette » avait été vivement envahi par tout un élégant public titré, avide de savourer, commodément assis, les vives émotions de ce drame judiciaire.

(Eug. Chavette, Défunt Brichet)

Rond-de-cuir

Virmaître, 1894 : Employé de bureau. Allusion au rond de cuir ou de caoutchouc que les employés mettent sur leurs chaises pour économiser leur fond de culotte (Argot du peuple).

Rond-point des bergères

France, 1907 : Les Halles centrales ; argot des voyous.

Rond, pied de nez

Clémens, 1840 : Sol.

Rondache

Halbert, 1849 : Alliance.

Rondache, rondine

France, 1907 : Bague ; argot des voleurs.

Ronde

d’Hautel, 1808 : À la ronde, mon père en aura. Pour, chacun à son tour, point de cérémonies. Se dit quand quelqu’un refuse par politesse dans une distribution la part qu’on lui présente, et qu’il l’offre à son voisin.

Ronde Bosse

Delvau, 1866 : adj. Hardi, audacieux, frisant l’immoralité, — dans l’argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l’Aristide Froissard de Léon Gozlan.

Ronde des gueux

Fustier, 1889 : « La police, en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage circulaire qu’accomplissent autour de la capitale, en bande organisée, les sans-logis de la banlieue. »

(National, janvier 1888)

Rondelet

Vidocq, 1837 : s. m. — Téton.

Delvau, 1866 : s. m. Sein, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Rondin.

Rondelets

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Tétons.

Halbert, 1849 : Mamelles.

France, 1907 : Petits seins durs et fermes d’adolescente.

Rondement (chier)

France, 1907 : Ne pas hésiter, aller résolument.

— Pardienne, Mam’zelle vous l’avez déjà fait. À quoi bon tant tortiller… Il faut chier rondement et ne pas faire les choses en rechignant.

(Isabelle Double, 1756)

Rondier

Fustier, 1889 : Surveillant. Il fait des rondes. Argot du bagne.

France, 1907 : Surveillant de prison ou de bagne ; il fait des rondes.

Rondin

Ansiaume, 1821 : Bouton.

Son frusque a des rondins de cé,

anon., 1827 : M.

Bras-de-Fer, 1829 : M…

Vidocq, 1837 : s. m. — Téton.

Delvau, 1866 : s. m. Stercus (V. étron) — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Bâton, gourdin.

Rigaud, 1881 : Résultat d’une visite aux cabinets inodores.

France, 1907 : Bâton.

France, 1907 : Étron.

France, 1907 : Pièce des cinq francs ; argot populaire.

— Et combien qu’ça coûte, c’te bête ?
— Un rondin, deux balles et dix jacques.
— Nom de Dieu ! Sept livres dix sous !

(Mémoires de Vidocq)

France, 1907 : Sein.

J’aperçus ses friands petits rondins et je brûlais d’y coller mes lèvres.

(Les Propos du Commandeur)

Rondin jaune

Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs. Rondin jaune servi. Or volé, caché par son voleur.

Rigaud, 1881 : Pièce d’or.

Virmaître, 1894 : Pièce de vingt francs. Allusion à la forme ronde (Argot des voleurs).

France, 1907 : Pièce d’or.

— Ah ! s’il voulait cromper ma sorbonne (sauver ma tête), quelle viocque (vie) je ferais avec mon fade de carme (ma part de fortune) et mes rondins jaunes servis (et l’or que je viens de cacher) !

(Balzac, La Dernière Incarnation de Vautrin)

Rondine

Ansiaume, 1821 : Bague.

Avec une rondine j’affranchirai la gothon.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bague.

un détenu, 1846 : Bague.

Halbert, 1849 : Boule, canne.

Larchey, 1865 : Bague. — Même allusion. V. Vague.

Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bague. — Canne.

La Rue, 1894 : Bague. Canoë. Rondiner, battre à coups de bâton.

France, 1907 : Canne.

Rondiner

d’Hautel, 1808 : Battre quelqu’un avec un rondin, lui donner des coups de bâton.

Vidocq, 1837 : v. a. — Boulonner.

Larchey, 1865 : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin.

Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat.

(Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle)

Delvau, 1866 : v. a. Battre à coups de bâton, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. a. Boutonner, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : v. n. Dépenser de l’argent, des ronds, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Se dérondiner.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange.

France, 1907 : Battre à coup de bâton, de rondin.

France, 1907 : Faire le tas, amasser.

Tout en cartonnant dans ton claque,
Rabats un douillard à ta marque ;
Qu’ell’ chauffe jarnaff, matelas,
Rondine et le tout sans taff’tas.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

S’arrondir.

Son buste, d’une gracilité sèche qui, avec le duvet de ses lèvres et le déluré de sa mine, lui donnait à quinze ans l’air d’un joli garçon mauvais sujet, rondinait maintenant, appesanti d’un léger embonpoint. C’était l’acheminement à cette adiposité qui émoustillait les hommes du Culot, tous amoureux des femmes tétonnières, par un goût de chair mafflue.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Faire ses besoins.

Rondiner (se)

Ansiaume, 1821 : Boutonner.

Tandis que je le dérondinois, les cognes sont arrivés et m’ont pris sur la falourde engourdie.

Rondiner des yeux

Larchey, 1865 : Faire les yeux ronds à quelqu’un.

Delvau, 1866 : v. n. Faire les gros yeux.

Rondines

Clémens, 1840 : Des bagnes.

Rondinet

Ansiaume, 1821 : Anneau.

Il faut que je fasse quelques rondinets à la carre.

Halbert, 1849 : Bague.

Rondinette

France, 1907 : Bague.

Rondinneur

Ansiaume, 1821 : Boutonnier.

C’est un boucard de rondinneur, il n’y a rien à faire.

Rondins

Virmaître, 1894 : Les seins… quand ils sont ronds (Argot du peuple) V. Capitonnée.

Rondouillard

Virmaître, 1894 : Plus que beau. Dans le peuple on dit d’une femme qui possède des qualités surprenantes :
— Elle est rondouillarde.
Quand elle est boulotte, ronde, on dit également par allusion à la forme :
— Elle est rondouillarde (Argot du peuple). N.

Ronflan

Virmaître, 1894 : C’est ronflan, beau, bien, chouette, tapé (Argot du peuple). N.

Ronflant

Rigaud, 1881 : Bien mis. — Gonse ronflant, homme bien mis. — Gonzesse ronflante, femme bien mise. — Dégringoler un ronflant, voler un homme bien mis.

Rigaud, 1881 : Poêle, calorifère.

La Rue, 1894 : Bien mis.

Rossignol, 1901 : Beau, bien. Il est bien habillé, il est ronflant.

Hayard, 1907 : Beau, bien, agréable.

France, 1907 : Élégant, bien mis. C’est ronflant, c’est très bien.

France, 1907 : Poêle.

Ronfle

La Rue, 1894 : Prostituée.

France, 1907 : Prostituée. Les voyous disent aussi ronfle à grippart.

Ronfler

d’Hautel, 1808 : Entendre ronfler le canon. Pour dire entendre le bruit du canon.

M.D., 1844 : Réussite complète.

Rigaud, 1881 : C’est appuyer dans la déclamation fortement sur les R, surtout quand ces lettres sont redoublées. Frenoy et Tautin étaient des ronfleurs de premier ordre. — Ronfler a pour synonyme, faire la roue. (Petit dict. des coulisses)

France, 1907 : Faire du bruit.

Quand donc la Sociale remettra-t-elle tout en son lieu et place ? Quand donc les richards donneront-ils la démission de grugeurs du pauvre monde ?
Ça ne serait que temps, et il faudrait s’aligner pour leur faire prendre le plus tôt possible une détermination si galbeuse !
Quand nous en serons là, viédaze ! quand l’État — cette sacrée pieuvre — ne sera plus qu’un mauvais souvenir et les richards un cauchemar évanoui, alors, oui !… ça ronflera !

(Le Père Peinard)

« Poche qui ronfle », poche pleine d’argent.

À cette époque, quand un voleur avait fait un coup, quand la poche ronflait, toute sa bande se rendait au Lapin Blanc, boire, manger, faire la noce aux frais du meg.

(Mémoires de M. Claude)

Ronfler à cri

Halbert, 1849 : Feindre de dormir.

Ronfler du bourrelet

Delvau, 1866 : v. n. Crepitare, ou alvum deponere, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Faire ronfler le bourrelet.

Virmaître, 1894 : Péter longuement. Le Pétomane célèbre chantait du bourrelet (Argot du peuple).

Ronfler Thomas (faire)

Rigaud, 1881 : Faire à la selle avec fracas. — Variantes : Ronfler du bourrelet, faire ronfler le bourrelet.

France, 1907 : Aller à la selle ; vieille expression. On disait aussi autrefois faire ronfler le bourrelet, la chaise percée.

Ronger

d’Hautel, 1808 : Rongé de misère. Pour dire, dénué de tout, tombé dans la plus cruelle indigence. Voyez Frein. Os.

Rongeur

Fustier, 1889 : Voiture de place prise à l’heure.

France, 1907 : Cocher de fiacre pris à l’heure et qui attend le client.

France, 1907 : Flatteur ; argot des écoles des arts et métiers.

— Garde-toi bien, conscrit, de faire le rongeur et surtout ne va pas moucharder, car un mouchard, vois-tu, n’est pas un homme et on ne le tolère pas ici.

(R. Roos)

Ronron

France, 1907 : Bruit monotone et sourd, comme celui d’un chat qu’on cajole où d’une dévote qui marmotte son chapelet.

Dans les hôpitaux, les sœurs n’ont jamais fait un pansement et se sont toujours bornées aux fonctions de surveillantes.
Ces fonctions, elles les exercent au point de vue tout spécial qui est le leur : c’est-à-dire qu’elles outragent du matin au soir la conscience des malades par le spectacle de leurs petites chapelles et le ronron de leurs patenôtres ; c’est-à-dire qu’elles réservent toutes les faveurs aux patients qui jouent avec elles la comédie de la soumission aux rites romains et toutes les sévérités, — parfois toutes les cruautés, — à ceux qui ne pratiquent pas ce genre d’opportunisme.

(Germinal)

Ronronner

Delvau, 1866 : v. n. Écrire de petits articles qui ne produisent qu’un bien petit bruit. Argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. n. Faire le joli-cœur auprès d’une femme, — dans l’argot des ouvriers.

France, 1907 : Cajoler.

Roping

France, 1907 : Acte de retenir un cheval aux courses. Anglicisme.

Roque (grande)

France, 1907 : Prison de la Grande Roquette. La petite Roque, c’est la prison des jeunes détenus. Citons, au sujet de cette dernière maison de détention, un passage de Francois Coppée :

Le système cellulaire. Vous entendez bien. Des enfants ! — des enfants ! — comdamnés à la solitude constante, au silence absolu ! Cela fonctionne encore, je crois, pour les emprisonnements préventifs, pour les peines courtes. On peut voir, à la Petite Roquette, des enfants ayant chacun leur prison particulière. On peut les voir, en regardant par un judas, enfermés comme des fous furieux. C’est à faire dresser les cheveux sur la tête. Ils sont assis sur un tabouret, devant une planche fixée au mur, et tripotent je ne sais quel vain travail. Même le dimanche, à la messe, ils sont bouclés dans des espèces d’alvéoles, dans des guérites de bois, d’où ils ne peuvent apercevoir que l’officiant à l’autel. La chapelle de la Petite Roquette est même une des curiosités de Paris. C’est un instrument de torture très ingénieux. Parions que l’inventeur était encore un philanthrope qui, sans doute, par amour de ses semblables, a palpé toute sa vie un gros traitement.

(Le Coupable)

Roquelaude

France, 1907 : Longue robe de nuit pour enfant.

Roquet

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris que l’on donne à un petit homme foible, sans moyens, et qui est fort insolent.

Delvau, 1866 : s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.

France, 1907 : Individu petit et hargneux.

Roquille

Rigaud, 1881 : Demi-setier, alias polichinelle.

France, 1907 : Petite fiole dans laquelle les cabaretiers servaient l’eau-de-vie et qu’on trouve encore dans certains comptoirs de campagne. De même qu’on dit boire chopine quand il s’agit de vin, on disait boire roquille quand il s’agissait d’eau-de-vie. La roquille contient environ un huitième de litre.

Rosalie

France, 1907 : « Répétition fastidieuse d’un motif musical, modulant successivement à un degré supérieur. »

(Émile Gouget, L’Argot musical)

Rose

d’Hautel, 1808 : C’est la plus belle rose de son chapeau. Se dit du plus grand honneur, du plus grand avantage qu’ait une personne.

Delvau, 1864 : La nature de la femme.

Tu n’auras pas ma rose,
Car tu la flétrirais.

(Béranger)

Là, sous l’albâtre on voit naitre l’ébène,
Et sont l’ébène une rose s’ouvrir.

(Parny)

Ma fille, avant d’céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.

(É. Debraux)

France, 1907 : Virginité. « Tu n’auras pas ma rose », air connu.

Sous le frémissant abri
De ses jeunes feuilles
La rose à fleuri,
Pour que tu la cueilles.

(Catulle Mendès)

Rose des vents

Delvau, 1866 : s. f. Le podex, — dans l’argot facétieux des faubouriens.

France, 1907 : Le derrière.

Car c’est toujours une chose délicate que de demander à un monsieur qu’on ne connait pas d’avoir l’obligeance de vous montrer son arrière-visage, celui que les géographes appellent la rose des vents.

(Armand Silvestre)

Rose la plus belle de son chapeau (c’est la)

France, 1907 : Allusion à l’ancien usage de porter des couronnes de fleurs. Ce vieux dicton était déjà employé au XVe siècle, car Charles VII, se sentant près de mourir, dit à son favori, le comte de Dammartin : « Ha ! comte, vous perdez en moi la plus belle rose de votre chapeau. »

Rose ne naît pas sans piquerons

France, 1907 : Vieil adage modernisé par celui-ci : Nulle rose sans épines, c’est-à-dire aucun plaisir qui ne soit suivi de peine, ce que Corneille a exprimé en ces vers :

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse,
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse.

Et La Fontaine :

Tout au monde est mêlé d’amertume et de charmes.

Rose rouge

France, 1907 : Menstrues. Voir éclore la rose rouge, avoir ses menstrues pour la première fois ; atteindre la puberté.

Rosée céleste

France, 1907 : Émission de semence.

Rosée céleste, divine, etc

Delvau, 1864 : Décharge de la liqueur balsamique, que les gens qui n’attendent rien du ciel appellent tout bonnement : — du foutre.

Mon amie, reçoit encore cette preuve de mon amour. Gamiani, excitez-moi, que j’inonde cette jeune fille de la rosée céleste.

(A. de M.)

Notre adorable conquérant fait des siennes à toute outrance et darde la rosée de vie sans le moindre ménagement.

(A. de Nerciat)

Et le détestable Fa-tutto a fait pleuvoir dans mon sein la rosée du crime.

(Voltaire)

Rosette

Delvau, 1864 : Petite rose de chair qui se trouve à l’entrée de l’anus et qui en est pour ainsi dire le pucelage, car les pédérastes passifs ne l’ont plus (d’où les pédérastes actifs sont appelés chevaliers de la rosette).

Travaille bien, prend ta lichette,
La lichette donne du cœur ;
Et s’il le faut, tends ta rosette,
Cela te portera bonheur.

(A. Dumoulin)

France, 1907 : Rien de commun avec celle de la Légion d’honneur, mais fort prisée jadis dans la légion thébaine. Aimer La rosette, être porté pour la rosette, avoir des passions hors nature. Le sage Socrate, le sage Sénèque, les poètes Horace et Virgile et autres grands hommes de l’antiquité classique étaient portés pour la rosette. On dit aussi chevalier de la rosette, pour désigner les partisans de l’amour socratique. Rosette a dans ce sens une signification trop claire pour qu’il soit nécessaire d’insister.

Rosière

Rigaud, 1881 : Ouvrière fleuriste qui fait spécialement les roses.

France, 1907 : Terrain marécageux où il ne perche que des roseaux.

Rosière de Saint-Lago

France, 1907 : Prostituée.

Rosière de Saint-Laze

Rigaud, 1881 : Fille de joie. Mot à mot : rosière de Saint-Lazare.

Rossaille

Rigaud, 1881 : Rosse, mauvais cheval, — dans le jargon des maquignons.

France, 1907 : Rosse, drôlesse.

— Dieu merci ! on ne peut pas me reprocher d’avoir des idées étroites, et je comprends très bien que mon fils ne veuille pas faire ce que je fais… Moi-même, je n’ai jamais voulu prendre le métier de mon père… Il était dans les huiles, je suis dans les tissus, ça ne se ressemble pas. J’admets très bien qu’on puisse avoir des goûts spéciaux, des aptitudes, en un mot, une vocation. Mais c’est lui-même qui a demandé à être avocat ; alors, qu’il nous laisse tranquilles. Non, vois-tu, je vais te dire ce qu’il y a au fond de tout cela : il y a encore quelque drôlesse, quelque rossaille…

(Maurice Donnay)

Rossard

Delvau, 1866 : adj. et s. Mauvais compagnon.

Virmaître, 1894 : De rosse, dur. cruel (Argot du troupier).

France, 1907 : Fainéant, mauvais soldat ; de rosse, mauvais cheval. Terme militaire.

Il était toujours en retard de cinq minutes, de sorte que son officier de peloton ne l’appelait plus que rossard, — une épithète fort en vogue au 13e — et que, comme il pleuvait de la salle de police, il était toujours sous la gouttière.

(E. Gaboriau, Le 13e hussards)

Trubl’ est un rossard
Toujours en retard,
D’mandez à Massard…
Trubl’ est un flegmard
Qui se fait du lard.

(Trublot, Le Cri du peuple)

France, 1907 : Faux ami, mauvais compagnon, individu malveillant. Voir Rosse.

La femme d’un boursier, qui vient de quitter brusquement Paris, s’inquiétait auprès d’un ami de l’itinéraire suivi par le fugitif.
— Et, dit-elle, après Lisbonne, quel est le premier arrêt ?
L’ami, rossard :
— Les gendarmes !

Rosse

d’Hautel, 1808 : Une vieille rosse. Haridelle, mauvais cheval, ce terme est fort injurieux quand on l’applique à l’espèce humaine.

Delvau, 1866 : adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur. Il n’est rien rosse ! Se dit pour : Est-il canaille !

La Rue, 1894 : Fainéant, canaille. Rossée, volée de coups.

France, 1907 : Méchant.

Nos fils, il faut les élever avec cette pensée qu’ils ne demandent qu’à nous échapper. C’est câlin, charmant, adorable tant que c’est faible, et que ça a besoin de nous, c’est — passez-moi le mot, mais je n’en trouve aucun d’aussi exact pour traduire ma pensée — c’est « rosse » dès que ça se découvre trois poils au menton. Maintenant, le jour où ça a quatre sous en poche, nous n’existons plus !

(Jacqueline, Gil-Blas)

Rosse, rossard

Larchey, 1865 : Homme mou, lâche.

Quell’rosse qu’tu fais ! T’es mon ami tout d’même.

(Protat)

Rigaud, 1881 : Fainéant, propre à rien.

Rossée

Larchey, 1865 : Grêle de coups.

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus.

Rossèe

France, 1907 : Grêle de coups.

Quand on a besoin, pour être heureux, des gourmades d’un maître, comme les vieilles catins qui ne pourraient plus vivre sans la quotidienne rossée du souteneur, on courbe l’échine sous le bâton. Mais on laisse en paix ceux qui sentent en eux la conscience de se bien conduire en n’obéissant qu’à eux-mêmes et qui prêchent a leurs frères la conquête de cet idéal.

(Jean Grave)

Rosser

Delvau, 1866 : v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.

France, 1907 : Battre, frapper comme sur un mauvais cheval, une rosse.

Gaston. — Non. Je suis bon et j’adore les bêtes. Mais il faut les rosser. Il n’y a qu’á cette condition, d’ailleurs, qu’elles vous craignent un peu et vous aiment.
Pierre. — Mais oui, Je ne vais pas si loin que lui. Pourtant, il n’a pas tort. Les bêtes, c’est comme les femmes, ça ne vous lèche que quand c’est rossé !

(Henri Lavedan)

France, 1907 : Commettre des méchancetés, agir en rosse. Voir ce mot.

— La prochaine fois, si elle se met encore à rosser, je te promets que je ne me gênerai pas. Elle a été la maîtresse de l’oncle de mon mari et j’ai des tuyaux sur elle, ma chère, épatants.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

Rosserie

France, 1907 : Méchanceté.

Je te connais, lecteur. La seule critique qui te divertisse est la critique « rosse », et encore tu ne la lis que pour les « rosseries ». Tu ne reconnais plus à personne l’autorité de guider tes lectures et de suggérer tes jugements. Tu as fait ton 89 littéraire : de dieux, ni maîtres.

(Marcel Prévost)

Rossignante

Halbert, 1849 : Flûte.

Delvau, 1866 : s. f. Flûte, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Flûte, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Flûte.

Virmaître, 1894 : Flûte (Argot des voleurs).

France, 1907 : Flûte.

Rossignol

d’Hautel, 1808 : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.

Halbert, 1849 : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.

(La Fontaine)

Larchey, 1865 : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.

Larchey, 1865 : Fausse clé.

Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.

(Festeau, 1832)

Delvau, 1866 : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.

Rigaud, 1881 : Marchandise défraîchie, passée de mode.

La Rue, 1894 : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.

Virmaître, 1894 : Fausse clef (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).

Rossignol, 1901 : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.

Hayard, 1907 : Fausse clef.

Hayard, 1907 : Marchandise défraîchie.

France, 1907 : Fausse clé.

L’un d’eux fit briller une allumette. Ils se trouvaient dans la cuisine. Ils ouvrirent, à l’aide d’un rossignol, la porte de la salle à manger. Les tiroirs des buffets furent aussitôt allégés de leur argenterie, qui passa dans un sac.

(Yveling-Rambaud, Haine à mort)

France, 1907 : Hautbois.

France, 1907 : Mauvaise marchandise ; objet démodé ou de rebut, reste de magasin.

La tenue des troupes allemandes est d’une correction remarquable. Nous constatons la solidité du fourniment, la coupe des effets, la qualité du drap, etc., etc., et nous nous demandons dans quelles proportions scandaleuses les fournisseurs de notre armée doivent encaisser des bénéfices. Quelle camelotte chez nous que ces havresacs, ceinturons, gibernes, bidons, souliers, casqueittes, etc., hors de service après quinze jours de campagne !… Après cela, rien dans les magasins, et une nation comme la France forcée de demander au monde entier ses rossignols pour habiller, chausser et armer ses soldats. J’entends encore M. Rouher disant avec emphase : « Sire, la France est prête… » Oui, prête pour le sacrifice de son sang et de son honneur militaire.

(Lieut.-colonel Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

Rossignol à gland

Virmaître, 1894 : Un cochon. Quand un individu a la manie, dans une société, de vouloir toujours chanter, et qu’il le fait comme une crécelle, on lui dit :
— Ah ! ferme ta boîte, tu chantes comme un rossignol à gland (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Membre viril. On dit aussi simplement rossignol.

« J’enferme ma femme et la clé j’emporte,
Disait mon voisin d’un ton convaincu,
Car je ne veux pas sans moi quelle sorte. »
Il fut cependant, un beau jour, cocu.
— Comment ça se fit, je puis vous le dire —
Grâce à Cupidon qui prend tout au vol.
La porte céda et, par son empire,
Je l’ouvris avec… certain rossignol.

(Famechon)

Rossignol à glands

France, 1907 : Porc.

Rossignol d’Arcadie

Delvau, 1866 : s. m. Âne, — dans l’argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant. Ils disent aussi « Le patient animal qui…, » etc.

France, 1907 : Âne.

Rossignol de Hollande

France, 1907 : Grenouille.

En Angleterre, on a la grenouille en horreur. Les Hollandais n’y touchent pas : est-ce parce qu’on lui a donné le nom de rossignol de Holland ?

(E. Auricoste de Lazarque, Cuisine messine)

Rossignolage

France, 1907 : Chant.

Mlle de Phrim… (quatre quartiers de noblesse, mais pas un rotin de dot) a résolu, faute de mieux, de se faire cantatrice.
— Quand on n’a pas de grives, avouait-elle à un de nos amis, on…
— On mange des merles ?
— Non… On se fait rossignol !
Et Mlle de Phrim… se destine au rossignolage.

(Le Journal)

Rossignoler

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Chanter.

France, 1907 : Chanter.

Vous me direz peut-être que jamais, depuis que nichent les oiseaux, rossignol ne rossignola dans les vignes.

(Paul Arène)

France, 1907 : Ouvrir avec une fausse clé, un rossignol.

… Je ne manquerai pas de raisons
Pour rossignoler les maisons.

(Festeau)

Rossignoliser

Fustier, 1889 : Vendre des objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.

France, 1907 : Vendre des articles défraîchis, de nulle valeur, des rossignols.

Rossignols

Rossignol, 1901 : Fausses clés.

Rosto

Rigaud, 1881 : Appareil à gaz, bec de gaz, — dans l’argot des polytechniciens, en souvenir du général Rostolan qui a fait installer le gaz à l’école.

France, 1907 : Bec à gaz ; argot des polytechniciens, du nom du général Rostolan qui introduisit le gaz à l’École.

Rot

d’Hautel, 1808 : Incongruité ; vent qui sort par la bouche avec bruit.
Du rôt de chien. Pour dire des coups de bâton.

Roter

Rigaud, 1881 : Être étonné. J’en rote, — dans l’argot du régiment.

Roter (en)

France, 1907 : Être stupéfait ; argot populaire.

Disant que les soldats n’étaient pas de la charcuterie, qu’on traitait les chiens mieux que ça ; enfin un boniment à ne pas s’y reconnaitre. La sœur en rotait.

(Georges Courteline, Les Gaités de l’escadron)

Roteur

Rigaud, 1881 : Basse-taille, basse-chantante, — dans le jargon du théâtre. — Chanter les roteurs.

France, 1907 : Basse-tailles ; basse chantante ; argot des musiciens.

Rothomago ou Thomas

Rigaud, 1881 : Petit bonhomme en bois dont se servent les diseurs de bonne aventure pour prédire l’avenir aux badauds.

On place le magot dans une carafe à moitié pleine d’eau. Suivant qu’on pose ou retire le doigt, il monte ou descend. Monsieur Rrho… Rrho… Rrho… tomago va nous dire qui vous êtes.

(J. Vallès, Le Bachelier géant)

Rothschildien

France, 1907 : Riche. Adjectif introduit récemment dans la langue, allusion à la fortune des célèbres banquiers Rothschild.

J’ai conté quelque part l’histoire de cette grande dame rothschildienne qui, désireuse de se régaler d’un simple bœuf bouilli, ne put obtenir d’aucun chef qu’on lui en servit sur sa table. Elle dut s’en faire un elle-même, dans sa chambre à coucher, la nuit, sur le feu de sa cheminée.

(Émile Bergerat)

On a fait aussi le verbe rothschilder dont se servent les meilleurs écrivains :

Le seul riche de tous les temps, sous tous les ciels, est celui qui, sa journée faite et son pain gagné, s’endort repu et las et ronfle à poings fermés. Un point, c’est tout ; il n’y en a point d’autres, et les Rothschilds rothschildants sont pauvres. Ne vous laissez jamais dire et ne croyez jamais que l’argent aide à autre chose qu’aux échanges, et que le million soit gai, heureux et libre…

(Émile Bergerat)

Rothwælsch

France, 1907 : Argot, en allemand ; corruption de Kauderwelsch, baragouin.

Rôti

d’Hautel, 1808 : Toujours du bouilli, jamais de rôti. Exclamation basse et triviale, qui marque le mécontentement, le déplaisir que l’on éprouve de rester toujours dans la même condition, de voir continuellement les mêmes objets ; de vivre avec les mêmes personnes. Voyez Bouilli.

Rôti (s’endormir sur le)

Rigaud, 1881 : Ne pas achever un ouvrage, en prendre à son aise. — Ne pas s’endormir sur le rôti, travailler avec assiduité. — Surveiller quelqu’un ou quelque chose avec soin.

France, 1907 : Agir nonchalamment.

Roti et salade

Vidocq, 1837 : Fouet et marque.

Rôtie

d’Hautel, 1808 : Faire des rôties. Manger ou boire abondamment et avec avidité.

Rotin

Vidocq, 1837 : s. m. — Sol.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Sou. — Diminutif de rond.

Si par hasard ils se lâchent d’un déjeuner de vingt-cinq rotins.

(Lynol)

Delvau, 1866 : s. m. Pièce de cinq centimes, sou, — dans l’argot des ouvriers. C’est sans doute une contrefaçon ironique du radis, — à cause de l’éructation.

Rigaud, 1881 : Sou. Pas un rotin dans le porte-morningue, pas un sou dans le porte-monnaie.

Six mille francs, pas un rotin de plus.

(Hennique, La Dévouée)

La Rue, 1894 : Un sou.

Virmaître, 1894 : Sou.
— Je suis à fond de cale, pas un rotin (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Sou.

France, 1907 : Sou. Argot populaire ; diminutif de rond.

J’entrai chez un’ couturière,
Mais, sans gagner un rotin,
J’passais la journée entière
À fair’ le métier d’trottin.
Puis, un beau jour, la patronne
M’dit : Faut quitter la maison,
J’vous r’prendrai p’t-être à l’automne,
Maint’nant c’est la mort’ saison.

(Georges Gillet)

Rôtir

d’Hautel, 1808 : Un feu à rôtir un bœuf. Feu vif, très ardent.

Rôtir le balai

Delvau, 1866 : v. a. Mener une vie obscure et misérable, — dans l’argot du peuple. Avoir rôti le balai. Se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.

France, 1907 : Mener une existence désordonnée.

Le jeune Gontran, après avoir rôti le balai jusqu’au manche, se décide à épouser sa cousine.
À la sortie de la mairie, la belle-mère s’adresse à son nouveau gendre :
— Eh bien ! beau neveu, c’est fini ; j’espère que vous ne ferez plus de sottises.
— C’est la dernière, chère tante et belle-maman.

(Ange Pitou)

Rotondité

d’Hautel, 1808 : Une bonne rotondité. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a beaucoup d’embonpoint ; qui a un ventre bien conditionné, une bonne panse.

Rototo

Delvau, 1866 : s. m. Coups de bâton, de rotin, — dans l’argot des faubouriens. Coller du rototo. Battre quelqu’un.

Rototo !

Delvau, 1866 : Exclamation de refus ou de mépris.

Rotz

France, 1907 : Rôti ; argot des arts et métiers.

Rouart

France, 1907 : Ancien nom du bourreau qui mettait le condamné sur la roue.

Rouastre

Vidocq, 1837 : s. m. — Lard.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Rouatre

anon., 1827 : Du lard.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lard, porc salé.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Lard.

Delvau, 1866 : s. m. Lard, — dans l’argot des voleurs.

Rouatré

Halbert, 1849 : Lardé.

Rouâtre

France, 1907 : Lard ; argot des voleurs. Rouatré, lardé.

Rouaux

Vidocq, 1837 : s. m. — Archer.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Roubignole

Delvau, 1866 : s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. Cocangeur.)

Virmaître, 1894 : Petite boule de liège dont les roubignoleurs se servent pour le jeu de cocange, jeu qui vole les paysans dans les foires (Argot des voleurs).

Roubignoleur

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a de la Roubignole et des Cocanges, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Floueur ; malin, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Floueur. Voleur à la roubignole.

Roubignolles

Virmaître, 1894 : V. Sœurs.

Rossignol, 1901 : Voir roupettes.

Roubion

Rigaud, 1881 : Fille de joie d’une laideur repoussante, — dans le jargon des filles.

La Rue, 1894 : Basse prostituée.

Virmaître, 1894 : Fille publique laide comme les sept péchés capitaux (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Prostituée vieille ou laide ; argot populaire.

Roublage

Rigaud, 1881 : Témoignage. — Roublage à la manque, faux témoignage. — Roubler à la manque, faire un faux témoignage. — Roubleur à la manque, faux témoin.

France, 1907 : Témoignage. Roublage à la manque, faux témoignage. Argot des voleurs.

Roublard

Vidocq, 1837 : s. m. — Laid, défectueux.

Delvau, 1864 : Libertin qui connaît toutes les ruses féminines et qui, des deux rôles que les hommes jouent avec les filles, celui de miché et celui de maquereau, celui de jobard et celui d’écornifleur, préfèrerait encore le dernier au premier.

Ça me rappellera, à moi, vieux roublard, le temps où je l’avais encore, où j’étais si godiche avec le sexe.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S’il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi roublart un chevalier d’industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l’expérience, — dans l’argot des faubouriens. Si ce mot vient de quelque part, c’est du XVe siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d’aventures.

Delvau, 1866 : adj. Laid, défectueux, pauvre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Laid, défectueux. — Blasé, malin. — Agent de police, — dans le jargon des voleurs. — Riche, c’est-à-dire homme aux roubles, — dans le jargon des demoiselles de Mabille.

La Rue, 1894 : Laid, défectueux. Rusé, malin. Riche, heureux. Agent de police.

Virmaître, 1894 : Les voleurs disent d’un homme affreusement laid qu’il est un roublard. A. D. Ce n’est pas le vrai sens aujourd’hui. Roublard veut dire malin, fin comme un renard. Un homme qui sait habilement se tirer d’un mauvais pas est un roublard. Roublard : homme qui cache soigneusement sa pensée, qui est pétri de roublardise (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Rusé, malin et sans scrupule.

France, 1907 : Heureux, richard, individu qui a de l’argent, des roubles. Argot populaire.

C’était un vieux roublard, un antique marlou,
Jadis on l’avait vu, denté blanc comme un loup,
Vivre pendant trente ans de marmite en marmite ;
Plus d’un des jeunes dos et des plus verts l’imite.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

France, 1907 : Malin, rusé, fourbe.

… Nous assistons à une lutte homérique inégale : celle de l’honnête homme contre le gredin, du bonnard contre le roublard, et il est facile de prévoir que si l’on n’y met ordre, si l’on ne réagit énergiquement contre ce flot envahissant qui met la gangrène partout… l’argent des honnêtes gens passera dans les poches des filous… Ce qui déjà est aux trois quarts fait.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Roublards comme cinq cents diables, ils se jettent partout, semant la division entre les bons bougres, cimentant au contraire l’union des jean-foutres.
Loups avec les loups, ils hurlent ou lèchent selon les milieux et les circonstances, se grimant en républicains, en socialistes, essayant de faire dévier la révolution.

(Le Père Peinard)

Le mot est aussi employé au féminin.

Ces vieilles roublardes, soldats chevronnés du bataillon qui se rend et ne meurt pas, sont les plus dangereuses des créatures. Elles connaissent l’homme dans tous les coins les plus secrets de son être et de son cœur et mettent au service du mal une expérience que n’a pas la jeunesse.

(Colombine, Gil Blas)